<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="Author" content="Bernard Septe">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.7 [fr] (WinNT; I) [Netscape]">    <title>CMagnien</title> </head> <body>  <center><font size=+2>La mythologie dans Les Odes de 1550 et 1552</font> <p><b>Catherine Magnien</b> <br><b>Bordeaux III</b></center>  <p>Au d&eacute;but, &eacute;tait la fable <br>Quand Ronsard raconte ses d&eacute;buts po&eacute;tiques, la fable est partout. Son enfance, sa toute petite enfance fabuleuse, dit la naissance ou le surgissement de son g&eacute;nie non sous la baguette d'une f&eacute;e-marraine mais du pouvoir du daimon qui pr&eacute;side aux Muses venu visiter son berceau pour doter le nouveau-n&eacute; qu'il &eacute;tait de forces surnaturelles surgies elles-m&ecirc;mes -ou confort&eacute;es- de l'apprentissage de la fable : <center><table COLS=1 WIDTH="48%" > <tr> <td>Le jour que je fu n&eacute;, le daimon qui preside <br>Aux Muses me servit en ce Monde de guide, <br>M'anima d'un esprit gaillard et vigoreux, <br>Et me fist de science et d'honneur amoureux. <br>En lieu des grands thresors et de richesses veines, <br>Qui aveuglent les yeux des personnes humaines, <br>Me donna pour partage une fureur d'esprit, <br>Et l'art de bien coucher ma verve par escrit. <br>Il me haussa le cueur, haussa la fantasie,&nbsp; <br>M'inspirant dedans l'&acirc;me un don de po&eacute;sie, <br>Que Dieu&nbsp; n'a conc&eacute;d&eacute; qu'&agrave; l'esprit agit&eacute; <br>Des poignans aiguillons de sa divinit&eacute;. <br>Quand l'homme en est touch&eacute; il devient un proph&egrave;te,&nbsp; <br>Il predit toute chose avant qu'elle ne soit faite,&nbsp; <br>Il cognoist la nature, et les secrets des cieux, <br>Et d'un esprit bo&uuml;illant s'esleve entre les Dieux. (1-16) <br>[Ainsi disoit la Nymphe], et de l&agrave; je vins estre&nbsp; <br>Disciple de d'Aurat, qui long temps fut mon maistre, <br>M'aprist la Po&euml;sie, et me montra comment <br>On doit feindre et cacher les fables proprement, <br>D'un fabuleux manteau dont elles sont encloses (77-82). <br>Hymne de l'automne (1563), Laum XII, p. 46-50</td> </tr> </table></center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette enfance all&eacute;goris&eacute;e, envelopp&eacute;e d'un fabuleux manteau, d&eacute;montre s'il &eacute;tait besoin, l'importance primordiale de l'enseignement de Dorat et de la d&eacute;marche du professeur que le disciple va suivre &agrave; l'inverse, en tant que producteur et non herm&eacute;neute des mythes, comme l'explique P. Ford (Mythologicum): Il est int&eacute;ressant de constater d'embl&eacute;e que Ronsard consid&egrave;re que l'activit&eacute; du po&egrave;te consiste avant tout &agrave; repr&eacute;senter la r&eacute;alit&eacute; par le biais de l'all&eacute;gorie. En tant que po&egrave;te plut&ocirc;t qu'humaniste, le Vend&ocirc;mois travaille en sens inverse par rapport &agrave; Dorat: ce dernier expliquait le sens cach&eacute; de la po&eacute;sie ancienne, l'astre de la Pl&eacute;iade pour sa part exploitait les fables des Grecs et cr&eacute;ait ses propres mythes pour pr&eacute;senter une image fictive, pour ne pas dire mystique, &eacute;nigmatique de la r&eacute;alit&eacute; contemporaine. Ce proc&eacute;d&eacute; fr&ocirc;le souvent l'evh&eacute;m&eacute;risme&nbsp; lorsqu'il s'agit de c&eacute;l&eacute;brer les exploits de ses m&eacute;c&egrave;nes, mais le simple acte de d&eacute;dier un po&egrave;me, comme c'est le cas de l'Hymne de l'automne , suffit pour immortaliser le destinataire quoique le contenu du po&egrave;me soit philosophique plut&ocirc;t qu'historique. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En tout cas, pas de doute pour Ronsard la fable, autrement dit la mythologie gr&eacute;co-latine, n'est pas un simple ornement po&eacute;tique comme elle l'est pour Peletier qui en parle dans le chapitre IX de son Art po&eacute;tique de 1555 apr&egrave;s la Clart&eacute;, premier ornement pour lui , comme d'un ornement secondaire: Puis secondairement y [dans la po&eacute;sie] sont requises les gr&acirc;ces, beaut&eacute; et &eacute;l&eacute;gances d&eacute;lectables. Comme sont entre autres les Fables: lesquelles faut seulement toucher en passant: Et non pas les d&eacute;crire tout au long. Pelletier prescrit donc la mythologie &agrave; dose hom&eacute;opathique sous forme d'allusions, et pr&eacute;cise-t-il plus loin sans obscurit&eacute;: l'obscurit&eacute; se comptera pour le premier vice . En revanche, lorsqu'en 1565 Ronsard donne des conseils aux po&egrave;tes dans son Abbr&eacute;g&eacute; de l'Art po&eacute;tique , &agrave; Aphonse Delb&egrave;ne, abb&eacute; de Hautecombe en Savoie, il expose fermement que la chair m&ecirc;me de la po&eacute;sie, et de l'ode c'est la fable : <p>Les autres petitz poesmes veulent estre abruptement comencez comme les odes lyriques, &agrave; la composition desquelz je te conseille premierement de t'exerciter, te donnant de garde surtout d'estre plus versificateur que po&ecirc;te: car la fable et fiction est le subject des bons po&euml;tes, qui ont est&eacute; de toute memoire recommandez de la posterit&eacute;: et les vers sont seulement le but de l'ignorant versificateur , lequel pense avoir faict un grand chef d'uvre, quand il a compos&eacute; beaucoup de carmes rimez, qui sentent tellement la prose que je suis esmerveill&eacute; comme noz Fran&ccedil;ois daignent imprimer telles drogueries, &agrave; la confusion des auteurs et de nostre nation. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Inutile de s'appesantir, on a compris, pour Ronsard, la fable, la mythologie, loin d'&ecirc;tre un ornement secondaire &agrave; utiliser avec mod&eacute;ration, est l'essence m&ecirc;me de la po&eacute;sie. <p><b>I La place de la mythologie dans Les Odes</b> <br>a) Juxtaposition, coexistence de la fable et de la r&eacute;alit&eacute; <br>- Ouvrons la table des mati&egrave;res des odes. A c&ocirc;t&eacute; des odes au Roy, &agrave; la reine, &agrave; Madame Marguerite, &agrave; Boujou Angevin, on y rencontre les odes &agrave; Ph&eacute;bus Apollon (I, 18 p. 130), A Calliope (II, 2, p. 150), A Clio (II, 16, p. 195), A Phebus encore (III, 3, p. 251), A Cupidon (III, 19, p. 295), A Mercure (III, 26, p. 324), A Lucine (IV, 9, p. 358), au Somme (IV, 12, p. 366), sans compter les deux odes &agrave; sa Muse (II, 21, p. 212 et IV, 18, p. 396). Ainsi les figures mythologiques, non contentes d'illustrer la po&eacute;sie lyrique, en sont les destinataires au m&ecirc;me titre que les contemporains, grands et petits. Dieux et figures de l'antiquit&eacute; semblent y avoir pour Ronsard une mani&egrave;re d'existence. Et dans cette m&ecirc;me table des mati&egrave;res outre le nom, &agrave; la troyenne de Cassandre, se lisent aussi les noms de Glauce et Scylle, de L&egrave;de et de C&eacute;phale. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Premi&egrave;re constatation, la pr&eacute;sence du monde antique avec ses croyances et tout son arri&egrave;re-plan culturel ne se dissimule pas, elle s'affiche aux titres, bien francis&eacute;s (Cleion, Glauce et Scylle, L&egrave;de, C&eacute;phale). Deuxi&egrave;me constatation, elle se m&ecirc;le au fonds natif, au r&eacute;el, au politique, au religieux, Ph&eacute;bus voisinant avec les saints martyrs du Vend&ocirc;mois Gervais et Protais (III, 2 et 3), Jeanne avec Cupidon (III, 19, p. 295). Bref sans aller plus loin on per&ccedil;oit non seulement l'inconstance (du pass&eacute; au pr&eacute;sent, du paganisme au christianisme, du fictif au r&eacute;el, du grandiose au mignard etc) et la vari&eacute;t&eacute; revendiqu&eacute;es d&egrave;s les avertissements mais une volont&eacute; forcen&eacute;e de contamination du pr&eacute;sent, du contemporain par l'antique, bref quelque chose qui ressortit au syncr&eacute;tisme. <p>b) Outre les odes qui annoncent au titre leur inspiration mythologique (III, 21 et 25; de IV, 16), dans presque toutes les odes, quel qu'en soit le sujet officiel ou intime, s&eacute;rieux ou badin, omnipr&eacute;sence de la mythologie: seules quelques pi&egrave;ces courtes, qu'on pourrait inventorier &eacute;chappent &agrave; toute contamination fabuleuse, exemples -rares- III, 27; IV, 8; IV, 13? non, voir l'allusion au v. 22-24 <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et Ronsard d&eacute;cline le Panth&eacute;on au complet: Jupiter,(I, 1, 29-34, p. 39; I, 2, p. 46, v. 79; I, 20, p. 139, v. 9; II, 19, p. 204, v. 38); Junon (I, 2; II, 28, p. 238, v. 50 sq. ), Ph&eacute;bus soleil (V, 10, 581, 58-59), Ph&eacute;bus protecteur des jeunes gens (III, 3, p. 251) ou dieu de l'inspiration (I, 1414, p. 113, 40-42, ou intercesseur entre Ronsard et Henri II II, 1, p. 148 97 sq.), sa sur Phb&eacute; la lune (V, 10, p. 582, 85), Pallas (I, 3, p. 50; avec ses attributs, si semblable &agrave; Marguerite V, 3, p. 509, 55-60 et P. 523, v. 328), Venus et Mars (dans la nudit&eacute; et la crudit&eacute; de l'&eacute;treinte amoureuse) II, 27, p. 234, v. 9 sq.), Mercure (A Mercure, sorte Phebus bis: III, 26, p. 324; psychopompe IV, 14, p. 371-2 13 sq.), Vulcain (III, 25, p. 314, v. 43 et V, 8, p. 540, v. 245-6), Diane, II, 23, v. 28, p. 221; Amour-Cupidon I, 17, v. 55 p. 127 et II, 5, v. 10 p. 166; V&eacute;nus, III, 13, v. 21, p. 278; Pan, IV, 5, p. 345, v. 79), Hercule III, 8, p. 262, 7 et Hymne triumphal p. 463, 14 sq. (et encore p. 516 et 518), Bacchus seulement mentionn&eacute; &agrave; cette &eacute;poque p. 228 et p. 274. <br>De l'Olympe, aux Enfers avec Proserpine (Palinodie &agrave; Denise, II, 26, p. 231), Pluton (II, 4, p. 163, 63-4), Charon, sa barque, ainsi que la g&eacute;ographie et les figures infernales, Minos, le Styx, l'Ach&eacute;ron (II, 7, p. 352,-3 23, 7-12 et 27-30), ailleurs le Leth&eacute; (III, 24, 1-8 lire) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce sont aussi beaucoup de figures secondaires (dans la hi&eacute;rarchie de la mythologie). Les Muses, au premier chef, avec plus de 90 occurrences du mot, occupent dans Les Odes la place primordiale de protagonistes, Calliope destinataire des odes II, 2; III, 11 et III, 22 et qui appara&icirc;t dans cinq autres odes; Clio (destinataire de II, 16 et &eacute;voqu&eacute;e p. 142, v. 61), Euterpe (III, 1, 248, 49-50), Thalie (II, 1, p. 147, 61-6) et leurs cinq compagnes rest&eacute;es anonymes au recueil; la Renomm&eacute;e (III, 12, p. 276, 21-25); Les Sybilles, V, 8, p. 556, v. 529 sq.; M&eacute;duse (p. 51, v. 52 et p. 69, v.56; p. 590, v.103), Pandore (IV, 7, p. 356, 85), Pyrrha (III, 23, p. 308, 31 et V, IX, 1-3), M&eacute;d&eacute;e (I, 18, p. 133, 46 sq.), Prom&eacute;th&eacute;e (I, 18, p. 134, 54), Ulysse et Circ&eacute; p. 232, la Chim&egrave;re <br>Et des mythes celui du d&eacute;luge justement avec Pyrrha (III, 23 ibid.), la gigantomachie (par exemple allusion III, 14, 43, d'ailleurs fausse et traitement au long cours V, 8, 195 sq.), les Argonautes (Tombeau de Marg. p. 450), l'&acirc;ge d'or et l'&acirc;ge de fer (I, 17, v. 79 sq.), la guerre de Troie <p>c) Les Fournisseurs? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous trouvez en note les auteurs des vestiges de rare et antique erudition dont l'exportation et l'insertion dans le terroir fran&ccedil;ais ont &eacute;t&eacute; pr&eacute;conis&eacute;es par Du Bellay dans la D&eacute;fense et Illustration de la langue fran&ccedil;aise. Ronsard paraphrase, adapte, rappelle, emprunte un trait, un nom propre, une &eacute;pith&egrave;te g&eacute;ographique, une comparaison, une description, un long d&eacute;veloppement. Ce sont Horace (page 228, note 2 et p. 230 n. 1), Pindare (livre 1), Ovide d&egrave;s qu'il s'agit de m&eacute;tamorphoses (par exemple p. 218, la note 2), Hom&egrave;re et Virgile et bien d'autres (les &eacute;l&eacute;giaques latins, les bucoliques grecs, Claudien). Parfois l'annotateur des Odes ne sait o&ugrave; donner de la t&ecirc;te tant les sources abondent (page 231, note 1 Ovide et Properce, mais sans doute Ronsard lui-m&ecirc;me; ou page 234, voir note 2 les sources pour la sc&egrave;ne amoureuse). De toute mani&egrave;re, Ronsard s'&eacute;tait certainement constitu&eacute; un cahier de mythologie et disposait d'instruments dans le genre des Mythologi&aelig; siue explicationes fabularum libri decem de Natale Conti, qui elles ne sortent qu'en 1551 &agrave; Venise. Il devait aussi comme l'indique l'annotation (qui parle de transpositions, d'adaptations, de souvenirs) travailler parfois avec un livre ouvert sur sa table de travail, par exemple un exemplaire des Odes d'Horace comme celui qui lui fut d&eacute;rob&eacute; (la note 2 page 168 et les notes 1, 2 et 3 p. 334 qui montrent le poids des sources m&ecirc;me pour une pi&egrave;ce si personnelle). <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bref la mythologie est omnipr&eacute;sente dans Les Odes, m&ecirc;me s'il arrive &agrave; Ronsard de pr&eacute;tendre que la gravit&eacute; de certains mythes lui interdit de les aborder : III, 18, v. 25-30 et 34-36). Quels usages Ronsard fait-il donc de la mythologie? <p><b>II Usages de la mythologie</b> <br><b>A Rh&eacute;torique</b> <br>a) fr&eacute;quent et appartenant au mat&eacute;riel roulant de l'&eacute;criture po&eacute;tique, le mythologisme qui n'est, en principe, qu'une personnification d&eacute;corative, qu'une sorte d'antonomase <br>On trouvera ainsi Ph&eacute;bus pour le soleil (I, 10, p. 100, v. 47; III, 10, p. 272, v. 77-8); pour l'Est et l'Ouest (bornes de l'empire futur de Fran&ccedil;ois II): I, 2, 99-108, p. 47; Thetys pour la mer, l'oc&eacute;an II, 3, p. 156, 15-16; Mars pour la guerre: Ode de la paix, p. 412, 12 ou II, 6, p. 169, 17-8; Zephyre pour la brise printani&egrave;re II, 12, p. 185, 12 sq.; Mercure pour l'alchimie, III, 1, p. 247, v. 39; Vulcain pour l'art du forgeron IV, 4, p. 337, v. 32; l'Aurore pour le point du jour (I, 2, p. 43, v. 39 ou III, 10, p. 268, v. 25); C&eacute;r&egrave;s pour la terre f&eacute;conde porteuse de c&eacute;r&eacute;ales (III, 6, p. 258, v. 5-6 ou III, 10, p. 268, v. 15); Pluton pour la mort (II, 3, 57); les an&eacute;mones sont celles du sang n&eacute;es/ Du bel Adonis, en mourant (III, 10, p. 269, v. 35-6). <br>A examiner de pr&egrave;s ces exemples, ou d'autres, on d&eacute;couvrirait pourtant vite que le mythologisme loin d'&ecirc;tre seulement un mot pour un autre selon sa d&eacute;finition introduit dans le texte po&eacute;tique la richesse et les myst&egrave;res du monde, donnant par exemple &agrave; un cr&eacute;puscule du matin la couleur de l'&eacute;veil d'une belle matineuse (p. 268, v. 25), joliment en cheveux (p. 316, v. 75-7), veillant en amoureuse ou en compagne attentive sur le po&egrave;te insomniaque (p. 368, v. 25sq.). <p>b) autre figure fr&eacute;quente chez Ronsard, la p&eacute;riphrase, de r&eacute;solution plus ou moins ais&eacute;e. Car les excellens poetes nomment peu souvent les choses par leur nom propre.Virgile voulant descrire le jour ou la nuict, ne dit point simplement et en paroles nues Il estoit jour, il etoit nuict; mais par belles circomlocutions Postera Phba lustrabat lampade terras/ Humentesque Aurora polo dimouerat umbras  (Pr&eacute;face sur la Franciade (1587) LaumonierXVI, 333) <br>-les filles de Memoyre V, 8, p. 545, v. 325; ou les neuf divines pucelles I, 6, p. 74, v. 149; I, 10, 206 =les muses <br>-Les Seurs qui nos ages balancent: II, 20, p. 211, 17 ou les tristes surs IV, 13, p. 369, 16= les Parques <br>-Le superbe roi de Mysie/ Peut bien flechir la fantasie/ d'Achille &agrave; l'horrible dard,/ Ayant la poitrine pass&eacute;e/ Par la fiere pique elan&ccedil;&eacute;e/ De la main d'un tel soudard II, 26, p. 231, 61-66= T&eacute;l&egrave;phe, fils d'Hercule, gu&eacute;ri huit ans apr&egrave;s par la rouille de la lance d'Achille qui l'avait bless&eacute;. <br>- I, 9, 111-112 p. 91 deus jumeaus qui font sereiner la tempeste et 209-210 p. 96 fr&egrave;res d'H&eacute;l&egrave;ne, amycl&eacute;ans flambeaux; deus fr&egrave;res d'H&eacute;l&egrave;ne, II, 18, p. 204 , v. 41-44; III, 8, p. 263, v. 43 sq .= Castor et Pollux <br>-L'ail&eacute; courrier atlantide V, 8, p. 555, v. 507= Mercure <br>-Fille du neveu d'Atlas, / Poste du monde o&ugrave; nous sommes/ Qui n'eus onques le bec las/ De chanter les faits des hommes,/ Va-tan l&agrave; bas sous la terre () I, 5, p. 64, 85 sq.= la Renomm&eacute;e; comme le fait remarquer Laum., Ronsard obscurcit encore sa p&eacute;riphrase avec son bec. <br>-Les filles d'Achelois/ La fable Secilienne,/ Qui foulerent de leurs voix/ La douceur Hymettienne= les Sir&egrave;nes (Tombeau de Marguerite de Valois, p. 450 v. 1 sq. faire observer la valeur sonore des epith&egrave;tes avec di&eacute;r&egrave;se). <br>etc. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce sont parfois de v&eacute;ritables devinettes ou &eacute;nigmes mythologiques que Ronsard propose, avec une certaine p&eacute;danterie , &agrave; la sagacit&eacute; (?) du lecteur: <br>-p. 119, 85-90? Il s'agit de celui qui serait soumis &agrave; l'&eacute;preuve de l'&eacute;p&eacute;e de Damocl&egrave;s <br>-page 335, 5-8: il s'agit de l'Italie, on le devine au contexte! <br>- Epith&egrave;tes de nature: Le Lemnien= Vulcain V, 8, p. 540, 245; le D&eacute;lien et le Cronien= Apollon et Neptune 5, 8, p. 536, v. 176-8; la Dictynne guerriere= Diane du mont Dikt&eacute; en Cr&egrave;te V, 8, p. 541, 250. <br>-p. 353, vers 31-36: il s'agit de Pha&euml;ton et de Bellerophon fils de Pose&iuml;don qui mont&eacute; sur P&eacute;gase montait &agrave; l'ascension de l'Olympe qu'Horace, la source de cette strophe, nommait tous deux . Ronsard a supprim&eacute; leurs noms! <br>-p. 359 , vers 17-18; ton Osiris, adress&eacute; &agrave; Lucine? c'est que Juno Lucina correspond &agrave; Isis, m&egrave;re des dieux chez les Egyptiens et femme d'Osiris. <br>&nbsp; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On comprend que telle science exc&egrave;de souvent les capacit&eacute;s d'un lecteur ordinaire, m&ecirc;me de bonne volont&eacute; , et on voit mieux la n&eacute;cessit&eacute; du commentaire ou exposition (mot de Jean Martin et de Ronsard dans sa Preface, p.23, l. 89). Mais les intentions de Ronsard &eacute;taient justement d'enrichir le bagage cuturel de ses lecteurs, de les accoutumer &agrave; la po&eacute;sie docte: <p>Les Fran&ccedil;ois qui ces vers liront <br>S'ils ne sont et Grecs, et Romains, <br>En lieu de mon livre, ils n'auront <br>Qu'un pesant faix entre les mains . <p>Heureusement, selon lui, cette translation-restauration avait [aurait?] eu lieu sous Fran&ccedil;ois 1er, du moins le proclame-t-il dans l'Ode &agrave; M. de L'H. V, 8, p. 570, 793-4: Fran&ccedil;ois 1er  de l'or Grec et Latin/ [A] redor&eacute; toute la France <p>c) A l'inverse de ces silences dandies, la nomination qui part de la m&ecirc;me source, la jubilation du savoir, augment&eacute;e ici de la sonorit&eacute; ou du cliquetis savoureux des noms: voir le d&eacute;but de l'ode I, 18, p. 130 avec ses cinq &eacute;pith&egrave;tes de nature Cynthien, Pythien, Cyr&eacute;n&eacute;an, Patar&eacute;an et Thymbr&eacute;an, les trois apostrophes &agrave; Ph&eacute;bus, et la francisation de D&eacute;los en D&egrave;le. Et &agrave; ceux qui protesteraient devant telle accumulation, l'ami Jean Martin (p. 406, ligne 169 sq.) indique de mani&egrave;re tr&egrave;s pol&eacute;mique (telles inventions m&eacute;contentent l'oreille de nos rimeurs) qu'Orph&eacute;e additionne, lui, 40 attributs! M&ecirc;me jouissance chez notre po&egrave;te &agrave; d&eacute;crire une Italie touristique o&ugrave; l'on visiterait non les vestiges des monuments antiques ou l'Italie contemporaine de la Renaissance, mais des lieux invisiblement (culturellement!) marqu&eacute;s par les Sir&egrave;nes (Naples), par Arethuse (Syracuse, la Sicile) et Vulcain (l'Etna): p. 337, v. 33-40.Voir aussi du m&ecirc;me ordre jubilatoire une sc&egrave;ne de la Titano-Gigantomachie, p. 543 V, 8, 285 sq. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Souvent Ronsard associe la pertinence des figures convoqu&eacute;es (des figures d'hommes de cheval pour Carnavalet, M&eacute;d&eacute;e pour Denise, Aurore pour Madeleine, Pallas pour Marguerite), la sonorit&eacute; de leurs noms et un objectif d&eacute;monstratif sur lequel on reviendra tout &agrave; l'heure: voir Autom&eacute;don ne St&eacute;nelle p. 71, 93; En&eacute;e, Achille, Ajax, Idom&eacute;n&eacute;e; et H&eacute;l&egrave;ne, Hector et Teucer p. 116-7, 44, 49 et 55; Hector et Ajax II, 18, p. 203, 22. Monstration de culture, de science (c''est le mot de l'Hymne de l'automne, v. 5, voir supra) s'ajoute &agrave; la d&eacute;monstration: si nul n'ignore Hector et Achille, ces deux h&eacute;ros ne sont-ils pas la meilleure d&eacute;monstration de la force de la litt&eacute;rature et de la fable: p. 275, 1-5 et page 210, 1-4? M&ecirc;me chose de l'art pictural associ&eacute; &agrave; la po&eacute;sie &agrave; la fois pour p&eacute;renniser les vivants (ce que firent Apelle et Timante) et pour diffuser la culture antique (peinture contemporaine): <br>- Qui a point vu Mars et Venus/ Dans un tableau portraits tous nus II, 27, 9-10, p. 234, Mars et V&eacute;nus, sujet &eacute;rotique bien diffus&eacute; par la peinture et la gravure <br>- Mais aussi, un tableau sans peintre (et invent&eacute; par Ronsard?), Vulcain et les cyclopes dans la forge de l'Etna II, 28, I sq. p. 235-6 <br>-Ou bien encore peintre et tableau tous deux issus de la fantasie du po&egrave;te, Madeleine, &agrave; l'image d'Arachn&eacute; chez Ovide, peignant (III, 5, p. 256, 1-5) des sujets mythologiques: l'enl&egrave;vement d'Europe; la mort de Hyacinthos aim&eacute; d'Apollon et tu&eacute; par le disque avec lequel ils jouaient: le dieu transforme le sang coulant de sa blessure en fleur (lis martagon?); la mort de Narcisse, mort d'amour pour lui-m&ecirc;me <br>&nbsp; <p><b>B) Usage po&eacute;tique</b> <br>Passons sur l'usage esth&eacute;tique, d&eacute;coratif, de la mythologie, avec son onomastique particuli&egrave;re que nous avons vu avec la nomination et le mythologisme, pour examiner rapidement des valeurs plus instrumentales <p>a) valeur illustrative <br>-la figure traditionnelle de la mal-mari&eacute;e, Madeleine, s'enrichit de l'assimilation &agrave; l'Aurore. Madeleine= l'Aurore et son vieillard de mari =Tithonos, prince troyen que l'Aurore avait remarqu&eacute; et pour lequel elle avait demand&eacute; l'immortalit&eacute;, oubliant de demander qu'il ne vieill&icirc;t point; rabougri par l'&acirc;ge, il fut transform&eacute; en cigale: III, 5, p. 257, fournisseur Ovide. Or le mythe de l'Aurore comporte d'autres amours, plut&ocirc;t ant&eacute;c&eacute;dentes d'ailleurs, dont Ronsard fait lui l'avenir un peu plus souriant que le pr&eacute;sent de son Aurore-Madeleine . On peut d'ailleurs se demander si cette ode III, 5 n'a pas inspir&eacute; l'ode IV, 16 o&ugrave; Ronsard retravaille et amplifie les amours d'Aurore pour C&eacute;phale: seconde pose, p. 381-9. Ou &agrave; l'inverse si cette ode n'est pas une chute du travail plus important sur le mythe d'Aurore. <br>- M&eacute;d&eacute;e sert en quelque sorte d'&eacute;talon pour jauger la malignit&eacute; de Denise II, 23, p. 218, 79-84: Ronsard utilise ici plaisamment le mythe c&eacute;l&egrave;bre pour d&eacute;montrer la sup&eacute;riorit&eacute; mal&eacute;fique de sa sorci&egrave;re qui ne rend pas le printemps comme M&eacute;d&eacute;e &agrave; Eson, mais le lui ravit &agrave; lui. M&ecirc;me utilisation, plaisante, comique et priv&eacute;e, de la tunique ardente -dite tunique de Nessus puisque c'&eacute;tait le sang de ce centaure qui avait ce pouvoir pernicieux- offerte par D&eacute;janire &agrave; Hercule (p. 262, v. 7-12); ou encore &eacute;vocation plaisante d'une Cassandre-M&eacute;duse (V, 11, v. 96-104, p. 590 lire) <p>b) Valeur d&eacute;monstrative de la mythologie <br>Les mythes constituent un fonds commun et relativement limit&eacute; d'exemples certifi&eacute;s sinon av&eacute;r&eacute;s, reconnus, sur lequel appuyer des d&eacute;monstrations. <br>-celle, constamment reprise, de la filiation divine des Muses (par exemple dans l'ode V, 8 &agrave; Michel de l'Hospital) et surtout des rapports que Ronsard entretient avec elles et r&eacute;ciproquement. La convocation r&eacute;guli&egrave;re des Muses au sein des Odes a valeur de revendication : ce que revendiquent Ronsard et ses amis de Coqueret, cest d&ecirc;tre les seuls &agrave; produire pour lors une po&eacute;sie inspir&eacute;e ; et les Muses constituent comme lembl&egrave;me de ce nouveau type de po&eacute;sie. <br>- celle tout aussi ressass&eacute;e du pouvoir de la po&eacute;sie: III, 12, p. 275, v 1-5 ou D'Homere grec la tant fameuse plume,/ Ou de Timante un tant fameux tableau,/ Durant leurs jours avoient une coutume/ D'Arracher vifs les hommes du tumbeau; II, 2, 20, p. 210, 1-4: <br>-Le mythe de la nef Argo sert dans le tombeau de Marguerite de Valois (p. 450-3; p. 451 v. 49 sq.) &agrave; d&eacute;montrer que le pouvoir d'Orph&eacute;e est d&eacute;sormais d&eacute;pass&eacute; par la lyre chr&eacute;tienne des surs Seymour. <p>c) Valeur encomiastique de la mythologie <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme les artistes de Fontainebleau qui r&eacute;pr&eacute;sentent leurs ma&icirc;tres sous les traits des dieux, Ronsard et ses confr&egrave;res dessinent un Olympe de Cour. Les mythes classiques ont d&egrave;s lors pour fonction de sugg&eacute;rer, de pr&eacute;parer et soutenir la conviction que le temps pr&eacute;sent, que la renaissance des lettres, voit germer de nouveaux Nestors et de nouveaux Orph&eacute;es, sous la providentielle protection de nouveaux Jupiters; en ce si&egrave;cle o&ugrave; se r&eacute;veille l'esprit, tout grand projet veut s'inscrire dans une fabuleuse tradition. IV, 11, p. 366,v. 33-40 <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'avertissement des Quatre premiers l. des O. le disait bien (page 24, l. 125 sq.), c'est le vrai but d'un po&euml;te liriq de celebrer jusques &agrave; l'extremit&eacute; celui qu'il entreprend de louer. Et s'il ne connoist en lui chose qui soit dinne de grande recommandation, il doit entrer dans sa race, et l&agrave; chercher quelqu'un de ses aieus, jadis braves et vaillans () ou par autres vagabondes digressions, industrieusement brouillant ores ceci, ores cela et par l'un louant l'autre, tellement que tous deus se sentent d'une m&ecirc;me louange. Assimiler les grands de son monde avec les figures de la mythologie pa&iuml;enne est l'ach&egrave;vement de la louange : <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; -Henri II devient le nouvel Hercule Alexicacos: ode V, 2, 87-90, p. 503 ou mieux Jupiter (I, 1, 29-38); Catherine son &eacute;pouse florentine, excellente illustration de la d&eacute;finition de l'avertissement cit&eacute; &agrave; l'instant, n'est rien moins qu'issue des amours d'Apollon et de Cyr&eacute;n&eacute;-Florence (p. 42, vers 16-7 et p. 43, 21-31): et voici redor&eacute; le blason des M&eacute;dicis, exalt&eacute;e l'antiquit&eacute; de leur noblesse, justifi&eacute;s le m&eacute;c&eacute;nat et le go&ucirc;t pour les lettres et les arts, bien r&eacute;el celui-l&agrave;, chez ces descendants d'Apollon. Et la louange ne sert pas seulement &agrave; c&eacute;l&eacute;brer et reconstruire des origines, un pass&eacute; glorieux, &agrave; donner de l'&eacute;paisseur au pr&eacute;sent et aux contemporains, mais &agrave; &eacute;terniser pour l'avenir les m&eacute;rites pr&eacute;sents (p. 45, v. 73 sq.). Pour reprendre la formule de G. Demerson, Ronsard fait plus que d&eacute;corer son pays et son temps: il propose &agrave; la post&eacute;rit&eacute; une image immortelle des hommes qu'il admire (on devrait dire qu'il loue). Voir la proph&eacute;tie, v&eacute;ritable programme architectural et politique pour un Henri II, descendant de Francus, donc prince troyen et fran&ccedil;ais: Ode de la paix, p. 428, v. 257 sq. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et Ronsard ne manque jamais l'occasion de rappeler, avec arrogance, que seule l'&eacute;criture a ce pouvoir de c&eacute;l&eacute;brer, de perp&eacute;tuer donc de r&eacute;aliser &agrave; tout moment le pouvoir des h&eacute;ros (II, 18, p. 203, 21-24 ) et m&ecirc;me la puissance divine qui n'existe que formul&eacute;e par les hommes (ibid. p.204, 37-40, assez audacieux!). Car c'est de la mythologie qui ne prend pas une ride que la po&eacute;sie tire son caract&egrave;re &eacute;thique: elle inscrit ce qui passe par son moule dans l'&eacute;ternit&eacute; et fait le lien avec les Grecs et les Latins, seules v&eacute;ritables autorit&eacute;s (cf. les gravures qui montrent un Ronsard en po&egrave;te antique). Mais ne dissimulons pas qu'on trouve aussi, au nom du principe de vari&eacute;t&eacute; et de diversit&eacute; dans l'ode &agrave; Jean Martin, une palinodie de Ronsard , disant toute la d&eacute;fiance qu'on peut l&eacute;gitimement &eacute;prouver envers le mythe, la fable &eacute;labor&eacute;e, qui, loin de dire le vrai, ent&eacute;n&eacute;brererait les consciences, discours souvent entendu &agrave; l'&eacute;poque et pas seulement dans la bouche des calvinistes: <br>La fable &eacute;labour&eacute;e/ D&eacute;crite heureusement/ Par la plume dor&eacute;e/ Nous trompe doucement:/ A l'un donnant la gloire / Qu'il n'a pas m&eacute;rit&eacute;/ Faisant par le faus croire/ Qu'on voit la v&eacute;rit&eacute; I, 13, 1-8, p. 107-8 . <p><b>III Ronsard et les mythes : sub specie aeternitatis</b> <br><b>A Une mythologie ronsardienne et fran&ccedil;aise</b> <br>a) mythologie amoureuse. G. Demerson (p.168-174) constate que tous les chants d'amour traitent chez Ronsard de &laquo;l'obsession et des illusions d'une condition immortelle&raquo;. Le mythe promet aux mortels de vaincre le temps par quelque sortil&egrave;ge: Voir par exemple comment il d&eacute;crit les amours de Junon et de Jupiter r&eacute;concil&eacute;s dans un accouplement grandiose et monstrueux o&ugrave; ils figurent presque les dieux primitifs Ouranos et Ga&iuml;a (II, 28, p. 238, v. 61-66); voir le discours de Jupiter &agrave; L&eacute;da (III, 25, 201 sq., 4e pose) ou Cassandre et son amant aux Champs Elys&eacute;ens (II, 25, 25 sq.). Bref pour Ronsard les mythes, souvenirs d'illustres et victorieux d&eacute;sirs, font de l'aventure amoureuse le signe et la promesse d'une destin&eacute;e surhumaine . <p>b)mythologie de l'inspiration &eacute;gotiste: elle dit les signes et les promesses d'une destin&eacute;e hors du commun d&egrave;s l'enfance, dans un Vend&ocirc;mois h&eacute;ritier de l'Hymette, du Parnasse, de l'H&eacute;licon et du Cyth&eacute;ron. Cette mythologie, elle, s'&eacute;labore &agrave; petites touches, patiemment dans les odes vend&ocirc;moises, mais aussi dans les autres avec le ressassement du r&ocirc;le du po&egrave;te-proph&egrave;te aupr&egrave;s des grands. <p>c) Une mythologie fran&ccedil;aise: N'est-ce pas en fait ce que Ronsard tente par exemple avec l'ode &agrave; la Fontaine Bellerie II, 9, ou A la source du Loir (IV, 15, p. 373 sq.) qui r&eacute;cup&egrave;re l'image antique du dieu-fleuve mais, loin de s'arr&ecirc;ter &agrave; la source, suit son cours et f&eacute;minise ou adoucit la figure (voir l'&eacute;treinte-accolade de l'oc&eacute;an &agrave; la derni&egrave;re strophe); ou avec la proph&eacute;tie toute nationale et loyaliste du dieu de la Charente (II, 6, p. 168 sq.: insister sur le caract&egrave;re moderne, fran&ccedil;ais du contenu de la pi&egrave;ce). Que Ronsard soit pass&eacute; du remploi &agrave; la production de mythes est encore plus &eacute;vident quand il s'agit d'Henri II- Hercule Gaulois (V, 2, p. 503, v. 87-90) ou de la premi&egrave;re sortie publique de Francion (Ode de la Paix, p. 422, v. 155 sq.; aussi la promesse &agrave; propos de Marguerite de N., V, 8, &agrave; M. de L'H. p. 571, v. 805-6). <br>&nbsp;Oui, avec son Henri II-Hercule Gaulois, avec son apoth&eacute;ose des Valois en Quatre nouveaux dieux triumphans (p. 505, 134-5), l'&eacute;vh&eacute;m&eacute;risme final de cette ode &agrave; Henri II, et de la suivante &agrave; Marguerite, Ronsard applique bien le programme d'attaque finale de la D&eacute;fense :Donnez en cete Grece menteresse et y semez encor un coup la fameuse nation des Gallogrecs. Pillez moy sans conscience les sacrez thesors de ce temple Delphique, ainsy que vous avez fait autrefoys: et ne craignez plus ce muet Apollon, ses faulx oracles, ny ses fleches rebouch&eacute;es. Vous souvienne de votre ancienne Marseille, secondes Athenes, et de votre Hercule Gallique, tirant les peuples apres luy par leurs oreilles avecques une chesne attach&eacute;e &agrave; sa langue. (Chamard p. 197). M&ecirc;me pillage avec L'Hospital nouvel Apollon (V, 8, 659 sq.) et Marguerite dixi&egrave;me muse (V, 3, 1-138 et passim) ou nouvelle Pallas (ibid. v. 318 et I, 3, 33-44), sans oublier Dorat-Hercule gaulois&nbsp; lui aussi (I, 11, p. 104, v. 33 sq.). <br>Mais l'adaptation mythologique va plus loin que l'adaptation ou l'implantation: <p><b>B) Une mythologie syncr&eacute;tique, et chr&eacute;tienne?</b> <br>a)Mythologie ou all&eacute;gorie, l'existence post-mortem? <br>Io Io Marguerite <br>Soit que ton Esprit habite <br>Sur la nue, ou dans les champs <br>Que le long oubly couronne <p>Aux cendres de Marg. de Valois, p. 493, 125-128. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ronsard mettrait-il sur le m&ecirc;me plan l'image chr&eacute;tienne d'un s&eacute;jour c&eacute;leste, peut-&ecirc;tre &agrave; la droite du Christ et le mythe pa&iuml;en des Champs Elys&eacute;es gagn&eacute;s apr&egrave;s le passage du Leth&eacute; ? Bref proposerait-il dans ces vers une &eacute;quivalence vague ou une concordance entre la foi chr&eacute;tienne et les th&eacute;ories des pa&iuml;ens? Et dans l'Hymne triumphal sur le trepas de Marguerite. il peint l'ange de Jesus Christ, ange psychopompe (p. 475 sq, v. 289 - 396.) en autre Mercure (p. 477 strophe 322 sq.). <br>Il semble d&eacute;cid&eacute;ment que pour lui, les divinit&eacute;s pa&iuml;ennes incarnent po&eacute;tiquement les pouvoirs de Dieu sur ses cr&eacute;atures et &eacute;toffent des all&eacute;gories de l'action providentielle. Ainsi le vu est une sorte de pri&egrave;re qui glorifie les forces essentielles auxquelles la vie des hommes est soumise, (&agrave; l'image de ce que le peuple trouve dans le culte des saints locaux), le travail de l'accouchement ou l'alternance veille-sommeil troubl&eacute;e par l'insommie: A Lucine (IV, 9, p. 358), Au Somme (IV, 12, p. 366), A Ph&eacute;bus pour guarir la Valentine du Conte d'Alsinois (I, 18, p. 130) ou la pri&egrave;re &agrave; V&eacute;nus (III, 13, v. 21, p. 278) transposent la pri&egrave;re &agrave; tel saint gu&eacute;risseur ou protecteur tels Gervais et Protais. <p>b) Autrement dit il est clair qu'en d&eacute;pit de ce que ses adversaires lui opposent, ou pour leur r&eacute;torquer, il consid&egrave;re la mythologie comme un d&eacute;guisement po&eacute;tique et humain de la divinit&eacute;. Consid&eacute;rons par exemple l'ode A Mercure III, 26 o&ugrave; insensiblement le Mercure mythologique, assemblage d'attributs et de pouvoirs connus (3e, 5e, 6e strophes), compagnon rus&eacute; de Ph&eacute;bus (21), messager des dieux (27) devient dans les deux derni&egrave;res strophes (p. 326, 38 sq) Dieu au singulier et avec majuscule, et pourquoi pas, si l'on isole la pri&egrave;re finale de son contexte, le Dieu des catholiques (voir v. 11l'Hymne de L'Automne, supra). <br>&nbsp;Ronsard le dit bien en 1565 dans l'Abbr&eacute;g&eacute; de l'art po&euml;tique Fran&ccedil;ois: Sur toutes choses tu auras les Muses en reverence, voire en singuliere veneration, et ne les feras jamais servir &agrave; choses deshonnestes, &agrave; ris&eacute;es, ny &agrave; libelles injurieux, mais les tiendras cheres et sacr&eacute;es, comme les filles de Juppiter, c'est &agrave; dire de Dieu, qui de sa saincte grace a premierement par elles faict cognoistre aux peuples ignorants les excellences de sa Majest&eacute;. Car la Po&euml;sie n'estoit au premier aage qu'une Theologie allegoricque, pour faire entrer au cerveau des hommes grossiers par fables plaisantes et color&eacute;es les secretz qu'ils ne pouvoyent comprendre, quand trop ouvertement on leur descouvroit la v&eacute;rit&eacute;. On dit qu'Eumolpe Cecropien, Line maistre d'Hercule, Orph&eacute;e, Homere, Hesiode inventerent un si doux alechement. Pour ceste cause ils sont appelez P&ouml;ettes divins () pour la conversation qu'ilz avoyent avecques les Oracles Propphetes, Devins, Sybilles interpretes de songes desquelz ils avoyent apris la meilleure part de ce qu'ils s&ccedil;avoyent. Ensuite est venue une seconde vague de po&egrave;tes, humains, les po&egrave;tes Romains cinq ou six (Virgile, Horace, Ovide) dont la doctrine accompagn&eacute;e d'un parfaict artifice m'a tousjours tir&eacute; en admiration. <br>Mais Pour ce que les Muses ne veulent loger en une ame si elle n'est bonne, saincte et vertueuse&nbsp; () tu auras en premier lieu les conceptions hautes, grandes, belles et non trainantes &agrave; terre () Et si tu entreprends quelque grand uvre tu te montreras religieux et craignant Dieu, le commen&ccedil;ant par son nom, ou par un autre qui representera quelque effect de sa majest&eacute; ( ) Car les Muses, Apollon, Mercure, Pallas et autres telles deitez ne nous representent autre chose que les puissances de Dieu, auquel les premiers hommes avoyent donn&eacute; plusieurs noms pour les divers affectz de son incomprehensible majest&eacute;. Et c'est aussi pour te montrer que rien ne peut estre ny bon ny parfaict, si le commencement ne vient de Dieu&nbsp; . Ainsi, puisque Ronsard lui-m&ecirc;me semble y inviter son lecteur, il faut interpr&eacute;ter all&eacute;goriquement son fabuleux manteau. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On ne s'&eacute;tonne plus de voir Ronsard, suivant en cela Marot qui pla&ccedil;ait David au-dessus d'Orph&eacute;e (voir note 2 de Laumonier p. 453), d&eacute;crire le progr&egrave;s de la po&eacute;sie chr&eacute;tienne par rapport &agrave; la po&eacute;sie antique: Orph&eacute;e  enfl&eacute; de vains mots/ Devisoit &agrave; l'aventure/ Ou des mambres du Chaos/ Ou du sein de la nature; les sur Seymour nouveau chur des Muses assembl&eacute; pour le tombeau de Marg. de Navarre chantent mieux/ Le vray Manouvrier des cieux,/ Nostre demeure eternelle,/ Et ceulx qui vivent en elle. . Bref Orph&eacute;e devrait reconna&icirc;tre l'inf&eacute;riorit&eacute; de son inspiration, et briser son lut de d&eacute;pit: 41-48, p. 452-3. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Synth&egrave;se, et non plus succession chronologique, synth&egrave;se &agrave; la limite (de la rupture) de l'&eacute;quilibre (voir la commode et juste expression d'Isidore Silver Ronsard's Christian-Pagan Religion in unstable equilibrium ), par exemple dans l'Ode &agrave; la Roine de Navarre sur la mort de Charles de Valois, duc d'Orl&eacute;ans (II, 3, p. 155). Ronsard imagine le prince mont&eacute; au ciel dans une sorte d'apoth&eacute;ose assez pa&iuml;enne (p. 157), ayant accompli son sort fix&eacute; par la Parque (v. 55-56 lire). Mais lorsque, &agrave; l'instar d'Orph&eacute;e voulant retrouver Eurydice, la reine supplie les dieux de laisser revivre le jeune homme contre les lois m&ecirc;me de la nature (45-48), Ronsard balaie l'image des Enfers antiques encore &eacute;voqu&eacute; avec la Parque (55) et Pluton (57) pour ne laisser place au finale qu'au Ciel chr&eacute;tien (p. 158-9, v. 59-60). Charles ne revit pas; son &acirc;me survit dans l'&eacute;ternit&eacute; de l'incorruption chr&eacute;tienne (v. 44). <p><b>Conclusion</b> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D&eacute;corative certes, la mythologie ronsardienne l'est comme chez tous ses confr&egrave;res d'hier et de nagu&egrave;re, mais elle est le mat&eacute;riau didactique, d&eacute;monstratif, laudatif, instrumental bref, elle est la langue, l'essence de sa po&eacute;sie. Elle n'illustre pas seulement une pens&eacute;e, elle lui donne son corps. Elle n'est pas un suppl&eacute;ment ornemental, color&eacute;, elle est le langage jamais d&eacute;suet de la po&eacute;sie qui avec son antiquit&eacute;, sa signification religieuse exprime l'ineffable, sugg&egrave;re quelque ordre cach&eacute;, une unit&eacute; myst&eacute;rieuse du d&eacute;but &agrave; la fin des temps. Elle est de ces ingr&eacute;dients n&eacute;cessaires que le po&egrave;te g&eacute;nial convoque parce qu'ils  sont les nerfs et la vie du livre qui veut forcer les si&egrave;cles pour demeurer de toute m&eacute;moire victorieux et ma&icirc;tre du temps (Abbr&eacute;g&eacute; de l'AP, Goyet p. 471) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et le syncr&eacute;tisme de Ronsard &eacute;tudiant, amateur, connaisseur, utilisateur, adaptateur mais aussi producteur de mythes, consiste d'abord &agrave; donner au quotidien vend&ocirc;mois, &agrave; ses contemporains et &agrave; leurs faits et gestes, la dignit&eacute; de l'antiquit&eacute; par un esp&egrave;ce de d&eacute;paysement, et &agrave; d&eacute;guiser le merveilleux chr&eacute;tien sous le fabuleux manteau de l'antique. Bref on le voit, lui qui v&eacute;cut et mourut catholique, vouer sa tonsure &agrave; Ph&eacute;bus (III, 3, 351), souhaiter aux jeunes Seymour, nouvelles muses chr&eacute;tiennes victorieuses d'Orph&eacute;e, de donner aux po&egrave;tes, en se mariant, l'occasion de les f&ecirc;ter de leurs &eacute;pithalames (Tombeau, p. 457). Le pr&eacute;sent prend la dignit&eacute; exotique de l'antique cependant que l'antique y perd son paganisme. Ronsard s'approprie donc la mythologie et en la modernisant et en lui volant son lustre pour transfigurer le pr&eacute;sent: car Jupiter c'est-&agrave;-dire de Dieu <p>Catherine Magnien <br>Bordeaux III <br>&nbsp; <br>&nbsp; </body> </html> 
