  <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"     "http://www.w3.org/TR/html4/loose.dtd">   <html >  <head><title>3.1 L&#8217;ordinateur</title>  <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">  <meta name="generator" content="TeX4ht (http://www.cis.ohio-state.edu/~gurari/TeX4ht/mn.html)">  <!--html,3,refcaption,sections+-->  <meta name="src" content="theseEG.tex">  <meta name="date" content="2003-01-02 11:19:00">  <link rel="stylesheet" type="text/css" href="theseEG.css">  </head><body  >     <div class="crosslinks"><p class="noindent">[<a  href="theseEGse8.html" >suite</a>] [<a  href="#tailtheseEGse7.html">bas</a>] [<a  href="theseEGch3.html#theseEGse7.html" >remonter</a>] </p></div>    <h3 class="sectionHead"><span class="titlemark">3.1</span> <a  href="theseEG.html#QQ2-114-27" name="x114-250003.1">L&#8217;ordinateur</a></h3> <!--l. 435--><p class="noindent">Dans la suite, un ordinateur est pris dans son sens commun contemporain: nous oublierons donc l&#8217;ENIAC et ses trente tonnes (1943) pour ne consid&eacute;rer que des objets constitu&eacute;s d&#8217;un &eacute;cran, d&#8217;un clavier, d&#8217;un syst&egrave;me de traitement des signes et d&#8217;un syst&egrave;me d&#8217;archivage. A cette configuration minimale, dont nous demandons qu&#8217;elle permette de lire et d&#8217;&eacute;crire <a  href="theseEG115.html" name="theseEG115.html" ><sup>1</sup></a>, peuvent s&#8217;ajouter divers autres <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>p&eacute;riph&eacute;riques<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>, comme la souris ou le <span  class="ecti-1200">joystick</span>, l&#8217;imprimante, etc., mais aussi d&#8217;autres &eacute;l&eacute;ments de base: deux ou plusieurs unit&eacute;s centrales reli&eacute;es par un r&eacute;seau, deux &eacute;crans, d&#8217;autres imprimantes, etc. Ces divers &eacute;l&eacute;ments ne sont pas n&eacute;cessairement en un m&ecirc;me lieu.    <h4 class="subsectionHead"><span class="titlemark">3.1.1</span> <a  href="theseEGch3.html#QQ2-114-28" name="x114-260003.1.1">Rappel historique</a></h4> L&#8217;ordinateur n&#8217;est pas une invention r&eacute;cente: Blaise Pascal construit sa machine &agrave; calculer en 1642 <a  href="theseEG116.html" name="theseEG116.html" ><sup>2</sup></a>, et Charles Babbage imagine un calculateur en 1822. Si celui-ci ne fut jamais r&eacute;alis&eacute;, divers programmes ont &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;s &agrave; son intention par Augusta Ada Lovelace, la fille du po&egrave;te Byron. Pour ses m&eacute;tiers &agrave; tisser, Falcon utilise des cartes perfor&eacute;es en 1728, d&eacute;j&agrave; employ&eacute;es &agrave; piloter des automates et des bo&icirc;tes &agrave;  musique <a  href="theseEG117.html" name="theseEG117.html" ><sup>3</sup></a>. Joseph-Marie Jacquard perfectionne et industrialise le proc&eacute;d&eacute; en 1804 <a  href="theseEG118.html" name="theseEG118.html" ><sup>4</sup></a>. Cette fa&ccedil;on de transmettre de l&#8217;information &agrave; une machine, tant dans sa mati&egrave;re (le papier ou le carton) que dans son code (clairement binaire) se maintiendra jusqu&#8217;&agrave; la fin des ann&eacute;es 1970. La machine &agrave; &eacute;crire, dont on verra qu&#8217;elle n&#8217;a aucun rapport avec l&#8217;ordinateur, m&ecirc;me si les claviers de l&#8217;une et de l&#8217;autre semblent proches, fut, elle-aussi imagin&eacute;e il y a longtemps: en 1714, soit 150 ans avant sa premi&egrave;re r&eacute;alisation (1867). <!--l. 443--><p class="noindent">Plus en rapport avec l&#8217;internet, une imprimante command&eacute;e &agrave; distance &#8212;pour les besoins du t&eacute;l&eacute;graphe&#8212; est test&eacute;e en 1902 <a  href="theseEG119.html" name="theseEG119.html" ><sup>5</sup></a>; &Eacute;douard Belin fabrique son b&eacute;linographe <a  href="theseEG120.html" name="theseEG120.html" ><sup>6</sup></a> en 1907. Le tube &agrave; faisceau cathodique est con&ccedil;u en 1897 par l&#8217;allemand Karl  Braun <a  href="theseEG121.html" name="theseEG121.html" ><sup>7</sup></a>. Vannevar&nbsp;Bush construit un r&eacute;el ordinateur en 1927, mais on oublie que celui-ci est analogique. Il faut attendre 1940 pour que le codage num&eacute;rique, d&eacute;crit comme l&#8217;essence de l&#8217;informatique, apparaisse avec la machine de George Stibitz reli&eacute;e par t&eacute;l&eacute;phone &agrave; un <span  class="ecti-1200">teleprinter</span>. <!--l. 445--><p class="indent">   On pourrait consid&eacute;rer que les r&eacute;seaux informatiques actuels, au premier lieu desquels l&#8217;internet, ont donc plus de 60 ans, et qu&#8217;&agrave; l&#8217;exception de la souris, les composants de nos ordinateurs sont centenaires. <!--l. 447--><p class="indent">   Certes, quelques am&eacute;liorations techniques se sont produites, dues en grande partie aux progr&egrave;s de l&#8217;&eacute;lectronique (semi-conducteurs, circuits int&eacute;gr&eacute;s, micro-processeurs, etc.). Mais le r&eacute;sultat actuel est plus le fruit d&#8217;associations in&eacute;dites d&#8217;objets connus et de lentes am&eacute;liorations que de pure <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>innovation<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>. Par exemple, les travaux sur l&#8217;interface graphique se d&eacute;veloppent dans les ann&eacute;es 1970, parce que l&#8217;&eacute;cran de t&eacute;l&eacute;vision devient abordable et peut &ecirc;tre utilis&eacute; comme terminal d&#8217;un micro-ordinateur <a  href="theseEG122.html" name="theseEG122.html" ><sup>8</sup></a>.  <!--l. 451--><p class="indent">   Pour &eacute;viter une surench&egrave;re dans l&#8217;hagiographie confinant au culte du progr&egrave;s technique, nous nous contenterons de rappeler quelques faits suppl&eacute;mentaires en liaison avec notre recherche: en 1977, Steve Wozniak et Steve Jobs commercialisent l&#8217;Apple II <a  href="theseEG123.html" name="theseEG123.html" ><sup>9</sup></a>, premier micro-ordinateur massivement vendu <a  href="theseEG124.html" name="theseEG124.html" ><sup>10</sup></a>. Fait essentiel pour notre propos, le tableur <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>Visicalc<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span> (1979)  est &agrave; lui seul responsable du quart des ventes <a  href="theseEG125.html" name="theseEG125.html" ><sup>11</sup></a>. Les premiers ordinateurs &agrave; syst&egrave;me d&#8217;exploitation command&eacute; par interface graphique sont en 1983, le Lisa, puis en 1984, le Macintosh, tous deux produits par la marque Apple. Le statut de l&#8217;ordinateur peut alors &ecirc;tre compar&eacute; &agrave; celui de la voiture, puisque tous deux peuvent se piloter sans expertise <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>informatique<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span> ou m&eacute;canique. Mais cette analogie fortement r&eacute;pandue &eacute;touffera tout questionnement sur les transformations des pratiques d&#8217;&eacute;criture, tandis que les objets se multiplient: avec le langage <span  class="eccc-1200">P<small  class="small-caps">O</small><small  class="small-caps">S</small><small  class="small-caps">T</small>S<small  class="small-caps">C</small><small  class="small-caps">R</small><small  class="small-caps">I</small><small  class="small-caps">P</small><small  class="small-caps">T</small> </span>(1982) et les imprimantes laser (1984), les conditions sont r&eacute;unies pour que l&#8217;ordinateur puisse p&eacute;n&eacute;trer dans le cercle ferm&eacute; des mondes lettr&eacute;s. Parall&egrave;lement, d&#8217;autres ordinateurs sont d&eacute;velopp&eacute;s, comme ceux qui utilisent le syst&egrave;me d&#8217;exploitation Unix; mais ils resteront longtemps r&eacute;serv&eacute;s aux professionnels de  l&#8217;informatique scientifique, notamment &agrave; cause de l&#8217;absence d&#8217;environnement graphique.    <h4 class="subsectionHead"><span class="titlemark">3.1.2</span> <a  href="theseEGch3.html#QQ2-114-29" name="x114-270003.1.2">Calame</a></h4> Pris s&eacute;par&eacute;ment, chacun des objets mat&eacute;riels qui composent l&#8217;ordinateur a peu de chances de modifier notre outillage intellectuel. Nous rencontrerons &agrave; chaque fois des &eacute;volutions marginales, dont seule la combinaison finira par avoir des cons&eacute;quences sur nos mani&egrave;res de faire et de penser. Le clavier est un bon exemple de telles modifications &agrave; la marge: ce n&#8217;est pas un nouvel objet, puisqu&#8217;il est quasiment identique aux machines &agrave; &eacute;crire; les seules transformations d&#8217;importance ne r&eacute;sident pas dans l&#8217;ajout de touches permettant l&#8217;inscription de nouveaux caract&egrave;res (comme l&#8217;arobase, par exemple), mais dans l&#8217;apparition de touches qui, <span  class="ecti-1200">a priori</span>, n&#8217;inscrivent pas de signes visibles: ces touches, dites de fonction <a  href="theseEG126.html" name="theseEG126.html" ><sup>12</sup></a> permettent de transmettre des messages sp&eacute;cifiques &agrave; la machine. On pourrait penser qu&#8217;elles sont un r&eacute;sidu du monde des programmeurs et que l&#8217;apparition de la souris, compl&eacute;ment indispensable des interfaces graphiques, les condamnerait <a  href="theseEG127.html" name="theseEG127.html" ><sup>13</sup></a>.  En fait, ces deux mani&egrave;res d&#8217;adresser des commandes se combineront <a  href="theseEG128.html" name="theseEG128.html" ><sup>14</sup></a>. Les fonctions de l&#8217;outil d&#8217;inscription sont donc &eacute;tendues &agrave; des s&eacute;quences d&#8217;instructions d&eacute;di&eacute;es aux moteurs d&#8217;&eacute;criture que sont l&#8217;ordinateur et le logiciel. <!--l. 457--><p class="noindent">La souris <a  href="theseEG129.html" name="theseEG129.html" ><sup>15</sup></a> donne l&#8217;impression formidable d&#8217;&ecirc;tre toujours au c&#0339;ur du texte, de le manipuler, de le r&eacute;organiser en le pensant comme objet graphique, au point que certains traducteurs, comme Jean-Ren&eacute; Ladmiral <a  href="theseEG130.html" name="theseEG130.html" ><sup>16</sup></a>, consid&egrave;rent que l&#8217;ordinateur propose un retour au stylo, ant&eacute;rieur &agrave; la distanciation du texte induite par la machine &agrave; &eacute;crire. On en oublierait presque les commandes que rend accessibles la souris, par le biais de la s&eacute;lection des <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>menus<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>. <!--l. 460--><p class="indent">   Ces deux objets ne servent donc pas qu&#8217;&agrave; saisir ou reproduire du texte, mais &agrave; le manipuler, le r&eacute;ordonner, gr&acirc;ce &agrave; d&#8217;autres fonctionnalit&eacute;s permises par la machine. On est dans le registre du <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>bras articul&eacute;<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>, et la proximit&eacute; entre texte et pens&eacute;e est accrue.     <h4 class="subsectionHead"><span class="titlemark">3.1.3</span> <a  href="theseEGch3.html#QQ2-114-30" name="x114-280003.1.3">Traitement du texte</a></h4> Ces possibilit&eacute;s de r&eacute;organisation du texte n&#8217;ont pas &eacute;t&eacute; imagin&eacute;es pour les litt&eacute;raires. Leur histoire est intimement li&eacute;e &agrave; celle de l&#8217;informatique. Non pas qu&#8217;avant, elles n&#8217;existaient pas (la table de montage des journaux des ann&eacute;es 1970, o&ugrave; les &eacute;preuves &eacute;taient hach&eacute;es menu, recoll&eacute;es soigneusement avant le passage &agrave; la photogravure, en est la preuve), mais elles sont la condition du d&eacute;veloppement de cette science: d&egrave;s que les ordinateurs ont pu &ecirc;tre pilot&eacute;s avec un clavier, et qu&#8217;il a &eacute;t&eacute; possible d&#8217;archiver le code n&eacute;cessaire &agrave; l&#8217;ex&eacute;cution d&#8217;une t&acirc;che, se sont d&eacute;velopp&eacute;s les <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>&eacute;diteurs<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span> (de texte) <a  href="theseEG131.html" name="theseEG131.html" ><sup>17</sup></a>. <!--l. 465--><p class="noindent">En effet, la majorit&eacute; des <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>programmes<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>, ces successions de phrases interpr&eacute;tables par la machine, se ressemblent, et il fallait pouvoir r&eacute;organiser de fa&ccedil;on rapide &#8212;et si possible syst&eacute;matique&#8212; les unes pour en r&eacute;aliser d&#8217;autres. D&#8217;o&ugrave; le besoin de rechercher du texte, de le remplacer, de le d&eacute;placer, de le dupliquer. Cette production textuelle massive destin&eacute;e &agrave; multiplier le nombre de t&acirc;ches que peut r&eacute;aliser un ordinateur a donn&eacute; lieu &agrave; la construction de <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>biblioth&egrave;ques de ressources<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span> <a  href="theseEG132.html" name="theseEG132.html" ><sup>18</sup></a>, indispensables aux programmeurs: ce sont en fait des milliers de routines, de programmes sp&eacute;cifiques qui peuvent &ecirc;tre ais&eacute;ment sollicit&eacute;s par d&#8217;autres programmes.  <!--l. 467--><p class="indent">   Ce besoin imp&eacute;rieux d&#8217;&eacute;crire, de transmettre du code co&ucirc;te que co&ucirc;te, s&#8217;est encore amplifi&eacute; avec le d&eacute;veloppement des r&eacute;seaux: non seulement il faut <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>traverser<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span> les diverses strates d&#8217;un ordinateur, mais, depuis 20 ans &agrave; 30 ans, les diff&eacute;rentes <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>couches<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span> de ces r&eacute;seaux. Partant de leur h&eacute;t&eacute;rog&eacute;n&eacute;it&eacute;, ces couches ont &eacute;t&eacute; d&eacute;finies de fa&ccedil;on &agrave; normaliser les op&eacute;rations qui permettent l&#8217;interconnection des machines: <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>les concepts de base de cette architecture constituent le mod&egrave;le de r&eacute;f&eacute;rence pour l&#8217;interconnexion de syst&egrave;mes ouverts &#8212;dit mod&egrave;le OSI&#8212; dont les modalit&eacute;s sont r&eacute;parties en [...] couche physique, couche liaison de donn&eacute;es, couche r&eacute;seau, couche transport, couche session, couche pr&eacute;sentation, couche application<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span> <a  href="theseEG133.html" name="theseEG133.html" ><sup>19</sup></a>. <!--l. 469--><p class="indent">   Ainsi, les textes de l&#8217;informaticien et de l&#8217;utilisateur sont-ils appel&eacute;s &agrave; subir de multiples transformations. Nous ne doutons pas que ces nouveaux statuts du texte, comme le d&eacute;veloppement des <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>outils<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span> con&ccedil;us pour l&#8217;appr&eacute;hender, finiront par &ecirc;tre per&ccedil;us par un grand nombre d&#8217;auteurs, au-del&agrave; du monde des ing&eacute;nieurs. Nous retrouvons l&agrave; un aspect du processus r&eacute;flexif de l&#8217;&eacute;criture, d&#8217;autant plus difficile &agrave; cerner que le respect des usages traditionnels incite &agrave; le masquer au mieux. Par exemple, la programmation, nouveau genre d&#8217;&eacute;criture, permet de fabriquer des outils qui donnent &agrave; l&#8217;utilisateur l&#8217;illusion que le traitement de texte modifie son mode de travail de fa&ccedil;on minimale. <!--l. 475--><p class="indent">   Ce type de paradoxe nous appara&icirc;t constant dans les discours et analyses relatifs &agrave; l&#8217;innovation: celle-ci ne se produit pas l&agrave; o&ugrave; on l&#8217;&eacute;voque. Avec l&#8217;informatique, la technique reste dans le registre de la machine-outil qui all&egrave;ge des t&acirc;ches et qui sert avant tout &agrave; reproduire &#8212;sans imagination&#8212; des pratiques  enracin&eacute;es <a  href="theseEG134.html" name="theseEG134.html" ><sup>20</sup></a>. Cette logique d&#8217;effort physique, de travail <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>manuel<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>, incite &agrave; n&eacute;gliger le caract&egrave;re intellectuel des pratiques quand on est confront&eacute; &agrave; un ordinateur. Il semble pourtant que ce soit l&agrave; que l&#8217;on puisse parler d&#8217;innovation, et non pas en expliquant aux &eacute;rudits que le traitement de texte leur permet d&#8217;acc&eacute;der au statut bien peu convoit&eacute; de secr&eacute;taire. Pourtant, les discours sur l&#8217;innovation adh&egrave;rent doublement &agrave; la m&eacute;taphore de la presse de Gutenberg: d&#8217;une part, en euph&eacute;misant toute forme de changement, comme l&#8217;inventeur l&#8217;a fait lui-m&ecirc;me <a  href="theseEG135.html" name="theseEG135.html" ><sup>21</sup></a>; d&#8217;autre part, en colportant une histoire mythique de cette invention, sous sa forme la plus r&eacute;ductrice <a  href="theseEG136.html" name="theseEG136.html" ><sup>22</sup></a>: la technique g&eacute;n&egrave;re des outils, qui, par magie, vont amplifier les potentialit&eacute;s de la pens&eacute;e int&eacute;rieure. Ici, le syst&egrave;me de signes est oubli&eacute; au profit d&#8217;une conception binaire de la mati&egrave;re et de l&#8217;esprit, incompatible avec une &eacute;tude pr&eacute;cise de l&#8217;invention et du fonctionnement des ordinateurs: certes, la combinaison d&#8217;instruments &#8212;d&#8217;usines, en fait&#8212; et d&#8217;un travail conceptuel permet de concevoir d&#8217;autres machines; mais celles-ci ne transforment pas la mati&egrave;re, elles sont avant tout destin&eacute;es &agrave; la production de signes, peu ou prou associ&eacute;s &agrave; notre syst&egrave;me graphique. Ces symboles ont deux fonctions entrelac&eacute;es: la plus visible, destin&eacute;e &agrave;  l&#8217;auteur ou au lecteur, est aussi la plus traditionnelle. La seconde, assez masqu&eacute;e, est destin&eacute;e &agrave; la gestion de ce syst&egrave;me graphique. Cette double fonctionnalit&eacute; permet le travail de production et de r&eacute;organisation des signes sans lesquels la pens&eacute;e ne peut se d&eacute;ployer. Mais on remarque aussi un saut conceptuel, fruit d&#8217;une audace intellectuelle qu&#8217;on aurait tort de n&eacute;gliger, et g&eacute;n&eacute;rateur d&#8217;une nouvelle relation &agrave; l&#8217;&eacute;criture, qu&#8217;il convient de d&eacute;tailler.    <h4 class="subsectionHead"><span class="titlemark">3.1.4</span> <a  href="theseEGch3.html#QQ2-114-31" name="x114-290003.1.4">Support et codes</a></h4>  Ces machines &agrave; produire du signe g&eacute;n&egrave;rent en effet une rupture cons&eacute;quente dans nos habitudes: &agrave; la grande diff&eacute;rence des textes qui &eacute;taient r&eacute;alis&eacute;s sur papyrus ou &agrave; l&#8217;aide d&#8217;une machine &agrave; &eacute;crire, celui-ci n&#8217;est plus directement accessible: l&#8217;ordinateur ent&eacute;rine la s&eacute;paration du lieu de l&#8217;inscription et du lieu de la visualisation. L&agrave; encore, il serait dangereux de parler d&#8217;innovation. Les premi&egrave;res machines &agrave; projeter des images <a  href="theseEG137.html" name="theseEG137.html" ><sup>23</sup></a>, puis la photographie et surtout le cin&eacute;ma ont d&eacute;j&agrave; introduit l&#8217;&eacute;cran comme dispositif essentiel de la lecture: on ne regarde pas un film dans la pi&egrave;ce du projectionniste. Mais avant la diffusion des ordinateurs individuels, les professionnels qui avaient un acc&egrave;s distanci&eacute; &agrave; l&#8217;&eacute;crit &eacute;taient engag&eacute;s dans des processus industriels suffisament complexes pour qu&#8217;on puisse consid&eacute;rer qu&#8217;ils fussent rares. Aujourd&#8217;hui, il est quasiment impossible &agrave; un non-aveugle de concevoir un texte &eacute;lectronique sans  &eacute;cran <a  href="theseEG138.html" name="theseEG138.html" ><sup>24</sup></a>, alors m&ecirc;me que ce texte est enregistr&eacute; sur un disque plus ou moins proche; l&#8217;internet est le meilleur exemple de cette d&eacute;localisation radicale, m&ecirc;me si elle fut pr&eacute;figur&eacute;e par le t&eacute;l&eacute;graphe. La meilleure preuve en est donn&eacute;e par les <span  class="ecti-1200">webmail</span>, qui permettent de r&eacute;diger son courrier alors que la machine qui le stocke et le distribue peut &ecirc;tre situ&eacute;e &agrave; des centaines, voire des milliers de kilom&egrave;tres du scripteur. <!--l. 483--><p class="noindent">Ce d&eacute;doublement du support, entre disque dur compos&eacute; d&#8217;&eacute;l&eacute;ments magn&eacute;tis&eacute;s positivement ou n&eacute;gativement (d&#8217;o&ugrave; la notion de codage binaire), et &eacute;cran, somme de points rouges, verts ou bleus, auparavant ou verts ou jaunes sur fond noir, induit un effet essentiel dans le code de l&#8217;&eacute;crit: au syst&egrave;me graphique, mais aussi &agrave; la structure du texte, se surimposent des centaines de codages, au point que ces derniers priment sur les premiers. <!--l. 485--><p class="indent">   Dans une acception simple, on pourrait supposer que le codage entre l&#8217;homme et la machine soit unique, et parfaitement r&eacute;versible. L&#8217;ordinateur assurerait les deux traductions n&eacute;cessaires, m&ecirc;me si le syst&egrave;me de signes serait &eacute;tendu &agrave; un alphabet qui d&eacute;passe un cadre strictement national <a  href="theseEG139.html" name="theseEG139.html" ><sup>25</sup></a>. On pourrait admettre que cet alphabet subisse des alt&eacute;rations, cons&eacute;cutives &agrave; des rapports de force culturels, comme cela se produit d&eacute;j&agrave;: l&#8217;absence d&#8217;accents dans le premier code  ASCII <a  href="theseEG140.html" name="theseEG140.html" ><sup>26</sup></a>, la disparition du <span  class="ecti-1200">&#0339; </span>dans la graphie sur le Web en sont autant d&#8217;exemples <a  href="theseEG141.html" name="theseEG141.html" ><sup>27</sup></a>. <!--l. 487--><p class="indent">   Dans les faits, la situation est bien plus inqui&eacute;tante; cette fonction de transcodage n&#8217;est plus ma&icirc;tris&eacute;e par le scripteur, et finit par devenir opaque, m&ecirc;me pour les informaticiens les plus &eacute;rudits: d&eacute;j&agrave;, des dizaines d&#8217;instructions s&#8217;intercalent entre le texte sur le disque et son affichage (d&eacute;chiffrement des secteurs du disque, transmission &agrave; l&#8217;unit&eacute; centrale, interpr&eacute;tation par un logiciel, commande d&#8217;une carte graphique pour afficher des dessins correspondant &agrave; une police de caract&egrave;res, etc.). Si celles-ci sont encore vaguement <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>normalis&eacute;es<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>, les codages induits par les logiciels, souvent appel&eacute;s <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>formats<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>, sont tous diff&eacute;rents, m&ecirc;me s&#8217;il existe parfois des passerelles entre eux. Ce sont donc des centaines de codes qui s&#8217;interposent entre ce que le scripteur croit &eacute;crire et ce qui est v&eacute;ritablement  inscrit <a  href="theseEG142.html" name="theseEG142.html" ><sup>28</sup></a>: l&#8217;industrie ne propose pas toujours que des solutions rationnelles ou universelles... <!--l. 490--><p class="indent">   On d&eacute;couvre alors, comme corollaire de cette distance entre espace de visualisation et espace de stockage, que le support n&#8217;existe pas sans codage, sans texte. Ce fait est essentiel, et il induit une association inattendue entre l&#8217;instrument et le syst&egrave;me de signes: si le m&ecirc;me texte, ici pris comme succession de caract&egrave;res alphab&eacute;tiques, pouvait &ecirc;tre indiff&eacute;remment &eacute;crit sur la pierre, la cire, le bois, le papier, aujourd&#8217;hui, son inscription sur un &eacute;cran passe par un support qui est d&eacute;finitivement illisible si l&#8217;on ne dispose pas de toute une panoplie d&#8217;objets, physiques comme moins mat&eacute;riels: disque, &eacute;cran, et leurs pilotes, logiciel, etc. Un m&ecirc;me disque dur ne sera pas lisible par un autre syst&egrave;me d&#8217;exploitation que celui qui l&#8217;a <span  class="lasy-10--120">&#171;&nbsp;</span>format&eacute;<span  class="lasy-10--120">&nbsp;&#187;</span>; un document QuarkXPress &eacute;crit dans sa version 3.32 n&#8217;est pas lisible par la version 3.31 du m&ecirc;me logiciel; une cartouche amovible n&#8217;entre pas dans un lecteur qui accepte un support de taille diff&eacute;rente.  <!--l. 494--><p class="indent">   Cette dissociation entre lieux <span  class="ecti-1200">g</span><span  class="ecti-1200">&eacute;ographiques </span>de la visualisation et du stockage induit toute une s&eacute;rie de traductions qui deviennent de plus en plus difficiles &agrave; ma&icirc;triser, et qui finissent par unifier les notions, historiquement distinctes, de support et de syst&egrave;me de signes, de mat&eacute;riel et d&#8217;&eacute;criture.     <div class="crosslinks"><p class="noindent">[<a  href="theseEGse8.html" >suite</a>] [<a  href="theseEGse7.html" >haut page</a>] [<a  href="theseEGch3.html#theseEGse7.html" >remonter</a>] </p></div><a    name="tailtheseEGse7.html"></a>    </body></html>  
