<html> <head><title> L'attribution par ordinateur des objets d'art anonymes </title></head> <body background="/antiques/images/decors/fond03.gif" text=#582a0c link=#8e7048  vlink=#8e7048 alink=#8e7048> [<a href="http://www.antiquites.com">Antiquaires de France</a>]  [<a href="/antiques/revue/revue.html">La revue</a>]  [<a href="mailto:adf@antiquites.com">Mail</A>] <hr> <font size=+3><b> L'attribution par ordinateur des objets d'art anonymes </b></font> <br><font color=#8e7048><b>Par Bernard DELOCHE</b></font><bR> <br><b> <table><tr><td><br></tD><td><b> Un collectionneur poss&egrave;de toujours quelques pi&egrave;ces anonymes : un tableau non sign&eacute;, un meuble sans estampille, une pi&egrave;ce d'orf&egrave;vrerie sans poin&ccedil;on... Certes une comparaison soigneuse permet-elle de situer approximativement objet dans le temps et dans l'espace, mais on d&eacute;sire naturellement en conna&icirc;tre l'auteur. Aussi les experts se livrent-ils depuis toujours &agrave; la d&eacute;licate d&eacute;marche de l'attribution : donner une paternit&eacute; &agrave; une oeuvre. <br><bR> Jusqu'ici, les tests mis au point &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle par Giovanni Morelli (<a href="#1">1</a>) (comparaison de d&eacute;tails trait&eacute;s automatiquement par l'artiste et consid&eacute;r&eacute;s de ce fait comme une signature inconsciente) ne s'&eacute;tant pas r&eacute;v&eacute;l&eacute;s suffisamment fiables, il fallait faire confiance au seul flair et &agrave; la m&eacute;moire visuelle de l'expert, avec toutes les contestations qui pouvaient s'ensuivre. <br><br> Or, les outils offerts assez r&eacute;cemment par la micro-informatique ont permis &agrave; un universitaire lyonnais, &eacute;galement expert judiciaire, Bernard DELOCHE, de mettre au point un prototype de logiciel, SYSTEX (<a href="#2">2</a>). Il s'agit d'un syst&egrave;me expert capable de proposer ou de refuser des attributions en justifiant ses conclusions. En voici le principe, qui s'appuie sur l'&eacute;tude des combinaisons de formes. <br><br> Un meuble, un luminaire, un pichet d'&eacute;tain, une pi&egrave;ce d'orf&egrave;vrerie sont, chacun dans la cat&eacute;gorie qui est la leur, d&eacute;composables en segments rep&eacute;rables, comme si l'objet formait une sorte de puzzle dont les &eacute;l&eacute;ments seraient interchangeables. <br><br> </td></tr> <tr><td valign=top><center><img hspace=15 src="fig1a.gif"><br> fig. 1a<br> <br> <img hspace=15 src="fig1b.gif"><br> fig. 1b<br> <br> <img hspace=15 src="fig1c.gif"><br> fig. 1c</td><td> <br><dl><dt><b> <dd>Fig. 1a Le damier initial<br> <dd>Fig. 1b Les pi&egrave;ces<br> <dd>Fig. 1c Le puzzle<bR> </dl><bR> <br> L'application pilote a &eacute;t&eacute; d&eacute;velopp&eacute;e depuis pr&egrave;s de dix ans sur l'exemple caract&eacute;ristique des si&egrave;ges lyonnais du XVIIIe si&egrave;cle, dont on sait qu'en l'absence d'estampille ils sont abusivement attribu&eacute;s au plus prestigieux des menuisiers lyonnais, Pierre NOGARET (1718-1771 ; re&ccedil;u ma&icirc;tre en 1745). En r&eacute;alit&eacute;, on conna&icirc;t assez bien aujourd'hui les confr&egrave;res et concurrents de NOGARET, qui n'&eacute;taient pas moins d'une dizaine (Fran&ccedil;ois CANOT, S&eacute;bastien CARPANTIER, Bernard CHELANT, Jean Nicolas CHENEAUX, Fran&ccedil;ois Nol GENY, Fran&ccedil;ois GIRARD, Jean GODO, Fran&ccedil;ois GROS, Fran&ccedil;ois LAPIERRE, Claude LEVET et Nicolas PARMANTIER), et qui estampillaient eux aussi leurs productions. En face d'un sp&eacute;cimen anonyme, toute la question est donc de savoir par lequel de ces menuisiers il a &eacute;t&eacute; fabriqu&eacute;. Pour apporter une r&eacute;ponse &agrave; cette question, Bernard DELOCHE a entrepris de recenser tous les sp&eacute;cimens pass&eacute;s en ventes publiques ou appartenant &agrave; des mus&eacute;es, voire &agrave; des collections priv&eacute;es. Il a ainsi r&eacute;uni un fichier de 600 si&egrave;ges lyonnais Louis XV. C'est l'analyse syst&eacute;matique de ce fichier qui fournit la r&eacute;ponse. <br><br> Si les principaux trac&eacute;s des &eacute;l&eacute;ments (traverses et montants du dossier, de la ceinture, forme des pieds, des accotoirs, etc.) sont globalement communs &agrave; toute la production lyonnaise et permettent de l'identifier assez ais&eacute;ment, en revanche le jeu des combinaisons entre les trac&eacute;s est propre &agrave; chacun. Les si&egrave;ges du fichier sont donc d&eacute;crits &agrave; l'aide d'un code (<a href="#3">3</a>) (en l'occurrence une s&eacute;rie de 13 chiffres, enregistrant la r&eacute;ponse &agrave; 13 questions). L'algorithme mis en oeuvre consiste alors &agrave; calculer pour chacun des menuisiers lyonnais les r&egrave;gles de reconnaissance permettant de fonder l'attribution : par exemple, si NOGARET adopte un trac&eacute; &agrave; agrafes pour la traverse sup&eacute;rieure du dossier, il ne l'accompagne jamais d'une disposition plus simple pour la traverse ant&eacute;rieure de la ceinture. <bR><br> </td></tr> <td valign=top><center><img hspace=15 src="fig2.gif"> <br>fig. 2</td><td><b> La chaise pr&eacute;sent&eacute;e dans la fig. 2 appartient aux collections du Mus&eacute;e lyonnais des arts d&eacute;coratifs et a tr&egrave;s longtemps &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute;e comme un produit non estampill&eacute; de NOGARET. Or voici le r&eacute;sultat du test informatique tel qu'il s'affiche &agrave; l'&eacute;cran : <br><br> <br> <dl> <dt> <dd>        * Rappel de la description cod&eacute;e du si&egrave;ge test&eacute; : <bR>     <dl><dt>     <dd><table><tr><td>Genre du si&egrave;ge</td><td>A=2</td></tr>                <tr><td>Plan du si&egrave;ge</td><tD>B=3</td></tr>                 <tr><td>Montant du dossier</td><td>C=3</td></tR>                 <tr><td>Traverse inf&eacute;rieure du dossier</td><td>D=1</tD></tr>                 <tr><td>Attache du dossier</td><tD>E=3</td></tr>                 <tr><td>Traverse sup&eacute;rieure du dossier</tD><td>F=8</td></tr>                 <tr><td>Traverse ant&eacute;rieure de la ceinture</tD><td>G=8</td></tr>                 <tr><td>Traverse lat&eacute;rale de la ceinture</tD><td>H=1</tD></tr>                 <tr><td>Console d'accotoir (fauteuils)</tD><td>I=0</td></tR>                 <tr><td>Entretoise (en X: 1; en H: 2)</tD><td>J=0</tD></tr>                 <tr><td>Extr&eacute;mit&eacute; du pied ant&eacute;rieur</tD><td>K=1</td></tR>                 <tr><td>Masse du pied ant&eacute;rieur</tD><td>L=2</td></tr>                 <tr><tD>Chutes &agrave; l'&eacute;paulement (Non: 1; Oui:2)</tD><td>M=2</td></tr></table>     </dl> <br> <dd>        * Rappel de l'hypoth&egrave;se d&eacute;clar&eacute;e:       NOGARET <dd>        * Contrevient aux r&egrave;gles suivantes de NOGARET:         	<dl><dt> 	<dd>        E=3 -> C=1         <dd>        E=3 -> M=1         <dd>        F=8 -> B=2         <dd>        F=8 -> D=3         <dd>        F=8 -> E=6         <dd>        G=8 -> B=2         <dd>        G=8 -> D=3         <dd>        G=8 -> E=6         </dl> <dd>         * Attribution propos&eacute;e pour le menuisier:       PARMANTIER </dl>  En clair, cela signifie que cette chaise ne peut pas avoir &eacute;t&eacute; produite par NOGARET et cela pour huit raisons compl&eacute;mentaires qui se r&eacute;sument ainsi : s'il s'agissait de NOGARET, la forme de l'attache du dossier impliquerait &agrave; la fois un montant simple et l'absence de chutes &agrave; l'&eacute;paulement ; d'autre part, cette disposition des traverses sup&eacute;rieure du dossier et ant&eacute;rieure de la ceinture ne se trouve que sur les cabriolets de NOGARET, elle r&eacute;clame en outre une autre traverse inf&eacute;rieure du dossier et une autre forme d'attache. En revanche, tout semble &eacute;tablir qu'elle a bien &eacute;t&eacute; fabriqu&eacute;e par Nicolas PARMANTIER (1736-1801; re&ccedil;u ma&icirc;tre en 1768), dont on sait par ailleurs qu'il a rachet&eacute; les quelque 290 si&egrave;ges constituant le stock du fonds de commerce de NOGARET en 1772. Peut-&ecirc;tre trouvera-t-on un jour un mod&egrave;le similaire estampill&eacute; qui viendra confirmer cette attribution donn&eacute;e par l'ordinateur. <br><br> Le programme permet ainsi de v&eacute;rifier ou d'infirmer les hypoth&egrave;ses intuitives de l'expert traditionnel et de donner les raisons d'un refus d'attribution. De plus il g&egrave;re lui-m&ecirc;me ses propres statistiques, indiquant notamment la proportion dans laquelle les productions de deux menuisiers peuvent se recouper, c'est-&agrave;-dire se confondre. A l'heure actuelle, nous savons que 65 % des si&egrave;ges lyonnais connus sont effectivement ds &agrave; l'atelier de NOGARET, contre 10 % &agrave;  CANOT et 8 % &agrave; GENY. Cette proportion se retrouve partiellement dans les pi&egrave;ces anonymes analys&eacute;es : le taux des si&egrave;ges anonymes attribu&eacute;s &agrave; NOGARET est &eacute;galement de 65 %. Dans l'&eacute;tat actuel des donn&eacute;es le logiciel confond les menuisiers seulement dans 19 % des cas. Ces r&eacute;sultats sont susceptibles d'&ecirc;tre remani&eacute;s et am&eacute;lior&eacute;s en fonction de la d&eacute;couverte de nouveaux sp&eacute;cimens qui apporteront des pr&eacute;cisions sur la production de tel ou tel menuisier lyonnais, car le programme recalcule les r&egrave;gles de reconnaissance &agrave; chaque fois que s'accro&icirc;t le fichier. <br><br> Bernard DELOCHE a notamment test&eacute; son logiciel sur les figurines gallo-romaines en terre cuite, avec Christian LAHANIER et Micheline JEANLIN, dans le cadre du Laboratoire de recherches des mus&eacute;es de France (<a href="#4">4</a>). Il m&egrave;ne &eacute;galement en parall&egrave;le d'autres applications sur les domaines sur lesquels il a constitu&eacute; des fichiers, en particulier les pichets d'&eacute;tain, avec la collaboration de l'expert Philippe BOUCAUD. Cette application sp&eacute;cifique a &eacute;t&eacute; d&eacute;velopp&eacute;e avec une pr&eacute;sentation graphique : le choix des r&eacute;ponses &agrave; chacune des questions se fait sur des icnes, apr&egrave;s quoi le pichet se dessine &agrave; l'&eacute;cran en m&ecirc;me temps que s'affiche une double attribution (la ville et la r&eacute;gion). La perspective d'une automatisation compl&egrave;te de la cha&icirc;ne de reconnaissance &agrave; partir d'une image num&eacute;ris&eacute;e est &agrave; l'&eacute;tude. </td></tr></table> <br><br></b> Bernard DELOCHE, professeur &agrave; l'Universit&eacute; Lyon 3, anime &agrave; la Maison Rhne-Alpes des Sciences de l'Homme le LAMPAS (Laboratoire d'analyse morphologique des productions d'art par la statistique). <br><br> <b>Pour toute information compl&eacute;mentaire :  <a href="mailto:bernard.deloche@mrash.fr">bernard.deloche@mrash.fr</a><br> Vous pouvez &eacutegalement visiter le site du <a href="http://web.mrash.fr/labo/ces-lampas/lampas.html">CES-LAMPAS</a> <br><br> <hr> Notes: </b><br><br><font color=#000000> <a name="1">(1)</a> <b>Giovanni MORELLI</b>, connu aussi sous le pseudonyme d'Ivan LERMOLIEFF, est notamment l'auteur d'un ouvrage intitul&eacute; "Der Kunstkritische Studien in der Galerien Mnchen und Dresden", Leipzig, 1891. <br><br> <a name="2">(2)</a> <b>SYSTEX </b>, est un syst&egrave;me expert &agrave; apprentissage, ce qui signifie qu'il r&eacute;actualise ses propres instrument en fonction de l'&eacute;volution de son fichier de donn&eacute;es associ&eacute;. Sur la structure de ce logiciel, cf. B. Deloche, "Une esth&eacute;tique exp&eacute;rimentale", Lyon, Lampas, 1992. <br><br> <a name="3">(3)</a> Un code descriptif est constitu&eacute; par un ensemble de questions d&eacute;sign&eacute;es ici par des lettres (A, B, C,...) et la liste des r&eacute;ponses possibles &agrave; ces questions (1, 2, 3,... chiffres qui correspondent &agrave; des trac&eacute;s bien pr&eacute;cis). A l'aide de la formule cod&eacute;e il est donc possible de redessiner l'objet. <br><br> <a name="4">(4)</a> "Attribution automatique des figurines au moyen d'un syst&egrave;me expert", par Bernard Deloche, Christian Lahanier, Micheline Jeanlin, pp. 281-295, in "Les figurines en terre cuite gallo-romaines" Documents d'arch&eacute;ologie fran&ccedil;aise, Editions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 1993. </body> </html> 
