<HTML> <!--This file created 17/12/98 17:03 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 17:24 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 17:28 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 17:28 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 17:28 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 17:29 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 17:34 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 19:09 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 19:10 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 19:10 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 19:11 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 19:13 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 19:22 by Claris Home Page version 3.0This file created 17/12/98 19:24 by Claris Home Page version 3.0This file created 15/01/99 16:41 by Claris Home Page version 3.0This file created 15/01/99 16:52 by Claris Home Page version 3.0This file created 19/01/99 12:32 by Claris Home Page version 3.0This file created 19/01/99 12:42 by Claris Home Page version 3.0This file created 19/01/99 13:25 by Claris Home Page version 3.0This file created 19/01/99 16:33 by Claris Home Page version 3.0This file created 1/02/99 17:07 by Claris Home Page version 3.0This file created 1/02/99 17:08 by Claris Home Page version 3.0This file created 2/03/99 11:24 by Claris Home Page version 3.0This file created 2/03/99 11:31 by Claris Home Page version 3.0--> <HEAD>    <TITLE>&quot;A propos de Johnoson Laird, Ll'ordinateur et l'esprit&quot; (JP. Meunier)</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FFFFFF" LINK="#660099" VLINK="#660099"> <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH="100%">    <TR>       <TD VALIGN=bottom>          <P><A HREF="../default.htm"><IMG SRC="../images/minilogo.gif" ALT="GReMS" WIDTH=280 HEIGHT=17 BORDER=0 ALIGN=bottom></A>       </TD>       <TD>          <P ALIGN=right><A HREF="../grems.htm"><IMG SRC="../images/outils/accueil.gif" ALT="Accueil" WIDTH=70 HEIGHT=20 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="http://www.comu.ucl.ac.be/reco/grems/search.htm"><IMG SRC="../images/outils/chercher.gif" ALT="Chercher" WIDTH=82 HEIGHT=20 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="http://www.comu.ucl.ac.be/reco/grems/sitemap.htm"><IMG SRC="../images/outils/plansite.gif" ALT="Plan du site" WIDTH=95 HEIGHT=20 BORDER=0 ALIGN=bottom></A>       </TD>    </TR> </TABLE>  <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0>    <TR>       <TD WIDTH=600>          <P><A HREF="../presenta.htm"><IMG SRC="../images/signets/present1.gif" WIDTH=98 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../membres.htm"><IMG SRC="../images/signets/membres1.gif" WIDTH=75 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../recherch.htm"><IMG SRC="../images/signets/recherc1.gif" WIDTH=85 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="http://www.comu.ucl.ac.be:591/grems/FMPro?-db=gremsas.fp3&-lay=standard&-format=services.htm&-Sortfield=annee&-SortOrder=descend&-Sortfield=mois&-SortOrder=descend&-Max=all&type=service&-Find"><IMG SRC="http://www.comu.ucl.ac.be/reco/grems/images/signets/service1.gif" WIDTH=73 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="http://www.comu.ucl.ac.be:591/grems/FMPro?-db=gremsas.fp3&-lay=standard&-format=agenda.htm&-Sortfield=annee&-SortOrder=descend&-Sortfield=mois&-SortOrder=descend&-Sortfield=jour&-SortOrder=descend&-Max=all&type=agenda&-Find"><IMG SRC="../images/signets/agenda1.gif" WIDTH=64 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../travail.htm"><IMG SRC="../images/signets/Travail2.gif" WIDTH=197 HEIGHT=25 BORDER=0 ALIGN=bottom></A>       </TD>    </TR>    <TR>       <TD WIDTH=600>          <P><TABLE BORDER=0>             <TR>                <TD WIDTH=440>                   <P ALIGN=right><IMG SRC="../images/signets/ligne70.gif" WIDTH=5 HEIGHT=70 BORDER=0 ALIGN=bottom>                </TD>                <TD>                   <P><A HREF="../travail/articles.htm"><FONT SIZE="-1"><B>Articles</B></FONT></A><FONT SIZE="-1"><B><BR>                   </B></FONT><A HREF="../travail/papers.htm"><FONT SIZE="-2" COLOR="#660099">Working                   Papers</FONT></A><FONT SIZE="-2" COLOR="#660099"><B><BR>                   </B></FONT><A HREF="../travail/lectures.htm"><FONT SIZE="-2">Recensions                   et Fiches de                   lectures</FONT></A><FONT SIZE="-2" COLOR="#660099"><B><BR>                   </B></FONT><A HREF="../travail/links.htm"><FONT SIZE="-2" COLOR="#660099">Liens                   int&eacute;ressants</FONT></A><FONT SIZE="-2" COLOR="#660099"><B><BR>                   </B></FONT><A HREF="../travail/list.htm"><FONT SIZE="-2">Liste                   de discussion</FONT></A><FONT SIZE="-2"><BR>                   </FONT>                </TD>             </TR>          </TABLE>       </TD>    </TR> </TABLE>  <H2><CENTER>&nbsp;</CENTER></H2>  <H2><CENTER><FONT COLOR="#660099">A propos de Philip Johnson-Laird, "L'ordinateur et l'esprit"</FONT></CENTER></H2>  <CENTER><FONT COLOR="#660099">  <HR>  &copy; </FONT><A HREF="meunier.htm"><FONT COLOR="#660099">Jean-Pierre Meunier</FONT></A><FONT COLOR="#660099"> et Andr&eacute; Berten (1995)  <HR>  </FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE>La traduction en fran&ccedil;ais de l'ouvrage de Ph.    Johnson-Laird, <I>The Computer and the Mind</I> <A HREF="#notes">(1)</A>    constitue d'abord une remarquable pr&eacute;sentation, simple et    claire &endash;et, de ce point de vue, tr&egrave;s utile pour les    chercheurs en sciences humaines&endash; des grands concepts et des    principaux r&eacute;sultats des sciences cognitives. On y trouvera    ensuite un expos&eacute; succinct de la th&eacute;orie des    mod&egrave;les mentaux <A HREF="#notes">(2)</A>, th&eacute;orie    particuli&egrave;rement int&eacute;ressante pour les chercheurs en    communication. Il s'agit enfin d'un ouvrage r&eacute;solument    engag&eacute; dans le grand d&eacute;bat sur la nature de l'esprit    et des op&eacute;rations mentales, et l'auteur prend ouvertement    position en faveur d'un cognitivisme pur et dur.        <P>        <HR SIZE=1 WIDTH=150 NOSHADE>        <P>Commen&ccedil;ons par pr&eacute;senter le contenu de l'ouvrage    et ses principales articulations.        <P>Telles qu'elles se sont constitu&eacute;es aux    &Eacute;tats-Unis, suite &agrave; diverses influences (la    cybern&eacute;tique, la naissance de l'ordinateur&#133;), les    sciences cognitives se sont donn&eacute; pour objectif d'expliquer    le fonctionnement de l'esprit dans un cadre th&eacute;orique    o&ugrave; les notions de symbole et de calculabilit&eacute; jouent    un r&ocirc;le d&eacute;terminant. La premi&egrave;re partie de    l'ouvrage est consacr&eacute;e &agrave; la pr&eacute;sentation de    ces notions fondamentales. "Le r&ocirc;le des processus mentaux    est de traiter un grand nombre de percep-tions, d'id&eacute;es,    d'images, de croyances, d'hypoth&egrave;ses, de pens&eacute;es et    de souvenirs. Un des principes de la science cognitive est que    tous ces &eacute;l&eacute;ments sont des repr&eacute;sentations    mentales ou des symboles d'un genre ou d'un autre" (p. 33).    L'esprit manipule ces symboles et peut &eacute;tablir un lien    entre les symboles obtenus et le monde (comme dans la perception).    Comme l'esprit, l'ordinateur est un dispositif manipulant des    symboles (des num&eacute;raux binaires traduits en impulsions    &eacute;lectriques), et c'est cette analogie qui fonde    l'id&eacute;e que les processus informatiques peuvent    mod&eacute;liser les symboles mentaux et leur manipulation.        <P>Les symboles se combinent selon des r&egrave;gles qui    constituent des grammaires. Celles-ci sont li&eacute;es &agrave;    des programmes dans la mesure o&ugrave; le r&eacute;sultat d'un    programme &emdash; c'est-&agrave;-dire une suite d'instruc-tions    &emdash; peut &ecirc;tre cern&eacute; par une grammaire. L'auteur    expose les diff&eacute;rents types de programmes    (d&eacute;terministe, non d&eacute;terministe), introduit    l'important concept de puissance de calcul et soutient    l'hypoth&egrave;se selon laquelle tous les processus calculables    le sont par des "machines de Turing". Un "programme d'ordinateur    est semblable &agrave; une machine de Turing particuli&egrave;re    et l'ordinateur est analogue &agrave; une machine universelle    parce qu'il peut ex&eacute;cuter n'importe quel programme    &eacute;crit dans un code appropri&eacute;." (p. 57)        <P>Dans les pages consacr&eacute;es &agrave; la vision    (deuxi&egrave;me partie, chapitres 4, 5 et 6), l'auteur,    reprenant, entre autres, les th&eacute;ories de Marr, examine les    calculs effectu&eacute;s par le syst&egrave;me visuel au cours des    diff&eacute;rentes phases de la perception. Mais il montre surtout    qu'il est impossible de comprendre les probl&egrave;mes    li&eacute;s &agrave; la vision sans une th&eacute;orie plus large    de la connaissance.        <P>Ce probl&egrave;me de la connaissance fait l'objet de la    troisi&egrave;me partie. Il conduit natu-rellement &agrave; celui    de l'apprentissage, de la m&eacute;moire et l'action. Vu comme un    exercice de calcul, l'appren-tissage consiste &agrave; construire    de nouveaux pro-grammes &agrave; partir d'&eacute;l&eacute;ments    d'exp&eacute;rience, ce qui implique que l'apprentissage doit    d&eacute;pendre de pro-grammes inn&eacute;s de production de    programmes. Apr&egrave;s avoir r&eacute;fut&eacute; la    th&egrave;se sceptique selon la-quelle il est impossible    d'apprendre des concepts, Johnson-Laird montre aussi que la    croyance op-pos&eacute;e en l'existence d'une proc&eacute;dure    universelle capable d'apprendre n'importe quelle t&acirc;che est    illusoire. L'apprentissage n'est possible que si des contraintes    (telles la "grammaire universelle" de Chomsky) limitent la    cat&eacute;gorie des concepts ou des comp&eacute;tences &agrave;    acqu&eacute;rir.        <P>Ces questions de connaissance ou d'apprentis-sage impliquent,    comme on le voit, une concep-tion g&eacute;n&eacute;rale de    l'esprit Il faut prendre en compte l'architecture globale de    l'esprit. Or celle-ci a fait l'objet de deux grands types de    th&eacute;orie: d'apr&egrave;s la premi&egrave;re, l'esprit serait    fond&eacute; sur "un syst&egrave;me de productions" et    d'apr&egrave;s la seconde, sur "un traitement parall&egrave;le    distribu&eacute;". Ph. Johnson-Laird consacre un chapitre &agrave;    chacune de ces deux grandes th&eacute;ories et permet ainsi au    lecteur de se faire une id&eacute;e claire de notions    fr&eacute;quemment rencontr&eacute;es dans la litt&eacute;rature    cognitiviste.        <P>Dans le cadre de la th&eacute;orie du syst&egrave;me de    productions, la planification est un &eacute;l&eacute;ment    essentiel de la cognition et consiste en un rappel des    connais-sances des op&eacute;rations pertinentes pour atteindre    certains objectifs. Ces connais-sances seraient    repr&eacute;sent&eacute;es dans la m&eacute;moire &agrave; long    terme par un ensemble de r&egrave;gles condi-tionnelles de la    forme:        <P>condition =&gt; action        <P>Ces r&egrave;gles font partie d'un programme.        <P>Les syst&egrave;me de productions ont servi &agrave;    b&acirc;tir un certain nombre de th&eacute;o-ries psychologiques,    notamment au sujet de la m&eacute;moire. Pour les    th&eacute;oriciens des syst&egrave;mes de productions, les    processus qui r&eacute;gissent l'apprentissage et le    fonctionnement de la m&eacute;moire reposent sur des r&egrave;gles    symboliques, d'o&ugrave; certaines difficult&eacute;s:        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">L'importance d'un symbole particulier       dans un syst&egrave;me de productions d&eacute;pend       enti&egrave;rement des r&egrave;gles dans lesquelles il       appara&icirc;t, et ces r&egrave;gles doivent &ecirc;tre       clairement explicit&eacute;es &agrave; l'int&eacute;rieur du       syst&egrave;me. Vous pensez peut-&ecirc;tre qu'il est       plut&ocirc;t curieux que ces r&egrave;gles n'&eacute;mergent       pas &agrave; la surface de votre vie mentale. Si vous pouviez       soulever le couvercle de l'esprit et y jeter un coup       d'&#156;il, verriez-vous vraiment un ensemble de principes       organis&eacute;s comme les clauses d'une loi, et ces principes       cerneraient-ils toutes les &eacute;ventualit&eacute;s?       Peut-&ecirc;tre pas. Ces doutes sont en partie &agrave;       l'origine de l'autre conception de l'architecture mentale       (&#133;) (p. 182).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Cette "autre conception de l'architecture mentale",    appel&eacute;e "traitement parall&egrave;le distribu&eacute;" ou    "connexionisme" n'utilise pas de r&egrave;gles ayant une structure    explicite et ne con&ccedil;oit pas la m&eacute;moire comme un    ensemble de bo&icirc;tes ayant chacune un contenu particulier.    Nous connaissons une capacit&eacute; remarquable de la    m&eacute;moire humaine: une chose en &eacute;voque une autre; par    exemple, les mots &emdash; ou les lettres d'un mot &emdash;    s'appellent l'un l'autre. Ce fait d'exp&eacute;rience    sugg&egrave;re un syst&egrave;me dont la puissance tient au mode    de connexion des unit&eacute;s.        <P>Dans de tels syst&egrave;mes d'interconnexions, les    repr&eacute;sentations peuvent &ecirc;tre r&eacute;parties sur de    nombreuses unit&eacute;s de m&eacute;morisation dont chacune    inter-vient dans la repr&eacute;sentation de nombreux    &eacute;l&eacute;ments. L'apprentissage consiste alors    essentiel-lement &agrave; &eacute;tablir, par exp&eacute;rience,    les forces de connexion appropri&eacute;es.        <P>L'int&eacute;r&ecirc;t du connexionisme, dit Johnson-Laird, est    de montrer que les symboles ne doivent pas forc&eacute;ment    &ecirc;tre repr&eacute;sent&eacute;s sous forme d'entit&eacute;s    distinctes:        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">Les processus conscients reposent       peut-&ecirc;tre sur des symboles de ce type, mais les processus       inconscients ne peuvent pas &ecirc;tre des op&eacute;rations       cach&eacute;es sur le m&ecirc;me genre de symboles. En       revanche, ils pourraient bien &ecirc;tre le traitement       parall&egrave;le de repr&eacute;sentations distribu&eacute;es       r&eacute;sultant de la fusion de nombreuses exp&eacute;riences       diff&eacute;rentes (p. 205).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>On con&ccedil;oit l'int&eacute;r&ecirc;t de ces propos pour    l'approche du vieux probl&egrave;me des niveaux de conscience. On    trouvera la m&ecirc;me complexit&eacute; th&eacute;orique dans le    reste de l'ouvrage, et notamment dans la quatri&egrave;me partie,    consacr&eacute;e &agrave; la cogitation et dans laquelle se trouve    pr&eacute;sent&eacute;e l'importante th&eacute;orie des    mod&egrave;les mentaux mise au point par Johnson-Laird    lui-m&ecirc;me.        <P>La partie sur la cogitation commence par ce constat: il existe    plusieurs types de pens&eacute;e dont la r&ecirc;verie    &endash;rapide, involontaire, ext&eacute;rieure &agrave; la    conscience&endash; et le calcul mental &endash;volontaire,    conscient, d&eacute;terministe&endash; seraient deux    extr&ecirc;mes. Le raisonnement suit un objectif pr&eacute;cis    mais il n'existe pas toujours de proc&eacute;dure toute faite pour    l'atteindre.        <P>Concernant la d&eacute;duction dans le raisonnement quotidien,    les chercheurs en science cognitive se partagent en deux camps.    Pour certains, si les gens sont capables de d&eacute;ductions    valides, c'est qu'ils ont des r&egrave;gles formelles dans la    t&ecirc;te; cette logique mentale serait une version du calcul des    pr&eacute;dicats. Il est cependant plusieurs obstacles &agrave;    cette th&eacute;orie formelle du raisonnement humain. En    particulier, il semble que le raisonnement humain tienne compte du    contenu s&eacute;mantique des probl&egrave;mes qu'il tente de    r&eacute;soudre, ce qui est contraire &agrave; la notion de    r&egrave;gles d'inf&eacute;rences formelles. Les effets de contenu    peuvent s'expliquer par l'existence dans l'esprit de r&egrave;gles    d'inf&eacute;rence sp&eacute;cialis&eacute;es (r&egrave;gles    d'inf&eacute;rence ayant un contenu sp&eacute;cifique    emprunt&eacute; aux syst&egrave;mes d'experts humains et qui    pourront &ecirc;tre repr&eacute;sent&eacute;es dans le mode d'un    syst&egrave;me de productions). Mais cette hypoth&egrave;se ne    permet plus d'envisager un m&eacute;canisme g&eacute;n&eacute;ral    d'inf&eacute;rence. Il faut donc un compromis entre une    capa-cit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale et une sensibilit&eacute;    au contenu, compromis auquel satisfait la th&eacute;orie des    mod&egrave;les mentaux (cf. infra).        <P>Concernant l'induction, l'auteur, apr&egrave;s avoir    examin&eacute; les formes possibles de    g&eacute;n&eacute;ralisation, examine la nature des concepts    ordinaires et rappelle quelques unes des observations les plus    int&eacute;ressantes faites &agrave; leur sujet. Les concepts    ordinaires ne r&eacute;pondent pas au processus d'abs-traction    d&eacute;crit par les philosophes empiristes. Comme le pensait    Wittgenstein et comme tendent &agrave; le montrer diverses    th&eacute;ories psychologiques contemporaines, les concepts    reposent sur des r&eacute;seaux de similitudes plut&ocirc;t que    sur des &eacute;l&eacute;ments communs et ils sont reli&eacute;s    les uns aux autres par des relations hi&eacute;rarchiques ou    d'autres plus complexes.        <P>Faisant suite au chapitre sur l'induction, le chapitre sur la    cr&eacute;ation s'appuie sur l'improvisa-tion musicale ou d'autres    genres d'improvisation pour d&eacute;velopper une    mod&eacute;lisation de la cr&eacute;ation comme processus &agrave;    plusieurs phases dont les pr&eacute;misses reposent    g&eacute;n&eacute;ralement sur des contraintes initiales.        <P>La cinqui&egrave;me partie consacr&eacute;e &agrave; la    communication constitue une approche ordonn&eacute;e, dans le    cadre d'un mod&egrave;le g&eacute;n&eacute;ral du processus de    communication, des diff&eacute;rents niveaux que l'on peut    discerner: la parole et l'audition, la grammaire et le sens. Le    mod&egrave;le de la communication auquel se r&eacute;f&egrave;re    Johnson-Laird est proche du mod&egrave;le d&eacute;sormais    classique de Shannon et Weaver en ce sens qu'il a la forme d'une    cha&icirc;ne lin&eacute;aire. Sous sa forme compl&egrave;te, cette    cha&icirc;ne de la communication symbolique est    repr&eacute;sent&eacute;e par le sch&eacute;ma suivant (p. 293):        <CENTER><IMG SRC="ordinateur1.GIF" WIDTH=312 HEIGHT=307 ALIGN=bottom></CENTER>        <P>Le langage humain, le plus puissant des syst&egrave;mes de    communication, comporte une structure hi&eacute;rarchique dont les    diff&eacute;rents niveaux (phon&egrave;mes, mots, grammaire, sens)    ob&eacute;issent &agrave; des r&egrave;gles, m&ecirc;me si    l'organi-sation de l'esprit lui permet d'acqu&eacute;rir et de    suivre ces r&egrave;gles sans savoir ce qu'elles sont.    Proc&eacute;dant par degr&eacute;s successifs, le chapitre    consacr&eacute; &agrave; la parole et l'audition envisage les sons    (leur production et leur audition), la linguistique des sons    (phonologie), les mots et les probl&egrave;mes que posent leur    identifica-tion par un auditeur, l'intonation et le ton de la    voix.        <P>La conclusion du chapitre est que de nombreux aspects de la    parole sont r&eacute;gis par des principes inconscients dont la    nature reste &agrave; &eacute;lucider.        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">La plupart des analyses       th&eacute;oriques ont suppos&eacute; que ces principes       inconscients sont des r&egrave;gles qui ont une structure       explicite. Il se pourrait bien qu'en r&eacute;alit&eacute;, ils       soient repr&eacute;sent&eacute;s sous une forme       distribu&eacute;e. Le probl&egrave;me reste &agrave;       r&eacute;soudre empiriquement (p. 322).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>&nbsp;        <P>Le chapitre sur la grammaire pose le probl&egrave;me du genre    de grammaire qui est repr&eacute;sent&eacute; dans l'esprit.    Johnson-Laird rappelle les th&eacute;ories &eacute;labor&eacute;es    par Chomsky, mais il fait remarquer que les r&egrave;gles    &eacute;tablies par les linguistes ne correspondent pas aux    processus psychologiques ou r&egrave;gles linguistiques tacites    mises en &#156;uvre dans la compr&eacute;hension des phrases. Des    &eacute;tudes de la m&eacute;moire ont montr&eacute;, par exemple,    qu'on se souvient du sens mais pas de la structure syntaxique    profonde.        <P>Pour l'auteur les questions principales relatives &agrave; la    structure syntaxique ont trait &agrave; la nature des    op&eacute;rations g&eacute;n&eacute;rales de l'analyseur    syntaxique mental, au traitement des ambigu&iuml;t&eacute;s et    enfin aux rapports entre l'analy-se syntaxique et les    proc&eacute;dures d'interpr&eacute;tation du sens et aux    difficult&eacute;s d'isoler la premi&egrave;re des secondes. Tout    cela conduit &agrave; une conclusion pleine d'enseignements sur    les tendances &endash;et les erreurs&endash; des    th&eacute;oriciens.        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">Quand nous essayons d'&eacute;tudier       le fonc-tionnement de l'esprit, nous avons for-tement tendance       &agrave; postuler des th&eacute;ories qui reposent sur une       manipulation de symboles explicites par des r&egrave;gles       expli-cites. Or cette hypoth&egrave;se est une projec-tion de       la fa&ccedil;on qu'ont les th&eacute;oriciens, comme toute       autre personne, de penser consciemment en termes de       cat&eacute;gories bien d&eacute;finies. Mais quelles preuves       avons-nous de l'existence d'une repr&eacute;sentation mentale       de r&egrave;gles grammati-cales explicites? La r&eacute;ponse       est que nous produisons et comprenons des phrases qui semblent       suivre de telles r&egrave;gles, et que nos jugements sur ces       phrases semblent aussi &ecirc;tre guid&eacute;s par ces       r&egrave;gles. C'est tout. La th&eacute;orie de la       calcu-labilit&eacute; montre qu'il y a un nombre infi-ni de       mani&egrave;res diff&eacute;rentes d'effectuer un calcul. Il       est donc tout &agrave; fait possible que nous n'ayons       int&eacute;gr&eacute; ni les r&egrave;gles formelles de la       grammaire, ni les r&egrave;gles formelles de la logique (p.       344).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Le m&ecirc;me sens du complexe se retrouve dans le chapitre sur    le sens, le plus int&eacute;ressant sans doute du point de vue    communicationnel. Que construi-sent les humains quand ils    comprennent un &eacute;nonc&eacute; et comment se d&eacute;roule    le processus de construction? Selon Johnson-Laird, la plupart des    th&eacute;ories qui ont propos&eacute; des r&eacute;ponses    &agrave; ces questions commettent l'erreur symbolique consistant    &agrave; croire que le sens proc&egrave;de des relations entre    symboles linguis-tiques. Ainsi des diverses th&eacute;ories des    r&eacute;seaux s&eacute;mantiques qui supposent que les    significations des mots (et phrases) peuvent &ecirc;tre    repr&eacute;sent&eacute;es &agrave; l'aide de r&eacute;seaux    comportant des liaisons avec des termes g&eacute;n&eacute;riques    (ou archi-lex&egrave;mes), des termes repr&eacute;sentant des    parties, des propri&eacute;t&eacute;s, etc. Ainsi des    th&eacute;ories qui supposent que la signification des mots peut    &ecirc;tre d&eacute;compos&eacute;e en atomes de sens primitifs et    universels ou de celles qui, renon&ccedil;ant &agrave; cette    derni&egrave;re hypoth&egrave;se, supposent que l'on peut    inf&eacute;rer les cons&eacute;quences n&eacute;cessaires de    certains mots au moyen de "postulats de sens" (comme "si x est une    table, alors x a un plateau"). Toutes ces th&eacute;ories passent    &agrave; c&ocirc;t&eacute; d'un probl&egrave;me essentiel: celui    de la relation des mots au monde.        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">Pourquoi tant de th&eacute;oriciens       sont-ils pass&eacute;s &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la       relation entre le langage et le monde? Ils ont peut-&ecirc;tre       suppos&eacute; qu'elle est ind&eacute;pendante du       probl&egrave;me sur lequel ils se concentraient, celui des       relations entre des locutions. Or ces deux types de relation ne       sont pas ind&eacute;pendants. Mon opinion est qu'une       th&eacute;orie qui &eacute;tablit un rapport entre les mots et       le monde relie peu &agrave; peu les mots les uns aux autres et       rend donc superflue l'autre ensemble de th&eacute;ories qui       accomplissent la seconde t&acirc;che (p. 354).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>&nbsp;        <P>Cette th&eacute;orie qui relie les mots au monde est celle des    "mod&egrave;les mentaux".        <P>Dans la derni&egrave;re partie, intitul&eacute;e "Le conscient    et l'inconscient", l'auteur s'attaque aux probl&egrave;mes    &endash;ultimes&endash; de la conscience et de l'inconscient, de    la volont&eacute;, des sentiments. Nous y reviendrons dans la    suite, mais nous voudrions d'abord pr&eacute;senter cette    th&eacute;orie des mod&egrave;les mentaux &agrave; laquelle nous    avons fait plusieurs fois allusion.        <P>        <HR SIZE=1 WIDTH=150 NOSHADE>        <P>La <I>th&eacute;orie des mod&egrave;les mentaux</I> a    &eacute;t&eacute; construite pour rendre compte d'un certain    nombre d'op&eacute;rations cognitives qui d'une part semblent    fonctionner comme des d&eacute;ductions logiques, mais d'autre    part sont &agrave; la fois plus rapides et moins rigoureuses que    celles-ci. Il s'agit de comprendre comment l'esprit est capable de    traiter un grand nombre d'informations, souvent de fa&ccedil;on    efficace et adapt&eacute;e, sans passer par les d&eacute;ductions    formelles qu'impliquerait une grammaire logique inn&eacute;e. Par    exemple, il est possible        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">de faire une inf&eacute;rence valide       en imaginant la situation d&eacute;crite par les       pr&eacute;misses, en formulant une conclusion informative qui       est vraie dans cette situation, et en voyant pour finir s'il y       a moyen que la conclusion soit fausse. Imaginer une situation,       c'est, selon moi, construire un "mod&egrave;le mental"       (&#133;). Vous construisez donc un mod&egrave;le fond&eacute;       sur le sens des pr&eacute;misses, et non sur leur forme       syntaxique, et sur les connaissances g&eacute;n&eacute;rales       d&eacute;clench&eacute;es par leur interpr&eacute;-tation.       Ensuite, si possible, vous tirez du mod&egrave;le une       conclu-sion qui n'est pas explicite dans les pr&eacute;misses       et n'&eacute;limine pas l'information s&eacute;mantique du       mod&egrave;le. Enfin vous cherchez d'autres mod&egrave;les de       pr&eacute;misses qui contrediraient la conclu-sion. S'il n'y en       a pas, c'est que la conclusion est valide (p. 241-242).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Selon Johnson-Laird, nous raisonnons peut-&ecirc;tre selon    trois m&eacute;thodes: en utilisant des r&egrave;gles    d'inf&eacute;rence formelles, des r&egrave;gles    sp&eacute;cialis&eacute;es et des mod&egrave;les mentaux. Mais la    th&eacute;orie des mod&egrave;les mentaux repr&eacute;sente    l'approche la plus &eacute;conomique du raisonnement humain. De    plus elle s'applique aussi &agrave; la vision ou &agrave; la    commande du mouvement et surtout &agrave; la compr&eacute;hension    lingusitique. Elle "justifie &agrave; la fois la comp&eacute;tence    logique &endash;le potentiel de rationalit&eacute; des    humains&endash; et les erreurs" qui peuvent r&eacute;sulter du    "goulot d'&eacute;tranglement" qu'est la m&eacute;moire de    travail, lequel limite les possibilit&eacute;s de production ou de    r&eacute;tention des mod&egrave;les qui peuvent contredire une    conclusion. Les sujets, en effet, produisent toujours des    conclusions qui ne sont compatibles qu'avec quelques uns des    mod&egrave;les possibles des pr&eacute;misses (p. 246).        <P>Du point de vue lingusitique, la th&eacute;orie des    mod&egrave;les mentaux montre que la question du sens &endash;et    de la compr&eacute;hension du sens&endash; des    &eacute;nonc&eacute;s ne peut se r&eacute;duire &agrave; une    question intra-linguisitque, mais implique d'abord une relation du    langage avec le monde. Le "mod&egrave;le mental", en effet,    intervient entre les expres-sions linguistiques et le monde.        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">"Ma strat&eacute;gie, &eacute;crit       l'auteur, consiste donc &agrave; montrer comment les       expressions linguistiques sont li&eacute;es aux mod&egrave;les       (&#133;) puis &agrave; montrer comment les mod&egrave;les sont       li&eacute;s au monde et donc comment on peut &eacute;viter       l'erreur symbolique" (p. 354). </FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Partant de la distinction entre signi-fication et    r&eacute;f&eacute;rence &endash;&eacute;tablie par Frege&endash;,    la s&eacute;mantique formelle a montr&eacute; que les phrases    peuvent &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute;es en relation non avec    le monde, mais avec un mod&egrave;le. Mais la s&eacute;mantique    formelle dont les r&egrave;gles d&eacute;terminent les    r&eacute;f&eacute;rents des expressions n'est pas toujours    applicable au langage humain. Du point de vue psychologique, le    probl&egrave;me principal vient de ce qu'une phrase peut    correspondre &agrave; une infinit&eacute; d'images; l'assertion    "la table est &agrave; droite du buffet" peut &ecirc;tre vraie    pour beaucoup de tables, buffets, et positions diff&eacute;rentes.    La th&eacute;orie de Johnson-Laird suppose que la    repr&eacute;sentation mentale initiale d'une affirmation sert    &agrave; cons-truire un mod&egrave;le, (qui sera    r&eacute;vis&eacute; &agrave; la lumi&egrave;re d'in-formations    ult&eacute;rieures).        <P>Cela a deux cons&eacute;quences. En premier lieu, puisque la    th&eacute;orie des mod&egrave;les vise &agrave; expliquer le    rapport entre les mots et le monde, les relations entre les mots    et les situations du monde        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">doivent donc reposer sur des       &eacute;l&eacute;ments situ&eacute;s &agrave; un niveau       inf&eacute;rieur aussi bien aux mots qu'aux sc&egrave;nes       consid&eacute;r&eacute;es. Ces &eacute;l&eacute;ments       s&eacute;mantiques doivent &ecirc;tre indicibles &emdash; ils       ne peuvent pas &ecirc;tre exprim&eacute;s dans le langage       consid&eacute;r&eacute;, mais seulement au moyen d'une       termino-logie th&eacute;orique sp&eacute;ciale (p. 359).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Par exemple, un &eacute;nonc&eacute; comme "le lave-vaisselle    est &agrave; droite du placard" doit conduire &agrave; la    construction d'un mod&egrave;le ayant m&ecirc;me structure    g&eacute;n&eacute;rale que celui que l'on constituerait en voyant    ou imaginant la cuisine. Il s'ensuit que l'expression "&agrave;    droite de" doit comporter les &eacute;l&eacute;ments primitifs    relatifs &agrave; la profondeur et &agrave;    l'horizontalit&eacute;.        <P>En second lieu, on ne construit qu'un seul mod&egrave;le    mental, un mod&egrave;le unique et provisoire, mais qui, une fois    construit, peut &ecirc;tre r&eacute;vis&eacute;, au fil des    &eacute;nonc&eacute;s successifs au moyen d'une proc&eacute;dure    r&eacute;cursive. C'est ainsi que:        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">un seul mod&egrave;le peut servir       d'&eacute;chantillon repr&eacute;sentatif de l'ensemble       potentielle-ment infini des mod&egrave;les compatibles avec un       &eacute;nonc&eacute;, parce qu'il peut &ecirc;tre       r&eacute;vis&eacute; de fa&ccedil;on &agrave; rester conforme       &agrave; toute information coh&eacute;rente ult&eacute;rieure       (p. 361).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Le mod&egrave;le sert ainsi de support &agrave; des    inf&eacute;rences valides qui, conform&eacute;ment &agrave; la    th&eacute;orie du raisonnement &eacute;voqu&eacute;e    pr&eacute;c&eacute;demment, ne n&eacute;cessitent pas de    r&egrave;gles d'inf&eacute;rence formelle.        <P>La th&eacute;orie des mod&egrave;les mentaux apporte une    contribution essentielle &agrave; la compr&eacute;hension de la    logique communicationnelle. Voici la formulation    synth&eacute;tique qu'en donne l'auteur:        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">Les humains per&ccedil;oivent le monde       et en construisent des mod&egrave;les. Ils peuvent juger des       affirmations sur le monde perceptible par       r&eacute;f&eacute;rence &agrave; ces mod&egrave;les et les       manipuler afin de concevoir et de ju-ger des affirmations sur       des sujets abs-traits. Ils peuvent aussi reproduire ces       mod&egrave;les dans le discours, c'est-&agrave;-dire produire       des comportements symbo-liques &emdash; des expressions       linguistiques &emdash; cens&eacute;s transmettre le       mod&egrave;le &agrave; quel-qu'un d'autre. De son       c&ocirc;t&eacute;, l'individu qui d&eacute;code ces expressions       linguistiques construit un mod&egrave;le qui ressemble &agrave;       l'&eacute;tat du monde que le locuteur a connu et voulu       transmettre. Ce mod&egrave;le corres-pond &agrave; une       cat&eacute;gorie de situations, dont celle &agrave; laquelle la       phrase devrait se r&eacute;f&eacute;rer. Il peut cependant       &ecirc;tre r&eacute;vis&eacute; en fonction d'informations       ult&eacute;rieures, de telle sorte que la repr&eacute;sentation       linguis-tique initiale de la phrase cerne leur si-gnification       &emdash; il indique l'ensemble des autres cat&eacute;gories de       mod&egrave;les compa-tibles avec sa v&eacute;rit&eacute;. Le       langage nous permet donc de conna&icirc;tre le monde et d'en       communiquer certaines notions abstraites (p. 368-369).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>La question qui reste en suspens, dans les recherches de    Johnson-Laird est celle de savoir jusqu'&agrave; si les    "mod&egrave;les mentaux" sont concrets et singuliers ou au    contraire abstraits et g&eacute;nraux. Il est certain que nous    pouvons avoir &endash;pour reprendre l'expression de Kintsch et    Van Dijk&endash; un "mod&egrave;le de situation", qui provient    imm&eacute;diatement de la vision d'un &eacute;v&eacute;nement ou    qui est suscit&eacute; par le r&eacute;cit d'un    &eacute;v&eacute;nement singulier. Mais nous savons aussi que les    &eacute;v&eacute;nements ou les situations appartiennent &agrave;    des cat&eacute;gories d'&eacute;v&eacute;nements ou de situations    (par exemple, l'&eacute;v&eacute;nement "accident de voiture" ou    la situation "&agrave; droite du lave-vaisselle") et que donc nous    construisons proba-blement des mod&egrave;les mentaux de plus en    plus sch&eacute;matiques, g&eacute;n&eacute;raux et abstraits,    susceptibles de donner une pr&eacute;-interpr&eacute;tation    plausible d'un grand nombre d'&eacute;v&eacute;nements. La    solution &endash;&eacute;l&eacute;gante&endash; de Johnson-Laird    est que nous proc&eacute;dons par d&eacute;faut (et que nous    corrigeons ou r&eacute;visons continuelle-ment nos mod&egrave;les    mentaux en fonction des infor-mations ult&eacute;rieures). Mais    cette solution ne per-met pas de d&eacute;terminer le    d&eacute;gr&eacute; de concr&eacute;tude ou d'abstraction requis    par les mod&egrave;les mentaux: s'ils sont trop concrets, il    s'adaptent difficilement &agrave; la multiplicit&eacute; des    situations. S'ils sont trop abstraits, ils ne peuvent plus jouer    leur r&ocirc;le d'aide &agrave; la compr&eacute;hension car ils    leur manque les &eacute;l&eacute;ments qui permettent de les    accorder aux situations concr&egrave;tes.        <P>        <HR SIZE=1 WIDTH=150 NOSHADE>        <P>La conclusion de l'ouvrage, philosophique et    &eacute;pist&eacute;mologique, est consacr&eacute;e &agrave; la    discussion des arguments pour et contre la science cognitive et    constitue un plaidoyer en faveur de cette derni&egrave;re et de    l'int&eacute;r&ecirc;t des r&eacute;sultats obtenus en traitant    l'esprit comme une machine.        <P>L'ouvrage de Johnson-Laird contient en effet une th&eacute;orie    fortement articul&eacute;e de la nature et du fonctionnement de    l'esprit. L'architecture de l'esprit peut &ecirc;tre comprise    comme un vaste r&eacute;seau de processeurs agissant en    parall&egrave;le, la "conscience" consistant alors en un    contr&ocirc;leur de haut niveau, un "syst&egrave;me    d'exploitation" qui &eacute;tablit les objectifs des niveaux    inf&eacute;rieurs. Cette conception hi&eacute;rarchique implique    qu'il y ait dissociation entre processus conscients et    inconscients: alors que la conscience fonctionne de mani&egrave;re    explicitement symbolique, les processus mentaux inconscients    d&eacute;pendent peut-&ecirc;tre non de manipulations de symboles    selon des r&egrave;gles, mais de repr&eacute;sentations    parall&egrave;les distribu&eacute;es selon des mod&egrave;les    connexionnistes.        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">L'esprit conscient d&eacute;pend du       traitement en s&eacute;rie de symboles qui ont une structure       explicite, tandis que l'inconscient d&eacute;pend du traitement       parall&egrave;le de repr&eacute;sentations symboliques       distribu&eacute;es. (p. 405)</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Cela ne signifie pas du tout que l'auteur adopte une conception    connexionniste du fonctionnement de l'esprit. D'une part, si le    fonctionnement g&eacute;n&eacute;ral de l'esprit est    expliqu&eacute; &agrave; partir l'id&eacute;e de "r&eacute;seaux    agissant en parall&egrave;le", cela renvoie plut&ocirc;t aux    conceptions de Fodor sur la "modularit&eacute; de l'esprit" ou    &agrave; celles de Minsky sur la "soci&eacute;t&eacute; de    l'esprit", et non pas du tout &agrave; l'id&eacute;e d'un    fonctionnement connexionniste g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;.    D'autre part, les processus sp&eacute;cifiquement intelligents    renvoient &agrave; des traitements explicitement symboliques et    donc &agrave; des mod&egrave;les calculables classiques (quelle    que soit par ailleurs leur complexit&eacute;).        <P>Ce dont il s'agit, en d&eacute;finitive, c'est bien de    l'opposition fondamentale entre deux repr&eacute;senta-tions de    l'esprit et de son fonctionnement. La pre-mi&egrave;re est    "symbolique", logique, formelle: on doit retrouver dans l'esprit    des formes logiques que l'on d&eacute;couvre dans le raisonnement    "correct", ou des &eacute;quivalents de nos perceptions,    souvenirs, hypo-th&egrave;ses, etc. La seconde    repr&eacute;sentation est "connexionniste": il n'y a pas    d'&eacute;quivalent symbo-lique &agrave; nos    repr&eacute;sentations conscientes. Elle est "subsymbolique"    (Smolensky). Johnson-Laird pr&eacute;-tend combiner les deux    conceptions dans un ensemble hi&eacute;rarchis&eacute;, o&ugrave;    le "conscient", ou du moins le symbolique explicite, occupe la    position haute:        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">La th&eacute;orie de l'architecture       mentale que j'ai d&eacute;crite (&#133;) postulait que la       cons-cience est un syst&egrave;me d'exploitation situ&eacute;       au sommet d'une hi&eacute;rarchie de pro-cesseurs. Le       syst&egrave;me re&ccedil;oit des diff&eacute;-rents processeurs       de la hi&eacute;rarchie des messages qui repr&eacute;sentent le       monde et de son c&ocirc;t&eacute;, il leur envoie des messages       dans lesquels il leur communique ses plans. Les processeurs       situ&eacute;s en dessous de la hi&eacute;rarchie forment des       modules qui peuvent utiliser des repr&eacute;sentations       distribu&eacute;es, mais les commu-nications avec le       syst&egrave;me d'exploitation deman-dent l'emploi de symboles       ayant une structure explicite et un contenu propo-sitionnel.       (p. 396).</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Cette th&egrave;se se r&eacute;v&egrave;le tr&egrave;s bien    dans la conception que l'ouvrage propose de la "conscience de    soi", cette fonction qui dans la philosophie traditionnelle    repr&eacute;sente l'&eacute;l&eacute;ment le plus    irr&eacute;ductible &agrave; toute forme de traitement    informatique. Pour Johnson-Laird, la conscience de soi proprement    dite est sans doute une fonction du syst&egrave;me d'exploitation    mais n&eacute;cessite un mode de traitement sp&eacute;cial. Il    faut supposer que le syst&egrave;me d'exploitation a acc&egrave;s    &agrave; un mod&egrave;le de lui-m&ecirc;me qu'il peut utiliser de    fa&ccedil;on r&eacute;flexive:        <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">(&#133;) le syst&egrave;me       d'exploitation demande la construction d'un mod&egrave;le de       ses op&eacute;rations dont il se sert pour guider ses       processus. Cette proc&eacute;dure r&eacute;flexive peut       &ecirc;tre appliqu&eacute;e &agrave; ses r&eacute;sultats, afin       que le syst&egrave;me puisse construire un mod&egrave;le de son       emploi de tels mod&egrave;les, et ainsi de suite, en une       s&eacute;rie de niveaux de m&eacute;ta-repr&eacute;sentations       de plus en plus &eacute;lev&eacute;s. (p. 382)</FONT></BLOCKQUOTE>        <P>Ce qui est essentiel dans une telle repr&eacute;sentation,    c'est la subordination des modules "inf&eacute;rieurs" au module    "sup&eacute;rieur", qui est le syst&egrave;me d'exploitation. Il    faut m&ecirc;me aller plus loin. Les modules inf&eacute;rieurs    sont importants dans la mesure o&ugrave; ils peuvent &ecirc;tre    ins&eacute;r&eacute;s dans des processus sp&eacute;cifiquement    cognitifs. Ainsi, par exemple, &agrave; l'origine des    &eacute;motions, on doit trouver une &eacute;valuation cognitive    des &eacute;v&eacute;nements et l'origine des &eacute;mo-tions    complexes doit se situer dans les &eacute;valuations cognitives du    syst&egrave;me qui a acc&egrave;s &agrave; un mod&egrave;le du    moi. La fiert&eacute;, le remords, le res-sentiment, la peur ou la    haine de soi proviennent de l'&eacute;valuation de notre situation    par rapport au mod&egrave;le de nous-m&ecirc;me.        <P>Enfin, ce parti pris pour une th&eacute;orie cognitiviste dure    se refl&egrave;te dans la conception que Johnson-Laird se fait des    rapports de l'esprit et du monde. Il s'agit, en effet, d'une    concep-tion typiquement "repr&eacute;senta-tionniste" du monde. Il    y a "un monde ind&eacute;pendant du langage et de la    pens&eacute;e", "il existe un monde physique dans l'espace et le    temps" et "ce sont des processus mentaux qui permettent aux gens    de percevoir ledit monde, d'avoir des pens&eacute;es et des    senti-ments, et d'avoir conscience d'eux-m&ecirc;mes" et si ces    hypoth&egrave;ses sont remises en cause "on entre dans le domaine    de la m&eacute;taphysique, qui se situe hors du champ de la    science" (p. 411), car "pour autant que nous le sachions, toute    th&eacute;orie scientifique peut &ecirc;tre    mo-d&eacute;lis&eacute;e sous forme de programme d'ordinateur" (p.    412). D'o&ugrave; l'id&eacute;e optimiste que rien n'interdit de    doter des ordinateurs "des m&eacute;canismes n&eacute;-ces-saires    pour avoir des motivations, des sensations et une cons-cience" (p.    412) (c'est-&agrave;-dire un rapport avec le monde). Cela signifie    que Johnson-Laird adopte l'hypoth&egrave;se de Turing selon    laquelle "toute proc&eacute;dure fonctionnelle peut &ecirc;tre    r&eacute;duite aux op&eacute;rations d'un de ses automates    &eacute;l&eacute;mentaires" et il en r&eacute;sulte que "quels que    soient les changements apport&eacute;s", l'auteur pr&eacute;dit    "en toute s&eacute;r&eacute;nit&eacute; que le concept de    simulation sur ordinateur ne sera remplac&eacute; par aucun autre    syst&egrave;me" (p. 415) pour expliquer le fonctionnement de    l'esprit humain.        <P>Cette image des rapports entre esprit et monde explique, nous    semble-t-il, pourquoi le "sch&eacute;ma de communication" que nous    avons &eacute;voqu&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment reste lui    aussi tellement conventionnel. De ce point de vue, la    th&eacute;orie des mod&egrave;les mentaux, qui aurait pu occuper    une place centrale et constituer le pivot d'une th&eacute;orie    pragmatique de la communication, n'appara&icirc;t finalement que    comme une mani&egrave;re commode de penser les relations de    subordination entre d'une part les m&eacute;canismes    distribu&eacute;s et informels de la perception imm&eacute;diate    des situations et de leur compr&eacute;hension provisoire et    d'autre part les m&eacute;canismes hautement programmables de la    conscience et de l'intelligence informatique ou informatisable.        <P>&nbsp;</BLOCKQUOTE>  <P ALIGN=right><A HREF="meunier.htm">Jean-Pierre MEUNIER</A> <FONT COLOR="#660099">et Andr&eacute; Berten</FONT>  <P><FONT COLOR="#660099">  <HR SIZE=1 WIDTH="50%" ALIGN=left NOSHADE>  <A NAME=notes></A></FONT><B>notes:</B>  <OL>    <LI>Philip N. JOHNSON-LAIRD, L'ordinateur et l'esprit, tr. J.    Henry, Paris, &Eacute;ditions Odile Jacob, 1994 (The Computer and    the Mind, Fontana Press (Harper Collins), 1988, 1993 2&egrave;me    &eacute;d.).</LI>        <LI>Johnson-Laird a &eacute;labor&eacute; et    d&eacute;velopp&eacute; cette th&eacute;orie dans Mental Models.    Towards a Cognitive science of Language, Inference, and    Consciousness, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.</LI> </OL>  <ADDRESS>  <HR SIZE=1 NOSHADE>  <FONT SIZE="-1">Jean-Pierre Meunier - 19/01/99</FONT></ADDRESS> </BODY> </HTML> 
