<HTML>   <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 3.0 Mac">   <TITLE>Composer avec l'ordinateur? (Interview du 21 ao&ucirc;t 2001 par Jean-Marc Fra&iuml;ss&eacute;)</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#ffffff">  <P><CENTER><B><FONT COLOR="#ff0000" SIZE="+1">Composer avec l'ordinateur?</FONT></B></CENTER></P>  <P><CENTER><FONT COLOR="#000000">Interview de Fran&ccedil;ois Nicolas, r&eacute;alis&eacute;e par Jean-Marc Fra&iuml;ss&eacute;, le 21 ao&ucirc;t 2001</FONT></CENTER></P>  <P><CENTER><BR> <I>Fran&ccedil;ois Nicolas a &eacute;tudi&eacute; l'&eacute;criture avec Michel Philippot. Il a particip&eacute;, en 1981 et 1983, aux stages dirig&eacute;s par Maurizio Kagel et Luciano Berio &agrave; Aix-en-Provence, et a suivi les cours d'&eacute;t&eacute; de Darmstadt en 1982 et 1984. Apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; enseignant &agrave; l'&Eacute;cole Normale Sup&eacute;rieure de Musique de Paris, il a notamment travaill&eacute;, en tant que compositeur-consultant &agrave; l'Ircam, sur la technique de synth&egrave;se sonore &quot;par mod&egrave;le physique&quot; puis sur une source multi-hauts-parleurs (la </I>Tim&eacute;e<I>). Co-fondateur de la revue </I>Entretemps<I> et membre du comit&eacute; de r&eacute;daction de la Revue de musicologie, il a fond&eacute;, en 1993, l'ensemble </I>Entretemps<I>, consacr&eacute; &agrave; la musique du XXe si&egrave;cle.</I></CENTER></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B>&Agrave; quel moment avez-vous &quot;rencontr&eacute;&quot; l'ordinateur, et quelles r&eacute;flexions cette rencontre </B><I>vous</I><B> a-t-elle sugg&eacute;r&eacute;es ?</B></P>  <P>J'ai ressenti la n&eacute;cessit&eacute; de l'ordinateur vers la fin des ann&eacute;es quatre-vingt ; j'avais d&eacute;j&agrave; eu l'occasion de pratiquer l'ordinateur pour des raisons extra-musicales, et j'avais &eacute;t&eacute; imm&eacute;diatement fascin&eacute; par la puissance de calcul que cela offrait. C'est &agrave; partir de l&agrave; &shy; comme j'&eacute;tais moi-m&ecirc;me pris dans des calculs qui m'&eacute;taient propres pour la composition, des calculs harmoniques notamment &shy; que je me suis rendu compte qu'il serait absurde de se passer de ces possibilit&eacute;s et de continuer de faire &agrave; la main des choses qui pouvaient &ecirc;tre effectu&eacute;es beaucoup plus rapidement par l'ordinateur. Je me suis donc imm&eacute;diatement int&eacute;ress&eacute; &agrave; ce qui se faisait &agrave; l'Ircam, puisque c'&eacute;tait l'un des lieux privil&eacute;gi&eacute;s o&ugrave; ces pratiques &eacute;taient d&eacute;velopp&eacute;es.<BR> Deux remarques pr&eacute;alables :<BR> 1. Je pense qu'il est n&eacute;cessaire de toujours avoir &agrave; l'esprit la diff&eacute;rence entre ordinateur et informatique : l'ordinateur est une machine, qui en elle-m&ecirc;me ne donne pas beaucoup &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir, l&agrave; o&ugrave; l'informatique est disons la pens&eacute;e qu'il y a derri&egrave;re. L'ordinateur est un pur et simple outil technique qui, en soi, ne pense rien l&agrave; o&ugrave; l'informatique, discipline nourrie de math&eacute;matiques, est en soi-m&ecirc;me une pens&eacute;e. S'il y a lieu de r&eacute;fl&eacute;chir, c'est donc plut&ocirc;t &agrave; propos de l'informatique que de l'ordinateur <I>stricto sensu</I>.<BR> 2. L'informatique autorise, au niveau musical, un certain nombre de choses tout &agrave; fait diff&eacute;rentes : la composition assist&eacute;e par ordinateur (CAO) &shy; qui vise &agrave; faciliter tous les calculs que peut avoir &agrave; pratiquer un compositeur &shy; , la synth&egrave;se sonore, et l'&eacute;dition musicale. Ces trois aspects sont tr&egrave;s diff&eacute;rents, et ils ne posent pas les m&ecirc;mes probl&egrave;mes.<BR> &Agrave; la fin des ann&eacute;es quatre-vingt, c'est plut&ocirc;t par la puissance de calcul, par la CAO, que j'ai rencontr&eacute; l'informatique. L'int&eacute;r&ecirc;t repr&eacute;sent&eacute; par les logiciels d'&eacute;criture ou plut&ocirc;t de notation musicale m'a bien s&ucirc;r &eacute;galement retenu. J'en profite pour souligner que la question de ces logiciels d'&eacute;dition de partitions n'est pas aussi anodine qu'il y para&icirc;t. &Agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; j'ai commenc&eacute; de les utiliser, certains logiciels prenaient en charge le protocole MIDI (<I>Finale</I> par exemple), et d'autres pas (<I>Note writer</I> &agrave; l'&eacute;poque) : il y avait donc des programmes qui avaient d&egrave;s le d&eacute;part pris le parti de permettre une r&eacute;alisation MIDI et d'autres qui au contraire restaient purement graphiques, ce qui induit une diff&eacute;rence de taille. Lorsque vous n'avez pas les contraintes MIDI, vous &ecirc;tes libre de noter des choses tr&egrave;s diverses puisque le logiciel les saisit de mani&egrave;re purement visuelle &shy; privil&eacute;giant ainsi, dans un certain sens, la notation &agrave; une &eacute;criture <I>stricto sensu</I> &shy; alors que vous subissez une contrainte beaucoup plus forte au niveau de l'&eacute;criture musicale lors de l'utilisation d'un logiciel MIDI ; cette diff&eacute;rence am&egrave;ne &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur ce que le compositeur privil&eacute;gie : l'&eacute;criture ou les notations graphiques.<BR> Ce n'est que plus tard, apr&egrave;s l'utilisation de la puissance de calcul et des possibilit&eacute;s d'&eacute;dition musicale, que je me suis int&eacute;ress&eacute; &agrave; la dimension de la synth&egrave;se sonore num&eacute;rique ; les int&eacute;r&ecirc;ts ne progressent pas forc&eacute;ment au m&ecirc;me rythme...</P>  <P><B><I>Dans quel &eacute;tat d'esprit &eacute;tiez-vous lorsque vous avez-vous abord&eacute; ces technologies de synth&egrave;se ?</I></B></P>  <P>Il me faut d'abord pr&eacute;ciser que faire de la musique mixte n'est pas pour moi une n&eacute;cessit&eacute; permanente ; mes id&eacute;es musicales se satisfont tr&egrave;s bien de la musique purement instrumentale. J'avais n&eacute;anmoins la conviction qu'&agrave; partir d'un certain d&eacute;ploiement de ma pens&eacute;e compositionnelle, il me fallait essayer d'y inclure le mat&eacute;riau &eacute;lectro-acoustique. C'est en fait une question de puissance de pens&eacute;e, de puissance compositionnelle : si, &agrave; un moment donn&eacute;, vous ne vous colletinez pas la question du mat&eacute;riau &eacute;lectro-acoustique, vous restreignez votre champ de d&eacute;ploiement.<BR> La synth&egrave;se n'&eacute;tait donc pas pour moi une n&eacute;cessit&eacute; intrins&egrave;que &shy; au sens o&ugrave; ayant d&eacute;velopp&eacute; un certain type de mat&eacute;riau, j'en serais arriv&eacute; &agrave; devoir y inclure un mat&eacute;riau &eacute;lectro-acoustique <I>etc.</I> ; non, je voyais plut&ocirc;t le risque d'une restriction de ma pens&eacute;e compositionnelle si elle n'&eacute;tait pas &agrave; m&ecirc;me d'examiner le parti &agrave; tirer de ce mat&eacute;riau. Ce qui fait d'ailleurs que dans ma pratique de compositeur, je compose une uvre mixte tous les sept ou huit ans, et qu'entre temps, je m'en passe tr&egrave;s bien<BR> J'ai donc &eacute;t&eacute; amen&eacute; &agrave; clarifier tout cela, &agrave; le cat&eacute;goriser un peu, en formulant en particulier que ce qui sort des haut-parleurs, ce n'est pas &agrave; proprement parler de le musique mais des <I>images musicales </I>. La musique qui n'est pas une image, c'est la musique instrumentale traditionnelle, alors que la musique qui sort des haut-parleurs est une composition d'images de musique : or, il me semble qu'il est de temps &agrave; autre requis d'&ecirc;tre capable de b&acirc;tir un monde musical qui inclut ses propres images. Par ailleurs, je n'ai jamais eu l'id&eacute;e ni l'envie de faire une musique qui soit uniquement &eacute;lectroacoustique, qui soit uniquement une image de musique.</P>  <P><B><I>Vous envisagez donc diff&eacute;remment le mat&eacute;riau &eacute;lectro-acoustique du mat&eacute;riau issu du monde instrumental.</I></B></P>  <P>En partie, et cela tient &agrave; l'opposition instrument/haut-parleur ; la musique trait&eacute;e par l'ordinateur passe forc&eacute;ment par un haut-parleur, et je soutiens qu'un haut-parleur n'est pas un instrument de musique. Le son musical est pour moi <I>la trace d'un corps &agrave; corps</I>, du corps &agrave; corps entre le musicien et son instrument. En revanche, un haut-parleur n'est pas un instrument de musique, c'est une membrane qui n'a pas les propri&eacute;t&eacute;s d'un corps rayonnant dans l'espace.<BR> Par ailleurs, je r&eacute;fute la conception que l'on retrouve chez un certain nombre de compositeurs, et que j'appelle &quot; <I>la th&eacute;orie des deux mondes </I>&quot;. Cette vision des choses distingue le monde de la musique instrumentale et celui de la musique &eacute;lectroacoustique pour se proposer, ensuite, de les faire dialoguer. &Agrave; cela, j'oppose le fait qu'il n'y a qu'un seul monde &shy; le monde de la musique &shy; et qu'&eacute;ventuellement il peut &ecirc;tre partag&eacute; entre des sons musicaux et des <I>images musicales </I>de ces sons ce qui conduit &agrave; envisager tout autrement la composition d'uvres mixtes.</P>  <P><B><I>Comment int&eacute;grez-vous alors la dimension de synth&egrave;se sonore de l'informatique dans votre travail compositionnel ?</I></B></P>  <P>J'ai &agrave; ce jour fait deux uvres mixtes : <I>Dans la distance</I> (1993-94), pour douze instruments et des voix, et plus r&eacute;cemment <I>Duelle</I> (2000-2001), pour deux instruments et une voix. Dans la premi&egrave;re, j'ai essentiellement utilis&eacute; la synth&egrave;se granulaire : vous partez de courts &eacute;chantillons que vous empilez. Dans un certain sens, vous traitez tous ces sons un petit peu comme vous le feriez &agrave; l'orgue en tirant plusieurs jeux &agrave; la fois Les sons dont je suis parti sont des &eacute;chantillons instrumentaux &shy; de violons, de clarinettes <I>etc</I>. &shy; , et leur empilement vous donne des sonorit&eacute;s qui peuvent &ecirc;tre tr&egrave;s proches de celles que produisent d'autres techniques de synth&egrave;se, mais elles peuvent &eacute;galement approcher celles d'un orchestre ou d'un ensemble instrumental ; tout d&eacute;pend de votre fa&ccedil;on de l'utiliser.<BR> Je me suis donc servi de la synth&egrave;se granulaire de mani&egrave;re &agrave; avoir des sons qui rappellent leur origine instrumentale, et &agrave; pouvoir les &eacute;crire : sur la partition, j'ai en fait &eacute;crit une partie disons de grand orgue, r&eacute;alis&eacute;e par synth&egrave;se granulaire. Je gardais donc le mod&egrave;le instrumental de fa&ccedil;on tr&egrave;s pr&eacute;cise, il s'agissait de r&eacute;aliser une partition &eacute;crite au sens traditionnel &shy; avec des hauteurs, des dur&eacute;es <I>etc</I>. D'autre part, on notait l'&laquo; architecture &raquo; &shy; pourrait-on dire &shy; de chacune des notes (l'ossature de son &laquo; orchestration &raquo;), &eacute;tant donn&eacute; que la r&eacute;alisation se faisait en temps r&eacute;el ; on est dans ce cas tr&egrave;s proche d'une double &eacute;criture, une couche d'&eacute;criture traditionnelle et une couche d'&eacute;criture informatique. La projection sonore passait par une ceinture de haut-parleurs, ce qui m'a par contre laiss&eacute; assez insatisfait : il y avait au bout du compte une sorte de tyrannie des haut-parleurs sur les instruments, &agrave; cause de la n&eacute;cessit&eacute; d'amplifier les instruments <I>live</I>.<BR> <I>Duelle</I> est une uvre tout &agrave; fait diff&eacute;rente, puisque li&eacute;e &agrave; un dispositif original de diffusion d&eacute;velopp&eacute; &agrave; l'Ircam, une &quot;boule&quot; de haut-parleurs appel&eacute;e<I> la Tim&eacute;e</I>, qui cherche cette fois &agrave; mettre le haut-parleur sous la loi de l'instrument, et pas l'inverse, et &agrave; mettre au cur de la question &eacute;lectroacoustique la <I>projection</I> plut&ocirc;t que le mat&eacute;riau. J'ai d'ailleurs &eacute;t&eacute; amen&eacute; &agrave; modifier mon mat&eacute;riau &shy; que je voulais aussi former par synth&egrave;se granulaire &shy; qui, en passant par la Tim&eacute;e, s'est r&eacute;v&eacute;l&eacute; trop pauvre par rapport au mat&eacute;riau instrumental ce qui m'a conduit dans <I>Duelle</I> &agrave; ne diffuser que des sons instrumentaux non transform&eacute;s.</P>  <P><B><I>La synth&egrave;se granulaire, que vous avez utilis&eacute; pour </I></B><I>Dans la distance</I><B>, pose la question de la </B>composition<B><I> du son ; est-ce que vous pensez que l'on puisse parler de composition du son, et qu'elle rel&egrave;ve v&eacute;ritablement de la composition musicale ?</I></B></P>  <P><B>A priori</B>, non, la &laquo; composition &raquo; du son rel&egrave;ve de l'interpr&egrave;te ; je ne pense pas que l'on compose exactement le son. On peut voir la synth&egrave;se granulaire comme une sorte de grand orchestre, dont le nombre de pupitres correspond aux nombre d'&eacute;chantillons que vous pouvez empiler. La mani&egrave;re de mettre en forme une sonorit&eacute; passe toujours par l'&eacute;criture, mais le but ultime n'est pas de composer un son.<BR> Pour moi, l'on peut composer une <I>structure</I> musicale, qui va &ecirc;tre &quot;mise en sons&quot; par les instrumentistes, ou une image de musique, qui passera par des haut-parleurs ; mais <I>composer le son</I> est une m&eacute;taphore qui ne d&eacute;signe pas exactement le travail en jeu</P>  <P><B><I>Quel est votre point de vue sur les possibilit&eacute;s de l'informatique sur le plan probl&eacute;matique de la forme &shy; et notamment celles des syst&egrave;mes &agrave; propagation de contraintes ?</I></B></P>  <P>Je pense qu'il n'y a rien &agrave; attendre de l'informatique au niveau de la forme musicale. Si on laisse &agrave; l'informatique une part de &laquo; d&eacute;cision &raquo; sur la forme, c'est qu'il n'y a plus de pens&eacute;e compositionnelle.<BR> Le travail par contraintes est en r&eacute;alit&eacute; fondamentalement statistique ; le r&eacute;sultat, au niveau harmonique par exemple, me semble insatisfaisant, parce que ces contraintes se font <I>en moyenne</I>. Je me suis pas mal int&eacute;ress&eacute; &agrave; un langage de programmation par contrainte, <I>Prolog</I>, parce que ce type de langage donne &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir ; mais ce type d'outils ne peut que vous donner une sorte de pr&eacute;-mat&eacute;riau que vous allez ensuite compl&egrave;tement transformer, ce qui &agrave; mon avis enl&egrave;ve beaucoup d'int&eacute;r&ecirc;t &agrave; l'op&eacute;ration. Ce qui est s&ucirc;r, ce que ces applications permettent, de mani&egrave;re tr&egrave;s imm&eacute;diate, de produire de la musique <I>&agrave; bon compte</I>.<BR> L'aspect le plus souvent <I>continu</I> de la synth&egrave;se sonore rel&egrave;ve pour moi du m&ecirc;me principe, et y participe : vous pouvez tr&egrave;s facilement avec les outils informatiques g&eacute;n&eacute;rer une nappe sonore qui petit &agrave; petit va s'&eacute;tendre sur un temps tr&egrave;s long ; vous allez ainsi immerger votre auditeur dans un bain sonore qui va le conduire &agrave; s'enfoncer dans son fauteuil pour se laisser &quot;planer&quot; un bon moment Cette perspective, je trouve, n'est pas tr&egrave;s motivante pour un compositeur. Ne soyons pas cependant trop s&eacute;v&egrave;re sur la p&eacute;riode actuelle : cette mani&egrave;re de g&eacute;n&eacute;rer &agrave; bon compte de la musique gr&acirc;ce &agrave; l'ordinateur avait son &eacute;quivalent &agrave; l'&eacute;poque du syst&egrave;me tonal qui permettait tout autant de produire une symphonie &agrave; bon compte (voir les improvisations d&eacute;bit&eacute;es au kilom&egrave;tre des organistes m&eacute;diocres). &Agrave; toutes les &eacute;poques se laissent ainsi prendre &agrave; ce type de poudre aux yeux ceux qui veulent bien s'y laisser prendre !<BR> L'ordinateur se montre aujourd'hui particuli&egrave;rement performant pour produire en masse du mat&eacute;riau permettant &quot; <I>d'occuper le terrain</I> &quot; sans trop de difficult&eacute;s.</P>  <P><B><I>Comme vous venez de l'&eacute;voquer, l'informatique pr&eacute;sente n&eacute;anmoins un avantage de taille : celui de susciter un questionnement d'une particuli&egrave;re acuit&eacute; sur des probl&eacute;matiques de fond telles que celle du mat&eacute;riau ou de la forme.</I></B></P>  <P>Tout d&eacute;pend de la mani&egrave;re dont on la prend, c'est toujours pareil. N'oublions pas que l'ordinateur reste fondamentalement une technique, et que la technique, contrairement &agrave; la science, ne pense pas. L'ordinateur,c'est comme un t&eacute;l&eacute;phone ou une machine &agrave; &eacute;crire : il n'y a pas vraiment lieu de se demander si ceci ouvre de nouvelles pistes pour la pens&eacute;e musicale, moins encore si cela donne &agrave; esp&eacute;rer quelque chose en musique ! L'informatique, &agrave; condition de la traiter avec s&eacute;rieux, non comme un ensemble de techniques mais comme une pens&eacute;e, c'est d&eacute;j&agrave; tout autre chose.<BR> Il est vrai que s'y vous &ecirc;tes exigeant &shy; et l&agrave; encore, la technique aura peu de chances de vous rendre exigeant -il est int&eacute;ressant de se confronter &agrave; ses outils. Je prend un exemple personnel dans la CAO : j'ai une technique harmonique un peu particuli&egrave;re, avec ce que j'appelle des ensembles &quot;arc-en-ciel&quot; qui sont tr&egrave;s difficiles &agrave; trouver &agrave; la main, &agrave; tel point que lorsque vous en avez trouv&eacute; un, vous exploitez jusqu'au dernier filon les moindres de ses ressources. Un accord arc-en ciel, c'est un accord dont toutes les hauteurs sont diff&eacute;rentes (il n'y a donc pas de doublures) mais dont les intervalles sont aussi diff&eacute;rents (il n'y a pas, par exemple, 2 quartes ou 2 tierces majeures). Le maximum que vous pouvez atteindre est alors celui d'accords arc-en-ciel &agrave; 12 hauteurs. L'ordinateur vous donne la possibilit&eacute; de trouver tous ces ensembles alors que ce serait impossible de le faire &agrave; la main. C'est &agrave; la fois fascinant, mais aussi un peu angoissant car cela soul&egrave;ve d'un seul coup de nouvelles questions : alors que votre mat&eacute;riau &eacute;tait rare, il devient d'un coup abondant, et il vous faut op&eacute;rer un tri dans cette abondance : vous avez alors &agrave; clarifier des points que vous n'aviez pas l'occasion jusque l&agrave; de penser puisque votre mat&eacute;riau restait rare.<BR> Vous &ecirc;tes ainsi amen&eacute; &agrave; allez plus loin dans vos propres orientations : cela m'a permis de clarifier ma pens&eacute;e harmonique, d'avancer des propositions qui, auparavant, me seraient rest&eacute;es d'une certaine mani&egrave;re inabordables. C'est tr&egrave;s stimulant pour la composition, ou disons pour la pr&eacute;composition : outre l'aspect de facilitation, l'informatique fonctionne, si l'on n'est pas &quot;<I>paresseux</I>&quot; bien &eacute;videmment, comme un aiguillon pour la pens&eacute;e musicale.</P>  <P><B><I>Qu'attendez-vous, en termes de composition, des voies de prospection offertes par l'informatique ?</I></B></P>  <P>Si l'on consid&egrave;re les trois dimensions que j'&eacute;voquais &shy; l'&eacute;dition musicale, la synth&egrave;se sonore et la CAO &shy; , j'aurais plusieurs souhaits.<BR> Pour l'&eacute;dition, l'int&eacute;r&ecirc;t du MIDI est tr&egrave;s grand, mais je pense que la possibilit&eacute; d'inclure dans les logiciels actuels un rapport plus souple entre &eacute;criture et notations serait int&eacute;ressant. Il y aurait &eacute;galement toute une s&eacute;rie de d&eacute;veloppements &agrave; faire quant &agrave; l'&eacute;criture elle-m&ecirc;me, de mani&egrave;re par exemple &agrave; faciliter le recours &agrave; plusieurs syst&egrave;mes d'&eacute;criture simultan&eacute;s &shy; &agrave; plusieurs tempi simultan&eacute;s par exemple, <I>etc.</I> Il y a encore un grand nombre de choses &agrave; faire (inclure dans les logiciels d'&eacute;criture des outils de CAO en sorte de ne pas avoir &agrave; jongler entre les environnements de travail) qu'il serait trop long d'&eacute;num&eacute;rer, mais qui peuvent aboutir &agrave; moyen terme, disons dans les cinq ou dix ans &agrave; venir.<BR> Pour ce qui est de la synth&egrave;se sonore, je me satisfais en fait de peu : j'aime bien, d'une mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, faire avec ce qui est &agrave; ma disposition sans r&acirc;ler contre l'&eacute;tat insuffisant du mat&eacute;riau sonore. Le point qui aujourd'hui m'int&eacute;resse v&eacute;ritablement tient &agrave; la projection sonore &shy; c'est ce qui motive mes recherches sur la Tim&eacute;e notamment. Ce qui est important &agrave; mes yeux est moins le raffinement de la synth&egrave;se sonore que l'invention de nouveaux dispositifs de diffusion qui permettent de rapprocher la musique &eacute;lectroacoustique du mod&egrave;le instrumental &shy; qui reste pour moi <I>le</I> mod&egrave;le musical par excellence. La musique est pour moi ce qui vient d'un instrument de musique, et l'ordinateur coupl&eacute; &agrave; des haut-parleurs n'est pas &shy; &agrave; mon sens &shy; un instrument de musique. Pour d&eacute;ployer une uvre mixte qui soit un seul monde de musique, il faut donc travailler sur une mani&egrave;re de projeter dans l'espace les sonorit&eacute;s &eacute;lectroacoustiques.<BR> Sur le troisi&egrave;me point - la CAO -, je suis l&agrave; aussi plut&ocirc;t satisfait de ce qui existe d&eacute;j&agrave; &shy; hormis les questions de puissance et de temps de calcul<I>.</I> C'est pour moi en tous les cas une disponibilit&eacute; devenue indispensable. Ce que je pourrais souhaiter pour l'avenir se rapporterait bien s&ucirc;r &agrave; une meilleure ergonomie dans l'utilisation conjointe de diff&eacute;rents logiciels, mais ceci reste affaire de d&eacute;tails. Du point de vue des &laquo; contenus &raquo; informatiques, la CAO pourrait consid&eacute;rablement s'am&eacute;liorer sur le plan du rapport entre alg&egrave;bre et topologie : tout ce qui est alg&egrave;bre &shy; la manipulation d'ensembles d'&eacute;l&eacute;ments &shy; est bien pris en compte par l'informatique actuelle, l&agrave; o&ugrave; la topologie &shy; la gestion de familles de parties &shy; n'est pas ou peu prise en compte. Il serait tr&egrave;s appr&eacute;ciable que l'on devienne capable d'informatiser des topologies musicales et pas seulement des alg&egrave;bres &shy; ce qui n'est pas simple et ne proc&egrave;de pas par prolongation du travail ant&eacute;rieur : il y a l&agrave; un changement d'ordre &agrave; op&eacute;rer &shy; en sorte de restituer cette dialectique entre <I>alg&egrave;bre topologique</I> (ce qui correspond &agrave; l'&eacute;tablissement de continuit&eacute;s sur des &eacute;l&eacute;ments discrets) et <I>topologie alg&eacute;brique </I>(qui consiste &agrave; l'inverse &agrave; partir d'une topologie continue pour la discr&eacute;tiser, en en faisant &eacute;merger les &eacute;l&eacute;ments cl&eacute;s, les articulations essentielles pour ensuite mouvoir la continuit&eacute; &agrave; partir de ces &eacute;l&eacute;ments-pivots). Cette perspective pour la CAO a beaucoup de sens en mati&egrave;re de composition et je pense que, sur le long terme cette fois, c'est elle qui est la plus prometteuse.</P>  <P ALIGN=RIGHT>(Entretien r&eacute;alis&eacute; le 21 ao&ucirc;t 2001)  </BODY> </HTML> 
