<HTML> <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 2.0 Win">   <TITLE>ORDINATEUR ET &Eacute;CRITURE</TITLE> </HEAD> <BODY TEXT="#0000a0" BGCOLOR="#fafcb6" LINK="#ff0080" ALINK="#408080">  <H2><CENTER>POINT DE VUE&nbsp;: <BR> ORDINATEUR ET &Eacute;CRITURE</CENTER></H2>  <P><CENTER>J.-M. B&Eacute;RARD<BR> </CENTER></P>  <H3>1. &Agrave; L'&Eacute;COLE, &Eacute;CRIRE GR&Acirc;CE &Agrave; L'ORDINATEUR</H3>  <H3>1.1 Les programmes de 1995...</H3>  <P>Dans les programmes de l'&eacute;cole primaire de 1995, l'utilisation de l'ordinateur et du traitement de texte appara&icirc;t explicitement comme contribuant aux apprentissages fondamentaux&nbsp;: &laquo;&nbsp;... pour la production d'&eacute;crits, le ma&icirc;tre peut proposer &agrave; l'&eacute;l&egrave;ve la d&eacute;couverte d'un traitement de texte, qui d&eacute;veloppe des qualit&eacute;s de m&eacute;thode et de rigueur&nbsp;&raquo;. On voit bien tout ce que cette utilisation peut apporter &agrave; la cr&eacute;ation de productions &eacute;crites &laquo;&nbsp;nombreuses et de plus en plus conformes aux exigences d'organisation et de pr&eacute;sentation&nbsp;&raquo;, &agrave; &laquo;&nbsp;l'&eacute;laboration d'un journal&nbsp;&raquo; de classe ou d'&eacute;cole, &agrave; l'entretien d'une &laquo;&nbsp;correspondance scolaire&nbsp;&raquo;.</P>  <P>Apportons ici un exemple rencontr&eacute; tout r&eacute;cemment dans une des classes participant &agrave; l'op&eacute;ration &laquo;&nbsp;La main &agrave; la p&acirc;te&nbsp;&raquo; concernant l'enseignement des sciences. Au terme d'un ensemble de s&eacute;quences consacr&eacute;es &agrave; tel domaine d'activit&eacute; scientifique, les &eacute;l&egrave;ves reprennent collectivement la r&eacute;daction des cahiers individuels, pour parvenir &agrave; une petite &laquo;&nbsp;encyclop&eacute;die scientifique&nbsp;&raquo; &eacute;labor&eacute;e en commun sous la direction du ma&icirc;tre. Ce travail, saisi et mis en forme gr&acirc;ce au traitement de texte, puis imprim&eacute; par une imprimante de bonne qualit&eacute;, forme un petit livre de sciences, qui est envoy&eacute; aux correspondants, et sera gard&eacute; par chaque &eacute;l&egrave;ve en fin d'ann&eacute;e.</P>  <P>Dans ce contexte p&eacute;dagogique, on voit tout l'int&eacute;r&ecirc;t des ordinateurs plac&eacute;s &laquo;&nbsp;en fond de classe&nbsp;&raquo;. Cette disposition se substitue progressivement aux &laquo;&nbsp;salles informatiques&nbsp;&raquo; o&ugrave; l'on enseignait la &laquo;&nbsp;programmation dans une perspective logistique&nbsp;&raquo; qui figurait dans les programmes de 1985. Dans de nombreuses classes, dans de nombreuses &eacute;coles, des productions &eacute;crites de qualit&eacute; t&eacute;moignent d&eacute;j&agrave; de l'int&eacute;r&ecirc;t et de la f&eacute;condit&eacute; de cette orientation.</P>  <H3>1.2 ... et leurs possibles compl&eacute;ments</H3>  <P>&Agrave; titre personnel, car cela ne figure nullement dans les programmes, oserais-je ajouter que, compte tenu des d&eacute;veloppements pr&eacute;visibles de l'utilisation des outils informatis&eacute;s dans notre soci&eacute;t&eacute;, le temps consacr&eacute; &agrave; montrer aux &eacute;l&egrave;ves, sans id&eacute;e d'apprentissage syst&eacute;matique, que le clavier s'utilise avec dix doigts, et &agrave; situer les rang&eacute;es de touches correspondant &agrave; chaque doigt serait certainement un utile investissement.</P>  <H3>2. QU'APPREND-ON AINSI&nbsp;?</H3>  <P>L'utilisation du clavier et du traitement de texte ne dispense, &eacute;videmment, nullement de la pratique ais&eacute;e et courante de l'&eacute;criture manuscrite, et donc de son apprentissage&nbsp;; elle la compl&egrave;te et l'enrichit.</P>  <P>Bien que d'utilisation r&eacute;cente, l'usage du traitement de texte dans l'apprentissage de la production de texte a d&eacute;j&agrave; suscit&eacute; de riches travaux didactiques, portant plus souvent sur le coll&egrave;ge et le lyc&eacute;e que sur l'&eacute;cole primaire. Ainsi, d&egrave;s 1989, une exp&eacute;rimentation pilot&eacute;e par la direction des lyc&eacute;es et coll&egrave;ges montrait tout l'int&eacute;r&ecirc;t, pour la production d'&eacute;crits, de la pr&eacute;sence de l'ordinateur dans la salle de classe [7]. L'INRP s'est tout particuli&egrave;rement attach&eacute; &agrave; &eacute;tudier les effets de l'utilisation du traitement de texte dans le processus de cr&eacute;ation de texte et de travail sur le texte &agrave; l'&eacute;cole primaire et au coll&egrave;ge [4].</P>  <H3>2.1 Convergences des &eacute;tudes didactiques...</H3>  <P>Les &eacute;tudes faites convergent vers quelques conclusions, souvent nuanc&eacute;es, et soul&egrave;vent aussi de nombreuses questions [2].</P>  <P>De fa&ccedil;on g&eacute;n&eacute;rale, on s'accorde &agrave; penser que le traitement de texte peut jouer un r&ocirc;le facilitateur dans l'enseignement-apprentissage des pratiques de r&eacute;vision et de r&eacute;&eacute;criture lors de la production de texte.</P>  <P>Ainsi, le logiciel lib&egrave;re le scripteur de certains actes moteurs de l'&eacute;criture manuscrite, lui laissant, &agrave; cette phase du travail, la possibilit&eacute; de se concentrer sur d'autres aspects de la production. De plus, le plaisir d'obtenir d'embl&eacute;e un texte imprim&eacute; &laquo;&nbsp;propre&nbsp;&raquo; augmente le plaisir de produire un texte &agrave; caract&egrave;re plus imm&eacute;diatement communicable.</P>  <P>Le logiciel facilite l'intervention sur le texte en cours de production, par les fonctions d'&eacute;dition (remplacer, supprimer, d&eacute;placer). Il permet de prendre conscience du caract&egrave;re &laquo;&nbsp;modifiable&nbsp;&raquo; du texte, et donc de la fonction du travail de r&eacute;&eacute;criture.</P>  <P>L'emploi du logiciel facilite, en partie, l'acquisition de connaissances sur le processus m&ecirc;me d'&eacute;criture. Le scripteur doit en effet d&eacute;finir, pour obtenir un r&eacute;sultat, les parties du texte sur lesquelles il souhaite agir (&laquo;&nbsp;s&eacute;lectionner&nbsp;&raquo;) et pr&eacute;ciser explicitement l'op&eacute;ration &agrave; effectuer.</P>  <P>Enfin, toutes les &eacute;tudes convergent sur la n&eacute;cessit&eacute; de pratiquer, en classe, des techniques vari&eacute;es&nbsp;: &eacute;criture manuscrite sur divers supports, gr&acirc;ce &agrave; divers outils, et &eacute;criture utilisant le traitement de texte.</P>  <H3>2.2 ... et leurs interrogations</H3>  <P>Toutes les &eacute;tudes, par ailleurs, convergent pour mettre en &eacute;vidence les questions pos&eacute;es par les repr&eacute;sentations mentales qu'ont les enfants de &laquo;&nbsp;ce sur quoi on travaille&nbsp;&raquo; lorsqu'on se sert d'un logiciel. On souligne fr&eacute;quemment que, faute d'apprentissage syst&eacute;matique, les comp&eacute;tences acquises lors de l'utilisation du logiciel de traitement de texte ne sont pas spontan&eacute;ment r&eacute;investies.</P>  <P>Sur ce point, j'estime que ce type de questions doit conduire &agrave; s'interroger sur la n&eacute;cessit&eacute; de dispenser au futur citoyen du XXI<SUP>e</SUP> si&egrave;cle un noyau minimal de connaissances de base, qui lui permette de mieux comprendre ce qu'est le traitement de l'information. Notons d'ailleurs que, dans les programmes de 1995, un paragraphe est explicitement consacr&eacute; &agrave; l'informatique, dans la partie &laquo;&nbsp;sciences et technologie&nbsp;&raquo; du cycle III.</P>  <P>Les &eacute;tudes sur l'utilisation des fonctions plus avanc&eacute;es du traitement de texte sont pour l'instant plus rares. Les &eacute;l&egrave;ves utilisent parfois, dans certaines s&eacute;quences d'apprentissage ou de production d'&eacute;crits, le correcteur orthographique ou le correcteur de grammaire. Les enseignants signalent l'int&eacute;r&ecirc;t des ces logiciels, lorsqu'ils sont utilis&eacute;s de fa&ccedil;on guid&eacute;e. Ainsi, les correcteurs de grammaire, dans leurs versions actuelles, posent souvent au moins autant de questions par les suggestions erron&eacute;es qu'ils font, et qui n&eacute;cessitent alors un utile travail de r&eacute;flexion, que par les r&eacute;ponses correctes qu'ils apportent... Peu d'exemples sont cit&eacute;s concernant l'emploi en classe des &laquo;&nbsp;assistants&nbsp;&raquo; du logiciel ou l'usage des dictionnaires de synonymes.</P>  <P>Paradoxalement, peu d'auteurs soulignent les difficult&eacute;s entra&icirc;n&eacute;es par le manque de ma&icirc;trise du clavier.</P>  <H3>3. UTILISATION DU TRAITEMENT DE TEXTE OU &Eacute;CRITURE MANUSCRITE&nbsp;?</H3>  <P>Comme lors de chaque grande mutation technologique, les interrogations, parfois les craintes, se font jour.</P>  <H3>3.1 L'&eacute;criture manuscrite a-t-elle un avenir&nbsp;?</H3>  <P>Techniquement, l'apparition de machines de la taille d'un carnet de poche laisse-t-elle pr&eacute;voir que l'&eacute;criture au clavier se substituera progressivement &agrave; l'&eacute;criture manuscrite&nbsp;? Les notes que je prends pour garder un souvenir, noter un po&egrave;me, inscrire un rendez-vous, et faire la liste des courses, seront-elles bient&ocirc;t confi&eacute;es au clavier et &agrave; la m&eacute;moire &eacute;lectronique plut&ocirc;t qu'&agrave; l'agenda, au journal intime et aux &laquo;&nbsp;pense-b&ecirc;te&nbsp;&raquo; que je fourre dans ma poche sous forme de petits morceaux de papier&nbsp;? Cela, d'ailleurs, serait-il souhaitable&nbsp;? Qu'il soit permis d'en douter !</P>  <H3>3.2 Le texte dans l'espace</H3>  <P>La repr&eacute;sentation spatiale du texte, structur&eacute;e par la page lors de l'&eacute;criture manuscrite, se trouve boulevers&eacute;e lors de l'utilisation de l'ordinateur. On travaille alors sur un ensemble en quelque sorte immat&eacute;riel, dont seule une partie appara&icirc;t &agrave; l'&eacute;cran. Ne risque-t-on pas de perdre ainsi la conception d'ensemble du texte&nbsp;? Le plus souvent, les personnes qui &eacute;crivent au clavier, sans brouillon sur papier, doivent, pour travailler leur texte, imprimer chacune des versions, pour retrouver cette vision spatiale globale qui permettra la r&eacute;&eacute;criture.</P>  <P>De nombreuses aides logicielles sont disponibles pour compenser partiellement l'absence de vision globale&nbsp;: position des ascenseurs, multifen&ecirc;trage, affichage avant impression... L'emploi de ces aides n&eacute;cessite une familiarisation, et sans doute une formation. Le &laquo;&nbsp;mode plan&nbsp;&raquo; des logiciels ouvre probablement des possibilit&eacute;s consid&eacute;rables d'aide &agrave; la production d'&eacute;crits, pour peu que chacun en prenne l'habitude t&ocirc;t, en faisant coexister ce mode d'&eacute;criture avec les modes s'appuyant sur les repr&eacute;sentations spatiales.</P>  <H3>3.3 Et le corps, dans tout cela&nbsp;?</H3>  <P>Sur le plan de la sensation, du geste, de l'engagement du corps, le contact des doigts sur la m&eacute;canique du clavier a-t-il autant d'intensit&eacute;, exprime-t-il autant d'investissement personnel que le geste du scripteur formant les pleins et les d&eacute;li&eacute;s gr&acirc;ce &agrave; la plume souple de son stylo, ou celui du po&egrave;te chinois calligraphiant ses caract&egrave;res&nbsp;? Chacun a pu, pour lui-m&ecirc;me ou dans son entourage, participer d&eacute;j&agrave; &agrave; des controverses amicales sur ce point.</P>  <P>Rien, dit l'un, ne remplacera pour moi le plaisir du contact sur le papier, ni le fait de former les lettres, tel le peintre faisant &eacute;merger le tableau de la toile et de la palette&nbsp;; quant aux ratures, elles sont la trace de l'&eacute;volution de ma pens&eacute;e, de mon cheminement dans la cr&eacute;ation du texte. En t&eacute;moigne d'ailleurs l'importance que la critique litt&eacute;raire donne &agrave; l'analyse des brouillons, des &eacute;bauches pour comprendre le processus de pens&eacute;e et de production des auteurs.</P>  <P>Oui, r&eacute;pond l'autre, mais lorsque mes doigts courent sur le clavier, si vite que j'ai l'impression que ma pens&eacute;e n'en est pas frein&eacute;e, ne suis-je pas un peu comme le sculpteur, formant le texte sur l'&eacute;cran comme le ciseau forme la pierre, ou comme l'organiste improvisant sur les grandes orgues&nbsp;? La facilit&eacute; que j'ai &agrave; modifier ou d&eacute;placer les mots, les phrases, les paragraphes, me permet de ciseler un texte sans cesse plus rigoureux, plus proche de ce que je souhaite exprimer. Et comment ne pas prendre en compte le plaisir esth&eacute;tique que me procure le texte imprim&eacute;, dont j'ai choisi les polices, la mise en forme, en y imprimant ainsi ma marque&nbsp;?</P>  <H3>3.4 Ordinateur et libert&eacute;</H3>  <P>Renon&ccedil;ant aux lettres attach&eacute;es de l'&eacute;criture cursive, le scripteur, face au clavier de son ordinateur, se retrouve dans la situation du prote choisissant chaque caract&egrave;re de plomb dans la casse, et &eacute;dite, gr&acirc;ce aux outils modernes d'impression, des textes dont la qualit&eacute; graphique est proche de celle du livre. Affranchi des scribes, des copistes, des imprimeurs et des &eacute;diteurs, le scripteur est ma&icirc;tre de la totalit&eacute; du processus de production de son texte... Pendant la seconde guerre mondiale, les soldats recherchaient les machines o&ugrave; &eacute;taient imprim&eacute;s les tracts de la R&eacute;sistance. Dans certains pays, les ordinateurs individuels, les connexions &agrave; Internet, font l'objet d'une surveillance. Souhaitons que nulle situation n'advienne o&ugrave; chacun devrait d&eacute;cliner son identit&eacute; pour acheter la poudre noire de l'encre des imprimantes et des photocopieuses...</P>  <H3>4. LE SUPPORT ET LA TECHNIQUE DE L'&Eacute;CRITURE SONT-ILS LI&Eacute;S &Agrave; CE QUE L'ON &Eacute;CRIT&nbsp;?</H3>  <P>D'autres d&eacute;bats se font jour&nbsp;: le contenu m&ecirc;me de ce que l'on &eacute;crit gr&acirc;ce &agrave; un ordinateur n'est-il pas diff&eacute;rent de ce que l'on &eacute;crit de fa&ccedil;on manuscrite&nbsp;?</P>  <H3>4.1 La technique...</H3>  <P>Dans son ouvrage, Georges Jean montre bien comment, de tout temps, la technique m&ecirc;me de l'&eacute;criture a &eacute;t&eacute; li&eacute;e &agrave; ce que l'on &eacute;crit [5]. Les signes qui figuraient la comptabilit&eacute; agricole sur les premi&egrave;res tablettes d'argile des sum&eacute;riens &eacute;taient plus des &laquo;&nbsp;aide m&eacute;moire&nbsp;&raquo; qu'une &eacute;criture compl&egrave;te. Beaucoup plus tard, l'apparition du parchemin (rempla&ccedil;ant le papyrus), s'accompagnant de l'utilisation de la plume d'oie (et non plus du pinceau de roseau), et la rigoureuse division du travail dans les abbayes o&ugrave; travaillaient les moines copistes permirent la reproduction des textes sacr&eacute;s. Archim&egrave;de fut, parait-il, tu&eacute; par des soldats romains alors qu'il r&eacute;solvait un probl&egrave;me de g&eacute;om&eacute;trie en &eacute;crivant sur le sable. Newton et Leibnitz n'auraient sans doute jamais pu &eacute;laborer les bases du calcul diff&eacute;rentiel avec les outils d'&eacute;criture dont disposait Archim&egrave;de&nbsp;: un formalisme diff&eacute;rent n&eacute;cessitait une technique diff&eacute;rente.</P>  <H3>4.2 ... et le graphisme</H3>  <P>La forme des caract&egrave;res utilis&eacute;s est d'ailleurs elle-m&ecirc;me li&eacute;e aux &eacute;volutions des contenus de ce qui est &eacute;crit&nbsp;: l'&eacute;criture est &laquo;&nbsp;caroline&nbsp;&raquo; sous Charlemagne, puis le manuscrit gothique appara&icirc;t au XIII<SUP>e</SUP> si&egrave;cle, et l'humanistique &agrave; la Renaissance. L'imprimerie, d&egrave;s son origine, accorde une grande importance au dessin des polices de caract&egrave;res. R&eacute;cemment encore, un &laquo;&nbsp;grand journal du soir&nbsp;&raquo; n'a-t-il pas pris comme signe de son renouveau (&laquo;&nbsp;Un nouveau monde...&nbsp;&raquo;) le dessin et la r&eacute;alisation d'une police &eacute;tudi&eacute;e sp&eacute;cialement pour &ecirc;tre en r&eacute;sonance avec les objectifs nouveaux que se fixaient les r&eacute;dacteurs quant au contenu&nbsp;? En Chine, comme le montre M. Dupuis, les r&eacute;centes &eacute;volutions de la forme des caract&egrave;res ou de la fa&ccedil;on m&ecirc;me d'&eacute;crire (&laquo;&nbsp;caract&egrave;res simplifi&eacute;s et lignes horizontales&nbsp;&raquo;, transcription en alphabet latin) ont &eacute;t&eacute; intiment li&eacute;es aux &eacute;volutions politiques et id&eacute;ologiques que le pouvoir entendait... imprimer &agrave; la soci&eacute;t&eacute; [3].</P>  <P>La question des rapports contenu/outil est soulev&eacute;e &agrave; un degr&eacute; encore plus grand par l'utilisation de l'ordinateur.</P>  <H3>4.3 Ordinateur&nbsp;: l'inaccessible ach&egrave;vement du texte</H3>  <P>Le fait que chaque texte soit ais&eacute;ment modifiable cr&eacute;e une situation paradoxale. Chaque version du texte est en effet semblable &agrave; la version finale, nette, propre, imprim&eacute;e, structur&eacute;e mat&eacute;riellement. Mais, en m&ecirc;me temps, le texte d&eacute;finitif n'existe plus vraiment, puisque je peux &agrave; tout moment le reprendre, modifier, et produire un texte qui lui aussi sera semblable &agrave; cette version finale devenue semblable &agrave; un inaccessible horizon.</P>  <H3>4.4 Ce que l'on voit est ce qui sera &eacute;crit</H3>  <P>L'immense vari&eacute;t&eacute; de caract&egrave;res que propose chaque logiciel de traitement de texte, m&ecirc;me peu co&ucirc;teux, conduit chacun &agrave; &ecirc;tre ma&icirc;tre des polices, des caract&egrave;res sp&eacute;ciaux, et &agrave; travailler, tel le calligraphe japonais, la forme en m&ecirc;me temps que le fond. Le texte en cours d'&eacute;criture est de forme tr&egrave;s semblable &agrave; sa forme finale. Mais n'assiste-t-on pas aussi &agrave; une d&eacute;gradation du style par l'abus d'italiques, de caract&egrave;res gras, de symboles sp&eacute;ciaux, qui ne correspond plus aux normes de la typographie fran&ccedil;aise, et qui conduit &agrave; produire des textes o&ugrave; la pr&eacute;sentation de ce qui est &eacute;crit dispense parfois de penser le contenu de ce que l'on &eacute;crit&nbsp;? Et ne risque-t-on pas parfois d'accorder une confiance excessive &agrave; un &laquo;&nbsp;beau&nbsp;&raquo; texte, emport&eacute; par la s&eacute;duction de la forme&nbsp;?</P>  <H3>5. LA FA&Ccedil;ON D'&Eacute;CRIRE A-T-ELLE UNE INFLUENCE SUR LA STRUCTURE M&Ecirc;ME DE LA PENS&Eacute;E&nbsp;?</H3>  <P>Plus encore, certains s'interrogent sur les liens entre l'&eacute;criture par ordinateur et la structuration m&ecirc;me de la pens&eacute;e.</P>  <H3>5.1 La marque de l'ordinateur</H3>  <P>Ainsi, Umberto Ecco, en 1986, pensait-il que l'ordinateur conduirait, par la facilit&eacute; qu'il donne &agrave; d&eacute;placer des blocs de texte, &agrave; une pens&eacute;e &laquo;&nbsp;par blocs&nbsp;&raquo;, sans coh&eacute;sion ni connexion. Plus nuanc&eacute;, le m&ecirc;me Umberto Ecco estimait en 1991 que &laquo;&nbsp;pour la premi&egrave;re fois dans l'histoire de l'&eacute;criture, on peut &eacute;crire presque &agrave; la m&ecirc;me vitesse que l'on pense&nbsp;&raquo; [6].</P>  <P>L'utilisation du traitement de texte risque-t-elle de conduire &agrave; une incoh&eacute;rence de la pens&eacute;e, ou permet-elle &agrave; la pens&eacute;e de se mat&eacute;rialiser avec plus de rapidit&eacute; et de clart&eacute;&nbsp;? Tel &eacute;crivain s'estimait r&eacute;cemment capable de distinguer, &agrave; la lecture, un roman &eacute;crit &agrave; la plume d'un autre &eacute;crit au traitement de texte. Nous ne savons s'il en a apport&eacute; la preuve, mais sans nul doute exprimait-il une vraie question. D&eacute;bat mal pos&eacute;, peut-&ecirc;tre. D&eacute;bat impossible &agrave; trancher, sans doute, et qui d&eacute;pend essentiellement du rapport que chacun a avec l'&eacute;criture.</P>  <P>Aux bouleversements introduits par les logiciels de traitement de texte s'ajoutent maintenant ceux, plus profonds encore, introduits par l'existence des hypertextes et des r&eacute;seaux tels que Internet.</P>  <H3>5.2 La navigation, structure de la pens&eacute;e&nbsp;?</H3>  <P>L'hypertexte, o&ugrave; l'on navigue, gr&acirc;ce &agrave; la souris, d'un endroit &agrave; l'autre du texte, affranchit de la structure s&eacute;quentielle de la page et du livre qu'on feuillette, et de la structuration en paragraphes, chapitres, volumes. La structure hypertexte, en &laquo;&nbsp;r&eacute;seau de liens&nbsp;&raquo; introduit-elle une modification du rapport du lecteur au texte m&ecirc;me, et un bouleversement de la fa&ccedil;on de lire et d'apprendre&nbsp;? Certains l'affirment d&eacute;j&agrave;, et, l&agrave; encore les d&eacute;bats sont vifs, les opinions tranch&eacute;es&nbsp;: &laquo;&nbsp;L'hypertexte se rapproche enfin de la structure de notre pens&eacute;e, qui n'est pas lin&eacute;aire&nbsp;; la d&eacute;marche que j'ai gr&acirc;ce &agrave; un tel outil n'est-elle pas semblable &agrave; celle que j'ai lorsque je fl&acirc;ne dans les rayons d'une biblioth&egrave;que, sans avoir auparavant consult&eacute; le fichier&nbsp;?...&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;L'hypertexte est la forme &eacute;crite du &quot;zapping&quot;, dans une soci&eacute;t&eacute; devenue incapable de structurer, il favorise l'acquisition de bribes incoh&eacute;rentes du savoir, sans jamais se soucier de cette coh&eacute;rence...&nbsp;&raquo;. Notons, sans passion, que, si chacun peut constater le plaisir que l'on prend &agrave; &laquo;&nbsp;naviguer sur un c&eacute;d&eacute;rom&nbsp;&raquo;, nul didacticien n'a pour l'instant mesur&eacute; clairement ce que l'on apprend ainsi, ni comment on l'apprend.</P>  <H3>5.3 La Toile de Babel</H3>  <P>Le r&eacute;seau Internet, quant &agrave; lui, pose d'immenses questions quant &agrave; l'existence m&ecirc;me du texte (devenu d&eacute;localis&eacute; et, en quelque sorte, immat&eacute;riel), &agrave; la notion d'auteur, &agrave; la responsabilit&eacute; quant au contenu. Faute de pouvoir d&eacute;velopper ici ces aspects, renvoyons &agrave; la lecture de l'article &laquo;&nbsp;La Toile de Babel&nbsp;&raquo; [1].</P>  <P>Ordinateur et &eacute;criture&nbsp;? Sujet si complexe que nous avons seulement pu ici esquisser quelques pistes de r&eacute;flexion. Passionnant d&eacute;fi, en tout cas, pour l'&eacute;cole que de mettre un outil aussi puissant au service de l'apprentissage d'une pratique cr&eacute;ative de l'&eacute;criture.<BR> </P>  <P>J.-M. B&Eacute;RARD</P>  <P>Inspecteur g&eacute;n&eacute;ral de l'&Eacute;ducation nationale</P>  <H3>TEXTES OU OUVRAGES CIT&Eacute;S&nbsp;:</H3>  <P>[1] B&Eacute;RARD (J.-M.) (1996)&nbsp;: La toile de Babel, in Bulletin de l'<I>Union des Physiciens</I>, d&eacute;cembre 1996.</P>  <P>[2] DAVID (J.) et PLANE (S.) (1996)&nbsp;: <I>L'apprentissage de l'&eacute;criture, de l'&eacute;cole au coll&egrave;ge</I>, PUF.</P>  <P>[3] DUPUIS (M.) (1997)&nbsp;: Le sabre et le goupillon, in <I>Le Monde de l'&Eacute;ducation</I>, mars 1997.</P>  <P>[4] INRP (1995)&nbsp;: &Eacute;criture et traitement de texte, revue <I>&laquo;&nbsp;Rep&egrave;res&nbsp;&raquo;</I>, n&deg; 11, INRP.</P>  <P>[5] JEAN (G.) (1987)&nbsp;: <I>L'&eacute;criture m&eacute;moire des hommes</I>, Gallimard.</P>  <P>[6] MANGENOT (F.) (1996)&nbsp;:<I> Les aides logicielles &agrave; l'&eacute;criture</I>, CNDP.</P>  <P>[7] Minist&egrave;re de l'&Eacute;ducation nationale, DLC15 (1992)&nbsp;: <I>L'informatique au service de l'enseignement des lettres&nbsp;: l'ordinateur dans la salle de classe</I>, CRDP de Reims.</P>  <H3>Voir &eacute;galement&nbsp;:</H3>  <P>B&Eacute;RARD (J.-M.) et al. (1993)&nbsp;: <I>Utilisations de l'ordinateur dans l'enseignement secondaire</I>, CNDP.<BR> <BR> </P>  <P>Cet article a &eacute;t&eacute; publi&eacute; dans le num&eacute;ro de mai 1997 de la revue <I>Action BCD</I>, le magazine des BCD du Jura. Il est reproduit avec l'autorisation de l'inspecteur d'acad&eacute;mie et de l'IEN responsables de cette revue.</P>  <P>article paru dans la Revue de l'EPI n&deg;&nbsp;87 septembre 1997 </BODY> </HTML> 
