<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="Author" content="Lacroux">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.5 [fr] (Macintosh; I; PPC) [Netscape]">    <meta name="Description" content="Histoire du papier">    <meta name="KeyWords" content="papier">    <title>Papier.html</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#C0C0C0" link="#0000FF" vlink="#551A8B" alink="#0000FF"> <a NAME="haut"></a> <table BORDER=4 CELLSPACING=2 CELLPADDING=2 BGCOLOR="#CCCC99" > <tr> <td ALIGN=CENTER VALIGN=CENTER><a href="index.html">Accueil</a></td>  <td><a href="Lx.html">Orthotypographie</a></td>  <td><a href="Langf.html">Langue fran&ccedil;aise</a></td>  <td><a href="Instr.html">&Eacute;criture</a></td>  <td><a href="faq/qr.html">R&eacute;ponses</a></td>  <td><a href="Im%20Calixta/Nihil.html">Nihil</a></td>  <td><font color="#FF0000">Papier</font></td>  <td><a href="Sty/MemSM.html">Plumes</a></td>  <td><a href="Sty/Styl.html">Stylos</a></td>  <td><a href="Citations.html">Citations</a></td>  <td><a href="Liens.html">Liens</a></td>  <td><a href="Vend.html">&Agrave; vendre</a></td>  <td>Dessin</td> </tr> </table>  <p><b><font size=+3>Papier</font></b> <br>&Eacute;ditions Quintette/Seghers, 1991. <p><img SRC="Pap.gif" BORDER=0 height=190 width=156> <p><b><font size=+3>Une petite histoire du papier</font></b> <br>Quintette, 2001. <p> <hr WIDTH="100%"> <br><img SRC="NO.gif" BORDER=2 height=313 width=549> <br> <hr WIDTH="100%"> <br>Extraits de <i>Papier.</i> <br>Reproduction interdite. <p><b><font size=+2>A</font></b>vec du papier, on ponce, on emballe, on fume, on parfume, on filtre, on s&egrave;che, on essuie, on se torche, on fait des fleurs, des cocottes, des cerfs-volants, des &eacute;ventails, on tapisse les murs, on se mouche, on attrape des mouches. Les Japonais le consid&egrave;rent comme un mat&eacute;riau de construction raisonnable. La plupart de ces activit&eacute;s ou de ces usages sont honorables. Manque, bien s&ucirc;r, l'essentiel. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Depuis que les Arabes ont fait d&eacute;couvrir aux Europ&eacute;ens cette judicieuse invention des Chinois, le papier est le support privil&eacute;gi&eacute; de nos uvres. Elles s'y cr&eacute;ent, s'y reproduisent, s'y conservent. On pense avant tout &agrave; l'&eacute;criture et au dessin, mais le temps lui-m&ecirc;me, et la musique, y sont couch&eacute;s. Plus que la pierre et les vieillards bavards, le papier est notre m&eacute;moire. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Son origine n'a rien de sacr&eacute;. Son histoire trahit une nette attirance pour le divin... du moins pour ses irruptions d&eacute;cisives : chaque &eacute;tape de sa marche vers l'ouest, de son irr&eacute;sistible conqu&ecirc;te de l'Ancien Monde, est li&eacute;e &agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne religieux. Des Providences successives ont veill&eacute; sur son destin. Apr&egrave;s s'en &ecirc;tre mod&eacute;r&eacute;ment servi, sauf pour des usages vestimentaires ou hygi&eacute;niques, les Chinois perfectionnent sa fabrication et ils en font un v&eacute;ritable support d'&eacute;criture afin de diffuser l'abondante litt&eacute;rature du bouddhisme. En 622, Mahomet se r&eacute;fugie &agrave; M&eacute;dine ; avant la fin du premier si&egrave;cle de l'H&eacute;gire, les Arabes prennent Samarcande ; en 751, ils &eacute;crasent les Chinois &agrave; Talas et, &ccedil;a tombe bien, font prisonniers des artisans papetiers : l'islam a trouv&eacute; le glaive de l'esprit. La Chr&eacute;tient&eacute; en h&eacute;rite lors de la Reconqu&ecirc;te et des croisades. Au XVIe si&egrave;cle, la R&eacute;forme verrait bien une bible dans chaque foyer : cette sainte exigence et l'imprimerie, &agrave; peine centenaire, expliquent (en partie...) le d&eacute;ferlement final du papier sur le monde. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ici ou l&agrave;, on murmure que son temps est compt&eacute;, que la cathode est plus belle que la cellulose, que plus rien ne saurait faire &eacute;cran aux &eacute;crans, qu'un petit disque optique en sait plus, en dit plus que des centaines de pages, peut-&ecirc;tre. Il n'est toutefois pas certain que les pi&egrave;tres performances du papier en mati&egrave;re de stockage des donn&eacute;es soient un argument suffisant pour &eacute;branler la fid&egrave;le bienveillance ou la reconnaissance des Cieux &agrave; son &eacute;gard. <br>[...] <p><b>Un peu d'histoire, pour commencer</b> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Depuis qu'il sait dessiner et &eacute;crire, l'homme a trac&eacute; des signes sur tout ce qui lui tombait sous la main, c'est-&agrave;-dire sur &agrave; peu pr&egrave;s tous les mat&eacute;riaux solides de la cr&eacute;ation. [...] <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout le monde le sait, le papier est natif de Chine. Nous verrons que sa date de naissance ne peut &ecirc;tre d&eacute;termin&eacute;e avec la pr&eacute;cision que la tradition lui pr&ecirc;te, mais, qu'il apparaisse au d&eacute;but IIe si&egrave;cle &laquo; avant &raquo; ou &laquo; apr&egrave;s &raquo; J.-C, les Chinois ne l'ont pas attendu pour &eacute;crire, puisqu'ils ont commenc&eacute; &agrave; user de pictogrammes sch&eacute;matiques vers 2500 avant J.-C., soit avec un retard d&eacute;risoire de huit si&egrave;cles sur les Sum&eacute;riens et de six sur les &Eacute;gyptiens. Les plus anciens documents chinois sont des os d'animaux domestiques, souvent des omoplates de porc, sur lesquels sont grav&eacute;es des questions destin&eacute;es &agrave; tester la perspicacit&eacute; du feu, oracle s&ucirc;r. Puis vinrent les carapaces ventrales de tortue et, passage d&eacute;cisif de l'animal au v&eacute;g&eacute;tal, les lamelles de bambou, l'&eacute;corce de divers bois, toutes choses recueillant ais&eacute;ment de br&egrave;ves inscriptions oraculaires, mais dont les dimensions et le poids entravaient quelque peu l'&eacute;panouissement d'une litt&eacute;rature ambitieuse ou la simple tenue de registres efficaces. On essaya le bronze, on r&eacute;unit des bandes de bambou au moyen de cordons ou de lani&egrave;res, et, surtout, on s'avisa que la soie &eacute;tait un support &eacute;patant, quoiqu'un peu on&eacute;reux. Mais si l&eacute;ger. On pouvait enfin faire co&iuml;ncider l'envergure de l'inspiration et celle du manuscrit. En chinois, la &laquo; clef &raquo; de la soie figure dans le mot papier, et nous verrons que ces deux-l&agrave; ont bien d'autres points communs, &agrave; commencer par le m&ucirc;rier : <i>Morus alba,</i> sur lequel prosp&egrave;rent les vers &agrave; soie, <i>Broussonetia papyrifera,</i> dont l'aubier servit &agrave; la confection des plus beaux papiers de Chine. Les premiers &laquo; livres &raquo; chinois furent donc des rouleaux de soie ; si leur mati&egrave;re est diff&eacute;rente, leur forme est comparable &agrave; celle des papyrus roul&eacute;s m&eacute;diterran&eacute;ens. Les v&eacute;g&eacute;taux ne furent pas abandonn&eacute;s pour autant, bonne id&eacute;e, l'avenir et le papier &eacute;taient au bout de leurs fibres. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pendant ce temps, tr&egrave;s loin au-del&agrave; de l'Himalaya et des steppes de l'Asie centrale, l'argile et la pierre avaient &eacute;t&eacute; relay&eacute;es par un mat&eacute;riau qui, pour l'heure, d&eacute;tient encore le record de long&eacute;vit&eacute; des supports &eacute;labor&eacute;s par l'homme : fabriqu&eacute; en &Eacute;gypte depuis la plus haute &eacute;poque (~2500), le papyrus fut employ&eacute; jusqu'au XIe si&egrave;cle de notre &egrave;re, ce qui nous donne un total d'environ trente-six si&egrave;cles. Le papier a effectu&eacute; un peu plus de la moiti&eacute; du chemin, c'est bien , mais il faudra qu'il tienne au moins jusqu'en 3400 s'il veut faire jeu &eacute;gal avec celui qui lui a donn&eacute; son nom. Don royal, quasi divin (encore...) : &laquo; pharaon &raquo; et &laquo; papyrus &raquo; ont la m&ecirc;me &eacute;tymologie &eacute;gyptienne. Le papyrus comme le papier sont faits de fibres v&eacute;g&eacute;tales ; ce qui les diff&eacute;rencie pourrait se r&eacute;sumer ainsi : le papier, c'est la voie humide, le papyrus, c'&eacute;tait la voie semi-s&egrave;che. Pour obtenir des feuilles de papyrus, les &Eacute;gyptiens utilisaient une plante qui poussait alors en abondance sur les bords du Nil et dans les mar&eacute;cages de son delta, et que nous nommons <i>Cyperus papyrus</i> pour deux excellentes raisons, la seconde est &eacute;vidente, la premi&egrave;re est qu'il s'agit d'un souchet, en grec <i>kupeiro.</i> Sa haute tige, de section triangulaire, &eacute;tait d&eacute;coup&eacute;e en tron&ccedil;ons d'une quarantaine de centim&egrave;tres de long. De la moelle fibreuse on d&eacute;tachait de fines lamelles que l'on disposait c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te et qu'on recouvrait d'une seconde couche, perpendiculaire &agrave; la premi&egrave;re [...]. L'ensemble &eacute;tait ensuite martel&eacute; furieusement afin d'imbriquer les fibres. Lorsque la s&egrave;ve avait s&eacute;ch&eacute;, la feuille, blanche, &eacute;tait liss&eacute;e et polie &agrave; l'aide d'une pierre ronde. Les qualit&eacute;s sup&eacute;rieures b&eacute;n&eacute;ficiaient d'un encollage &agrave; l'amidon. L&eacute;ger mais solide, le &laquo; papier &eacute;gyptien &raquo; se r&eacute;pandit dans tout le bassin m&eacute;diterran&eacute;en, qu'il soit grec, romain, byzantin ou arabe. Chez nous, la <i>charta &aelig;gyptiaca</i> fut le support m&eacute;rovingien de pr&eacute;dilection (VIIe si&egrave;cle). <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Puisque rien ne s'y oppose, remontons et redescendons tr&egrave;s rapidement le cours des mill&eacute;naires : depuis qu'il m&eacute;rite son nom, l'homme a utilis&eacute; la peau des animaux, d'abord pour se v&ecirc;tir chaudement lors des p&eacute;nibles p&eacute;riodes glaciaires, puis pour confectionner des gourdes et toutes sortes d'ustensiles pratiques, enfin pour dessiner et &eacute;crire dessus. D&egrave;s le premier si&egrave;cle du troisi&egrave;me mill&eacute;naire avant J.-C., les &Eacute;gyptiens &eacute;crivaient sur du cuir ; et bien d'autres firent de m&ecirc;me apr&egrave;s eux : Perses et H&eacute;breux eurent un faible pour le buf et le chameau, Mayas et Azt&egrave;ques pour le chevreuil. Les Arabes pour la gazelle. Toutefois, si le cuir est une mati&egrave;re noble qui fait la joie des sado-masochistes et des bibliophiles, il n'aime gu&egrave;re l'acidit&eacute; des encres et fait un assez m&eacute;diocre support d'&eacute;criture. Voil&agrave; pour quoi vint le parchemin. &laquo; Qu'est-ce qui diff&eacute;rencie le cuir du parchemin ?  Le tannage, &eacute;videmment...  Non. &raquo; Il y a des parchemins tann&eacute;s l&eacute;g&egrave;rement. Ce qui en fait deux mati&egrave;res diff&eacute;rentes, c'est la tension exerc&eacute;e lors du s&eacute;chage : nulle pour le cuir, qui conserve et renforce la structure omnidirectionnelle des fibres de la peau ; extr&ecirc;me pour le parchemin, o&ugrave; les fibres s'ordonnent parall&egrave;lement. Autre diff&eacute;rence, que l'on peut qualifier de basique : tr&egrave;s r&eacute;duite dans le cuir gr&acirc;ce au d&eacute;chaulage, l'alcalinit&eacute; conf&egrave;re au parchemin une meilleure r&eacute;sistance &agrave; l'acidit&eacute;. [...] <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'&eacute;tymologie voudrait que le parchemin f&ucirc;t n&eacute; &agrave; Pergame, ville de Mysie et royaume hell&eacute;nistique d'Asie Mineure. Ce ne fut pas son berceau, mais c'est l&agrave; qu'il a grandi. Quant &agrave; la fable de son invention sous Eumen&ecirc;s II (197-152 avant J.-C.), c'est une des nombreuses calembredaines de Pline l'Ancien (<i>Histoire naturelle</i> XIII, 21), &eacute;crivain prolixe, sauveteur courageux mais d&eacute;sastreux naturaliste (qui, comme tant d'autres, puisa ses informations chez Varron, l'&eacute;rudit &eacute;clectique). Selon l'auteur &agrave; qui l'on doit une description document&eacute;e du reptile vicieux au regard assassin, Pergame aurait donc con&ccedil;u son invention environ sept si&egrave;cles apr&egrave;s que d'obscurs chameaux palestiniens avaient fourni du parchemin. (Pas du cuir... du parchemin. Les pal&eacute;ographes sont certes contrariants mais formels.) Les raisons ne manquent pas qui expliquent cette attribution flagorneuse quoique posthume du vieux Pline et de Varron : outre qu'Eumen&ecirc;s II, tra&icirc;tre &agrave; l'hell&eacute;nisme, fut un alli&eacute; constant de Rome, outre qu'il s'&eacute;tait assur&eacute; le quasi-monopole de la commercialisation d'un produit dont, bien avant lui, la Mysie s'&eacute;tait fait une sp&eacute;cialit&eacute;, il est vrai que les rois attalides de Pergame prot&eacute;g&egrave;rent les lettr&eacute;s et favoris&egrave;rent la production de ce parchemin qui leur permit de constituer une biblioth&egrave;que presque aussi riche que celle, bourr&eacute;e de papyrus, d'Alexandrie. En 47 avant J.-C., quand le feu eut d&eacute;truit les papyrus des Lagides, les parchemins des Attalides permirent &agrave; Cl&eacute;op&acirc;tre de regarnir les rayons. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus co&ucirc;teuse mais beaucoup plus r&eacute;sistante, la <i>charta pergamena</i> finit par supplanter la <i>charta &aelig;gyptiaca</i>. Le &laquo; livre &raquo; fut une des causes  et le b&eacute;n&eacute;ficiaire  de cette provisoire revanche du r&egrave;gne animal. Les feuilles de &laquo; papier &eacute;gyptien &raquo; &eacute;taient coll&eacute;es bord &agrave; bord pour former une bande longue de plusieurs m&egrave;tres qui &eacute;tait ensuite roul&eacute;e, la face des fibres horizontales &agrave; l'int&eacute;rieur. L'&eacute;criture ne posait gu&egrave;re de probl&egrave;me : le scribe, accroupi, d&eacute;roulait progressivement la bande sur ses genoux. Une lecture lin&eacute;aire et continue de ces <i>volumen</i> s'effectuait sans trop de peine, mais la consultation ponctuelle d'un ouvrage de r&eacute;f&eacute;rence &eacute;tait plus que malais&eacute;e... En moyenne, un volume faisait dans les dix m&egrave;tres, mais quelques champions &eacute;gyptiens d&eacute;pass&egrave;rent les quarante. Lorsque l'on avait achev&eacute; de lire ou d'&eacute;crire un tel livre, on &eacute;tait tout naturellement &laquo; au bout du rouleau &raquo;. &Agrave; l'imitation des premiers codex romains, assemblages de planchettes de bois recouvertes de cire, on tenta bien de r&eacute;unir des feuilles superpos&eacute;es, mais le papyrus &eacute;tait bien trop fragile pour supporter qu'on le pli&acirc;t. &Agrave; l'inverse, le papier de Pergame s'y pr&ecirc;tait volontiers et autorisait l'&eacute;criture sur son recto et son verso. Un codex de parchemin contenait la mati&egrave;re de plusieurs <i>volumen,</i> il &eacute;tait beaucoup plus facile &agrave; ranger, r&eacute;sistait mieux &agrave; l'humidit&eacute; et aux manipulations un peu vives, et sa lecture, au fil des pages, &eacute;tait un vrai plaisir. Le livre avait trouv&eacute; sa forme et bien d'autre chose encore : la pagination, la table des mati&egrave;res, l'index... Mati&egrave;re d&eacute;cisive dans l'histoire du livre, le parchemin le fut aussi dans celle de l'&eacute;criture : c'est gr&acirc;ce &agrave; lui que l'Occident se d&eacute;tourna du calame roide et adopta la plume d'oiseau dont la pointe nerveuse se plaisait peu &agrave; buter sur une trame alors qu'elle glissait librement sur la tendre peau des bovid&eacute;s, des caprins et des ovins ou, mieux encore, sur celle des veaux mort-n&eacute;s (v&eacute;lin). Aux rouleaux de papyrus <i>(volumen),</i> le livre doit ses &laquo; volumes &raquo; ; au liber (tissu v&eacute;g&eacute;tal o&ugrave; circule la s&egrave;ve), il doit son nom ; au parchemin, sa forme et sa pagination ; au papier, son r&egrave;gne. Retournons quelques ann&eacute;es avant notre &egrave;re. <p><b>Au pays des S&egrave;res, &agrave; Cathay, en Chine...</b> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les circonstances de l'invention du papier par les Chinois ne sont pas exclusivement li&eacute;es au d&eacute;sir d'obtenir un nouveau support d'&eacute;criture. Pour faire du papier, c'est-&agrave;-dire des feuilles minces, il faut avoir d&eacute;couvert auparavant la p&acirc;te de fibres cellulosiques... Avec elle, on peut faire quantit&eacute; de choses utiles, des chapeaux, par exemple. Ainsi, d&egrave;s le VIe si&egrave;cle avant J.-C., un disciple de Confucius aurait-il port&eacute; un couvre-chef fait d'une p&acirc;te d'&eacute;corce de m&ucirc;rier. Et puis, de la p&acirc;te grossi&egrave;re, sorte de carton archa&iuml;que ou plut&ocirc;t de &laquo; feutre v&eacute;g&eacute;tal &raquo;, on passa au papier. Jusqu'alors, on s'&eacute;tait content&eacute; de battre de l'aubier humidifi&eacute; et d'&eacute;taler la p&acirc;te sur une surface plane afin d'obtenir une pellicule, la plus mince possible. Et l'on attendait qu'elle s&egrave;che. On voit que cette technique archa&iuml;que est apparemment tr&egrave;s proche de la fabrication du papyrus par les &Eacute;gyptiens. En fait, seul le battoir est commun, car il manque l'essentiel : la trame form&eacute;e par les deux couches fibreuses du papyrus. Mais vint le jour magnifique o&ugrave; les Chinois s'avis&egrave;rent qu'il serait plus judicieux de d&eacute;layer davantage la bouillie et d'y plonger un tamis  une &laquo; forme &raquo;  afin de puiser les fibres en suspension qui, par s&eacute;dimentation, &laquo; formeraient &raquo; une feuille. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est probable que la soie fut d&eacute;terminante dans ce processus qui allait pourtant l'exclure du champ de l'&eacute;criture, la r&eacute;duisant &agrave; ne plus briller que dans le v&ecirc;tement, le mobilier et les arts d&eacute;coratifs. Des chiffes de soie ou la bourre des cocons, d&eacute;tremp&eacute;es, ont certes compos&eacute; de la p&acirc;te &agrave; papier, mais au m&ecirc;me titre que le chanvre ou l'&eacute;corce de m&ucirc;rier. Le r&ocirc;le d&eacute;cisif du textile tient au fait que les premiers tamis furent des tissus tendus sur des cadres de bambou. L'id&eacute;e &eacute;tait l&agrave;, sublimement simple, restait &agrave; perfectionner quelques d&eacute;tails : broyage des mati&egrave;res v&eacute;g&eacute;tales, pr&eacute;paration de la p&acirc;te, invention de la forme flexible, collage &agrave; l'amidon, etc. Cela s'accomplira au cours des si&egrave;cles suivants, mais, redisons-le, il ne s'agira que d'am&eacute;liorations accessoires ; le d&eacute;p&ocirc;t d'une p&acirc;te liquide de fibres cellulosiques sur un tamis o&ugrave; elle forme une feuille par s&eacute;dimentation est le principe fondamental de la papeterie : il est &agrave; l'uvre d&egrave;s l'origine, il ne changera plus. Progr&egrave;s subalternes donc, mais n&eacute;cessaires. Les premiers papiers &eacute;taient franchement rustiques, d'une texture tr&egrave;s in&eacute;gale ; le pinceau le plus subtil y perdait tout talent. En revanche, ils fournissaient de robustes mouchoirs ou des emballages irr&eacute;prochables. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est hasardeux de vouloir d&eacute;terminer avec pr&eacute;cision &agrave; quelle date est apparu ce vrai papier. Dans des conditions d'enfouissement ordinaires, c'est un mat&eacute;riau relativement p&eacute;rissable ; il est, aujourd'hui, qualifi&eacute; de biod&eacute;gradable, caract&eacute;ristique appr&eacute;ci&eacute;e par les d&eacute;fenseurs de l'environnement, beaucoup moins par les arch&eacute;ologues et les historiens. Se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; la datation des plus anciens sp&eacute;cimens mis au jour  la plupart dans des r&eacute;gions s&egrave;ches du nord et du centre de la Chine  est bien s&ucirc;r la moins mauvaise des supputations. En revanche, tr&egrave;s discutable est la traditionnelle attribution de sa paternit&eacute; &agrave; l'honorable Ts'ai-louen (ou Cai Lun, ou Cailum, ou Ts'ai Lun, ou Tsai lun, ou Tsa&iuml;-Lun, ou Tsa&iuml; Loun, ou Tsa&uuml;-lun, selon les go&ucirc;ts ou la cuistrerie de la translitt&eacute;ration ; le &laquo; pinyin &raquo; s'&eacute;tant h&eacute;las impos&eacute; &agrave; la France &eacute;rudite, il conviendrait de dire... non, d'&eacute;crire Cai Lun ; et pourquoi pas <i>l'Automne &agrave; Beijing</i> et <i>Tintin au Xizang</i> ?). Cet eunuque, directeur des Ateliers imp&eacute;riaux, aurait eu son id&eacute;e de g&eacute;nie en 105 apr&egrave;s J.-C. ; ou en 107, selon d'autres auteurs, sensibles au charme de la pr&eacute;cision des approximations. Pan Kou, chroniqueur mort en 92 apr&egrave;s J.-C., se serait donc passablement fourvoy&eacute; en laissant accroire dans son <i>Histoire des Han ant&eacute;rieurs</i> (Ts'ien -Han-chou) que du papier &eacute;tait fabriqu&eacute; sous le r&egrave;gne de l'imp&eacute;ratrice L&uuml; (187-180 avant J.-C.), soit pr&egrave;s de trois si&egrave;cles plus t&ocirc;t. Il est vrai que la proximit&eacute; des faits peut troubler la perception et la compr&eacute;hension de l'audacieux qui les relate. Que Ts'ai-louen repose tranquille dans sa gloire, les fables sont encore pris&eacute;es et la pr&eacute;sence de papier dans des tombes du IIe si&egrave;cle avant J.C. n'est tout de m&ecirc;me pas suffisante pour remettre en cause et son titre et nos certitudes brevet&eacute;es. Pas plus que son culte  &eacute;labor&eacute; sur la base d'une biographie fantaisiste du VIe si&egrave;cle , pieusement entretenu par la R&eacute;publique populaire de Chine. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si la revendication de Ts'ai-louen, de ses ma&icirc;tres et de leurs successeurs s'explique par le souci bien l&eacute;gitime de donner un cachet imp&eacute;rial &agrave; une invention mise au point par des artisans morts depuis des si&egrave;cles, est tout de m&ecirc;me &eacute;trange l'obstination des hagiographes &agrave; tenir pour authentique une date qui, dans l'histoire du papier, ne correspond &agrave; rien : ni &agrave; son invention ni &agrave; l'essor de sa fabrication. Outre l'avantage, non n&eacute;gligeable, de ne pas &ecirc;tre contredite par les preuves mat&eacute;rielles, une attribution provisoire et collective aux artisans de l'empire des premiers Han s'inscrirait dans un cadre historique assez satisfaisant. (Invent&eacute; au d&eacute;but du IIe si&egrave;cle avant J.-C., transmis aux Arabes au VIIIe si&egrave;cle de notre &egrave;re : le papier est ainsi, non seulement b&eacute;ni des dieux, mais de Clio ; il ins&egrave;re sa petite histoire dans la grande en faisant correspondre les jalons de sa carri&egrave;re aux si&egrave;cles d&eacute;cisifs, aux pivots autour desquels s'articule toute l'histoire du monde.) Mais, comme bien d'autres, la tradition chinoise se pla&icirc;t &agrave; donner des g&eacute;niteurs identifiables &agrave; des objets et &agrave; des techniques qui s'en passeraient assez facilement. Ces paternit&eacute;s ont pour cons&eacute;quence l'&eacute;tablissement d'une hi&eacute;rarchie, que l'on peut trouver amusante, ou po&eacute;tique, ou niaise. Ainsi, dans le seul domaine de l'&eacute;criture, outre le papier &agrave; l'eunuque lettr&eacute;, le pinceau est-il attribu&eacute; &agrave; Meng-Tian, militaire f&eacute;ru de physique amusante ayant v&eacute;cu au IIIe si&egrave;cle avant J.-C. (soit un mill&eacute;naire apr&egrave;s les premiers pinceaux...), et l'encre &agrave; Hoang-ti, le mythique &laquo; Empereur Jaune &raquo;, &agrave; qui l'on doit &eacute;galement, entre autres, le bateau et la c&eacute;ramique. L'encre, d'origine quasi c&eacute;leste, sera donc &laquo; Pr&eacute;fet du Parfum noir &raquo;, et le pinceau &laquo; sous-pr&eacute;fet &raquo;. Quant au papier, il se contentera du titre de &laquo; chef de district &raquo;. On peut consid&eacute;rer qu'il y a l&agrave; une troublante injustice. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Admettons que Ts'ai-louen ait apport&eacute; quelques perfectionnements &agrave; la technique papeti&egrave;re. On dit qu'il aurait confectionn&eacute; une p&acirc;te &agrave; base de nouvelles mati&egrave;res premi&egrave;res, exclusivement v&eacute;g&eacute;tales (chanvre, vieux filets de p&ecirc;che, cordages, pousses de bambou, &eacute;corces diverses), alors qu'auparavant on employait surtout des chiffes de soie, donc d'origine animale. Le chanvre et la ramie, de quoi sont faits les papiers d'avant notre &egrave;re, contredisent cette assertion. Le seul indice apparemment favorable &agrave; cette th&egrave;se est que le plus ancien bout de papier couvert de caract&egrave;res (une vingtaine) a &eacute;t&eacute; trouv&eacute; dans les d&eacute;combres d'une tour de guet qui fut d&eacute;truite vers 110 apr&egrave;s J.-C. Mais sa texture n'est ni meilleure ni pire que celle des sp&eacute;cimens ant&eacute;rieurs. En outre, un si&egrave;cle auparavant, un secr&eacute;taire de l'Empereur &eacute;tait responsable des sceaux, de l'encre, des pinceaux et du papier : cette fonction atteste clairement le r&ocirc;le, m&ecirc;me marginal, que jouait d&eacute;j&agrave; le papier. Que reste-t-il alors &agrave; l'actif de notre cher Ts'ai-louen ? Pas grand-chose. Par pure bienveillance, car cela semble un peu juste pour m&eacute;riter une c&eacute;l&eacute;brit&eacute; bimill&eacute;naire, accordons-lui un m&eacute;rite : celui d'avoir vant&eacute; ceux du papier aupr&egrave;s de ses ma&icirc;tres. C'est d'ailleurs le seul qui soit mis &agrave; son actif par ses contemporains. Il faudra quand m&ecirc;me attendre plus d'un si&egrave;cle encore pour que le papier devienne un support d'&eacute;criture largement r&eacute;pandu. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'extr&ecirc;me et pr&eacute;coce centralisation du pouvoir  et la bureaucratisation exacerb&eacute;e qui en r&eacute;sulte  est une explication traditionnelle du d&eacute;veloppement de la papeterie en Chine. Elle est s&eacute;duisante, mais sans doute un peu insuffisante. L'unification initiale sous Ts'in Che Houang-ti, le Premier Empereur (~221-210), s'est accomplie avant que n'apparaisse le papier. Elle vit, certes, la prolif&eacute;ration des fonctionnaires, mais aussi la chasse aux lettr&eacute;s et la destruction des textes classiques. On l'a vu, le papier est probablement invent&eacute; un demi-si&egrave;cle plus tard, sous les premiers Han, qui renforcent encore le pouvoir imp&eacute;rial, multiplient les minist&egrave;res, recrutent &agrave; tour de bras de nouveaux fonctionnaires, l&eacute;gif&egrave;rent, concoctent un code de plus de dix-sept millions de caract&egrave;res... Seulement voil&agrave;, la &laquo; production de masse &raquo; ne commencera v&eacute;ritablement qu'aux IIIe et IVe si&egrave;cles, p&eacute;riode bien diff&eacute;rente, caract&eacute;ris&eacute;e par le morcellement de l'Empire, les invasions &laquo; barbares &raquo;, les mouvements et le brassage des populations du nord et du sud. Et l'essor du bouddhisme. C'est en partie gr&acirc;ce au papier que cette religion &eacute;trang&egrave;re va rapidement conqu&eacute;rir la Chine. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La diffusion de traductions des textes sacr&eacute;s et d'images du Bouddha en diverses positions m&eacute;ditatives est une activit&eacute; essentielle des propagandistes, singuli&egrave;rement apr&egrave;s que le Grand v&eacute;hicule (mahayana) s'est impos&eacute;, vers 265. Des pierres et des tablettes de bois grav&eacute;es permettaient, par frottis, d'obtenir des milliers de reproductions sur des feuilles d'un papier assez fin. (On consid&egrave;re parfois que ces pratiques sont d&eacute;j&agrave; de l'imprimerie. Oui, si l'&laquo; imprimerie est l'art d'imprimer un texte &raquo;, ce que les sceaux ont toujours su faire, depuis des mill&eacute;naires ; non, si l'on s'en tient &agrave; une d&eacute;finition moins &eacute;quivoque : les caract&egrave;res mobiles chinois ne feront leur apparition qu'au XIe si&egrave;cle). <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si l'on excepte le m&ucirc;rier, le rotang, le santal, et l'hibiscus (mais il s'agissait de leur &eacute;corce), et les cendres du rouissage, les arbres particip&egrave;rent peu &agrave; l'&eacute;laboration des p&acirc;tes &agrave; papier chinoises. On a tent&eacute; de l'expliquer en soulignant que le bois est rare en Chine. Cela n'a aucun sens. La fabrication du papier s'est d&eacute;velopp&eacute;e &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; la sylve chinoise n'avait pas encore &eacute;t&eacute; compl&egrave;tement ravag&eacute;e par les agriculteurs. Si les papetiers chinois n'ont pas utilis&eacute; le bois, c'est qu'ils n'avaient pas plus de raison d'y recourir que n'en auront plus tard les Arabes et les Europ&eacute;ens ; ce n'est qu'au XIXe si&egrave;cle qu'un ph&eacute;nom&eacute;nal accroissement des besoins en p&acirc;te &agrave; papier justifiera l'abandon des chiffes et des plantes annuelles. En Chine, les mati&egrave;res v&eacute;g&eacute;tales employ&eacute;es furent infiniment plus nombreuses et diverses qu'en terre d'Islam ou en Europe, et, diff&eacute;rence essentielle, les chiffes y c&eacute;d&egrave;rent tr&egrave;s vite le pas aux fibres issues directement des plantes. &Agrave; l'&eacute;corce de m&ucirc;rier, au chanvre et au bambou, d&eacute;j&agrave; &eacute;voqu&eacute;s &agrave; plusieurs reprises, il faut ajouter la paille de riz et de bl&eacute;, la ramie, le rotin, les algues, le daphn&eacute;, le safran... (La recherche se poursuit de nos jours : &agrave; Ta&iuml;wan, on vient de d&eacute;couvrir les m&eacute;rites des fibres d'ananas.) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quel que soit le v&eacute;g&eacute;tal, il subissait d'abord un traitement aqueux, &eacute;ventuellement calcique, destin&eacute; &agrave; le rouir. &Eacute;tape plus ou moins longue : en l'occurrence, le bambou exige plus de patience que la paille de riz. Le rouissage des bouts de ficelles (chanvre) et de chiffes qui composaient la p&acirc;te des premiers papiers fut d&egrave;s l'origine une technique &laquo; alcaline &raquo; : l'eau chaude du bain &eacute;tait additionn&eacute;e d'un filtrat de cendres d'herbes et de bois, qui favorisait l'&eacute;limination des substances ind&eacute;sirables. La p&acirc;te &eacute;tait ensuite rinc&eacute;e &agrave; l'eau claire. On proc&eacute;dait alors au battage ou au pilonnage des fibres. La bouillie ainsi obtenue &eacute;tait largement additionn&eacute;e d'eau afin de constituer une suspension de fibres que l'on pourrait puiser dans la cuve avec un tamis. Le bambou, support s&eacute;culaire sous forme de lamelles, fut employ&eacute; dans la p&acirc;te &agrave; papier lorsque, sous la pouss&eacute;e des &laquo; barbares &raquo; mongols et turcs, le centre de gravit&eacute; de la Chine se d&eacute;pla&ccedil;a vers le sud o&ugrave; il pousse en abondance. Avec lui, le rouissage est une activit&eacute; de longue haleine. Vers le mois de juin, on le coupe, on en fait des fagots que l'on plonge dans l'eau des &eacute;tangs ou des rivi&egrave;res pendant cent jours. Ensuite, on sort les cannes de l'eau, on enl&egrave;ve leur &eacute;corce, on les d&eacute;bite en tron&ccedil;ons que l'on trempe dans une solution de chaux bouillante, ou que l'on empile dans une fosse en alternant avec des couches de chaux, &eacute;ventuellement on pisse dessus, on attend encore un mois ou deux, on les soumet &agrave; un bain de vapeur qui dure huit jours et huit nuits, on les rince &agrave; l'eau pure, on ajoute le filtrat de cendre, on remet &agrave; la vapeur pendant plus de dix jours, c'est fini, on passe au broyage dans des mortiers. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &Agrave; l'origine simple cadre de bambou tendu de toile, la forme chinoise fut vite perfectionn&eacute;e : le tamis se d&eacute;solidarisa du cadre et devint une claie flexible, constitu&eacute;e de vergeures de bambou et de cha&icirc;nettes de soie. Il n'&eacute;tait donc plus n&eacute;cessaire d'attendre que la feuille s'ass&eacute;ch&acirc;t pour l'&ocirc;ter de la forme : on couchait la feuille sur une surface lisse et l'on d&eacute;tachait la claie en l'enroulant. Une fois press&eacute;es, s&eacute;ch&eacute;es au soleil, ou bross&eacute;es et liss&eacute;es contre un mur chauff&eacute; &agrave; la vapeur, les feuilles pouvaient partir &agrave; la rencontre du pinceau et de l'encre pour faire la joie des fonctionnaires et des lettr&eacute;s. Cet usage noble n'implique pas l'abandon des autres. Les Chinois, dont l'&eacute;criture, l'encre et les instruments qui l'appliquent sont presque aussi anciens que ceux des peuples du Croissant fertile et d'&Eacute;gypte ont, d&egrave;s l'origine, entretenu avec le papier des rapports tr&egrave;s diversifi&eacute;s. Alors que les Arabes et l'Occident s'en saisirent d'abord pour en faire le support quasi exclusif de l'&eacute;criture, puis de l'imprimerie, les Chinois lui assign&egrave;rent toujours d'autres emplois. Certains ne nous surprennent gu&egrave;re, nous les avons repris ; parfois tr&egrave;s tardivement, car ils ne nous furent pas transmis par les Arabes qui, musulmans, s'&eacute;taient bien gard&eacute;s d'y recourir. En 851, l'un deux nota que les Chinois avaient une tr&egrave;s &eacute;trange conception de la propret&eacute;, ou, pour tout dire, qu'ils &eacute;taient franchement r&eacute;pugnants : &laquo; Ils ne se lavent pas &agrave; l'eau apr&egrave;s avoir fait leurs besoins. Ils se contentent de s'essuyer avec du papier. &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Afin d'&eacute;viter tout m&eacute;lange des genres et une &eacute;ventuelle utilisation abusive, les temples &eacute;taient &eacute;quip&eacute;s d'incin&eacute;rateurs destin&eacute;s &agrave; d&eacute;truire les textes sacr&eacute;s si le vieillissement ou une quelconque d&eacute;t&eacute;rioration en avaient rendu la lecture probl&eacute;matique. F&ucirc;t-il la&iuml;que, tout papier ayant servi &agrave; &eacute;crire b&eacute;n&eacute;ficiait d'un certain respect. Un lettr&eacute; du VIe si&egrave;cle pr&eacute;cise qu'il n'aurait pas l'impudence d'employer &laquo; le papier couvert de commentaires sur les Cinq Classiques &raquo; &agrave; des fins ind&eacute;licates. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La fabrication de papier hygi&eacute;nique est en Chine une activit&eacute; mill&eacute;naire. Les feuilles &eacute;taient g&eacute;n&eacute;ralement obtenues &agrave; partir d'une p&acirc;te de paille de riz. N'imaginons pas, bien s&ucirc;r, que d&egrave;s les premiers si&egrave;cles de notre &egrave;re, toute la population chinoise en usait ; mais la production &eacute;tait d&eacute;j&agrave; consid&eacute;rable : les centaines de milliers de feuilles produites chaque ann&eacute;e attestent que cette commodit&eacute; n'&eacute;tait pas cantonn&eacute;e aux commodit&eacute;s de la cour. Les d&eacute;f&eacute;cations imp&eacute;riales b&eacute;n&eacute;ficiaient en revanche de l'exclusivit&eacute; des feuilles parfum&eacute;es. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Papiers &agrave; tapisser, cartes &agrave; jouer, papier-monnaie, mouchoirs et emballages divers semblent &eacute;galement des emplois allant de soi, m&ecirc;me si, l&agrave; encore, nous ne les adopt&acirc;mes que tr&egrave;s tardivement. Les papiers rituels, objets ou effigies destin&eacute;s au culte des morts, sont une survivance peu on&eacute;reuse des vraies offrandes archa&iuml;ques. Beaucoup plus &eacute;tonnants sont les v&ecirc;tements que les Chinois confectionn&egrave;rent d&egrave;s l'origine avec du papier et du carton. On concevrait sans trop de peine qu'ils se fussent content&eacute;s d'en faire des chapeaux, des ceintures, des tuniques, des sous-v&ecirc;tements, des couvertures... mais des chaussures ? cela para&icirc;t extravagant. Des armures ? On n'y croit plus. On a tort. Elles devaient m&ecirc;me avoir une efficacit&eacute; digne d'estime puisque, au XIIe si&egrave;cle, d'avis&eacute;s strat&egrave;ges n'h&eacute;sitaient pas &agrave; proposer l'&eacute;change de cent bonnes armures de fer contre cinquante en papier. Doubl&eacute;es d'une couche de coton, elles demeuraient l&eacute;g&egrave;res mais arr&ecirc;taient les fl&egrave;ches ; certains ajoutent les balles, ce qui est soit anachronique (avant le XIIIe si&egrave;cle) soit inconsid&eacute;r&eacute;ment optimiste. La r&eacute;sistance suppos&eacute;e de ces chaussures et de ces cuirasses de papier semble aujourd'hui d&eacute;concertante. En v&eacute;rit&eacute;, comme elles &eacute;taient constitu&eacute;es de plusieurs couches de papier, il serait plus juste de dire &laquo; armures de carton &raquo; ; &agrave; l'instar des &laquo; imperm&eacute;ables &raquo; chinois qui ne devaient pas leur vertu protectrice au papier mais &agrave; l'huile dont ils &eacute;taient enduits, elles subissaient des traitements assez particuliers. Leur r&eacute;seau serr&eacute; de longues fibres de chanvre conf&eacute;rait aux cuirasses qui ceignaient le torse des guerriers chinois une solidit&eacute; dont il serait vain de vouloir se faire une id&eacute;e en palpant le papier recycl&eacute; de nos journaux. (Le papier a toutefois servi &agrave; &eacute;quiper une partie de l'arm&eacute;e fran&ccedil;aise lors de la Premi&egrave;re Guerre mondiale. On n'en fit pas des cuirasses mais des plastrons et des gilets. Le num&eacute;ro d'ao&ucirc;t 1916 du Larousse mensuel leur consacre un article &eacute;logieux : &laquo; Le plastron ou sous-v&ecirc;tement militaire, dont les avantages au point de vue hygi&eacute;nique ont &eacute;t&eacute; reconnus par l'Acad&eacute;mie des Sciences, qui a consacr&eacute; une somme de 500 francs pour l'achat d'un certain nombre de ces sous-v&ecirc;tements destin&eacute;s &agrave; &ecirc;tre distribu&eacute;s sur le front, est chaud, imperm&eacute;able, souple et l&eacute;ger. On le porte g&eacute;n&eacute;ralement sur la chemise, sous les bretelles, qui le maintiennent &raquo;.) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sous les Han, apr&egrave;s la conqu&ecirc;te du bassin du Tarim (&agrave; l'est du Sin-Kiang actuel), la Chine commer&ccedil;a indirectement pendant quelques d&eacute;cennies avec le bassin m&eacute;diterran&eacute;en. Par l'interm&eacute;diaire des peuples de l'Asie centrale, Rome connut la Via Serica qui menait du lointain et myst&eacute;rieux pays des &laquo; S&egrave;res &raquo; jusqu'&agrave; Antioche et &agrave; Alexandrie. La Route de la soie contournait l'Himalaya par le nord et traversait le Pamir, avant d'atteindre des r&eacute;gions de connaissance depuis les conqu&ecirc;tes d'Alexandre, soit deux si&egrave;cles plus t&ocirc;t : Maracanda (Samarcande) et le sud de la Caspienne. Rien d'&eacute;tonnant &agrave; ce qu'aucun bout de papier n'ait suivi les premiers p&eacute;riples de la soie, les Chinois venaient tout juste de fabriquer leurs premi&egrave;res et m&eacute;diocres feuilles ; le papyrus et le parchemin n'avaient encore rien &agrave; craindre. Mais &agrave; la fin du VIe si&egrave;cle, lorsque la Sogdiane ouvre une nouvelle route de la soie, qui cette fois aboutit &agrave; Constantinople, pourquoi le papier n'en profite-t-il pas ? L'explication ne r&eacute;side sans doute pas dans la volont&eacute; des Chinois de tenir secrets les proc&eacute;d&eacute;s de fabrication... (cette frilosit&eacute; suppos&eacute;e est g&eacute;n&eacute;ralement consid&eacute;r&eacute;e comme une &eacute;vidence). Ils savaient d'exp&eacute;rience que l'on peut vendre sans trahir : le myst&egrave;re n'en &eacute;tait plus un, mais ils avaient export&eacute; de la soie pendant des si&egrave;cles sans que personne n'ait jamais soup&ccedil;onn&eacute; l'existence du miraculeux bombyx du m&ucirc;rier, qu'ils avaient domestiqu&eacute; d&egrave;s le XIVe si&egrave;cle avant J.-C... Quant au papier, il &eacute;tait d&eacute;j&agrave; &laquo; export&eacute; &raquo; en Cor&eacute;e et dans la p&eacute;ninsule indochinoise, il s'appr&ecirc;tait &agrave; l'&ecirc;tre au Japon ; il n'&eacute;tait pas r&eacute;serv&eacute; aux voisins proches g&eacute;ographiquement et culturellement : il venait aussi d'atteindre l'Asie centrale, l'Iran sassanide et l'Inde. Mais, dans l'Empire byzantin, &agrave; peine reconstitu&eacute; par Justinien et d&eacute;j&agrave; attaqu&eacute; par les Lombards, les Avars, les Bulgares, les Perses et quelques autres, la papeterie n'&eacute;tait pas une des priorit&eacute;s de l'ordre du jour. Le christianisme n'&eacute;tait pas encore redevenu une religion du Livre, c'&eacute;tait le dogme imp&eacute;rial d'un empire assi&eacute;g&eacute;. <p><b>Ce soir &agrave; Samarcande</b> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au d&eacute;but du VIIIe si&egrave;cle, les Arabes ne sont pas sur la d&eacute;fensive. En 622, Mahomet et quelques compagnons se r&eacute;fugient &agrave; M&eacute;dine ; 650 : les quatre premiers califes ont conquis la p&eacute;ninsule arabique, l'&Eacute;gypte, la Palestine, la Syrie, la M&eacute;sopotamie et l'Iran sassanides, l'Arm&eacute;nie, l'Azerba&iuml;djan, la Cyr&eacute;na&iuml;que, la Tripolitaine ; 750 : les califes omeyyades se sont rendus ma&icirc;tres de tout le Maghreb et de l'Espagne ; certes, en 732, ils ont subi un revers &agrave; Poitiers, mais, &agrave; l'est, ils ont atteint l'Indus, le Pendjab, le Cachemire... et l'Asie centrale, la Bactriane, la Sogdiane. Derri&egrave;re, il y a le bassin du Tarim et la Chine des T'ang. Le choc a lieu en 751, les Chinois, venus d&eacute;fendre leur protectorat sur la Sogdiane, sont &eacute;cras&eacute;s &agrave; la bataille de Talas, l'oriflamme du Proph&egrave;te flotte sur Tachkent. Les Arabes emm&egrave;nent des prisonniers &agrave; Samarcande, vieille &eacute;tape de la Route de la soie, fil de plus &agrave; l'&eacute;cheveau qui unit &eacute;troitement la soie et le papier. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'islam des Omeyyades et des premiers Abbassides &eacute;tait magnanime. On offrit aux prisonniers chinois la possibilit&eacute; de se racheter en exer&ccedil;ant leur m&eacute;tier. Parmi eux, il y avait des artisans papetiers qui avaient &eacute;t&eacute; enr&ocirc;l&eacute;s dans les arm&eacute;es de l'empereur Hiuan-tsong, ou qui, d&eacute;j&agrave; &eacute;tablis en Asie centrale, s'&eacute;taient b&ecirc;tement trouv&eacute;s pris dans la tourmente. Ils se mirent imm&eacute;diatement au travail et firent de Samarcande la m&egrave;re du papier en terre islamique. Notons que les Arabes ne d&eacute;couvrent pas le papier en 751 : ils savent de quoi il s'agit depuis environ un si&egrave;cle, depuis leur entr&eacute;e &agrave; Ct&eacute;siphon, la capitale sassanide, en 637. En Asie centrale, ils d&eacute;couvrent des papetiers, ils mettent la main sur des gens capables de transformer de la bouillie en feuilles immacul&eacute;es. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ainsi r&eacute;sum&eacute;e, l'histoire para&icirc;t simple : au hasard de leurs conqu&ecirc;tes, les Arabes tomb&egrave;rent sur le papier, l'adopt&egrave;rent, le r&eacute;pandirent dans le vaste monde qui &eacute;tait le leur, c'est &eacute;tudi&eacute; pour. En d'autres terres, d'autres envahisseurs avaient &eacute;t&eacute; ou seraient d'un commerce d'une limpidit&eacute; toute diff&eacute;rente. Les conqu&eacute;rants arabes (et leurs successeurs imm&eacute;diats) &eacute;taient aussi des intellectuels. Le &laquo; miracle arabe &raquo; vaut mieux que ses homologues allemand, italien ou japonais de notre apr&egrave;s-guerre : c'en est v&eacute;ritablement un. Et culturel, en sus. En un si&egrave;cle et demi, partant de traditions archa&iuml;ques pas plus riches que celles de leurs voisins, et m&ecirc;me plut&ocirc;t moins, ils avaient, &laquo; inspir&eacute;s par l'islam &raquo;, construit une civilisation qui rayonnerait des Pyr&eacute;n&eacute;es &agrave; l'Indus, et qui, ayant recueilli une part oubli&eacute;e de l'h&eacute;ritage antique, serait pour l'Occident une sorte de pontage comblant un d&eacute;ficit de flux nourricier. Si les musulmans ont r&eacute;serv&eacute; un accueil enthousiaste au papier c'est que l'islam &eacute;tait jeune, grand et mis&eacute;ricordieux, il n'&eacute;tait pas crisp&eacute; sur le Livre et les livres, il les aimait, tous. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les deux paragraphes pr&eacute;c&eacute;dents, on est pass&eacute; d'arabe &agrave; musulman : si la conqu&ecirc;te fut achev&eacute;e sous les Omeyyades, l'essor du papier est le fait des Abbassides. Certes, les califes sont encore arabes, ils descendent m&ecirc;me d'Abbas, l'oncle du Proph&egrave;te, mais le centre de gravit&eacute; de l'Islam s'est d&eacute;plac&eacute; vers l'est : la capitale n'est plus Damas, si proche de la M&eacute;diterran&eacute;e et de l'hell&eacute;nisme, mais Bagdad, nouvelle cit&eacute; construite sur le site et avec les pierres de Ct&eacute;siphon la sassanide ; le pouvoir est en partie aux mains d'&eacute;lites non arabes et le vizir lui-m&ecirc;me est un Barmakide, issu de l'aristocratie persane. Papier chinois, puis arabe, puis europ&eacute;en : le d&eacute;coupage traditionnel de l'&eacute;pop&eacute;e est certes la&iuml;c et &agrave; peu pr&egrave;s coh&eacute;rent. Le m&eacute;lange des genres serait, en l'occurrence, admissible ; le vrai d&eacute;part de la seconde &eacute;tape est musulman autant qu'arabe. Son train va &ecirc;tre soutenu. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Al-Mansour, calife de 754 &agrave; 775, proscrit l'usage du papyrus dans l'administration et impose celui du papier de Samarcande. D&egrave;s 794, c'est-&agrave;-dire sous le grand Haroun al-Rachid, le vizir barmakide Yaya ben Fadl fait construire une fabrique de papier &agrave; Bagdad. D'autres suivront, &agrave; Damas, &agrave; Tripoli. (Dans la foul&eacute;e, plusieurs auteurs du XIXe et de notre si&egrave;cle ajoutent Bombyce, car il est &eacute;vident que, si la charta damascena vient de Damas, la charta bombycena vient de Bombyce. Honni [ver &agrave;] soie qui mal y pense.) Et puis viendra le plus cultiv&eacute;, le plus bibliophile de tous les califes abbassides, al-Mamoun (813-833), et les fabriques se multiplieront et tourneront &agrave; plein r&eacute;gime. La longue marche vers l'ouest se poursuit : Fustat (Le Caire), Alexandrie... Attention, parce que, chemin faisant, le temps passe, l'empire se morcelle, on quitte les Abbassides, on traverse le Maghreb des Aghlabides (papeteries &agrave; Kairouan), des Idrisides (papeteries &agrave; F&egrave;s) ; &agrave; l'ouest, il n'y a plus que la mer, le grand oc&eacute;an, le papier n'aime pas &ccedil;a, il va remonter vers le nord ; on va rejoindre les Omeyyades rescap&eacute;s, le sublime &eacute;mirat de Cordoue, terre d'Islam, mais d&eacute;j&agrave; l'Europe, et c'est d&eacute;j&agrave; l'an mil. <br>[...] <p><b>Dis papier, c'est encore loin l'Europe ?</b> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, on y est. On est m&ecirc;me dans ce qui se fait de mieux &agrave; l'&eacute;poque en Europe, le califat omeyyade de Cordoue, l'Andalousie, al-Andalus, papeteries &agrave; S&eacute;ville, &agrave; Cadix. <br>[...] <p><b>Parlons chiffons</b> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Compar&eacute;es &agrave; leurs devanci&egrave;res chinoises et arabes, qu'avaient donc de nouveau les fabriques occidentales ? <br>[...] <br> <hr WIDTH="100%"> <br><a href="#haut">Haut de page</a> <p> <hr SIZE=10 WIDTH="100%"> </body> </html> 
