<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="Author" content="Kropot">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.5 [fr] (Macintosh; I; PPC) [Netscape]">    <title>Lafargue-Pie IX au Paradis</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#FFFFFF" link="#FF4F14" vlink="#AB6BFF" alink="#FF5723">  <center> <h1> Paul Lafargue</h1></center>  <center> <h1> <font color="#FF0A0E"><font size=+4>Pie IX au Paradis</font></font> <hr WIDTH="100%"></h1></center> <i>D'apr&egrave;s Pamphlets Socialistes, &eacute;ditions Giard et Bri&egrave;re,1900</i> <hr WIDTH="100%"> <br>&nbsp; <br>&nbsp; <p> <hr WIDTH="100%"> <blockquote> <center><b><font size=+3>I</font></b> <hr WIDTH="100%"></center>  <p>Le 13 d&eacute;cembre 1871, dans une salle du Vatican, deux vieillards l'un v&ecirc;tu de blanc, l'autre v&ecirc;tu de rouge, parlaient : <p>Le vieillard blanc &eacute;tait si d&eacute;cr&eacute;pit que par moments il perdait la m&eacute;moire et, comme les petits enfants, il r&eacute;p&eacute;tait &agrave; plusieurs reprises les mots pour en comprendre le sens. Cet homme &eacute;tait l'Infaillible, le Pape-Dieu. <p>Le vieillard rouge avait la t&ecirc;te blanche mais la mine ferme et hautaine ; il &eacute;tait le fid&egrave;le conseiller de Pie IX, le cardinal Antonelli ; il attendait anxieux la mort de l'Infaillible pour monter sur le tr&ocirc;ne papal. <p>-- Tout est perdu ! tout est perdu ! Murmurait l'Infaillible. <br>-- Rien n'est perdu pour qui ne perd courage. <br>-- Rien ? -- rien n'est perdu !... Que nous reste-t-il donc ? Ces maudits, ces bandits m'ont arrach&eacute; une &agrave; une mes provinces. L&agrave;, o&ugrave; pendant des si&egrave;cles les papes mes pr&eacute;d&eacute;cesseurs ont command&eacute; en rois, je vis en prisonnier : &agrave; la porte du Vatican, d'o&ugrave; sortaient autrefois les papes dans la gloire et les pompes de ce monde, un soldat de l'Excommuni&eacute;, de Victor-Emmanuel le maudit, monte la garde. Il m'a d&eacute;pouill&eacute;, il m'a fait plus pauvre que Christ, aussi pauvre que Pierre, quand il p&eacute;chait avec ses filets pour gagner un morceau de pain. <br>-- O Pape ! tu poss&egrave;des ce que ne poss&eacute;dait pas Gr&eacute;goire VII devant qui tremblaient les rois et les empereurs, comme les fauves des bois quand l'&eacute;clipse voile le soleil ; tu poss&egrave;des ce qu'aucun pape, pour grand qu'il fut, n'a jamais poss&eacute;d&eacute;, tu es Infaillible. Tu es plus grand que le plus grand des mortels ; tu es plus grand que Dieu. Son oeuvre achev&eacute;, Dieu se repentit ; il l'engloutit dans le d&eacute;luge ; toi, l'Infaillible, tu ne dois, tu ne peux te tromper, tu ne peux te repentir. Tu te plains, et tu es mont&eacute; si haut que tu d&eacute;passes Dieu ; il est ton serviteur, tu ordonnes et Dieu t'ob&eacute;it. <br>-- Et que m'importe la grandeur ! que m'importe l'infaillibilit&eacute; ! si l'impitoyable vieillesse brise mon corps, emporte mes dents, obscurcit mes sens et ne me laisse qu'une sensation : la torpeur. Que m'importe la grandeur si les ulc&egrave;res de mes jambes me clouent dans un fauteuil et m'enl&egrave;vent l'app&eacute;tit, ce bien que poss&egrave;de le plus mis&eacute;rable des fils de la terre. C'&eacute;tait l'&eacute;ternelle jeunesse, l'&eacute;ternelle jouissance qu'il fallait me donner. <br>-- Imb&eacute;cile ! que la mort est lente &agrave; achever ton corps qui d&eacute;j&agrave; n'est qu'un s&eacute;pulcre blanchi !... pensa l'homme rouge, irrit&eacute; des lamentations continuelles du Saint-P&egrave;re. <br>-- A quoi bon l'infaillibilit&eacute; ! continua en pleurant le Pape, si les vers sans yeux et sans oreilles d&eacute;vorent demain la chair de l'Infaillible. <br>-- Nous t'embaumerons, nous ne p&eacute;trifierons afin que la face du premier Infaillible vive &agrave; jamais. -- Pourquoi pleurer comme une femme, quand tu devrais agir comme un homme ? Ton corps est faible parce que tu as laiss&eacute; les m&eacute;cr&eacute;ants abattre ton esprit. L'homme ne vit pas seulement de pain et de viande. Tu retrouveras ta vigueur si tu reconquiers ton pouvoir ; si tu deviens plus puissant que les L&eacute;on, les Sixte, les Gr&eacute;goire ; si en ta pr&eacute;sence les grands parmi les grands s'inclinent ; si tu te dresses, seul debout, au milieu de la multitude humaine &agrave; genoux, le front dans la poussi&egrave;re. <br>-- Qui fera ce miracle ? r&eacute;pliqua le Pape galvanis&eacute; par l'ardente ambition du serviteur qui fut son ma&icirc;tre. <br>-- La foi ! <br>-- Elle est morte. <br>-- Morte ? Nous la ressusciterons. Pendant mille ans nous avons garrott&eacute; l'humanit&eacute; sur les chevalets ensanglant&eacute;s ; de nouveau nous lui tenaillerons les chairs avec des fers rougis pour que la foi p&eacute;n&egrave;tre en son coeur. La foi est fille de la peur, nous ferons trembler les hommes. <br>-- La force nous fait d&eacute;faut. <br>-- As-tu donc des yeux pour ne point voir ? Ne vois-tu pas que tout s'&eacute;croule? Notre pouvoir est &eacute;branl&eacute;, chancelant, et pourtant c'est nous qui sommes les seuls debout au milieu des civilisations en ruines, parce que nous sommes les repr&eacute;sentants de l'esprit des temps pass&eacute;s, de l'esprit qui ne meurt pas, du pass&eacute; qui &eacute;crase l'atome humain. Ne vois-tu pas que la bourgeoisie, cette bourgeoisie qui au si&egrave;cle dernier triomphait de nous par l'esprit, le ridicule et le couperet de la guillotine, hant&eacute;e par les terreurs, regarde autour d'elle et brame apr&egrave;s un protecteur, apr&egrave;s un sauveur ? Ne vois-tu pas que les rois, les empereurs, sentant la terre trembler se tournent vers nous ? Nous <br>sommes l'ancre du salut, le havre de la bourgeoisie ; car nous conduisons le troupeau des humains avec la peur de l'inconnu, nous savons les paroles mystiques qui brisent les &eacute;nergies, domptent les volont&eacute;s et forcent la b&ecirc;te humaine &agrave; l&acirc;cher la proie pour l'ombre. Ne vois-tu pas que comme l'aiglon <br>qui se d&eacute;bat pour briser l'oeuf, la noire classe des travailleurs s'agite convulsivement pour faire &eacute;clater le moule de la vieille soci&eacute;t&eacute;. Toutes les classes privil&eacute;gi&eacute;es auront &agrave; s'unir pour &eacute;touffer le monstre avant qu'il n'&eacute;close. Ne vois-tu pas que la peur des revendications prol&eacute;tariennes, que la <br>peur de l'Internationale, que la peur du communisme a r&eacute;uni en un seul faisceau les int&eacute;r&ecirc;ts des classes r&eacute;gnantes de tous les pays ? Pour traquer le socialisme, la Sainte-Alliance est ressuscit&eacute;e. O Pape infaillible, c'est nous, l'esprit des temps pass&eacute;s, qui prendrons la t&ecirc;te de la croisade contre les barbares de la civilisation qui veulent d&eacute;truire toute soci&eacute;t&eacute;, toute morale, toute ustice. <br>-- Que faut-il faire ? s'&eacute;cria le vieillard blanc transport&eacute;, <br>-- Un miracle. <br>-- Un miracle ? et la t&ecirc;te de l'Infaillible retomba inerte et sa voix s'&eacute;teignit. <br>-- Oui, un grand miracle qui &eacute;blouisse la terre, qui jette la confusion dans les rangs ennemis. <br>-- Mais les temps des miracles sont pass&eacute;s... Les os de Saint-Pierre faisaient des miracles ; les fid&egrave;les les adoraient ; les anatomistes sont venus, ils les ont pris dans leurs mains pestif&eacute;r&eacute;es, et ont blasph&eacute;m&eacute; : "mais ce sont des os de moutons !" et les os miraculeux ont suspendu leurs miracles. En France la vierge Marie apparut, parla, marcha, et les infid&egrave;les partirent d'un immense &eacute;clat de rire. <br>--Ces miracles sont des miracles de pacotille. Il nous faut un miracle pour de bon, un grand miracle. <br>-- Monte au ciel et parle &agrave; Dieu comme il le m&eacute;rite, Dieu prend son m&eacute;tier trop &agrave; son aise : parce u'il a travaill&eacute; six mis&eacute;rables jours, il croit que pour lui tous les jours de l'ann&eacute;e doivent &ecirc;tre des dimanches et des lundis. Que dirait-il, que dirions-nous, si les ouvriers le prenaient pour exemple ; Dieu fain&eacute;ante trop, secoues-le de sa paresse ; qu'il fasse quelque chose pour nous qui faisons tant pour lui ; que serait Dieu sans nous ? Il n'aurait m&ecirc;me pas de nom dans la langue des hommes. Saint-P&egrave;re monte au ciel et ram&egrave;ne-nous sur la terre J&eacute;sus ou l'Esprit-Saint ; avec eux nous ferons des miracles et ressusciterons la foi. <p>L'Infaillible &eacute;tait atterr&eacute;. <p>-- Monter au ciel ! moi, si vieux, si infirme ? r&eacute;p&eacute;tait-il avec le geste et la voix de l'idiotie. <br>-- L'air nouveau, les plaisirs du voyage te ragaillardiront. Au ciel, Dieu touchera tes h&eacute;morro&iuml;des. Le m&eacute;decin te pr&eacute;dit une nouvelle fistule &agrave; l'anus ; le doigt du Tout-Puissant assainira ton fondement. Allons, d&eacute;p&ecirc;che-toi de monter au ciel, je gouvernerai &agrave; ta place. <p>La fistule &eacute;tait l'argument irr&eacute;sistible d'Antonelli. <p>-- Mais tu ne me mettras pas &agrave; la porte quand je reviendrai, dit l'Infaillible troubl&eacute;. <br>-- Oh ! Saint-P&egrave;re, moi, votre fid&egrave;le serviteur ! <br>-- Bien ! je monterai au ciel! -- Mais je te ferai surveiller, pensa l'homme blanc. <br>--Si tu pouvais te rompre le cou en route, r&eacute;pliqua mentalement l'homme rouge. <p> <hr WIDTH="100%"> <center><b><font size=+3>II</font></b> <hr WIDTH="100%"></center>  <p>Le Pape, avant de prendre son billet pour l'autre monde, se v&ecirc;tit de ses ornements les plus beaux ; par pr&eacute;caution il emplit sa bourse. Il se souvenait du conseil de l'h&ocirc;telier qui sacra Don Quichotte chevalier : un peu d'argent et quelques chemises sont indispensables en voyage. <p>Le Pape arriva &agrave; la porte du Paradis vers les onze heures du soir. Il y avait encore de la lumi&egrave;re dans la loge du concierge. Il frappa gentiment ; -- pas de r&eacute;ponse. Il frappa rudement ; -- <p>Saint-Pierre s'empressa d'ouvrir. Son visage &eacute;tait courrouc&eacute;, sa trogne rouge flamboyait; il se promettait de lancer vertement l'intrus qui, si mal &agrave; propos, troublait sa conversation nocturne et quotidienne avec la dive bouteille. <p>-- Qui es-tu, canaille, qui frap... ? s'&eacute;cria-t-il d'une voix encol&eacute;r&eacute;e ; mais les sons s'&eacute;teignirent subitement dans sa gorge. Sortant sa casquette de loutre et saluant avec humilit&eacute;, il ajouta : <br>-- Pardonnez-moi, Monseigneur, je croyais qu'il n'y avait qu'un pouilleux Saint-Labre pour venir &agrave; de telles heures ; vous m'excus... <br>Le v&ecirc;tement splendide du Pape avait produit une r&eacute;volution dans l'&acirc;me de Saint-Pierre. Pie IX, indign&eacute;, jeta une pi&egrave;ce au cerb&egrave;re paradisiaque, et entra en murmurant : <br>-- Et dire que je suis le successeur de ce valet so&ucirc;lard et insolent ! Il renia son ma&icirc;tre au moment du danger. Il le renierait cent fois encore pour &eacute;tancher son ivrognerie. <br>Saint-Pierre, un peu remis, admirait de l'oeil Pie IX marchant dans la grande avenue du Paradis. <br>-- En voil&agrave; un qui est rup ! ... Mais quel chien ! il ne m'a donn&eacute; qu'une pi&egrave;ce de deux francs. Tonnerre de Dieu ! c'est une pi&egrave;ce fausse du Pape... Le voleur. <p>Apr&egrave;s avoir err&eacute; jusqu'au jour, le Pape trouva &agrave; qui s'enqu&eacute;rir de la demeure du P&egrave;re &Eacute;ternel. <br>C'&eacute;tait une pauvre chaumi&egrave;re. On l'avertit de ne pas prendre la peine de frapper ; personne ne viendrait ouvrir. Au dire des gens, Dieu dans sa vieillesse &eacute;tait devenu misanthrope ; il vivait seul et ne voulait entendre le bruit de la voix humaine. Ces renseignements chagrin&egrave;rent le Pape ; il commen&ccedil;a &agrave; douter de la r&eacute;ussite de son entreprise. Cependant il poussa r&eacute;solument la porte et entra de plein pied dans la seule pi&egrave;ce de la masure. L'aspect &eacute;tait mis&eacute;rable. Le papier des murs &eacute;tait sale, d&eacute;chir&eacute; et d&eacute;coll&eacute; par places ; des l&eacute;zardes au plafond enfum&eacute; zigzaguaient. Pr&egrave;s de la chemin&eacute;e on voyait un fauteuil Voltaire et une petite table, avec un pot de tisane de guimauve et un verre &eacute;br&eacute;ch&eacute;. Dans le fauteuil un vieillard courb&eacute; en deux, tisonnait des fumerons, &eacute;mettant plus de fum&eacute;e que de chaleur. <p>Ce vieillard &eacute;tait Dieu. <p>Ce n'&eacute;tait pas le puissant ouvrier qui fa&ccedil;onna le monde en six jours, ce n'&eacute;tait pas le terrible J&eacute;hovah qui lan&ccedil;a la foudre et les &eacute;clairs sur Sodome, qui ouvrit les cataractes du ciel pour noyer les humains, ce n'&eacute;tait pas l'effrayant Dieu de Mo&iuml;se, qui, sur le mont Sina&iuml; apparut au milieu des &eacute;clairs, qui, pour inspirer l'amour semait la terreur, qui promenait sur la face de la terre la d&eacute;solation, la peste, la famine, Ce n'&eacute;tait pas le sombre Dieu du moyen &acirc;ge, qui tapi au fond des tabernacles envahis par les ombres humait l'odeur de la chair humaine grill&eacute;e, et savourait les g&eacute;missements et les hurlements des tortur&eacute;s de l'Inquisition ; ce n'&eacute;tait pas le Dieu absolu de Charles-Quint et de Louis XIV, qui portait en sa forte main le globe du monde, ce n'&eacute;tait pas m&ecirc;me le Dieu de Voltaire, le ch&eacute;tif horloger, qui remontait tous les matins la machine de l'univers ; ce n'&eacute;tait pas m&ecirc;me le Dieu bourgeois, monarque constitutionnel qui r&eacute;gnait et ne gouvernait pas ; ce n'&eacute;tait pas m&ecirc;me le Dieu vaporeux des m&eacute;taphysiciens allemands, l'antith&egrave;se premi&egrave;re, la n&eacute;gation du n&eacute;ant. <p>C'&eacute;tait un petit vieux sale, d&eacute;go&ucirc;tant, la barbe inculte et remplie de crachats, grelottant, toussotant, ren&acirc;clant, bavant ; les jambes emmaillot&eacute;es dans la flanelle, le corps envelopp&eacute; dans une robe de chambre rapetiss&eacute;e, us&eacute;e et montrant la doublure rouge aux fesses. <p>Le Pape, saisi d'&eacute;tonnement, s'oublia et parla sa pens&eacute;e : <p>-- Voil&agrave; la majest&eacute; d&eacute;cr&eacute;pite, d&eacute;labr&eacute;e, ruin&eacute;e que je repr&eacute;sente sur la terre! <br>-- Qui parle ici ? s'&eacute;cria Dieu, redressant sa figure jaun&acirc;tre, d'o&ugrave; s'&eacute;lan&ccedil;ait un &eacute;norme nez juif bourr&eacute; de tabac... Toi tu te dis mon repr&eacute;sentant sur la terre et tu oses parler en ma pr&eacute;sence ! Et tu oses venir me troubler en ce coin du Paradis, o&ugrave; ne pouvant mourir, j'essaie de me faire oublier. Puisque tu as forc&eacute; la porte de ma retraite, contemples ce que tu appelles une majest&eacute; d&eacute;labr&eacute;e. Contemples ton oeuvre et l'oeuvre de tes pr&eacute;d&eacute;cesseurs, papes maudits. -- Maudit soit le jour o&ugrave; j'eus l'id&eacute;e d'envoyer mon fils J&eacute;sus, sur la terre! J'&eacute;tais alors le ma&icirc;tre souverain de la terre et <br>des cieux ; les humains n'adoraient que moi. Je suis rel&eacute;gu&eacute; au fond des tabernacles ainsi qu'une antique guenille ; maintenant, les hommes ploient leurs genoux et br&ucirc;lent leurs cierges devant la face idiote de J&eacute;sus, devant le pucelage de sa gourgandine de m&egrave;re, devant les pieds malpropres et odorants de Saint-Antoine, devant son compagnon, dont ils font une amulette. -- Les temps de Mammon sont revenus ; le cochon d'or foule aux pieds Sabaoth, le dieu des arm&eacute;es... -- Maudit soit le jour o&ugrave; je donnai la Raison aux hommes ! J'emplissais alors l'univers de ma force et de ma personne, je lan&ccedil;ais la foudre, je d&eacute;cha&icirc;nais les vents, je soufflais la temp&ecirc;te, je soulevais les vagues des mers, j'&eacute;branlais la terre dans les profondeurs de ses entrailles. Mais, ainsi qu'un enfant sans piti&eacute; arrache les pattes et les ailes d'un insecte, la Raison m'arracha, une &agrave; une mes fonctions ; elle les octroya aux forces de l'inconsciente Nature. Je restais encore la providence qui asseyait les rois sur les tr&ocirc;nes et d&eacute;versait les richesses sur les hommes : mais l'inhumaine Raison enseigne que les rois sont rois, que les grands sont riches, parce que la masse humaine est b&ecirc;te et l&acirc;che et se laisse passivement commander et exploiter. La Raison en grandissant m'a rapetiss&eacute;. La Raison emplit l'univers. -- Maudite soit la Raison ! J'&eacute;tais diminu&eacute;, affaibli ; mais les &acirc;mes ignorantes, confuses, timor&eacute;es, avaient encore besoin de moi ; j'existais pour elles. J'&eacute;tais celui qui seul avait le droit d'&ecirc;tre infaillible. Et toi, vieillard imb&eacute;cile, tu m'as d&eacute;pouill&eacute; de ma derni&egrave;re pr&eacute;rogative, tu m'as pr&eacute;cipit&eacute; de, mon tr&ocirc;ne, tu as fait de Dieu un pantin dont tu tiens les ficelles : c'est par tes yeux que je dois voir, c'est par ta bouche que je dois mentir. -- Vieillard vaniteux et impie, sois maudit ! Race humaine, qui m'a reni&eacute; apr&egrave;s m'avoir cr&eacute;&eacute; &agrave; ton image, sois maudite ! Maudit, maudit soit celui qui a cr&eacute;&eacute; les hommes !... Ah! si je pouvais lapider, &eacute;craser les fils de la terre, si je pouvais. les submerger, lancer sur eux toutes les plaies et tous les tonnerres ! Ah ! je suis impuissant ! <p>Et le Tout-Puissant retomba &eacute;puis&eacute;. <p>-- Mais c'est un maniaque! pensa le Pape. -- Tout est mal, ce qu'il a fait et ce qu'ont fait les autres... J'aurais &eacute;t&eacute; proprement re&ccedil;u si je lui avais parl&eacute; de mes h&eacute;morro&iuml;des, ainsi que le conseillait Antonelli. C'eut &eacute;t&eacute; d'ailleurs inutile ; Dieu n'est bon qu'&agrave; jeter aux chiens... J&eacute;sus est le Dieu qu'il me faut... <p>Pie IX se retira silencieusement et promptement. <br>&nbsp; <p><br> <center> <p> <hr WIDTH="100%"><b><font size=+3>III</font></b> <hr WIDTH="100%"></center>  <p>A une petite distance de la bicoque de Dieu le p&egrave;re, le Pape-Dieu rencontra une troupe fol&acirc;tre de femmes et de jeunes filles, par&eacute;es d'&eacute;toffes voyantes et bigarr&eacute;es. La bande joyeuse moutonnait autour d'un blond jeune homme, cheveux lustr&eacute;s et boucl&eacute;s, joues et l&egrave;vres peintes du plus bel incarnat, mains potel&eacute;es et couvertes de pierreries. Ce jeune homme frais, coquet et pommad&eacute; semblait ne penser qu'&agrave; sa chevelure et &agrave; l'effet de ses charmes sur son entourage f&eacute;minin. Ce petit gras &eacute;tait J&eacute;sus. <p>Oh ! combien diff&eacute;rent de Christ le Nazar&eacute;en, du fils du charpentier, de l'ami de Jean-Baptiste, le pasteur sauvage dormant dans les cavernes et mangeant des sauterelles ! Combien diff&eacute;rent du Christ qui, hallucin&eacute; par la vue des mis&egrave;res humaines, s'enfon&ccedil;ait dans les d&eacute;serts et je&ucirc;nait pour partager les tortur&eacute;s des affam&eacute;s ; qui, pieds nus, allait par les chemins pierreux et, mont&eacute; sur une douce &acirc;nesse, entrait triomphalement &agrave; J&eacute;rusalem ; du Christ qui suspendait &agrave; ses haillons divins un peuple de mis&eacute;rables, qui terrorisait les pr&ecirc;tres et les riches et pr&ecirc;chait l'espoir aux pauvres sans esp&eacute;rance ! Combien diff&eacute;rent du Christ qu'avaient douloureusement enfant&eacute; les esclaves de la Rome antique ; du Christ, leur compagnon de cha&icirc;ne, crucifi&eacute;, ainsi que les h&eacute;ro&iuml;ques gladiateurs de Spartacus, le r&eacute;volt&eacute; terrible ! Combien diff&eacute;rent du triste et maigre Christ du moyen Age, qui ymbolisait les mis&egrave;res des jacques ! -- Ces Christs sublimes, grands comme les douleurs populaires, n&eacute;s, tortur&eacute;s, crucifi&eacute;s dans le cur des masses pl&eacute;b&eacute;iennes, ces Christs sont morts!... Il ne reste de vivant que le J&eacute;sus fris&eacute; de la Renaissance, le J&eacute;sus bourgeois, le J&eacute;sus des grandes dames et des courtisanes, le fade jeune homme blond. <p>Le pape scandalis&eacute; demeurait bouche b&eacute;ante. <p>-- Salut, noble &eacute;tranger ! lui dit J&eacute;sus. A ton air &eacute;bahi je devine que tu es un nouveau venu. Quelle chance ! nous allons avoir des nouvelles de la terre. Apportes-tu les derniers num&eacute;ros de la Revue des modes ? Dieu soit b&eacute;ni et toi aussi, v&eacute;n&eacute;rable vieillard. Allons, d&eacute;balle ton paquet ! mes tendres colombes sont plus curieuses que des jeunes singes. Les femmes de la terre vont-elles toujours court v&ecirc;tues, portent-elles encore des polissons ? J'adore ce costume. C'est leste, psitt ! <br>-- Seigneur, je venais vous parler des int&eacute;r&ecirc;ts de votre sainte &eacute;glise, interrompit le Pape. <br>-- Les Parisiennes teignent-elles leurs crini&egrave;res en jaune ? Maudite mode ! ma barbe et mes cheveux perdent leur originalit&eacute; ; j'ai envie de me teindre en noir. Qu'en pensez-vous, reines de mon cur ? <br>-- Doux J&eacute;sus ; toi notre id&eacute;al, te teindre serait peindre le lis ! s'&eacute;cria en cur la troupe amoureuse. <br>-- Prunelles de mes yeux, votre d&eacute;sir est ma loi. <br>-- Seigneur, votre Eglise est attaqu&eacute;e. <br>-- Les femmes s'enfarinent-elles de poudre de riz ? Pouah ! On croirait embrasser des sacs de meunier. J'ai d&eacute;fendu la poudre et le rouge &agrave; toutes celles qui m'ont consacr&eacute; leur pomme-grenade. Si les hommes agissaient ainsi... <br>-- Seigneur, vos temples sont profan&eacute;s !... <br>-- Rachel, l'&eacute;mailleuse, a-t-elle invent&eacute; un nouveau parfum pour enivrer l'&acirc;me et r&eacute;veiller les forces &eacute;puis&eacute;es par l'amour ? <br>-- Seigneur, vos fid&egrave;les sont dans la d&eacute;solation. Ils ne pleurent plus ; ils ont pleur&eacute; toutes les larmes de leurs yeux ; ils ne se lamentent plus, la main des impies a scell&eacute; leurs l&egrave;vres. Seigneur, vous &ecirc;tes chass&eacute; de vos palais, et votre repr&eacute;sentant sur la terre dort sur la paille d'une prison. <br>-- &Ccedil;a doit &ecirc;tre mal commode. Mais sont-ce l&agrave; les nouvelles que tu nous apportes de la demeure des vivants ? Ah &ccedil;a ! qui donc es-tu pour prendre tant d'int&eacute;r&ecirc;t &agrave; mon Eglise ? <br>-- Seigneur, je suis Pie IX. <br>-- Ah ! ah ! ah ! Et la troupe folichonne de s'esclaffer. <br>-- Ce pauvre vieux, le repr&eacute;sentant de notre J&eacute;sus bien-aim&eacute;, dont les baisers sont si doux, dont les caresses font perdre la raison ? Nous comprenons pourquoi la foi meurt dans le cur des femmes. <br>L'indignation emplissait l'&acirc;me du Saint-P&egrave;re, le rouge de la col&egrave;re et de la honte montait &agrave; son visage rid&eacute;. Mais J&eacute;sus souriait b&ecirc;tement et caressait sa barbe ; le bras appuy&eacute; sur la Madeleine, sa favorite, tandis que les yeux de Sainte-Th&eacute;r&egrave;se, br&ucirc;lant de d&eacute;sirs amoureux, le d&eacute;voraient. <br>-- Vieillard, ne fais pas attention &agrave; ce que disent ces petites folles ; l'amour qu'elles me portent leur fait oublier le respect qu'elles te doivent. -- Entre nous, elles ont raison. Qui donc a eu l'id&eacute;e baroque de prendre, pour me repr&eacute;senter, des vieux, goutteux et r&eacute;pugnants, moi si beau, moi dont la vue fait sauter les curs des femmes comme de jeunes chevreaux. -- Laisses-moi te communiquer une id&eacute;e qui me passe par la t&ecirc;te ; cela ne m'arrive pas assez souvent pour que je la laisse perdre. Je propose une r&eacute;forme : on &eacute;lirait une papesse et un pape choisis parmi les plus beaux enfants de la terre. Au lieu d'&eacute;crire des Syllabus qui ne peuvent r&eacute;jouir que des bilieux ; chagrineux, chassieux, ces deux chefs de mon Eglise distribueraient leurs faveurs &agrave; celles et &agrave; ceux qui sauraient le mieux m'adorer... Bonhomme, ne hausse pas les &eacute;paules ; mon id&eacute;e vaut bien cette ridicule infaillibilit&eacute; qui a donn&eacute; la rage &agrave; mon p&egrave;re. Apr&egrave;s tout, je m'en bats l'il ; fais ce que tu voudras de mon <br>Eglise. <br>-- Seigneur, ne d&eacute;tournez pas les regards de votre &eacute;glise, ne raillez pas la douleur de votre serviteur. <br>-- Vieillard, je suis s&eacute;rieux comme un gar&ccedil;on de caf&eacute; qui pr&eacute;sente la note... Une fois pour toutes, que mon &eacute;glise aille au diable ! je ne veux pas de cassement de t&ecirc;te. J'ai bien assez de mal avec mes sultanes ; sainte Th&eacute;r&egrave;se, &agrave; elle seule, dompterait dix Hercules ; c'est une vraie Messaline. Va trouver mon p&egrave;re. <br>-- Dieu m'a maudit ! <br>-- T'es propre ! Ne prend pas cette mine de chol&eacute;rique, &ccedil;a me trouble la digestion. Que puis-je pour toi ? <br>-- Venez avec moi sur la terre. <br>-- Tu perds la tramontane ! Moi, retourner sur la terre... J'ai assez des hommes pour toute l'&eacute;ternit&eacute;... Tiens, voil&agrave; le Saint-Esprit; il a conserv&eacute; d'agr&eacute;ables souvenirs de la boule ronde, peut-&ecirc;tre te suivra-t-il. <p> <hr WIDTH="100%"> <center><b><font size=+3>IV</font></b> <hr WIDTH="100%"></center>  <p>La vierge Marie, v&ecirc;tue d'une robe bleue tra&icirc;nante et sans ceinture, s'avan&ccedil;ait nonchalamment. <p>Un pigeon blanc, le Saint-Esprit, perch&eacute; sur ses &eacute;paules roucoulait et fr&ocirc;lait amoureusement ses joues et son cou. Derri&egrave;re marchait saint Joseph ; deux cornes gigantesques &agrave; nombreuses ramures, ornaient son front. <p>Les cornes, au d&eacute;but, chagrin&egrave;rent le bon Joseph ; mais sur l'avis de sa fid&egrave;le compagne, il consulta un jeune docteur et se tranquillisa l'esprit ; il apprit que les cornes attestaient une sup&eacute;riorit&eacute; ; il se prit &agrave; les aimer, il remarqua que les attentions de Marie augmentaient avec leur croissance ; il finit par les consid&eacute;rer comme la chose la plus pr&eacute;cieuse du Paradis. Le m&eacute;nage &agrave; trois fit sourire le pape. <p>-- Sainte-Vierge, ma m&egrave;re, dit J&eacute;sus, apporte-nous l'Esprit-Saint, mon p&egrave;re selon la chair. -- Et toi, Pigeon, qui a charge de l'esprit de la famille, conseille Pie IX. <br>-- S'il ne faut que de l'esprit, j'en ai &agrave; 95 Gay-Lussac, pas de vin, mais divin, et du plus... <br>-- Est-ce bient&ocirc;t fini, interrompit le pape. <br>-- Jamais ; -- je fais 60 calembours &agrave; l'heure, 1440 en vingt-quatre heures. Faut avoir le toupet d'un commissaire pour nier ma divinit&eacute; ? <br>Marie savourait les paroles de son pigeon ; mais Pie IX maugr&eacute;ait entre ses dents : <br>-- Quelle famille ! -- le plus intelligent est un oison. Si par malheur les hommes savaient ce qui se passe au ciel... Quelle collection d'idiots ! <br>-- Pie IX me propose de retourner sur la terre, dit J&eacute;sus. Si jamais on m'y repince, je licencie mon s&eacute;rail , je cesse de cascader et je me marie... Mais toi, tu n'as rien &agrave; reprocher aux hommes et encore moins aux femmes, tu pourrais satisfaire le pauvre vieux. Tu sais voler ; et au besoin tes ailes te tireront d'embarras. <br>-- Coquin de Pie IX, t'es dans la d&egrave;che, et tu voudrais monter avec moi un mont-de-pi-&eacute;t&eacute; pour &eacute;corcher pi-eusement les croyants pi-eux ; tu veux donc me m&eacute;tamorphoser en Pie voleuse, vieux Pie-gri&egrave;che ? <br>Et le sacr&eacute; pigeon, tout fier, gonflait sa poitrine, &eacute;talait sa queue, indiff&eacute;rent aux doux regards de l'amoureuse Marie. <br>-- Bien, je consens &agrave; redescendre sur la terre ; mais auparavant je dois faire ma profession de foi. <br>L'Esprit-Saint se percha sur une des cornes de Saint-Joseph ; apr&egrave;s avoir touss&eacute; et retouss&eacute; pour se mettre en voix, il s'exprima ainsi : <br>-- Je suis membre de la Trinit&eacute; ; mais je ne suis pas encro&ucirc;t&eacute; comme Dieu, ni &eacute;cervel&eacute; comme mon fils J&eacute;sus. Je d&eacute;clare &agrave; la face du Paradis que je suis pour le progr&egrave;s progressif, pour la perfectibilit&eacute; perfectible des hommes et des dieux ; je suis pour les chemins de fer ; je condamne les charrettes tra&icirc;n&eacute;es par des bufs majestueux ainsi que des acad&eacute;miciens ; je suis pour la lumi&egrave;re &eacute;lectrique, je condamne les chandelles qui empestent ; je suis pour les rasoirs anglais qui rasent sans &eacute;corcher ; je suis pour l'Internationale, le Communisme... Ah ! mais non ! -- ma langue fourche ! --Vous comprenez, quand on a tant d'id&eacute;es qui grouillent, on s'embrouille et bredouille. Je reprends : je suis pour Christophe Colomb ; je suis pour la R&eacute;publique f&eacute;d&eacute;rale, parlementaire, libertaire, d&eacute;centralisatrice. Tout bien consid&eacute;r&eacute;, la Trinit&eacute; est une R&eacute;publique f&eacute;d&eacute;rale, &eacute;galitaire, l'id&eacute;al de la R&eacute;publique. Suivez bien mon raisonnement : J&eacute;sus, bien que b&ecirc;te, est dieu ; Dieu, bien que enrag&eacute;, est dieu ; moi, bien que Esprit pur, je suis dieu, tous dieux &eacute;gaux et f&eacute;d&eacute;ralis&eacute;s. Donc... <br>-- Mais il est ind&eacute;cent qu'un pigeon d&eacute;bite de telles &eacute;normit&eacute;s ! exclama le pape. <br>-- Cher Esprit-Saint, reprit Joseph, si tu pars pour la cro&ucirc;te terrestre, qui consolera mon inconsolable &eacute;pouse ? qui lui tiendra compagnie pendant les nuits d'insomnie, quand elle quitte ma couche pour pleurer et prier ? <br>-- Marie ira trouver le jeune docteur qui t'a consol&eacute;, bon Joseph, reprit le Saint-Esprit ; il la calmera avec du jus cocufiant... Soignes bien ta femme, elle sera bient&ocirc;t m&egrave;re. <br>-- M&egrave;re encore ! cria Saint-Joseph. Ah ! pour le coup ; je ne reconnais pas le b&acirc;tard. Je n'y suis pour rien, pas m&ecirc;me pour les oreilles. J'en ai assez de paterniser les enfants de mon &eacute;pouse. Marie repousse mes caresses afin de conserver sa virginit&eacute;, et elle met bas plus de petits qu'une lapine. <br>-- Joseph, pas tant de bruit pour si peu : qu'est-ce que cela peut te faire un enfant de plus, puisque c'est moi qui entretiens le m&eacute;nage et te donne une inscription de rente &agrave; chaque nouvel accouchement de ta ch&egrave;re moiti&eacute;. C'est moi, l'Esprit-Saint, qui ai f&eacute;cond&eacute; Marie ; mais elle reste vierge, quoique enceinte, et restera vierge encore apr&egrave;s l'accouchement. C'est un myst&egrave;re au-dessus de ton intelligence. Peut-&ecirc;tre le p&eacute;n&eacute;treras-tu quand tes cornes auront dix m&egrave;tres... Allons, en marche ! Une sainte ardeur emplit ma poitrine; je veux convertir les hommes, leur inoculer l'amour de la libert&eacute;, du libre &eacute;change, du cr&eacute;dit gratuit, et leur apprendre l'usage des imperm&eacute;ables anglais. <br>-- Il faudra b&acirc;illonner cette brute, murmura le pape, en attendant, je bouche mes oreilles avec du coton. <p>Marie pleurait, Joseph riait, il sentait ses cornes grandir. Le Saint-P&egrave;re et le Saint-Esprit, arriv&eacute;s &agrave; la porte du paradis, demand&egrave;rent le cordon. <p>-- O&ugrave; vas-tu Saint-Esprit ? questionna Saint-Pierre. <br>-- Sur la terre. <br>-- T'es brave. La chasse est ouverte, et il se pourrait qu'on te loge&acirc;t une charge de plomb dans le derri&egrave;re. <br>-- Saperlipopette ! saperlip... C'est vrai et s&eacute;rieux. <br>-- Pape infaillible, continua-t-il de sa voix la plus grave, j'ai de grands devoirs &agrave; remplir ; je ne peux exposer ma vie ainsi qu'un simple pigeon. Ces m&eacute;cr&eacute;ants d'hommes n'adorent que leur estomac ; ils seraient capables de me canarder, plumer et sauter &agrave; la crapaudine. Et que deviendrait la Trinit&eacute; si moi, son intelligence, j'&eacute;tais pass&eacute; au beurre. Et la vierge Marie, la malheureuse ! Vieillard, de saints devoirs publics et priv&eacute;s m'attachent au rivage du Paradis. Quel malheur ! j'aimerais tant &agrave; me sacrifier pour implanter parmi les hommes l'autonomie communale et la R&eacute;publique parlementaire et malthusienne. Adieu ! <p>Et le pigeon s'envola &agrave; tire d'ailes. <p>-- Mais qui diable es-tu ? demanda le portier. <br>-- Je suis ton successeur, Pierre, ne feras-tu rien pour moi ? <br>-- T'es le voleur Pie IX ? T'es celui qui exploit&eacute; mon nom pour te faire des rentes ; tu empoches le denier de saint Pierre et ne me donnes pas un rouge liard. Va-t'en, d'ici, canaille ! <br>Et d'un coup de pied Saint-Pierre lan&ccedil;a le Saint-P&egrave;re sur la terre. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; * <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; * * <p>Dans une salle du Vatican, deux vieillards, l'un v&ecirc;tu de blanc, l'autre v&ecirc;tu de rouge, parlaient. Le vieillard blanc g&eacute;missait et pleurait. Le vieillard rouge, agit&eacute; par la col&egrave;re, s'&eacute;cria : <br>-- Notre r&egrave;gne est fini. Maudits soient les hommes ! <p>Une voix puissante retentit par les airs ; c'&eacute;tait la voix de Pan, la voix de la nature ; elle disait : <p>-- Les cieux sont vides ! <hr WIDTH="100%"></blockquote>  <center><a href="index.htm"><img SRC="Bibliolib.gif" BORDER=0 height=71 width=227></a></center>  </body> </html> 
