<html>  <head> <title>le paradis des tortue, d'emmanuelle marie; par eva domeneghini</title>   <meta name="Microsoft Border" content="none, default"></head>  <body>  <p><img src="../global/images/bazille3petit.gif" align="left" WIDTH="138" HEIGHT="160"> </p>  <table width="70%" bgcolor="#CCCCCC" align="center">   <tr>     <td width="349" height="50" bgcolor="#FFFFFF"><p align="center"><font size="4" color="#000080">Le       Paradis des tortues</font></p>     <p align="center"><font color="#000080"><b>d'Emmanuelle Marie(la Diffrence,     98F, ISBN: 2-7291-1318-5)</b></font>     </p>     </td>     <td width="115" height="100" bgcolor="#FFFFFF" valign="top" rowspan="2">       <p align="right"><img border="0" src="domene1.jpg" width="112" height="70"></td>   </tr>   <tr>     <td width="349" height="50" bgcolor="#000080"><font color="#FFFFFF">par</font><a href="http://www.geocities.com/CapitolHill/Congress/6781/angot1.html" style="color: #FFFFFF">       <font color="#FFFFFF"><strong>Eva     Domeneghini </strong></font></a><font color="#FFFFFF"><br>       <a href="mailto:eva.domeneghini@free.fr" style="color: #FFFFFF"><font SIZE="1">eva.domeneghini@free.fr</font></a></font></td>   </tr>   <tr>     <td width="456" bgcolor="#F5F5F5" colspan="2">       &nbsp;       <p>Voil un premier roman qui en est un, rsolument: dans &quot;Le       Paradis des tortues&quot;, Emmanuelle Marie s'attaque  un rcit       d'adolescence, de pr-adolescence mme avec une fougue qui frise       l'impudence. C'est un pari qu'elle engage: rentrer dans l'esprit d'une       jeune fille de onze ans qui fait son ducation sentimentale dans un hpital       pour enfants. Le style s'adapte  son sujet et se dpouille de tous les       oripeaux du &quot;beau style&quot;: tout le roman est ainsi un exercice       consistant  parler comme elle parle, cette &quot;petite&quot; qui se dit       toujours grande, sans pour autant tout sacrifier  l'expression orale qui       sied  son ge. Il s'agit donc de parvenir  un quilibre et       l'ensemble du livre se situe dans ce no man's land, terrain min et       difficile, de l'criture qui se fixe pour tche de restituer les gots       et les couleurs de l'enfance.<br>       <br>       Mais rsumons-nous: la &quot;petite&quot; donc entre chez les grands       (c'est--dire ceux qui ont de 14  16 ans) pour son hospitalisation. L,       au milieu de filles en fauteuil roulant ou souffrant de scolioses       douloureuses, elle dcouvre la vie et ses mandres, et mme,       croit-elle, l'amour. &quot;Le Paradis des tortues&quot; ne brille donc       pas, c'est flagrant, par l'originalit de son sujet. Cependant, nous nous       permettons une remarque: le ton du roman, sa facture si l'on veut, est,       elle, originale. Emmanuelle Marie, qu'on se le dise, a un ton, elle a un       style. De nos jours, c'est un cas rare, l'exception chez les nouveaux       romanciers. Qu'en est-il du style, alors? Il ne dtonne pas, il confirme       que la matrise existe parfois ds les premiers textes publis:<br>       &quot;<font color="#000080">a faisait des clats de lumire sur les       plafonds, des ondes qu'on pouvait<br>       suivre des yeux. Autour, j'entendais ronfler les filles, retenais mon       souffle,<br>       coutant, par-dessus les corps allongs et les bruits du dortoir,       glisser les<br>       respirations. A quoi rvaient-elles?  des courses effrnes, des       marathons,<br>       tandis qu'au pied des lits, les fauteuils roulants vides cinglaient du       chrome sur les murs bleus. Derrire les rideaux qui tremblaient,       j'entendais aussi la mer.&nbsp;<br>       &quot;Ecoute la mer! disait ma mre. Imagine qu'elle t'emporte entre tes       bras d'cume, au pays des poissons, glisse avec eux dans les eaux douces       des profondeurs, jusqu' l'ivresse.</font>&quot; <font color="#000080">C'est       a oui. Les profondeurs. J'en tais loin encore, et pourtant il me       semblait qu'un courant venu des abysses m'y entranait dj...Parfois       j'entendais se fissurer le pltre des corsets, couiner des poulies de       celles qu'on mettait en extension la nuit, et dont certains soupirs       trahissaient l'agacement des membres entravs. On aurait dit les       carapaces de ces tortues de mer qui, chauffes  blanc sous un soleil de       plomb, craquaient enfin  la fracheur des bagues de la mare montante.       Des tortues, des milliers de tortues, ensables tout  l'heure, lgres       maintenant, drivant vers les grands fonds</font>.&quot;<br>       Les tortues, ce sont tous ces jeunes qui perdent leur temps et leur vie <br>       l'hpital. Et pourtant, c'est peu de dire que &quot;<b>le Paradis des       tortues</b>&quot; n'est pas un roman pessimiste. Il est mme l'inverse.       Son hospitalisation conduit la jeune fille  apprendre  vivre parmi les       autres, au contact des &quot;grandes&quot; elle comprend certains enjeux       de base de l'existence, la mort elle-mme se rvle  elle        l'occasion de l'opration qu'elle doit subir. Pas la mort, l'ide de la       mort:<br>       &quot;<font color="#000080">Je n'ai rien vu. Pas de lune ensommeille       roulant dans des cieux inquitants, ni toile de phosphore, ni tortue de       mer aux gantes nageoires, ni monstre gluant et baveux surgissant de       profonds abmes, pas un nuage, pas de petit Jsus bienveillant, pas de lpidoptre       bourdonnant, ni de vaisseau voguant vers l'Hads. Rien. Juste le noir.       Tout noir. Trs noir, depuis le moment du sommeil jusqu' celui de l'veil.       Mais pas comme dans un rve. Plutt comme dans un puits, un trou       absolument. Et puis c'est tout. La chambre tait de nouveau dans la lumire,       et Barbie trnait dans son petit sige orange sur la table roulante.<br>       Cette Barbie est conne avec ses jambes raides et son oeil vide, j'ai pens,       mais je la voyais. J'tais toujours l alors? Bon. J'tais pas morte</font>.&quot;<br>       Elle n'est pas morte, elle emploie dsormais, au dsespoir de ses       parents qui ne reconnaissent plus leur fille, un langage ordurier. C'est       qu'elle en apprend, des mots, au contact de ses amies Christine et       Mathilde, en fauteuil. &quot;Du rab en frites!&quot; est leur cri de       ralliement  la cantine. Ces amitis hospitalires sont aussi des amitis       particulires, le genre d'amiti  la vie,  la mort. Celles des rves       impossibles, fous, qu'on chafaude dans le rfectoire pour tenter, la       nuit venue, de les raliser. Ce n'est pas tant le rve qui compte mais       la communion qui existe lorsqu'on s'unit un instant pour qu'il devienne ralit.<br>       Runion de l'esprit, des espoirs impossibles et de la volont de sortir       de soi et de son destin. La mort est l, le handicap galement, mais ce       qui surnage, ce que l'on retient de cette atmosphre du service des       &quot;grands&quot;, c'est une communion trs enfantine, amiti amoureuse       d'adolescents qui se retrouvent livrs  eux-mmes dans un univers qui       a tout de l'enfer mais qui devient pour un temps le paradis. La jeune       fille rve et tente d'imaginer ce qu'un &quot;fantasme&quot; peut bien tre...       Alors, on prend les rves des autres:<br>       &quot;J'ai toujours rv d'avoir des jambes de rve, je veux dire, rien       que pour les croiser et les dcroiser comme Marlne Dietrich dans       &quot;L'ange bleu&quot;; ou danser comme Brigitte Bardot dans &quot;Et       Dieu cra la femme&quot;, la robe tire au-dessus du genou, et tout       parfait de la cheville  la cuisse.&quot; L'amour, dans &quot;le Paradis       des tortues&quot;, se rduit longtemps  une interminable interrogation       sur le baiser. Savoir si oui ou non, c'est dgueulasse, et si a fait       &quot;quelque chose&quot; ou non. Et si Raphal est bien un idiot qui lit       &quot;Pif Gadget&quot;  seize ans, ou s'il est un jeune homme sduisant.<br>       <br>       Pour notre hrone, son sjour  l'hpital est donc l'occasion       d'entrer dans<br>       l'adolescence, dans ses tourments et ses espoirs sans perdre tout  fait       l'esprit d'enfance. Nos jeunes ont l'air de croire que le monde est aussi       simple qu'une chanson d'Hugues Aufray: leur rve est de sortir, de       prendre un voilier et de &quot;hisser la grand voile&quot;, partir au       loin. La fugue, d'ailleurs, est un lment de cohsion du groupe. Ces       jeunes chipies en fauteuil et les quelques garons qui les entourent se dfendent       contre l'agression du monde par une impressionnante violence verbale mais       aussi par l'chappe belle, tant au propre qu'au figur.<br>       Comme parfois  l'cole lorsque l'esprit semble voguer trs loin et ne       plus se raccrocher aux paroles du professeur,  l'hpital, la pense       passe par-del le blanc des chambres et la cantine:<br>       &quot;<font color="#000080">Je confondais des mondes colors, voyais des       dunes, respirais des vents qui avaient parcouru et emport tous les       parfums de la terre, reconnaissais enfin les visages de mes s&#156;urs et frres       tortues, dont les carapaces d'cailles brunes voguaient si bien dans les       eaux troubles. Je voyais leurs yeux fixs au-del des abysses, pleins de       la fureur des insoumis qui trouvent toujours la faille. Et dans la pice       exigu, la solitude de la chambre ferme  clef, par-dessus les hauts       murs, j'ai senti s'loigner la nuit de kaolin et son endormissement. Dans       la chambre exigu, je savais dsormais qu'il y avait d'autres mondes</font>&quot;.<br>       <br>       Emmanuelle Marie tente, dans &quot;Le Paradis des tortues&quot;, de       restituer un univers clos, trange prison dont on s'chappe par l'amiti       et l'entraide, mais aussi par la violence et mme la cruaut. Le lecteur       suit vaille que vaille les aventures d'une jeune fille au pays des       tortues, les progrs de son intgration et l'apparition chez elle d'une       vritable intriorit, d'une rflexion dj profonde sur l'existence        l'occasion de son sjour  l'hpital. Loin de nous l'ide de prtendre       que ce premier roman est pleinement russi, qu'il surpasse bien des       romans de la rentre littraire... Cependant, et mme s'il y a quelques       bmols  formuler  une critique optimiste, il apparat que &quot;le       Paradis des tortues&quot; fait surface, merge du lot des crivains       &quot;dbutants&quot; par la matrise du style mais aussi, et c'est plus       rare, de la narration. Qu'on n'attende pas de la plupart des crivains       une dmarche rvolutionnaire, tant dans le fond que dans la forme, c'est       une ralit. S'en dsoler serait inutile et s'en accommoder, ne plus       rien attendre de la littrature si ce n'est sa seule prennit.<br>       &quot;Le Paradis des tortues&quot; ne fait pas exception et prend sa       place, honorable,<br>       parmi les premiers romans qui mritent qu'on s'y attarde.<br>       </p>       <p align="right">Eva Domeneghini</td>   </tr> </table> &nbsp;</body> </html> 
