<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 97"> <TITLE>Les paradis ne sont plus ce qu'ils taient</TITLE> <META NAME="Template" CONTENT="C:\PROGRAM FILES\MICROSOFT OFFICE\OFFICE\html.dot"> </HEAD> <BODY TEXT="#000000" LINK="#0000ff" VLINK="#800080" BGCOLOR="#c0c0c0">  <B><FONT SIZE=4 COLOR="#0000ff"><P ALIGN="CENTER">Les paradis ne sont plus ce qu'ils &eacute;taient</P> </B></FONT><P ALIGN="CENTER"><HR><BR> </P> <P><A HREF="localnews_mau.htm">Local News</A></P> <P><BR> La course &agrave; l'exploration et au commerce, enclench&eacute;e au XVe si&egrave;cle par les Europ&eacute;ens dans des pays lointains, ne fut pas sans cons&eacute;quences &eacute;cologiques pour ces territoires, parmi lesquels figurait Maurice.<BR> <BR> Avec ses amis Commerson et Bernardin de Saint Pierre, Pierre Poivre cr&eacute;a, &agrave; Pamplemousses, un jardin d'essai o&ugrave; il introduisit, entre autres plantes, des muscadiers et des girofliers</P> <P>&nbsp;</P> <P>La fin du XVe si&egrave;cle vit l'organisation de grands voyages de d&eacute;couverte ouvrant les routes maritimes vers l'Inde et l'Orient, donnant aux Europ&eacute;ens l'acc&egrave;s direct aux grands march&eacute;s de produits v&eacute;g&eacute;taux des tropiques : &eacute;pices, sucre, coton et indigo. Les Portugais s'installent dans diverses parties de l'oc&eacute;an Indien, d&eacute;couvrent plusieurs &icirc;les inhabit&eacute;es mais ne d&eacute;montrent aucun int&eacute;r&ecirc;t particulier &agrave; les coloniser. A Maurice les Hollandais sont les premiers &agrave; s'implanter et &agrave; exploiter les ressources en for&ecirc;ts encore intactes depuis l'origine.<BR> <BR> Quant aux Espagnols, s'ils ne trouvent pas la route des &eacute;pices, ils d&eacute;couvrent un autre continent et d'innombrables &icirc;les, certaines habit&eacute;es, d'autres d&eacute;sertes. Il y eut donc rencontre, mais aussi collusion entre peuples et cultures, entre des peuples qui vivaient dans "leur" environnement et les "dieux" blancs venus d'ailleurs, des hommes souvent sans scrupules et porteur de maladies. Par exemple, si dans une &icirc;le les autochtones sont asservis (San Salvador) dans une autre ils seront extermin&eacute;s jusqu'au dernier (Tasmanie).<BR> <BR> Au XVe, d'autres puissances commerciales entrent dans la course &agrave; l'exploration, au commerce et &agrave; la colonisation; commence ainsi une rivalit&eacute; sans bornes pour monopoliser les ressources. Protestants, Anglais et Hollandais s'entretuent &agrave; Amboyne, en 1623. Les exp&eacute;ditions se multiplient, et les Europ&eacute;ens sont fascin&eacute;s par la v&eacute;g&eacute;tation exub&eacute;rante, des plantes encore inconnues dont on va conna&icirc;tre tr&egrave;s vite la saveur, l'utilit&eacute; et la valeur commerciale. <BR> <BR> Les &icirc;les sont &agrave; ce titre de vrais paradis. "Je me croyais transport&eacute; dans le jardin d'Eden", &eacute;crit Bougainville en 1771, parlant de Tahiti. Dans les exp&eacute;ditions, naturalistes et apothicaires c&ocirc;toient militaires et religieux. Au XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles, les Europ&eacute;ens, ma&icirc;tres des espaces d&eacute;couverts et conquis, s'installent, s'approprient et exploitent les peuples et les plantes. Sauf quelques rares &icirc;les comme le Japon et Ta&iuml;wan &eacute;chappent &agrave; l'occupation europ&eacute;enne.<BR> <BR> Les Am&eacute;riques offrent aux Europ&eacute;ens le tabac, le ma&iuml;s, la tomate, la patate douce et la pomme de terre. Philosophes et botanistes du Si&egrave;cle des Lumi&egrave;res, d&eacute;couvrent et exp&eacute;rimentent sur le nouveau monde du v&eacute;g&eacute;tal. En ce temps, les savoirs botaniques et agricoles de soci&eacute;t&eacute;s indig&egrave;nes parfois tr&egrave;s avanc&eacute;es sont mis de c&ocirc;t&eacute;.<BR> <BR> D&eacute;boisement &agrave; outrance<BR> <BR> Euphorique, on fait transf&eacute;rer les plantes utiles d'un endroit &agrave; l'autre - les &icirc;les tropicales &eacute;taient alors les endroits privil&eacute;gi&eacute;s. La canne &agrave; sucre, les plants de caf&eacute; et de coton traversent les oc&eacute;ans vers les &icirc;les. L'Europe envoie peu de choses : bl&eacute;, betteraves ou vigne et quelques arbres fruitiers selon leur possibilit&eacute;s d'acclimatation. Mais l'introduction de main-d'oeuvre &eacute;trang&egrave;re eut des cons&eacute;quences sociales graves : esclavage et engagement, massacres et trahisons.<BR> <BR> La France, d&egrave;s le r&egrave;gne de Louis XIV, depuis Richelieu et Colbert, envoie des exp&eacute;ditions d'exploration pour recueillir des informations sur les plantes et faire des inventaires des ressources naturelles. L'&icirc;le de France re&ccedil;oit plusieurs visiteurs de marque : l'exp&eacute;dition Bougainville et Philibert Commerson (1769), La P&eacute;rouse avec la Martini&egrave;re (1785) ou Baudin avec Bory de Saint Vincent (1801), entre autres.<BR> <BR> A l'&icirc;le de France, on d&eacute;friche les for&ecirc;ts indig&egrave;nes pour cr&eacute;er des espaces cultivables, des habitations, des vergers et des champs. On y introduit le caf&eacute;, le coton, l'indigo et la canne &agrave; sucre. Le destin veut qu'un voyageur, qui est aussi naturaliste et philosophe devienne l'intendant de l'&icirc;le de France en 1767: il s'agit de Pierre Poivre, celui qui veut cr&eacute;er une &icirc;le aux &eacute;pices. Avec ses amis Commerson et Bernardin de Saint Pierre, il a cr&eacute;&eacute; un jardin d'essai &agrave; Pamplemousses o&ugrave; il introduit des muscadiers et des girofliers. De l&agrave;, des plantes seront transf&eacute;r&eacute;es aux Seychelles et &agrave; la R&eacute;union. <BR> <BR> D'autres jardins sont cr&eacute;&eacute;s au R&eacute;duit et au pied du Corps de Garde par Cossigny de Palma. L'abb&eacute; Rochon apporte des plantes de Madagascar. D'autres arbres, dont le filao, le jamrosa, le bois noir lilas et le ravenale, arrivent d'autres terres encore pour orner le paysage du XVIIIe. L'&icirc;le jardin est racont&eacute;e par Bernardin de Saint Pierre dans Voyage &agrave; l'&icirc;le de France, tandis que Commerson voulait fonder une "acad&eacute;mie" pour &eacute;tudier des plantes exotiques ou les maladies tropicales.<BR> <BR> Mais, homme du Si&egrave;cle des Lumi&egrave;res, botaniste averti qui sait lire aussi les couleurs du ciel, Pierre Poivre pressentit que le d&eacute;boisement &agrave; outrance par des hommes avides et ignorants entra&icirc;nerait l'&icirc;le vers une mort certaine. D'apr&egrave;s lui, la Compagnie avait octroy&eacute; des concessions "sans &eacute;conomie et sans discernement". Selon lui, on devrait d&eacute;velopper l'agriculture d'une mani&egrave;re rationnelle qui assurerait l'interd&eacute;pendance de l'homme et de la nature (Pierre Poivre, R&egrave;glement &eacute;conomique). Un tribunal terrien est donc institu&eacute; pour la gestion des terres, des for&ecirc;ts et des eaux. Mais le d&eacute;part pr&eacute;matur&eacute; de Bernardin de Saint Pierre (1770) et de Pierre Poivre (1772) et la mort de Commerson (1773) mit fin &agrave; un r&ecirc;ve utopique.<BR> <BR> La fin du XVIIIe est marqu&eacute;e par les guerres en Am&eacute;rique, en Inde et en Europe. En d&eacute;pit de ses pr&eacute;occupations, le dernier gouverneur, Decaen, reprend les id&eacute;es de Poivre et fait passer une l&eacute;gislation importante en 1804 pour la gestion des for&ecirc;ts et des eaux et d&eacute;finit en m&ecirc;me temps le r&ocirc;le du conservateur des for&ecirc;ts.<BR> <BR> Au d&eacute;but du XIXe, l'&icirc;le Maurice devient anglaise. En Angleterre, la R&eacute;volution industrielle transformait la vie &eacute;conomique et sociale. Pour subvenir &agrave; leurs besoins en mati&egrave;res premi&egrave;res, les Anglais, avec l'aide des innovations techniques, changent les modes d'exploitation de la nature. Ils d&eacute;veloppent davantage le "plantation system" dans leurs colonies tropicales pour produire le coton (et plus tard le caoutchouc) et les produits de consommation : le th&eacute;, le sucre et la quinine (pour combattre les maladies tropicales).<BR> <BR> A Maurice, le paysage sera radicalement remodel&eacute;. En 1835, l'&icirc;le est encore &agrave; deux tiers couverte de for&ecirc;t indig&egrave;ne, mais au cours du XIXe, tout espace cultivable sera graduellement transform&eacute; en champs de cannes; pour les cultiver, on introduit des milliers de laboureurs indiens. <BR> <BR> Mais l'ombre de Pierre Poivre, qui &eacute;tait contre une politique &agrave; court terme, planait sur l'&icirc;le. Le d&eacute;sastre &eacute;cologique qu'il avait pr&eacute;vu en 1770 &eacute;clata au milieu du XIXe si&egrave;cle. L'&icirc;le Maurice, comme tout milieu insulaire isol&eacute; &eacute;tait particuli&egrave;rement fragile. Le d&eacute;boisement incontr&ocirc;l&eacute; causait des d&eacute;g&acirc;ts &eacute;normes, comme l'ass&egrave;chement des cours d'eau, ce qui provoqua la fermeture de sucreries dans les r&eacute;gions arides.<BR> <BR> R&eacute;formes<BR> <BR> La prosp&eacute;rit&eacute; de la colonie reposait enti&egrave;rement sur l'agriculture et pendant la premi&egrave;re moiti&eacute; du XIXe, on ne songea gu&egrave;re &agrave; g&eacute;rer le d&eacute;veloppement qui eut lieu au d&eacute;triment de la nature et de l'espace limit&eacute;. Alors, quand &eacute;clat&egrave;rent les &eacute;pid&eacute;mies en 1865, l'administration coloniale se r&eacute;veilla en sursaut.<BR> <BR> Une l&eacute;gislation importante fut pass&eacute;e en 1854 (la premi&egrave;re apr&egrave;s celle de Decaen) alors que la situation &eacute;tait d&eacute;j&agrave; difficile. Une autre l&eacute;gislation de 1875 sur les r&eacute;serves, les berges des cours d'eau et les pentes des montagnes d&eacute;clencha des r&eacute;formes constitutionnelles qui allaient mettre l'&icirc;le sur la voie de la d&eacute;mocracie. Mais la plus grande d&eacute;cision fut prise sur recommendation de R. Thompson (1880), assistant conservateur des for&ecirc;ts de l'Inde : c'&eacute;tait l'acquisition d'environ 80 000 hectares de terres sur le plateau central dans le Water Catchment Area, pour sauvegarder d'importants cours d'eau qui y prenaient leur source. <BR> <BR> Toutefois, en ce qui concerne la v&eacute;g&eacute;tation indig&egrave;ne, "toutes les for&ecirc;ts se trouvant sur les terres, les plus fertiles ont &eacute;t&eacute; exploit&eacute;es" (Rouillard et Gu&eacute;ho). Dans d'autres zones de l'&icirc;le, l'expansion de l'industrie sucri&egrave;re a continu&eacute; jusqu'&agrave; la fin du XIXe, puis vint la diversification agricole, &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; la monoculture en canne &agrave; sucre &eacute;tait devenue un danger pour la survie &eacute;conomique du pays. <BR> <BR> Mais l'&icirc;le garde sa vocation agricole : on introduit le th&eacute;, le tabac et l'alo&egrave;s. Ce n'est qu'apr&egrave;s l'ind&eacute;pendance, en 1968, que les industries du textile et du tourisme ont apport&eacute; d'autres changements dans le paysage mauricien <BR> <BR> Le d&eacute;veloppement, toutefois comme au XIXe n'est pas toujours all&eacute; de pair avec la gestion de l'environnement.<BR> <BR> Aujourd'hui, le d&eacute;sastre &eacute;cologique dans la plupart des &icirc;les du monde est un commun discours m&eacute;diatique. D&eacute;j&agrave; en 1955, Claude Levy Strauss &eacute;crivait Tristes Tropiques et d&eacute;crivait des &icirc;les d&eacute;vast&eacute;es, devenues des jungles de b&eacute;ton. <BR> <BR> Les anciennes colonies sont confront&eacute;es &agrave; divers probl&egrave;mes - perturbations &eacute;cologiques dues au d&eacute;boisement, surpeuplement, surexploitation des ressources... - qui sont tr&egrave;s souvent des s&eacute;quelles de politiques agraires incontr&ocirc;l&eacute;es (sans oublier les difficult&eacute;s de soci&eacute;t&eacute;s complexes cr&eacute;&eacute;es par des migrations diverses, qui engendrent des confrontrations entre les autochtones et immigrants, comme au Sri Lanka, &agrave; Java et aux &icirc;les Fiji). <BR> <BR> Toutefois, il subsiste quelques rares endroits, comme dans certaines &icirc;les de l'archipel de l'Indon&eacute;sie, o&ugrave; des populations primitives c&ocirc;toient le monde contemporain : Sumatra encore couverte de for&ecirc;ts tropicales, Siberut o&ugrave; un peuple vit hors du temps en relation avec les esprits des arbres et des montagnes ou encore Bali, sublime, noy&eacute;e dans ses rizi&egrave;res. <BR> <BR> Cependant, il faudrait pr&eacute;ciser ici que la d&eacute;gradation &eacute;cologique dans certaines &icirc;les avait d&eacute;j&agrave; commenc&eacute; avant l'arriv&eacute;e m&ecirc;me des Europ&eacute;ens. Ces derniers, signalons-le, avaient d&eacute;frich&eacute; de larges superficies de for&ecirc;ts chez eux, avant de partir &agrave; la conqu&ecirc;te des &icirc;les couvertes de for&ecirc;ts.<BR> <BR> A Maurice, la conscience &eacute;cologique devrait &ecirc;tre l'affaire de tout le monde et de tous les jours, non une manifestation annuelle sans lendemain. <BR> <BR> Certes, une collaboration des minist&egrave;res de l'Environnement et du Tourisme est &agrave; saluer, mais une action concert&eacute;e s'impose entre d&eacute;cideurs politiques, secteur priv&eacute;, militants &eacute;cologistes et clubs de jeunesse de chaque localit&eacute; pour un d&eacute;veloppement conforme &agrave; la qualit&eacute; de la vie.<BR> <BR> Un court r&eacute;cit des pratiques agricoles et foresti&egrave;res met en exergue les d&eacute;marches et le travail accomplis par des administrateurs pour contrer les crises &eacute;cologiques du pass&eacute; : reboisement, introduction de nouvelles esp&egrave;ces d'arbres, introduction de l&eacute;gislations.<BR> <BR> De Pierre Poivre &agrave; Louis Bouton, de N.R. Brouard &agrave; A.W. Owadally, l'histoire de la flore et de ses d&eacute;fenseurs m&eacute;rite d'&ecirc;tre relue pour trouver des id&eacute;es aux probl&egrave;mes d'aujourd'hui, notamment aux incidences des produits chimiques sur l'environnement.<BR> <BR> Il faudrait &eacute;galement que les &eacute;l&egrave;ves et le public en g&eacute;n&eacute;ral soient sensibilis&eacute;s &agrave; cette situation. La Citizenship Education sera bient&ocirc;t dispens&eacute;e dans les &eacute;coles; elle permettra d'inculquer une culture de l'environnement aux &eacute;coliers. <BR> <BR> Ils pourront ainsi se lancer sur les traces des voyageurs comme Peter Mundy, celui qui avait d&eacute;crit l'&icirc;le paradis dans sa forme originelle, et d'autres encore comme Fran&ccedil;ois Leguat, Charles Darwin, Nicolas Pike ou Mark Twain. Ou encore, ils pourraient, &agrave; leur fa&ccedil;on, embellir leur &icirc;le, en cr&eacute;ant des coins de verdure et en respectant la nature <BR> <BR> Car ne l'oublions pas : pour Mark Twain, pour Malcom de Chazal, le paradis &eacute;tait une &icirc;le qui ressemblait &agrave; Maurice.</P> <P ALIGN="RIGHT">Raj BOODHOO</P> <P>L'Express 3 juillet 2001</P> <P>&nbsp;</P> <P>&nbsp;</P> <P>Bibliographie : <BR> Brouard, N.R. A history of words and forests of Mauritius (1963).<BR> Rouillard, G. GUEHO J. Les plantes et leur histoire &agrave; l'&icirc;le Maurice (1999).<BR> Groves, R.H. Green Imperialism (1995).</P></BODY> </HTML> 
