<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//IETF//DTD HTML//EN"> <html>  <head> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <meta name="AUTHOR" content="Priphries, ESJ-Lille"> <meta name="DESCRIPTION" content="PRIPHRIES, journal en ligne - Citations thmatiques: Cinq sens. Bonaviri, Jean-Claude Guillebaud, Annie Ernaux..."> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 3.0"> <meta name="KEYWORDS" content="Sansot, sansot, pierre, Pierre, Bobin, bobin, Christian, christian, sens, sensualit, sexe, amour, cuisine, nourriture, paresse, almodovar, Almodovar, pedro, Pedro, Vaneigem, vaneigem, raoul, Raoul, Barthes, barthes, Roland, roland, Bonaviri, bonaviri, Ernaux, ernaux, Annie, annie, Depardon, depardon, raymond, Raymond, Bertolt, Brecht, brecht, bertolt, vanier, Vanier, Denis, denis"> <meta name="ROBOTS" content="ALL"> <title>Les citations de Priphries - &quot;Les pices du paradis terrestre&quot;</title> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF" font face="times new roman"> <div align="center"><center>  <table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="550">   <tr>     <td><div align="left"><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="10" width="500">       <tr>         <td><font size="2"><strong><img src="logos/LOGFEU.JPG" alt="Priphries - Feuilles de route" WIDTH="170" HEIGHT="104"></strong></font></td>         <td align="right"><font size="4"><strong>Guillemets</strong></font></td>       </tr>     </table>     </div><div align="left"><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="10" width="500">       <tr>         <td colspan="6"><a href="f-cita.htm"><font size="4">Sommaire des citations</font></a><i><p></i><font size="5"><strong>(Cinq) sens</strong></font></p>         <i><p align="left"></i>&quot;<i>D&#146;abord la brasse.<br>         Plus facile  explorer que le crawl. A cause de la composition en deux mouvements         nettement distincts. C&#146;est encore un peu comme sur terre. L&#146;un aprs         l&#146;autre. Le jour et la nuit. Tu travailles puis tu te reposes. Le corps  corps puis         la jouissance. D&#146;abord l&#146;affrontement, ensuite l&#146;abandon.<br>         L&#146;eau se trouve dans un premier temps repousse &#150; brasse &#150;, autorisant         le temps second de dtente consentie. La besogne conjugue des bras, des jambes, de la         poitrine aspirant sa pleine bole d&#146;air, reoit son immdiate rcompense en ce         dplacement lisse et sans effort au fil de l&#146;eau.<br>         D&#146;abord il y a l&#146;instant o tu affrontes l&#146;eau autre, ensuite         l&#146;instant o tu approuves l&#146;eau mme. L&#146;intime plaisir de nager         n&#146;est accord &#150; en pointills donc &#150; qu&#146;en rsolution de         l&#146;effort. Si le premier instant, par la vigueur du quant--soi, la fermet du face          face, te remet en jeunesse, le second, trop vite achev, t&#146;initie  un autre         temps, un temps de tous les temps, pourvu que dure autant que possible la bonne extension         vivante, corps, visage, souffle abandonn, emporte en son simple essor en matire         liquide et consentie.</i>&quot;<i>&nbsp;</p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>L&#146;eau.<br>         Si on se glisse en elle sans la dranger, elle approuve, elle aime, elle s&#146;enroule         au corps, l&#146;emporte et sourit avec lui.<br>         Pour peu qu&#146;on la frappe, qu&#146;on la force, elle rplique immdiatement avec une         nergie incroyable.<br>         Au jeu de la violence, c&#146;est elle qui l&#146;emporte.<br>         L&#146;eau surenchrit.<br>         Elle ne cde qu&#146; l&#146;effusion onctueuse. </p>         <p ALIGN="left">Et d&#146;ailleurs, son nom le disait dj, mais c&#146;tait de faon         si discrte qu&#146;on n&#146;entendait pas.</p>         <p ALIGN="left">Je dis bien, je rpte: Eau. A-t-on jamais vu, lu, manipul un mot         semblable? un mot juste fait de son eau. Un mot d&#146;eau imprenable, impossible          mordre,  cogner contre les dents, inodore et sans saveur, glissant entre les doigts.<br>         J&#146;cris eau. E. A. U.<br>         Oh, a alors&#133;</p>         <p ALIGN="left">Nulle consonne o agripper le mot, pas plus que la chose. </p>         <p ALIGN="left">(&#133;)</p>         <p ALIGN="left">Eau sans prise aucune.<br>         Eau qui ne connat que la dprise. De soi en elle, au travers d&#146;elle.<br>         Eau qui ne commence ni ne finit, me rvlant mon indfinit accorde  la sienne.</i>&quot;<i><br>         </i><b>Annie Leclerc, <i>Eloge de la nage</b></p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>A huit cents mtres au-dessus de la mer, le mont Epomeo         domine, du haut de l&#146;le d&#146;Ischia, un orgueilleux point de vue. Son flanc sud         est couvert de gents, son flanc nord de chtaigniers, le sommet est une crte de tuf.         A l&#146;intrieur de celle-ci, des moines ont creus leur demeure, dont un aubergiste a         hrit. Sa pnombre tait un tombeau trusque, mais dgageait une bonne odeur de         cuisine. J&#146;y montais pour dner face au soleil couchant, et l&#146;aubergiste me         faisait choisir une bouteille, parmi les plus poussireuses et couvertes         d&#146;araignes. Il tirait du fond du tas un vin d&#146;un rouge sombre et pais,          contre-jour, le verre montrait un spectre violet: c&#146;tait le Per&#146;e Palummo, le         &quot;Pied de pigeon&quot;, nom donn  un vignoble des lacets, implant sur les         terrasses de Forio. C&#146;tait le vin d&#146;un seul cpage, il imposait silence  la         bouche, faisait regarder au loin. Il n&#146;tait pas adapt  un jeune de vingt ans,         mais son pret me convenait. Dans la cuisine aux pierres disjointes, l&#146;aubergiste         faisait sauter dans une pole, avec du vin blanc et des petites tomates sches, de la         viande de lapin aromatise aux herbes cueillies sur les sommets de l&#146;le. Avec un         peu de cette sauce, il oignait une poigne de bucatini. Il cuisinait avec des gestes         lents, mchait longuement, imposant  mes mouvements son propre rythme.<br>         Il m&#146;avait attendu. En me voyant dboucher du sentier, il criait en guise de salut:         &quot;Erri, mannaggia &#145;o core tuio&quot; (&quot;Erri, que soit maudit ton         c&#156;ur&quot;), une insulte affectueuse. Il tait borgne de l&#146;&#156;il droit, une         cartouche qui avait explos l&#146;avait priv de l&#146;&#156;il qui sert  viser. Il         lui restait celui de l&#146;amiti. Rien n&#146;a jamais t aussi bon avec moi que ces         nourritures qui descendaient dans mon gosier, face au soleil qui descendait dans la         mer.&quot;<br>         </i><b>Erri De Luca, &quot;<i>Ile</i>&quot;, &quot;<i>Fragments</i>&quot;, dans <i>La         Pense de Midi</i> numro 5-6 (octobre 2001)</b><i></p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>La nuit est un temps de mortelle monotonie sous un toit; en         plein air, par contre, elle s&#146;coule, lgre, parmi les astres et la rose et les         parfums. Les heures y sont marques par les changements sur le visage de la nature. Ce         qui ressemble  une mort momentane aux gens qu&#146;touffent murs et rideaux         n&#146;est qu&#146;un sommeil sans pesanteur et vivant pour qui dort en plein champ. La         nuit entire il peut entendre la nature respirer  souffles profonds et libres. Mme,         lorsqu&#146;elle se repose, elle remue et sourit et il y a une heure mouvante ignore         par ceux qui habitent les maisons: lorsqu&#146;une impression de rveil passe au large         sur l&#146;hmisphre endormi et qu&#146;au-dehors tout le reste du monde se lve.         C&#146;est alors que le coq chante pour la premire fois. Il n&#146;annonce point         l&#146;aurore en ce moment, mais comme un guetteur vigilant, il acclre le cours de la         nuit. Le btail s&#146;veille dans les prs; les moutons djeunent dans la rose au         versant des collines et se meuvent parmi les fougres, vers un nouveau pturage. Et les         chemineaux qui se sont couchs avec les poules ouvrent leurs yeux embrums et         contemplent la magnificence de la nuit. <br>         Par quelle suggestion informule, par quel dlicat contact de la nature, tous ces         dormeurs sont-ils rappels, vers la mme heure,  la vie? Est-ce que les toiles         versent sur eux une influence? Ou participons-nous d&#146;un frisson de la terre         maternelle sous nos corps au repos? Mme les bergers ou les vieilles gens de la campagne         qui sont les plus profondment initis  ces mystres n&#146;essayent pas de         conjecturer la signification ou le dessein de cette rsurrection nocturne. Vers deux         heures du matin, dclarent-ils, les tres bougent de place. Et ils n&#146;en savent pas         plus et ne cherchent pas plus avant. Du moins est-ce un agrable hasard. Nous ne sommes         troubls dans notre sommeil, comme le voluptueux Montaigne, &quot;qu&#146;afin de le         pouvoir mieux savourer et plus  fond&quot;. Nous avons un instant pour lever les yeux         vers les toiles. Et c&#146;est, pour certaines intelligences, une relle jouissance de         penser que nous partageons cette impulsion avec toutes les cratures qui sont dehors dans         notre voisinage, que nous nous sommes vads de l&#146;embastillement de la civilisation         et que nous sommes devenus de vritables et braves cratures et des ouailles du troupeau         de la nature.<br>         Lorsque cette heure arriva pour moi dans la pineraie, j&#146;ouvris les yeux, mourant de         soif. Mon gobelet se trouvait sous ma main,  demi plein d&#146;eau. Je le vidai         d&#146;un trait et me sentant bien veill aprs cette froide aspersion interne, je         m&#146;installai sur mon sant afin de rouler une cigarette. Les toiles taient         claires, vives et pareilles  des joyaux, nullement glaces. Une faible bue         d&#146;argent embrumait la voie lacte. Autour de moi les cimes noires des pins se         dressaient immobiles. Par la blancheur du bt, je pouvais apercevoir Modestine, tournant         et tournant sans cesse,  longueur de son attache. Je pouvais l&#146;entendre tondre         d&#146;une langue persvrante le gazon. Pas d&#146;autre bruit, sinon le tranquille,         l&#146;intraduisible murmure du ruisseau sur les pierres. J&#146;tais paresseusement         tendu  fumer et  m&#146;merveiller de la couleur du ciel, comme nous nommons le         vide de l&#146;espace. Il s&#146;y dcouvrait un gris rougetre derrire les pins         jusqu&#146; l&#146;endroit o apparaissait un vernis d&#146;un noir bleut entre les         toiles. Comme pour ressembler mieux  un colporteur, je portais une bague         d&#146;argent, je pouvais la voir briller doucement, lorsque je levais ou abaissais ma         cigarette et,  chaque bouffe de fume, l&#146;intrieur de ma main s&#146;clairait         et je devenais, pendant une seconde, la plus intense lumire du site. <br>         Une brise molle, ressemblant davantage  une fracheur mouvante qu&#146; une pousse         de vent balayait de haut en bas, par instants, la clairire. En sorte que dans ma vaste         chambre l&#146;air se renouvelait la nuit entire. Je pensai avec dgot          l&#146;auberge du Chasserads et aux bonnets de coton rassembls, avec dgot aux         quipes nocturnes des employs et des tudiants, aux thtres surchauffs, aux         passe-partout et aux chambres closes. Je n&#146;avais pas souvent prouv plus sereine         possession de moi-mme, ni senti plus d&#146;indpendance  l&#146;gard des         contingences matrielles. Le monde extrieur de qui nous nous dfendons dans nos         demeures semblait somme toute un endroit dlicieusement habitable. Chaque nuit, un lit y         tait prpar, et-on dit, pour attendre l&#146;homme dans les champs o Dieu tient         maison ouverte. Je songeais que j&#146;avais redcouvert une de ces vrits qui sont         rvles aux sauvages et qui se drobent aux conomistes. Du moins, avais-je         dcouvert pour moi une volupt nouvelle. (&#133;)<br>         Quand je m&#146;veillai de nouveau, beaucoup d&#146;toiles avaient disparu. Seules les         plus clatantes compagnes de la nuit brlaient toujours visibles au-dessus de ma tte.         Au loin, vers l&#146;est, j&#146;aperus une mince brume lumineuse sur l&#146;horizon,         comme il en avait t pour la voie lacte, lorsque je m&#146;tais veill la fois         d&#146;avant. Le jour tait proche. J&#146;allumai ma lanterne et,  sa lueur larve,         je me chaussai et boutonnai mes housseaux, puis je cassai un peu de pain pour Modestine,         emplis ma gourde  la fontaine et allumai ma lampe  alcool pour me faire bouillir un         peu de chocolat. Le brouillard bleutre s&#146;tendait dans le vallon o j&#146;avais         si agrablement dormi. Bientt, une large bande orange, nuance d&#146;or, enveloppa le         fate des monts du Vivarais. Une grave joie possda mon me devant cette graduelle et         aimable venue du jour. J&#146;entendis le ruisselet avec plaisir. Je cherchai autour de         moi quelque chose de beau et d&#146;imprvu. Mais les pins sombres immobiles, la         clairire dserte, l&#146;nesse qui broutait restaient sans mtamorphose. Rien         n&#146;tait chang sinon la lumire et, en vrit, elle pandait tout un flot de         vie et de paix anime et me plongeait dans une trange jubilation.&quot;<br>         </i><b>Robert Louis Stevenson, &quot;<i>Une nuit dans la pineraie</i>&quot;, <i>Voyages         avec un ne dans les Cvennes</b></p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>Toute une petite mythologie tend  nous faire croire que le         plaisir est une ide de droite. A droite, on expdie d&#146;un mme mouvement vers la         gauche tout ce qui est abstrait, ennuyeux, politique et l&#146;on garde le plaisir pour         soi </i>(&#133;)<i>. Et  gauche, par morale (oubliant les cigares de Marx et de Brecht),         on suspecte, on ddaigne &quot;tout rsidu d&#146;hdonisme&quot;. A droite, le plaisir         est revendiqu contre l&#146;intellectualit, la clricature: c&#146;est le vieux mythe         ractionnaire du c&#156;ur contre la tte, de la sensation contre le raisonnement, de la         &quot;vie&quot; (chaude) contre &quot;l&#146;abstraction&quot; (froide): l&#146;artiste ne         doit-il pas, selon le prcepte sinistre de Debussy, &quot;chercher humblement  faire         plaisir&quot;? A gauche, on oppose la connaissance, la mthode, l&#146;engagement, le         combat,  la &quot;simple dlectation&quot; (et pourtant: si la connaissance elle-mme         tait dlicieuse?). Des deux cts, cette ide bizarre que le plaisir est chose         simple, ce pour quoi on le revendique ou on le mprise.&quot;<br>         </i><strong>Roland Barthes, <i>Le plaisir du texte</strong></p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>En ce moment le feu dans la salamandre rougeoie derrire le         mica, et les arbres sans feuilles font un dessin rigide  travers le ramage des rideaux         transparents. Plus tard cette mme chambre s&#146;assombrira des verts de jungle de         l&#146;t, les fentres s&#146;ouvriront sur les vibrations tendues des cigales&#133;         Ce matin il pleut. Il pleut depuis hier. Il pleut comme il pleut dans le Midi,         rgulirement, lourdement. Il n&#146;avait pas plu depuis des mois et nous n&#146;avions         plus d&#146;eau. Revenus aux temps anciens quand il fallait toujours penser          conomiser. Tout  l&#146;heure nous allons enfin pouvoir prendre un merveilleux bain         tous les deux dans la salle de bains bien chaude! Ce matin j&#146;avais la flemme         d&#146;crire mais je me disais que si je ne m&#146;y mets pas un peu chaque jour je         n&#146;y croirai jamais assez pour continuer. Dj hier je m&#146;tais donn         l&#146;excuse de faire des gteaux pour le th; la maison est encore tout embaume de         parfum de cannelle et de gingembre. Aujourd&#146;hui je suis tente de trouver qu&#146;il         pleut trop, que c&#146;est sinistre&#133; on n&#146;y voit plus rien par la fentre&#133;         bien qu&#146;au contraire la chambre n&#146;en paraisse que plus intime, plus chaude avec         la lumire des petites cloches en pte de verre orange. La chatte dort en boule sur la         couverture de fourrure, poil contre poil, petite touffe blonde sur l&#146;immensit         fauve. Le feu est rouge  travers le mica de la salamandre et les fleurs du tapis sont         douces sous mes pieds&#133;</i>&quot;<br>         <strong>Danile Rezvani, cite par Rezvani dans <a href="f-rezv.htm"><em>Le roman d'une         maison</em></a></strong><i></p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i><em>Avant, nous ne voyions mme pas le monde autour de nous.         Il tait comme le ciel, comme l'air. Comme si quelqu'un nous l'avait donn  tout         jamais et qu'il ne dpendait pas de nous. Comme s'il devait exister toujours. J'aimais me         coucher sur l'herbe, dans la fort, et admirer le ciel. Je me sentais heureuse au point         d'en oublier mon nom. Et maintenant? La fort est toujours belle, il y a des myrtilles          foison, mais personne ne les ramasse. On y entend rarement une voix humaine  l'poque         des champignons. Nous avons inconsciemment peur de nos sensations. Il nous reste la tl         et les livres. L'imagination... Les enfants grandissent dans les maisons. Sans la fort         ou la rivire... Ils ne peuvent que les voir de loin. Ce sont des enfants diffrents. Et         je leur rcite, en classe, des vers de Pouchkine sur le bel automne. Ce Pouchkine qui me         semblait ternel. Parfois, une pense sacrilge m'envahit: et si toute notre culture         n'tait qu'une caisse avec de vieux manuscrits? Tout ce que j'aime...</em></i>&quot;<br>         <strong>Tmoignage de Nina Konstantinovna, enseignante, recueilli par Svetlana         Alexievitch dans son livre <i><em>La Supplication - Tchernobyl, chronique du monde aprs         l'apocalypse</em></strong> </p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>Parmi les peupliers  tronc blanc, en longs sentiers,         suivant les premires ondulations de la dune, avec des parfums retrouvs de sve et de         rsine, j&#146;ai l&#146;illusion de me perdre en fort. C&#146;est une sensation trs         douce et trs pure que teinte par moments de sensualit l&#146;haleine plus lointaine         d&#146;un bouquet d&#146;acacias en fleur. &#150; Que j&#146;aime la verdure exubrante         et les troncs vivants, plisss d&#146;une peau d&#146;lphant, de ces figuiers         gonfls d&#146;un lait amer, autour desquels bourdonnent des essaims de mouches dores!<br>         Dans ce jardin surpris en pleine aridit j&#146;ai pass des heures longues, couche          la renverse, me grisant d&#146;immobilit sous la caresse tide des brises,  regarder         les branches,  peine agites, aller et venir sur le fond blouissant du ciel, comme         les agrs d&#146;un navire balanc doucement.</i>&quot;<i><br>         </i><b>Isabelle Eberhardt, &quot;<i>Eloignement</i>&quot;, <i>Dans l&#146;ombre chaude de         l&#146;islam</b></p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>Le soleil s&#146;lve lentement. Il nage en un ocan de         lueurs carmines qui se fondent insensiblement dans l&#146;or vert du znith. Je pense          des toiles de Noir, le seul peintre qui ait compris toute la dlicatesse des matins         du Sud.<br>         Tout ici chante en couleur, s&#146;anime graduellement d&#146;motion solaire. Le sable         se dore et les pierres s&#146;irisent. Des reflets verts, des reflets orangs ou rouges         mettent une floraison de lumire sur l&#146;aridit de cette colline. J&#146;y vois         vivre la lumire. Elle devient ma palette de rve.<br>         Et puis, derrire cet cran merveilleux, il y a encore tant de choses. C&#146;est         d&#146;abord une valle troite comme un ravin. Je m&#146;y suis promene, j&#146;en ai         remu du pied les cailles de pierre noire avec le frisson de marcher sur une peau de         serpent. Aprs, viennent les sebkhas sales, coupes de palmeraies sombres; puis des         dunes s&#146;enchevtrent; et c&#146;est la route de l&#146;oued Guir&#133;<br>         Quand je monte sur ma petite montagne de lumire, je vois  mes pieds toute la douce vie         colore. Le ksar me semble bti pour mes yeux, j&#146;en aime la teinte d&#146;ensemble         chaude et fonce, tenant du violet sombre et du rouge brun, avec quelques murailles plus         neuves, o la terre a encore des teintes d&#146;or mat ou de chamois argent, comme le         sable des dunes.</i>&quot;<i><br>         </i><b>Isabelle Eberhardt, &quot;<i>Montagne de lumire</i>&quot;, <i>Dans l&#146;ombre         chaude de l&#146;islam</b></p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>Quel soulagement, quelle joie toute physique, cette arrive          l&#146;ombre, o la brise est un peu frache, o nos yeux douloureux se reposent sur         le vert profond des beaux palmiers, sur les grenadiers aux fleurs de sang et sur les         lauriers roses en touffes.<br>         Aprs l&#146;eau de mensonge </i>[le mirage]<i>, le got de la vrit.<br>         Nous nous tendons  terre, pour n&#146;entrer  Bchar que vers le soir, aprs la         sieste.<br>         Djilali s&#146;endort, et moi je regarde ce dcor nouveau qui ressemble  d&#146;autres         que j&#146;ai aims, qui m&#146;ont rvl le charme mystrieux des oasis. J&#146;y         retrouve aussi cette lgre odeur de salptre, si spciale aux palmeraies humides,         cette odeur de fruit coup qui pimente tous les autres parfums de la vie  l&#146;ombre.<br>         Dans la quitude profonde de cette clairire isole, d&#146;innombrables lzards         d&#146;meraude et des camlons changeants se dlectent dans les taches de soleil,         tals sur les pierres.<br>         Pas un chant d&#146;oiseau, pas un cri d&#146;insecte. Quel beau silence! Tout dort         d&#146;un lourd sommeil, et les rayons pars glissent entre les hauts troncs des dattiers         comme des chevelures de rve&#133;</i>&quot;<i><br>         </i><b>Isabelle Eberhardt, &quot;<i>Montagne de lumire</i>&quot;, <i>Dans l&#146;ombre         chaude de l&#146;islam</b></p>         <p ALIGN="left"></i>&quot;<i>J&#146;tais pour la propret mais contre l&#146;hygine.<br>         L&#146;ambiance familiale m&#146;y avait prpar aussi. <br>         Ainsi ma belle tante Adma, la s&#156;ur de ma mre, rpute pour sa trs bonne         cuisine, ses descriptions dsesprantes de dtails et ses bains interminables.<br>         Une scne me revient en mmoire. <br>         Nous sommes runis dans le salon de ma tante. Dlimite  ses deux extrmits par         deux rangs d&#146;arcades reposant sur de fines colonnes de marbre, la pice donne sur la         rue d&#146;un ct, la Mditerrane, de l&#146;autre. Il fait frais et un vent lger         remue les rideaux. Adma raconte sa toilette du matin  ma mre: </i>&quot;Aaaah, ma         s&#156;ur. Ce matin, aprs mon caf, je suis entre dans la salle de bains, je me suis         dit profites-en ma fille avant que les hommes ne se rveillent et qu&#146;ils ne         commencent  crier: Mon caf, Ya Adma! Ma chemise repasse, Ya Adma! Je suis entre         dans la salle de bains, j&#146;ai fait couler l&#146;eau, et lave que tu laves, sept fois,         sept fois je me suis lav les cheveux, et sept fois je me suis savonne, et sept fois         devant le miroir, j&#146;ai asperg d&#146;eau frache mon visage, <i>khayyy</i>, a         rafrachit le c&#156;ur ma s&#156;ur, cette eau, intarissable, quoi de plus beau que la         propret, et vous qu&#146;est-ce que vous croyez, je vous amuse? Riez, riez mes chris,         c&#146;est le meilleur de la vie. Il a crev, Semaan pour m&#146;pouser, il tait         amoureux de moi, mais moi j&#146;ai aim votre oncle, lui aussi il n&#146;en croyait pas         ses yeux, et comment! Une jeune femme si belle et de bonne famille, ah oui j&#146;tais         si belle, mme aujourd&#146;hui. Regardez ces cuisses, des cuisses de cette qualit a         ne se trouve plus. a, des cuisses? De l&#146;albtre, oui.&quot;&quot;<br>         <b>Elias Sanbar, <i>Le Bien des absents</b></p>         </i><p ALIGN="left">&quot;<i>Quand m&#146;embrasseras-tu?<br>         Quand je croirai qu&#146;il m&#146;est donn de croire que ces deux lvres sont ouvertes         pour moi.<br>         Pour qui, sinon?<br>         Pour une voix surgie d&#146;une constellation lointaine. Sais-tu que tes yeux peuvent         donner  la nuit les couleurs que tu veux?<br>         Embrasse-moi!<br>         La pluie derrire la vitre, une braise de l&#146;autre ct. Pourquoi faut-il         qu&#146;il pleuve autant?<br>         Pour que tu restes en moi&#133;<br>         Le plaisir nat du plaisir. La pluie qui ne cesse, un feu qui ne s&#146;teint, un corps         qui ne finit. Un dsir qui disperse les ombres et les membres. Nous ne dormons que pour         tre veills par le sel assoiff de miel, par l&#146;odeur du caf  peine brl         par les embrasements du marbre. Glaciale et torride est cette nuit, glaciale et torride         est cette plainte. Me brle une soie que rien ne peut froisser, qui se tend davantage         chaque fois qu&#146;elle rencontre ma peau et crisse. L&#146;air est une pelote         d&#146;aiguilles, caresse humide et tide entre mes orteils, sur mes paules comme une         vipre qui se dresse et siffle sur les braises. Une bouche qui dvore les prsents du         corps. Ne reste de la langue que le cri de la chambre close o s&#146;battent des         animaux familiers.<br>         Mort que nous nous donnons l&#146;un l&#146;autre, de l&#146;autre ct de la fentre.</i>&quot;<br>         <b><a href="http://www.metafort.org/inventaire/darwich.htm" target="_blank">Mahmoud         Darwich</a>, <i>Une mmoire pour l&#146;oubli</i></b></p>         <p ALIGN="left">&quot;<i>Ce n&#146;est que par le vcu qu&#146;on est soi-mme. Un vcu         rel, pas reproduit ni sing, mais ressenti. Il est l, l&#146;intrt majeur du         got, qui vous rappelle que vous ne pouvez parler d&#146;une sensation que ressentie. On         finira par se rendre compte un jour que, si on ne se construit pas par cette voie         sensorielle, si on n&#146;associe pas son corps  sa propre volution, il reste sur la         touche. Il se dplace, il avale, il regarde la tl, mais il est dpourvu de         perceptions et de rfrences personnelles, exclu de la vraie vie. L&#146;coute des         aliments est le premier apprentissage du got. A force de manger des produits muets, un         homme devient muet  son tour, il n&#146;a rien  raconter. Consommant des produits faux         et dguiss, il parle faux et dguise sa pense.</i> (&#133;) <i>La culture         amricaine est une culture </i>(&#133;)<i> du passif, qui donne satisfaction  une         socit physique cherchant  se remplir la panse,  obtenir la satit sans         connatre d&#146;motion. C&#146;est pourquoi l&#146;obsit fait de tels dgts         outre-Atlantique et commence d&#146;en faire chez nous. Tentez cette exprience, prenez         un fromage sans caractre sensoriel prcis: vous allez en manger la moiti sans pain et         sans plaisir, jusqu&#146; vous tre rempli la panse; mais s&#146;il s&#146;agit         d&#146;un munster, avec son pass et son caractre, vous en mangerez moins, vous y         associerez le pain, peut-tre le vin, et vous prouverez une telle densit         motionnelle que vous vous arrterez de manger  temps.</i>&quot;<br>         <b>Jacques Puisais, entretien  <i>Tlrama</i>, 27 dcembre 2000</b></p>         <p ALIGN="left">&quot;<i>Je ne suis veill qu&#146;en ce que j&#146;aime et dsire         jusqu&#146; la terreur &#150; tout le reste n&#146;est que linceul, anesthsie         quotidienne, cervelle fcale, ennui sous-reptilien des rgimes totalitaires, censure         banale et douleur inutile.</i>&quot;<i><br>         </i><b>Hakim Bey, <i>L&#146;art du chaos</i></b></p>         <p ALIGN="left">&quot;<i>On se connat peu soi-mme si l&#146;on n&#146;a jamais senti         une excitation sur la peau en entrant dans la mer, puis le lent accord avec l&#146;eau, si         l&#146;on ne sait pas ce que c&#146;est qu&#146;accepter de lui appartenir, et se laisser         aller, en flottant. Notre corps dcouvre un monde quand il accepte de se confier sans         peur au mouvement du ressac, quand nous contemplons le ciel tendu sur la mer et         plongeons nos oreilles dans son ventre sonore, en acceptant de nous donner  elle avec         une confiance filiale. Dans cet exercice, dans cette familiarit avec la grammaire de         l&#146;eau rside une sagesse ancienne, qui suggre la possibilit d&#146;un temps         autre. Sans l&#146;infini de la mer, nous coulons  pic, entrans dans le tourbillon         de notre anthropomorphisme.</i>&quot;<br>         <b>Franco Cassano, <i>La pense mridienne</i></b></p>         <p ALIGN="left">&quot;<i>Le caf, pour l&#146;amateur de caf que je suis, c&#146;est la         cl du jour.<br>         Le caf, pour le connaisseur que je suis, il faut se le prparer soi-mme et ne pas se         le faire servir. Car celui qui vous l&#146;apporte y ajoute ses paroles, et le caf du         matin ne supporte pas le moindre mot. Il est aube vierge et silencieuse. L&#146;aube         &#150; mon aube &#150; est trangre  la moindre parole. L&#146;odeur du caf boit le         moindre des bruits, ft-ce un simple bonjour, et se gte.<br>         Le caf est donc ce silence originel, matinal, circonspect, solitaire, o tu te tiens,         tout seul, avec cette eau que tu choisis, paresseusement et coup du monde, dans une paix         retrouve avec les tres et les choses. Eau que tu verses lentement, lentement, dans le         petit rcipient de cuivre, aux reflets sombres et mystrieux, dors, presque fauves,         avant de le poser sur un feu doux, ou mieux encore sur du charbon de bois.<br>         Ecarte-toi un peu de ce qui chauffe  feu doux pour observer, en bas, la rue qui         s&#146;veille et qui part  la recherche de son pain, depuis que le singe est devenu         homme. Rue porte par les charrettes des marchands des quatre-saisons, les couplets         nafs des commerants qui vantent leurs marchandises. Respire l&#146;air venu de la         fracheur de la nuit, retourne ensuite  ton fourneau &#150; ah si seulement         c&#146;tait un feu de bois! &#150; et observe, avec calme et mesure, le jeu des         lments: le feu qui prend des reflets vert et bleu, l&#146;eau qui se ride et exhale de         petites billes blanches qui se transforment en pellicule brillante, laquelle ne tarde pas          s&#146;paissir,  s&#146;paissir doucement, pour crever en grosses bulles, qui         s&#146;largissent, toujours plus rapidement, et se brisent, se gonflent  nouveau et se         brisent, avides de dvorer les deux cuillres de sucre dont l&#146;absorption provoque         un discret sifflement devenu, quelques instants plus tard, gargouillis bouillonnant,         impatient d&#146;une nouvelle offrande, celle de la poudre rugissante, talon de senteurs         et de virilit orientale.<br>         Eloigne le rcipient du feu et entame le dialogue de la main, encore vierge de toute         trace de tabac ou d&#146;encre, avec la premire de ses crations, avec sa cration         premire, qui dlivrera, en cet instant, la saveur de ta journe et le verdict des         augures. Elle te dira si tu dois travailler ou te tenir  l&#146;cart du monde. De ce         premier geste, de son rythme, de ce que lui confre le monde du sommeil encore ouvert sur         la journe passe, de ce qu&#146;il rvle de ton me, dpendra la couleur de ta         journe.<br>         Le caf, la premire tasse de caf, est le miroir de la main, de cette main qui tourne         le breuvage. Le caf est dchiffrement du livre ouvert de l&#146;me, devin des secrets         que le jour renferme.</i>&quot;<br>         <b>Mahmoud Darwich, <i>Une mmoire pour l&#146;oubli</i></b></p>         <p ALIGN="left">&quot;<i>Qui a dit de l&#146;eau qu&#146;elle est incolore, inodore et         sans saveur? L&#146;eau a une couleur que rvle la soif. L&#146;eau a la couleur des         chants d&#146;oiseaux, le moineau en particulier, de ces oiseaux que n&#146;affole pas         cette guerre venue de la mer tant que demeure prserv leur morceau de ciel. L&#146;eau         a le got de l&#146;eau, cette odeur de l&#146;air chaud, en fin d&#146;aprs-midi,         quand il s&#146;lve des champs o se bercent les vagues lourdes des pis, le long         d&#146;tendues parsemes de zbrures sombres, pareilles aux ombres fugaces que         laissent derrire elles les ailes des moineaux quand ils rasent les moissons. Car il ne         suffit pas de voler pour tre oiseau. L&#146;une des pires choses de la langue arabe,         c&#146;est peut-tre que l&#146;avion &#150; </i>tra<i> &#150; soit le fminin de         l&#146;oiseau &#150; </i>tr<i>. Les oiseaux poursuivent leur chant, affirment leur         prsence au milieu du fracas des bombardements maritimes. Qui a dit que l&#146;eau est         inodore, incolore et sans saveur? Qui a dit que l&#146;avion est le fminin de         l&#146;oiseau?</i>&quot;<br>         <b>Mahmoud Darwich, <i>Une mmoire pour l&#146;oubli</i></b></p>         <p ALIGN="left">- <i>L&#146;image que je fais n&#146;est pas plus belle qu&#146;une autre.</i><br>         - <i>Mais si!<br>         </i>- <i>Non, je ne crois pas; mes images sont tout simplement plus charnelles, moins         spirituelles; car ma conviction est que l&#146;acte cinmatographique doit se rsoudre         en un processus d&#146;incarnation. Je dis souvent  mes collaborateurs: </i>&quot;Ne         pensez pas qu&#146;un verre soit simplement un verre, il a un visage, une face, un         dos.&quot;<i> C&#146;est ce que Godard disait  sa manire provocatrice quand il         affirmait qu&#146;un arbre devait tre film de face. Alors, quand je veux filmer des         patates, je demande  l&#146;accessoiriste de rflchir, de m&#146;apporter des patates         susceptibles d&#146;avoir un visage. Ensuite, je veille  ce que le chef oprateur         claire de manire  le faire apparatre. Dans mon cinma, tous les objets doivent         prendre forme humaine.</i>&quot;<br>         <strong>Tran Anh Hung  <i>Elle</i>,  l&#146;occasion de la sortie de son film <i>A la         verticale de l&#146;t</strong></p>         </i><p ALIGN="left">&quot;<i>Sure I must perish by your charms<br>         Unless you save me in your arms.</i>&quot;<br>         <b>Henry Purcell, <i>If music be the food of love</i></b></p>         <p ALIGN="left">&quot;<i>Il n&#146;est pas perdu, le pain perdu, puisqu&#146;on le mange.         Il n&#146;est pas perdu, le temps perdu, puisqu&#146;on y touche  la fin des temps et         qu&#146;on y mange sa mort,  chaque seconde,  chaque bouche. Le temps perdu est le         temps abondant, nourricier.</i>&quot;<br>         <b>Christian Bobin, in <i>Petits plaisirs de la paresse</i>, ditions Autrement/Canal+</b></p>         <p ALIGN="left">&quot;<i>La vie devint dure et cruelle. Si cruelle que les hommes, et plus         encore les femmes, n&#146;arrivaient pas  souhaiter la vie. Mieux valait ne pas natre,         et mieux encore, disaient-ils, ne pas donner naissance, ce qui fut dcid. Alors, Dieu         dut inventer les gestes qui promettent du plaisir sexuel. L&#146;un aprs l&#146;autre,         il les inventa. Depuis ce temps-l, quand ils font l&#146;amour, les femmes et les hommes         pardonnent  cette vie et en entrevoient d&#146;autres&#133;</i>&quot;<br>         <b><a href="g-berger.htm">John Berger</a>, &quot;<i>Deux chats dans un panier</i>&quot;, <i>Photocopies</i></b></p>         <p ALIGN="left">&quot;<i>Il faut pardonner  la beaut<br>         comme  un chien<br>         qui mord en pleurant.</i>&quot;<i><br>         </i><font size="3"><b>Denis Vanier, <i>Le baptme de Judas &#150; Les herbes rouges</i></b></font></p>         <p>&quot;<i>Mon exprience avec les curs fut monstrueuse, mais elle ne m&#146;a gure         affect. Il est plus original de faire un film autour des religieuses qui ne soit pas         anticlrical. Je suppose que pour moi, la religion ne doit pas tre un problme. Je ne         la considre pas comme une ennemie contre laquelle il me faille lutter. Je ne me sens pas         entam par toutes les balivernes profres par Jean-Paul II. S&#146;il essayait de         mettre le pch  la mode, je n&#146;en deviendrais pas pour autant un pcheur: le         pch a totalement disparu de ma vie. (&#133;) a ne m&#146;intresse pas de faire un         film revanchard. Il faut beaucoup de mmoire et de ranc&#156;ur pour prendre sa revanche         aprs que les annes se sont coules. Je n&#146;ai ni l&#146;une ni l&#146;autre.         C&#146;est dommage, parce que la mmoire et la haine ont une puissance cratrice         norme. Je le rpte, je n&#146;ai ni l&#146;une ni l&#146;autre. Je vis le prsent et         le prsent doit tre absolument nouveau &#150; du moins pour moi.</i>&quot;<br>         <b>Pedro Almodovar, &quot;<i>Auto-interview</i>&quot;, 1984, in <i>Patty Diphusa, la         Vnus des lavabos</i></b></p>         <p>&quot;<i>Les pratiques sexuelles sont banales, pauvres, voues  la rptition, et         cette pauvret est disproportionne  l'merveillement du plaisir qu'elles procurent.</i>&quot;<br>         <b>Roland Barthes, prface aux <i>Tricks</i> de Camus</b></p>         <p>&quot;<i>L&#146;rotisme est un lment clef de cette vision comme de tout         l&#146;univers romanesque de Saikaku, dont l&#146;aventure littraire est ancre dans         l&#146;exploration du monde des plaisirs et des valeurs du </i>kshoku<i>. Ce terme,         compos de deux caractres: </i>k<i>, </i>bien<i> ou </i>aimer<i>, et </i>shoku<i>, </i>couleur<i>         ou </i>forme<i> au sens bouddhique de ralit phnomnale, dsigne donc le got et         la culture du beau, de l&#146;lgance et de ce qui suscite le dsir amoureux, en somme         l&#146;amour dans toute la diversit de ses expressions, depuis le plaisir sexuel le plus         brut et le rire suscit par la plaisanterie grivoise jusqu&#146;aux formes les plus         raffines labores au cours de la grande priode classique de la cour de Heian, du         IXe au XIe sicle. Dans ces </i>&quot;mauvais lieux&quot;<i> que sont les quartiers de         courtisanes et les quartiers de thtres, le </i>kshoku<i> constitue le systme de         valeurs dominant. Vritable idologie parallle s&#146;appuyant sur les traditions         artistiques des courtisanes, mais aussi sur la grande tradition de la littrature         amoureuse classique et ses chefs-d&#146;&#156;uvre comme les </i>Contes d&#146;Ise<i> ou </i>Le         Dit du Genji<i>, le </i>kshoku<i> concurrence les codes srieux imprgns de         confucianisme que sont l&#146;thique du guerrier ou la morale marchande, alors en voie         d&#146;laboration. Dans ses manifestations les plus abouties, il prend la forme         d&#146;une vritable science du c&#156;ur humain et dbouche sur une vision  la fois         joyeuse et lucide de la vie, professant  la suite des </i>Heures oisives<i> d&#146;Urabe         Kenk que &quot;</i>c&#146;est son impermanence qui fait le prix de ce monde<i>&quot;.</i>&quot;<br>         <b>Daniel Struve, introduction  <i>Arashi, vie et mort d&#146;un acteur</i>, de Saikaku</b></p>         <p>&quot;<i>Merveilleuse est la poigne de neige dans la bouche<br>         des hommes qui souffrent de la chaleur d&#146;t<br>         Merveilleux les vents de printemps<br>         pour les marins qui ont soif de hisser les voiles<br>         Et plus merveilleux encore le simple drap<br>         sur deux amants dans un lit.</i>&quot;<i><br>         </i><b>John Berger, <i>Qui va l&nbsp;?</b></p>         </i><p><font size="3">&quot;<i>On ne mange jamais  la cantoche, c&#146;est trop la mort.         Des trucs comme a, on n&#146;en parle jamais dans les manifs. Mais ils se foutent de         nous, c&#146;est imbouffable. Aprs a, y a un tas de cons pour expliquer dans les         mdias que les jeunes ne pensent qu&#146; aller au MacDo, qu&#146;ils perdent le got,         tout a. On les collerait devant cette bouffe pendant une semaine, et ils prieraient pour         se taper un Cheese.</i>&quot;<br>         <b>Julie, du lyce Mounier  Grenoble, reportage de Michel Holtz, <i>Libration</i>, 7         novembre 1998</b></font></p>         <p>&quot;<i>L&#146;rotisme, c&#146;est une veine importante en littrature. Je ne vois         pas pourquoi, dans le cinma, le cul est toujours sous-jacent. Des pornos, j&#146;en ai         vu beaucoup, je ne m&#146;en lassais pas. On dit que quand on en a vu un, on les a tous         vus. Moi, j&#146;avais cette impression avec le cinma normal. Alors que le porno,         j&#146;tais toujours merveill. a m&#146;a pass, a m&#146;ennuie maintenant.         J&#146;allais dans tous les clubs de la rue Saint-Denis. Avec mon frre, on         s&#146;changeait les cassettes, on n&#146;y allait pas ensemble, quelle horreur, mais il         m&#146;a racont qu&#146;il dealait des cartes d&#146;abonnement contre des places  mes         spectacles.</i>&quot;<br>         <b>Philippe Caubre  <i>Libration</i>, 17-18 mai 1997</b></p>         <p>&quot;<i>Pourquoi personne n&#146;imprime dans les journaux<br>         Que la vie est bonne! Je te salue, Marie:<br>         Que c&#146;est bon de pisser sur des accords de piano<br>         Que c&#146;est divin de baiser dans les roseaux affols par le vent</i>&quot;<br>         <strong>Bertolt Brecht, <i>De la sduction des anges</i></strong></p>         <p>&quot;<i>Eros, dieu moniste, mle soma et psych. Il les entrelace, les combine,         opre leur fusion, et laisse paisible aprs l&#146;orage l&#146;organisme inond         d&#146;hormones et de tendresse.</i>&quot;<br>         <strong>Jean-Marc Pradier, &quot;<i>La Chair du pch</i>&quot;, in <i>Le corps tabou</i>,         Internationale de l&#146;imaginaire, Babel</strong></p>         <p>&quot;<i>Le plateau de repas semble un tableau des plus dlicats: c&#146;est un cadre         qui contient sur fond sombre des objets varis (bols, botes, soucoupes, baguettes,         menus tas d&#146;aliments, un peu de gingembre gris, quelques brins de lgumes orange, un         fond de sauce brune), et comme ces rcipients et ces morceaux de nourriture sont exigus         et tnus, mais nombreux, on dirait que ces plateaux accomplissent la dfinition de la         peinture, qui, selon Piero della Francesca, </i>&quot;n&#146;est qu&#146;une         dmonstration de surfaces et de corps devenant toujours plus petits ou plus grands         suivant leur terme&quot;<i>. Cependant, un tel ordre, dlicieux lorsqu&#146;il apparat,         est destin  tre dfait, refait selon le rythme mme de l&#146;alimentation; ce qui         tait tableau fig au dpart, devient tabli ou chiquier, espace, non d&#146;une         vue, mais d&#146;un faire ou d&#146;un jeu; la peinture n&#146;tait au fond qu&#146;une         palette (une surface de travail), dont vous allez jouer au fur et  mesure que vous         mangerez, puisant ici une pince de lgumes, l de riz, l de condiment, l une         gorge de soupe, selon une alternance libre,  la faon d&#146;un graphiste         (prcisment japonais), install devant un jeu de godets et qui, tout  la fois, sait         et hsite; de la sorte, sans tre nie ou diminue (...), l&#146;alimentation reste         empreinte d&#146;une sorte de travail ou de jeu, qui porte moins sur la transformation de         la matire premire (objet propre de la &quot;cuisine&quot;; mais la nourriture         japonaise est peu cuisine, les aliments arrivent naturels sur la table; la seule         opration qu&#146;ils aient subie, c&#146;est d&#146;tre dcoups), que sur         l&#146;assemblage mouvant et comme inspir d&#146;lments dont l&#146;ordre de         prlvement n&#146;est fix par aucun protocole (vous pouvez alterner une gorge de         soupe, une bouche de riz, une pince de lgumes); tout le fait de la nourriture tant         dans la composition, en composant vos prises, vous faites vous-mme ce que vous mangez;         le mets n&#146;est plus un produit rifi, dont la prparation est, chez nous,         pudiquement loigne dans le temps et dans l&#146;espace (repas labor          l&#146;avance derrire la cloison d&#146;une cuisine, pice secrte o &quot;tout est         permis&quot;, pourvu que le produit n&#146;en sorte que compos, orn, embaum,         fard). D&#146;o le caractre vivant (...) de cette nourriture, qui semble en toutes         saisons accomplir le voeu du pote: </i>&quot;Oh! clbrer le printemps par des         cuisines exquises...&quot;&quot;<br>         <strong>Roland Barthes parlant de la cuisine japonaise, <a href="f-signe.htm"><i>L&#146;Empire         des signes</i></a></strong><dl>           <dt><font size="3">&quot;<em>A l'endroit o le Nil pntre en Egypte, les gens             accoutums  cette besogne jettent le soir leurs filets dploys dans le fleuve; et             quand le matin arrive, ils y trouvent les denres prcieuses qu'on apporte dans le pays,             gingembre, rhubarbe, bois d'alos et cannelle. On dit que ces pices viennent du paradis             terrestre, tombent sous le vent des arbres du paradis, comme le bois sec que le vent abat             dans la fort...</em>&quot;<br>             <strong>Joinville cit par Jacques Le Goff</strong></font></dt>           <dt>&nbsp;</dt>           <dt><font size="3">&quot;<em>Elles montaient dans ces escaliers dlabrs, troits,             rays, par endroits, d'bauches de madones endormies au milieu de champs de fleurs. Au             cours de la remonte, Zad, la fantaisiste, rappelait  ses compagnes l'odeur du             couscous, des viandes rties, des dattes, des poules cuites dans des sauces aux herbes,             et, avec une malice enfantine, elle parlait des garons, blancs, et noirs, et chinois,             qui les attendaient  la sortie du volcan, avec des grenades  la main et des vtements             d'or. Les autres riaient:</em> &quot;Raconte, raconte encore, Zad. Ainsi la remonte             nous parat plus facile&quot;.&quot;<br>             <strong>Bonaviri, <em>Silvinia ou le voyage des gars</em></strong></font></dt>           <dt>&nbsp;</dt>           <dt><font size="3">&quot;<em>L'amour, c'est le temps et l'espace rendus sensibles au             c&#156;ur.</em>&quot;<br>             <strong>Marcel Proust</strong></font></dt>           <dt>&nbsp;</dt>           <dt><font size="3">&quot;<em>Dire Daoua est tout prs. On devine, droit devant, les             lumires de la ville. Quand le train repart dans l'paisseur de la nuit, nous sentons             accourir vers nous quelques odeurs identifiables: le beurre fondu, l'Eucalyptus un peu             sucr, l'injera aigrelette, le gingembre poivr et le caf qu'on grille sur le seuil             des maisons. <br>             Vois, Raymond, mme dans le noir nous reconnaissons l'Ethiopie...</em>&quot;<br>             <strong>Jean-Claude Guillebaud, <em>La Porte des Larmes, retour en Abyssinie</em>, avec             Raymond Depardon, Seuil</strong></font></dt>           <dt>&nbsp;</dt>           <dt><font size="3">&quot;<em>L'appartement du cinquime tage a de hauts plafonds, de             grandes fentres et les pieds des meubles y sont fins. Un appartement fait pour les             longues conversations.</em>&quot;<br>             <strong>Ninon chez sa mre Zdena, John Berger, <em>Qui va l?</em></strong></font></dt>           <dt>&nbsp;</dt>           <dt><font size="3">&quot;<em>J'vitais les occasions qui pouvaient m'arracher  mon             obsession, lectures, sorties et toute activit dont j'avais le got avant. J'aspirais au             dsoeuvrement complet. J'ai refus avec violence une charge supplmentaire de travail             que mon directeur me rclamait, l'insultant presque au tlphone. Il me semblait que             j'tais dans mon bon droit en m'opposant  ce qui m'empchait de m'adonner sans limites             aux sensations et aux rcits imaginaires de ma passion.<br>             Dans le RER, le mtro, les salles d'attente, tous les lieux o il est autoris de ne se             livrer  aucune occupation, sitt assise, j'entrais dans une rverie de A. A la seconde             juste o je tombais dans cet tat, il se produisait dans ma tte un spasme de bonheur.             J'avais l'impression de m'abandonner  un plaisir physique, comme si le cerveau, sous             l'afflux rpt des mmes images, des mmes souvenirs, pouvait jouir, qu'il soit un             organe sexuel pareil aux autres.</em>&quot;<br>             <strong>Annie Ernaux, <em>Passion simple</em></strong></font></dt>         </dl>         <p><a href="f-cita.htm"><font size="4">Sommaire des citations</font></a></p>         <p align="center">&nbsp;</td>       </tr>       <tr>         <td valign="middle" align="left"><!--webbot bot="ImageMap" rectangle="(5,4) (69, 44)  default.htm" src="logos/LOGAC1.jpg" alt="Accueil" border="0" startspan --><MAP NAME="FrontPageMap"><AREA SHAPE="RECT" COORDS="5, 4, 69, 44" HREF="default.htm"></MAP><a href="_vti_bin/shtml.exe/f-cit4.htm/map"><img ismap usemap="#FrontPageMap" border="0" height="45" alt="Accueil" src="logos/LOGAC1.jpg" width="70"></a><!--webbot bot="ImageMap" endspan i-checksum="28296" --></td>         <td valign="middle" align="left"><!--webbot bot="ImageMap" rectangle="(2,7) (69, 44)  edito.htm" src="logos/LOGED1.jpg" alt="Editorial" border="0" startspan --><MAP NAME="FrontPageMap1"><AREA SHAPE="RECT" COORDS="2, 7, 69, 44" HREF="edito.htm"></MAP><a href="_vti_bin/shtml.exe/f-cit4.htm/map1"><img ismap usemap="#FrontPageMap1" border="0" height="45" alt="Editorial" src="logos/LOGED1.jpg" width="70"></a><!--webbot bot="ImageMap" endspan i-checksum="20037" --></td>         <td valign="middle" align="left"><!--webbot bot="ImageMap" rectangle="(4,2) (69, 44)  g-acc.htm" src="logos/LOGGE1.jpg" alt="Gens de bien" border="0" startspan --><MAP NAME="FrontPageMap2"><AREA SHAPE="RECT" COORDS="4, 2, 69, 44" HREF="g-acc.htm"></MAP><a href="_vti_bin/shtml.exe/f-cit4.htm/map2"><img ismap usemap="#FrontPageMap2" border="0" height="45" alt="Gens de bien" src="logos/LOGGE1.jpg" width="70"></a><!--webbot bot="ImageMap" endspan i-checksum="51570" --></td>         <td valign="middle" align="left"><!--webbot bot="ImageMap" rectangle="(4,3) (69, 44)  i-acc.htm" src="logos/LOGIN1.jpg" alt="Incursions" border="0" startspan --><MAP NAME="FrontPageMap3"><AREA SHAPE="RECT" COORDS="4, 3, 69, 44" HREF="i-acc.htm"></MAP><a href="_vti_bin/shtml.exe/f-cit4.htm/map3"><img ismap usemap="#FrontPageMap3" border="0" height="45" alt="Incursions" src="logos/LOGIN1.jpg" width="70"></a><!--webbot bot="ImageMap" endspan i-checksum="42868" --></td>         <td valign="middle" align="left"><!--webbot bot="ImageMap" rectangle="(1,6) (69, 44)  f-acc.htm" src="logos/LOGFE1.jpg" alt="Feuilles de route" border="0" startspan --><MAP NAME="FrontPageMap4"><AREA SHAPE="RECT" COORDS="1, 6, 69, 44" HREF="f-acc.htm"></MAP><a href="_vti_bin/shtml.exe/f-cit4.htm/map4"><img ismap usemap="#FrontPageMap4" border="0" height="45" alt="Feuilles de route" src="logos/LOGFE1.jpg" width="70"></a><!--webbot bot="ImageMap" endspan i-checksum="42138" --></td>         <td valign="middle" align="left"><!--webbot bot="ImageMap" rectangle="(0,3) (69, 44)  courrier.htm" src="logos/LOGCO1.jpg" alt="Courrier" border="0" startspan --><MAP NAME="FrontPageMap5"><AREA SHAPE="RECT" COORDS="0, 3, 69, 44" HREF="courrier.htm"></MAP><a href="_vti_bin/shtml.exe/f-cit4.htm/map5"><img ismap usemap="#FrontPageMap5" border="0" height="45" alt="Courrier" src="logos/LOGCO1.jpg" width="70"></a><!--webbot bot="ImageMap" endspan i-checksum="22013" --></td>       </tr>       <tr>         <td colspan="6"><p align="center"><small> <em>Priphries</em>, 2002</small></td>       </tr>     </table>     </div></td>   </tr> </table> </center></div> </body> </html> 
