<HTML>   <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 3.0 Mac">   <TITLE>Document sans titre</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#ffedc7" LINK="#7285dc" ALINK="#990099" VLINK="#009999">  <P>&nbsp;</P>  <BLOCKQUOTE>   <P><CENTER><FONT COLOR="#990000" SIZE="+3" FACE="Matura MT Script Capitals">Les   Textes de</FONT></CENTER></P>   <P><CENTER><FONT COLOR="#990000" SIZE="+3" FACE="Matura MT Script Capitals">Jean   Manuel Florensa</FONT></CENTER></P>   <P><CENTER>&nbsp;</CENTER></P></BLOCKQUOTE>  <P><CENTER>Tous droits r&eacute;serv&eacute;s</CENTER></P>  <P><CENTER><B>Jean Manuel FLORENSA<BR> </B>Manoir des Manumis<BR> 1068 avenue de la Chalosse<BR> 40280 BENQUET<BR> T&eacute;l. : 05 58 71 05 10<BR> Fax : 05 58 06 92 76</CENTER></P>  <P><CENTER>E-mail <A HREF="jmflorensa@libertysurf.fr">jm.florensa@libertysurf.fr</A></CENTER></P>  <P><HR ALIGN=LEFT></P>  <P><CENTER>&nbsp;</CENTER></P>  <P><CENTER><B><I><FONT COLOR="#990000" SIZE="+4" FACE="Matura MT Script Capitals">&quot; Un sourire en enfer &quot;</FONT></I></B></CENTER></P>  <P><CENTER><FONT SIZE="+2">Com&eacute;die dramatique</FONT></CENTER></P>  <P>&nbsp;</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B>Version Octobre 2002</B></P>  <P>Jo&euml;lle Fossier avec <B><I>&quot; Compartiment fumeuses &quot;</I></B> a racont&eacute; une histoire d'amiti&eacute; entre deux femmes. Avec son aimable autorisation, j'ai imagin&eacute; un diptyque au masculin.<BR> JM. F.</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><I>&quot; Le seul amour v&eacute;ritable passe par l'expression po&eacute;tique. &quot;</I></P>  <P>L'auteur tient &agrave; l'accompagnement musical de <I>Tristan et Isolde</I>, non seulement parce que l'op&eacute;ra exalte un amour impossible, mais parce que, par l'envo&ucirc;tement qu'elle suscite, la musique exprime la victoire de la nuit sur le jour, des passions lib&eacute;r&eacute;es qui n'ont plus que faire d'une conscience.</P>  <P>&nbsp;</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><I>Une cellule. <BR> Les bruits diurnes d'une prison emplissent l'espace. Bruits de pas, de claquements des judas dans un grondement en &eacute;cho o&ugrave; l'on per&ccedil;oit des cris, des injures. &quot; Enfoir&eacute; ! - Encul&eacute; de ta m&egrave;re ! Encul&eacute; ! - Bordel d'encul&eacute; ! &quot;, le bruit des chasses d'eau, leur borborygme de succion. &quot; Encul&eacute; de ta m&egrave;re ! - Nique ta m&egrave;re - Fais chier ! &quot; Cliqu&egrave;tements de cl&eacute;s et grincement de porte.<BR> La porte s'ouvre sur Dominique. Il entre dans l'&eacute;clairage de l'embrasure.<BR> La porte claque. La cellule s'&eacute;claire. Il y a comme un &eacute;blouissement qui laisse Dominique bouche b&eacute;e.</I></P>  <P><B>Pierre :</B> Tu m'entends ou quoi ?... <I>(Coll&eacute; contre la porte Dominique reste abasourdi. Pierre, quill&eacute; sur son lit, comme pr&ecirc;t &agrave; attaquer, ricane. Inqui&eacute;tant :)</I> Tu fais semblant de rien entendre <I>(Bref ricanement. Il l'inspecte d'un regard incisif.)</I> Allez <I>(Il tend une main imp&eacute;rieuse. Dominique se plaque contre la porte. La peur l'envahit de plus en plus. Pierre saute du lit. Dominique tape contre la porte pour appeler le gardien. Mais son coup est mou, tellement la panique le saisit. Il a d'ailleurs laiss&eacute; tomber la paire de draps qui lui avait &eacute;t&eacute; remise.)</I> un paum&eacute;. <I>(Pierre avance lentement comme un guerrier pr&ecirc;t &agrave; l'attaque)</I> Je te demande si tu as de l'argent. <I>(Dominique ne r&eacute;pond pas) </I>Je ne sais pas si tu m'entends ou si tu fais la sourde oreille. <I>(Dominique bouge la t&ecirc;te imperceptiblement, puis il glisse vers le coin W.C. Pierre va se nicher vers le coin lavabo.)</I> Je dispose de deux suppositions. <I>(D'un ton sec qui fait sursauter le nouveau venu)</I> Toi aussi. Ou tu as des difficult&eacute;s auditives et, dans ce cas, poliment, je te dis : <I>(il crie)</I> &quot; Le Monsieur te demande si tu as de l'oseille ! &quot; et dans ton oreille l'oseille cliqu&egrave;te des rythmes de pepette, de flouze, de kopeck, de soussous ou seconde supposition : monsieur fait la sourde oreille.<BR> Tu choisis. Tu entends ou pas.</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(La gorge s&egrave;che)</I> Vous voulez de l'argent ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Ah il entend ! Nous voil&agrave; d&eacute;barrass&eacute;s d'un grave probl&egrave;me. La communication va &ecirc;tre r&eacute;tablie. Il ne s'agit pas de payer le loyer. Ce n'est pas mon genre. Je ne suis moi-m&ecirc;me qu'un simple locataire. <I>(Il fait un geste de la main pour l'effrayer. On ne sait pas s'il s'amuse ou s'il est vraiment d&eacute;rang&eacute;. En cet instant Dominique craint le pire ; il regarde vers la porte et d'un rapide coup d'il inspecte la cellule il n'y a aucune &eacute;chappatoire possible.)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Je m'appelle Dominique</P>  <P><B>Pierre :</B> Gar&ccedil;on timide, craintif et tr&egrave;s bien &eacute;lev&eacute; qui ne vient pas des cit&eacute;s malfam&eacute;es, dites-moi si vous avez votre obole. <I>(Comme Dominique ne comprend pas, Pierre pr&eacute;cise th&eacute;&acirc;tralement avec un geste de qu&ecirc;te)</I> Une pi&egrave;ce. <I>(Sa d&eacute;termination devient encore plus inqui&eacute;tante)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Ah ? <I>(Fouille dans sa poche en ressort une poign&eacute;e)</I> J'ai &ccedil;a.</P>  <P><B>Pierre :</B> Une ! <I>(Dominique ob&eacute;it)</I> Qu'il est mignon il a choisi la plus ch&egrave;re. Au cas o&ugrave;. <I>(Il la lui tend)</I> Non, non L&agrave; ! <I>(Il ouvre la bouche. Dominique h&eacute;site. Pierre confirme. Il d&eacute;pose la pi&egrave;ce de monnaie dans la bouche de Pierre qui la recrache aussit&ocirc;t. Appr&eacute;hension de Dominique)</I> C'est bien, vous pouvez monter sur la barque. <I>(Il saute sur le lit vide de Dominique)</I> Allez, hop ! Embarcation imm&eacute;diate. Alors paum&eacute;, tu montes ou tu restes ? ! Si tu ne montes pas, tu n'auras jamais ta place dans ce trou de merde !<I> (Dominique se conforme, craintif, &agrave; la demande. Pierre fait mine de pousser la barque avec une perche. Ils naviguent sur un fleuve imaginaire).</I> My name is Charon. Le nocher qui fait traverser le Styx au milieu des t&eacute;n&egrave;bres aussi sombres qu'un trou du cul. Et hop ! Voil&agrave; la rive brumeuse. Bienvenue en Enfer. <I>(Il saute du lit, alors que Dominique s'y recroqueville)</I> Monsieur le bien fringu&eacute; ne veut pas poser son pied raffin&eacute; dans la gadoue infernale ! Monsieur le d&eacute;licat guette les ombres malveillantes de cet endroit maudit En face de vous, Monsieur le nouveau venu, peut-&ecirc;tre un d&eacute;fonc&eacute; aux inqui&eacute;tantes simagr&eacute;es ? Allez savoir quelle est la d&eacute;mence qui hante les cellules, qui r&ocirc;de dans les couloirs et dans les circonvolutions c&eacute;r&eacute;brales de celui qui vous ouvre les portes du Tartare. Que Monsieur ne craigne pas l'Ange du Bizarre, s'il a deux ailes c'est pour mieux s'a&eacute;rer dans les lieux confin&eacute;s. <I>(Agressif, lui crachant dessus :)</I> Tu comprends esp&egrave;ce de tar&eacute; ! ! ! <I>(Amical et moqueur :)</I> Qu'il se rassure le monsieur, je ne joue pas &agrave; ce jeu-l&agrave;. Je pr&eacute;f&egrave;re d'autres jeux comme monsieur a pu constater. Non, je ne suis pas givr&eacute; d'origine. Je t'ai fait peur, hein ? C'est pas grave, on se distrait comme on peut. Mais, en tant qu'ancien vaccin&eacute;, il faut que j'apprenne quelques r&egrave;gles &agrave; monsieur. La premi&egrave;re s'appelle la cantine Tu n'as pas l'air de comprendre. Tu es sourd ou quoi ?</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(Prenant une contenance)</I> ... si, la cantine... comme &agrave; l'&eacute;cole... On va &agrave; la cantine ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Non Monsieur, ici, c'est un quatre &eacute;toiles. On t'apporte le plateau. Ou plut&ocirc;t on te le glisse sous la porte. Tu n'as qu'&agrave; te mettre &agrave; quatre pattes pour le bouffer. La cantine, c'est le surplus &agrave; la l&eacute;galit&eacute;. Si au petit d&eacute;j' tu as l'habitude de tartiner des biscottes avec du beurre et de la confiture de groseille, suffit de passer ta demande au maton. Avec de l'argent, tu as tout ce que tu veux presque comme chez Fauchon. &Agrave; part qu'ici on ne fauche rien, ici on paye ! Tout. Peut y avoir m&ecirc;me des surench&egrave;res. Surtout sur le tabac. L'herbe &agrave; Nicot est tr&egrave;s pris&eacute;e ici. Tu fumes ?</P>  <P><B>Dominique :</B> ... non... <I>(Il s'assied sur le rebord du lit)</I></P>  <P>Pierre : Tant mieux, ici compartiment non fumeurs. Cela tombe bien parce que le dernier r&eacute;cidiviste qui a partag&eacute; ma cellule &eacute;tait accro. <BR> <BR> <B>Dominique :</B> ... je ne suis pas un r&eacute;cidiviste...</P>  <P><B>Pierre :</B> Et moi je suis le pape.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je vous assure...</P>  <P><B>Pierre :</B> C'est cela, une erreur d'aiguillage...</P>  <P><B>Dominique :</B> ... je n'ai rien fait.</P>  <P><B>Pierre :</B> Un de plus. Nous sommes tous des innocents. C'est la loi qu'est mal ficel&eacute;e. Tu crois que l'on flanque quelqu'un en t&ocirc;le pour 20.000 balles de dettes ? Et bien oui. M&ecirc;me pour deux ans. Tu trouves cela juste, toi ?... Quand tu n'as pas le rond et pas de boulot qu'est-ce que t'es oblig&eacute; de faire ?... C'est vrai que t'as pas l'air de n'importe qui. Quelle marque ta chemise ?... <I>(Dominique cherche et ne trouve pas)</I> C'est pas la peine. Tu le portes sur ta gueule que t'es un fils de bourge.</P>  <P><B>Dominique : </B>... mon p&egrave;re est m&eacute;decin.</P>  <P><B>Pierre :</B> Et il n'a pas r&eacute;ussi &agrave; t'&eacute;viter la taule ?!... Tout s'ach&egrave;te : l'innocence comme les cigarettes.</P>  <P><B>Dominique : </B>Je suis une victime.</P>  <P><B>Pierre :</B> Tu parles... On ne m&ecirc;le pas les pr&eacute;venus avec les r&eacute;cidivistes... &Agrave; moins que la saison ait fait complet.</P>  <P><B>Dominique : </B>Sans doute...</P>  <P><B>Pierre :</B> ... ouais... Tu as eu droit au fourgon ? <I>(Dominique hoche la t&ecirc;te)</I> ... Aux menottes ? <I>(Dominique nie)</I> ... Quand on me joint les poignets, mes mains s'ouvrent et forment un oiseau pr&ecirc;t &agrave; l'envol... Et elles s'envolent... Jusqu'&agrave; la limite des bras. Pas loin, quoi. C'est le seul exercice que les menottes permettent. Pr&eacute;venu ou pas, c'est ici que tu vas cr&eacute;cher un certain temps, n'est-ce pas ? Bienvenu au palace. Ton pieu... tu peux d&eacute;poser tes affaires... &quot; Vous restez bien pour la nuit, monsieur ?... Une sonnerie vous informera des heures de repas &quot; ... Un grabuge pas possible dans les couloirs : tout le monde a faim. Mais quand l'odeur de la bouffe vient titiller les narines, tu n'as plus qu'une envie : changer de resto. Alors tu cantines tes propres p&acirc;tes et ton riz. &quot; Pour le r&eacute;veil, vous n'avez qu'un seul horaire &agrave; respecter. ... Les toilettes... la salle de bain... le dressing... tout ceci est un peu m&ecirc;l&eacute;... faute de place... mais tout fonctionne &agrave; merveille. &quot; Faudra-t-y faire, on ne peut ni pisser ni chier sans t&eacute;moin. Une habitude cellulaire &agrave; adopter. Faut prendre de la hauteur mon petit, sinon tu n'es plus que ce qu'ils veulent que tu sois : moins qu'un num&eacute;ro d'&eacute;crou, un moins que rien, moins que la merde &agrave; laquelle tu sacrifies par besoin naturel. Humili&eacute; pour humili&eacute;, montre que tu gardes ta dignit&eacute;. <BR> Je m'appelle Pierre Hauster, et toi ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Dominique, Dominique de Vill&eacute;gier.</P>  <P><B>Pierre :</B> Je m'en doutais. Du bon ton et des mani&egrave;res &agrave; particule... Ce nom-l&agrave;, y a que la mondaine pour le coffrer... Non ?... <I>(Dominique ne r&eacute;pond pas)</I> Surdit&eacute; pr&eacute;coce ou pub&egrave;re ? ... Le r&eacute;sultat du jugement ?<BR> <BR> <B>Dominique :</B> Je suis pr&eacute;venu. C'est tout ce que je sais. Et je m'en fous. <I>(Il s'assied sur le lit).</I></P>  <P><B>Pierre :</B> Tu es pr&eacute;venu pour quoi ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Les assises. On doit me juger aux assises...</P>  <P><B>Pierre :</B> Fichtre ! Jolie gueule, bon teint, bon ton, bon genre, n&eacute; dans de la dentelle... tu risques de finir o&ugrave; ?... tu as tu&eacute; quelqu'un ?<BR> <I>(Dominique &eacute;clate en sanglots)</I> Oh c'est pas vrai. Une sensibilit&eacute; de gonzesse. <I>(Il va taper &agrave; la porte)</I> H&eacute; ! qui est-ce que vous m'avez flanqu&eacute;. Je ne veux pas de cette p&eacute;dale ! <I>(&Agrave; Dominique)</I> T'as pas int&eacute;r&ecirc;t &agrave; m'emmerder avec tes larmettes. Fallait penser avant d'entrer en enfer. C'est pas vrai les jeunes d'aujourd'hui ! Il suffit qu'on leur mette un flingue dans les mains pour qu'ils n'h&eacute;sitent pas &agrave; tirer, dans les HLM de banlieue aussi bien que dans les h&ocirc;tels particuliers du XVIe ! Car c'est avec un flingue, n'est-ce pas ? C'&eacute;tait qui ?</P>  <P><B>Dominique : </B>... Vous avez fini !... &Ccedil;a n'arr&ecirc;te pas. Interrogatoire sur interrogatoire. J'en ai assez, assez, assez !... Foutez-moi la paix.</P>  <P><B>Pierre :</B> Si tu veux la fermer, tu la fermes, mais tu ne me gueules pas. Compris ! Non mais qu'est-ce que c'est que ce morpion qui me gueule alors que je l'accueille comme un fr&egrave;re. Personne ne m'a demand&eacute; d'&ecirc;tre gentil, petit tas de merde ! T'aurais pu tomber dans une autre cellule, t'aurais d&eacute;gust&eacute; l'accueil. Non mais, je n'en ai rien &agrave; foutre de ta gueule d'innocent ! Si personne jusqu'ici n'a os&eacute; hausser le ton avec toi, et bien avec moi tu n'auras pas fini de m'entendre. D'ailleurs, j'ai pas envie de me faire chier pendant des mois avec un petit merdeux en dentelles qui larmoie comme une nana en retard sur ses r&egrave;gles. OK ?... tu la boucles et je la boucle, j'ai l'habitude de me taire, la solitude ne me fait pas peur. Alors tu restes dans ton coin, et moi dans le mien. OK ?</P>  <P><I>(Silence. Pierre semble reprendre son occupation de d&eacute;part. Il relit une lettre manuscrite. R&eacute;fl&eacute;chit. Est agac&eacute;.)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Je m'excuse.</P>  <P><B>Pierre : </B>Je sais que tu as &eacute;t&eacute; bien &eacute;lev&eacute; et que cela ne te co&ucirc;te pas de t'excuser.</P>  <P><B>Dominique : </B>C'est la premi&egrave;re fois...</P>  <P><B>Pierre :</B> Y a toujours une premi&egrave;re fois. Et l&agrave; on comprend qu'on sera comme deux potes ou comme deux portes de prison -&eacute;videmment - ...</P>  <P><I>(Silence. Pierre reprend son activit&eacute;. D'un stylo imp&eacute;rieux, il corrige quelques mots de son courrier.)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Je suis &eacute;tudiant.</P>  <P><B>Pierre :</B> Et tu as flingu&eacute; ton prof. Rien d'original : &ccedil;a devient une mode.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je suis... ou j'&eacute;tais bon &eacute;l&egrave;ve. Je ne sais plus quel temps employer.</P>  <P><B>Pierre :</B> Tu peux utiliser le pass&eacute;... quand on met le doigt dans l'engrenage de la justice, on ne sait jamais si on va en sortir broy&eacute;. De toutes mani&egrave;res, apr&egrave;s ce n'est plus pareil. Si tu n'entres pas f&ecirc;l&eacute;, tu en ressors f&ecirc;l&eacute;. M&ecirc;me si tu n'&eacute;tais pas d&eacute;rang&eacute; du ciboulot quand tu as trucid&eacute; ton prof, tu n'&eacute;chapperas pas au d&eacute;rangement c&eacute;r&eacute;bral. Mais tu peux me raconter, ici j'en ai vu passer des d&eacute;traqu&eacute;s. Alors...</P>  <P><B>Dominique : </B>J'ai perdu l'esprit... pour un &eacute;tudiant en droit, cela la fout mal.</P>  <P><B>Pierre : </B>... en droit ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Je n'avais pas le choix : pr&ecirc;tre, juge ou m&eacute;decin. Mon p&egrave;re est docteur g&eacute;n&eacute;raliste et catholique extr&eacute;miste.</P>  <P><B>Pierre :</B> Qu'est-ce que tu aurais voulu faire ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Chanter.</P>  <P><B>Pierre :</B> Et tu es parti pour &ecirc;tre le t&eacute;nor du barreau.</P>  <P><B>Dominique : </B>C'est pas dr&ocirc;le.</P>  <P><B>Pierre :</B> Moi, cela me fait rire les destins cass&eacute;s. Enfin pas tout de suite. Quand je suis arriv&eacute;, la premi&egrave;re fois, j'ai fait comme toi. M'affaisser sur le matelas et pleurer. Pleurer jusqu'&agrave; &eacute;puisement. &Agrave; sec. Plus de larmes. Comme une gonzesse tarie. J'&eacute;tais aussi fragile qu'une gonzesse. Enfin, on les dit fragiles mais elles sont beaucoup plus r&eacute;sistantes que nous. Il y a des expressions toutes faites qui nous avantagent comme &ccedil;a, mais faut les voir la premi&egrave;re fois, les mecs, serrer les m&acirc;choires pour ne pas s'effondrer ; faut les voir s'effriter lentement et lentement se d&eacute;verser sur le grabat comme un tas de gravats. En petits morceaux les mecs. F&eacute;tu de paille vide dans le vide de la mer, en qu&ecirc;te d'une petite &icirc;le sauvage o&ugrave; l'on pourrait encore partager quelques rires en attente d'un paquebot direction le continent perdu. Moi, les r&ecirc;ves du paquebot qui pointe &agrave; l'horizon, je n'y crois plus. <BR> T'as flingu&eacute; qui ?</P>  <P><I>(Silence. Pierre plonge dans sa lettre. Il &eacute;crit quelques mots. Regarde Dominique qui le regarde. Comme pour se d&eacute;barrasser, il lui tend un livre :)</I></P>  <P><B>Pierre : </B>Tu veux lire ? <I>(Dominique refuse l'offre)</I> Y a un chariot biblioth&egrave;que tous les quinze jours. <I>(Silence. Dominique &eacute;coute la rumeur, le bruit des pas, le cliqu&egrave;tement des cl&eacute;s, les injures.)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> C'est impressionnant !</P>  <P><B>Pierre : </B>Au d&eacute;but, j'ai cru qu'on torturait par-ci par l&agrave;. Il n'y a pas plus grand bourreau que la nuit solitaire pour torturer et tuer. ... J'ai cri&eacute;. Tu crieras aussi.<BR> On appelle cela le traumatisme de la captivit&eacute;. On se br&ucirc;le la main, on se coupe un doigt, on se taille la langue d'un grand coup de m&acirc;choire, on s'assomme contre le mur... n'importe quoi pourvu qu'&agrave; l'infirmerie une paire de mains vous inonde d'alcool et qu'un pansement vous caresse. On fait le douillet apr&egrave;s avoir os&eacute; se crever le tympan ou l'il. La plus grande cajolerie, c'est le m&eacute;dicament qui t'endort pendant deux ou trois jours.<BR> Voici le menu de votre s&eacute;jour monsieur Dominique de Vill&eacute;gier.<BR> Bienvenu aux enfers.</P>  <P><B>Dominique :</B> &quot; Lasciate ogni speranza voi ch'entrate &quot;</P>  <P><B>Pierre :</B> &quot; Laissez toute esp&eacute;rance avant d'entrer &quot;. Ben quoi, qu'est-ce que tu me regardes avec des yeux de merlan frit ? C'est pas parce que je ne suis pas fils de m&eacute;decin que je ne connais pas Dante. <BR> &quot; Au milieu de la course de ma vie, je perdis le v&eacute;ritable chemin et je m'&eacute;garai dans une for&ecirc;t obscure : ah ! il serait trop p&eacute;nible de dire combien cette for&ecirc;t, dont le souvenir renouvelle ma crainte, &eacute;tait &acirc;pre, touffue et sauvage. &quot;...</P>  <P><B>Dominique :</B> Arr&ecirc;tez s'il vous pla&icirc;t.</P>  <P><B>Pierre :</B> Oui, il y a des phrases comme &ccedil;a qui vous disent votre parcours. Mais tel est le parcours de l'humanit&eacute;. On vous lance sur une route tellement mal signal&eacute;e que, parfois - parfois ou toujours ? - on abandonne la bonne voie et on tombe sur le lieu, &quot;le lieu terrible qui voue &agrave; l'infamie ceux qui ne craignent pas de s'y arr&ecirc;ter.&quot; Quelle bretelle as-tu prise Dominique ?<BR> <I>(Dominique s'enferme dans son silence)<BR> </I>T'es mal barr&eacute;. Un paum&eacute; ordinaire bas de gamme. Si tu veux sortir vivant, fais comme moi : semblant. Tu crois que tout le monde conna&icirc;t Dante dans le texte ici ? Ils sont imbattables au PMU, au foot et au rugby. Tous les championnats sur le bout du doigt. Ce n'est pas Dante qui va les impressionner. Tu t'int&eacute;resses au foot ? <I>(Dominique hausse les &eacute;paules)</I> Si tu ne veux pas &ecirc;tre bouff&eacute;, t'as int&eacute;r&ecirc;t &agrave; choisir entre l'OM et Paris St Germain. Et pr&ecirc;t &agrave; sortir les poings. <I>(Moqueur :)</I> Pauvres petites mimines. <I>(Le reprenant sous son aile :)</I> Faut d&eacute;fendre ton int&eacute;grit&eacute;, tes droits et ton territoire. Y en a qui deviennent de v&eacute;ritables terreurs, des brutes que tu n'oses m&ecirc;me plus regarder. <I>(Le ton devient moqueur :)</I> &Ccedil;a vient des glandes. La testost&eacute;rone. Jusqu'aux strates les plus profondes, ils ne sont que testost&eacute;rone. Un volcan de testost&eacute;rone dont les matons &eacute;touffent l'&eacute;ruption. On a le choix : la cogne ou les rasades de bromure. <I>(Confidentiel :)</I> Moi, j'sais pas viander, mais j'sais parler. Faute d'utiliser le poing, je sais me servir de la bouche. Par ailleurs, pour eux, je suis un peu d&eacute;rang&eacute;<BR> Ils respectent ce pouvoir-l&agrave;. Une chance. J'ai ma r&eacute;putation.<BR> Tu as besoin d'un coup de main ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Merci. J'ai pris l'habitude chez les scouts.</P>  <P><B>Pierre :</B> &Eacute;videmment.</P>  <P><B>Dominique :</B> ... &eacute;videmment ?</P>  <P><B>Pierre : </B>&Eacute;videmment, tu as fr&eacute;quent&eacute; les scouts. <I>(Dominique ne r&eacute;pond pas)</I> Draps tir&eacute;s, couvertures pli&eacute;es, oreillers au pied du lit.</P>  <P><B>Dominique :</B> Comment m'a-t-il appel&eacute; ?</P>  <P><B>Pierre :</B> 302. &Ccedil;a ne vaut certes pas Dominique de Vill&eacute;gier. <I>(Dominique le regarde)</I> Bon d'accord, je laisse tomber mes moqueries. Un peu. Pour l'instant. Je ne promets rien 302. - Les effets et affaires personnelles rang&eacute;s, s'il vous pla&icirc;t 302.</P>  <P><B>Dominique :</B> Il n'y a pas de couette ?</P>  <P><B>Pierre : </B>D&eacute;sol&eacute;. Le palace est en perte de vitesse.</P>  <P><B>Dominique :</B> Il n'a pas l'air rigolo le maton.</P>  <P><B>Pierre : </B>Il aboie pour se rendre important. Mais il peut &ecirc;tre gentil. Au d&eacute;but il me pr&ecirc;tait des revues... ses revues... je ne te dis pas... Lorsqu'il a d&eacute;couvert mes bouquins, un d&eacute;clic s'est fait dans sa caboche, j'ai eu droit &agrave; une litt&eacute;rature plus soutenue... En m'apportant les classiques racornis dont son lyc&eacute;en de fils ne voulait pas, je suis devenu sa poubelle intellectuelle.</P>  <P><B>Dominique :</B> A-t-il le droit de me refuser de joindre mon avocat ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Un maton a les droits qu'il se donne.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je vais protester.</P>  <P><B>Pierre :</B> Tr&egrave;s bien. Faut gueuler. Du papier, un stylobille et tu &eacute;cris au directeur.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je ne vais pas me g&ecirc;ner.</P>  <P><B>Pierre : </B>N'oublie pas l'enveloppe. Tu remettras le tout au maton pour le transmettre au dirlo.</P>  <P><B>Dominique : </B>... au maton... ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Il faut respecter la hi&eacute;rarchie. &quot; Laissez toute esp&eacute;rance... &quot; <BR> <I>(Silence)</I> Tu as quel &acirc;ge ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Bient&ocirc;t vingt. Et vous ?</P>  <P><B>Pierre :</B> &quot; Et toi ? &quot;</P>  <P><B>Dominique : </B>Et toi ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Quelle question ! J'ai envie de faire les coquettes. Je ne compte plus. L'&acirc;ge que j'ai est celui du tombeau. Toi, avec ta gueule d'enfant g&acirc;t&eacute;, qui croirait que tu es un assassin. Personne n'a l'&acirc;ge qu'on vous donne. Je n'ai m&ecirc;me pas l'&acirc;ge que je crois. J'ai perdu tous mes rep&egrave;res. J'ai pass&eacute; des ann&eacute;es &agrave; compter les bougies et puis... apr&egrave;s mon divorce, j'ai pass&eacute; le temps &agrave; compter les sous. Tu sais ce qui arrive quand une femme veut divorcer. Elle ne sait pas toujours pourquoi, mais elle en a marre de sa vie, de ta bobine, alors elle boude, fait la gueule &quot; Non Pierre, ne me touche pas. &quot;, &quot; Non Pierre, je ne peux pas &quot; - &quot; Qu'as-tu ? - Je ne sais pas. -Tu ne m'aimes plus ? - Je ne sais pas. - Tu aimes quelqu'un d'autre ? - Je ne sais pas. - Faudrait savoir quand m&ecirc;me. - &quot; Elle est si paum&eacute;e que tu ne sais m&ecirc;me pas ce qui t'arrive &agrave; toi. Tu veux franchir le silence, l'impassibilit&eacute;, l'aust&eacute;rit&eacute;.<BR> &quot; Tu as quelque chose &agrave; me reprocher ? &quot; Elle hausse les &eacute;paules comme une &eacute;l&egrave;ve qui ne sait pas pourquoi elle a tout oubli&eacute;.<BR> &quot; Qu'est-ce qui se passe ? - Que veux-tu qu'il se passe ? Rien. &quot;<BR> Tu cherches la raison de son hostilit&eacute;.<BR> &quot; Tu m'aimes ? &quot; Elle a r&eacute;pondu oui. Alors ? Pourquoi son corps m'&eacute;chappait-il, alors ? - Tu remarques qu'elle prend du whisky en rentrant &agrave; la maison, que le matin elle se maquille, qu'elle est radieuse et que tu ne fais pas partie de son rayonnement. Tu essayes de deviner les visages qui croisent son regard. Alors tu bois aussi, tu maigris, tu t'&eacute;nerves, tu te fais virer de ton boulot. B&ecirc;tement. Alors tu tra&icirc;nes &agrave; la maison, ch&ocirc;meur &eacute;pouvantable et &eacute;pouvant&eacute;. Tu tra&icirc;nes dehors, tu rencontres des filles, tu veux &ocirc;ter ton alliance et puis tu te dis que c'est pas bien. Lorsque tu te rends compte qu'elle n'a plus son alliance, tu es d&eacute;sar&ccedil;onn&eacute;. Tu as compris que c'&eacute;tait trop tard. Quand la belle-m&egrave;re pointe son nez, tu sais que tout est fini. La gamine te questionne : &quot; vous divorcez ? &quot;<BR> Tu as mal au ventre, au cur, partout. Comme si tu avais donn&eacute; tous tes organes. Laurence a mal. On lui arrache le cur et la t&ecirc;te.<BR> &quot; Tu ne t'es jamais occup&eacute; de Laurence ! &quot; lance-t-elle.<BR> Elle s'en va trois jours, puis revient : &quot; Tu m'accuserais d'abandon de domicile conjugal. C'est &agrave; toi de partir ! - Moi ? - Oui, et ne viens pas dans MA chambre ! &quot; Tu prends alors le canap&eacute;. Et la belle-m&egrave;re : &quot; Qu'attendez-vous pour partir ? Vous ne voyez pas tout le mal que vous lui faites ! Partez au moins pour la tranquillit&eacute; de votre fille ! &quot; Alors ta fille, tu la couvres de jouets, tant et tant qu'elle ne comprend pas que tu l'aimes tant. Tes copains, ils ont disparu. Tu as de la fiert&eacute; : tu te dis que tu fais le tri. Mais le tri, aussi salutaire soit-il, fait mal. Et puis, tu perds tout : elle t'a pris la maison et les meubles, Laurence et la voiture. Tu es dehors sans rien. Apr&egrave;s avoir squatt&eacute; quelques copains, tu deviens SDF. Tu as vendu tous tes disques, tous tes livres, la mobylette qui croupissait dans la cave, quelques fringues. Tu es nu comme un ver. Alors tes doigts deviennent agiles, de plus en plus agiles, tu te renfloues. Tu fais des ch&egrave;ques sans provision. Ta t&ecirc;te devient une calculette jusqu'au jour o&ugrave; tu n'en peux plus et, &eacute;videmment, tu te fais pincer.</P>  <P><B>Dominique : </B>C'est d&eacute;gueulasse.</P>  <P><B>Pierre :</B> C'est pire que d&eacute;gueulasse. T'as une petite amie ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Oui. Mais Juliette ne ferait jamais &ccedil;a.</P>  <P><B>Pierre : </B>Je ne crois plus &agrave; l'amour. <I>(Silence. Il prend la feuille de papier.) </I>Et ironie du sort, j'&eacute;cris des lettres d'amour.</P>  <P><B>Dominique :</B> Vous avez trouv&eacute; quelqu'un d'autre ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Je ne compte plus pour personne.</P>  <P><B>Dominique : </B>&Agrave; qui &eacute;crivez-vous ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Je fais &eacute;crivain public. Cela me paye la cantine.</P>  <P><B>Dominique :</B> Des lettres d'amour ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Essentiellement. Je r&eacute;invente l'amour pour ceux qui ne savent pas l'&eacute;crire. - Non, mais, ce que j'&eacute;cris ne te regarde pas ! - Chutt ! Tais-toi &Eacute;loigne-toi de moi.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je ne comprends pas.</P>  <P><B>Pierre :</B> Le maton.</P>  <P><B>Dominique :</B> Quoi ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Tais-toi. <I>(Un instant de silence et d'immobilit&eacute;, puis d'une voix normale :)</I> Quand le glissement d'un pas dans le couloir s'arr&ecirc;te au pied de la porte, c'est que le maton nous &eacute;pie. Tu apprendras &agrave; d&eacute;chiffrer la partition des bruits. Dis toi que les murs de la prison sont transparents.</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(Apr&egrave;s s'&ecirc;tre laiss&eacute; impr&eacute;gner par la remarque :)</I> Tout devient encore plus oppressant.</P>  <P><B>Pierre :</B> Oppress&eacute; de toutes parts. Alors j'&eacute;cris sans bouger personne ne peut franchir la prison de ma bo&icirc;te cr&acirc;nienne. L&agrave;, je cavale o&ugrave; je veux</P>  <P><B>Dominique : </B>C'est une forme de sagesse.</P>  <P><B>Pierre : </B>Tu te trompes, j'ai la haine et je vais te la bousiller cette soci&eacute;t&eacute; de merde qui n'engendre que des souffrances. Le pied sur le macadam, je me procure un flingue et je s&egrave;me partout la terreur. Je t'en foutrai moi des juges, des banquiers, des huissiers et des bonnes femmes qui te plaquent en te bousillant parce qu'elles ont besoin d'une autre vie sans toi !...<BR> <I>(Sur son &eacute;tag&egrave;re, il prend un tube de calmants, puis va au lavabo.)<BR> </I>Tu veux un comprim&eacute; ?... <I>(Il avale un comprim&eacute; avec une gorg&eacute;e d'eau.)<BR> </I>C'est efficace la premi&egrave;re nuit. Les premi&egrave;res nuits. Et puis certaines autres.</P>  <P><B><I>NOIR.<BR> ______</I></B><I>_________________________________________________________________</I></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><I>Les bruits nocturnes s'infiltrent dans la cellule. Totalement diff&eacute;rents de ceux de la journ&eacute;e. Cela tient du bal populaire et de la messe ; &agrave; quelques flop&eacute;es musicales &quot; hip-hop &quot; se m&ecirc;lent les murmures sourds du confessionnal et les trompettes du ronflement. Un hurlement jaillit du n&eacute;ant avec une atroce m&eacute;lodie de g&eacute;missements et de plaintes contre le sort.<BR> - &quot; Un somnif&egrave;re, merde ! un somnif&egrave;re ! - Ta gueule - Encul&eacute; de ta m&egrave;re ! - Encul&eacute; de ta gueule ! - Putain de ta m&egrave;re ! - J't'encule ! - Un somnif&egrave;re, merde ! - J't'la foutrai salope ! - Nique ta m&egrave;re ! - J'veux qu'on me respecte - t'es un mec viand&eacute; - &quot; Le mur des lamentations version s&eacute;rie noire. Bref, quelque chose qui n'a pas de nom.<BR> Le rectangle du guichet s'allume.<BR> On glisse un plateau sous la porte. Deux plateaux.<BR> Lorsque la lumi&egrave;re s'allume, les deux prisonniers sont assis sur leur lit respectif, les cheveux en broussaille.</I></P>  <P><B>Pierre : </B>Oh debout ! Le caf&eacute; de monsieur est chaud.<I> (Ils se l&egrave;vent, prennent leur plateau et s'installent chacun &agrave; leur table. Ils d&eacute;jeunent.)<BR> </I>Cela n'a pas le m&ecirc;me go&ucirc;t qu'&agrave; la maison, mais on s'habitue &agrave; tout. &Agrave; tout... jusqu'au ras-le-bol.<BR> <I>(Dominique acquiesce mais son visage et sa main expriment un mal de reins.)<BR> </I>... il manque le matelas moelleux de la famille de Vill&eacute;gier. Elle est gentille ta Juliette ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Ne m'en parlez plus, s'il vous pla&icirc;t.</P>  <P><B>Pierre : </B>&quot; S'il te pla&icirc;t &quot;</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(avec un grand sourire)</I> ... oui. <I>(Le sourire d&eacute;clenche un point d'orgue radieux.)</I></P>  <P><B>Pierre :</B> Ton sourire me fait du bien. Il cr&eacute;e une certaine bonne humeur dans le paysage. Ici la bonne humeur est une denr&eacute;e rare donc pr&eacute;cieuse. J'ai aim&eacute; tant rire. C'en &eacute;tait m&ecirc;me ind&eacute;cent de tant rire. Comme s'il fallait payer maintenant. Et bien non, souris-moi un peu, le petit... <I>(Dominique fronce les sourcils)</I> C'est &quot; petit &quot; qui te g&ecirc;ne ?... Je l'enl&egrave;ve. Allons souris-moi. <I>(Il sourit)</I> On dirait un jour de vacances. <I>(Il sourit encore plus)</I> Ouh... tous les cong&eacute;s pay&eacute;s r&eacute;unis. Ah... je n'ai jamais &eacute;t&eacute; aussi bien.</P>  <P><B>Dominique :</B> T'es vraiment dingue. Et apr&egrave;s d&eacute;jeuner, que fait-on ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Tu balances ton plateau aux domestiques.</P>  <P><B>Dominique : </B>Et apr&egrave;s ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Rien de plus. Tu veux qu'on t'installe la t&eacute;l&eacute; ? <I>(Dominique hausse les &eacute;paules. Son visage s'est renfrogn&eacute;, comme un gros nuage devant le soleil.)</I> Tu ne sais pas. Je pr&eacute;f&egrave;re &eacute;couter la musique et lire. T'es mal tomb&eacute; mon... mon grand. Pas de chance.</P>  <P><B>Dominique : </B>Que lis-tu ?</P>  <P><B>Pierre :</B> J'aime Rimbaud entre autres. Et mon fr&egrave;re : Baudelaire.</P>  <P><B>Dominique :</B> C'est d&eacute;pass&eacute;, mon vieux. <I>(Pierre est saisi par cette m&eacute;chancet&eacute; gratuite. Il met de la musique. Dominique arr&ecirc;te l'appareil. Ils se regardent.)</I></P>  <P><B>Pierre :</B> &Ccedil;a va pas ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Tu es un minable. Je parie que tu n'as jamais &eacute;t&eacute; capable de gagner largement ta vie. Tes go&ucirc;ts sont de ringard. Compl&egrave;tement d&eacute;phas&eacute; le Pierre. Comment veux-tu que ta femme ne te largue pas. Et ta Laurence ? <I>(Il re&ccedil;oit une gifle fracassante. Il se rebiffe maladroitement. Pierre l'envoie valdinguer dans un coin.)</I> Connard ! <I>(Il saigne du nez)</I></P>  <P><B>Pierre : </B>Qu'est-ce qui te prend ? Tu veux te battre, num&eacute;ro 302 ? car tu n'es qu'un num&eacute;ro ici, &agrave; qui je n'ai pas manqu&eacute; de respect. Alors pourquoi tu me cherches ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Je saigne. <I>(Un mouchoir sous le nez, il renverse la t&ecirc;te)</I></P>  <P><B>Pierre :</B> Fais pas &ccedil;a. Va au robinet. <I>(Il le pousse vers le lavabo, et lui place la t&ecirc;te sous le jet d'eau)</I> Voil&agrave; ce qu'il faut faire. Est-ce que je t'ai fait chier ? je t'ai manqu&eacute; de respect ? je t'ai humili&eacute; ? quoi ? ! Encul&eacute;, va ! <I>(Il s'&eacute;loigne de lui et met la musique. Il l'arr&ecirc;te aussit&ocirc;t)</I> Et merde !</P>  <P><B>Dominique : </B>Tu m'enturlupines ! Pourquoi tu veux que je souris ? La prochaine fois c'est moi qui te casse la gueule.</P>  <P><B>Pierre :</B> C'est pas une sous-merde comme toi qui va faire la loi. Si tu veux m'avoir, va falloir te procurer un pistolet.</P>  <P><B>Dominique :</B> Tais-toi !</P>  <P><B>Pierre :</B> Tu as l'habitude maintenant Boum ! Boum !</P>  <P><B>Dominique :</B> Ta gueule, bon sang</P>  <P><B>Pierre : </B><I>(Tapant &agrave; la porte)</I> Monsieur le Surveillant, s'il vous plait, une arme bien charg&eacute;e pour mon copain, un magnum, si possible un joli gun.</P>  <P><B>Dominique : </B>Tu te tais ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Un bazooka <I>(Dominique fonce sur Pierre. Empoignade. Vol&eacute;e de coups. Dominique se trouve &agrave; plat ventre, les bras en croix ; Pierre sur lui, le ma&icirc;trisant en l'&eacute;crasant.)</I></P>  <P><B>Dominique : </B>L&acirc;che-moi. Tu me d&eacute;go&ucirc;tes.</P>  <P><B>Pierre :</B> Ah oui ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Ta gueule me fait gerber.</P>  <P><B>Pierre :</B> Pour un petit bourge, sais-tu que tu es vraiment grossier.</P>  <P><B>Dominique : </B>L&acirc;che-moi !</P>  <P><B>Pierre :</B> Non !</P>  <P><B>Dominique :</B> J'ai tu&eacute; mon oncle !</P>  <P><B>Pierre :</B> Et alors ?</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(Abattu :)</I> Mon oncle me violait<BR> <I>(Pierre prend conscience de sa position. Il se dresse aussit&ocirc;t et se love dans son lit. Dominique reste &agrave; terre, comme &eacute;cartel&eacute;.)</I></P>  <P><B>Pierre : </B>Je n'ai pas envie d'entendre &ccedil;a. <I>(Il prend un livre et essaye de lire)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Alors mon oncle tout pr&ecirc;tre qu'il &eacute;tait je lui ai fait la peau. Je n'&eacute;tais pas le seul un des camarades a l&acirc;ch&eacute; le morceau. <I>(Il se redresse progressivement).</I></P>  <P><B>Pierre : </B>Il ne faut jamais se laisser faire</P>  <P><B>Dominique :</B> D'autres ont suivi. Mon p&egrave;re s'est tourn&eacute; vers moi ; il voulait que je dise que son cur&eacute; de fr&egrave;re s'&eacute;tait correctement comport&eacute; avec les autres, avec moi. En bon chr&eacute;tien, j'aurais d&ucirc; porter ma croix. La honte de la famille s'est abattue sur moi. Mon p&egrave;re ne m'a plus voulu &agrave; table.</P>  <P><B>Pierre :</B> Pourquoi me racontes-tu cela ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Il fallait que tu saches.</P>  <P><B>Pierre :</B> Excuse-moi mais... il y a des parents qui vous mettent au monde pour qu'on les ha&iuml;sse.</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(apr&egrave;s un silence de r&eacute;flexion)</I> Je ne sais pas...</P>  <P><B>Pierre : </B>Comment tu ne sais pas ! <I>(Le nez de Dominique saigne encore)</I> Oh tu as encore mal <I>(Il se pr&eacute;cipite au lavabo, mouille une serviette et s'accroupit aupr&egrave;s de Dominique pour soigner la blessure)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(Le ton a chang&eacute; :)</I> Je n'ai jamais &eacute;t&eacute; un enfant.</P>  <P><B>Pierre : </B>Je ne sais comment te dire que je partage ta... tu vois : je ne trouve pas les mots... Non... je voudrais te dire... <I>(Il lui tapote la main)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Je sais, j'aurais d&ucirc; parler plus t&ocirc;t. Nous l'aurions d&ucirc;, tous. Si tu savais combien je m'en veux. Je m'en veux.</P>  <P><B>Pierre : </B>Ce n'&eacute;tais pas toi le coupable, Dominique. Ce n'&eacute;tait pas toi.</P>  <P><B>Dominique :</B> Oui... les dimanches &agrave; la messe, les d&eacute;jeuners dans la grande salle &agrave; manger, tout se passait dans un brouillard irr&eacute;el.</P>  <P><B>Pierre :</B> ... ce n'&eacute;tais pas toi...</P>  <P><B>Dominique : </B>Oui... &quot; Cela te plairait d'&ecirc;tre m&eacute;decin comme papa ? &quot;... le sang me fait peur... je ne peux pas le regarder... non... non... &quot; Le s&eacute;minaire ?... Comme tonton ?... &quot; ... j'ai d&ucirc; m'&eacute;vanouir ce jour-l&agrave;. &quot; Cet enfant est trop sensible... ni m&eacute;decin du corps ni m&eacute;decin de l'&acirc;me... il finira &eacute;picier. &quot; &quot; Justice &quot;. &quot; Le droit ! mais c'est tr&egrave;s bien mon Dominique. &quot; Oui... je veux &ecirc;tre juge pour punir les m&eacute;chants. Et mon p&egrave;re de rire de satisfaction. &quot; Procureur de la R&eacute;publique &quot;. Juge !... Un jour je jugerai...<BR> Mais je n'ai pas attendu.</P>  <P><B>Pierre : </B>Tu as eu raison tu as eu raison</P>  <P><B>Dominique : </B>Je n'aurais pas d&ucirc;... Mais la justice est trop longue.<BR> Ce n'est pas facile de dire qu' J'ai toujours mal. J'ai honte.</P>  <P><B>Pierre :</B> Ce n'est pas &agrave; toi d'avoir honte.</P>  <P><B>Dominique :</B> Oui... mais j'ai honte<I>. (Et lentement pendant qu'une vague de col&egrave;re le submerge tombe le)</I></P>  <P><B><I>NOIR.<BR> </I></B>_______________________________________________________________________<BR> <BR> </P>  <P><I>Les bruits assourdis sont comme d&eacute;form&eacute;s par un d&eacute;lire.<BR> (Lorsque la lumi&egrave;re revient, Pierre est aupr&egrave;s du lit de Dominique qui se r&eacute;veille progressivement)</I></P>  <P><B>Pierre : </B>... Rien ne t'oblige &agrave; te lever. Dors encore si tu veux. Repose-toi.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je dors depuis longtemps ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Deux jours.</P>  <P><B>Dominique :</B> Tes cachets sont d'une redoutable efficacit&eacute;.</P>  <P><B>Pierre :</B> Il valait mieux t'assommer plut&ocirc;t qu'on t'envoie au mitard. ... oui... T'as p&eacute;t&eacute; les plombs, assez pour t'enfiler la camisole de force. Ta tantouze de tonton, tu as continu&eacute; &agrave; lui tirer dessus pendant des heures. Cela fait du bien. <I>(Il lui tend une pilule. Et va chercher un verre d'eau.)</I> Je vais en ingurgiter une aussi. J'ai pr&eacute;f&eacute;r&eacute; prendre cette d&eacute;cision plut&ocirc;t que d'avertir le maton. Je ne sais pas ce qu'il a, mais depuis ta venue il n'est plus le m&ecirc;me. On dirait qu'il me fait la gueule. <I>(Dominique avale la pilule et tend le verre &agrave; Pierre.)</I> Hier il m'a port&eacute; une revue de muscu ; des mecs huil&eacute;s aux muscles hypertrophi&eacute;s qui essayent de ressembler aux athl&egrave;tes grecs ; des caricatures m&ecirc;me pas dr&ocirc;les. Il m'en a refil&eacute; une autre ce matin comme s'il voulait me punir de m'entendre avec toi. <I>(Il met la pilule dans la bouche.)</I></P>  <P><B>Dominique : </B>Je t'ai emb&ecirc;t&eacute;...</P>  <P><B>Pierre :</B> J'ai &eacute;t&eacute; emb&ecirc;t&eacute; oui, mais un pote n'emb&ecirc;te pas vraiment. <I>(Il boit une gorg&eacute;e pour avaler la pilule puis regarde le verre o&ugrave; a bu Dominique. Il ferme les yeux et avale d'autres gorg&eacute;es.)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> D&eacute;sol&eacute;...</P>  <P><B>Pierre :</B> Tu n'as pas &agrave; t'excuser. Il faut te vider. <I>(Il lui prend la main.)</I> Va, va, d&eacute;gueule ce monde pourri de merde !</P>  <P><B>Dominique :</B> Cela fait mal...</P>  <P><B>Pierre :</B> Pardon... je suis trop exp&eacute;ditif !...</P>  <P><B>Dominique : </B>Non, tu as raison... Il faut apprendre &agrave; ne pas ravaler ces choses-l&agrave;...</P>  <P><B>Pierre : </B>Il faut que tu te raccroches &agrave; quelque chose. Moi, si j'avais une Juliette, je ne la l&acirc;cherais pas. Parce qu'en fait, dis moi si je me trompe, tu ne pouvais pas lui confier cette douleur. &shy; Pourquoi ne peut-on partager sa douleur avec la femme qu'on aime ? ; pour la prot&eacute;ger de la souffrance ? ; pour ne lui donner que du bonheur ? ; pour lui faire croire qu'on est le plus fort ? &shy; Il fallait te d&eacute;barrasser du pass&eacute;, je comprends dis moi il ne te baisait pas le jour alors que le soir tu t'enfilais Juliette ? ouh, c'est trop compliqu&eacute;. Bon &eacute;coute, tu as eu raison d'abattre ce gros salopard. Et si je t'avais connu, je t'aurais aid&eacute;. Tu vois, moi, je me suis laiss&eacute; aller ; je n'ai pas voulu r&eacute;agir ; voulu j'ai cru que je ne pouvais pas. Comme on me niait, je me suis ni&eacute;. Tu as eu raison, mais parfaitement raison de l'abattre comme l'ordure qu'il &eacute;tait. Il ne faut pas se laisser salir par les ordures. <I>(Comme pour lui :)</I> oui, oui tu as eu raison<I>. (D&eacute;crochant de sa r&ecirc;verie :)</I> Parle moi de ton histoire d'amour. Tu l'aimes, n'est-ce pas ? Ma Juliette &agrave; moi c'est Isolde. Tu connais <B><I>Tristan et Iseut</I></B> ? Meine Isolde Y a rien de plus beau que la musique.<BR> <I>(Il d&eacute;clenche sa cha&icirc;ne, passe le pr&eacute;lude de l'acte I de <B>&quot; Tristan et Isolde &quot; </B></I><B>de Richard Wagner</B>...<I>)<BR> </I>Tu entends comme c'est beau ?... M&ecirc;me si parfois la beaut&eacute; fait pleurer, elle est le plus grand baume de la vie.</P>  <P><B>Dominique : </B>Il n'y a pas de beaut&eacute; dans la vie.</P>  <P><B>Pierre : </B>Peut-&ecirc;tre est-ce pour cela que l'art existe... &Eacute;coute. <I>(Il lui prend la main.)<BR> </I>Fr&eacute;rot, allez, tu laisses tomber tout &ccedil;a. Tu viens avec moi, dans la musique... <I>(Il tente de l'entra&icirc;ner dans un r&ecirc;ve &eacute;veill&eacute; sugg&eacute;r&eacute; par les descriptions provoqu&eacute;es par la musique.)<BR> </I>C'est aussi d&eacute;sert que la lune et aussi verdoyant que la Normandie, de grands arbres ressemblent &agrave; des dentelles ; l'air respire une grande puret&eacute; et l'&eacute;clairage joue avec le diaphane d'une grosse lune totalement invisible. Le paysage chante sa propre lumi&egrave;re.</P>  <P><B>Dominique : </B>Qu'est-ce que tu chantes ?</P>  <P><B>Pierre : </B>... regarde : nous avons franchi une colline et le paysage s'ouvre sur une mer de pales &eacute;tincelles p&eacute;tillant sous une mince brume... on dirait qu'un soleil se l&egrave;ve, ambrant les horizons et les infinitudes. Nous descendons sur une plage dor&eacute;e et l&agrave;, l&agrave;, dandine un vaisseau d'opalescentes lumi&egrave;res.</P>  <P><B>Dominique : </B><I>(Avec un sourire amus&eacute; :)</I> On y va en v&eacute;lo ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Embarquons-nous sur l'&eacute;trange navire qui respire la bont&eacute;. Naviguons sur cette mer calme, pouss&eacute;s par des courants myst&eacute;rieux qui nous m&egrave;nerons... o&ugrave; nous m&egrave;neront-ils ?...</P>  <P><B>Dominique :</B> ... des courants myst&eacute;rieux nous conduisent dans cette claire nuit insondable.<BR> Tu sais il a commenc&eacute; &agrave; me violer d&egrave;s l'&acirc;ge de onze ans.</P>  <P><B>Pierre : </B>Un vent coquelicot broussaille nos cheveux.</P>  <P><B>Dominique :</B> En toute impunit&eacute;.</P>  <P><B>Pierre : </B>Aucun signe &agrave; l'horizon ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Mes parents m'envoyaient les yeux ferm&eacute;s aux rencontres pastorales. Je ne comprenais pas qu'ils m'envoyaient aussi innocemment dans son lit.</P>  <P><B>Pierre : </B>Un espoir de paix, de s&eacute;r&eacute;nit&eacute; s'infiltre dans nos curs.</P>  <P><B>Dominique : </B>Je ne peux pas te suivre Pierre</P>  <P><B>Pierre : </B>&quot; Joie soudaine &quot;</P>  <P><B>Dominique :</B> Il nous passait des vid&eacute;os pornos pour nous initier. Les masturbations collectives &eacute;taient son cat&eacute;chisme.</P>  <P><B>Pierre : </B>Naviguons-nous encore sur l'onde ou dans le firmament ?</P>  <P><B>Dominique :</B> J'&eacute;tais maudit et je le maudissais.</P>  <P><B>Pierre :</B> Le jour ne devrait pas se lever.</P>  <P><B>Dominique :</B> Il se l&egrave;vera</P>  <P><B>Pierre :</B> Il ne se l&egrave;vera jamais. Pr&eacute;servons cet instant.</P>  <P><B>Dominique :</B> Quand l'abb&eacute; tirait les rideaux, on baissait nos culottes. Je ne sais pas pourquoi, on se mettait souvent &agrave; rire. Plus on grandissait, moins on riait</P>  <P><B>Pierre :</B> Cet instant, nous le fabriquons nous-m&ecirc;mes Dominique.</P>  <P><B>Dominique :</B> C'&eacute;tait comme un sabbat, tortueux, moite, glauque, sinistre et muet.<BR> Il en choisissait un et le conduisait dans sa chambre.</P>  <P><B>Pierre :</B> Suis-moi Dominique, suivons la marche du vaisseau. Lui seul ne s'&eacute;gare pas.</P>  <P><B>Dominique : </B>Quand j'y suis pass&eacute;, je n'ai pas compris ce qui arrivait. J'&eacute;tais un petit gar&ccedil;on propret et bien &eacute;lev&eacute; que maman accompagnait et raccompagnait en voiture.</P>  <P><B>Pierre : </B>Regarde les splendeurs &agrave; ta droite et savoure celles de ta gauche.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je ne comprenais pas qu'elle me ramen&acirc;t chaque semaine.</P>  <P><B>Pierre :</B> Hasarde-toi dans le vaste oc&eacute;an. Est-ce bien moi que tu vois ? <I>(Il l'empoigne par les &eacute;paules)</I></P>  <P><B>Dominique : </B>Oui que toi. <I>(Il sourit de ce sourire qui est pour Pierre une gr&acirc;ce de la vie.)</I> Que toi.</P>  <P><B>Pierre : </B>Tu me reconnais bien ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Il m'est plus ais&eacute; de te reconna&icirc;tre que de savoir qui je suis.</P>  <P><B>Pierre :</B> Peut-on d&eacute;sirer un monde diff&eacute;rent ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Je ne dis plus rien.</P>  <P><B>Pierre :</B> <I>(apr&egrave;s une pause)</I> Qui vive ?</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(se l&egrave;ve du lit et s'enrobe de la couverture comme d'une cape d'op&eacute;ra) <BR> </I>&Agrave; cet appel, que dois-je r&eacute;pondre ?<BR> Que je n'existe pas ?<BR> J'ai &eacute;t&eacute; d&eacute;truit morceau par morceau.<BR> Morceau par morceau<BR> des mains reconstruisent<BR> l'&eacute;difice, pierre apr&egrave;s pierre.<BR> &quot; Qui vive ? &quot;<BR> La vie voudrait-elle s'&eacute;chapper de mes mains que,<BR> pierre apr&egrave;s pierre,<BR> elle s'&eacute;rige dans les t&eacute;n&egrave;bres,<BR> dans le faste d'une aur&eacute;ole bor&eacute;ale.</P>  <P><B>Pierre :</B> Je veux voir avec tes yeux. <I>(Ils s'enfoncent de plus en plus dans la musique)</I></P>  <P><B>Dominique : </B>Tu m'as donn&eacute; les tiens. Prends les miens. - La lumi&egrave;re est comme r&eacute;fract&eacute;e par un diamant. L'eau re&ccedil;oit le rayon et m&eacute;tamorphose le monde. Des milliers de cristaux nous environnent comme une parure &eacute;blouissante. Ils portent des milliers de miroirs o&ugrave; je te vois et o&ugrave; tu me vois.</P>  <P><B>Pierre :</B> Toi, dans tous les miroirs.</P>  <P><B>Dominique : </B>Toi, dans tous les miroirs. Ne t'&eacute;tonne pas. Nous sommes prot&eacute;g&eacute;s.</P>  <P><I>(Le jeu se fait de plus en plus intense. La transe hypnotique les habite)</I></P>  <P><B>Pierre : </B>Prends-la, Dominique, happe-la, d&eacute;vore-la.</P>  <P><B>Dominique :</B> Quand la vie n'est que mensonges et douleurs,<BR> pr&eacute;f&eacute;rons le silence au sanglot.</P>  <P><B>Pierre : </B>Dans tout ciel, brillent des &eacute;toiles oubli&eacute;es.<BR> Le monde du silence est si profond<BR> qu'on ne d&eacute;sire que l'entendre brailler.</P>  <P><B>Dominique :</B> Des cris si profonds<BR> qu'ils sont inaudibles<BR> au fond d'une gorge braillante.</P>  <P><B>Pierre :</B> Ces cris muets ne nous laissent pas sourds, Dominique.<BR> M&ecirc;me si nous ne les entendons pas<BR> ils br&ucirc;lent comme la neige.<BR> Qu'une autre voix remplace ton cri<BR> et ignore ta douleur.<BR> Le silence dess&egrave;che.</P>  <P><B>Dominique : </B>Un mot... un mot... plante sa racine<BR> et n'attend<BR> qu'eau<BR> pour fleurir.<BR> L'ombre d'un mot<BR> tapi... quelle lumi&egrave;re le fera sortir ?<BR> J'ai le cur plein de mitraille.<BR> Y aura-t-il &agrave; jamais<BR> cette ultime douleur<BR> cette ortie irrit&eacute;e<BR> ce m&eacute;tal rouill&eacute;<BR> cette &eacute;pine empoisonn&eacute;e<BR> qui agonisent sans fin ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Ne vois-tu pas ce que je vois ?<BR> &Agrave; l'horizon, la rumeur violette des oliviers,<BR> la nuit horizontale, vaincue sur la mer,<BR> le couchant des r&ecirc;veries<BR> le levant des esp&eacute;rances.<BR> Il n'y a pas d'absences<BR> et la brise n'est pas saline.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je suis un tombeau rempli de morts.</P>  <P><B>Pierre :</B> Par del&agrave; les cypr&egrave;s j'irai te chercher.<BR> Au-dessus des pierres, j'irai.<BR> Sur les dalles, j'irai<BR> et te chercherai.</P>  <P><B>Dominique :</B> J'ai compt&eacute; mes morts<BR> mes innombrables morts<BR> mes indicibles morts<BR> entass&eacute;s dans mon ventre<BR> comme autant de pourritures.</P>  <P><B>Pierre : </B>Au-dessus du d&eacute;compos&eacute;, du putr&eacute;fi&eacute;, du corrompu j'irai.<BR> J'irai au-del&agrave; du moisi, de l'avari&eacute;, du gangren&eacute;, du n&eacute;cros&eacute;.<BR> Et te ram&egrave;nerai.</P>  <P><B>Dominique : </B>&Agrave; mon tour d'&ecirc;tre fatigu&eacute; d'attendre le jour,<BR> vaincu sur la plage.</P>  <P><B>Pierre : </B>Tu te trompes.<BR> Un soir, un jour, une apr&egrave;s-midi<BR> &agrave; l'abri de ton ombre<BR> para&icirc;tra une autre ombre<BR> Et tu voudras l'embrasser.</P>  <P><B>Dominique :</B> Oui... entre les rocs<BR> j'esp&egrave;re l'&eacute;clat du ciel.<BR> Oui... je le prendrai<BR> dans ma bouche sans dents<BR> et j'en sucerai le solaire miel.<BR> La musique s'accrochera &agrave; mes doigts<BR> comme des topazes<BR> et je mettrai le feu &agrave; l'horizon.</P>  <P><I>(La musique est finie et les derni&egrave;res strophes se murmurent dans une p&eacute;nombre qui s'ach&egrave;ve sur le rectangle lumineux du guichet de la porte.)</I></P>  <P><B><I>NOIR.</I></B></P>  <P><I>_______________________________________________________________________</I></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B>Pierre :</B> On va appeler le maton et nous ferons notre march&eacute;.</P>  <P><B>Dominique :</B> De la confiture de roses.</P>  <P><B>Pierre :</B> C'est bon, &ccedil;a ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Toute la Turquie dans la bouche.</P>  <P><B>Pierre :</B> Le maton va grincer des dents. Quoique... avec un bon pourboire.</P>  <P><B>Dominique :</B> Pourquoi ? il boit ? <I>(Ils rient.)</I> Et du bon pain tout frais. S'il est sec, nous l'assommerons avec. Et du saumon fum&eacute;. Autoriserait-il une bouteille de vin blanc ?... Un plateau de fruits de mer.</P>  <P><B>Pierre :</B> J'aime pas.</P>  <P><B>Dominique :</B> Dommage. Tu ne veux pas que je te fasse conna&icirc;tre l'onctuosit&eacute; des hu&icirc;tres au creux de la nacre ? Le parfum tub&eacute;reux des bigorneaux et la chair filandreuse des crabes ?... avec quelques gouttes de citron et du pain beurr&eacute;<I>.</I></P>  <P><B>Pierre : </B>... j'imagine que tu nous imagines avec des chandeliers d'argent et des bougies d'ivoire... il va penser quoi, le surveillant ? <I>(Le ton reste amus&eacute; et un tant soit peu &eacute;grillard)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Tu t'en fous, c'est moi qui r&eacute;gale ! - Mais dis moi, il ne te cligne pas de l'il ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Tu rigoles, c'est un tic nerveux de mec qui ne va pas bien dans la t&ecirc;te. Et quand &ccedil;a y va, c'est la d&eacute;flagration. <I>(Il l'imite, ils rient)</I> Alors t'imagines les imbroglios chez les renifleurs de braguette. &quot; Bonjour monsieur le surveillant. Une cigarette ?... &quot; Dans tous les couloirs, les p&eacute;dales en flirt pensent qu'il fait le trottoir. Tu crois que le soir il se souligne les yeux avec du eye-liner ? <I>(Ils rient.)</I></P>  <P><B>Dominique : </B>Cela fait du bien de rire.</P>  <P><B>Pierre :</B> Rire vaut un bon beefsteack. <I>(Fou rire b&ecirc;te.)</I> Monsieur le surveillant, vous nous apporterez une grosse rigolade de quoi compl&eacute;ter le repas de midi.<BR> Un gros steak de rire.</P>  <P><B>Dominique : </B>Avec une sauce d&eacute;sopilante. <I>(Le fou rire se poursuit jusqu'&agrave; la fin de la sc&egrave;ne.)</I></P>  <P><B>Pierre :</B> De quoi se tenir les c&ocirc;tes.</P>  <P><B>Dominique : </B>Et de faire des gorges bien chaudes.</P>  <P><B>Pierre : </B>De quoi bouffer &agrave; gorge d&eacute;ploy&eacute;e.</P>  <P><B>Dominique :</B> Et faites-nous bien dilater la rate.</P>  <P><B>Pierre :</B> ... avec une poule, pour glousser.</P>  <P><B>Dominique :</B> ... avec des oeufs esclaff&eacute;s.</P>  <P><B>Pierre : </B>et du risotto pour faire risette.</P>  <P><B>Dominique : </B>... de quoi se gondoler, gondolier ! <I>(Ils rient aux larmes.)</I></P>  <P><B>Pierre : </B><I>(grossissant son ventre)</I> ... et se bidonner !</P>  <P><B>Dominique : </B>... rire &agrave; en avoir mal au ventre.</P>  <P><B>Pierre :</B> ... mal au ventre &agrave; se tordre... de rire !</P>  <P><B>Dominique :</B> ... jusqu'&agrave; se fendre la pipe !</P>  <P><B>Pierre :</B> La grande bouffe de la rigolade... <I>(Ils rient encore, &agrave; vide)</I> Ouh ! j'ai mal.</P>  <P><B>Dominique :</B> ... qu'est-ce qu'on est con... <I>(Ils essaient de contenir en vain leur fou rire.)</I></P>  <P><B>Pierre :</B> Je ne saurais dire qui est le champion.</P>  <P><B>Dominique : </B><I>(chantant)</I> Pionpion la merde !<BR> Et pompons la gaiement.</P>  <P><I>(Ils rient &agrave; gorge d&eacute;ploy&eacute;e.)</I></P>  <P><B><I>NOIR.</I></B><I><BR> _______________________________________________________________________</I></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B>Dominique : </B>Pierre ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Oui ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Est-ce que je peux tout te dire ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Nous sommes potes.</P>  <P><B>Dominique : </B>Tu ne vas pas me remballer... ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Pourquoi donc ?</P>  <P><B>Dominique</B> : J'ai</P>  <P><B>Pierre : </B>Oui ?</P>  <P><B>Dominique :</B> J'ai</P>  <P><B>Pierre : </B>Quoi ?</P>  <P><B>Dominique : </B>J'ai un sentiment bizarre.</P>  <P><B>Pierre :</B> Oui ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Qui me pousse vers toi.</P>  <P><B>Pierre : </B><I>(Dans une premi&egrave;re exaltation :)</I> L'Ange du Bizarre t'a atteint. <I>(Enfin, la communication se fait. Il r&eacute;agit nerveusement :)</I> Attends, attends, il peut y avoir confusion l&agrave;. <I>(Dominique lui prend la main. Pierre regarde leurs mains jointes. Il ma&icirc;trise sa r&eacute;action ; le plus calmement possible)</I> Qu'est-ce que tu fais l&agrave; ? Je ne voudrais pas comprendre</P>  <P><B>Dominique : </B><I>(Faible et suppliant) </I>Pierre</P>  <P><B>Pierre : </B>Tu me l&acirc;ches ? <I>(Dominique desserre son &eacute;treinte)</I> Bon. <I>(Pierre s'assied face &agrave; Dominique)</I> Bon, je sais qu'en taule le manque de dr&ocirc;lesses nous travaille... Mais certains d&eacute;rivatifs, tr&egrave;s peu pour moi. D&eacute;sol&eacute;, Dominique, ce n'est pas mon genre.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je ne veux pas qu'il y ait malentendu.</P>  <P><B>Pierre :</B> Qu'est-ce que tu me racontes ?</P>  <P><B>Dominique :</B> ... J'ai compris pourquoi j'&eacute;tais &agrave; nouveau heureux. Quand je m'endors, j'ai h&acirc;te de me r&eacute;veiller pour te revoir.</P>  <P><B>Pierre :</B> <I>(Atterr&eacute;)</I> oh putain !</P>  <P><B>Dominique :</B> Je r&ecirc;ve que je me r&eacute;veille, dix fois, vingt fois, cent fois je te revois comme un soleil dans la cellule. <I>(Un temps)</I> C'est tout.</P>  <P><B>Pierre :</B> Je ne voudrais pas &ecirc;tre grossier mais c'est ton tonton qui te manque ?<I> (Dominique est abattu.)</I> Pardon. Je ne voulais pas te faire de mal. J'aimerais comprendre.</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(&Agrave; la limite des pleurs)</I> Tu crois que je comprends ce qui m'arrive.</P>  <P><B>Pierre :</B> L&agrave;, je suis d&eacute;pass&eacute;.</P>  <P><B>Dominique : </B>Je n'arrive pas &agrave; trouver les mots, les gestes <I>(Un temps)</I> Tu as &eacute;t&eacute; trop gentil avec moi. Je ne sais pas Trop compr&eacute;hensif. Tendre, si ! tu as &eacute;t&eacute; tendre. - Je ne sais pas moi ! Nous avons promen&eacute; dans des paysages de cristal, nous avons navigu&eacute; sur des mers de diamants, nous avons trouv&eacute; l'&eacute;clat du ciel entre les roches.</P>  <P><B>Pierre :</B> Oui et alors ? Nous avons chemin&eacute; dans de la po&eacute;sie. Il vaut mieux &ccedil;a que patauger dans ta merde. Tu ne vas pas me le reprocher maintenant Un voyage gratis ! Ce n'&eacute;tait pas mieux que le club Med ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Je n'ai jamais &eacute;t&eacute; aussi bien avec quelqu'un.</P>  <P><B>Pierre :</B> C'est vrai qu'on s'entend bien<I>. (Dominique essaye une fois encore de lui prendre la main. Pierre l'esquive.)</I> Allons, allons.. on n'est pas des gonzesses. <I>(Dominique est d&eacute;sempar&eacute;.)</I> Quoi ? ! qu'est-ce que tu attends de moi ? !... de la po&eacute;sie... Dominique ! Il ne faut pas tout confondre. Nous nous sommes trouv&eacute;s dans la po&eacute;sie. C'&eacute;tait de la po&eacute;sie ringarde. Du kitch ! Un truc d&eacute;phas&eacute; du dingue que je suis.</P>  <P><B>Dominique :</B> Merci d'&ecirc;tre fou. Merci de m'avoir donn&eacute; de la po&eacute;sie. <I>(Ils se regardent pour sonder le myst&egrave;re. Leurs regards plongent dans des arcanes &eacute;motionnelles intenses. Ils se fuient un moment pour mieux se retrouver)</I> La po&eacute;sie me pousse &agrave; questionner mon avocat. Je veux que le parquet me convoque. Je veux parler &agrave; mon avocat. Des r&eacute;v&eacute;lations, j'en ai plein et qui riment ! Je ne veux pas attendre l'avis du Procureur ! Nous ne resterons pas toujours en taule, Pierre. Je veux me faire ce maton, il m'en veut. Je le sens. Il m'a dans le collimateur parce que nous nous entendons bien. Tu n'as pas compris cela ? Cela cr&egrave;ve les yeux et le maton ne supporte plus ce que nous d&eacute;gageons, malgr&eacute; nous. Cela lui est devenu insupportable.<BR> Et puis, quand tu me prends la main, je veux que cela soit clair.</P>  <P><B>Pierre :</B> Non, mais faut pas renverser les r&ocirc;les.</P>  <P><B>Dominique : </B>Toujours, m&ecirc;me quand nos doigts ne se croisent pas. - J'ai pass&eacute; tant d'ann&eacute;es &agrave; ne tenir la main de personne.</P>  <P><B>Pierre : </B>J'ai envie de t'exp&eacute;dier quelques grossi&egrave;ret&eacute;s pas piqu&eacute;es des vers !</P>  <P><B>Dominique :</B> Il n'y a rien de laid l&agrave; dedans, Pierre.</P>  <P><B>Pierre :</B> Je ravale mes vulgarit&eacute;s, mais cela passe mal.</P>  <P><B>Dominique :</B> C'est un syst&egrave;me de d&eacute;fense et de peur.</P>  <P><B>Pierre :</B> Je sais, mais c'est dur d'entendre ce que tu me dis. Mon p&egrave;re ne me l'a jamais dit ; et moi non plus &agrave; mon p&egrave;re. Cela ne se dit pas entre hommes. D'ailleurs, je n'ai jamais su exprimer mes sentiments.</P>  <P><B>Dominique :</B> C'est peut-&ecirc;tre pour &ccedil;a que tu as perdu ta femme.</P>  <P><B>Pierre : </B>Ta gueule ! Je ne te permets pas. Y a personne pour aimer personne.</P>  <P><B>Dominique : </B>Je n'y peux rien, Pierre. J'ai appris &agrave; d&eacute;couvrir mes sentiments et &agrave; mettre un nom dessus.</P>  <P><B>Pierre :</B> Puff ! Une exaltation d'adolescent attard&eacute;. Tu as trop lu de romans !</P>  <P><B>Dominique : </B>T'as trop &eacute;cout&eacute; de musique !</P>  <P><B>Pierre : </B>Tu as raison : saurait-on aimer si on n'avait pas lu des romans d'amour ou &eacute;cout&eacute; les plus beaux chants de la passion ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Le plus insupportable, ici, c'est la prison dans laquelle tu es enferm&eacute;.</P>  <P><B>Pierre :</B> Ah pour &ecirc;tre d&eacute;bloqu&eacute;, tu n'es pas le dernier. &shy; Excuse-moi : tout cela me trouble. On ne pouvait pas rester comme avant ? Pourquoi veux-tu dire les choses ? ces choses-l&agrave; c'est trop impudique Je ne suis pas habitu&eacute;. C'est pas facile ! <I>(Un silence)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Je ne l'ai pas fait expr&egrave;s.</P>  <P><B>Pierre : </B>Je m'en doute. Mais j'ai des r&eacute;flexes bien ancr&eacute;s. C'est vrai qu'on s'est fabriqu&eacute; une barque. - Une manie chez moi. &shy; Cela peut houler et temp&ecirc;ter, nous sommes ici chez nous comme si nous avions toujours habit&eacute; le rafiot. - Moi aussi, ma main a &eacute;t&eacute; vide depuis si longtemps... mais putain de merde, c'est dur ! Tr&egrave;s dur !... Tends-moi la main. Et bien tu vois maintenant je n'ose pas la toucher. Alors que pendant ces derniers mois, sans doute, je t'ai pris la main, comme &ccedil;a, comme un fr&egrave;re, comme un pote. Mais l&agrave;, tu vois, c'est dur, tr&egrave;s dur.</P>  <P><B>Dominique :</B> Tu n'en as pas envie ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Ce n'est pas du d&eacute;sir que j'ai de toi.</P>  <P><B>Dominique :</B> Moi non plus. Tu es mon fr&egrave;re, mon ami. Il faut le savoir. Je t'aime, c'est tout.</P>  <P><B>Pierre :</B> C'est tout... ? et bien putain, ce n'est pas simple. Bordel de merde, non.<BR> Bon je ne peux pas t'en emp&ecirc;cher, ce serait absurde. Mais faut-il que je t'aime, moi ? C'est n&eacute;cessaire ?... Je ne le peux pas. Tu ne pouvais pas choisir quelqu'un d'autre ?... Tu aurais d&ucirc; te renseigner avant... Si tu m'avais pos&eacute; la question: &quot; est-ce que je... &quot;, je t'aurais r&eacute;pondu non. Mais tout d'un coup, vlang, prendre en pleine poire &ccedil;a et te prendre la main, non, alors tu vois... Oui, tu me fais un beau cadeau, mais... l'amour est le plus beau cadeau du monde que l'on puisse faire &agrave; quelqu'un... mais... mais je ne suis pas oblig&eacute; de l'accepter.</P>  <P><B>Dominique :</B> Tu fais les coquettes &agrave; la Marivaux... tu veux que je te dise ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Je crains le pire.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je ne veux pas te f&acirc;cher... <I>(une pause)</I> Mon pote... cette main tu as envie de la prendre.</P>  <P><B>Pierre : </B>Je t'en prie... T'es lourd ! <I>(La tentation est violente... les injures bien faibles) </I>Merde, merde, merde !...</P>  <P><B><I>NOIR.<BR> </I></B>_______________________________________________________________________</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><I>Bruits nocturnes assourdis. Un &quot; boeuf &quot; lointain dans des vagues de ronflements. La lumi&egrave;re de la nuit p&eacute;n&egrave;tre par le vasistas qui dessine, au pied de la porte ferraill&eacute;e, un rectangle comme un tapis de lune.<BR> Les lits ont &eacute;t&eacute; pudiquement rapproch&eacute;s ; les deux incarc&eacute;r&eacute;s sont allong&eacute;s et leurs mains se tiennent au-dessus de la ruelle. C'est cette poign&eacute;e que le rectangle du judas &eacute;claire. Lentement le judas se referme. Puis on entend la porte qui claque fortement. Pierre prend une lampe torche et inspecte la cellule. Sur le parvis de la porte est scotch&eacute;e une feuille avec un grand cur rouge dessin&eacute;.</I></P>  <P><B>Pierre : </B>On n'est pas dans la merde !</P>  <P><B>Dominique :</B> Hein ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Et la merde attire les mouches.<BR> Un cadeau du surveillant. Regarde.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je t'ai dit qu'il nous espionnait.</P>  <P><B>Pierre :</B> La gal&egrave;re, 302 ! Tu as vu, l&agrave;, au centre du coeur.</P>  <P><B>Dominique : </B>Il y a nos initiales Pierre et Dominique.</P>  <P><B>Pierre : </B>Et cela fait ?... Cela fait &quot; P.D. &quot; Nous voil&agrave; homos. Merde !<BR> Je te l'avais dit ! Les &eacute;tiquettes en taule, &ccedil;a va vite. &quot; Tiens-moi la main, Pierre, j'ai mal. Ta main, Pierre. &quot; Et moi comme une gonzesse, je te tiens la main. Et tu t'endors comme un b&eacute;b&eacute;.</P>  <P><B>Dominique :</B> J'avais besoin de ton contact, de ta chaleur Pourquoi tu ne me tiendrais pas la main ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Cela ne se fait pas entre hommes ! Tu vois : on passe pour des p&eacute;d&eacute;s.</P>  <P><B>Dominique :</B> Les gens sont des cons. L'affection n'a pas de codes.</P>  <P><B>Pierre :</B> Si. H&eacute;las.</P>  <P><B>Dominique : </B>On s'en fout.</P>  <P><B>Pierre : </B>Tu parles. - Cela veut dire que je, ou que tu, ou que nous serons convoqu&eacute;s dans les 48 heures.</P>  <P><B>Dominique : </B>Pourquoi ?... C'est pas normal un amour entre deux hommes ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Normal, pas normal... sait-on ce que cela signifie pour ces enfoir&eacute;s. - Non Dominique, c'est le pr&eacute;toire qui nous attend.</P>  <P><B>Dominique : </B>Le pr&eacute;toire ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Le tribunal de la prison. Au-dessus de ta gueule, le dirlo... &agrave; droite, un maton... &agrave; gauche, un maton. Ils vont farfouiller toutes tes fautes, toutes tes erreurs, tes manquements au r&egrave;glement, tes inconduites, tes rel&acirc;chements ; ils vont tout triturer. Et juger, car ils savent eux o&ugrave; se trouvent le bien et le mal, le normal et le pas normal. Ils vont peaufiner quelques punitions, les raffiner, les concocter et en jouir en toute l&eacute;galit&eacute;.</P>  <P><B>Dominique :</B> Je ne veux pas que tu ailles au pr&eacute;toire.</P>  <P><B>Pierre : </B>En fait, je m'en fous de leurs jugements &agrave; l'emporte-pi&egrave;ce !</P>  <P><B>Dominique : </B>Ils vont te faire du mal.</P>  <P><B>Pierre :</B> Notre amiti&eacute; m&eacute;rite cela. Non ? Je vais m'inventer un sc&eacute;nario. C'est la gestapo, je suis un partisan. <I>(Avec accent allemand)</I> &quot; Vous connaissez un certain Dominique de Vill&eacute;gier ? &quot; - &quot; Non. Qui c'est ? &quot; Et ils me flanquent une trempe. Et moi : &quot; Jamais entendu parler &quot; - &quot; Parler, parler. Nous avons les moyens de vous faire parler &quot; <I>(Rires coinc&eacute;s)</I> C'est &ccedil;a l'amiti&eacute;. Tu m'aimeras... Aime-moi en paix. Aussi longtemps que tu le pourras.</P>  <P><B>Dominique :</B> Toujours...</P>  <P><B>Pierre : </B><I>(Il arrache la feuille, la froisse et la jette contre la porte. Puis se recouchant, il &eacute;teint sa lampe. Dans le noir :) <BR> </I>Le jour ne devrait se lever jamais.</P>  <P><B><I>NOIR.<BR> </I></B>_______________________________________________________________________</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><I>(Des coups contre la porte. D&eacute;termin&eacute;s mais fatigu&eacute;s.<BR> Lorsque la lumi&egrave;re revient, crue et impudique, Dominique est assis au pied de la porte, assomm&eacute; de fatigue et de douleur.<BR> R&eacute;veill&eacute;, il frappe de ses derni&egrave;res forces contre la porte.)</I></P>  <P><B>Dominique : </B><I>(Il se redresse p&eacute;niblement.) </I>Je sais que vous &ecirc;tes l&agrave;... Que vous m'entendez. Vous m'entendez ?... R&eacute;pondez s'il vous pla&icirc;t. Si vous r&eacute;pondez, je vous promets de manger. J'arr&ecirc;te ma gr&egrave;ve. Sinon quelques jours de plus et vous serez oblig&eacute; de me sortir de ce trou &agrave; rats via l'infirmerie ou l'asile... J'avertirai mon avocat, les avocats de tous les barreaux du monde et la plan&egrave;te enti&egrave;re saura vos agissements envers les prisonniers. Bl&acirc;me, r&eacute;vocation ou retraite anticip&eacute;e, c'est cela qui vous attend. Je suis un de Vill&eacute;gier, vous l'apprendrez vite.<BR> Je vous en supplie...<BR> <I>(P&eacute;niblement, il va sur son lit o&ugrave; il s'affaisse. Il g&eacute;mit... puis semble s'endormir... L'illeton de la porte s'ouvre avec son bruit particulier. Dominique se redresse. L'illeton se referme).<BR> </I>Vous &ecirc;tes l&agrave; ?... S'il vous pla&icirc;t, r&eacute;pondez !<BR> <I>(Il attend, en vain. Il retombe sur le lit. Au bout d'un moment, l'illeton se re-ouvre. Toujours couch&eacute;, Dominique fait des gestes vagues pour signaler qu'il ne dort pas. L'illeton se referme. Dominique se redresse et s'installe, assis, pour faire face &agrave; la porte.)<BR> </I>De quel droit avez-vous foutu Pierre au trou ?<BR> Je n'oublie rien. Je n'oublierai rien. Cela vous tombera sur la gueule, foi de futur avocat.<BR> Foi de...<BR> ... salaud.<BR> <I>(S'est-il endormi ? &Eacute;vanoui ?... L'oeilleton se re-ouvre, triomphal et cynique.)</I></P>  <P><B><I>NOIR.<BR> </I></B>_______________________________________________________________________</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><I>Les bruits du couloir s'intensifient ; ils t&eacute;tanisent Dominique qui recule. Il a comme un mauvais pressentiment, peut-&ecirc;tre souffre-t-il de la fi&egrave;vre. Dans l'incertitude, sur les nerfs, il attend que la porte s'ouvre. Pierre est pouss&eacute; dans la cellule. Il est en cale&ccedil;on. Un pansement cache l'arcade sourcili&egrave;re. Dominique rampe vers lui. Pierre s'efforce &agrave; sourire.</I></P>  <P><B>Pierre :</B> Ils m'ont envoy&eacute; aux Seychelles. Comme il ne faisait pas beau, cela explique mon teint un peu p&acirc;lot. La bouffe &eacute;tait rat&eacute;e aussi j'ai mauvaise mine. <I>(Il jette un coup d'il dans le miroir du lavabo.)</I> Mais &ccedil;a va mieux... &Ccedil;a va mieux...</P>  <P><B>Dominique : </B>Tiens. Mangeons.</P>  <P><B>Pierre : </B>L&agrave;-bas, ils ne connaissent pas les produits charcutiers... J'ai gard&eacute; mon maillot de bain... je n'ai pas eu le temps de me changer... Alors, toi, ces vacances ?</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(Essayant de rompre son jeu :)</I> Pierre</P>  <P><B>Pierre :</B> Une ordure ce mec. Une merde. Un tortionnaire par procuration. Je vais le lui rendre. <I>(Son visage est devenu si dur que Dominique s'affole.)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Pierre</P>  <P><B>Pierre:</B> C'est toi qui m'a d&eacute;sign&eacute; la voie.</P>  <P><B>Dominique :</B> Si tu fais &ccedil;a, je ne te reverrai jamais. <I>(Il s'accroche &agrave; Pierre qui arbore une &eacute;trange expression. Les l&egrave;vres se tordent, le menton se met &agrave; trembler. Peu &agrave; peu, il s'effondrera et sanglotera sans bruit.)</I></P>  <P><B>Pierre :</B> Ce maton est d&eacute;rang&eacute;, m&ecirc;me ses coll&egrave;gues ne peuvent le piffrer. Pas normal le type, pas normal. Les salauds, les salauds, les salauds ! &Ccedil;a a commenc&eacute; par la fouille, &agrave; poil. <BR> Enfoir&eacute;s de merde ! Cela n'a pas suffi &agrave; ce faci&egrave;s de sadique de me voir pourrir au mitard. D'avaler ses insultes, de supporter ses menaces, d'encaisser les coups et les grossi&egrave;ret&eacute;s. - Ils m'ont bris&eacute; - ... &agrave; la douche ils m'ont pouss&eacute; au milieu de... des branques... des obs&eacute;d&eacute;s... Dominique... <I>(Il a recherch&eacute; un r&eacute;confort au creux de l'&eacute;paule de son pote)</I> J'ai mal...</P>  <P><B>Dominique :</B> Les ordures !<I> (Pierre se prostre en &eacute;tat d'asth&eacute;nie. Dominique pleure.)</I> Viens t'allonger.</P>  <P><B>Pierre :</B> J'peux pas. Pas tout de suite. Trois points de suture.</P>  <P><I>(Un long moment d'&eacute;motion.)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Ne dis rien... Ne me dis rien... Je sais... je sais... tais-toi, c'est de ma faute...</P>  <P><B>Pierre :</B> <I>(Tr&egrave;s faible)</I> ... si tu r&eacute;p&egrave;tes &ccedil;a, je te casse la gueule ! Je connais bien les m&eacute;thodes &agrave; pr&eacute;sent.</P>  <P><B>Dominique : </B>Les enflures !</P>  <P><B>Pierre :</B> Tu vois, on est &agrave; &eacute;galit&eacute; &agrave; pr&eacute;sent j'ai pas aim&eacute; du tout. Comment ils peuvent ? Comment tu as pu ?</P>  <P><B>Dominique :</B> Tais-toi. Ne m&ecirc;le pas tout. Te revoil&agrave;, et je suis heureux.</P>  <P><B>Pierre : </B>Cela n'a pas de prix.</P>  <P><B>Dominique : </B>... cela n'a pas de prix Pierre... &ccedil;a n'a pas de prix... mais pourquoi nous le fait-on payer si cher, Pierre... si cher ?... Le monde est donc bourr&eacute; de tordus et de pervers ? D'aigris et de si malheureux qu'ils veulent nous coller aussi le malheur &agrave; la peau ?<BR> D&egrave;s que nous sortirons, nous nous prot&eacute;gerons. Nous nous prot&eacute;gerons. <BR> Qu'est-ce que tu as ?</P>  <P><B>Pierre :</B> Je ne sais pas. Rien. Je suis fatigu&eacute;. Il faudrait que je dorme.<I> (Pierre essaye de se lever)</I></P>  <P><B>Dominique : </B>Ne bouge pas... ne te fatigue pas... <I>(Pierre se dresse, douloureusement.)</I></P>  <P><B>Pierre :</B> Il faut... il faut... je dois rassembler mes affaires rapidement.</P>  <P><B>Dominique : </B>Quoi ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Je n'ai pas de temps &agrave; perdre, je suis transf&eacute;r&eacute;.</P>  <P><B>Dominique :</B> Transf&eacute;r&eacute; ? Qu'est-ce que cela veut dire ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Le fourgon m'attend.</P>  <P><B>Dominique :</B> O&ugrave; t'am&egrave;ne-t-on ? Tous les gens, sans toi ? Je vais avoir peur.</P>  <P><B>Pierre :</B> Parle comme un mec !</P>  <P><B>Dominique :</B> C'est mon cur qui parle.</P>  <P><B>Pierre :</B> Les mecs n'ont pas de cur.</P>  <P><B>Dominique :</B> Ils n'ont pas le droit. O&ugrave; t'am&egrave;ne t'on ?</P>  <P><I>(Pierre hausse les &eacute;paules, il ne sait pas. Il enfile p&eacute;niblement un jogging)</I></P>  <P><B>Pierre : </B>302, je ne sais plus o&ugrave; est le droit... je ne savais que deux choses : souffrir et r&ecirc;ver.</P>  <P><B>Dominique : </B>Je t'arracherai de cette putain de prison.</P>  <P><B>Pierre :</B> La vie est une autre prison. Souffrir et r&ecirc;ver... <I>(Il le regarde)</I> Avec toi j'aurais moins souffert pendant quelques mois...</P>  <P><B>Dominique :</B> Nous avons la vie devant nous, Pierre. La vie... Voici mon adresse. Ne la perds pas. Si tu manques de babioles pour finir les fins de mois, viens cambrioler chez moi. Je t'y attendrai. <I>(Il s'effondre sur son lit)</I></P>  <P><B>Pierre : </B>Bon programme, Dominique. Tu jugeras mon professionnalisme... Enfin, j'esp&egrave;re...<BR> <I>(Pierre rassemble ses affaires. Dominique surgit de son abattement.)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> Qu'est-ce que tu fais ?<BR> <I>(Avec un calme terrifiant, Pierre glisse ses affaires dans un grand sac de voyage.)</I></P>  <P><B>Pierre :</B> je pars apr&egrave;s on verra</P>  <P><B>Dominique :</B> C'est de la folie.</P>  <P><B>Pierre :</B> La douleur &ccedil;a se contr&ocirc;le, la rage non. <I>(Dominique, nerveusement, vide une partie de son sac.)</I> Ne sois pas gamin. <I>(Dominique insiste. Sans s'&eacute;nerver, Pierre lui met une claque, et m&eacute;caniquement il n'arr&ecirc;te pas de le gifler de plus en plus fort, jusqu'&agrave; ce que Dominique s'&eacute;croule, recroquevill&eacute;, au pied de la porte. Il ne bouge plus. Pierre le pousse du pied)</I> Fais pas le mort tu l'as cherch&eacute; D&eacute;gage la porte ou &ccedil;a va cogner de tous les c&ocirc;t&eacute;s. <I>(Pierre range &agrave; nouveau ses affaires)</I> T'as int&eacute;r&ecirc;t &agrave; d&eacute;gager ta sale trogne parce qu'au prochain coup je te tranche la gorge.</P>  <P><B>Dominique :</B> Cela va mal finir. Pierre, promets-moi de</P>  <P><B>Pierre : </B>Tout est d&eacute;j&agrave; fini. Et mal.</P>  <P><B>Dominique : </B>Tu es fou.</P>  <P><B>Pierre : </B>Je ne veux plus te revoir. Ok ? T'as compris ? Tu me d&eacute;bectes ! La musique<BR> <I>(Il met sa cha&icirc;ne en marche. Surgit le dernier air de Isolde &quot;Mild und leise wie er l&auml;chelt&quot;)<BR> </I>Je te le laisse. L&agrave; o&ugrave; on m'envoie, on ne me le permettra peut-&ecirc;tre pas. Alors profites-en encore...</P>  <P><B>Dominique : </B>... Non... c'est si beau...</P>  <P><B>Pierre : </B>Wagner disait que bien interpr&eacute;t&eacute;, son op&eacute;ra deviendrait insoutenable &agrave; des oreilles impr&eacute;par&eacute;es.<BR> ... c'est si d&eacute;chirant d'amour.<BR> <I>(Sur les paroles d'Isolde :)<BR> </I>... Ne le voyez-vous pas ?<BR> Tout aur&eacute;ol&eacute; d'&eacute;toiles ?<BR> J'ai toujours pens&eacute; que je me r&eacute;veillerai un jour ailleurs. Il est impossible de s'&eacute;vader de ce trou de merde. Impossible. Hors de la prison, les gens ignorent qui je suis et bien ici, ils sauront que j'ai &eacute;t&eacute; un homme digne d'&ecirc;tre un homme.</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(Toujours abattu :)</I> Je t'en prie...</P>  <P><B>Pierre : </B>S'ils me d&eacute;truisent, quelle importance !</P>  <P><B>Dominique : </B>Et nous ?</P>  <P><B>Pierre : </B>Le jour s'est lev&eacute;.</P>  <P><B>Dominique : </B><I>(R&eacute;agissant :)</I> Prends ces tee-shirts. Tu en auras besoin. Si. Je t'en prie.</P>  <P><B>Pierre : </B>Ils portent ton odeur. <I>(Il en enfile un.)</I></P>  <P><B>Dominique : </B>Tu les mettras pour moi, o&ugrave; que tu seras.</P>  <P><B>Pierre : </B>Je les mettrai... Ok. D'accord, d'accord, d'accord</P>  <P><B>Dominique : </B>N'oublie pas de m'&eacute;crire. Je t'&eacute;crirai.</P>  <P><B>Pierre :</B> Ce n'est peut-&ecirc;tre pas...</P>  <P><B>Dominique : </B>Prends tout.</P>  <P><B>Pierre :</B> Je t'ai tout pris. J'ai tout ton amour. Cela me suffit &agrave; perp&egrave;te.</P>  <P><B>Dominique : </B><I>(Apr&egrave;s &ecirc;tre rest&eacute; p&eacute;trifi&eacute; :)</I> Et moi ?... Moi, Pierre ?</P>  <P><B>Pierre : </B><I>(Suivant l'air d'Isolde)<BR> </I>Suis-je vraiment seul &agrave; l'entendre<BR> cette m&eacute;lodie<BR> si merveilleuse<BR> et si subtile,<BR> aux langueurs exquises<BR> qui parlent toutes les langues<BR> et qui savent m'apaiser ?</P>  <P><B>Dominique : </B>J'ai un mauvais pressentiment. <BR> Ne me quitte pas !</P>  <P><B>Pierre :</B> Je ne te quitte pas. Je te souhaite le bonheur.</P>  <P><B>Dominique :</B> Tu ne m'as rien dit. Je veux que tu me dises.</P>  <P><B>Pierre : </B>N'entends-tu pas la m&eacute;lodie qui sort de mon &ecirc;tre ?</P>  <P><B>Dominique : </B>Je veux un ami.</P>  <P><B>Pierre :</B> Tu es un m&ocirc;me compl&egrave;tement ringard. <I>(Pause)</I> J'ai peur des mots qui viennent de ma nuit.</P>  <P><B>Dominique :</B> Tu m'as tenu la main.</P>  <P><B>Pierre : </B>C'&eacute;tait beaucoup.</P>  <P><B>Dominique : </B>Tu m'as tenu la main...</P>  <P><B>Pierre : </B>... je t'ai tout dit.</P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(Apr&egrave;s une pause, suppliant :)</I> Avant de partir...</P>  <P><B>Pierre : </B>C'est tr&egrave;s difficile. Dominique ?<I> (Apr&egrave;s une longue pause :)</I> Je t'aime.</P>  <P><I>(Leurs mains se tendent et s'&eacute;pousent. La main gauche de Pierre vient tapoter masculinement l'&eacute;paule de Dominique ravi.)</I></P>  <P><B>Pierre : </B><I>(Suivant toujours l'air d'Isolde)<BR> </I>que je m'engloutisse,<BR> et me noie,<BR> sans conscience,<BR> supr&ecirc;me joie !</P>  <P><I>(Pierre zippe le sac de voyage. La porte s'ouvre. Pierre sort lentement. Dominique a d&eacute;tourn&eacute; la t&ecirc;te. La porte se ferme. Dominique va se coller &agrave; elle. Il se retourne -l&eacute;ger changement d'&eacute;clairage)</I></P>  <P><B>Dominique :</B> <I>(Les larmes aux yeux)</I> J'aurais tant voulu que la prison s'&eacute;croule et que ce plafond tant fix&eacute; devint notre dalle mortuaire.<BR> Mais nous &eacute;tions vivants.</P>  <P>La mer s'est retir&eacute;e. <BR> Je n'ai pas voulu le voir partir comme la derni&egrave;re fois.<BR> J'ai tenu &agrave; ce que la cellule soit remplie de sa m&eacute;lodie.<BR> Il n'a jamais &eacute;t&eacute; un pauvre type ballott&eacute; par la vie,<BR> il n'a jamais &eacute;t&eacute; cambrioleur ni pickpocket,<BR> il a &eacute;t&eacute; la pierre qui a marqu&eacute; ma vie.<BR> Il a &eacute;t&eacute; la pierre o&ugrave; je me suis accroch&eacute;.</P>  <P>Mon proc&egrave;s a eu lieu.<BR> J'ai &eacute;t&eacute; acquitt&eacute;.</P>  <P>Et tout a bascul&eacute;. <I>(Long soupir)</I></P>  <P>On a f&ecirc;t&eacute; somptueusement mes fian&ccedil;ailles avec Juliette. <BR> Mon p&egrave;re est content. Tout est rentr&eacute; dans l'ordre.</P>  <P><I>(Sur les derniers accords de la musique :)<BR> </I>Je n'ai jamais revu Pierre.</P>  <P><B><I>NOIR.<BR> </I></B>_______________________________________________________________________</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><CENTER><B><I><FONT SIZE="+3">FIN</FONT></I></B></CENTER>  </BODY> </HTML> 
