<html> <!-- date de creation: 06/03/02 --> <head> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=ISO-8859-1"> <META NAME="Author" LANG="fr" CONTENT="Sophie Guichard"> <META NAME="Description" CONTENT="manu en balade, tour du monde, thailande, laos"> <META NAME="Keywords" LANG="fr" CONTENT="manu en balade, tour du monde, thailande, laos"> <META NAME="Identifier-URL" CONTENT="http://manuenbalade.free.fr"> <META NAME="Reply-to" CONTENT="guichard@biosub.fr"> <META NAME="revisit-after" CONTENT="31"> <META NAME="Publisher" CONTENT="Sophie Guichard"> <META NAME="Copyright" CONTENT=" Sophie Guichard"> <META NAME="Generator" CONTENT="WebExpert 2000"> <META NAME="Robots" CONTENT="index, follow"> <STYLE> P { font : 10pt verdana, arial, helvetica; font-weight : normal; color : #FFFFFF; text-decoration : none; } H1 { font : 16pt verdana, arial, helvetica; font-weight : bold; color : #F4F0B0; text-decoration : none; } H2 { font : 13pt verdana, arial, helvetica; font-weight : bold; color : #ffffff; text-decoration : none; } H3 { font : 10pt verdana, arial, helvetica; font-weight : bold; color : #FFFFFF; text-decoration : none; } A { font : 9pt verdana, arial, helvetica; font-weight : bold; color : #ffffcc; text-decoration : none; } A:Visited { font : 9pt verdana, arial, helvetica; font-weight : bold; color : #ffcc99; text-decoration : none; } A:Active { font : 9pt verdana, arial, helvetica; font-weight : bold; color : #ffffcc; text-decoration : none; } A:Hover	{ font : 9pt verdana, arial, helvetica; font-weight : bold; color : #F4F0B0; text-decoration : underline; } BODY { background-color : #52a88c; font : 8pt verdana, arial, helvetica; color : #FFFFFF; text-decoration : none; } </STYLE> <STYLE TYPE="text/css"> BODY { scrollbar-face-color: #52A88C;  scrollbar-shadow-color: #000000; scrollbar-highlight-color: #FFFFFF; scrollbar-3dlight-color: #000000;  scrollbar-darkshadow-color: #000000;  scrollbar-track-color: #3C8069;  scrollbar-arrow-color: #ffcc99; } </STYLE> <title>Manu en balade ...</title> </head>    <body bgcolor="#52a88c" text="#ffffff" link="#ffffcc" vlink="#ffcc99" alink="#ffffcc" bgproperties="fixed">  <table width="90%"   border="2" cellpadding="6" bgcolor="#52A88C" scrolling="yes" bordercolor="#3C8069">   	   	  	    <tr>       <td width="92%" height="35"><H1><div align="left">Carnet n 17 : Annapurnas, Tilichio et rhinos... </div></td>       <td width="8%" height="35"><a href="index16.html"><img src="Images/return.gif" border="0" align="right"></a></td>  </tr>     <tr>       <td width="100%"colspan="2" valign="middle"> <div style="text-align:justify;"> <font color="#000000"> <br>  Suite  mon mmorable voyage au Tibet dont je n'ai vu que les panneaux  ironiques "don't spit" de la frontire chinoise, c'est avec une mto capricieuse que j'ai pris  nouveau la direction des montagnes pour aller, cette fois, faire une des randonnes des plus clbres au monde : le tour des Annapurnas. Avec un bon vieux bus Tata - moi qui attendais alors d'tre  Tonton  -  j'ai profit  du paysage et me suis rgal en admirant  travers la vitre poussireuse ces beaux paysages aux formes gomtriques imposs par les cultures, tout en tant conscient aussi du travail harassant au plus bas de la valle et dans la gravire qui longe la rivire.  <br>On peut y voir des familles entires qui tamisent le sable et calibrent les cailloux pour les transporter dans des hottes d'osier en suivant un chemin qui traverse ponctuellement la rivire.  Des femmes lavent le linge dans l'eau verte et font scher des grands morceaux de tissus colors en les dposant sur les bananiers, papayers ou simplement sur de gros rochers bien exposs au soleil. On traverse aussi, pendant cette journe de bus, de nombreux villages o la vie des gens est relativement tranquille, au beau milieu d'un dsordre de dchets mnagers effarant. Les enfants jouent aux abords de la route avec des jouets improviss et cela laisse songeur  l'approche du gaspillage prochain des ftes de Nol en Europe. Les plus vieux se trempent les lvres dans du th au lait bouillant, assis sur les marches des devantures des " shops " dont les publicits peintes sur les faades sont toujours les mmes : Castrol,  Coca Cola, San Miguel <br><br>  Arriv  la tombe de la nuit  Beshishar, dernier village de la route goudronne, j'ai eu juste le temps d'acheter un tube de dentifrice et trois bricoles pour boucler le sac avant d'aller me reposer en pensant que les chaussures allaient encore " fumer " pendant ce rput et si   frquent trek npalais. Le lendemain matin, aprs avoir pass la tte sous le robinet d'eau gele en guise de toilette, c'tait reparti en suivant cet itinraire qui devait tre plus facile que le prcdent. Il suffisait de grimper de 800  5400 mtres progressivement jusqu'au  au col de Thorung et, bien sr, de redescendre de l'autre ct. Impossible de ne pas  nouveau penser  Chole et  sa phrase ftiche tant de fois plbiscite : "la vie c'est en pente ; a monte et a descend". Tout de mme, plus de trois cents cinquante kilomtres  " s'envoyer " et a use les souliers, je vous jure ! <br><br> Ds les premires heures de marche, je ne fus  pas dpays car je venais de  rencontrer le fameux pyrniste Jean-Louis Audoubert qui est l'auteur de trs nombreux livres sur nos montagnes. En chemin, c'est toujours un peu la mme chose, un pied devant l'autre. Mais, quand il arrive que l'on marche seul pendant des journes entires, on a le temps de rflchir pour passer le temps ! Je me suis alors exerc, pour oublier un peu les dnivels monotones,  fouiller dans ma mmoire et j'ai trouv l'exercice tonnant ! Essayez ; c'est fou tout ce que l'on peut faire merger lorsque l'on rafrachit des souvenirs anciens oublis depuis trs longtemps. Pour faire la pause, que je m'imposais sur les coups de midi, je me  rgalais pendant les premiers jours, de gros citrons dlicieux (lire citrons, Pop) que je portais depuis Katmandou. Un plaisir, ces citrons que l'on mange comme une orange, avec leur chair juteuse et  la  peau trs paisse qui me rappelaient ceux que je cueillais sur le vieux citronnier de mon grand-pre. Les premiers soirs, aprs de grosses tapes pour ne pas perdre de temps dans ces basses valles, je dormais dans des hameaux intermdiaires par rapport aux stops classiques, ce qui est bien plus agrable et permet de " roupiller " dans des lodges typiques. <br><br> Remontant cette valle devenue gorge, en ctoyant les caravanes de ces stupides mules qui bouchent le passage, il m'est alors arriv une aventure, comme on dit ! Mme si je sais dj que certains vont rire, attendez  un peu car le dnouement n'est pas trs rigolo. L'anecdote qui m'a valu dix bonnes minutes pli en deux, assis sur un rocher dominant le sentier, je vous la raconte. Au matin du troisime jour, je suivais depuis l'aube une trentaine d'nes et tentais en vain de doubler ces sales btes depuis une bonne heure. J'tais alors arriv en quatrime position sur cet troit passage qui, par endroits, est taill dans la falaise ou bien surplombe le vide. N'ayant plus que trois bourricots  doubler, j'tais bloqu par un vieux mle noir qui ne faisait  visiblement aucun effort pour me laisser un crneau. J'avais bien dj l'impression qu'il y avait de " l'Urgo dans l'air " quand j'ai tent le dbordement - un peu moins  l'aise qu' Madrazs - et le voil qui me balance deux violents coups de sabots, en faisant une belle ruade, dans les c... ; enfin, dans le bas ventre. Ae! Ae! Ae! Je savais que le mieux tait de pisser mais je n'en avais vraiment pas envie et je regardais du coin de l'il les autres derrire moi qui avanaient comme des nes. Mans, arrte de rire et sache que je prfre les tiens qui broutent paisiblement  Ventojols. Au passage, " namaste ! " au petit nouveau qui vient de natre.  <br><br> Un peu plus haut et lorsque tout fut revenu  en place, je parvins dj aux premires vues sur  les cimes enneiges qu'offrent les Annapurnas. Un side-trip, comme disent les anglais, m'a permis de mieux les admirer en montant sur les cteaux au-dessus de Pisang. C'est ainsi que je pus distinguer l'Annapurna II (7937 m), l'Annapurna IV (7535 m) et l'Annapurna III (7575 m). La vue y est superbe et, sur le soir, en empruntant de nouveau, selon ma spcialit, des raccourcis qui rallongent, je suis mont un peu plus haut dans la valle d'accs au Chulu Peak pour enfin trouver un pont et redescendre  la ville de Manang.  Manang, implante  3540 mtres, est l'tape de repos et d'acclimation  l'altitude pour la grande majorit des trekkeurs. J'y ai pass un bon moment avec l'quipe de Maurice Duchne - un ami de mon pre - et ses sympathiques copains, tous membres de l'Association Himalaya de Carbone. On se croisera  par la suite de nombreuses fois, avec toujours autant de plaisir pour moi.  Ne faisant pas de journe relaxation car j'tais encore acclimat grce  mon prcdent sjour au Khumbu, je partis ds le lendemain matin aprs ma dose journalire de muesli, faire un dtour de choix pour tenter d'atteindre le lac de Tilichio situ  5000 mtres d'altitude.  <br><br> Le ciel tait ce matin-l tout blanc et la neige ne tarderait pas  tomber. Etant de nouveau seul, je me posais quelques questions et mme envisageais de rebrousser chemin pour me goinfrer de tartes aux pommes, comme tout le monde ! Aprs le petit village de Khangsar dont les ruelles paves et troites sont jonches de bouses de vaches ou de yaks qui embaument les parfums de la montagne, en rentrant dans un tea-shop comme je les aime,  je rencontrai  Klaus et Bruno, deux grands sportifs allemands, seuls avec moi  envisager ce jour-l cette randonne. Ensemble, nous dcidmes de continuer vers le " Tilichio base camp " pour y passer la nuit. Cet itinraire de montagne comporte des passages peu srs et exposs o l'on doit traverser d'interminables pierriers qui donnent une vue imprenable sur la rivire en  bas, tout en bas. En vitant les chutes de pierres permanentes, je me rappelle avoir cri  plusieurs reprises "Hartung ! ; Hartung !".  <br><br> Quelques minutes de pause, protgs par de superbes chemines de fes, et nous repartions l'un aprs l'autre, au pas de course, sans avoir l'envie de pique-niquer en chemin. Le soir, nous tions enfin arrivs - et assez fatigus je dois dire -  l'unique lodge d'un confort plutt spartiate. Aprs une soire  " picoler " des grands pots de th pour se rchauffer, on est all  s'endormir dans un dortoir frigorifique, en esprant le ciel bleu pour le lendemain. Mais le matin, au  rveil, ds six heures, et aprs une sortie du duvet tant repousse depuis le milieu de la nuit pour aller " vidanger ", plus d'espoir de voir le lac d'altitude Un peu plus de cinquante centimtres de neige, nettement en avance sur le calendrier, taient tombs pendant que j'essayais en vain de trouver le sommeil en me tortillant,  demi congel, dans mon duvet !  Je ne comprenais pas ce que racontaient mes deux allemands mais ils n'avaient pas l'air contents. Quant  moi, je me posais quelques questions au sujet de la descente vers " l'autoroute-Tour des Annapurnas ". Pendant le djeuner on se dit  qu'attendre ici n'tait ni rigolo, ni une bonne solution car cela pouvait durer longtemps, d'autant plus que cette premire chute de neige de la saison persistait et que les flocons tombaient toujours plus serrs. Pas envie de passer Nol ici !  <br>La veille, nous avions bien plaisant sur le matre des lieux et son cuistot qui taient vraiment trs rustres. Mais l, on ne se sentait pas capables de redescendre seuls dans la valle car aucune trace du sentier de la veille, sous cette paisse couche de neige lourde, n'tait visible. On dcida donc de les payer confortablement  pour nous faire la trace jusqu'au tea-shop du village de Khangsar. Alors, en avant, avec ces deux personnages atypiques qui ne ressemblaient pas  des npalais et qui ne parlaient pas un tratre mot d'anglais. Pasque aurait vite fait de  surnommer le plus grand " Joe l'Indien ", la terreur du petit Tom Sawyer. Nous voil donc partis, aprs avoir suivi les empreintes des coussinets des pattes d'un flin autour de la lodge (un lopard des neiges ?) vers la civilisation. Les deux guides improviss marchaient devant en labourant la neige comme des motoculteurs, en avanant avec une assurance et une puissance incroyables, mais cela nous facilitait bien la tche ! Sans eux, c'tait vraiment une mission impossible. Etant en quatrime position, j'avais encore vraiment du mal  mettre un pied devant l'autre tant la neige tait lourde. On retraversa  ces pierriers devenus en une seule nuit de bonnes pistes noires - dignes de celle qui sort du fameux tunnel de l'Alpe d'Huez - en gardant une extrme vigilance et en marchant comme sur des oeufs. Plutt ici des blancs d'ufs ! Vers midi, le soleil pera enfin les nuages. Il tant temps d'en finir avec ces passages dangereux car de petites avalanches commenaient  donner un peu plus de piment d'Espelette  cette journe Montagne. <br><br>  Arrivs  destination, on paya Joe l'Indien qui avait, avec son acolyte, bien mrit son salaire. Puis on  prit un nouveau raccourci pour ne pas redescendre trop bas dans la valle... Grave erreur ! Ne voyant pas la sente, on s'puisa dans la neige et, malgr la force physique de mes deux compagnons, on jugea la balade bien trop prilleuse et nous dmes rebrousser chemin deux heures avant le coucher du soleil. Nous redescendmes avec la mthode cabrs en galopant dans cette bonne neige frache  comme des gosses ! La fin de la descente dans la " peuf " a fini par une vraie course, avec ces deux allemands joueurs de foot et passionns des Alpes compltement givrs. Un peu de fun, comme ils disaient, suite  cette journe extnuante et par moment assez " flippante " tait le bien venu. De temps en temps, avec mes pas rendus hsitants par la fatigue, je glissais et faisais la tortue grce  ma carapace-sac--dos. Jeff-Tortue, on aurait pu faire la course !  Tout est bien qui finit bien, comme on dit, j'ai  quitt mes compagnons germaniques et je suis all dormir dans une lodge trs rudimentaire, choisie pour profiter d'un peu de solitude et d'authenticit tant apprciable. Avec une tte de yak au-dessus de la porte, l'endroit me semblait parfait pour oublier la dception de n'avoir  pas pu atteindre ce lac si renomm qui miroite au pied de la grande barrire.  <br><br> La lune, dj haut dans le ciel sur le Tilichio Peak (7134 m), tait un vrai plaisir  regarder tout en trempant mes pauvres pieds dans une bassine de totapani. Lire eau chaude, en franais. Oui, plus chouette  regarder que mes pieds tremps pendant toute la dure de cette galre et qui ressemblaient  des flancs aux ufs ! Heureusement que crme Nivea tait l !  <br><br> La soire se passa dans la pice commune de cinq mtres sur quatre, la vie familiale tant comme toujours recentre autour du foyer. A ras du sol, la gazinire de fonte est alimente de petites bches de bois qui enfument la pice et donnent cette odeur particulire  toutes les lodges npalaises. Dans un rcipient d'aluminium de l'eau bouillante est toujours prte pour faire le th. Assis  ct de moi, sur un coussin dont les motifs taient cachs par la crasse,  une mamie de 83 ans rcitait sans cesse des prires en grenant son chapelet de perles tibtaines. Une tagre sur le mur d'en face expose toute la vaisselle d'aluminium de la famille. Les gobelets sont aligns comme des poupes gigognes et les assiettes sont installes verticalement comme dans un vaisselier prigourdin. La rpe  fromage pend dans un coin alors que des morceaux de " barbaque " de yak schent  l'aplomb du feu, sur le mme fil o  j'avais mis mes chaussettes. Le fumet n'en sera que meilleur ! Les bouquets de fleurs sches, les moulins  prires et autres bijoux donnaient, si je me rappelle bien, la touche finale  la dcoration de la pice. Pendant que la mamie finissait son assiette de dalbat - je savais alors ce qu'allait tre mon petit djeuner du lendemain - j'attaquais la conversation  avec le papa qui me demandait s'il y avait des vaches, des  yaks, des  chvres en France. Puis, j'essayais d'aider la jeune fille  faire ses devoirs d'anglais aprs sa corve de vaisselle tandis que mon guide Lonely Planet  passa encore une fois de mains en mains. Dans tous les pays que j'ai traverss, les locaux prennent tous autant de plaisir  mettre leurs doigts sales sur les photos. a m'nerve toujours mais c'est chaque fois un bon moyen d'changer un peu. Ce soir-l, c'tait du jamais vu : la vieille qui venait d'y voir les reprsentations des figurines religieuses bouddhistes, se le mit sur la tte en marmonnant des prires !  <br><br> La monte au col de Thorung La (5416 m) fut trs facile malgr la neige car de nombreux trekkeurs tant passs avant moi. Cette fois, la trace tait donc faite et il fallait juste tre vigilant  la glace assez tratresse dans les passages exposs  l'ombre. Retrouvant mes gaillards allemands, les jeunes maris de Courchevel et les toulousains, la suite de trek fut plus agrable. Le passage du col, malgr la neige et un vent glacial qui cingle le visage, s'effectua sans problme. Ce fut plus difficile pour les jeunes israliens qui venaient randonner ici comme ils vont  la plage en Thailande : une charpe, un bonnet tibtain aux couleurs rasta et un chle indien sur les paules ne suffisent pas pour affronter des tempratures bien en dessous de zro, me semble-t-il ! <br><br> La descente de l'autre ct est superbe car le paysage change  nouveau. Les montagnes sont plus dsertiques et nous sommes aux portes du royaume du Mustang ferm au tourisme. Le Mustang s'est entrouvert en 1991, exclusivement pour les groupes accompagns d'un agent de liaison npalais. Il fait l'objet d'un quota d'entres limit et du paiement d'un permis de trek hors de prix afin de prserver ce petit royaume du "tourisme de masse" et en raison de sa  position stratgique avec la Chine. Moi, j'avais un visa tout neuf, pourtant !  Y faire une visite est, parat-il, un vritable retour au moyen-age dans des villages qui ont su conserver leurs traditions de vie, sur ces chemins emprunts jadis par les grandes caravanes de yaks de la clbre route du sel.  Les villages de Muktinath, Kagbeni, Marpha mriteraient de plus longues descriptions mais je vais me contenter de citer les excellentes ptisseries aux pommes. Fonta, ce trek est dcidment pour toi ! Et toi, Yanne, tu dois aussi te rappeler de ces passages, je pense Assis sur un banc, une tarte dans chaque main, je scrutais les montagnes. Cet endroit est exceptionnel car j'avais d'un ct l'Annapurna I (8091 m) et de l'autre le Daulagiri (8167 m), deux des quatorze plus de huit mille mtres que compte la plante. Le contraste de la blancheur des glaciers qui dvalent les pentes avec le vert des valles cultives y est saisissant. Sur la suite du parcours, o des enfants exhibent de leur poche la fameuse petite pierre noire fossile - tmoignage de la prsence d'ocans en des temps trs anciens - j'enclenchais le " turbo " en descendant les berges de la valle de la Kali Gandaki pour aller, au plus tt, me relaxer aux sources chaudes de Tatopani, stop apprci de tous les trekkeurs.  <br><br> Juste avant la baignade  trente degrs Celsius, j'ai eu droit  un spectacle exceptionnel digne des plus grands reportages animaliers de la National Geographic. La veille, une vache tait tombe dans un ravin - d'aprs un npalais elle avait t pousse par un ne - et s'tait crase cinquante mtres en contrebas. Ne le sachant pas encore, et  plusieurs kilomtres de cette pauvre bte, j'avais repr un nombre anormal de ces grands aigles que l'on ne croise  normalement que de temps en temps. Une bonne trentaine de ces bestiaux qui m'impressionnent chaque fois, donnait un spectacle terrible : la loi de la nature et du plus fort devant les yeux. La vache dvore dj  moiti, se faisant dchiqueter  coup des puissantes serres du roi du ciel alors que des centaines de corbeaux taient l  attendre des restes. Les plus tmraires tentaient leur chance et se faisaient percuter en plein vol par les normes aigles. Le combat tait rude. Des morceaux de viande tombaient sans jamais arriver jusqu'au sol. Des piquets  une vitesse sidrante permettaient de rcuprer la prcieuse chair. Je n'ai pas tent la mienne, de tailler un steak au couteau suisse, car je savais dj qu'une nerie est  vite arrive sur ces sentiers de montagnes ! Une vacherie aussi, la preuve  <br>Aprs ce documentaire en live du samedi aprs-midi de Canal+, je suis enfin arriv  ce qui est considr comme tant la fin du tour des Annapurnas pour la majorit des gens. Je me suis gav de mandarines et de citrons acides, tout en me " baquant " une aprs-midi entire dans les bassins d'eaux chaudes.  <br><br> Le lendemain, j'enchanais sur un autre trek qui mne au sanctuaire des Annapurnas pour enfin admirer ces montagnes par la face sud. Mais j'avais d'abord de svres dnivels   escalader pour rejoindre la route classique o Bourde puis Sneb sont dj passs il y a deux ans. Pour a, il fallait traverser des forts o, soit disant, taient arrives des agressions par des brigands locaux sur des randonneurs solitaires. Au cas o, une copine m'avait prt sa petite bombe lacrymogne de CRS. Je n'en ai pas eu, videmment, l'utilit et j'ai eu la chance  de retrouver par hasard au sommet de la longue et fastidieuse grimpette de Tadapani, une petite boule de poils noire que je connaissais si bien. La  peluche est une petite chienne qui a fait tout le tour des Annapurnas en entier ! Le seul chien de deux mois  avoir fait cette belle rando, mais bien install dans le sac  dos de Dawa, ami et guide sherpa du groupe de Carbone. Dawa allait au mme endroit que moi pour quiper un sommet d'alpinisme. Comme nous nous entendions tous les deux  merveille, nous partmes pour les formidables panoramas du sanctuaire au pas de course. J'avais bien achet un livre intitul " Trekking in the Himalayas " le jour de mon arrive dans ce beau pays, mais avec Dawa, pas le temps de bouquiner ! Ou bien il m'aurait fallu plutt " Running in the Himalayas " ; mais a existe pas. D'un rythme soutenu digne du raid gauloise, et avec une grande complicit, on a dval les sous-bois sombres au pas de course tout en me faisant part de ses sentiments sur la politique locale lie au problme maoste. Nous ferons uniquement des stops lorsque la petite chienne gmira un peu trop fort et nous rclamera un arrt pipi. Ne  plus de 3000 mtres d'altitude - d'une race quivalente  celle du chien de Colombo et dont le nom est un excellent jeu de mots, Tilichio - elle nous procurait un vrai plaisir quand on la regardait, en se marrant, sautiller  sur les cent derniers mtres prcdant l'tape du soir.  <br><br> Ce soir-l, on a pris un fou rire mmorable. On mangeait notre dalbat assis au coin du feu quand un coren a dboul dans la pice en hurlant qu'il y avait un gros rat dans une chambre ! La patronne accourut et nous a appels pour ouvrir le loquet. En train de batailler avec  les couvertures et de mordiller les draps, le petit Tilichio nous a tous fait mourir de rire ! Seul le coren se sentit un peu con ! On reprit notre assiette de dalbat avec apptit en ramenant notre petit rat avec nous. En face, il y avait toujours cet italien qui me suit depuis le col et qui m'avait fait rire lui aussi avec sa tenue de cycliste du tour de France et sa stalactite de glace  dans la barbe. Il faisait des mots croiss comme  l'accoutume et nous, nous jouions avec le chien.  <br>Pour en revenir  mon ne " casse-couille " du dbut du trek, j'ai appris ce soir l avec Dawa quelque chose de moins gai, je vous l'avais dit un peu plus haut. Le lendemain de mon histoire, je savais qu'un npalais tait dcd des suites de blessures avec un animal. D'ailleurs, les amis avaient vu sa femme en pleurs, criant au ciel des prires hystriques et, juste derrire, deux hommes portaient un corps envelopp dans un drap. Dawa me raconta alors que des npalais l'avaient prvenu que, dans une caravane, il y avait un ne dangereux. Je compris alors qu'un jour aprs mon histoire cet homme avait t moins chanceux que moi. Le foie perfor, il dcda de  cette blessure juste quelques heures plus tard. Il s'agissait vraisemblablement la mme caravane, et vraisemblablement du mme ne... Cela refroidit un peu, vous le comprendrez facilement.  <br><br> Puis nous filmes tous les trois  l'aube pour une  journe de marche, sans arrt, par les gorges troites de la rivire Modi Khola. Le lendemain je suis all, seul,  l'Annapurna base camp pour contempler les cimes dont le vent faisait voler des nuages de poudre de neige. J'claire au passage ceux qui ne connaissent pas l'histoire de cette montagne. Le premier homme, avec son quipe de chamoniards, a avoir tent avec succs l'escalade d'un sommet de plus de huit milles mtres en 1950 (trois ans avant son rival, Edmond Hillary, qui conquit l'Everest) est un franais. C'est, bien sr, Maurice Herzog, rendu clbre par ses doigts gels et son beau rcit intitul "Annapurna premier 8000".  <br><br> Le sommet le plus impressionnant et le plus  beau est,  mon avis le Machapuchare (6998 m),  la montagne en queue de poisson, inviole et sacre, n'est-ce pas Monsieur Sneb ? (Tu es redescendu de ton chelle ? Il est fini ce plafond ? Attends un peu pour un tourrain..). Quittant Dawa et ses grandes recommandations pour la chienne que je dois lui ramener  Katmandou, j'ai amorc la descente avec la petite boule de poils installe dans un petit panier d'osier de ma  confection, fix sur mon torse. Je dus rgler ma vitesse en fonction des arrts pipi-caca de ma compagne de route, des collations au lait de yak, etc. Mais cette adorable chienne me le rendit bien en attirant toutes les trekkeuses rencontres !  <br>Cette dernire journe de trek au Npal fut trs agrable en dvalant le sentier bord de cultures de bl et mme avec mon passager clandestin ce fut trs facile car depuis le temps que je marchais, mes muscles taient rods ! Le sac semblait lger, comme si un plaisantin m'avait mit une pierre dans le sac au retour de l'Everest ! Merci Jean-marie pour la livraison. Alors, Lionel, tes photos sont belles ?  <br><br> Puis nous avons pris le bus et elle a  commenc son apprentissage de la socit des hommes et de leurs villes pollues. Effraye au bruit des premiers moteurs, cache dans ma veste polaire, elle n'tait pas au bout de ses peines mais dj si loin de ses montagnes natales. Les jours suivants j'allais lui montrer les joies de la ville de Pokara, deuxime ville du pays borde d'un lac, de restaurants, de cyber-cafs et mme d'une bote de nuit. Merci  toi, Cline, pour avoir fait la nounou pendant qu'avec Carlos je parlais de choses srieuses ! Et oui, un tour en bote n'a pas fait de mal aprs ces deux grands treks que je venais de raliser, et surtout car ce jour-l, j'avais une bonne raison de faire la fte : j'tais l'heureux tonton d'Emma depuis trois  jours ! <br> Aprs un jour de pause  croquer des dolipranes - il tait vraiment faisand ce poulet, Carlos tu avais raison ! - et  payer des lassis  Tilichio, je suis parti rejoindre des copains dans le park national du Chitwan pour y faire un safari. En arrivant, j'ai saut dans la rivire pour  y prendre un bain bien mrit et donner l'occasion  la petite chienne de faire ses premires brasses. Visiblement, elle n'aimait pas beaucoup l'eau. Alors, pour me racheter de ces misres, je l'ai installe dans un petit sac  dos sur le devant et nous sommes alls faire une balade  dos d'lphant ! Dawa me dira plus tard : " Quelle chance elle a eu, moi j'y suis jamais all au Chitwan ".  <br><br> Le lendemain, de peur qu'un fauve me la bouffe ou s'approche un peu trop prs d'elle, je la laisserai  l'htel. Il faut dire que le park  qui s'entend sur 900 km est peupl de 500 rhinocros, 110 tigres, d'lphants sauvages, d'innombrables oiseaux, de daims, de lopards, de crocodiles, etc. L'excursion commence par la traverse de la rivire en pirogue et, au vu du nombre considrable de traces fraches dans la vase des berges, le ton tait donn !  Notre excellent guide, passionn par la traque de la faune sauvage, nous fit marcher trente kilomtres le premier jour pour notre bonheur et notre frayeur en mme temps. Traquant le rhino en cheminant au travers des hautes herbes, montant dans les arbres pour s'entraner et inspecter au loin depuis plusieurs heures, l'histoire commenait  devenir lassante. Soudain, elle devint plus excitante. On marchait peinard sur une piste en papotant de cuisine, comme des bons franais, de Mat et des missions gourmandes de Jean-Luc Petit Renaud, quand tout  coup l'il expert de Cline a dnich la bte ! Le bras tendu en avant, elle s'exclama : " un tigre ! ". Je n'ai malheureusement pas eu le temps de le localiser et d'y poser l'il dessus mais, par contre, j'ai eu droit aux nombreux rugissements. Le guide courant derrire, les autres firent de mme mais  personnellement je gardais mes distances car une histoire commune avec Bourde me rendait peu motiv pour courir aprs le fauve... Ceux qui connaissent l'histoire peuvent aisment me comprendre !  Notre guide nous expliquera que depuis trois ans il n'en avait pas vu ! Enfin, depuis le tien, Eric... La suite du programme sera tout aussi intressante : crocodiles, lphants, oiseaux... Moment privilgi perch  la pointe d'un arbre pour pier monsieur rhino de plus de deux tonnes qui broutait de l'herbe. Moment moins rigolo, dans l'action, quand une mre et son rejeton tenta une petite charge vers nous dans un barrissement du tonnerre. Tous cachs derrire notre arbre, on n'en menait pas large ! Quand ils chargent, d'aprs le guide, il faut courir en zig-zag ou se cacher derrire le plus gros arbre possible !  Un peu plus loin, des militaires avaient recueilli un lopard orphelin.  M'approchant d'un peu trop prs pour faire une photo, le gros chat me sauta sur les genoux - peut tre que je sentais encore le chien - et j'ai d le chopper comme je faisais au petit Tilichio, par la peau du cou, juste avant qu'il affte ses griffes sur mes cuisses ! C'tait un lopard de trois ans, quand mme ! Heureusement que Tilichio n'tait pas venue.  <br><br> De retour  Katmandou depuis une semaine o je viens de finir mon sjour npalais, je me pose encore la question : "Tonton au Tibet" ; "Tibet or not Tibet" ? Mais le fait de parler  nouveau avec d'autres voyageurs des permis de visites  payer en permanence, de la police chinoise qui muselle le peuple tibtain, tout cela ne me rjouissait gure. De plus, je devais payer le double que prvu par rapport  ma premire tentative car je devais y rentrer par voie arienne et risquer un blocage en ce mois de dcembre  cause des prochaines chutes de neige. Marre aussi, il est vrai, de me cailler toutes les nuits...  Je suis donc all revendre mon duvet et, dans la foule, passer  l'ambassade de l'Inde pour l'obtention de mon visa. J'ai profit enfin de quelques jours de repos amplement mrits et, comme vous certainement en cette priode, j'ai fait mon shopping de Nol. Des aprs-midi " fromage " avec Xavier, des vires gourmandes  la ptisserie, des apritifs avec les gens de la formidable Souvenir Guesthouse, une visite  Tilichio qui me sauta au cou dans sa nouvelle maison, des dalbats chez Momie, etc.  Ce petit restaurant frquent  par des gens du quartier qui me connaissent tous maintenant et m'appellent par mon prnom, je ne l'oublierai pas aussi vite. Je pourrais y crire un carnet entier sur la gentillesse de Momie, la patronne, qui me gavait comme son fils ; les soires du vendredi soir o on y chante et boit le whisky local avec les habitus ; ainsi que sur les secrets de la vie de famille de ce petit "Sigoules"  la npalaise qui, souvent, avait bien des allures du  "Caf du Thtre". Mais je ne suis pas ethnologue et j'ai hte maintenant de reprendre la route! <br> Hier, pour ma dernire soire j'ai regard l'lection de Miss Npal 2002 sur fond de musique royale. Nous avons mis "des coups de rpe" comme auraient pu faire avec talent les amis du RDG tout en mangeant un gros poulet que j'avais offert, cuisin de diffrentes sortes de curry et arros du Caravan whisky. Je leur ai racont que Miss France 2000 tait tombe dans les pommes lors de son lection et ils n'ont pas pu le croire ! En tout cas, Miss Sherpa 2002 est superbe... Seule Virginie Ledoyen qui affiche son beau portrait pour les publicits de l'Oral dans toute l'Asie peut rivaliser !  <br><br> Mes amis, je sens monter l'excitation et la fbrilit de ces heures qui prcdent les dparts comme pour un premier voyage. Peut tre parce que je me trouve ici comme chez moi dans ce royaume de l'Himalaya... C'est donc dj avec une grande nostalgie de cette premire visite au pays de l'Everest que je prendrai ds demain matin un bus en direction de la trpidante Inde o un tout autre aspect du monde semble m'attendre.    </font>     </div></td>     </tr> </table> </body>   </html> 
