<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="Generator" content="Corel WordPerfect 8">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.73 [en] (Win95; U) [Netscape]">    <meta name="Author" content="Thomas C. Spear">    <title>Crosta, Suzanne,  &laquo; R&eacute;cits d'enfance antillaise &raquo; (1) -- &icirc;le en &icirc;le</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#FFFFFF" link="#10007B" vlink="#000099" alink="#000099" background="../../images/fondpapier.gif" nosave> <a NAME="haut"></a> <center><table BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 COLS=1 WIDTH="95%" BGCOLOR="#31007B" > <tr> <td ALIGN=CENTER VALIGN=CENTER BGCOLOR="#10007B"> <center><b><font face=""><font color="#FFFFFF"><font size=+3>Suzanne Crosta</font></font></font></b> <br><b><font face=""><font color="#FFFFFF"><font size=+3>&laquo; R&eacute;cits d'enfance antillaise &raquo; (1)</font></font></font></b></center> </td> </tr> </table></center>  <center> <h2> Sur la voie de l'enfance</h2></center> Il est tout de m&ecirc;me significatif qu'&agrave; la fin de ce si&egrave;cle et de ce mill&eacute;naire foisonnent les autobiographies, les biographies, les r&eacute;cits de vie d'artistes ou de c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s politiques et scientifiques... o&ugrave; l'enfance habite une bonne part de leur histoire personnelle. Cette tendance &agrave; remonter dans le pass&eacute; pour revivre, dire ou peut-&ecirc;tre m&ecirc;me inventer l'enfance, d&eacute;passe les fronti&egrave;res nationales comme nous en t&eacute;moignent, ici et ailleurs, les &eacute;missions de la t&eacute;l&eacute;, les films &agrave; la une, les p&eacute;riodiques et les imprim&eacute;s sur les souvenirs des &eacute;toiles-vedettes, des c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s politiques ou sportives, et leurs semblables dans divers champs de l'exp&eacute;rience humaine. En outre, les &eacute;ditions de jeunesse fourmillent dans les march&eacute;s de livres tandis que les films destin&eacute;s &agrave; la jeunesse font de plus en plus l'objet de succ&egrave;s financiers. &Agrave; titre d'exemples, citons les m&eacute;ga-profits qu'ont remport&eacute;s les films destin&eacute;s &agrave; la jeunesse: <i>L'histoire sans fin</i>, <i>Maman, j'ai rat&eacute; l'avion</i>, <i>Le Parc Jurassique</i>, <i>La Guerre des &Eacute;toiles</i> et bien s&ucirc;r leurs suites. Ne parlons pas des centaines de titres dans les manuels et les guides pour cin&eacute;philes (les dessins anim&eacute;es &laquo;classiques&raquo; de Disney; la Collection Winnie l'ourson; la Collection Babar...). Bref, amuser les enfants peut repr&eacute;senter une op&eacute;ration fort lucrative! <p>En effet, m&ecirc;me l'angle sous lequel on aborde des questions sociales met l'accent sur l'enfant pour sensibiliser les spectateurs au besoin d'agir pour am&eacute;liorer ses conditions mat&eacute;rielles. Donc, on souligne la pauvret&eacute; des enfants, l'abus des enfants, l'analphab&eacute;tisme de l'enfant, les maladies incurables des enfants pour rejoindre l'enfant en soi comme l'enfant devant soi. Cela ne revient pas &agrave; dire que l'enfant pr&eacute;vaut contre l'adulte, mais que l'enfant sert &agrave; plus forte raison de moyen pour engager l'Autre dans la sph&egrave;re des activit&eacute;s humanitaires ou sociales et le sensibiliser aux r&eacute;alit&eacute;s de ce monde. Moment marquant d'une vie individuelle, empreint de potentiel ou de virtualit&eacute;, l'enfance s'av&egrave;re &agrave; la fois l'objet et le sujet de la vie intime, des aspirations collectives et des discours m&eacute;diatiques. <p>C'est &agrave; la suite de ce dernier constat qu'est n&eacute;e cette &eacute;tude. Que ce soit aux Antilles ou au Canada, en France ou au Br&eacute;sil, la question de l'identit&eacute; et de l'alt&eacute;rit&eacute; est &agrave; aborder avec une certaine sensibilit&eacute; aux assises de la citoyennet&eacute;, aux droits et aux responsabilit&eacute;s de la personne, et &agrave; l'assurance d'une &laquo;po&eacute;tique de relations&raquo; (au sens o&ugrave; l'entend &Eacute;douard Glissant). Ce besoin d'entrer en partenaire, en collaboration, en synergie exprime un vu de <i>co-devenir</i> qui pourrait s'expliquer par la scolarisation, par les p&eacute;riodes de transition politique et &eacute;conomique que nous vivons aujourd'hui. Depuis l'&egrave;re de l'industrialisation jusqu'&agrave; l'&egrave;re digitale, la globalisation des march&eacute;s et son corollaire, la migration des populations, ont remis en question les fronti&egrave;res nationales et r&eacute;gionales, et certains iront jusqu'&agrave; revendiquer une citoyennet&eacute; &laquo;hors fronti&egrave;res&raquo; ou, &agrave; la limite, une citoyennet&eacute; qui saurait r&eacute;concilier les aspirations de l'&laquo;Un&raquo; avec celles du &laquo;Divers&raquo;. <p>Les contextes de la Cara&iuml;be francophone (Martinique, Guadeloupe, Ha&iuml;ti, Guyane) nous permettent de nous interroger sur l'interrelation significative entre d'une part les formations transculturelles et les confluences intertextuelles suscitant des tensions qui permettent aux &eacute;crivains de diverses races et traditions culturelles de se d&eacute;finir un espace propre &agrave; eux. Leurs uvres litt&eacute;raires, en plus de r&eacute;habiliter les croyances populaires et l'oralit&eacute; carib&eacute;enne, s'ouvrent au dialogue d'autres traditions litt&eacute;raires et culturelles afin de forger une forme narrative correspondant &agrave; leurs h&eacute;ritages multiples. La perspective multiculturelle et multiraciale sugg&eacute;r&eacute;e par les th&eacute;ories du m&eacute;tissage, de l'antillanit&eacute;, de la cr&eacute;olit&eacute; et du tiers-espace, m'a pouss&eacute; &agrave; m'interroger sur la p&eacute;riode de l'enfance et les fili&egrave;res id&eacute;ologiques et symboliques qui ont aliment&eacute; la production, l'exp&eacute;rience et l'expression litt&eacute;raires aux Antilles. M&ecirc;me un bref survol des uvres litt&eacute;raires de la Cara&iuml;be nous laisse entrevoir la croissance des r&eacute;cits d'enfance ou des r&eacute;cits o&ugrave; les souvenirs et les exp&eacute;riences de l'enfance servent de cadre ou de cl&eacute; de vo&ucirc;te &agrave; la signification du texte. <h3> Le r&eacute;cit d'enfance</h3> <a NAME="[1]"></a>Le champ notionnel couvert par le r&eacute;cit d'enfance a suscit&eacute; tout un &eacute;ventail d'&eacute;tudes scientifiques et critiques dans les sciences humaines. <a href="#1">[1]</a>&nbsp; Dans la perspective d'une &eacute;tude globale, Denise Escarpit propose pour le r&eacute;cit d'enfance la d&eacute;finition suivante: <p><a NAME="[2]"></a>C'est un texte &eacute;crit -- &agrave; la diff&eacute;rence des &laquo;r&eacute;cits de vie&raquo; qui sont collect&eacute;s oralement avant d'&ecirc;tre transcrits -- dans lequel un &eacute;crivain adulte, par divers proc&eacute;d&eacute;s litt&eacute;raires, de narration ou d'&eacute;criture, raconte l'histoire d'un enfant -- lui m&ecirc;me ou un autre --, ou une tranche de la vie d'un enfant: il s'agit d'un r&eacute;cit biographique r&eacute;el -- qui peut alors &ecirc;tre une autobiographie -- ou fictif. <a href="#2">[2]</a> <p>Autrement dit, le r&eacute;cit d'enfance est un texte qui repr&eacute;sente et privil&eacute;gie un espace o&ugrave; se manifestent les jeux d'une figure centrale, celle de l'<i>enfant</i>.&nbsp;<a NAME="[3]"></a>En d&eacute;pit des variantes attenant au r&eacute;cit d'enfance, Philippe Lejeune rel&egrave;ve trois axes possibles: &laquo;l'&eacute;criture <i>sur </i>l'enfance&raquo; (l'enfance &eacute;tant l'objet de l'&eacute;criture), &laquo;l'&eacute;criture <i>pour</i> l'enfance&raquo; (l'enfance &eacute;tant le destinataire de l'&eacute;criture, autrement dit, litt&eacute;rature pour la jeunesse) et &laquo;l'&eacute;criture <i>par</i> l'enfance&raquo; (l'enfance est l'auteur du texte). <a href="#3">[3]</a>&nbsp; Le titre de cet ouvrage, <i>R&eacute;cits d'enfance antillaise</i> pose d'embl&eacute;e les param&egrave;tres de ma lecture car elle portera principalement sur la repr&eacute;sentation de l'enfance et sa mise en &eacute;criture dans un contexte culturel et g&eacute;opolitique pr&eacute;cis -- celui des Antilles. Cela ne veut pas dire qu'une litt&eacute;rature pour la jeunesse n'existe pas aux Antilles. Tout au contraire, elle m&eacute;rite une &eacute;tude en profondeur. Peut-&ecirc;tre en vue de prot&eacute;ger l'enfant contre l'uniformisation et la perte d'identit&eacute; culturelle, les textes pour la jeunesse produits par les &eacute;crivains de la Cara&iuml;be servent &agrave; combler un manque, sinon &agrave; fournir des outils et des strat&eacute;gies de survie.&nbsp;<a NAME="[4]"></a>Citons, par exemple, les livres pour la jeunesse parus assez r&eacute;cemment: <i>Ha&iuml;ti ch&eacute;rie, Victor et les barricades, Hugo le terrible</i> de Maryse Cond&eacute;, <i>Un papillon dans la cit&eacute;</i> de Gis&egrave;le Pineau, <i>Au temps de l'antan</i> de Patrick Chamoiseau, <i>Un voleur dans le village</i> de James Berry (traduit par Rapha&euml;l Confiant). <a href="#4">[4]</a> <p>Il est aussi &agrave; noter que les r&eacute;cits d'enfance traversent plusieurs genres de la litt&eacute;rature antillaise: contes, journaux, m&eacute;moires, lettres, romans, pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre...&nbsp;<a NAME="[5]"></a>&Agrave; preuve, le r&eacute;cit po&eacute;tique d'Aim&eacute; C&eacute;saire, <i>Cahier d'un retour au pays natal</i>, ou la pi&egrave;ce d'Ina C&eacute;saire, <i>Les Passages de l'enfance</i>, ou le recueil de po&egrave;mes sous le titre de <i>Veill&eacute;es noires</i> de L&eacute;on-Gontran Damas, ou le recueil de nouvelles de Louis Philippe Dalembert, <i>Le Songe d'une photo d'enfance</i>, &eacute;voquent tour &agrave; tour le pan de l'enfance comme moment pivotant du v&eacute;cu personnel. <a href="#5">[5]</a>&nbsp; Sans doute convient-il de rappeler le film, <i>La Rue Cases-N&egrave;gres</i>, r&eacute;alis&eacute; par Euzhan Palcy dont l'adaptation a su rejoindre un public plus large d'enfants en Martinique comme au-dehors. <h3> Corpus</h3> Chacun des quatre chapitres de cette &eacute;tude analyse un type de r&eacute;cit d'enfance diff&eacute;rent.&nbsp;<a NAME="[6]"></a>Le corpus renferme cinq textes: <i>Je suis martiniquaise</i> de Mayotte Cap&eacute;cia (1948), <i>La Rue Cases-N&egrave;gres</i> de Joseph Zobel (1950; 1974), <i>Ti Jean L'horizon</i> de Simone Schwarz-Bart (1979), <i>Antan d'enfance</i> de Patrick Chamoiseau (1990) et <i>Ravines du devant-jour</i> de Rapha&euml;l Confiant (1993). <a href="#6">[6]</a>&nbsp; Apr&egrave;s ce modeste choix de textes, notre regard s'ouvre aux dialogues avec les textes de l'archipel carib&eacute;en. Certains &eacute;l&eacute;ments d'interrogation ou de r&eacute;ponse pourraient servir d'&eacute;l&eacute;ments de comparaison avec la Cara&iuml;be anglophone, hispanophone ou lusophone. Cette &eacute;tude ne pr&eacute;tend point &agrave; l'exhaustivit&eacute; mais se veut une contribution au floril&egrave;ge de lectures possibles sur l'enfance. <p>Un survol de la litt&eacute;rature antillaise nous fait vite constater la pr&eacute;sence des r&eacute;cits d'enfance, mais la pr&eacute;sente &eacute;tude se concentrera sur ceux qui ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s apr&egrave;s la d&eacute;partementalisation (1946). Cette date correspond &agrave; un changement de statut politique (de colonie &agrave; d&eacute;partement), et &agrave; la promotion de la citoyennet&eacute; fran&ccedil;aise. Que les r&eacute;cits d'enfance aux Antilles fourmillent depuis ce moment pr&ecirc;te &agrave; r&eacute;flexion. Parmi les objectifs de cette &eacute;tude ressort celui de relever non seulement les fonctions de l'enfant en tant que personnage ou en tant qu'&eacute;l&eacute;ment de structuration de texte, mais aussi celui de souligner la pr&eacute;sence et les enjeux des discours sociaux qui contribuent &agrave; l'essor prodigieux des r&eacute;cits d'enfance. <p>Cette &eacute;tude pr&eacute;sente entre autres une dimension historique. Nul doute que les &eacute;crivains sont tous sensibles aux r&eacute;alit&eacute;s sociales de l'enfant. Les textes fourmillent d'interpr&eacute;tations permettant de saisir les relations entre le personnel et le social. &Eacute;douard Glissant a expos&eacute; de longues th&eacute;ories sur la d&eacute;personnalisation ou l'ali&eacute;nation des soumis de l'Histoire. Si l'Histoire d&eacute;personnalise les relations au profit des grands &eacute;v&eacute;nements, comme nous le postule &Eacute;douard Glissant dans <i>Le Discours antillais</i>, il n'est gu&egrave;re surprenant que les &eacute;crivains aient jet&eacute; leur d&eacute;volu sur l'enfance et tout ce qu'elle peut comporter. Le r&eacute;cit d'enfance, qu'il soit r&eacute;el ou fictif, s'appuie sur un &laquo;moi&raquo; en devenir o&ugrave;, dans la plupart des cas, la communaut&eacute; burinera certains traits communs ind&eacute;l&eacute;biles. Sous le couvert de l'innocence, le lecteur est appel&eacute; &agrave; reconna&icirc;tre la sagesse de toute une communaut&eacute; spontan&eacute;ment et candidement refl&eacute;t&eacute;e par l'enfant. De ce fait, le discours du r&eacute;cit d'enfance contredit l'argument du &laquo;tabula rasa&raquo; des id&eacute;ologies colonialistes et n&eacute;ocolonialistes. <p>Il n'est pas moins vrai que les r&eacute;cits d'enfance aux Antilles puisent dans diverses traditions culturelles et litt&eacute;raires. Ils puisent aussi bien dans des r&eacute;cits classiques fran&ccedil;ais (Chateaubriand, Mallarm&eacute;, Rousseau, Sartre) que dans des r&eacute;cits classiques africains (Diop, Laye, Oyono, Soyinka). Les r&eacute;f&eacute;rences et les rapports dialogiques avec la tradition orale traversent les signes litt&eacute;raires des r&eacute;cits d'enfance ponctu&eacute;s par la pr&eacute;sence de diablesses, de zombis, de soucagnans et autres figures &laquo;magiques&raquo; de r&eacute;sistance. Le devoir de m&eacute;moire dans ces r&eacute;cits d'enfance est d'autant plus important car ils &eacute;voquent aussi l'historique de leurs communaut&eacute;s respectives. Personnages historiques, personnages l&eacute;gendaires, personnages merveilleux se confondent et invitent le lecteur &agrave; vivre l'aventure litt&eacute;raire de l'histoire. Cet investissement dans l'oraliture joue sur l'illusion de v&eacute;rit&eacute; historique, en m&ecirc;me temps que cette tradition fournit ses propres strat&eacute;gies de lecture de l'univers carib&eacute;en. <p>Par ailleurs, les r&eacute;cits d'enfance pourraient nous offrir quelques pistes pour comprendre le jeu des illusions: tant&ocirc;t la r&eacute;alit&eacute; se voile sous la fiction, tant&ocirc;t la fiction s'&eacute;rige en r&eacute;alit&eacute;. Sous le pr&eacute;texte de dire, de communiquer les sp&eacute;cificit&eacute;s du &laquo;moi&raquo; (ce qui pourrait apporter quelques &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;ponse quant &agrave; la tendance ethnographique de la narration), se profile aussi le besoin de dire l'autre versant du &laquo;moi&raquo; qui se sent &eacute;tranger: c'est l'orphelin/e dans sa propre famille et dans sa soci&eacute;t&eacute; en raison de ses prises de position ou de sa scolarisation ou de sa passion pour la lecture et l'&eacute;criture, prix &agrave; payer pour devenir &eacute;crivain/e dans une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; prime la parole. <h3> Itin&eacute;raires</h3> Mon projet suit un double parcours - tracer les multiples caract&eacute;risations et repr&eacute;sentations de l'enfant, et tracer sa mise en &eacute;criture. &Eacute;tant donn&eacute; la diversit&eacute; d'approches possibles, je m'en tiendrai au texte litt&eacute;raire, aux perspectives et aux propos des &eacute;crivains pench&eacute;s sur ce moment privil&eacute;gi&eacute; que repr&eacute;sente l'enfance. La mise en &eacute;criture de l'enfance sur laquelle reposent les assises et les pr&eacute;misses de cette qu&ecirc;te concerne le travail de la m&eacute;moire et de l'&eacute;criture. Ainsi, apr&egrave;s avoir pr&eacute;cis&eacute; certains contours, pourrait-elle nous renseigner sur les multiples paliers qui se superposent aux trajectoires de l'identitaire dans la litt&eacute;rature antillaise. L'ensemble devra d&eacute;gager les configurations culturelles &agrave; travers lesquelles on peut saisir le probl&egrave;me de la fiction de l'enfance: autofiction actuelle ou fiction de la tradition nouvelle. <p>Cette &eacute;tude s'ouvre sur le texte de Mayotte Cap&eacute;cia. Par le biais de son uvre &agrave; penchant autobiographique, elle s'interroge sur cet enfant multiculturel et multiracial, depuis sa naissance jusqu'&agrave; l'&acirc;ge adulte, en passant par une dure adolescence. Quoiqu'elle n'offre aucune solution &agrave; l'enfant, qu'elle &eacute;tait et qu'elle a mis au monde, elle demeure une des premi&egrave;res &eacute;crivaines &agrave; soulever les relations et les hostilit&eacute;s raciales entre les divers groupes de la communaut&eacute; martiniquaise (B&eacute;k&eacute;s, M&eacute;tros, Mul&acirc;tres, Noirs,...). La situation de Mayotte et celle de son enfant nous servent de point de d&eacute;part pour r&eacute;fl&eacute;chir sur les difficiles n&eacute;gociations entre cultures et races. Ce pont entre les races, &agrave; certaines &eacute;poques, semble impossible &agrave; construire ou m&ecirc;me &agrave; concevoir. Joseph Zobel, pour sa part, commence son r&eacute;cit l&agrave; o&ugrave; Cap&eacute;cia le termine &agrave; la diff&eacute;rence que l'enfant ne part pas pour la France mais reste &agrave; la Martinique. Le nud du r&eacute;cit soul&egrave;ve les contradictions et les obstacles multiples qui se posent &agrave; l'enfant au fur et &agrave; mesure qu'il devient conscient de lui-m&ecirc;me, de l'autre et de son entour. Or le r&eacute;cit d'enfance de Simone Schwarz-Bart se d&eacute;marque de l'illusion r&eacute;aliste du r&eacute;cit d'enfance tout en d&eacute;voilant les r&eacute;alit&eacute;s politiques et sociologiques qui motivent les r&ecirc;ves et les mythes profonds d'une &laquo;conversion de l'&ecirc;tre&raquo; et de la communaut&eacute;. Ce vu de transformations et de m&eacute;tamorphoses se joue, dans les r&eacute;cits de Patrick Chamoiseau et de Rapha&euml;l Confiant, sur le terrain mouvant entre la parole et l'&eacute;criture. Puisque chaque uvre repr&eacute;sente une configuration particuli&egrave;re, on reportera la comparaison sur les topiques des r&eacute;cits dans la conclusion. <p>Il est pourtant vrai que les auteurs &agrave; l'&eacute;tude nous offrent des romans complexes s'adressant d'abord &agrave; des adultes pour leur faire prendre conscience des probl&egrave;mes sociaux, en particulier ceux qui touchent &agrave; la condition de l'enfance, de l'enseignement, des m&eacute;tiers de leurs parents... Bon nombre de textes cit&eacute;s pr&eacute;sentent des sch&eacute;mas qui nous permettent de d&eacute;gager quelques constantes de l'utilisation du personnage, ou de la probl&eacute;matique de l'enfant: le poids de la tradition ou le fardeau du racisme sont inscrits indubitablement dans le texte. La condition d'enfance, quoique douloureuse, rev&eacute;cue et repens&eacute;e par les &eacute;crivains &agrave; l'&eacute;tude, peut nous fournir des nuds de r&eacute;flexion sur les fonctions litt&eacute;raires. <p>Nul doute que les auteurs &agrave; l'&eacute;tude ressentent le besoin de dire, de raconter ou d'inventer, mais on reconna&icirc;t aussi le souci de travailler la mati&egrave;re premi&egrave;re de leur texte: les mots, les phrases, les structures langagi&egrave;res et les id&eacute;ologies qu'elles v&eacute;hiculent. Ceci pourrait s'expliquer par le vu, chez les &eacute;crivains de la Cara&iuml;be, de r&eacute;habiliter la part de l'oralit&eacute; dans la &laquo;litt&eacute;rature&raquo;. Il serait int&eacute;ressant de relever les proc&eacute;d&eacute;s par lesquels les &eacute;crivains conjuguent les formes des traditions orales aux modes de production textuelle. Cette volont&eacute; d'abolir la dialectique ou les fronti&egrave;res entre l'&eacute;crit et l'oral pourrait bien se manifester sur plusieurs plans (th&eacute;matique, discursif, narratif...), dans la mise en sc&egrave;ne de personnages traditionnels (quimboiseur, conteur, sorci&egrave;re, marron, les vieux, les vieilles...) en contact avec la nouvelle g&eacute;n&eacute;ration d'&eacute;crivains antillais uvrant pour la r&eacute;cup&eacute;ration et la r&eacute;habilitation du fonds culturel cr&eacute;ole. <p>Puisque le r&eacute;cit d'enfance ne cesse de se manifester, il y a lieu de s'interroger sur les rapports entre enfance, soci&eacute;t&eacute; et &eacute;criture, voire, sur le besoin d'une nouvelle rh&eacute;torique. C'est apr&egrave;s la deuxi&egrave;me guerre mondiale qu'on voit se cristalliser et s'&eacute;panouir des sentiments et des mouvements de revendication politique et culturelle (N&eacute;gritude, Antillanit&eacute;, Cr&eacute;olit&eacute;), o&ugrave; les notions de citoyennet&eacute;, de pluralisme culturel, de tol&eacute;rance sont annonc&eacute;es par des r&eacute;cits d'enfance qui en constituent les fondements importants. Il serait bon de se demander si, dans les diverses articulations des r&eacute;cits d'enfance aux Antilles, l'enfant d&eacute;passe son statut de personnage, d'objet des discours sociaux et politiques, de paradigme d'interrogation et de subversion? Ou encore, l'enfance serait-elle un moment privil&eacute;gi&eacute; pour se frayer un nouvel horizon qui ne serait plus au miroir du pass&eacute; mais aux m&eacute;tamorphoses du futur? <p><img SRC="../../images/blue.gif" height=3 width=100%> <h3> Notes:</h3> <a NAME="1"></a>1. Il existe tout un corpus d'&eacute;tudes critiques qui ont trac&eacute; ce ph&eacute;nom&egrave;ne en Europe: <i>Le R&eacute;cit d'enfance</i> sous la direction de Denise Escarpit et de Bernadette Poulou (Paris: &Eacute;ditions du Sorbier, 1993); <i>L'Image de l'enfance dans la prose litt&eacute;raire de 1918 &agrave; 1930</i> de Francine Dugast (Lille: PUL, 1981) 2t.; <i>Le Mythe de l'enfance dans le roman italien contemporain</i> de Gilbert Bosetti (Grenoble: ELLUG, 1987); <i>The Cult of Childhood</i> de George Boas (London: Warburg Institute, University of London, 1966); <i>The Child Figure in English Literature</i> de Robert Pattison (Athens, Ga.: Georgia UP, 1978); <i>Corruption in Paradise: The Child in Western Literature</i> de Reinhard Kuhn (Hanover, N.H.: New England UP, 1982). Quant &agrave; la litt&eacute;rature qu&eacute;b&eacute;coise, l'&eacute;tude de Denise Lemieux, <i>Une Culture de la nostalgie</i> (Montr&eacute;al: Bor&eacute;al Express, 1984) analyse la question de l'enfance &agrave; partir des th&egrave;mes socio-culturels (les veill&eacute;es et les traditions orales, la revanche des berceaux, la vieille maison, la mortalit&eacute; enfantine...). Sur la litt&eacute;rature &eacute;tats-unienne, l'on retrouve les &eacute;tudes de D. Maillard sur l'enfant am&eacute;ricain dans le Middle West, celle de Naomi B. Sokoloff <i>Imagining the Child in Modern Jewish Fiction</i> (Baltimore; London: John Hopkins UP, 1992), celle de Richard C <i>When the Grass was Taller: Autobiography and the Experience of Childhood</i>. New Haven: Yale UP, 1984. Sur l'Afrique et sa diaspora, il existe des &eacute;tudes sp&eacute;cialis&eacute;es qui abordent les enfances de Camara Laye et de Wole Soyinka. Il faut aussi mentionner l'&eacute;tude de Gloria Parker qui a balay&eacute; le champ: &laquo;Through the Eye of a Child: Their societies viewed by Five Black Francophone Authors: Zobel, Ega, Laye, Dadi&eacute; and Oyono&raquo;. <i>Dissertation Abstract International</i> 52 (1991-1992): 1353A-1354A. William L. Andrews (sous la dir). <i>African American Autobiography</i>. Englewood Cliffs, NJ: Prentice Hall, 1993. Ces &eacute;tudes permettent de d&eacute;gager un certain nombre de pistes analytiques en ce qui concerne les lieux et les constructions sociales de la repr&eacute;sentation de l'enfance. [<a href="#[1]">retour au texte</a>] <br><a NAME="2"></a>2. Denise Escarpit, 24.&nbsp; [<a href="#[2]">retour au texte</a>] <br><a NAME="3"></a>3. Philippe Lejeune, &laquo;Avant-propos&raquo;, <i>Le R&eacute;cit d'enfance</i>, 19.&nbsp; [<a href="#[3]">retour au texte</a>] <br><a NAME="4"></a>4. Maryse Cond&eacute;, &laquo;Ha&iuml;ti ch&eacute;rie&raquo;. <i>Je bouquine</i> 39 (1987): 4-67; &laquo;Victor et les barricades&raquo;,<i> Je bouquine</i> 61 (1989): 13-64; <i>Hugo le terrible</i> (Paris: S&eacute;pia, 1990); Gis&egrave;le Pineau, <i>Un papillon dans la cit&eacute;</i> (Paris: S&eacute;pia, 1992); <i>Au temps de l'antan</i> de Patrick Chamoiseau (Paris: Hatier, 1988); <i>Un voleur dans le village</i> de James Berry, trad. par Rapha&euml;l Confiant (Paris: Gallimard-Jeunesse, 1993).&nbsp; [<a href="#[4]">retour au texte</a>] <br><a NAME="5"></a>5. Cf. le r&eacute;cit po&eacute;tique d'Aim&eacute; C&eacute;saire, <i>Cahier d'un retour au pays natal</i> (Paris: Pr&eacute;sence africaine, 1983), ou la pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre d'Ina C&eacute;saire, <i>Les Passages de l'enfance</i> <i>ou La geste de Ti-Jean</i> (Paris: &Eacute;ditions Carib&eacute;ennes, 1987); ou le recueil de po&egrave;mes sous le titre de <i>Veill&eacute;es noires</i> de L&eacute;on-Gontran Damas (Damas, L&eacute;on-Gontran. <i>Veill&eacute;es noires.</i> Ottawa: L&eacute;m&eacute;ac, 1972); ou le recueil de nouvelles de Louis-Philippe Dalembert, <i>Le Songe d'une photo d'enfance</i> (Paris: Le Serpent &agrave; Plumes, 1993).&nbsp; [<a href="#[5]">retour au texte</a>] <br><a NAME="6"></a>6. Le corpus des textes primaires comprend: <i>Je suis martiniquaise</i> de Mayotte Cap&eacute;cia (Paris: &Eacute;d. Corr&ecirc;a, 1948); <i>La Rue Cases-N&egrave;gres</i> de Joseph Zobel (Paris: J. Froissart, 1950; Paris: Les Quatre Jeudis, 1955; Paris: Pr&eacute;sence africaine, 1974); <i>Ti Jean L'horizon</i> de Simone Schwarz-Bart (1979); <i>Antan d'enfance</i> de Patrick Chamoiseau (Paris: Hatier, 1990); et <i>Ravines du devant-jour</i> de Rapha&euml;l Confiant (Paris: Gallimard, 1993).&nbsp; [<a href="#[6]">retour au texte</a>] <h3> </h3>  <center><table BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH="85%" BACKGROUND="../../images/lienzile.gif" NOSAVE > <tr NOSAVE> <td ALIGN=CENTER><img SRC="../../images/lienz.gif" ALT="Sites oubes slectionns" height=42 width=91></td>  <td ALIGN=CENTER VALIGN=BOTTOM><b><font size=+1>Liens d'&laquo;&icirc;le en &icirc;le&raquo;</font></b></td> </tr> </table></center>  <blockquote> <ul> <li> <a href="index.html">Crosta, Suzanne: <i>R&eacute;cits d'enfance antillaise</i></a></li> </ul> </blockquote>  <blockquote> <ul> <li> <a href="../../paroles/index.html">Litt&eacute;rature @ &laquo; &icirc;le en &icirc;le &raquo;</a></li> </ul> </blockquote>  <center><img SRC="../../images/navigeo.jpg" BORDER=0 usemap="#navigeo" height=15 width=550></center>  <ul> <center><table BORDER=0 CELLSPACING=3 CELLPADDING=3 WIDTH="90%" > <tr> <td ALIGN=CENTER VALIGN=CENTER WIDTH="131"><a href="../../index.html" onmouseover="window.status='le en le -- accueil'; return true" ONMOUSEOUT="window.status=''; return true"><img SRC="../../images/logosm.gif" ALT="le en le -- page d'accueil" BORDER=0 height=124 width=129></a></td>  <td ALIGN=RIGHT VALIGN=BOTTOM ROWSPAN="2" WIDTH="100%"><font size=-1></font> <div align=right> <br><font size=-1><a href="../../droits.html">tous droits r&eacute;serv&eacute;s</a> &copy; 1999</font> <br><font size=-1>http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/docs/crosta/enfance.html</font></div> </td> </tr> </table></center> </ul>  <ul>&nbsp; <br><map name="navigeo"><area shape="rect" coords="0,0,48,14" href="../../table.html" title=""><area shape="rect" coords="224,0,290,14" href="../../antilles/index.html" title=""><area shape="rect" coords="387,0,482,14" href="../../indien/index.html" title=""><area shape="rect" coords="484,0,549,14" href="../../pacifique/index.html" title=""><area shape="rect" coords="155,0,224,14" href="../../atlantique/index.html" title=""><area shape="rect" coords="290,0,386,14" href="../../mediterranee/index.html" title=""><area shape="rect" coords="483,1,549,14" href="../../pacifique/index.html" title=""><area shape="rect" href="../../index.html" coords="0,0,549,14"></map></ul>  </body> </html> 
