<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.75 [fr] (Win98; U) [Netscape]">    <meta name="Author" content="Catherine Bsutany">    <meta name="KeyWords" content="chronique internet, histoire, gographie, histgeo, rome antique, risques naturelles, catastrophes, inondations, foudre, prvention, prodiges, Obsequens, Tite-Live, Dion Cassius">    <title>La Rome antique face aux risques naturels</title> </head> <body bgcolor="#FFFFD7"> &nbsp; <center><table BORDER=3 CELLPADDING=4 WIDTH="70%" HEIGHT="30%" > <tr> <td> <center><img SRC="leop.gif" <FONT COLOR="#ff0000" NATURALSIZEFLAG="0" height=139 width=100 align=BOTTOM></center> </td>  <td> <center><b><font color="#000099"><font size=+4>APHG</font><font size=+3> -&nbsp;</font></font></b> <br><b><font color="#000099"><font size=+3>R&eacute;gionale de&nbsp;</font></font></b> <br><b><font color="#000099"><font size=+3>Basse Normandie</font></font></b></center> </td> </tr> </table></center>  <center> <p><b>Mercredi 29 janvier 2003 :</b> <p><b><font color="#000066"><font size=+3>La Rome antique face aux catastrophes naturelles</font></font></b> <p><font size=+2>Conf&eacute;rence de Mme Catherine Bustany</font> <p>Ma&icirc;tre de Conf&eacute;rences, Universit&eacute; de Caen</center> <font color="#FFFF99">-</font> <p>Un colloque " Le traitement m&eacute;diatique des catastrophes : entre oubli et m&eacute;moire " est pr&eacute;vu &agrave; Grenoble les 10 et 11 avril 2003. <p>L'int&eacute;r&ecirc;t port&eacute; ces derni&egrave;res ann&eacute;es aux questions d'environnement, &agrave; la relation homme - milieu, rendu encore plus aigu par l'actualit&eacute; r&eacute;cente, n'est pas l'apanage des soci&eacute;t&eacute;s contemporaines. <p><b>La notion de " risques naturels " est r&eacute;currente dans lhistoire de la ville de Rome dans lAntiquit&eacute;</b>. Cette notion est tr&egrave;s pr&eacute;sente dans les sources de cette histoire, chez les historiens de lEmpire comme Tite-Live, Su&eacute;tone, Tacite et Dion Cassius, m&ecirc;me si le concept nest alors ni analys&eacute; ni clairement d&eacute;fini. <p><b>Aujourdhui, ces risques sont interpr&eacute;t&eacute;s par les sp&eacute;cialistes comme le produit de 2 s&eacute;ries causales</b> : <p><b>dune part une variable naturelle, d&eacute;finie comme un al&eacute;a</b> - ici le Tibre, un fleuve m&eacute;diterran&eacute;en imp&eacute;tueux, aux crues brutales et spectaculaires - , mais aussi le relief contrast&eacute; de la ville aux 7 collines ou encore sa situation en Italie centrale, dans une zone de sismologie active <p><b>dautre part une variable humaine, d&eacute;finie comme une " vuln&eacute;rabilit&eacute; "</b> : ici, une m&eacute;gapole dun million dhabitants &agrave; l&eacute;poque dAuguste ; habitat dense, rendu fragile par sa structure (pr&eacute;carit&eacute; des insulae) et par le choix des mat&eacute;riaux de construction : seuls les murs porteurs sont en opus caementicium, les cloisons sont en torchis avec l&eacute;g&egrave;re armature de bois, charpentes en bois). Le th&egrave;me de leur &eacute;croulement, parfois cons&eacute;cutif &agrave; la stagnation des eaux qui en sape les fondations, nest pas seulement un lieu commun. <p><font size=-1>Ainsi, dans Juv&eacute;nal, Satires, 3, 190-194 : " qui craint, qui a jamais craint l&eacute;boulement de sa maison dans la fra&icirc;che Pr&eacute;neste [] Mais nous, nous habitons une ville qui nest en grande partie &eacute;tay&eacute;e que sur de minces poutres. Cest de cette fa&ccedil;on que le g&eacute;rant pare aux &eacute;croulements ".</font> <p>Dans un tel contexte, le risque majeur est bien s&ucirc;r celui de <b>lincendie</b>, quil soit dorigine accidentelle (braseros pour se chauffer, lampes &agrave; huile pour s&eacute;clairer) ou politique (divers " attentats " &agrave; la fin de la R&eacute;publique - incendies en 52 av pour la Curie dans laquelle Clodius fut incin&eacute;r&eacute;, en 44 av au cours des fun&eacute;railles de C&eacute;sar - , en excluant et en disculpant toutefois N&eacute;ron pour le grand incendie de 64 ap. <p>Mais cet expos&eacute; ne sint&eacute;resse quaux incendies dus &agrave; la foudre, et aux autres " catastrophes naturelles " : inondations, s&eacute;ismes, cataclysmes m&eacute;t&eacute;orologiques comme les temp&ecirc;tes ou les pluies de pierre relat&eacute;s par les sources. <p>Il nous appartiendra <p>I - dans un premier temps de montrer la r&eacute;currence des catastrophes et d'&eacute;tablir un bilan des destructions qu'elles entra&icirc;nent. <br>II - avant de voir qu'il est difficile de proposer une approche scientifique de ces donn&eacute;es tant les sources rel&egrave;vent de constats subjectifs souvent empreints de superstition par rapport aux &eacute;v&eacute;nements <br>III - Enfin nous rechercherons si le pouvoir r&eacute;publicain ou imp&eacute;rial a cherch&eacute; &agrave; mettre en place des moyens de lutte pour r&eacute;duire les cons&eacute;quences destructrices des catastrophes naturelles <br>&nbsp; <p><b><font color="#000066"><font size=+1>I Les catastrophes r&eacute;currentes et destructrices</font></font></b> <p><b>1 Les crues du Tibre</b> <p>Le recensement men&eacute; par Jo&euml;l Le Gall, pionnier en la mati&egrave;re, dans sa th&egrave;se <i>Le Tibre de Rome dans l'antiquit&eacute;</i>, entre 414 av JC et 398 ap JC (publi&eacute;e en 1952) avait permis d'&eacute;tablir de <b>4 &agrave; 6 par si&egrave;cle la fr&eacute;quence d'inondations majeures</b>. <br>Mais encore faut-il s'entendre sur cette notion et la reprise de l'investigation pour ma th&egrave;se dont les r&eacute;sultats furent publi&eacute;s dans les cahiers de la MRSH (25/2/2001) conforte cette p&eacute;riodicit&eacute;. <br>(cf tableau pour le IIIe av : 4 entre 241 et 202 av, dont 2 ann&eacute;es cons&eacute;cutives, 203-202 <br>pour le IIe, 5 entre 196 et 156 , avec des dates rapproch&eacute;es qu'on imagine traumatisantes, 193, 192, 189, 181 av). <p>En r&eacute;sum&eacute; du Ve &agrave; la fin du II av JC, 11 crues ont &eacute;t&eacute; recens&eacute;es dont 2 particuli&egrave;rement violentes, en 192 et en 189. L'important hiatus chronologique entre 156 av et 54 av (premi&egrave;re crue signal&eacute;e pour le 1<sup>er</sup> si&egrave;cle) est sans doute bien davantage la cons&eacute;quence de la perte de l'Histoire de Tite-Live pour cette p&eacute;riode que celle d'un r&eacute;el ass&egrave;chement du bassin du Tibre. Avec Cic&eacute;ron, Horace, Dion Cassius pour ne citer qu'eux, le 1<sup>er</sup> si&egrave;cle av offre une r&eacute;currence davantage dans la norme et la fin de la R&eacute;publique conna&icirc;t 2 crues paroxysmiques en 54 av et 29-28 av o&ugrave; le Forum fut inond&eacute; - dommages subis par la Regia et le Temple de Vesta &agrave; la suite de quoi l'&egrave;re august&eacute;enne de 27 av &agrave; 15 ap dut subir 8 fois l'invasion des parties basses de la ville. D'o&ugrave; les mesures pr&eacute;ventives sur lesquelles nous reviendrons. <br>&nbsp; <p><b><font color="#000066">2 Les tremblements de terre</font></b> <p>Les s&eacute;ismes sont assez fr&eacute;quents &agrave; Rome : on trouve dans les sources 15 occurrences pour la seule p&eacute;riode r&eacute;publicaine entre 461 av et 43 av. <p>Mais en revanche il semble qu'&agrave; de rares exceptions pr&egrave;s, <b>le ph&eacute;nom&egrave;ne soit plus impressionnant que r&eacute;ellement destructeur</b>. Interpr&eacute;t&eacute; comme signe de la rupture de la pax deorum, comme prodigium, il peut avoir aussi valeur de pr&eacute;sage comme en 63 av pour la conjuration de Catalina (Plutarque, Cic&eacute;ron 14.4, Cic&eacute;ron, 3<sup>e</sup> Catalinaire, 18). Comme prodigium, il n&eacute;cessite des journ&eacute;es de pri&egrave;res publiques et des sacrifices expiatoires parfois prescrits comme les Livres sybillins comme en 192 pour en assurer le procuratio. <p><b>La dimension religieuse l'emporte donc dans les sources sur le constat objectif</b> des d&eacute;g&acirc;ts ou le souci d'une &eacute;valuation "scientifique" (cf les &eacute;chelles contemporaines). Il faut dire que les historiens de l'antiquit&eacute; ont eux-m&ecirc;mes utilis&eacute; des sources religieuses, dont les Annales des Pontifes qui orientent aussi leur t&eacute;moignage. [ cf le Liber prodigiorum de Julius Obsequens ]. <p>Toutefois, l'aire de Rome, centre de l'observation scrupuleuse de la procuratio prodigiorum<u> </u>est marginale par rapport aux &eacute;picentres relev&eacute;s dans l'Apennin ou les Monts Albains, de sorte que pour la p&eacute;riode r&eacute;publicaine, sur 16 s&eacute;ismes recens&eacute;s, 2 surtout sont signal&eacute;s comme destructeurs : celui de 83 av qui selon Appien (Dion Cassius I, 83) provoqua la destruction de nombreux temples, et celui de 70 av rapport&eacute; par Phl&eacute;gon de Tralles, affranchi d'Hadrien, qui vit l'&eacute;croulement de nombreuses maisons. En 15 ap, selon Dion Cassius (LVII, 14) de violentes secousses firent tomber une partie des murailles [ann&eacute;e terrible, avec inondations concomitantes ] <p>En revanche, en 192 av, la terre trembla pendant plus de 30 jours, mais ces secousses r&eacute;p&eacute;t&eacute;es furent peu destructrices au regard de l'incendie et des inondations qui, la m&ecirc;me ann&eacute;e, d&eacute;vast&egrave;rent le Forum Boarium et emport&egrave;rent 2 ponts de Rome. <p>Il semble donc que Rome n'ait gu&egrave;re subi de pr&eacute;judice mat&eacute;riel grave du fait des s&eacute;ismes, ce qui rend moins am&egrave;re notre impuissance &agrave; en rendre compte scientifiquement. <br>&nbsp; <p><b><font color="#000066">3 La foudre et les temp&ecirc;tes</font></b> <p>Ph&eacute;nom&egrave;nes m&eacute;t&eacute;orologiques violents, les orages m&eacute;diterran&eacute;ens peuvent &ecirc;tre destructeurs et apparaissent particuli&egrave;rement fr&eacute;quents : 218, 214, 212, 211, 209, 207, 206 av  49 occurrences entre le milieu du IV av et 65 av. <p><b>Les temples situ&eacute;s sur les hauteurs sont les plus touch&eacute;s</b>, et plus particuli&egrave;rement le Capitole - cf carte des impacts. <br>Les d&eacute;g&acirc;ts peuvent &ecirc;tre mineurs : en 190 av, au Temple de Junon Lucine sur le Caelius, le fa&icirc;te et les battants de la porte sont endommag&eacute;s (Liv 37,3,2) <br>En 49 av, la foudre endommage le sceptre de Jupiter, le bouclier et le casque de Mars sur le Capitole et les colonnes sur lesquelles &eacute;taient grav&eacute;es les lois (Dion Cassius, 41, 14.3) <p><b>La foudre est davantage d&eacute;vastatrice quand elle provoque un incendie qui d&eacute;truit le temple</b> : <br>167 av temple des Dieux P&eacute;nates sur le Velia <br>91 av temple de Pictas d&eacute;truit par un orage (Julius Obsequens) <br>9 av Capitole et nombreux temples proches frapp&eacute;s par la foudre et ravag&eacute;s par la temp&ecirc;te (Dion Cassius, 55.1) - Il s'en suit des restaurations august&eacute;ennes (RG, 20) <p>Mais comme pour les s&eacute;ismes, la dimension religieuse (Prodigium) pr&eacute;vaut : en 14 ap, &agrave; la mort d'Auguste, la foudre frappe la statue d'Auguste sur le Capitole et efface la premi&egrave;re lettre de l'inscription Caesar (Dion Cassius, 56,29). Que les &eacute;difices religieux soient le plus touch&eacute;s entra&icirc;ne un luxe de d&eacute;tails dans les r&eacute;cits. <br>&nbsp; <p><b><font color="#000066"><font size=+1>II Les difficult&eacute;s d'une approche scientifique</font></font></b> <p><b>Ces difficult&eacute;s tiennent &agrave; 3 facteurs :</b> <p><b><font color="#000099">D'abord la nature des sources :</font></b> <p><b>Pour l'essentiel, il sagit de sources litt&eacute;raires, souvent largement post&eacute;rieures aux &eacute;v&eacute;nements relat&eacute;s</b>. Ainsi pour les r&eacute;cits de l'histoire r&eacute;publicaine, Tite-Live et Dion Cassius, pour ne citer qu'eux, &eacute;crivent respectivement au I ap et au II-IIIe , Orose est un historien chr&eacute;tien du d&eacute;but du Ve. Ce ne sont pas des t&eacute;moins oculaires, et la qualit&eacute; de leurs sources est &agrave; soulever. <br>La prudence est aussi n&eacute;cessaire pour les &eacute;crivains contemporains des faits, comme l'est Cic&eacute;ron : leur perception subjective, " l'&eacute;motion ", prend parfois le pas sur le constat m&eacute;thodique. <p>A l&eacute;poque romaine, ces sources litt&eacute;raires nont pas vocation &agrave; toucher un grand public. Il ny a donc pas dapproche " m&eacute;diatique ". Tout au plus, quelques inscriptions c&eacute;l&egrave;brent luvre de restauration du prince, ou quelques images " montrent " comme &agrave; Pomp&eacute;i les d&eacute;g&acirc;ts caus&eacute;s par un s&eacute;isme, celui de 62 ap. <p><b>Larch&eacute;ologie et l&eacute;pigraphie sont des sources indispensables et objectives</b>. Larch&eacute;ologie a permis de r&eacute;futer lhistoricit&eacute; de lincendie de 390 av imput&eacute; au pillage de la ville par les Gaulois : aucune trace ne v&eacute;rifie cette croyance, due au traumatisme de l&eacute;v&eacute;nement, et &agrave; la recherche dexcuse des carences en mati&egrave;re dorganisation de lespace. Mais larch&eacute;ologie est tributaire des chantiers et des al&eacute;as des d&eacute;couvertes. <p><b><font color="#000099">Lautre difficult&eacute; r&eacute;side dans notre m&eacute;connaissance de la topographie pr&eacute;cise de Rome dans lAntiquit&eacute;.</font></b> <p>Rares sont les cartes actuelles cot&eacute;es, surtout dans les parties basses o&ugrave; les lignes isohypses sont trop espac&eacute;es pour permettre de d&eacute;finir avec certitude les zones inondables. A cela sajoutent les modifications de la topographie urbaine entre lAntiquit&eacute; et nos jours: il est d&eacute;sormais acquis que la topographie primitive de la plaine est enfouie sous plusieurs m&egrave;tres de d&eacute;combres et de d&eacute;blais. Le <i>Forum Romain </i>est actuellement 7.80 m plus bas que la <i>Via dei Fori Imperiali. </i>Au <i>Largo Argentina, </i>le niveau imp&eacute;rial est de 4.50 m inf&eacute;rieur &agrave; celui des rues daujourdhui. <p><b>Il est n&eacute;cessaire dutiliser les relev&eacute;s de fouilles</b>, quand ils existent, pour appr&eacute;cier ces modifications <p><b><font color="#000099">Enfin, la perception du ph&eacute;nom&egrave;ne</font></b>, privil&eacute;gie dans les sources le spectaculaire au d&eacute;triment de l&eacute;tablissement objectif dun bilan qui permettrait de le cartographier pr&eacute;cis&eacute;ment. Brutale et catastrophique, linondation est consid&eacute;r&eacute;e comme le r&eacute;sultat dune perturbation de lordre naturel. Elle est &agrave; ranger parmi les manifestations de la volont&eacute; divine. Cest un avertissement des Dieux. <p>Ainsi, linondation de 69 ap est relat&eacute;e par Tacite, Su&eacute;tone et Plutarque parmi la s&eacute;rie des ph&eacute;nom&egrave;nes extraordinaires, signes dun d&eacute;r&egrave;glement de lordre du monde, qui annonce la guerre civile. <p>La conjonction de ces 3 &eacute;l&eacute;ments a pour corollaire <b>la difficult&eacute; &agrave; circonscrire laire dextension des inondations</b>. Jo&euml;l Le Gall s&eacute;tait ainsi born&eacute;, dans des cartes approximatives, &agrave; d&eacute;limiter les zones dinondations potentielles, cest &agrave; dire lensemble des parties basses de la Ville, du Champ de Mars &agrave; la Vallis Murcia. <p>Il est certain que les donn&eacute;es scientifiques comme les cotes m&eacute;triques des crues ou les lignes des isohypses des parties basses font d&eacute;faut. <p><b>On peut toutefois tenter dextrapoler &agrave; partir de donn&eacute;es contemporaines.</b> <p><b>Lors de la derni&egrave;re grande crue de d&eacute;cembre 1870, la cote atteinte fut de 17,22 m</b> et le fleuve inonda une grande partie des quartiers de la Renaissance, cest &agrave; dire le Champ de Mars de lantiquit&eacute;. On circula en barque sur le Corso et la <i>Via Ripetta, </i>les <i>Prati </i>devinrent une plaine liquide. <p>En 1876 commenc&egrave;rent les travaux dendiguement qui aboutirent treize ans plus tard : en 1919, le cours urbain des quais &eacute;tait enti&egrave;rement enserr&eacute; par des quais. Si lon tient cette inondation comme r&eacute;f&eacute;rence de paroxysme &agrave; l&eacute;poque contemporaine, on peut admettre que lAntiquit&eacute; ait fourni des exemples de crues au moins aussi importantes et que lensemble des points dont laltitude est inf&eacute;rieure &agrave; 17 m est susceptible d<sup>t</sup>avoir &eacute;t&eacute; inond&eacute;. Encore faut-il pouvoir les d&eacute;finir. Il faut en effet &eacute;mettre des r&eacute;serves sur les cotes fournies par les cartes topographiques contemporaines : &agrave; la faveur de travaux de remblaiement ou dexcavation, dont certains contemporains de lAntiquit&eacute;, comme cest le cas pour le <i>Forum Boarium, </i>dans la zone du sanctuaire jumeau de <i>Fortuna </i>et <i>Mater Matuta, </i>des variations significatives pouvant fausser les conclusions. <br>&nbsp; <p>Fort de ces r&eacute;serves<b>, il&nbsp; est possible d&eacute;tablir des cartes</b> o&ugrave; apparaissent non seulement les zones inondables, mais aussi les limites inf&eacute;rieures des zones effectivement inond&eacute;es. Sans oublier que ces cartes r&eacute;sultent de choix quil est possible de justifier, mais aussi de contester. <p><b>carte 1 : crues de 193, 189, 181, 156, 54 av</b> <br><a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome1.jpg">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome1.jpg</a> <br><a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome1a.jpg">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome1a.jpg</a> <br>en 193, cest le secteur de la Porta Flumentana qui est touch&eacute; ; rien ne permet de pousser plus loin lanalyse. <br>en 192, la crue est signal&eacute;e par Tite-Live comme plus violente que celle de lann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente ; elle emporte 2 ponts, le pont Sublicius et sans doute le pont Milvius au Nord du Champ de Mars, signal&eacute; par Tite-Live 21.51, 1 (&agrave; propos de des &eacute;v&eacute;nements de 207 av et li&eacute; &agrave; la construction de la via Flaminia qui permettait de franchir le fleuve). <br>En 189 av le Tibre envahit par 12 fois le Champ de Mars et les parties basses. <br>En 181, les sources signalent la rive droite au pied du Janicule <br>156 av seule la destruction du pont Aemilius est signal&eacute; <br>en 54 av, Cic&eacute;ron, dans sa correspondance &agrave; Quintus, signale une mont&eacute;e des eaux qui emporte la terrasse de son gendre Crassipes : linondation de la via Appia s&eacute;tend de la piscina publica au Sud de la Porte Cap&egrave;ne et jusque dans le quartier du temple de Martis situ&eacute; &agrave; environ 2 km de cette porte. La Vallis Murcia dut servir de chenal d&eacute;coulement, ce qui suppose une crue hors normes : les eaux atteignirent, si lon en croit les cotes actuelles, 22 m de haut ! <p>La visualisation des aires mentionn&eacute;es par les sources r&eacute;v&egrave;le surtout les choix des auteurs anciens, sans permettre d&eacute;tablir des limites fiables de lextension des crues. <br>&nbsp; <p><b><font color="#000066"><font size=+1>III Les tentatives de pr&eacute;vention des risques</font></font></b> <p><b>Les Anciens vivaient avec ces risques qui ne les emp&ecirc;chaient pas dam&eacute;nager les rives du Tibre, dy d&eacute;velopper de vastes programmes urbanistiques (sud du Champ de Mars) ou m&ecirc;me dy r&eacute;sider [domus, horti]</b> <p>Sur le Trastevere, s&eacute;tait d&eacute;velopp&eacute; &agrave; la fois un quartier dhorrea, mais aussi des quartiers populaires et enfin, Auguste fit construire sa naumachie sur les jardins dAntoine, jouxtant ceux de C&eacute;sar. <p><b>Pourtant la notion de pr&eacute;vention nest pas absente :</b> <br><b>Il appartenait aux censeurs de limiter lespace public</b>, de faire respecter ces limites par les particuliers, et de proc&eacute;der le cas &eacute;ch&eacute;ant &agrave; des expropriations. Ces mesures contraignantes et coercitives fondent en partie lintuition selon laquelle existait &agrave; Rome un cadastre d&acirc;ge r&eacute;publicain. <p>En 48 ap, lempereur Claude investi de la censure restitua ex forma des zones publiques pill&eacute;es par des particuliers. cest dans cette perspective que sinscrit laction des censeurs de 54 av qui born&egrave;rent les rives du Tibre avec des cippes, afin de d&eacute;limiter la zone inondable et dy proscrire l&eacute;dification dinsulae menac&eacute;es par les crues [noter la concomitance avec la grande crue de 54 ap). <p><b>La pr&eacute;vention touche aussi la qualit&eacute; des constructions</b>, afin que la stagnation des eaux (pendant 7 jours lors de la crue de 5 ap) aient des cons&eacute;quences moins dramatiques que celles, bien connues des anciens, qui &agrave; lissue du travail de sape de la base des immeubles, entra&icirc;naient des &eacute;croulements spontan&eacute;s souvent meurtriers. <br>En 15 ap (DC 57,14), Tacite (Ann 1,79) le Tibre fait un lac des parties basses de la ville et entra&icirc;ne en se retirant les d&eacute;bris des &eacute;difices et les cadavres des habitants. <br>Auguste, reprenant sans doute les dispositions dune loi ant&eacute;rieure mais rest&eacute;e lettre morte -sp&eacute;culation immobili&egrave;re, Crassus) fit limiter la hauteur des insulae &agrave; 70 pieds, soit environ 20 m (C Saliou, les lois des b&acirc;timents, Beyrouth 1994). <p><b>Enfin, certaines dispositions touchent au flux du Tibre lui-m&ecirc;me.</b> <br>C&eacute;sar, dans la loi de <i>urbe augenda</i> de 45 av pr&eacute;voyait, en &eacute;liminant le m&eacute;andre du Tibre, au Champ de Mars, de cr&eacute;er une d&eacute;rivation du cours du fleuve qui permettrait de lui donner une pente plus forte, et de rattacher une partie de lager Vaticanus &agrave; la ville (mesure durbanisme) <br>Idem pour les am&eacute;nagements portuaires dOstie sous Claude puis sous Trajan. <br>Le creusement du canal appel&eacute; fossa Traiana offrait une seconde embouchure au fleuve (&eacute;viter lalluvionnement et lensablement). <p>Enfin, linondation meurtri&egrave;re de 15 ap succ&eacute;dant &agrave; celle de 12 ap &agrave; cause de laquelle les Ludi Martialis eurent lieu sur le Forum dAuguste car le Tibre couvrait le Grand Cirque (DC LVI, 27) suscita un grand &eacute;moi. <b>2 s&eacute;nateurs Ateius Capito et L Arruntius pr&eacute;sent&egrave;rent un projet pr&eacute;voyant de remodeler le bassin du Tibre</b> : le Glanis aurait &eacute;t&eacute; d&eacute;tourn&eacute; vers lArno et le Velinus et le Nar barr&eacute;s (Tacite, Ann, I, 79) . Les protestations de Florence, dInteranne et de R&eacute;ate entra&icirc;n&egrave;rent labandon du projet : " Les pri&egrave;res des colonies ou la difficult&eacute; des travaux, &agrave; moins que ce ne f&ucirc;t la superstition, eurent cet effet quon se rangea &agrave; lavis de Pison, qui &eacute;tait de ne rien changer ". <p><b>Toutefois, en 15 ap, Tib&egrave;re intervint en 2 sens :</b> <p><b>Il compl&eacute;ta les dispositions du bornage du fleuve</b> : apr&egrave;s les cippes des censeurs de 54 av, des nouvelles bornes furent implant&eacute;es en 8 av avec le concours dAuguste, qui fit en outre nettoyer le lit du fleuve pour faciliter l&eacute;coulement. <p><b>Il cr&eacute;a un coll&egrave;ge de curateurs</b> charg&eacute;s du " lit du Tibre, et de ses rives ", un consulaire et 2 pr&eacute;toriens : mesure administrative p&eacute;rennisant des mesures ponctuelles ant&eacute;rieures. <p><b>La p&eacute;riodicit&eacute; des crues a un peu ralenti</b> : 2 au cours du cinquantenaire suivant, en 36 et 69 ap, cette derni&egrave;re particuli&egrave;rement &eacute;prouvante. Linvasion des eaux, via Flaminia, emp&ecirc;cha Othon de partir en campagne contre les Vitelliens. <p><b><font color="#000066"><font size=+1>Conclusion :</font></font></b> <p><b>Ainsi, la Rome antique appara&icirc;t-elle particuli&egrave;rement expos&eacute;e aux risques naturels </b>: &agrave; son site de ville-pont accroch&eacute;e &agrave; des collines, sajoute la taille dune agglom&eacute;ration millionnaire, &agrave; lhabitat populaire pr&eacute;caire, dont lemporium et les horrea, situ&eacute;s sur les rives du fleuve, sont en premi&egrave;re ligne quand celui-ci entre en crue. Linondation a alors pour corollaire la menace de disette et d&eacute;pid&eacute;mies qui fragilisent le r&eacute;gime. Ainsi la crise politique de 23-22av (abandon du consulat annuel, rejet par Auguste de la dictature auquel le peuple voulait l&eacute;lire de " force " est-elle directement la cons&eacute;quence des inondations qui ont emport&eacute; le pont Fabricius (Dion Cassius 53,33 et 54,1.1) et rendu Rome navigable pendant 2 ann&eacute;es cons&eacute;cutives. Cest pourquoi en 22 av Auguste accepta la cura annonae pour r&eacute;soudre la crise frumentaire. <p>On comprend &agrave; la fois la violence des inondations (ponts emport&eacute;s, imp&eacute;tuosit&eacute; du fleuve) mais aussi que <b>le statut de capitale de Rome amplifie les enjeux politiques</b> : ladh&eacute;sion de la population urbaine au pouvoir est une absolue n&eacute;cessit&eacute; pour la survie du r&eacute;gime, dont la responsabilit&eacute; est toujours mise en cause. <p><b>Insister enfin la subjectivit&eacute; de nos sources</b> et des t&eacute;moignages qui nous sont parvenus. Si aujourdhui laccent est mis sur les dommages mat&eacute;riels caus&eacute;s aux particuliers, <b>lAntiquit&eacute; y est moins sensible qu&agrave; ceux caus&eacute;s aux b&acirc;timents publics et surtout aux temples</b>. lhypertrophie des r&eacute;cits des d&eacute;g&acirc;ts caus&eacute;s aux &eacute;difices religieux rel&egrave;ve du scrupule religieux : Rome est bien la&nbsp; <b>ville sanctuaire de Fustel de Coulanges</b>. <p><b><font size=+1>Catherine Bustany -</font></b> <p><i>Ma&icirc;trise du sol et urbanisme &agrave; Rome &agrave; l'&eacute;poque r&eacute;publicaine, Th&egrave;se soutenue en 1992 &agrave; ParisIV (dactylograhi&eacute;e).</i> <p><i>Rome, ma&icirc;trise de l'espace, ma&icirc;trise du pouvoir [Texte imprim&eacute;] : de C&eacute;sar aux Antonins / Catherine Bustany, No&euml;lle G&eacute;roudet.</i> . - Paris : S. Arslan, 2001 <p><i>Probl&egrave;mes m&eacute;thodologiques pour la cartographie es incendies et catastrophes naturelles dans la Rome antique</i>, Cahiers de la MRSH, N&deg; 25, F&eacute;vrier 2001, p 11-44 <p><font size=-1>Pour compl&eacute;ter, en ligne, &agrave; ladresse : <a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/</a></font> <br><font size=-1>une version word : <a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany.doc">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany.doc</a></font> <p><font size=-1>Le recensement des inondations connues :</font> <br><font size=-1><a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/inond1.jpg">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/inond1.jpg</a></font> <br><font size=-1><a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/inond2.jpg">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/inond2.jpg</a></font> <p><font size=-1>Une carte proposant des hypoth&egrave;ses pour les inondations de 193, 189, 181, 156, 54 av JC :</font> <br><font size=-1><a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome1.jpg">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome1.jpg</a></font> <br><font size=-1><a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome1a.jpg">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome1a.jpg</a></font> <p><font size=-1>La copie dune carte de la topographie de Rome en 52 av</font> <br><font size=-1>(source : D. Favro, The urban image of Augustan Rome, Cambridge, 1996) :</font> <br><font size=-1><a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome3.jpg">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome3.jpg</a></font> <p><font size=-1>Une carte des impacts de foudre &agrave; Rome, IIIe av - 1ere moiti&eacute; du Ie ap :</font> <br><font size=-1><a href="http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome4.jpg">http://aphgcaen.free.fr/conferences/bustany/rome4.jpg</a></font> <p><font size=-1>Le site du Plan Bigot :</font> <br><font size=-1><a href="http://www.unicaen.fr/rome/description.html">http://www.unicaen.fr/rome/description.html</a></font> <br><font size=-1><a href="http://www.unicaen.fr/rome/index2.html">http://www.unicaen.fr/rome/index2.html</a></font> <p><font size=-1>Dans la PCL, plan tir&eacute; The Historical Atlas by William R. Shepherd, 1923 (991 ko)</font> <br><font size=-1><a href="http://www.lib.utexas.edu/maps/historical/shepherd/rome_athens_imperial_plans.jpg">http://www.lib.utexas.edu/maps/historical/shepherd/rome_athens_imperial_plans.jpg</a></font> <p><font size=-1>Maquettes virtuelles de Rome :</font> <br><font size=-1><a href="http://aphgcaen.free.fr/lecocq.htm">http://aphgcaen.free.fr/lecocq.htm</a></font> <p><img SRC="Image2.jpg" height=18 width=19><font size=-1> Copyleft - mise en ligne DL - 09/02/2003 - Merci de penser &agrave; citer vos sources</font> <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; </body> </html> 
