<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0 Transitional//EN"> <!-- DATE DE CREATION: 04/07/99 --><HTML><HEAD><TITLE></TITLE> <META http-equiv=Content-Type content="text/html; charset=windows-1252"> <META content="" name=Description> <META content="" name=Keywords> <META content="JEAN-MICHEL MESSIAEN" name=Author> <META content="MSHTML 6.00.2713.1100" name=GENERATOR> <META content="Du Bellay, sonnet 31, commentaire, lecture methodique"  name=keywords> <META content="Jean-Michel Messiaen 1999" name=copyright><LINK  href="stypda.css" type=text/css rel=stylesheet></HEAD> <BODY> <CENTER> <H1>Du Bellay, sonnet XXXI : "Heureux qui comme Ulysse..." : lecture  mthodique</H1></CENTER><BR> <P>Pour mener une lecture mthodique de ce sonnet en alexandrins (comme le sont  tous les sonnets du recueil) l'on peut adopter les axes de lecture suivants  :<BR> <CENTER>Lyrisme et expression de la nostalgie<BR>La "prfrence nationale"<BR>Un  sonnet minemment humaniste</CENTER><BR><BR> <CENTER><IMG height=55 src="../media/egypt17.gif" width=600  border=0></CENTER> <H1>Lyrisme et expression de la nostalgie</H1><BR> <P>Si le lyrisme se caractrise par l'expression de sentiments personnels, il  n'est pleinement manifeste qu' partir du second quatrain. Les occurrences du  pronom de la premire personne, <I><FONT color=#0000ff>je</FONT></I>, du  dterminant <I><FONT color=#0000ff>mon, ma</FONT></I> (qui indique ici une  relation plutt que la possession), l'interjection <I><FONT  color=#0000ff>hlas</FONT></I>, en incise sous l'accent d'hmistiche du vers 5,  voil autant de moyens langagiers qui concourent  transcrire l'expression  personnelle du sentiment. La modalit interrogative et la rptition de la mme  question : <I><FONT color=#0000ff>reverrai-je</FONT></I>,  l'initiale des vers  5 et 7, traduit un sentiment de nostalgie d'autant plus fort (et discret en son  expression), que la premire question : <I><FONT color=#0000ff>Quand  reverrai-je</FONT></I>, est une interrogation partielle, alors que la seconde :  <I><FONT color=#0000ff>Reverrai-je</FONT></I> est une interrogation totale. La  question ne porte plus sur la date mais sur le fait. Les adjectifs pithtes  antposs, <I><FONT color=#0000ff>petit (village)</FONT></I> et <I><FONT  color=#0000ff>pauvre (maison)</FONT></I> ont de ce fait une valeur affective.  L'expression du sentiment semble mme dsquilibrer le vers : l'on constate en  effet deux enjambements :<BR><BR> <BLOCKQUOTE>Quand reverrai-je, hlas, <FONT color=#ff0000>de mon petit    village</FONT></BLOCKQUOTE> <BLOCKQUOTE><FONT color=#ff0000>Fumer la chemine</FONT>, <FONT    color=#008000>et en quelle saison</FONT></BLOCKQUOTE> <BLOCKQUOTE><FONT color=#008000>Reverrai-je le clos de ma pauvre  maison</FONT>,</BLOCKQUOTE><BR> <P>Ajoutons enfin le lexique, qui associe <I><FONT color=#0000ff>pauvre  maison</FONT></I> et <I><FONT color=#0000ff>petit village</FONT></I>  <I><FONT  color=#008000>une province</FONT></I> (c'est--dire un domaine qui peut tre un  royaume) par la tournure dfinitoire et de subjectivit affirme : <I><FONT  color=#0000ff>qui m'est</FONT></I>. Le double adverbe <I><FONT  color=#0000ff>beaucoup davantage</FONT></I> clt le quatrain avec une lourdeur  qui rvle l'insistance, voire le poids de la nostalgie. Poids que confirme  l'emploi du prsent, oppos aux deux futurs : prsent d'nonciation ou "prsent  tendu", il marque ici une certitude : celle du sentiment.  <P>Enfin, la chemine qui fume et le clos (jardin mur) voquent une intimit  modeste mais chaleureuse : le sjour auprs du feu et celui sous quelques arbres  familiers : le passage des saisons, leur retour...  <P>Le lyrisme prend une tournure diffrente dans les deux tercets, o l'on  retrouve l'emploi de la premire personne du singulier, l'expression de la  subjectivit personnelles avec le verbe <FONT color=#0000ff>plaire</FONT> et  l'adjectif <FONT color=#0000ff>petit</FONT>, ... Ces deux tercets seront  toutefois examins dans le dveloppement suivant.<BR><BR> <CENTER><IMG height=50 src="../media/egypt11.gif" width=600  border=0></CENTER><BR> <H1>La "prfrence nationale"</H1> <P>Les deux tercets forment en fait un <B><FONT color=#800080>sizain</FONT></B>,  strophe de six vers, ce que confirme la syntaxe (une seule phrase pour les six  vers). L'expression de la prfrence tient d'abord  l'emploi du comparatif de  supriorit, en deux vers d'abord, en deux hmistiches pour la suite (avec une  inversion entre comparant et compar au vers 14, qui constitue ainsi une  "pointe").  <P>La syntaxe est modifie de faon  ce que l'adverbe comparatif <I><FONT  color=#0000ff></FONT></I>se trouve antpos. Il en rsulte deux "effets" :  l'anaphore de <B><FONT color=#000080>plus</FONT></B>, lequel s'autonomise et  acquiert de ce fait un plus grand "impact". La subjectivit qu'il transcrit  n'est plus nostalgique uniquement, mais presque rageuse du fait de l'anaphore.  Le second effet est le rapprochement du compar et du comparant ce qui renforce  leur contraste. Notons que le compar rfre au pays natal de Du Bellay (dont il  n'a que le souvenir) et le comparant  Rome (o il se trouve).  <P>La syntaxe se fait galement elliptique : la premire comparaison "occupe"  deux vers :  <BLOCKQUOTE>Plus me plat le sejour qu'ont bti mes aeux,</BLOCKQUOTE> <BLOCKQUOTE>Que des palais romains le front audacieux,</BLOCKQUOTE>La  comparaison suivante ne ncessite qu'un vers, mais la proposition comporte un  verbe encore :  <BLOCKQUOTE>Plus que le marbre dur me plat l'ardoise fine</BLOCKQUOTE>Dans le  second tercet (ou le second "mouvement" du sizain), l'ellipse affecte le verbe,  et chaque vers comporte une comparaison :  <BLOCKQUOTE>Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,</BLOCKQUOTE> <BLOCKQUOTE>Plus mon petit Lir, que le mont Palatin,</BLOCKQUOTE> <BLOCKQUOTE>Et plus que l'air marin la douceur angevine.</BLOCKQUOTE> <P>Les comparaisons sont en elles-mmes "ingales" et fortement subjectives.  <P>Ainsi la premire oppose-t-elle <I><FONT color=#0000ff>le sjour qu'ont bti  mes ayeux</FONT></I> au <I><FONT color=#008000>front audaci-eux (des palais  romains)</FONT></I>. Le terme de "sjour" ne rfre pas  un lieu dsign comme  tel, mais selon son usage : un lieu o l'on sjourne, o l'on vit. Il s'oppose  au "front", c'est--dire au fronton ou plutt  la faade des palais romains.  Que la faade seule soit voque laisse entendre, au choix, que les palais ne  sont qu'apparence (on ne peut y vivre), ou qu'ils sont inaccessibles au commun  des mortels. La dirse qui affecte l'adjectif <FONT  color=#008000>audaci-eux</FONT> (orgueilleux), rend cet adjectif plus ample,  voire pompeux, ce qui le fait contraster davantage avec <I><FONT  color=#000080>mes ayeux</FONT></I>, auquel l'associe la rime : le faste  impersonnel de la pompe s'oppose ainsi  la mention de ceux qui ont donn un  nom, qui ont constitu l'histoire d'une famille, ceux dont notre corps mme  porte la trace.  <P>La deuxime comparaison parvient  un effet lexical intressant. Certes elle  oppose <I><FONT color=#008000>le marbre dur</FONT></I>  <I><FONT  color=#000080>l'ardoise fine</FONT></I> : le marbre est un matriau prestigieux,  rsistant, et le marbre blanc tait recherch dans l'Antiquit romaine pour les  temples et monuments publics, au point qu'on l'importait si ncessaire. Ces  caractristiques l'opposent parfaitement  l'ardoise (un schiste), matriau que  l'on extrayait localement, pour des toitures ou des dallages (usages communs et  "domestiques"), roche sombre (gris fonc) qui s'effeuille et ne rsiste pas au  poids d'une charge. Toutefois l'adjectif <I><FONT color=#000080>fine</FONT></I>,  rimant avec <I><FONT color=#000080>douceur angevine</FONT></I> est mis en valeur  par cette position. L'allitration en /r/ de <I><FONT  color=#008000>ma<B>r</B>b<B>r</B>e du<B>r</B></FONT></I> confre  ce dernier  adjectif, plac  l'accent d'hmistiche une valeur pjorative : il ne s'agit pas  de la rsistance du matriau ... mais, en contraste avec <I><FONT  color=#000080>fine</FONT></I>, de la duret d'une roche ! Le tercet constitue  aussi, par chos dus  la rptition de la structure comparative, un  microsystme lexical opposant [front audacieux des palais romains - marbre dur]  et [sjour ... mes ayeux - ardoise fine]. Que l'on se rappelle l'vocation du  village, de la chemine et du clos : Du Bellay oppose un lieu modeste o l'homme  a sa place  un lieu prestigieux mais o l'on ne saurait vivre.  <P>Les comparaisons du second tercet poursuivent ce jeu d'oppositions, mais lui  confrent la dimension "nationale". Sont associs en effet <I><FONT  color=#008000>le Tybre latin</FONT></I> et <I><FONT color=#008000>le mont  Palatin</FONT></I>, deux lieux de grande notorit : le fleuve qui traverse la  Rome antique et la capitale de l'Occident chrtien, l'une des sept collines de  Rome. L'on notera cependant le clin d'oeil qui fait rimer "latin" et "Palatin"  (pas latin). Du Bellay leur oppose "son" <I><FONT color=#000080>Loyre  gaulois</FONT></I>, de peu de notorit : l'orthographe de ce nom n'est pas  encore fixe, et l'adjectif "gaulois" voque de barbares anctres, vaincus par  Rome. Il oppose aussi "son" <I><FONT color=#000080>petit Lir</FONT></I>, d'une  notorit moindre encore - mme de nos jours.  <P>Le jeu des dterminants donne le sens de cette opposition :  l'article  dfini "de notorit" s'oppose l'adjectif possessif qui a ici une valeur  relationnelle et affective : Du Bellay oppose la notorit prestigieuse du lieu  o naquit l'Histoire occidentale, o se fait l'Histoire de la chrtient, au  lieu de <U>ses racines</U>, au lieu de <B><U>son histoire</U></B>.<BR><BR> <CENTER><IMG height=50 src="../media/egypt11.gif" width=600  border=0></CENTER><BR> <H1>Un sonnet humaniste</H1> <P>L'on pourrait s'tonner de ce qu'un humaniste fru de culture latine compare ngativement Rome  son "village" natal. Mais Du Bellay est  aussi l'auteur de la <I><U><FONT color=#ff0000>Deffense et illustration de la  langue franoyse</FONT></U></I>, ouvrage qui proclame la ncessit de donner   la langue franaise le prestige de la langue latine.  <P>Les clins d'oeil aux humanistes, lecteurs des lettres grecques et latines,  sont trs vidents dans le premier quatrain. Au vers 2, l'allusion  Jason :  <I><FONT color=#800000>cestuy-l qui conquit la toison</FONT></I>, ne peut se  comprendre qu' la condition de connatre la lgende de la toison d'or et des  Argonautes. L'allusion  l'Odysse est plus nette aux vers 1 et 4 (concernant le  retour  Ithaque), et trouve son cho au vers 14 : <I><FONT color=#008000>l'air  marin</FONT></I> n'est pas celui de Rome, situe  l'intrieur des terres, mais  plutt celui de l'Odysse. Les noms de lieux romains s'adressent aussi aux  lecteurs des lettres latines : le mont Palatin n'a plus au XVIe sicle le  prestige qu'il avait dans l'Antiquit ; le Tibre a une grande notorit de mme  source. La caractrisation du "voyageur", <I><FONT color=#4b0082>plein d'usage  et raison</FONT></I> (usage quivaut  "sagesse"), est aussi un clin d'oeil :  d'une part  ce dicton selon lequel "les voyages forment la jeunesse", d'autre  part  quelques hros homriques : Ulysse tant le plus sage ("le rus Ulysse"),  il parvient  djouer les piges de Neptune, alors que "le bouillant Achille"  meurt  Troie. Enfin, la structure mme du vers 1 est un calque d'une ode du  pote latin Horace, dont Du Bellay a traduit l'oeuvre : <I><FONT  color=#800000>Beatus qui ...</FONT></I>.  <P>A ces allusions s'ajoute la familiarit : l'Odysse est rduite  <I><FONT  color=#4b0082>un beau voyage</FONT></I>, et Jason dsign par <I><FONT  color=#4b0082>cestuy-l</FONT></I>, pronom dmonstratif plutt familier. La  familiarit est celle de l'humaniste qui frquente suffisamment les textes  antiques pour ne plus avoir  les rvrer, mais elle peut avoir une autre  valeur.  <P>En effet, ce sonnet participe de la volont d'illustrer (rendre illustre) la  langue franaise : il respecte l'ensemble des rgles fixes par les potes de La  Pliade. Mais, plus encore, en comparant Rome  sa terre natale, Du Bellay place  cette dernire  l'gal de la prestigieuse capitale, et parvient de ce fait   <I><B><FONT color=#cd853f>illustrer</FONT></B></I> sa "patrie" (au sens  tymologique : terre des anctres, des "pres"). Le jeu des comparaisons permet  d'opposer une terre historique et prestigieuse, mais froide et impersonnelle -  voire doublement trangre : antique et lointaine -,  un terroir modeste mais  vivant,  un "foyer" (cf. la mention de la chemine) o l'on a ses racines.  <P>L'adaptation de la nostalgie plaintive du pote exil Horace n'est pas un  simple calque. Du Bellay a fait oeuvre originale en donnant  la littrature  franaise son premier sonnet lgiaque en alexandrins, voire son premier pome  lgiaque ; en respectant les contraintes d'un pome  forme fixe tout en  montrant par l'exemple qu'il permettait l'expression personnelle, lyrique ; en  donnant  sa nostalgie l'accent vigoureux d'un hymne  son "pays". <BR><BR> <CENTER><IMG height=50 src="../media/egypt11.gif" width=600  border=0></CENTER><BR> <H1>Conclusion ? ou... avant de nous quitter</H1> <P>Ce sonnet est minemment "moderne". Par son sujet, ou "argument" :  l'attachement au terroir natal, au point de magnifier ce terroir, est une ide  neuve. Non que personne auparavant n'ait tmoign d'un tel attachement, mais  personne n'avait os comparer son terroir  la plus prestigieuse des cits de  cette faon. C'est aussi la premire fois qu'est affirme de faon si claire la  prfrence pour un lieu o l'on puisse vivre avec agrment, comme le suggre  <I><FONT color=#4b0082>la douceur angevine</FONT></I>, pour une vie "prive",  <I><FONT color=#4b0082>entre ses parents</FONT></I>, plutt qu' la recherche  des vanits du monde (gloire, fortune, etc...), sans pour autant prner la  mdiocrit ni le renoncement.  <P>Modernit encore que de considrer que la posie permet d'exprimer  personnellement ce que l'on vit, tout en le transcendant par un travail sur la  forme qui confre  la nostalgie personnelle une dimension lgiaque de plus  grande porte : c'est l le travail d'criture qui, du sentiment particulier et  fugace, tire un objet esthtique par l'effacement du "moi" dans la sublimation  du travail (les jeux de symtrie, la mtrique, seraient  examiner de ce point  de vue).  <P> <P>Regrets : il manque un examen plus systmatique de la mtrique... Avis aux  amateurs, et  ceux qui souhaitent approfondir. Sinon, ce sera l'occasion d'une  refonte de ce fichier. Amicalement  vous, patients lecteurs. le 07/07/1999.  <BR><BR> <CENTER><IMG height=52 src="../media/balle_tube.gif" width=360  border=0></CENTER><BR><BR>  </BODY></HTML> 
