<HTML> <HEAD><TITLE>Les Catacombes Chr&eacute;tiennes De Rome - Pistes d'approfondissement</TITLE><link rel="stylesheet" href="../../main.css"></HEAD> <BODY BACKGROUND="../../images/sfondo.gif"> <div align="center"> <font color="#841610"><h2>PISTES D'APPROFONDISSEMENT</h2></font> <hr align="CENTER" size="3" width="90%"> </div>  <div align="center"> <B>2. LES PERSCUTIONS CONTRE LES CHRTIENS</B> </div> <br>  <i><b>Teresio Bosco</b></i><br><br>   <B>Une superstition nouvelle et mal&eacute;fique</B><br><br>  La premi&egrave;re prise de position de l&#39;&Eacute;tat romain contre les chr&eacute;tiens remonte &agrave; l&#39;empereur Claude (41-54 apr&egrave;s J&eacute;sus-Christ). Les historiens Su&eacute;tone et Dion Cassius rapportent que Claude fit chasser les Juifs parce qu&#39;ils &eacute;taient continuellement en querelle &agrave; cause d&#39;un certain Chrestos. &#171;Nous serions devant les premi&egrave;res r&eacute;actions provoqu&eacute;es par le message chr&eacute;tien dans la communaut&eacute; de Rome&#187;, commente Karl Baus.<br> L&#39;historien Caius Su&eacute;tone Tranquille (70-140 environ), fonctionnaire imp&eacute;rial de haut rang sous Trajan et Hadrien, intellectuel et conseiller de l&#39;empereur, justifiera cela et les interventions successives de l&#39;&Eacute;tat contre les chr&eacute;tiens en les d&eacute;finissant comme &#171;une superstition nouvelle et mal&eacute;fique&#187;: paroles tr&egrave;s lourdes de sens. Comme superstition, le christianisme sera mis en rapport avec la magie. Pour les Romains, la magie d&eacute;signe l&#39;ensemble des pratiques irrationnelles que mages et sorciers de personnalit&eacute; sinistre usent pour abuser des gens ignorants, sans &eacute;ducation philosophique.<br> Magie signifie l&#39;irrationnel contre le rationnel, la connaissance vulgaire contre la connaissance philosophique. L&#39;accusation de &#171;magie&#187; (tout comme celle de &#171;folie&#187;) est une arme avec laquelle l&#39;&Eacute;tat romain marque et soumet &agrave; contr&ocirc;le les nouvelles et douteuses composantes de la soci&eacute;t&eacute; comme le christianisme.<br> Avec la parole mal&eacute;fique (porteuse de maux) est encourag&eacute;e la suspicion born&eacute;e du petit peuple qui imagine cette nouveaut&eacute; (comme chaque nouveaut&eacute;) tremp&eacute;e dans des d&eacute;lits les plus innommables, et donc est &agrave; l&#39;origine des maux qui chaque fois se d&eacute;cha&icirc;nent de mani&egrave;re inexplicable, de la peste &agrave; l&#39;inondation, de la famine &agrave; l&#39;invasion des barbares. <br><br>  <B>Corps ouvert mais ethnie ferm&eacute;e et m&eacute;fiante</B><br><br>  L&#39;empire romain est (et se manifestera sp&eacute;cialement dans les pers&eacute;cutions contre les chr&eacute;tiens) comme un grand corps ouvert, dispos&eacute; &agrave; absorber tout nouveau peuple qui abandonne sa propre identit&eacute;, mais aussi une ethnie ferm&eacute;e et m&eacute;fiante. Avec le mot &#171;ethnie&#187;, &#171;groupe ethnique&#187; (du grec <I>ethnos</I>), nous entendons une entit&eacute; sociale qui se distingue par la m&ecirc;me langue et la m&ecirc;me culture et se montre m&eacute;fiante &agrave; l&#39;&eacute;gard de toute autre ethnie.<br> Avec son organisation sociale de personnes libres ayant tous les droits et d&#39;esclaves sans droits, de patriciens riches et de pl&eacute;b&eacute;iens mis&eacute;reux, de m&eacute;tropole qui exploite et de p&eacute;riph&eacute;rie exploit&eacute;e, Rome est persuad&eacute;e d&#39;avoir r&eacute;alis&eacute; le r&ecirc;ve d&#39;Alexandre le Grand: l&#39;unit&eacute; de l&#39;humanit&eacute;, faisant de chaque homme libre un citoyen du monde, et de l&#39;empire une &#171;assembl&eacute;e universelle&#187; (<I>oikum&eacute;ne</I>) qui co&iuml;ncide avec la &#171;civilisation humaine&#187;.<br> Qui veut vivre en dehors d&#39;elle, sauvegarder sa propre identit&eacute; pour ne pas se confondre avec elle, s&#39;exclut de la civilisation humaine. Rome a une grande peur de ces &#171;&eacute;trangers&#187;, de ces gens &#171;divers&#187; qui pourraient mettre en discussion sa s&eacute;curit&eacute;. Et comme elle a d&eacute;cr&eacute;t&eacute; la &#171;concorde universelle&#187; avec la f&eacute;roce efficacit&eacute; de ses l&eacute;gions, elle entend la maintenir &agrave; coups de sabre, de crucifixions, de condamnations aux travaux forc&eacute;s, d&#39;exils. En un mot, Rome se sert de la &#171;purification ethnique&#187; comme m&eacute;thode pour garantir sa propre tranquille assurance d&#39;&ecirc;tre &#171;le monde civilis&eacute;&#187;.<br><br>  <B>N&eacute;ron et les chr&eacute;tiens vus par l&#39;intellectuel Tacite</B><br><br>  En 64, un incendie d&eacute;vasta 10 des 14 quartiers de Rome. L&#39;empereur N&eacute;ron, accus&eacute; par le peuple d&#39;en &ecirc;tre l&#39;auteur, attribua la faute aux chr&eacute;tiens. Ainsi commen&ccedil;a la premi&egrave;re et grande pers&eacute;cution qui durera jusqu&#39;en 68 et verra p&eacute;rir entre autres les ap&ocirc;tres Pierre et Paul.<br> Le grand historien Tacite Corneille (54-120), s&eacute;nateur et consul, d&eacute;crira cet av&egrave;nement en &eacute;crivant ses <I>Annales</I> sous le r&egrave;gne de Trajan. Il accuse N&eacute;ron d&#39;avoir injustement culpabilis&eacute; les chr&eacute;tiens, mais se d&eacute;clare convaincu que ces derniers m&eacute;ritent les plus s&eacute;v&egrave;res punitions parce que leur superstition les pousse &agrave; accomplir des actes sc&eacute;l&eacute;rats. Il ne partage donc m&ecirc;me pas la compassion que beaucoup &eacute;prouv&egrave;rent en voyant les chr&eacute;tiens tortur&eacute;s. Voici le c&eacute;l&egrave;bre passage de Tacite: <br> &#171;Pour &eacute;touffer la rumeur, N&eacute;ron inventa des coupables et livra aux tourments les plus raffin&eacute;s des gens, d&eacute;test&eacute;s pour leurs abominations, que la foule appelait chr&eacute;tiens. Ce nom leur vient de Christ, que, sous le principat de Tib&egrave;re, le procurateur Ponce Pilate avait livr&eacute; au supplice. R&eacute;prim&eacute;e sur le moment, cette ex&eacute;crable superstition faisait de nouveau irruption, non pas seulement en Jud&eacute;e, berceau de ce fl&eacute;au, mais encore &agrave; Rome, o&ugrave; tout ce qu&#39;il y a d&#39;affreux ou de honteux dans le monde converge et se r&eacute;pand. <br> On commen&ccedil;a donc par arr&ecirc;ter ceux qui confessaient leur foi, puis, sur leur d&eacute;nonciation, une multitude immense, et ils furent reconnus coupables, moins du crime d&#39;incendie qu&#39;en raison de leur haine contre le genre humain.<br> &Agrave; leur ex&eacute;cution on ajouta des d&eacute;risions, en les couvrant de peaux de b&ecirc;tes pour qu&#39;ils p&eacute;rissent sous les morsures des chiens, ou en les attachant &agrave; des croix, pour que, apr&egrave;s la chute du jour, utilis&eacute;s comme des torches nocturnes, ils fussent consum&eacute;s. N&eacute;ron avait offert ses jardins pour ce spectacle, et il donnait des jeux de cirque, se m&ecirc;lant &agrave; la pl&egrave;be en tenue d&#39;aurige, ou debout sur un char. <br>  Aussi, bien que ces hommes fussent coupables et eussent m&eacute;rit&eacute; ces tourments originaux, soulevaient-ils la compassion, &agrave; la pens&eacute;e que ce n&#39;&eacute;tait pas dans l&#39;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral, mais &agrave; la cruaut&eacute; d&#39;un seul qu&#39;ils &eacute;taient sacrifi&eacute;s&#187; (<I>Annales</I> 15, 44, 2-5). Les chr&eacute;tiens &eacute;taient donc consid&eacute;r&eacute;s par Tacite &eacute;galement comme des gens m&eacute;prisables, capables de crimes abominables. Les crimes les plus inf&acirc;mes attribu&eacute;s aux chr&eacute;tiens &eacute;taient l&#39;<I>infanticide rituel</I> (comme si dans la comm&eacute;moration de la c&egrave;ne du Seigneur, dans laquelle on consommait l&#39;Eucharistie, on e&ucirc;t tu&eacute; et mang&eacute; un enfant !) et l&#39;<I>inceste</I> (d&eacute;formation claire du baiser de paix qui avait lieu au cours de la c&eacute;l&eacute;bration eucharistique &#171;entre fr&egrave;res et soeurs&#187;). N&eacute;es dans les comm&eacute;rages du petit peuple, ces accusations furent ainsi sanctionn&eacute;es par l&#39;autorit&eacute; de l&#39;empereur, qui pers&eacute;cutait les chr&eacute;tiens et les condamnait &agrave; mort.<br> &Agrave; partir de ce moment (comme nous l&#39;atteste Tacite), on ajouta &agrave; l&#39;encontre des chr&eacute;tiens un nouveau crime: la <I>haine contre le genre humain</I>. Pline le Jeune, ironiquement, &eacute;crira qu&#39;une accusation de ce genre pourrait d&eacute;sormais conduire qui que ce soit &agrave; la condamnation &agrave; mort.<br><br>  <B>Accus&eacute;s d&#39;ath&eacute;isme</B><br><br>  Les informations sur la pers&eacute;cution qui frappa les chr&eacute;tiens en l&#39;an 89, sous l&#39;empereur Domitien, sont moins abondantes. L&#39;information rapport&eacute;e par l&#39;historien grec Dion Cassius qui fut pr&eacute;teur et consul &agrave; Rome est &agrave; ce propos d&#39;une particuli&egrave;re importance.<br> Dans le livre 67 de son <I>Histoire Romaine</I>, il affirme que sous Domitien furent accus&eacute;s et condamn&eacute;s &#171;pour ath&eacute;isme&#187; le consul Flavius Cl&eacute;ment et sa femme Domitilla, et avec eux beaucoup d&#39;autres qui &#171;avaient adopt&eacute; des usages juifs&#187;.<br> &Agrave; cette &eacute;poque, l&#39;accusation d&#39;ath&eacute;isme est attribu&eacute;e &agrave; celui qui ne consid&egrave;re pas comme divinit&eacute; supr&ecirc;me la majest&eacute; imp&eacute;riale. Domitien, tr&egrave;s dur restaurateur de l&#39;autorit&eacute; centrale, exige le culte tous azimuts envers sa personne, centre et garantie de la &#171;civilisation humaine&#187;.<br> Il est remarquable qu&#39;un intellectuel comme Dion Cassius qualifie d&#39;&#171;ath&eacute;isme&#187; le rejet du culte de l&#39;empereur. Cela signifie qu&#39;&agrave; Rome on n&#39;admet aucune id&eacute;e de Dieu qui ne co&iuml;ncide pas avec la majest&eacute; imp&eacute;riale. Celui qui en a une id&eacute;e diverse est &eacute;limin&eacute; comme &eacute;tant un &eacute;l&eacute;ment gravement dangereux pour la &#171;civilisation humaine&#187;.<br> En 111, Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie sur la Mer Noire, revenait d&#39;une inspection de sa populeuse et riche province quand un incendie ravagea la capitale, Nicom&eacute;die. On aurait pu sauver beaucoup de gens s&#39;il y avait eu des pompiers. Pline fit son rapport &agrave; l&#39;empereur Trajan (98-117) en ces termes: &#171;Il revient &agrave; vous, seigneur, de juger de la n&eacute;cessit&eacute; de cr&eacute;er une association de pompiers de 150 hommes. Pour ma part, je veillerai &agrave; ce qu&#39;une telle association n&#39;accueille que des pompiers...&#187;.<br> Trajan lui r&eacute;pond en repoussant l&#39;initiative: &#171;N&#39;oublie pas que ta province est la proie d&#39;une soci&eacute;t&eacute; de ce genre. Quel que soit le nom, quelle que soit la destination que nous voulons donner &agrave; des hommes r&eacute;unis en un corps, cela donne lieu, dans tous les cas et rapidement, &agrave; des <I>h&eacute;tairies</I>&#187;. La peur des <I>h&eacute;tairies</I> (selon l&#39;&eacute;tymologie grecque, signifiant &#171;associations&#187;) pr&eacute;valut ainsi sur celle des incendies.<br>  Le ph&eacute;nom&egrave;ne &eacute;tait antique. Vu que les associations de n&#39;importe quel type se transformaient en groupes de militance politique, C&eacute;sar avait interdit toutes les associations l&#39;an 7 avant J&eacute;sus-Christ: &#171;Quiconque cr&eacute;e une association sans autorisation sp&eacute;ciale, est passible des m&ecirc;mes peines que ceux qui attaquent &agrave; main arm&eacute;e les lieux publics et les temples&#187;. Cette loi &eacute;tait toujours en vigueur, mais les associations continuaient &agrave; fleurir: des bateliers de la Seine aux m&eacute;decins de Avenches, des marchands de vin de Lyon aux trompettistes de Lam&egrave;se. Toutes ces associations d&eacute;fendaient les int&eacute;r&ecirc;ts de leurs membres en faisant pression sur les pouvoirs publics.<br> Pline ne tarda pas &agrave; appliquer l&#39;interdiction des <I>h&eacute;tairies</I> &agrave; un cas particulier qui se pr&eacute;senta &agrave; lui en automne 112. La Bithynie comptait beaucoup de chr&eacute;tiens. &#171;C&#39;est une foule de gens de tout &acirc;ge, de toutes les conditions, dispers&eacute;s dans les cit&eacute;s, dans les villages et les campagnes&#187;, &eacute;crit Pline &agrave; l&#39;empereur. Il continue en faisant &eacute;tat des d&eacute;nonciations re&ccedil;ues de la part des fabricants d&#39;amulettes religieuses, perturb&eacute;s par les chr&eacute;tiens qui pr&ecirc;chaient l&#39;inutilit&eacute; de telles pacotilles. <br> Il avait instruit une sorte de proc&egrave;s pour bien conna&icirc;tre les faits, et avait d&eacute;couvert que les chr&eacute;tiens avaient l&#39;habitude de se r&eacute;unir en un jour d&eacute;termin&eacute;, avant le lever du soleil, pour chanter un hymne &agrave; Christ comme &agrave; un dieu, de s&#39;engager sous serment &agrave; ne pas perp&eacute;trer de crimes, &agrave; ne commettre ni vols, ni actes de brigandage, ni adult&egrave;res, &agrave; ne pas manquer &agrave; la parole donn&eacute;e. Ils avaient aussi l&#39;habitude de se r&eacute;unir pour prendre leur repas qui, malgr&eacute; les racontars, est un repas ordinaire et inoffensif.<br> Les chr&eacute;tiens n&#39;avaient pas cess&eacute; ces r&eacute;unions, m&ecirc;me pas apr&egrave;s l&#39;&eacute;dit du gouverneur qui confirmait l&#39;interdiction des <I>h&eacute;tairies</I>. Continuant la lettre (10, 96), Pline rapporte &agrave; l&#39;empereur qu&#39;en tout cela il ne voit rien de mal. Mais le refus d&#39;offrir l&#39;encens et le vin devant les statues de l&#39;empereur lui semble constituer un acte de d&eacute;rision sacril&egrave;ge. L&#39;obstination de ces chr&eacute;tiens lui para&icirc;t &#171;d&eacute;raisonnable et stupide&#187;.<br> De la lettre de Pline il appert que les accusations absurdes d&#39;<I>infanticide</I> et d&#39;<I>inceste</I> ne sont plus &agrave; l&#39;ordre du jour. Il reste celle du &#171;refus de rendre le culte d&ucirc; &agrave; l&#39;empereur&#187; (donc le crime de <I>l&egrave;se-majest&eacute;</I>) et celle de constitution d&#39;<I>h&eacute;tairie</I>. <br> L&#39;empereur r&eacute;pond: &#171;Officiellement, on ne doit pas poursuivre les chr&eacute;tiens. Mais si au contraire ils sont inculp&eacute;s et reconnus coupables, il faut les condamner&#187;. En d&#39;autres mots, Trajan encourage &agrave; fermer un oeil sur eux: ils forment une <I>h&eacute;tairie</I> inoffensive comme les bateliers de la Seine ou les marchands de vin de Lyon. Mais comme ils pratiquent une &#171;superstition d&eacute;raisonnable, stupide et fanatique&#187; (selon le jugement de Pline et autres intellectuels de l&#39;&eacute;poque comme Epict&egrave;te) et continuent &agrave; refuser le culte &agrave; l&#39;empereur (et donc se mettent en marge de la vie civile), on ne peut faire mine de rien. S&#39;ils sont d&eacute;nonc&eacute;s, ils seront condamn&eacute;s.<br> Reste donc en vigueur (m&ecirc;me si c&#39;est en forme moins rigide) le d&eacute;cret selon lequel &#171;il n&#39;est pas permis d&#39;&ecirc;tre chr&eacute;tiens&#187;. Les victimes de cette p&eacute;riode sont certainement l&#39;&eacute;v&ecirc;que de J&eacute;rusalem Sim&eacute;on, crucifi&eacute; &agrave; l&#39;&acirc;ge de 120 ans, et Ignace d&#39;Antioche, conduit &agrave; Rome comme citoyen romain, pour y &ecirc;tre jug&eacute;. La m&ecirc;me politique envers les chr&eacute;tiens sera employ&eacute;e par les empereurs Hadrien (117-138) et Antonin le Pieux (138-161).<br><br>  <B>Marc Aur&egrave;le: le christianisme est une folie</B><br><br>  Marc Aur&egrave;le (161~180), empereur philosophe, passa 17 de ses 19 ans de r&egrave;gne &agrave; faire la guerre. Dans ses <I>M&eacute;moires</I> o&ugrave; chaque soir, sous la tente militaire, il annotait quelques pens&eacute;es pour lui-m&ecirc;me, on trouve un grand m&eacute;pris du christianisme. Il le consid&eacute;rait comme une folie parce qu&#39;il proposait aux gens simples, ignorants, un mode de conduite (fraternit&eacute; universelle, pardon, sacrifice pour les autres sans attendre de r&eacute;compense) que seuls les philosophes comme lui pouvaient comprendre et pratiquer au terme de longues m&eacute;ditations et disciplines.<br> Dans un rescrit de 176-177, il interdit aux fanatiques sectaires, avec l&#39;introduction de cultes jusque-l&agrave; inconnus, de mettre en danger la religion d&#39;&Eacute;tat. La situation des chr&eacute;tiens, toujours pr&eacute;occupante, s&#39;aggrava sous son r&egrave;gne.<br> Les communaut&eacute;s florissantes de l&#39;Asie Mineure, fond&eacute;es par l&#39;ap&ocirc;tre Paul, furent soumises de jour et de nuit aux vols et aux pillages de la populace. &Agrave; Rome, le philosophe Justin et un groupe d&#39;intellectuels chr&eacute;tiens furent condamn&eacute;s &agrave; mort. La luxuriante chr&eacute;tient&eacute; de Lyon fut an&eacute;antie sous l&#39;accusation d&#39;ath&eacute;isme et d&#39;immoralit&eacute;. (Ils moururent dans des tortures raffin&eacute;es, m&ecirc;me la tr&egrave;s jeune Blandine et Pontique qui n&#39;avait que 15 ans).<br> Les rapports qui nous sont parvenus nous r&eacute;v&egrave;lent que l&#39;opinion publique s&#39;&eacute;tait aigrie progressivement contre les chr&eacute;tiens. De grandes calamit&eacute;s publiques (des guerres &agrave; la peste) avaient suscit&eacute; la conviction selon laquelle les dieux s&#39;&eacute;taient f&acirc;ch&eacute;s contre Rome. Quand on constata que les chr&eacute;tiens s&#39;absentaient aux sacrifices ordonn&eacute;s par l&#39;empereur, la fureur populaire se mit &agrave; la recherche de pr&eacute;textes pour se d&eacute;cha&icirc;ner contre eux. Cette situation perdura jusqu&#39;aux premi&egrave;res ann&eacute;es de l&#39;empereur Commode, fils de Marc Aur&egrave;le. Sous le r&egrave;gne de Marc Aur&egrave;le, l&#39;offensive des intellectuels de Rome contre les chr&eacute;tiens atteignit son apog&eacute;e.<br> &#171;Souvent et &agrave; tort - &eacute;crit Fabio Ruggiero -, on croit que le monde antique a combattu la nouvelle foi avec les armes du droit et de la politique. En un mot, avec les pers&eacute;cutions. Si cela peut &ecirc;tre vrai (et de toute fa&ccedil;on en partie du moins) pour le premier si&egrave;cle de l&#39;&egrave;re chr&eacute;tienne, ce n&#39;est plus le cas d&eacute;j&agrave; &agrave; partir de la moiti&eacute; du second si&egrave;cle. Aussi le monde gentil (pa&iuml;en) que l&#39;&Eacute;glise prennent conscience, &agrave; peu pr&egrave;s au m&ecirc;me moment, de la n&eacute;cessit&eacute; de se combattre et de dialoguer sur le terrain de l&#39;argumentation philosophique et th&eacute;ologique.<br> Entra&icirc;n&eacute;e depuis des si&egrave;cles &agrave; toutes les subtilit&eacute;s de la dialectique, la culture antique pouvait opposer des armes intellectuelles tr&egrave;s sophistiqu&eacute;es au corpus doctrinal chr&eacute;tien, et bien vite la m&ecirc;me &Eacute;glise, se rendant compte de la force que la pens&eacute;e classique exer&ccedil;ait pour freiner l&#39;expansion de l&#39;&eacute;vangile, s&#39;aper&ccedil;ut de la n&eacute;cessit&eacute; d&#39;&eacute;laborer une conception philosophico-th&eacute;ologique v&eacute;ritablement chr&eacute;tienne, mais en m&ecirc;me temps capable de s&#39;exprimer dans un langage et dans des cat&eacute;gories culturelles compr&eacute;hensibles pour le monde gr&eacute;co-romain, dans lequel elle devait de plus en plus s&#39;ins&eacute;rer&#187;.<br><br>  <B>Les arguments des intellectuels antichr&eacute;tiens</B><br><br>  Les argumentations de Marc Aur&egrave;le (121~180), Galien (129-200), Lucien, Pellegrinus Proteus et sp&eacute;cialement Celse (tous les trois &eacute;crivent leurs oeuvres dans la deuxi&egrave;me moiti&eacute; du second si&egrave;cle) peuvent se r&eacute;sumer ainsi:<br> &#171;Le &#39;salut&#39; face &agrave; l&#39;insignifiance de la vie, au d&eacute;sordre des &eacute;v&eacute;nements, au n&eacute;ant de la mort, de la douleur, peut &ecirc;tre trouv&eacute; seulement dans une &#39;sagesse philosophique&#39; par une &eacute;lite de rares intellectuels. Le fait que les chr&eacute;tiens mettent ce &#39;salut&#39; dans la &#39;foi&#39; en un homme crucifi&eacute; (comme les esclaves) en Palestine (dans une province marginale) et d&eacute;clar&eacute; ressuscit&eacute;, est une folie.<br> Le fait que les chr&eacute;tiens croient dans le message de ce crucifi&eacute;, adress&eacute; de pr&eacute;f&eacute;rence aux marginaux et aux pauvres (&agrave; la &#39;poussi&egrave;re humaine&#39;) et qu&#39;ils pr&ecirc;chent la fraternit&eacute; universelle (dans une soci&eacute;t&eacute; bien hi&eacute;rarchis&eacute;e en forme de pyramide et consid&eacute;r&eacute;e comme &#39;ordre naturel&#39;) est une autre folie intol&eacute;rable qui cr&eacute;e des ennuis, qui met tout &agrave; l&#39;envers. Il faut &eacute;liminer les chr&eacute;tiens en tant que destructeurs de la civilisation humaine&#187;. <br> La critique des intellectuels antichr&eacute;tiens s&#39;appesantit sur l&#39;id&eacute;e m&ecirc;me d&#39;une &#171;r&eacute;v&eacute;lation d&#39;en haut&#187;, non bas&eacute;e sur la &#171;sagesse philosophique&#187;; sur les &Eacute;critures chr&eacute;tiennes, qui comportent des contradictions historiques, textuelles, logiques; sur des dogmes &#171;irrationnels&#187;; sur le fait du Verbe de Dieu qui se fait chair (&Eacute;vangile de Jean) et se soumet &agrave; la mort des esclaves; sur la morale chr&eacute;tienne (fid&eacute;lit&eacute; dans le mariage, honn&ecirc;tet&eacute;, respect des autres, secours mutuel) qui ne peut &ecirc;tre atteinte que par un petit noyau de philosophes, et non par une masse inculte.<br> Toute la doctrine chr&eacute;tienne est folie, comme sont folie la pr&eacute;tention de la r&eacute;surrection (c&#39;est-&agrave;-dire de la sup&eacute;riorit&eacute; de la vie sur la mort), le choix pr&eacute;f&eacute;rentiel de Dieu &agrave; l&#39;&eacute;gard des humbles, la fraternit&eacute; universelle. Tout est irrationnel.<br> Dans son <I>Discours vrai</I>, le philosophe grec Celse &eacute;crit: &#171;En ramassant des gens ignorants, appartenant &agrave; la population la plus vile, les chr&eacute;tiens m&eacute;prisent les honneurs et la pourpre, et vont m&ecirc;me jusqu&#39;&agrave; s&#39;appeler indistinctement fr&egrave;res et soeurs... L&#39;objet de leur v&eacute;n&eacute;ration est un homme puni au moyen du dernier des supplices, et du bois funeste de la croix ils &eacute;rigent un autel, comme il convient aux d&eacute;prav&eacute;s et aux criminels&#187;.<br><br>  <B>Les premi&egrave;res r&eacute;actions paisibles des chr&eacute;tiens</B><br><br>  Pendant des d&eacute;cennies, les chr&eacute;tiens restent silencieux. Ils se r&eacute;pandent malgr&eacute; la force silencieuse de leur interdiction. Ils opposent amour et martyre aux accusations les plus inf&acirc;mantes. C&#39;est dans le second si&egrave;cle que les premiers apologistes (Justin, Ath&eacute;nagore, Tatien) nient avec l&#39;&eacute;vidence des faits les accusations les plus odieuses, et cherchent &agrave; exprimer leur foi (n&eacute;e en terre s&eacute;mitique et transmise &agrave; travers des &#171;r&eacute;cits&#187;) en termes culturellement acceptables par un monde imbu de philosophie gr&eacute;co-romaine. Les &#171;briques&#187; bien rang&eacute;es du message de J&eacute;sus-Christ commencent &agrave; &ecirc;tre organis&eacute;es selon une structure architectonique qui puisse trouver gr&acirc;ce aux yeux des Gr&eacute;co-romains. Ce seront Tertullien en Occident et Orig&egrave;ne en Orient (au troisi&egrave;me si&egrave;cle) qui donneront une forme syst&eacute;matique et imposante &agrave; toute la &#171;sagesse chr&eacute;tienne&#187;. Avec les &#171;briques&#187; du message de J&eacute;sus Christ, on cherchera &agrave; esquisser l&#39;harmonie de la basilique romaine - tout comme par apr&egrave;s, au fil des si&egrave;cles, on tentera de tracer l&#39;originalit&eacute; de la cath&eacute;drale gothique, le calme imposant du d&ocirc;me roman, le faste de l&#39;&eacute;glise baroque... <br><br>  <B>La grave crise du troisi&egrave;me si&egrave;cle (200-300)</B><br><br>  Le IIIe si&egrave;cle voit Rome en crise tr&egrave;s grave. Les relations entre christianisme et empire romain se d&eacute;t&eacute;riorent (m&ecirc;me si tout le monde ne s&#39;en rend pas compte). Cette grande crise est ainsi d&eacute;crite par l&#39;historien grec H&eacute;rodien: &#171;Dans les 200 ans qui pr&eacute;c&eacute;d&egrave;rent, il n&#39;y eut jamais une aussi fr&eacute;quente succession de souverains, ni autant de guerres civiles et de guerres contre les peuples environnants, ni autant de mouvements de peuples. Il y eut une quantit&eacute; innombrable d&#39;attaques de villes &agrave; l&#39;int&eacute;rieur de l&#39;Empire et dans beaucoup de pays barbares, il y eut nombre de tremblements de terre et d&#39;&eacute;pid&eacute;mies de peste, de rois et d&#39;usurpateurs. Certains exerc&egrave;rent le pouvoir pendant longtemps, d&#39;autres par contre pendant un laps de temps. Quelqu&#39;un, proclam&eacute; empereur et honor&eacute;, r&eacute;gna un seul jour et disparut aussit&ocirc;t&#187;.<br> L&#39;empire romain s&#39;&eacute;tait progressivement &eacute;tendu gr&acirc;ce &agrave; la conqu&ecirc;te de nouvelles provinces. Cette conqu&ecirc;te continuelle avait permis l&#39;exploitation de tr&egrave;s vastes terres toujours nouvelles (l&#39;&Eacute;gypte &eacute;tait le grenier de Rome, l&#39;Espagne et la Gaule son vignoble et son oliveraie). Rome s&#39;&eacute;tait empar&eacute;e de nouveaux chantiers miniers (la Dacie avait &eacute;t&eacute; envahie pour ses mines d&#39;or). Les guerres de conqu&ecirc;te avaient fourni des foules immenses d&#39;esclaves (les prisonniers de guerre), main-d&#39;oeuvre gratuite.<br> Vers la moiti&eacute; du IIIe si&egrave;cle (autour de 250), on se rendit compte que la f&ecirc;te &eacute;tait finie. &Agrave; l&#39;Est s&#39;&eacute;tait form&eacute; un puissant empire sassanide qui porta de tr&egrave;s dures attaques contre les Romains. En 260, l&#39;empereur Val&eacute;rien fut captur&eacute; avec toute l&#39;arm&eacute;e de 70.000 hommes, et les provinces de l&#39;Est furent d&eacute;vast&eacute;es. La peste ravagea les l&eacute;gions rescap&eacute;es et se r&eacute;pandit effroyablement dans l&#39;Empire. Au Nord s&#39;&eacute;tait d&eacute;velopp&eacute; un autre groupe de peuples forts: les Goths. Ils d&eacute;ferl&egrave;rent sur la M&eacute;sie, en Dacie. L&#39;empereur D&egrave;ce et son arm&eacute;e furent massacr&eacute;s en 251. Ravageant tout sur leur passage, les Goths descendirent du Nord jusqu&#39;&agrave; Sparte, Ath&egrave;nes, Ravenne. L&#39;ensemble des d&eacute;g&acirc;ts qu&#39;ils laissaient derri&egrave;re eux &eacute;taient horribles. La majeure partie des personnes cultiv&eacute;es qui ne pouvaient &ecirc;tre remplac&eacute;es mourut ou fut r&eacute;duite &agrave; l&#39;esclavage. La vie r&eacute;trograda dans un &eacute;tat primitif et sauvage. L&#39;agriculture et le commerce furent an&eacute;antis.<br> En ce temps de grave incertitude les assurances garanties par l&#39;&Eacute;tat tombent. Maintenant ce sont les gentils (= pa&iuml;ens) qui deviennent &#171;irrationnels&#187;, qui ne se confient plus &agrave; l&#39;ordre imp&eacute;rial mais &agrave; la protection des divinit&eacute;s myst&eacute;rieuses et &eacute;tranges. Au Quirinal s&#39;&eacute;l&egrave;ve un temple en l&#39;honneur de la d&eacute;esse &eacute;gyptienne Isis, l&#39;empereur H&eacute;liogabale impose l&#39;adoration du dieu Soleil, les gens recourent aux rites magiques pour conjurer la peste. Pourtant durant ce m&ecirc;me IIIe si&egrave;cle il y a aussi des ann&eacute;es de pers&eacute;cution terrible contre les chr&eacute;tiens. Non plus en raison de leur &#171;irrationalit&eacute;&#187; (dans une foule de gens qui s&#39;abandonnent aux rites magiques, le christianisme est l&#39;unique syst&egrave;me rationnel), mais en raison de la recrudescence de la <I>purification ethnique</I>.  Plusieurs empereurs (tout en &eacute;tant barbares de naissance) voient dans le retour &agrave; l&#39;unit&eacute; centralis&eacute;e l&#39;unique voie de salut. Aussi d&eacute;cr&egrave;tent-ils l&#39;extinction des chr&eacute;tiens, toujours plus nombreux, pour extirper de l&#39;ethnie romaine ce &#171;corps &eacute;tranger&#187; qui se pr&eacute;sente de plus en plus comme une ethnie nouvelle, pr&ecirc;te &agrave; remplacer d&eacute;sormais celle d&eacute;clinante de l&#39;empire fond&eacute; sur les armes, le vol, la violence.<br><br>  <B>Septime S&eacute;v&egrave;re, Maximin le Thrace, D&egrave;ce, Gallien</B><br><br>  Avec Septime S&eacute;v&egrave;re (193-211), fondateur de la dynastie syrienne, il semble que s&#39;annonce pour le christianisme une phase de d&eacute;veloppement inexorable. Des chr&eacute;tiens occupent &agrave; la cour des positions influentes. Ce n&#39;est que dans son dixi&egrave;me ann&eacute;e de r&egrave;gne (202), l&#39;empereur change radicalement de position.<br> En 202 appara&icirc;t un &eacute;dit de Septime S&eacute;v&egrave;re, qui prescrit de graves peines pour ceux qui se convertissent au juda&iuml;sme et &agrave; la religion chr&eacute;tienne. On ne peut comprendre le changement soudain de l&#39;empereur que si on pense qu&#39;il s&#39;est rendu compte que les chr&eacute;tiens s&#39;unissent toujours plus fortement en une soci&eacute;t&eacute; religieuse universelle et organis&eacute;e, dot&eacute;e d&#39;une grande capacit&eacute; intime d&#39;opposition qui, en vertu de la raison d&#39;&Eacute;tat, lui semble suspecte. Les dommages les plus importants seront encourus par la c&eacute;l&egrave;bre &Eacute;cole cat&eacute;ch&eacute;tique d&#39;Alexandrie et les communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes d&#39;Afrique.<br>  Maximin le Thrace (235-238) eut une r&eacute;action violente et grossi&egrave;re contre les anciens amis de son pr&eacute;d&eacute;cesseur, Alexandre S&eacute;v&egrave;re, qui s&#39;&eacute;tait montr&eacute; tol&eacute;rant envers les chr&eacute;tiens. L&#39;&Eacute;glise de Rome fut d&eacute;capit&eacute;e avec la d&eacute;portation dans les mines de Sardaigne des deux chefs de la communaut&eacute; chr&eacute;tienne, l&#39;&eacute;v&ecirc;que Pontien et le pr&ecirc;tre Hippolyte.<br> Ce qui nous atteste que l&#39;attitude &agrave; l&#39;&eacute;gard des chr&eacute;tiens n&#39;avait pas &eacute;volu&eacute; dans le chef du petit peuple, c&#39;est la chasse proprement dite qui se d&eacute;cha&icirc;na contre les chr&eacute;tiens en Cappadoce quand on crut reconna&icirc;tre en eux les responsables d&#39;un tremblement de terre. La r&eacute;volte populaire nous montre comment les chr&eacute;tiens furent encore consid&eacute;r&eacute;s comme &#171;&eacute;trangers et mal&eacute;fiques&#187; par les gens (cf. K. BAUS, <I>Le origini</I>, pp. 282-287).<br> Sous l&#39;empereur D&egrave;ce (249-251), se d&eacute;clenche la premi&egrave;re pers&eacute;cution syst&eacute;matique contre l&#39;&Eacute;glise, avec l&#39;intention de s&#39;en d&eacute;barrasser d&eacute;finitivement. D&egrave;ce (qui succ&egrave;de &agrave; Philippe l&#39;Arabe, lequel &eacute;tait tr&egrave;s favorable aux chr&eacute;tiens, sinon chr&eacute;tien lui-m&ecirc;me) est un s&eacute;nateur originaire de la Pannonie, tr&egrave;s attach&eacute; aux traditions romaines. Sentant profond&eacute;ment la d&eacute;sagr&eacute;gation politique et &eacute;conomique de l&#39;empire, il croit pouvoir en restaurer l&#39;unit&eacute; en rassemblant toutes les &eacute;nergies autour des dieux protecteurs de l&#39;&Eacute;tat. Tous les habitants sont constraints de sacrifier aux dieux, acte pour lequel ils re&ccedil;oivent des certificats.<br>  Les communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes sont emport&eacute;es par la temp&ecirc;te. Ceux qui refusent l&#39;acte de soumission sont arr&ecirc;t&eacute;s, tortur&eacute;s, jug&eacute;s: il en fut ainsi &agrave; Rome pour l&#39;&eacute;v&ecirc;que Fabien, et avec lui pour beaucoup de pr&ecirc;tres et de la&iuml;cs. &Agrave; Alexandrie il y eut une pers&eacute;cution accompagn&eacute;e de pillages. En Asie les martyrs furent nombreux: les &eacute;v&ecirc;ques de Pergame, Antioche, J&eacute;rusalem. Le grand savant Orig&egrave;ne fut soumis &agrave; une torture inhumaine, et il surv&eacute;cut pendant quatre ans aux supplices, mais r&eacute;duit &agrave; l&#39;&eacute;tat de larve humaine.<br> Tous les chr&eacute;tiens ne supportent pas la pers&eacute;cution. Certains acceptent de sacrifier. D&#39;autres obtiennent secr&egrave;tement les fameux certificats, en passant par des pots-de-vin. Selon la lettre 67 de Saint Cyprien, il y a parmi eux au moins deux &eacute;v&ecirc;ques espagnols. La pers&eacute;cution qui semble frapper &agrave; mort l&#39;&Eacute;glise, se termine par la mort de D&egrave;ce dans une bataille contre les Goths dans la plaine de la Dobrugia (Roumanie) (cf. M. CLEVENOT, <I>I cristiani e il potere</I>, p. 179 s.).<br> Les sept ann&eacute;es qui suivirent (250-257) furent des ann&eacute;es de tranquillit&eacute; pour l&#39;&Eacute;glise, troubl&eacute;e seulement &agrave; Rome par un bref d&eacute;ferlement de pers&eacute;cution quand l&#39;empereur Trebonius Gallus (251-253) fait arr&ecirc;ter le chef de la communaut&eacute; chr&eacute;tienne Corneille et l&#39;exile &agrave; Centum Cellae (Civitavecchia). Cette conduite fut probablement due &agrave; la volont&eacute; de satisfaire &agrave; l&#39;humeur du peuple, qui imputait aux chr&eacute;tiens la responsabilit&eacute; de la peste qui d&eacute;solait l&#39;empire. Le christianisme &eacute;tait encore vu comme &#171;superstition&#187; &eacute;trange et mal&eacute;fique! (Cf. K. BAUS, <I>Le origini</I>, p. 292).<br><br>  <B>Val&eacute;rien et les finances de l&#39;empire</B><br><br>  &Agrave; la quatri&egrave;me ann&eacute;e du r&egrave;gne de Val&eacute;rien (257) il y eut une pers&eacute;cution impr&eacute;vue, dure et cruelle des chr&eacute;tiens. Il ne s&#39;agit pas toutefois d&#39;une affaire de religion, mais d&#39;argent. Devant la situation pr&eacute;caire de l&#39;empire, le conseiller imp&eacute;rial (puis usurpateur) Macrien amena Val&eacute;rien &agrave; tenter d&#39;y rem&eacute;dier en s&eacute;questrant les biens des chr&eacute;tiens riches. Il y eut des martyrs illustres (de l&#39;&eacute;v&ecirc;que Cyprien au pape Siste II, en passant par le diacre Laurent). Mais ce fut un vol couvert par des motifs id&eacute;ologiques, qui fut clos avec la fin tragique de Val&eacute;rien. En 259 il fut fait prisonnier par les Perses avec toute son arm&eacute;e, fut r&eacute;duit &agrave; l&#39;esclavage et en mourut. Les quarante ans de paix qui suivirent favoris&egrave;rent la croissance interne et externe de l&#39;&Eacute;glise. De nombreux chr&eacute;tiens assum&egrave;rent de hautes charges de l&#39;&Eacute;tat et se montr&egrave;rent des hommes capables et honn&ecirc;tes.<br><br>  <B>Le d&eacute;sastre financier tombe sous les mains de Diocl&eacute;tien</B><br><br>  En 271, l&#39;empereur Aur&eacute;lien ordonna aux soldats et aux citoyens romains de c&eacute;der aux Goths la vaste province de la Dacie et ses mines d&#39;or: la d&eacute;fense de ces terres co&ucirc;tait nagu&egrave;re trop de sang. Comme il n&#39;y avait plus de provinces &agrave; conqu&eacute;rir et &agrave; exploiter, toute l&#39;attention fut cristallis&eacute;e sur le citoyen ordinaire. Sur ce dernier s&#39;abattirent taxes, obligations, corv&eacute;e (entretien des aqueducs, canaux, &eacute;gouts, routes, &eacute;difices publics...) toujours plus nombreuses. Litt&eacute;ralement, on ne savait plus si l&#39;on travaillait pour vivre ou pour payer des taxes.<br> En 284, apr&egrave;s une brillante carri&egrave;re militaire, fut proclam&eacute; empereur Diocl&eacute;tien, d&#39;origine dalmate. Dor&eacute;navant les taxes seront pay&eacute;es <I>pro capite</I> et <I>pro jugero</I>, c&#39;est-&agrave;-dire autant pour chaque personne et pour chaque motte de terrain cultivable.<br> La perception fut confi&eacute;e &agrave; une bureaucratie minutieuse et &eacute;l&eacute;phantesque, qui ne permettait pas d&#39;&eacute;vasion au fisc, punissait d&#39;une mani&egrave;re inhumaine celui qui le faisait et co&ucirc;tait &eacute;norm&eacute;ment &agrave; l&#39;&Eacute;tat.<br> Les taxes &eacute;taient si &eacute;lev&eacute;es qu&#39;elles contrariaient la volont&eacute; de travailler. Rem&egrave;de: il fut d&eacute;fendu de d&eacute;serter son poste de travail, la parcelle de terre que l&#39;on cultivait, l&#39;atelier, la devise militaire. &#171;C&#39;est ainsi que commen&ccedil;a - &eacute;crit F. Oertel, professeur d&#39;histoire ancienne &agrave; l&#39;Universit&eacute; de Bonn - la tentative f&eacute;roce de l&#39;&Eacute;tat d&#39;exploiter la population jusqu&#39;&agrave; la derni&egrave;re goutte... Sous Diocl&eacute;tien, vit le jour un socialisme int&eacute;gral d&#39;&Eacute;tat: terrorisme de fonctionnaires, limitation maximale de l&#39;action individuelle, interf&eacute;rence continuelle de l&#39;&Eacute;tat, taxation exorbitante&#187;.<br><br>  <B>Pers&eacute;cution de Gal&eacute;rien au nom de Diocl&eacute;tien</B><br><br>  Les chr&eacute;tiens ne furent pas molest&eacute;s les premiers vingt ans de r&egrave;gne de Diocl&eacute;tien. En 303, comme un coup de th&eacute;&acirc;tre, se d&eacute;clencha la derni&egrave;re grande pers&eacute;cution contre les chr&eacute;tiens. &#171;Ce fut l&#39;oeuvre de Gal&eacute;rien, le &#39;C&eacute;sar&#39; de Diocl&eacute;tien - &eacute;crit F. Ruggiero -. En 303 il mit fin &agrave; la politique prudente de Diocl&eacute;tien, qui s&#39;&eacute;tait abstenu, en d&eacute;pit des sentiments traditionnalistes, des actes intransigeants et intol&eacute;rants&#187;. Quatre &eacute;dits cons&eacute;cutifs (f&eacute;vrier 303 - f&eacute;vrier 304) exig&egrave;rent des chr&eacute;tiens la destruction des &eacute;glises, la confiscation des biens, la remise des livres sacr&eacute;s, la torture jusqu&#39;&agrave; la mort pour celui qui n&#39;acceptait pas de sacrifier au profit de l&#39;empereur.<br> Comme toujours, il est difficile de d&eacute;terminer les motifs qui ont pu conduire Diocl&eacute;tien &agrave; avaliser une politique de ce genre. On peut supposer qu&#39;il a &eacute;t&eacute; objet de pressions de la part des milieux pa&iuml;ens fanatiques qui agissaient en coulisse, derri&egrave;re Gal&eacute;rien. Dans une situation d&#39;&#171;angoisse diffuse&#187; (l&#39;expression est de Dodds), seul le retour &agrave; la foi antique de Rome pouvait, selon Gal&eacute;rien et ses amis, consolider le peuple et le persuader de consentir tant de sacrifices. Il fallait un retour aux <I>vetera instituta</I>, c&#39;est-&agrave;-dire aux lois anciennes et &agrave; la discipline traditionnelle romaine.<br> La pers&eacute;cution atteignit son intensit&eacute; majeure en Orient, sp&eacute;cialement en Syrie, en &Eacute;gypte et en Asie Mineure. &Agrave; Diocl&eacute;tien qui abdiqua en 305 succ&eacute;da comme &#171;Auguste&#187; Gal&eacute;rien, et comme &#171;C&eacute;sar&#187; Maxime Daia, qui se montra plus fanatique que lui.<br> Seulement en 311, six jours avant de succomber d&#39;un cancer &agrave; la gorge, Gal&eacute;rien &eacute;mit un d&eacute;cret contraire par lequel il mettait un terme &agrave; la pers&eacute;cution. Par ce d&eacute;cret (qui marqua historiquement la libert&eacute; d&eacute;finitive d&#39;&ecirc;tre chr&eacute;tien), Gal&eacute;rien d&eacute;plorait l&#39;obstination, la folie des chr&eacute;tiens qui en grand nombre s&#39;&eacute;taient refus&eacute;s &agrave; retourner &agrave; la religion de la Rome antique; il d&eacute;clarait que pers&eacute;cuter les chr&eacute;tiens &eacute;tait d&eacute;sormais inutile; et il les exhortait &agrave; prier leur Dieu pour le salut de l&#39;empereur.<br> En commentant ce d&eacute;cret, F. Ruggiero &eacute;crit: &#171;Les chr&eacute;tiens avaient &eacute;t&eacute; un ennemi extr&ecirc;mement anormal. Pendant plus de deux si&egrave;cles Rome avait cherch&eacute; &agrave; les absorber dans son propre statut social... Physiquement internes &agrave; la <I>civitas romana</I>, mais par beaucoup d&#39;aspects &eacute;trangers &agrave; elle&#187;, ils avaient finalement conduit &agrave; &#171;une transformation radicale de la <I>civitas</I> elle-m&ecirc;me en un sens chr&eacute;tien&#187;.<br><br>  <B>La r&eacute;volution profonde</B><br><br>  Les derni&egrave;res pers&eacute;cutions syst&eacute;matiques du troisi&egrave;me et du quatri&egrave;me si&egrave;cles &eacute;taient devenus inefficaces comme celles sporadiques du premier et du second si&egrave;cles. La <I>purification ethnique</I> invoqu&eacute;e et soutenue par les intellectuels gr&eacute;co-romains ne s&#39;est pas r&eacute;alis&eacute;e. Pourquoi?<br> Parce que les accusations indign&eacute;es de Celse (&#171;en rassemblant des gens ignorants, appartenant &agrave; la partie la plus vile de la population, les chr&eacute;tiens m&eacute;prisent les honneurs et la pourpre, et vont jusqu&#39;&agrave; s&#39;appeler indistinctement fr&egrave;res et soeurs&#187;) &eacute;taient devenues &agrave; la longue le meilleur &eacute;loge des chr&eacute;tiens...<br> L&#39;appel &agrave; la dignit&eacute; de chaque personne, m&ecirc;me la plus humble, et &agrave; l&#39;&eacute;galit&eacute; devant Dieu (la pointe la plus r&eacute;volutionnaire du message chr&eacute;tien) avait fait silencieusement son chemin dans la conscience de tant de personnes et de tant de peuples que les Romains avaient rel&eacute;gu&eacute; en position mis&eacute;rable d&#39;esclaves-n&eacute;s et de rebut de l&#39;humanit&eacute;.<br><br>  <I><font size="-1" color="#841610">Bibliographie essentielle</font></i><font size="-1"><i>: K. BAUS, <I>Le origini</I>, Jaca Book;; T. BOSCO, <I>Eusebio di Vercelli nel suo tempo pagano e cristiano</I>, Elle Di Ci; M. CLEVENOT, <I>Gli uomini della fraternit&agrave;</I>, 1-2 Borla; J. DANIELOU, H. MARROU, <I>Dalle origini a S. Gregorio Magno</I>, Marietti; F. RUGGIERO, <I>La Follia dei cristiani</I>, Il Saggiatore.<br> Extrait de: <i>Dimensioni nuove</i>  7 (1996) 29-39. Elle Di Ci, 1096 Leumann (Torino).</i></font><i>   <BR> <BR> <CENTER> <hr align="CENTER" size="3" width="90%">   <A HREF="ricerca1.html"><IMG border=0 ALT="Back" SRC="../../images/frec_sin.gif" WIDTH=50 HEIGHT=50></A> <A HREF="../../indice_fr.html" target="_top"><IMG border=0 ALT="Home Page" SRC="../../images/homepage.gif" WIDTH=50 HEIGHT=50></A> <A HREF="ricerca3.html"><IMG border=0 ALT="Forward" SRC="../../images/frec_des.gif" WIDTH=50 HEIGHT=50></A> </CENTER> </i></BODY> </HTML> 
