<HTML> <HEAD> <TITLE>Regards 32  - F&eacute;vrier 1998  -  Ces sphinx qui n'arr&ecirc;tent pas de faire &eacute;nigme </TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FDF5D9" LINK="#E60000" ALINK="#E60000" VLINK="#000033">  <P>&nbsp;</P>  <P><A NAME="top"></A><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html"><IMG SRC="une.gif" ALT="Regards" WIDTH=60 HEIGHT=90 BORDER=0 ALIGN=right></A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html#cre">F&eacute;vrier 1998 </A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"> - La Cr&eacute;ation </FONT></P>  <P><B><FONT FACE="Arial">Egyptomania  <BR>  Ces sphinx qui n'arr&ecirc;tent pas de faire &eacute;nigme </FONT></B></P> <P><FONT FACE="Arial">Par Muriel Steinmetz </FONT> </TD></TR> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </TD></TR> </TABLE></P>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Depuis au moins la Rome antique, le pays des pyramides et des dieux &agrave; face animale obs&egrave;de l'Europe et singuli&egrave;rement la France.</B> <P> L'ouverture r&eacute;cente des ailes Est et Sud de la cour carr&eacute;e du Louvre aux antiquit&eacute;s &eacute;gyptiennes et le parcours th&eacute;matique nouvellement propos&eacute; - proche de celui que voulut, en son temps mais en vain, Champollion - suscitent un engouement inou&iuml;.  Pourquoi cette durable fascination pour l'Egypte ? Ne sommes-nous pas d'abord les &eacute;l&egrave;ves des Grecs ? Qu'est-ce qui nous lie aussi tenacement &agrave; cette civilisation, &agrave; cet art, n&eacute;s dans la vall&eacute;e du Nil il y a quelque cinq mille ans ? Cet int&eacute;r&ecirc;t qui persiste, on le nomme &eacute;gyptomanie.  Le terme semble d&eacute;signer une id&eacute;e fixe, un go&ucirc;t excessif comme en marge, malaisement explicable car ressortissant &agrave; la " mania " (folie, en grec).  Ph&eacute;nom&egrave;ne unique dans l'histoire de l'art, l'&eacute;gyptomanie, autant le dire d'embl&eacute;e, n'a &agrave; voir qu'avec la cr&eacute;ation.  Ce n'est pas amour de collectionneur.  Mais obsession d'artiste &agrave; double titre, puisqu'elle n'est pas simple r&eacute;p&eacute;tition ou copie des formes &eacute;gyptiennes mais, bel et bien, assimilation.  Faire oeuvre d'&eacute;gyptomanie, c'est donc s'inspirer de cet art ancestral en le modelant selon sa sensibilit&eacute; et celle de l'&eacute;poque.  Ni exotisme, ni orientalisme, l'&eacute;gyptomanie oscille entre la connaissance scientifique de l'Egypte, &agrave; travers r&eacute;cits de voyages, copies des oeuvres et flirte encore avec l'imaginaire et le mythe. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Connaissance scientifique, mythe et imaginaire</B> <P> La porosit&eacute; de l'Egypte aux temps futurs est infiniment singuli&egrave;re.  Cette singularit&eacute; constitue, proprement, l'&eacute;gyptomanie.  Tous les domaines s'y inscrivent: architecture, peinture, sculpture, d&eacute;cors int&eacute;rieurs, mobiliers, objets d'art, jardin, th&eacute;&acirc;tre, cin&eacute;ma, publicit&eacute;.  L'&eacute;nigme, &agrave; la fin, s'av&egrave;re impossible &agrave; r&eacute;soudre.  Sans doute est-ce d&ucirc; &agrave; l'&eacute;poque des commencements, comme s'il n'y avait pas la transmission d'un message clair, imposant, mais qu'il se soit agi d'un &eacute;veil.  Pour &ecirc;tre effleur&eacute;, le myst&egrave;re n'est pas aboli.  On trouve l&agrave; l'ouverture &agrave; des possibilit&eacute;s assoupies en l'homme, monumentales, symboliques, que chaque &eacute;poque se doit de reformuler.  Il faut lire l'impression laiss&eacute;e &agrave; Vivant Denon et aux soldats de Bonaparte devant le temple de Dend&eacute;ra: " Tout parlait, tout &eacute;tait anim&eacute;, et toujours dans le m&ecirc;me esprit.  L'embrasure des portes, les angles, le retour le plus secret, pr&eacute;sentaient encore une le&ccedil;on, un pr&eacute;cepte, et tout cela dans une harmonie admirable (...).  Le membre d'architecture le plus grave d&eacute;ployait d'une mani&egrave;re vivante ce que l'astronomie avait de plus abstrait &agrave; exprimer (...).  La peinture ajoutait un charme &agrave; la sculpture et &agrave; l'architecture (...).  La sculpture &eacute;tait embl&eacute;matique, et pour ainsi dire, architecturale ".  Ceci encore: " Tout annonce que ces temples contenaient, pour ainsi dire, l'essence de tout, que tout en &eacute;manait." On dit que l'arm&eacute;e s'agenouilla devant le grandiose &eacute;difice et applaudit.  Cette pr&eacute;sence &agrave; la fois abstraite et rationnelle, visible et invisible - " L'Egypte &eacute;tablit pour la premi&egrave;re fois un royaume de l'invisible ", dit Hegel (Esth&eacute;tique) - persiste, tangible, &agrave; s'affirmer en toutes les figures de l'&eacute;gyptomanie. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Descente aux racines de l'&eacute;gyptomanie</B> <P> On a coutume de situer la naissance de cette manie pour l'Egypte &agrave; la campagne de Napol&eacute;on au printemps 1798, quand Vivant Denon, futur directeur g&eacute;n&eacute;ral des mus&eacute;es, fit sur place plus de deux cents copies, dont celle en effet du temple de Dend&eacute;ra, qui sera magistralement &eacute;voqu&eacute; dans les Chants de Maldoror d'Isidore Ducasse, alias Lautr&eacute;amont.  De fait, les racines de l'&eacute;gyptomanie sont plus anciennes qu'il n'y para&icirc;t, quand bien m&ecirc;me l'&eacute;vidence de leur manifestation s'impose au XVIIIe si&egrave;cle, &eacute;clipsant d'autres &eacute;tincelles.  Le monde romain d&eacute;j&agrave; - plus que les Grecs, oiseaux de passage dans ces contr&eacute;es lointaines - en fait l'exp&eacute;rience, puisqu'il contr&ocirc;le la vall&eacute;e du Nil depuis le premier si&egrave;cle avant J.-C.  N'oublions pas le nez de Cl&eacute;op&acirc;tre...  Chez les Romains, &eacute;merge le go&ucirc;t certain de cette civilisation et l'&eacute;laboration d'un vocabulaire formel.  Ce qu'ils voient les fascine, provoque r&eacute;pulsion ou moquerie.  Ainsi des rites fun&eacute;raires, lorsque Horace parle de " divinit&eacute;s monstrueuses en tout genre ".  Lucain, dans Pharsale, s'insurge contre la pr&eacute;sence d'Isis et Osiris dans les temples de Rome, comme de celle de " demi-dieux canins, de sistres (hochets musicaux rituels) qui imposent les pleurs ".  L'apog&eacute;e de cette fascination est &agrave; situer au IIe si&egrave;cle, sous Hadrien, qui fera voyage vers le Nil.  A c&ocirc;t&eacute; de ces cultes et de ces excursions, les monuments &eacute;gyptiens arrivent en Italie.  Vaste s&eacute;lection d'oeuvres, vision partielle et d&eacute;form&eacute;e, qui v&eacute;hicule une certaine image de l'Egypte, dont s'inspireront pourtant les pensionnaires de l'Acad&eacute;mie fran&ccedil;aise &agrave; Rome et qui sera diffus&eacute;e dans toute l'Europe.  Cette premi&egrave;re vague d'&eacute;gyptomanie parle de l'Italie en filigrane.  Choix d'attitudes, s&eacute;lection d'&eacute;l&eacute;ments de costume, emphase apport&eacute;e &agrave; certains attributs, bref une nouvelle Egypte qui associe les attributs pharaoniques aux canons de la beaut&eacute; classique.  D'autres vagues suivront, avec des sommets apr&egrave;s la traduction des hi&eacute;roglyphes par Champollion <A NAME="ret1821" HREF="#1821">(1821)</A> ou la d&eacute;couverte du tombeau de Toutankhamon <A NAME="ret1922" HREF="#1922">(1922)</A>.  A chaque nouvelle pouss&eacute;e de fi&egrave;vre, l'&eacute;gyptomanie use des th&egrave;mes antiques qu'elle rev&ecirc;t de significations nouvelles, de sorte qu'on peut toujours la percevoir comme un &eacute;v&eacute;nement contemporain.  C'est peut-&ecirc;tre l'une des raisons pour lesquelles, d&egrave;s la Rome antique, elle a sans cesse joui de la faveur populaire. <P> On saisit, d&egrave;s lors, combien dans l'&eacute;gyptomanie la part de l'Egypte est complexe.  Il y a autre chose: l'aura de myst&egrave;re et de r&ecirc;ve h&eacute;rit&eacute;e des si&egrave;cles pass&eacute;s.n M.  S. <P> Du 20 janvier au 18 avril 1994, il y eut au mus&eacute;e du Louvre une exposition intitul&eacute;e " Egyptomania " (l'Egypte dans l'art occidental 1730-1930), dont les commissaires &eacute;taient Jean-Marcel Humbert, Michael Pantazzi et Christiane Ziegler.  Pour l'occasion fut &eacute;dit&eacute;, par la R&eacute;union des mus&eacute;es nationaux, un fort int&eacute;ressant catalogue abondamment illustr&eacute;.605 p., 490 F. </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A NAME="1" HREF="#ret1">1.</A>  Le 4e salon alg&eacute;rien du cin&eacute;ma et de la vid&eacute;o s'est tenu &agrave; Tebessa du 24 au 28/11/ 1997. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#top">retour</A></FONT> </TD></TR> </TABLE></P>  </BODY> </HTML> 
