<HTML> <HEAD> <TITLE>Regards 42  - Janvier 1999  - Histoire d'enfant ou lorsque para&icirc;t l'enfant </TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FDF5D9" LINK="#E60000" ALINK="#E60000" VLINK="#000033">  <P>&nbsp;</P>  <P><A NAME="top"></A><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html"><IMG SRC="une.gif" ALT="Regards" WIDTH=60 HEIGHT=90 BORDER=0 ALIGN=right></A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html#cre">Janvier 1999 </A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"> - La Cr&eacute;ation </FONT></P>  <P><B><FONT FACE="Arial">Etude <BR> Histoire d'enfant ou lorsque para&icirc;t l'enfant </FONT></B></P> <P><FONT FACE="Arial">Par Muriel Steinmetz </FONT> </TD></TR> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </TD></TR> </TABLE></P>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>En cette fin de deuxi&egrave;me mill&eacute;naire, les enfants continuent d'&ecirc;tre exploit&eacute;s, viol&eacute;s, maltrait&eacute;s.  Une volumineuse histoire leur est consacr&eacute;e qui permet de saisir leur statut, de l'Antiquit&eacute; &agrave; nos jours.</B> <P> D&egrave;s les premi&egrave;res pages de l'Histoire de l'enfance en Occident (en deux tomes) d'Egle Becchi et Dominique Julia, le ton est ainsi donn&eacute;: " l'Histoire de l'enfance ne saurait &ecirc;tre une histoire de progr&egrave;s.  " Il est &agrave; cela deux raisons, l'une th&eacute;orique et l'autre de simple observation.  L'enfant n'est pas un &ecirc;tre doux, victime et bourreau impossible.  Les deux assassins de Liverpool, en f&eacute;vrier 1993, n'avaient-ils pas dix ans ? Quant aux &eacute;tudes sur l'enfance, Ari&egrave;s en t&ecirc;te (l'Enfant et la vie familiale sous l'Ancien R&eacute;gime), ne sont-elles pas tributaires de l'&eacute;poque de leur composition ? Ne convient-il pas, du coup, de revisiter les archives d'un oeil neuf, &agrave; l'aune de notre pr&eacute;sent ? <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Aujourd'hui, effritement des rites de passage &agrave; l'adolescence...</B> <P> De nouveaux champs d'investigation, comme l'histoire de l'&eacute;ducation - en essor -, celle de la pens&eacute;e m&eacute;dicale, celle de la famille, permettent en effet d'exploiter des &eacute;l&eacute;ments jusqu'alors ensevelis.  C'est pourquoi Ari&egrave;s et son obsession de dater l'origine du sentiment de l'enfance (encore absent, selon lui, au Moyen Age) doit &ecirc;tre, selon les auteurs, revu avec prudence, malgr&eacute; le respect d&ucirc; &agrave; ce pionnier, compte tenu de nouvelles sources mises au jour.  L'un des grands m&eacute;rites de l'Histoire de l'enfance en Occident est d'exploiter des disciplines peu didactiques, dans le but de mieux cibler le sujet.  Les auteurs se sont notamment pench&eacute;s sur la repr&eacute;sentation de l'enfance dans l'art, aussi bien que sur les jouets. <P> D'embl&eacute;e, cette somme passionne, en tant qu'elle interroge aussi le moment o&ugrave; nous sommes.  Si, d&egrave;s la Gr&egrave;ce la plus antique et jusqu'&agrave; la toute fin du XIXe si&egrave;cle, l'enfant est inclus dans une s&eacute;rie de rites de passages - contrainte &eacute;ducative, rites initiatiques &agrave; Ath&egrave;nes, majorit&eacute; juridique (invent&eacute;e par les Romains), premi&egrave;re communion, etc.  - de tels seuils sont aujourd'hui brouill&eacute;s, la sortie de l'adolescence n'ouvrant plus automatiquement &agrave; la vie d'adulte, la fin des &eacute;tudes ne correspondant pas forc&eacute;ment au d&eacute;part du foyer familial ou &agrave; l'acc&egrave;s &agrave; un emploi stable.  D&egrave;s lors, la c&eacute;sure entre enfance et adolescence, jadis si forte, est beaucoup moins marqu&eacute;e.  Autre facteur de complexit&eacute;: l'hyperm&eacute;dicalisation de la procr&eacute;ation, qui rel&egrave;gue le d&eacute;sir d'enfant loin derri&egrave;re le contr&ocirc;le de sa " fabrication ".  L'enfant devient un produit, voire un clich&eacute; &eacute;chographique, le corps de la femme un objet public et la naissance un acte m&eacute;dicalement assist&eacute;.  Enfin, autre modification de taille: la cellule familiale, aujourd'hui &eacute;clat&eacute;e, conduit &agrave; privil&eacute;gier la figure du beau-parent, laquelle complique le rapport &agrave; l'autorit&eacute;, l&eacute;gitime ou pas.  Bref, l'enfance est ici trait&eacute;e comme un probl&egrave;me, dans l'&eacute;nonc&eacute; duquel se donne &agrave; lire la sp&eacute;cificit&eacute; de chaque &eacute;poque; vue d'ensemble, souci de particularit&eacute; et changements d'&eacute;chelle dans l'analyse &eacute;tant convi&eacute;s &agrave; l'unisson. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Dans la Rome antique, pas de deuil d'un enfant de moins de trois ans...  </B> <P> Le petit d'homme est simple esquisse d'&ecirc;tre humain en Gr&egrave;ce, d&ucirc;ment ch&acirc;ti&eacute; par un ma&icirc;tre, assimil&eacute; &agrave; un animal et &agrave; la femme par Aristote.  Dans la Rome antique, il est jusqu'&agrave; sept ans " infans " (celui qui ne parle pas), &agrave; l'&acirc;ge o&ugrave; poussent ses dents d&eacute;finitives, indispensables, selon les Anciens, &agrave; l'&eacute;locution et on le compare - durant ce laps de temps - " &agrave; un corbeau ou &agrave; un perroquet, lesquels savent des mots mais ne savent pas les mettre en place ".  Au Moyen Age, du fait d'une attention plus soutenue, l'enfant se voit dot&eacute; d'une nature ambigu&euml;, laquelle balance entre le bien et le mal puisqu'il est &agrave; la fois " puer " (pur, en latin, selon une &eacute;thymologie approximative) et avide, jaloux, indocile, voleur, menteur.  Ainsi s'offre-t-il en mod&egrave;le &agrave; la spiritualit&eacute; chr&eacute;tienne, non sans susciter la m&eacute;fiance.  L'&eacute;ducation l'inscrit alors dans une th&eacute;orie de l'homme fait, le guide vers l'abandon de l'enfance et l'on ne souffre de lui nulle initiative.  Toutefois, dans l'iconographie, l'enfant n'est d&eacute;j&agrave; plus un adulte miniature.  Il poss&egrave;de ses caract&eacute;ristiques propres, qu'une p&eacute;diatrie naissante observe avec attention.  Durant la Renaissance, il est envisag&eacute; comme un &ecirc;tre perfectible, dot&eacute; d'un vrai petit caract&egrave;re, si bien que les projets &eacute;ducatifs sont pour lui taill&eacute;s sur mesure.  Du moins dans le meilleur des cas.  Car l'enfance est aussi inscrite dans le champ social.  On y &eacute;chappe peu.  L'analyse de la condition des " enfants sans enfance ", errant dans les rues, t&ocirc;t abandonn&eacute;s au tambour de l'hospice par des parents trop pauvres, d&egrave;s sept ans travaillant, contrebalance furieusement ces nouveaux signes d'investissement affectif et &eacute;conomique en un temps, le XVe si&egrave;cle, o&ugrave; cro&icirc;t l'importance du travail individuel ou par petits groupes. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>A l'&eacute;poque moderne, on soumet l'enfant &agrave; la cat&eacute;chisation de masse</B> <P> Les infanticides sont fr&eacute;quents.  Ce d&eacute;lit est nomm&eacute; " oppressio infantium", ce qui signifie l'&eacute;touffement.  D&eacute;j&agrave; la Gr&egrave;ce, sur d&eacute;cision du g&eacute;niteur, se d&eacute;barrassait des ind&eacute;sirables, filles en t&ecirc;te, tandis que, dans la Rome antique, pour de semblables raisons, porter le deuil d'un enfant de moins de trois ans n'avait aucun sens.  Au d&eacute;but de la Renaissance, la charit&eacute; s'organise toutefois pour leur venir en aide, par le truchement d'institutions religieuses, qui accueillent aussi les " oblats ".  D&egrave;s l'&eacute;poque moderne, les enfants seront soumis &agrave; une cat&eacute;chisation de masse.  Ils en deviennent la cible privil&eacute;gi&eacute;e, car mall&eacute;able &agrave; loisir et l'on tente de faire d'eux, tr&egrave;s jeunes, des individus chr&eacute;tiens pour la vie.  Le cat&eacute;chisme infiltre les manuels scolaires et l'on apprend &agrave; lire en assimilant la doctrine.  En cette p&eacute;riode troubl&eacute;e, o&ugrave; perdure la chasse aux sorci&egrave;res, l'enfant tient aussi un r&ocirc;le effarant pour un dr&ocirc;le de drame, puisqu'il peut t&eacute;moigner comme un adulte et comme lui &ecirc;tre puni de mort.  Enfant-sorcier.  Le voici du coup dot&eacute; d'une v&eacute;ritable identit&eacute; juridique.  Quant au XVIIe si&egrave;cle, l'Histoire de l'enfance en Occident s'attache aux bribes d'enfance populaire, les autres, bourgeoises et aristocratiques, ayant &eacute;videmment laiss&eacute; des traces infiniment plus riches.  C'est l'un des grands m&eacute;rites de l'ouvrage que d'&eacute;voquer les foules d'enfants jet&eacute;s sur les routes par la disette et les crises &eacute;conomiques &agrave; r&eacute;p&eacute;tition, tandis que, dans le m&ecirc;me temps, administration et religion tendent &agrave; les emprisonner.  Mais cela s'accompagne de campagnes de scolarisation pour les petits indigents, surveill&eacute;s et punis &agrave; l'h&ocirc;pital, o&ugrave; l'on ne fait pas alors que soigner. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Au si&egrave;cle des Lumi&egrave;res, il suscite des d&eacute;bats philosophiques...  </B> <P> La discipline de fer qui r&egrave;gne en ces lieux (comme " utile &agrave; l'ordre public ") v&eacute;ritable orthop&eacute;die du corps et de l'esprit, aura une post&eacute;rit&eacute; contradictoire.  Le projet de Jean-Baptiste de la Salle constitue une sorte de r&eacute;volution, car il exige l'apprentissage de la lecture dans la langue maternelle, au d&eacute;triment du latin.  Sa r&eacute;ussite drainera les &eacute;l&egrave;ves d'autres couches sociales, moins attir&eacute;s par la gratuit&eacute; que par la qualit&eacute; de l'enseignement.  Dans les classes dominantes, les pratiques contraceptives naissantes iront d&eacute;sormais de pair avec l'investissement affectif et scolaire.  Certes, on aime les enfants, pas au point d'en faire &agrave; la cha&icirc;ne.  Les biblioth&egrave;ques pour enfants apparaissent au XVIIIe si&egrave;cle et les conseils d'un Rousseau dans son Emile les escortent &agrave; plus d'un chef.  Avant d'&ecirc;tre envoy&eacute; &agrave; l'&eacute;cole, le rejeton de parents privil&eacute;gi&eacute;s aura un pr&eacute;cepteur &agrave; domicile.  Le souci d'une bonne &eacute;ducation et l'exigence affich&eacute;e d'une modernisation de l'enseignement sont autant de signes des temps.  Par ailleurs, se d&eacute;cha&icirc;nent les d&eacute;bats philosophiques autour de la figure de Victor, l'enfant sauvage d&eacute;couvert dans l'Aveyron.  N'est-on pas en pr&eacute;sence de l'homme de la nature ? <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Au XIXe si&egrave;cle, on commence &agrave; s'occuper des enfants handicap&eacute;s </B> <P> Le d&eacute;bat porte alors sur l'&eacute;ducabilit&eacute; de l'homme, puisque l'&eacute;ducation devient la panac&eacute;e du si&egrave;cle.  Au XIXe si&egrave;cle, le th&egrave;me prend de l'ampleur, puisque cette &eacute;poque constitue un moment cl&eacute; dans l'histoire de ceux que l'usage international rassemble sous la d&eacute;nomination " d'enfants handicap&eacute;s " et que l'on appelait auparavant " anormaux " (terme issu des concours hippiques !).  Un champ singulier se dessine, dans lequel l'enfant trouve encore un nouveau statut. <P> En un mot comme en cent, cette Histoire de l'enfance en Occident, par la qualit&eacute; de l'&eacute;rudition mise en jeu, la multiplicit&eacute; des pistes ouvertes et la profondeur de la r&eacute;flexion qu'elle suscite, s'avance sous l'esp&egrave;ce d'une &eacute;tude litt&eacute;ralement bouleversante, au fil de laquelle il appara&icirc;t que l'&eacute;ducation est enfin devenue, sans conteste, le point crucial qui permet &agrave; chaque humain en devenir de structurer sa personnalit&eacute;. </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Histoire de l'enfance en Occident, sous la direction d'Egle Becchi et Dominique Julia, en deux tomes (" De l'Antiquit&eacute; au XVIIe si&egrave;cle " et " du XVIIIe si&egrave;cle &agrave; nos jours "), respectivement 475 et 515 pages, 170 F chacun. Editions du Seuil. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#top">retour</A></FONT> </TD></TR> </TABLE></P>  </BODY> </HTML> 
