<html>  <head> <title>L'entre en guerre  Rome</title>  <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 3.0"> </head>  <body stylesrc="../../accueil.htm" bgcolor="#FFFFFF" text="#000000" link="#0000FF" vlink="#800080"> <font FACE="HELVETICA" SIZE="5">  <p></font><font SIZE="5">L&#146;entre en guerre  Rome</font></p>  <p><strong>Michle Coltelloni-Trannoy<br> </strong><em>Matre de Confrences d&#146;Histoire mdivale  l&#146;UMLV, <br> UFR de Sciences humaines et sociales</em></p>  <p style="text-align: justify">Les actes juridiques qui accompagnent le passage de l&#146;tat de guerre  celui de paix sont  Rome beaucoup moins formaliss qu&#146;on ne le pense. En outre, ils se sont profondment transforms au cours des huit sicles qui couvrent la priode archaque, la priode de l&#146;expansion transmarine et le dbut du principat&nbsp;; ces mutations ont accompagn l&#146;expansion de Rome, la dfinition renouvele de son empire, les changements de nature du rgime. Rien de commun, en effet, entre les guerres annuelles, rptitives, menes jusqu&#146;au IVme sicle avant notre re contre les peuples italiens (Volsques, Etrusques, Eques) et celles des conqutes rpublicaines dans tout le monde mditerranen, enfin celles de l&#146;Empire dont l&#146;empereur est le seul responsable, guerres essentiellement dfensives et le fait de soldats de mtier. Les techniques changent, mais les buts aussi et l&#146;ide mme de la guerre&nbsp;: on passe progressivement d&#146;un type de guerre limite rigoureusement dans l&#146;espace et le temps,  la guerre comme activit permanente et lointaine. Cependant, les principes qui rglaient  l&#146;origine les modalits de la guerre, et en particulier celles de l&#146;entre en guerre, ne deviennent pas compltement inactuels sous l&#146;Empire.&nbsp;&nbsp; <font SIZE="4"></p>  <p style="text-align: justify">Premire phase</font></p>  <p style="text-align: justify">Jusqu&#146;au IVme s, prvaut en Italie un type de guerre bien connu en Grce cent  deux cents ans plus tt&nbsp;: un mode particulier de relations et de comptitions entre cits. L&#146;enjeu porte sur l&#146;accs  un point d&#146;eau,  un pacage, sur les<i> </i>troupeaux ou les biens rafls par le voisin et qu&#146;il faut rcuprer. La guerre n&#146;entrane pas l&#146;limination de l&#146;ennemi ni sa sujtion&nbsp;: pendant des sicles, la carte politique de l&#146;Italie reste immuable, en dpit de l&#146;influence des cits trusques sur le centre de la Pninsule, du VIIIme au VIme sicle.&nbsp;&nbsp; <br> A Rome, la guerre occupait un temps spcifique, de mars  octobre, inaugur et achev par toute une srie de rituels saisonniers de sacralisation et dsacralisation militaires<sup>1</sup>. La dclaration de guerre proprement dite s&#146;insrait dans ce calendrier&nbsp;: d&#146;une part, elle comprenait une procdure civile, la dcision du roi et celle du snat (puis du peuple) dbouchant sur une mission confie  un magistrat (la <i>prouincia </i>est d&#146;abord la sphre de comptence qui choit  un consul ou un prteur avant de finir par dsigner le territoire sur lequel la mission &#151; de gouvernement ou de guerre &#151; doit s&#146;exercer)&nbsp;; d&#146;autre part, sa validit dpendait aussi des dclarations rituelles manant de prtres-diplomates, les fciaux.&nbsp;&nbsp; <br> L&#146;ensemble des formalits est bien connu par les relations qu&#146;en donne Tite-Live, qui relate en particulier leur institution par le troisime roi de Rome, Ancus Martius<sup>2</sup>&nbsp;: sur demande du roi (du snat plus tard), une dlgation de fciaux, conduite par son prsident, le <i>pater patratus,</i> et un porteur d&#146;herbes sacres cueillies sur la citadelle de Rome, demande rparation  l&#146;ennemi, sur son territoire. Si satisfaction n&#146;est pas obtenue au bout de 33 jours, le <i>pater</i> proclame que la rclamation n&#146;a pas abouti&nbsp;: cette phase constitue la <i>repetitio rerum</i> (rclamation des biens, ultimatum). Puis les fciaux reviennent  Rome, o le snat vote la loi de dclaration de guerre. Enfin, le fcial se rend  la frontire ennemie et envoie une javeline en cornouiller rouge<sup>3</sup> accompagne d&#146;une formule d&#146;entre en guerre : tout cet ensemble dfinit l&#146;<i>indictio belli</i>, la dclaration de guerre<i>.&nbsp;&nbsp; </i></p>  <p style="text-align: justify">Ces formalits accomplies donnent le lancement des prparatifs de guerre&nbsp;: l&#146;expdition &#150;d&#146;abord l&#146;apanage du roi- est,  l&#146;poque rpublicaine, confie  l&#146;un des consuls, ds son entre en charge au dbut de l&#146;anne&nbsp;; c&#146;est lui qui organise la leve des troupes et ouvre le temple de Janus pour appeler la guerre et laisser possible le retour  la paix&nbsp;; puis soldats et officiers prtent serment au gnral et les soldats individuellement  leurs officiers&nbsp;: le <i>sacramentum</i> lie religieusement les soldats au <i>dux</i>. Les auspices de dpart confrent  ce dernier la garantie des dieux qui donne son efficacit  son pouvoir militaire (<i>imperium militiae</i>), sa dimension sacre. Ces rituels s&#146;achvent par des lustrations, crmonies expiatoires et apotropaques destines  purifier l&#146;ensemble des soldats.<br> Cette succession tonnamment complexe de gestes et de paroles incite  plusieurs observations. On voit tout d&#146;abord que l&#146;entre en guerre, malgr sa normalit, ouvre un temps particulier qu&#146;il faut encadrer de multiples prcautions&nbsp;: ainsi l&#146;alternance de rituels religieux et de procdures civiques qui doivent mobiliser l&#146;ensemble des forces de la cit, humaines et divines. De mme, l&#146;ensemble du dispositif vise  empcher une caste de monopoliser l&#146;initiative, aussi bien celle des prtres que celle des soldats, tous soumis  l&#146;autorit politique.&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br> Par ailleurs, ces procdures sont troitement lies  un type de guerre qui ncessite des dplacements limits et  certains griefs contre un individu ou une collectivit&nbsp;: la <i>repetitio rerum</i> consiste  rclamer un bien vol et  demander que le coupable soit envoy  Rome&nbsp;; ce sont des prliminaires lis  une socit qui vit de raids. Ils ne couvraient sans doute pas forcment tous les cas possibles de guerre, mais les Romains ont ensuite pens que ce rituel, tant donn la pit de leurs anctres, avait t systmatique pour tout ultimatum<sup>4</sup>. &nbsp;&nbsp; <br> Enfin, le rituel ftial est avant toute chose une proclamation rituelle de guerre et non une proclamation de guerre faite  l&#146;ennemi, comme l&#146;nonce bien le roi Ancus Martius &nbsp;: &quot;faire la guerre ne suffisait pas&nbsp;; encore fallait-il la dclarer rituellement&quot;. C&#146;est galement ce que laissent  penser les faits ultrieurs&nbsp;: lorsque la procdure fciale est abandonne par les Romains,  une date inconnue (sans doute  la fin du IVme s.), un seul rite est conserv, le lancer du javelot en cornouiller rouge<sup>5</sup>&nbsp;; mais ce rite est dsormais transfr  Rome tout en bnficiant de la mme efficacit&nbsp;! Au Champ de Mars, la javeline est lance depuis la colonne <i>Bellica</i> devant le temple de Bellone<sup>6</sup> (un terrain considr juridiquement comme tranger  Rome&nbsp;?). Autrement dit, la procdure fciale semble bien avoir t destine  un usage interne plutt qu&#146; informer l&#146;ennemi.&nbsp;&nbsp; </p> <font SIZE="4">  <p style="text-align: justify">Deuxime phase</font></p>  <p style="text-align: justify">Aprs la dissolution de la ligue latine (338), Rome tend son hgmonie sur l&#146;Italie centrale&nbsp;: elle s&#146;carte du modle archaque et commence une politique d&#146;expansion continue, mme si aucun programme ne l&#146;a jamais oriente et bien que la guerre reste une activit saisonnire et lie  l&#146;anne consulaire. De ce nouveau comportement dcoulent des consquences politiques nouvelles et de nouvelles procdures&nbsp;d&#146;entre en guerre. &nbsp;&nbsp; </p>  <p style="text-align: justify">Un bon exemple nous est fourni par les prliminaires de la guerre dclare dbut 111 au prince numide alli de Rome, Jugurtha. Adherbal, roi de Numidie orientale, avait envoy deux ambassade successives, en 113 et en 112  Rome, pour demander de l&#146;aide contre son demi-frre et roi de Numidie occidentale, Jugurtha, qui contestait sa royaut et avait fini par l&#146;assiger dans <i>Cirta</i> (Constantine) courant 112. Le snat rpond par deux ambassades, mais en vain&nbsp;: on apprend pendant l&#146;t 112 la prise de <i>Cirta</i>, l&#146;excution d&#146;Aderbal puis celle de la population, Numides et Italiens compris.&nbsp;&nbsp; </p>  <blockquote>   <blockquote>     <p style="text-align: justify">&quot;Ds que la nouvelle de ces vnements arriva      Rome, le snat se runit pour en dlibrer&nbsp;; mais de nouveau les agents du roi     entravrent les dlibrations, et, soit par leur crdit, soit aussi en suscitant des     contestations, firent traner les choses en longueur (&#133;) Mais le snat avait     conscience de ces prvarications&nbsp;; et en vertu de la loi Sempronia, assigna aux     consuls qui seraient dsigns les provinces de Numidie et d&#146;Italie. Ces consuls     furent P&nbsp;. Scipion Nasica et L. Bestia Calpurnius. Celui-ci eut la Numidie, Scipion     l&#146;Italie (&#133;) Cependant, Calpurnius, son arme organise, choisit comme     lieutenant des patriciens (&#133;). Calpurnius entra d&#146;abord vivement en Numidie, fit     de nombreux prisonniers et prit de force plusieurs villes&quot;<sup>7</sup>.&nbsp;&nbsp; </p>   </blockquote> </blockquote>  <p style="text-align: justify">La relation de Salluste n&#146;est pas totalement prcise, mais en l&#146;absence du rcit livien, perdu, il faut s&#146;en contenter. On peut reconstituer les faits de la manire suivante&nbsp;:&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br> Salluste prcise que les envoys de Jugurtha redoublent d&#146;activit pour freiner la dcision du snat. Ceci implique que le snat avait l&#146;intention, ds avant l&#146;annonce de la fin du sige et de l&#146;excution des Italiens, de dclarer la guerre. Il est vraisemblable que la seconde ambassade, dont on sait qu&#146;elle tait mene par le <i>princeps senatus</i> (un snateur  l&#146;autorit inconteste) avait d lancer un ultimatum  Jugurtha (<i>res petere</i>).&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br> La procdure fciale, qui n&#146;avait jamais t systmatique, est donc remplace par des formes en partie inspires de la diplomatie des Etats hellnistiques : les prliminaires en particulier (dont la <i>rerum repetitio</i>, l&#146;ultimatum), sont confis  des lgats du snat qui assurent souvent plusieurs ambassades. Le droit fcial est totalement abandonn, sauf nous l&#146;avons vu, son reliquat rituel, le lancer de la javeline qui perdure jusqu&#146;au IIme sicle<sup>8</sup>.&nbsp;&nbsp; <br> Les Numides prsents  Rome avaient pour mission de tout tenter auprs des protecteurs (les patrons) de leur roi, de puissants aristocrates, pour viter que cet ultimatum ne dbouche sur une dclaration de guerre : si les choses paraissent si urgentes, c&#146;est que le choix des futures provinces dont seraient chargs les consuls de 111, tait imminent&nbsp;; or, il avait lieu dbut novembre en vertu de la loi Sempronia, et les nouveaux consuls, lus en dcembre, tiraient ensuite au sort leur province&nbsp;: les ultimes ngociations dont Salluste nous dresse un tableau noir, se droulent donc  l&#146;automne 112. Une fois les consuls entrs en charge, en janvier 111, la guerre est officiellement dclare (<i>bellum</i> <i>indicere</i>) par le snat et entrine par le vote des comices (ce que Salluste omet de prciser), les prparatifs commencent sous l&#146;autorit de Calpurnius.&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br> Les prliminaires de cette guerre montrent pourquoi on a longtemps cru  une continuit entre le droit fcial et la pratique courante de la diplomatie romaine au IIIme et IIme sicles, alors que l&#146;volution est purement smantique. En effet, les termes anciens subsistent&nbsp;: avant le vote du peuple et du snat, les lgats,  la suite de leurs ambassades, lancent un ultimatum (<i>res repetere</i>), mais ceci quelle que soit la demande&nbsp;; aprs le vote du snat et du Peuple Romain, une dernire mission, ventuellement, dclare la guerre (<i>bellum indicere</i>). Mais de manire gnrale, l&#146;expression <i>bellum indicere</i> est souvent utilise, non pour dnoter un acte formel spcifique se droulant sur le territoire ennemi, mais pour donner un caractre public  la dcision de guerre, comme en 111&nbsp;: signifier officiellement et solennellement la dcision du snat sur laquelle le peuple aura  voter<sup>9</sup>. D&#146;une certaine manire, cette dclaration d&#146;entre en guerre joue le mme rle civique que le lancer du javelot (la mise en condition de la cit) ; elle double le rituel archaque pendant un temps, puis le remplace.&nbsp;&nbsp; <br> Ce cas particulier ne doit pas cacher le fait qu&#146;il n&#146;y a plus de procdure standard&nbsp;: l&#146;ultimatum est loin d&#146;tre systmatique avant le vote de la guerre&nbsp;: trois fois seulement, d&#146;aprs Tite-Live, l&#146;ennemi s&#146;est vu offrir un choix entre accepter certaines exigences et la guerre (deuxime Guerre punique en 218, deuxime Guerre Macdonienne en 200, Guerre de Jugurtha en 111). Il est aussi trs rare que les Romains reprennent un contact diplomatique aprs le vote (avant la IIme Guerre punique et la IIme Guerre macdonienne). Si le vote de la guerre par le peuple reste presque toujours li  l&#146;anne consulaire, on ne connat que 8 votes entre 238 et 88 (la guerre contre Mithridate), et aucun par la suite (sauf un cas particulier, en 32 av. n. re)<sup>10</sup> alors que le nombre des guerres est bien plus important et les conflits endmiques dans le nord de l&#146;Italie et de nombreuses provinces&nbsp;!&nbsp;&nbsp; <br> En fait, cette priode voit apparatre une distinction dcisive entre deux catgories de guerres&nbsp;: les guerres menes en Italie et dans les territoires du peuple romain (les &quot;provinces&quot;), qui relvent de la comptence du gouverneur en place dont la fonction essentielle est de maintenir l&#146;ordre (judiciairement sur son tribunal ou militairement  la tte des units cantonnes dans sa province)&nbsp;; les guerres qui se droulent dans des secteurs encore indpendants et qui sont dclares essentiellement  des peuples &quot;civiliss&quot; (Carthage et les royaumes hellnistiques, plus le royaume de Numidie). C&#146;est dans ces derniers cas, et uniquement dans ces cas-l, que la procdure est relativement &quot;complte&quot;, prsentant deux moments dcisifs&nbsp;: les ambassades, suivies du vote de la guerre par le peuple&nbsp;; quant au rituel religieux de dclaration de guerre, il ne concerne plus que le dpart de l&#146;arme et son retour.&nbsp;&nbsp;&nbsp; </p> <font SIZE="4">  <p style="text-align: justify">Troisime phase</font></p>  <p style="text-align: justify">Avec l&#146;instauration du rgime imprial, la guerre change  nouveau de ralit&nbsp;: d&#146;une part, elle est du ressort exclusif de l&#146;empereur qui est le seul magistrat  possder l&#146;imperium militaire<sup>11</sup> (ses lgats exercent le commandement des armes en son nom, sous ses auspices)&nbsp;; d&#146;autre part, la guerre devient une activit priphrique, dfensive et destine  diffrencier les barbares du monde civilis. L&#146;empire est entour de peuples qui sont en relations diplomatiques avec Rome (en ralit sous sa dpendance, en tant que peuples allis), ou ne sont pas reconnus par elle. Dans les deux cas, les interventions relvent d&#146;une politique de stabilisation des confins<sup>12</sup>&nbsp;: en ralit, la distinction intrieur-extrieur s&#146;est estompe depuis la fin de la Rpublique, et avec elle se sont dilues les procdures formelles de dclaration de guerre.&nbsp;&nbsp; <br> Y a-t-il donc encore place pour des guerres au Haut-Empire&nbsp;? Oui, dans la mesure o la reprsentation de la guerre relve exclusivement d&#146;un choix politique&nbsp;: il y a guerre lorsque l&#146;empereur veut donner un impact particulier  une expdition pour consolider son pouvoir  Rome. Deux guerres presque contemporaines rvlent la nouvelle situation&nbsp;: l&#146;annexion du royaume de Maurtanie en 40-41 et la conqute de la Bretagne en 43.&nbsp;&nbsp; <br> La guerre de Maurtanie se droule aprs l&#146;excution du roi Ptolme, au cours de l&#146;hiver 40, et prend fin peu avant le meurtre de Caligula (janvier 41)<sup>13</sup>. En fait, l&#146;annexion est la consquence de l&#146;action judiciaire mene contre le roi, coupable de trahison&nbsp;: ses biens et ses terres reviennent au fisc, et la rvolte de son affranchi Aedemon est une atteinte aux intrts de Rome, lse dans son droit de proprit. Claude, le successeur de Caligula, rcupre la gloire qui aurait d revenir  son neveu, mais ne peut prtendre au triomphe qui parachve les conqutes victorieuses (il n&#146;obtient que les insignes du triomphe)&nbsp;: non seulement l&#146;initiative et la rsolution du conflit revenaient  son neveu, mais ce dernier n&#146;avait pas magnifi particulirement cette expdition o n&#146;intervinrent que des corps expditionnaires romains venus de plusieurs provinces, sans former d&#146;arme unitaire&nbsp;; ils furent largement seconds sur place par les troupes des colonies et de certaines villes africaines<sup>14</sup>.&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br> Cependant, Claude avait un besoin vital d&#146;assurer son pouvoir qu&#146;il devait  un coup d&#146;tat et auquel ses handicaps physiques ne le prdisposaient pas. Seule, une victoire prestigieuse, incontestable, serait en mesure de lui confrer ce charisme qui lui faisait dfaut. Les vnements de Bretagne lui en donnaient l&#146;occasion&nbsp;: un roi alli de Rome, Bericus, avait t chass, par les <i>Catellauvani</i> et les <i>Trinobantes</i>, &nbsp; du royaume que Jules Csar avait fond ; il vient  Rome demander  Claude son aide. Voici les informations que nous tenons de Dion Cassius, un snateur et historien du IIIme sicle&nbsp;:&nbsp;&nbsp; </p>  <blockquote>   <blockquote>     <p style="text-align: justify">&quot;Aulus Plautius, snateur illustre, fit une     expdition en Bretagne&nbsp;: un certain Bericus, chass de l&#146;le par une     sdition, avait persuad Claude d&#146;y envoyer une arme (&#133;). Ils dbarqurent     dans l&#146;le sans obstacle, attendu que les Bretons, ne croyant pas  la venue des     Romains, n&#146;avaient pas runi leurs troupes. Cependant, mme alors, ils n&#146;en     vinrent pas aux mains, mais ils se rfugirent dans les marais et les forts, esprant     fatiguer l&#146;ennemi par ces retards, au point de le forcer, comme cela tait arriv     sous Jules Csar,  s&#146;en retourner sans avoir obtenu aucun rsultat. (Plautius) ne     s&#146;avana pas plus loin, il se contenta de veiller sur les parties conquises et manda     Claude&nbsp;; car il lui avait t prescrit d&#146;agir ainsi, s&#146;il survenait     quelque accident. Entre autres ressources prpares en abondance pour cette     expdition,on avait runi des lphants. Quand la nouvelle parvint  Claude, il remit     les affaires intrieures et mme l&#146;arme  L. Vitellius, son collgue (il lui     avait donn le consulat pour six mois entiers,  galit avec lui-mme), et partit     pour la guerre&quot;.&nbsp;&nbsp; </p>   </blockquote> </blockquote>  <p style="text-align: justify">Contrairement  ce que laisse entendre Dion Cassius, l&#146;expdition avait t soigneusement organise  l&#146;avance&nbsp;dans les moindres dtails : le regroupement des units, l&#146;intendance, ainsi que le choix du consul qui resterait seul aux commandes de Rome, Vitellius, un partisan sr, dsign l&#146;anne prcdente. Dans les derniers mois de 43, le choix du commandement de l&#146;arme s&#146;tait port sur Plautius qui partit vers mars-avril 43&nbsp;; Claude quitta Rome lui-mme avant juillet, de manire  passer la Manche et revenir avant les mares d&#146;quinoxe. Il ne revint que dbut 44, aprs avoir lentement chemin en Gaule et en Italie du nord, dans une tourne d&#146;inspection qui le menait sur les traces de son frre, le prestigieux Germanicus. Son sjour en Bretagne n&#146;aura dur que 16 jours, juste le temps de se montrer  la tte de ses soldats, premier empereur depuis Auguste  entraner personnellement une arme vers la victoire. Que les Bretons n&#146;aient pas t formellement avertis de l&#146;entre en guerre des Romains n&#146;est pas tonnant dans la mesure o la tradition excluait ce type d&#146;informations dans le cas d&#146;adversaires barbares, et l&#146;on ne pourrait supposer d&#146;volution en la matire  l&#146;poque impriale.&nbsp;&nbsp; </p>  <p style="text-align: justify">Ainsi, la procdure d&#146;entre en guerre est de moins en moins formalise avec le temps et surtout les rituels religieux se simplifient&nbsp;: la diplomatie archaque avait t conue pour des cits au territoire strictement balis&nbsp;; l&#146;empire, par nature universel et extensible, ne reconnaissait pas d&#146;identit juridique aux peuples barbares et, de ce fait, les Romains n&#146;imaginrent pas de systme &quot;international&quot; susceptible de remplacer les rituels religieux et civiques anciens.&nbsp;&nbsp; <br> Mais l&#146;esprit ancien n&#146;a pas entirement disparu&nbsp;: a l&#146;instar des rituels archaques, les procdures de dclaration de guerre  l&#146;poque rpublicaine visent moins l&#146;ennemi qu&#146;elles ne prservent l&#146;intgrit de la cit romaine et ne dfinissent sa reprsentation du conflit  venir&nbsp;: elles sont  vocation interne. Par ailleurs, la guerre, malgr la dilution des formalits, reste une activit &quot;spare&quot; car, tout au long de leur histoire, les Romains ont eu  c&#156;ur d&#146;encadrer soldats et gnraux&nbsp;: telle tait la fonction de la publicit des actes principaux (rituel fcial, votes, dpart, retour)&nbsp;; plus tard, la mfiance des empereurs  l&#146;gard des gnraux fut constante, leur interdisant de s&#146;engager dans des expditions punitives trop lointaines. &nbsp;&nbsp; <br> Au total, les procdures formelles de dclaration de guerre s&#146;avrent assez rares et peu standardises&nbsp;: un moyen de limiter les &quot;vraies guerres&quot; et ainsi la gloire et la supriorit excessive de ceux qui remportent la victoire&nbsp;; un moyen de conserver un quilibre entre les <i>gentes</i>, puis de freiner la concurrence des gnraux par rapport  l&#146;empereur.&nbsp;&nbsp;&nbsp; </p> <font size="2" face="TIMES">  <hr noshade size="1"> </font><font size="2"><font face="TIMES">  <p style="text-align: justify"><strong>NOTES</strong> </font></p> <sup>  <p style="text-align: justify">1</sup> H. Le Bonniec, &quot;Aspects religieux de la guerre  Rome&quot;, in J.-P. Brisson (dir), <i>Problmes de la guerre  Rome</i>, Paris, 1969, p. 101-105.&nbsp; <br> <sup>2 </sup>Tite-Live, I, 32.<br> <sup>3</sup><i> Ibid</i>.<br> <sup>4 </sup> J. W. Rich<i>, Declaring War in the Roman Republic in the period of Transmarine Expansion, </i>Bruxelles, (Coll. Latomus, 149), 1976, p. 57-58.&nbsp; <br> <sup>5</sup> J. Bayet, &quot;Le rite du fcial et le cornouiller magique&quot;, in <i>Croyances et rites de la Rome antique</i>, Paris 1971, p. 9-43. Le rituel du cornouiller &nbsp; sanguin visait  utiliser la puissance magique (bnfique et malfique) de la lance pour envoyer sur l&#146;ennemi les forces de destruction.&nbsp; <br> <sup>6 </sup> Ovide, <i>Fastes</i>, VI, 201-208.&nbsp; <br> <sup>7 </sup> Salluste, Jug., 27, 2&nbsp; <br> <sup>8</sup> Cependant, deux cas nous sont connus de &quot;ractivation&nbsp;archologique&quot; des rites fciaux&nbsp;: en 32&nbsp;avant n. re, Octave, l&#146;un des triumvirs, est soucieux de dguiser en <i>bellum</i> contre Cloptre ce qui est en ralit une nouvelle guerre civile contre l&#146;un des deux autres triumvirs, Marc&nbsp;Antoine : lui-mme, en tant que fcial, lance la javeline (Dion Cassius, 50, 4, 4-5). Un sicle plus tard, une crmonie  Rome, mettant en scne l&#146;empereur Claude et des rois, a recours  des formules fciales dont on ignore la teneur (Sutone, Cl., 25, 14).&nbsp; <br> <sup>9</sup> J. W. Rich, <i>Declaring War ...</i>, <i>op. cit</i>., p. 50-55 et 60-63. &nbsp; <br> <sup>10</sup><i> Ibid</i>., p. 14-17.<br> <sup>11</sup> Strabon, XVII, 3, 24.<br> <sup>12</sup> Sur le problme des confins, voir C. R. Whittaker, <i>Les frontires de l&#146;Empire romain</i>, Paris (Annales littraires de l&#146;Universit de Besanon, 390), 1989.&nbsp; <br> <sup>13</sup> Dion Cassius, 59, 25, 1 et 60, 8, 6; Pline l&#146;Ancien, <i>HN</i>, V, 11. &nbsp; <br> <sup>14</sup> M. Coltelloni-Trannoy<i>, Le royaume de Maurtanie sous Juba II et Ptolme</i>, Paris (CNRS Editions), 1997, p. 60-65 ; R. Rebuffat, &quot;Romana arma primum Claudio principe in Mauretania bellauere&quot;, in <i>Claude de Lyon, empereur romain, Actes du colloque Paris-Nancy-Lyon</i>, <i>1992</i>, Paris (Presses universitaires de la Sorbonne), 1998, p. 277-320.<br> <sup>15</sup> Dion Cassius, 60, 19.&nbsp; </p>  <p>&nbsp;</p> </font>  <hr noshade size="1" color="#000000"> <div align="center"><center>  <table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="120">   <tr>     <td align="center"><span style="text-align: justify"><a href="../../../page_acces.htm" target="_top"><img src="../../../images/Nacces.jpg" alt="Accs  l'universit" border="0" WIDTH="155" HEIGHT="20"></a></span></td>     <td align="center"><span style="text-align: justify"><img src="../../../images/blanc.gif" alt="blanc.gif (98 octets)" WIDTH="80" HEIGHT="20"></span></td>     <td align="center"><span style="text-align: justify"><a href="../../../page_contact.htm" target="_top"><img src="../../../images/Ncontact.jpg" alt="Contacts" border="0" WIDTH="155" HEIGHT="20"></a></span></td>     <td align="center"><span style="text-align: justify"><img src="../../../images/blanc.gif" alt="blanc.gif (98 octets)" WIDTH="80" HEIGHT="20"></span></td>     <td align="center"><span style="text-align: justify"><a href="../../../rechercher.htm" target="_top"><img src="../../../images/Nrecherche.jpg" alt="Moteur de recherche" border="0" WIDTH="155" HEIGHT="20"></a></span></td>   </tr> </table> </center></div> </body> </html> 
