<HTML><HEAD><TITLE>De la monarchie en Am&eacute;rique</TITLE>    <link rel=stylesheet href="../css/pol.css" type="text/css">  </HEAD> <BODY>  <a name=top></a>  <DIV ALIGN="center"> <TABLE WIDTH="580" cellpadding=10><TR>  <td valign=top background="../css/pol.jpg"> <CENTER><a href="Javascript:history.go(-1)"><img src="../retour.gif" border=0 align=center></a></CENTER> <BR clear=all><BR> <BR>  </td> <td valign=top  width=540 background="../blanc.jpg">  <hr noshade><BR><a href="chevrier1.html"><FONT COLOR="#ce6300" size=5><B>De la monarchie en Am&eacute;rique</B></font></a><p><B></B><P><BR clear=all> <P><a href="../auteurs/c/chevrierm.html" target=main>Marc Chevrier</a><p>  <a href="http://www.action-nationale.qc.ca" target=main><I>L'Action nationale</I></a><BR>  Volume LXXXVIII<BR>  num&eacute;ro 5, mai 1998 <hr noshade  align=left>   <BR> <BR>   <H3>f)	 Du bien public dans une monarchie: les complaisances du provincialisme </H3>  Plut&ocirc;t que de se d&eacute;finir par des proc&eacute;dures, comme la d&eacute;mocratie, la r&eacute;publique suppose les id&eacute;es du bien commun et d'espace public.  La r&eacute;publique est une communaut&eacute; politique form&eacute;e d'un groupe de personnes r&eacute;solues &agrave; vivre en commun suivant des relations fond&eacute;es sur la solidarit&eacute; mutuelle.  La r&eacute;publique distingue la <I>res publica</I>, la chose publique, qui lui appartient et concerne tous les citoyens, des affaires priv&eacute;es, ou <I>res privatae</I>, de ces derniers, dans lesquelles en principe la puissance publique ne s'immisce pas.  La r&eacute;publique est ainsi ce bien commun &#171;qui puise ses racines dans le pass&eacute; d'une histoire commune et qui se projette dans la vision d'un futur commun que tous veulent &eacute;difier en commun&#187;.(44) On a souvent distingu&eacute; la d&eacute;mocratie grecque de la R&eacute;publique romaine par le fait que la premi&egrave;re a mis l'accent sur les droits, alors que la deuxi&egrave;me a vu dans la <I>virt&ugrave;</I>, dans le sens du devoir, la condition du bien public, qui a pr&eacute;s&eacute;ance sur les int&eacute;r&ecirc;ts priv&eacute;s.  Le latiniste Jacques Gaillard nous restitue le sens de cette distinction: <p> <BLOCKQUOTE><FONT SIZE=3>En principe, tout citoyen est soldat, et tout soldat est citoyen: ce principe peut m&ecirc;me &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme le fondement de tout r&eacute;gime  &#171;r&eacute;publicain&#187;, puisque c'est la d&eacute;fense d'un &#171; bien commun &agrave; tous citoyens&#187; (res publica) qui d&eacute;finit, avec le paiement de l'imp&ocirc;t (vite d&eacute;l&eacute;gu&eacute;, &agrave; Rome, aux peuples conquis) et l'exercice (au moins th&eacute;orique) du droit de vote, la citoyennet&eacute; &#171;r&eacute;publicaine&#187;. Ceci par opposition &agrave; la d&eacute;mocratie, ancienne ou moderne, qui met l'accent sur les droits, et non sur les devoirs: &agrave; Ath&egrave;nes, le pacte social se noue autour d'un principe abstrait, l'&eacute;galit&eacute; devant la loi (isonomia), et se manifeste par le droit &eacute;gal &agrave; la parole (isigoria).  L'esprit m&ecirc;me de la R&eacute;publique romaine stipulait que l'&eacute;tat de citoyen reposait moins sur des droits que sur des vertus n&eacute;cessaires... (45)</FONT></BLOCKQUOTE> <p> Les &Eacute;tats-Unis, premi&egrave;re grande r&eacute;publique moderne, renverseraient cette perspective antique.  L'individu ne serait plus sacrifi&eacute; au bien commun; il poss&eacute;derait des droits, inviolables, et la Constitution limiterait la puissance publique, divis&eacute;e en pouvoirs qui se surveillent mutuellement. (Notons n&eacute;anmoins que les architectes de la Constitution de 1787 puis&egrave;rent dans les institutions de la Rome antique pour concevoir et &eacute;quilibrer les pouvoirs de leur nouvelle grande r&eacute;publique. (46)) Toutefois, ce renversement n'effacerait pas l'id&eacute;e du devoir civique comme condition de la vie publique et que le bien commun doit &ecirc;tre l'affaire de tous. <p> Dans ses <I>Pens&eacute;es</I>, Montesquieu nota d'ailleurs que la conception du bien public varie selon que l'on vit en monarchie ou en r&eacute;publique: <I>Dans les monarchies, les choses qui sont en commun sont regard&eacute;es comme les choses d'autrui, et, dans les r&eacute;publiques, elles sont regard&eacute;es comme les choses de chacun  (47) Il ajoute, dans L'esprit des lois: L'ambition est pernicieuse dans une r&eacute;publique.  Elle a de bons effets dans la monarchie ; elle donne vie &agrave; ce gouvernement; et on y a cet avantage qu'elle n'y est pas dangereuse, parce qu'elle y peut &ecirc;tre sans cesse r&eacute;prim&eacute;e.</I> (48) Comme le fit remarquer Hannah Arendt dans son essai sur la r&eacute;volution am&eacute;ricaine de 1775-1783, les tenants du r&eacute;gime monarchique qui s'oppos&egrave;rent aux r&eacute;publicains am&eacute;ricains lou&egrave;rent la monarchie en ce qu'elle procure l'avantage d'&ecirc;tre gouvern&eacute; sans avoir &agrave; intervenir et de n'avoir pas &agrave; superviser l'application des lois ou &agrave; choisir les gouvernants.  S'en remettant enti&egrave;rement au monarque et &agrave; ses ministres, le sujet peut ainsi s'occuper exclusivement de ses int&eacute;r&ecirc;ts personnels (49). <p> La monarchie constitutionnelle canadienne aurait aussi sa conception du bien public.  Lord Durham, architecte pr&eacute;curseur de l'union f&eacute;d&eacute;rale de 1867, en avait d&eacute;j&agrave; pos&eacute; les fondements dans son rapport de 1839.  Son diagnostic des causes de la r&eacute;bellion de 1837-38 l'avait persuad&eacute; que n'eut &eacute;t&eacute; sa capacit&eacute; de canaliser &agrave; son profit les ambitions personnelles des &eacute;lites coloniales perverties par les fanfaronnades r&eacute;publicaines, la Couronne anglaise ne saurait se maintenir, quand bien m&ecirc;me elle c&eacute;derait le gouvernement responsable.  La monarchie de 1867 servirait bien toutes les ambitions; la Couronne f&eacute;d&eacute;rale en deviendrait le carrefour et l'aboutissement; forte de sa puissance nominative, elle accorderait aux fid&egrave;les amis de la Couronne des charges honorables grassement r&eacute;tribu&eacute;es, au S&eacute;nat, &agrave; la magistrature, &agrave; la t&ecirc;te des l&eacute;gislatures et dans l'Administration.  Les m&eacute;dailles et les d&eacute;corations, les titres honorables de baronnet et de conseiller de la reine ou du roi friraient par combler d'honneur les parvenus du r&eacute;gime, d&eacute;j&agrave; enrichis par leur mont&eacute;e en grade dans l'escalier royal du pouvoir.  Quant au bien public lui-m&ecirc;me, la Couronne, en sa qualit&eacute; de fiduciaire des int&eacute;r&ecirc;ts du peuple, y pourvoirait pour lui, par toutes ces lois et mesures vot&eacute;es pour la paix, l'ordre et le bon gouvernement.  Les appellations officielles en diraient long sur la mani&egrave;re dont on envisage le bien public.  Les terres publiques seraient celles de la &#171;Couronne&#187;; les poursuites judiciaires intent&eacute;es par les gouvernements seraient prises au nom du roi ou de la reine.  Par ces seules appellations, on indiquait l&agrave; que le bien public &eacute;tait l'affaire d'un Souverain lointain et inaccessible. <p> On r&eacute;torquera que ce tableau d&eacute;crit une r&eacute;alit&eacute; r&eacute;volue; avec l'essor de l'&Eacute;tat-providence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des administrations publiques professionnelles et ind&eacute;pendantes ont remplac&eacute; le vieux n&eacute;potisme colonial.  Ainsi, les &Eacute;tats f&eacute;d&eacute;ral et provinciaux, avec les programmes sociaux et les lois sophistiqu&eacute;es dont ils temp&egrave;rent les in&eacute;galit&eacute;s et les d&eacute;s&eacute;quilibres du march&eacute;, ont consid&eacute;rablement &eacute;largi la conception du bien public au Canada.  L'&Eacute;tat-providence a peut-&ecirc;tre r&eacute;ussi &agrave; mieux redistribuer la richesse, sous le commandement d'une m&eacute;ritocratie &eacute;clair&eacute;e et experte.  Cela dit, il n'est pas assur&eacute; qu'un dispositif social qui incite le citoyen &agrave; se d&eacute;charger de ses responsabilit&eacute;s civiques, sociales et familiales en faveur d'une Administration bienveillante promeuve l'id&eacute;e d'un bien public qui soit l'affaire de tous.  Celui-ci a plut&ocirc;t tendance &agrave; se fragmenter: chacun per&ccedil;oit dans le bien public l'int&eacute;r&ecirc;t de sa profession, de son statut ou de sa condition sociale.  Les lois d'aujourd'hui divisent les personnes en titulaires de droits prestataires, assist&eacute;s, conventionn&eacute;s de toutes sortes au lieu de reconna&icirc;tre des citoyens (50).  Serait-il possible que la monarchie de 1867, puis l'&Eacute;tat-providence qui viendrait apr&egrave;s des d&eacute;cennies de lib&eacute;ralisme &eacute;conomique, concourent finalement au m&ecirc;me effet, soit d&eacute;faire l'id&eacute;e de communaut&eacute; politique? Le repli de l'individu sur lui-m&ecirc;me, le retrait de l'&Eacute;tat en faveur d'un march&eacute; qui abat les fronti&egrave;res, la multiplication des appartenances autres que nationales, bref toutes ces marques de ce qu'on appelle la soci&eacute;t&eacute; d&eacute;politis&eacute;e, ne laissent gu&egrave;re entrevoir une restauration prochaine de la sph&egrave;re publique. (51) <p> Si l'on regarde plus pr&eacute;cis&eacute;ment au Qu&eacute;bec, l'esprit public ne va pas tr&egrave;s loin.  Beaucoup de nos villes sont construites &agrave; la va-comme-je-te-pousse; le d&eacute;sordre et l'int&eacute;r&ecirc;t le plus imm&eacute;diat priment le plus souvent le plan et les vis&eacute;es &agrave; long terme.  Le Qu&eacute;bec n'a toujours pas accouch&eacute; d'une v&eacute;ritable politique de l'architecture publique. Beaucoup de nos &eacute;difices gouvernementaux n'ont de public que le propri&eacute;taire.  Rares sont ceux qui doivent leur conception &agrave; la tenue d'un concours qui fait travailler les talents pour la cause publique. On voit rarement dans nos villes et nos villages des citoyens se regroupe pour se donner leur biblioth&egrave;que, sans attendre la main bienfaisante de l'&Eacute;tat, comme cela se fait dans les &Eacute;tats de la Nouvelle-Angleterre. L'histoire et la litt&eacute;rature, reconnues d'embl&eacute;e comme essentielles &agrave; la formation du citoyen, entrent &agrave; grand peine dans l'enseignement prodigu&eacute; par nos &eacute;coles, emm&ecirc;l&eacute;es dans le lacis des programmes et des querelles de p&eacute;dagogie. <p> Je n'&eacute;chafauderai pas de grandes th&eacute;ories pour expliquer la faiblesse de l'esprit public au Qu&eacute;bec.  Je pr&eacute;f&egrave;re citer Arthur Buies, brillant observateur des d&eacute;buts de la monarchie de 1867 install&eacute;e par Sir Georges-&Eacute;tienne Cartier. &#171;Ce grand homme d'&Eacute;tat a encore des illusions ; moi je n'en ai plus&#187;, dit-il en 1872 dans l'une de ses causeries. (52) Mieux que nul autre, Buies a su observer que la monarchie entra&icirc;nerait les &eacute;lites qu&eacute;b&eacute;coises &agrave; se complaire dans le provincialisme et &agrave; se fermer &agrave; l'universel.  Comme Montesquieu, Buies pressentait qu'un &eacute;tat d'esprit irait de pair avec la monarchie: <p> <FONT SIZE=3><BLOCKQUOTE>L'id&eacute;e, elle, a l'&acirc;me du monde pour territoire et pour empire. O&ugrave; est son origine? nulle part.  O&ugrave; est son triomphe? partout. Elle est ce qu'on n'attend pas et ce qu'on accueille.  Elle est la victorieuse, universelle et &eacute;ternelle.  Elle est le verbe, le premier vers d'Hom&egrave;re, l'&eacute;p&eacute;e flamboyante de l'archange. <p> Sous ce dernier rapport, Qu&eacute;bec, la capitale, o&ugrave; je viens de faire une petite excursion, est une ville bien gard&eacute;e.  Ses murailles, impuissantes contre le canon, la prot&egrave;gent admirablement bien contre le verbe ou contre le premier vers d'Hom&egrave;re.  Elle est pr&eacute;cis&eacute;ment l'endroit o&ugrave; peut s'&eacute;terniser le gouvernement provincial dans sa constitution actuelle. (53)</BLOCKQUOTE></FONT> <p> Serait-il possible qu'encore aujourd'hui la belle province fasse la coquette, repli&eacute;e derri&egrave;re des murailles qui la d&eacute;fendent du verbe r&eacute;publicain?    <p>   <a href="chevrier9.html">g)&nbsp;Le cosmopolitisme et la Couronne: le s&eacute;paratisme ethnique et social </a><P> <a href="#top"><IMG SRC="../images/retour.jpg" border=0></a><BR> <BR></font>  </td> </tr></table> </body></html>  
