<HTML><HEAD><TITLE>De la monarchie en Am&eacute;rique</TITLE> </head> <BODY  BGCOLOR="#FFFFFF" TEXT="#000000" LINK="#993300"  VLINK="#996600"  ALINK="#FF0000">   <TABLE BORDER="0" CELLSPACING="0" CELLPADDING="5"  width=600  background="../fond/index-fed.jpg">   <td valign=top  width=20%> <BR> <BR> <a href="Javascript:history.go(-1)"><img src="../retour.gif" border=0 align=left></a></td> <P><td valign=top  width=80% background="../blanc.jpg"> <BR><BR>  <p><a href="chevrier1.html"><FONT COLOR="#ce6300" size=5><B>De la monarchie en Am&eacute;rique</B></font></a><p><B></B><P><BR clear=all> <P><a href="../auteurs/c/chevrierm.html" target=main>Marc Chevrier</a><p>  <a href="http://www.action-nationale.qc.ca" target=main><I>L'Action nationale</I></a><BR>  Volume LXXXVIII<BR>  num&eacute;ro 5, mai 1998 <hr noshade  align=left> </P></td> </table>    <TABLE BORDER=0 CELLSPACING="0" CELLPADDING="5" width=600  background="../fond/index-fed.jpg">  <tr> <td valign=top  width=20%>  &nbsp;</td> <td valign=top  width=80% background="../blanc.jpg"> <font face="Verdana" size="-1"> <BR> <BR>  <H3>g)	 Le cosmopolitisme et la Couronne:<br> le s&eacute;paratisme ethnique et social</H3>   Quand on regarde la Rome antique, on songe &agrave; un amas de ruines et &agrave; un droit d&eacute;funt.  Cette civilisation r&eacute;volue nous a l&eacute;gu&eacute; une id&eacute;e qui nous est ch&egrave;re: la citoyennet&eacute;.  Au d&eacute;but de la r&eacute;publique romaine, seuls les descendants m&acirc;les des familles patriciennes participaient &agrave; la vie publique; la <I>virt&ugrave;</I> r&eacute;publicaine emportait des droits, des devoirs et des honneurs, dont &eacute;taient exclus les femmes, les esclaves et la pl&egrave;be.  Celle-ci finit par enlever aux patriciens leurs privil&egrave;ges; elle aurait ses repr&eacute;sentants, les tribuns, voterait aussi les lois, et puis, elle finirait par entrer au S&eacute;nat et par &eacute;lire ses consuls.  Longtemps exclues de la jouissance du droit de cit&eacute;, r&eacute;serv&eacute; aux citoyens de Rome, les provinces &agrave; leur tour obtiendraient d'en jouir, tant et si bien qu'en 212, l'empereur Caracalla conf&eacute;ra par un &eacute;dit le droit de cit&eacute; &agrave; l'ensemble des habitants de l'Empire.(54) Les magistratures leur &eacute;taient d&egrave;s lors ouvertes, qui seraient occup&eacute;es par des citoyens de tous les peuples de l'Empire. <p> L'id&eacute;e moderne de citoyennet&eacute;, telle que les r&eacute;publiques fran&ccedil;aise et am&eacute;ricaine ont contribu&eacute; &agrave; la d&eacute;finir, se distingue certes du droit de cit&eacute; romain, issu d'une soci&eacute;t&eacute; fonci&egrave;rement in&eacute;galitaire.  Dans la r&eacute;publique moderne, la citoyennet&eacute; d&eacute;finit les conditions d'appartenance &agrave; la nation.  Elle est une dignit&eacute; et une capacit&eacute; conf&eacute;r&eacute;e &agrave; chaque personne, en tant qu'&ecirc;tre humain dou&eacute; de raison, de participer &agrave; l'&eacute;laboration de la loi, soit directement, soit par l'&eacute;lection de repr&eacute;sentants.  Cette participation comporte des garanties: libert&eacute; d'opinion, d'expression et d'association.  L'octroi du statut de citoyen vise l'universel; il est ind&eacute;pendant de son appartenance &agrave; des collectivit&eacute;s particuli&egrave;res, sexes, tribus, corporations, r&eacute;gions, classes ou religions. <p> En retour, le citoyen se soumet &agrave; une loi commune et se reconna&icirc;t des devoirs envers la communaut&eacute;.  Avec le temps, la citoyennet&eacute; moderne comporterait trois &eacute;l&eacute;ments.  Un &eacute;l&eacute;ment civil; en tant que personne autonome, le citoyen jouit de l'&eacute;galit&eacute; devant la loi, des libert&eacute;s de parole, de croyance et d'opinion, des droits de propri&eacute;t&eacute; et de passer contrat.  Un &eacute;l&eacute;ment politique, le citoyen peut aspirer &agrave; gouverner comme &agrave; choisir ses gouvernants et travailler &agrave; l'extension des droits d&eacute;mocratiques.  Enfin, un &eacute;l&eacute;ment social, l'exercice des libert&eacute;s politiques serait une vaine ambition si le citoyen n'avait un travail, une &eacute;ducation et des soins de sant&eacute; qui le mettent en &eacute;tat de les exercer. <p> La citoyennet&eacute; ne se r&eacute;duit pas &agrave; la possession de droits; c'est aussi un &eacute;tat d'esprit, l'adh&eacute;sion &agrave; une culture publique, qui transmet au citoyen le sens d'un pass&eacute; commun et un patrimoine culturel qui r&eacute;concilie la nation avec l'universel.  Au cours de la IIIe r&eacute;publique fran&ccedil;aise se pr&eacute;cisa l'id&eacute;e que la citoyennet&eacute; s'acquiert par la culture.  L'&eacute;cole r&eacute;publicaine sera le lieu de transmission de cette culture qui, impartie &agrave; tous les pupilles de la nation sans distinction de classe, de langue ou d'ethnie, les fonde dans l'esp&eacute;rance de servir la r&eacute;publique, suivant les talents de chacun.  Moins enclins &agrave; ce que l'&Eacute;tat gouverne l'&eacute;cole, les Am&eacute;ricains reconna&icirc;tront plut&ocirc;t dans la soci&eacute;t&eacute; elle-m&ecirc;me, o&ugrave; s'entrechoquent les ambitions et les esp&eacute;rances de citoyens jaloux de leurs libert&eacute;s, le creuset de la citoyennet&eacute;, ce fameux <I>melting-pot</I> o&ugrave; se m&ecirc;lent des individus de toutes origines pour former un peuple nouveau. <p> En 1867, les p&egrave;res fondateurs n'&eacute;taient admiratifs d'aucune r&eacute;publique, antique ou moderne.  Ils r&eacute;pugnaient &agrave; l'id&eacute;e qu'au-del&agrave; des diff&eacute;rences de nationalit&eacute;s, de religion, de langue et de classe qui divisent les hommes, il y e&ucirc;t un &ecirc;tre de raison, titulaire de droits universels.  En fait, ils s'accommodaient fort bien de toutes ces divisions et la monarchie de 1867, plut&ocirc;t que de s'en abstraire, veilla &agrave; les perp&eacute;tuer.  Ils ne nourrissaient pas le projet de fonder une nation citoyenne; ils avaient en t&ecirc;te les id&eacute;es d'Empire et de Dominion. o&ugrave; des nationalit&eacute;s et des religions s&eacute;par&eacute;es trouvaient &agrave; se f&eacute;d&eacute;rer sous l'autorit&eacute; d'une Couronne unique.  Si on en examine les termes et l'esprit, le pacte de 1867 semble sceller l'id&eacute;e de cette s&eacute;paration entre ethnies et religions, s&eacute;paration &agrave; l'amiable arrang&eacute;e entre des notables qui &eacute;vitent de nommer les communaut&eacute;s dont ils ont la garde. <p> Sociologiquement, le Dominion du Canada appara&icirc;t comme un &Eacute;tat multinational.  Toutefois, le langage officiel du Dominion ne parle gu&egrave;re de nation; la majorit&eacute; dominante se consid&egrave;re encore comme la fille cadette de l'Angleterre; la minorit&eacute; domin&eacute;e, heureuse que la Couronne lui restitue son parlement et son droit civil dans le cadre d'un province, n'ose esp&eacute;rer mieux.  Le pacte de 1867 constitutionnalise le nationalisme de la nation majoritaire: l'all&eacute;geance &agrave; la Couronne devient d&eacute;cret constitutionnel; les institutions du Dominion prennent pour mod&egrave;le la monarchie victorienne.  Le pacte assura &agrave; cette majorit&eacute; la repr&eacute;sentation proportionnelle &agrave; la Chambre des communes, ce qu'elle n'avait pu obtenir sous le r&eacute;gime de l'Union, &eacute;tablissant &agrave; l'origine l'&eacute;galit&eacute; de repr&eacute;sentation du Haut et du Bas-Canada &agrave; la Chambre pour contrecarrer la sup&eacute;riorit&eacute; num&eacute;rique des Canadiens fran&ccedil;ais. (Cette &eacute;galit&eacute; s'&eacute;tait par la suite retourn&eacute;e contre la population du Haut-Canada, une fois qu'elle eut d&eacute;pass&eacute; en nombre la population de l'ancien Bas-Canada.) <p> Le pacte de 1867 enregistre &eacute;galement l'acte de conversion de l'&eacute;lite canadienne-fran&ccedil;aise au monarchisme anglais.  En acceptant de vivre sous le r&eacute;gime d'un Dominion semblable en ses principes &agrave; la constitution du Royaume-Uni, les Cartier, Parent, Lafontaine, Morin et Tach&eacute; font la profession de se comporter, du moins dans la sph&egrave;re politique, comme de bons Anglais, qui ne viendraient plus jamais troubler l'ordre dans cette colonie du fait de leur ascendance fran&ccedil;aise ou de leurs anciennes h&eacute;r&eacute;sies r&eacute;publicaines.  C'est Cartier qui s'&eacute;vertua &agrave; persuader le Canada anglais que les Canadiens fran&ccedil;ais, malgr&eacute; leur culture fran&ccedil;aise, adh&egrave;rent tout comme lui &agrave; la doctrine monarchiste. &#171;Je repr&eacute;sente une province dont les habitants sont monarchistes par religion, par les coutumes et les souvenirs du pass&eacute;&#187;, dit-il &agrave; Halifax &agrave; l'occasion d'un grand banquet tenu par la grande coalition (55). <p> Le triomphe du monarchisme dans les deux Canadas n'&eacute;tablit pas pour autant d'&eacute;galit&eacute; entre les deux.  L'unit&eacute; par la Couronne est un arrangement in&eacute;galitaire.  Elle consacre la sup&eacute;riorit&eacute; d'un nation sur une autre; la premi&egrave;re &eacute;tant d&eacute;sign&eacute;e par la Providence pour gouverner en Am&eacute;rique et pour y implanter ses institutions et sa vision du monde, dont l'excellence ne vient pas de ce qu'elles sont sup&eacute;rieures en raison, mais plut&ocirc;t de ce qu'elles sont l'h&eacute;ritage et le privil&egrave;ge d'une nation &eacute;lue.  Il ne faut pas trop se faire d'illusions sur l'apparent cosmopolitisme du pacte de 1867.  Il s'inscrit parfaitement dans ce que fut au XIXe si&egrave;cle la politique coloniale de la Grande-Bretagne sur plusieurs continents. <p> Dans un essai remarquable, la philosophe Hannah Arendt a mis au jour les fondements de l'imp&eacute;rialisme anglais, dont Lord Acton, ce grand lib&eacute;ral qui s'&eacute;clipsa avec le d&eacute;but du XXe si&egrave;cle, fut le th&eacute;oricien (56).  La politique coloniale de la Grande-Bretagne n'a jamais &eacute;t&eacute; porteuse d'un universalisme de la nation.  Partout o&ugrave; elle installe ses colons, l'Angleterre transporte non les droits de l'Homme, mais les droits des Anglais.  Pour Lord Acton, la monarchie constitutionnelle est le r&eacute;gime de la libert&eacute; acquise par l'attachement &agrave; la f&eacute;odalit&eacute;, par opposition &agrave; l'absolutisme monarchique et &agrave; la r&eacute;volution d&eacute;mocratique.  Si l'Angleterre a des ambitions imp&eacute;riales, c'est aussi, selon Acton, pour civiliser les races inf&eacute;rieures en leur imposant la discipline d'une race plus forte et moins corrompue.  Lord Durham croyait aussi &agrave; cette mission civilisatrice des Anglais; si le Canada fran&ccedil;ais devait dispara&icirc;tre en tant que nationalit&eacute;, c'&eacute;tait pour acqu&eacute;rir les traits d'une nationalit&eacute; qui, par sa religion, ses moeurs et ses institutions, lui &eacute;tait sup&eacute;rieure en tout.  En somme, le pacte de 1867 cristallisa ce que Lord Acton r&ecirc;verait pour l'Empire et ce que Lord Durham avait song&eacute; pour le Canada: consacrer l'immuabilit&eacute; et l'excellence de la f&eacute;odalit&eacute; anglaise dans ses colonies et confirmer la conversion des &eacute;lites des nations sous la tutelle de l'Empire &agrave; la civilisation des Anglais. <p> On comprend d&egrave;s lors pourquoi le Dominion du Canada ne pouvait se proclamer &Eacute;tat binational; une nation &eacute;tait con&ccedil;ue et maintenue comme inf&eacute;rieure &agrave; l'autre, ce qui interdisait tout rapport d'&eacute;galit&eacute;.  Ces deux nations devaient donc s'unir politiquement autour de la Couronne mais poursuivre des vies s&eacute;par&eacute;es.  Cette logique de s&eacute;paration parcourt tout le pacte de 1867.  La nation canadienne fran&ccedil;aise serait en majorit&eacute; dans une seule province; les trois autres &eacute;taient anglaises.  Elle conservait le b&eacute;n&eacute;fice de sa religion papiste et de son droit civil, d&eacute;j&agrave; tout m&ecirc;l&eacute; de Common Law, mais ne pouvait toucher aux privil&egrave;ges des Anglais sur son territoire, la Constitution leur garantissant le contr&ocirc;le de leurs &eacute;coles protestantes et l'usage de leur langue dans les institutions de la province, toutes monarchistes qu'elles fussent.  Les pouvoirs de r&eacute;serve et de d&eacute;saveu, ainsi que le recours en appel au cabinet f&eacute;d&eacute;ral en mati&egrave;re d'&eacute;cole confessionnelle, ajoutaient des garanties suppl&eacute;mentaires contre les exactions du Canada fran&ccedil;ais majoritaire au Qu&eacute;bec. <p> On commet souvent l'erreur d'interpr&eacute;ter le pacte de 1867 &agrave; travers de lunettes modernes.  On oublie qu'&agrave; l'&eacute;poque, l'&Eacute;tat-providence &eacute;tait impensable.  Que les provinces se vissent conf&eacute;rer la comp&eacute;tence sur les h&ocirc;pitaux et les &eacute;coles, cela voulait dire qu'ils ressortiraient &agrave; la soci&eacute;t&eacute; civile plut&ocirc;t qu'&agrave; l'&Eacute;tat.  Ainsi donc cette logique de s&eacute;paration pourrait se poursuivre, naturellement.  Au Qu&eacute;bec, les anglo-protestants auraient leurs &eacute;coles, leurs universit&eacute;s, leurs h&ocirc;pitaux et leurs clubs; les catholiques francophones auraient les leurs. A Montr&eacute;al, cette s&eacute;paration deviendrait carr&eacute;ment spatiale; les deux nations habiteraient des quartiers r&eacute;serv&eacute;s de la ville, en se m&ecirc;lant aussi peu que possible. <p> En dehors de ces deux nations f&eacute;d&eacute;r&eacute;es sur une base in&eacute;galitaire se rattachaient les Indiens, peuplades vivant en marge, tombant sous l'autorit&eacute; souveraine de la Couronne f&eacute;d&eacute;rale.  Les Indiens &eacute;taient vus comme des sujets de la Couronne exclus de la jouissance des droits des Anglais, dont le statut rappelle les clients de la Rome antique, au statut mitoyen entre la citoyennet&eacute; et l'esclavage, qui attache la libert&eacute; d'une personne &agrave; la bienveillance d'un patron.  <p> Le pacte monarchiste de 1867 excluait en quelque sorte la cohabitation &eacute;galitaire des deux nations et des Autochtones.  Les Canadiens fran&ccedil;ais hors Qu&eacute;bec l'apprirent vite &agrave; leurs d&eacute;pens; ils seraient tous confront&eacute;s &agrave; l'alternative: l'assimilation ou l'existence en communaut&eacute;s s&eacute;par&eacute;es.  Partout o&ugrave; les mariages mixtes et la pression sociale m&ecirc;leraient les minorit&eacute;s canadiennes-fran&ccedil;aises &agrave; la majorit&eacute;, l'assimilation irait son cours.  Or, l'assimilation n'est pas le m&eacute;tissage, ce n'est pas l'appropriation de la culture de l'autre dans un rapport de r&eacute;ciprocit&eacute;.  C'est l'abandon pur et simple d'une culture pour une autre.  La r&eacute;pression de la r&eacute;bellion des M&eacute;tis de la rivi&egrave;re Bouge au Manitoba en 1885 signifia clairement que la Couronne ne saurait tol&eacute;rer en son royaume de m&eacute;tissage r&eacute;publicain.  Quand l'assimilation buterait sur la r&eacute;sistance des communaut&eacute;s francophones attach&eacute;es &agrave; leurs &eacute;coles, condition de leur survie culturelle, les gouvernements y pr&ecirc;teraient le concours de la loi, qui bannit le fran&ccedil;ais des &eacute;coles, comme cela se fit au Manitoba en 1916 et en Ontario en 1913. <p> On me dira que ce tableau &agrave; faire fr&eacute;mir est aujourd'hui de l'histoire ancienne.  Le profil d&eacute;mographique de la f&eacute;d&eacute;ration a chang&eacute;, augment&eacute; de l'immigration venue du monde entier.  L'unifoli&eacute; et le &ocirc; Canada ont   remplac&eacute; l'<I>Union Jack</I> et le <I>God Save the Queen</I>.  La politique des langues officielles de 1969, le cosmopolitisme moderne claironn&eacute; par le multiculturalisme invent&eacute; en 1971, puis enfin, la <I>Magna Carta</I> canadienne dont Trudeau a gratifi&eacute; le pays par sa r&eacute;forme de 1982, qui proclame les droits constitutionnels de tous les Canadiens, ont, par un pouvoir d&eacute;tergent sans &eacute;gal, lav&eacute; la Constitution et les mentalit&eacute;s des traces laiss&eacute;es par le monarchisme de 1867.  C'est une th&egrave;se largement partag&eacute;e; &agrave; l'en croire, la r&eacute;forme de 1982, par un acte de novation radical, aurait refait l'&Eacute;tat canadien &agrave; neuf.  Quant &agrave; moi, il m'appara&icirc;t plus juste de voir cette r&eacute;forme comme un &eacute;tage s'ajoutant &agrave; un soubassement d&eacute;j&agrave; existant.  Certains des &eacute;l&eacute;ments de ce soubassement sont devenus obsol&egrave;tes avec le temps; d'autres ont gard&eacute; leur force.  Quoi qu'il en soit, la r&eacute;forme de 1982, qui se r&eacute;alisa en continuit&eacute; avec la monarchie de 1867, n'en a &eacute;limin&eacute; aucun. <p> Plus significatif encore est le fait que les promesses annonc&eacute;es par les politiques des langues officielles, du multiculturalisme et du chartisme ne se sont pas mat&eacute;rialis&eacute;es, ou presque.  La premi&egrave;re n'est pas parvenue &agrave; endiguer l'assimilation des francophones hors Qu&eacute;bec.  Elle a en revanche r&eacute;ussi &agrave; les retourner contre le Qu&eacute;bec et &agrave; exacerber les relations entre les Qu&eacute;b&eacute;cois anglophones et francophones.  Bien loin de favoriser l'int&eacute;gration des immigrants aux deux communaut&eacute;s nationales du pays, le multiculturalisme a justifi&eacute; en eux la croyance qu'ils pouvaient perp&eacute;tuer au Canada leur nationalit&eacute; d'origine et adh&eacute;rer aussi peu que possible &agrave; une culture publique commune.  Enfin, la Charte canadienne n'augmente pas les droits d&eacute;mocratiques.  Cependant, elle encourage la fragmentation de la soci&eacute;t&eacute; canadienne en une multitude de groupes sociaux jaloux de leurs droits constitutionnels et de leur identit&eacute;, qui contestent la repr&eacute;sentativit&eacute; des &eacute;lus et pr&eacute;f&egrave;rent le recours judiciaire &agrave; l'action politique.  En somme, aucune de ces trois politiques ne s'est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e propre &agrave; forger une v&eacute;ritable citoyennet&eacute; politique au sein d'un &Eacute;tat multinational (57). &Eacute;galement, &agrave; leur mani&egrave;re, elles ont concouru &agrave; instaurer une logique de s&eacute;paration sociale et ethnique.  Se pourrait-il que le monarchisme de 1867 et le lib&eacute;ralisme multiculturel de Trudeau, diff&eacute;rents en apparence par leurs fondements et leurs ambitions, tendent aux m&ecirc;mes effets?  <p> <a href="chevrier10.html">Conclusion: penser la R&eacute;publique du Qu&eacute;bec</a><p><P> <P> <a href="#top"><IMG SRC="../images/retour.jpg" border=0></a><BR> <BR></font>  </td> </tr></table> </body></html>    
