<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.7 [fr]C-NSCPCD  (Win98; U) [Netscape]">    <meta name="Author" content="Ren Daniel Boudin">    <title>CHARIT - Dictionnaire philosophique</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#51A2A2" link="#0000FF" vlink="#3333FF" alink="#FF0000"> <a NAME="a"></a> <center><table BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=25 WIDTH="90%" BGCOLOR="#FFFFEA" > <tr> <td> <center><b><font size=-1>OEUVRES COMPLTES DE VOLTAIRE</font></b> <br><b><font color="#FF0000"><font size=-1>DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE</font></font></b> <br><font size=-1>| <a href="../index.html">Accueil</a> | <a href="../modalites.htm">CD-rom des Oeuvres Compltes</a> | <a href="../00Table/table.htm">Dictionnaire philosophique</a> |</font><font size=-1></font> <p><b><font color="#FF0000"><font size=+1>CHARIT</font></font></b><font color="#FF0000"><font size=-1></font></font> <p><b><font color="#FF0000"><font size=-1>MAISONS DE CHARIT, DE BIENFAISANCE,</font></font></b><font color="#FF0000"><font size=-1></font></font> <p><b><font color="#FF0000"><font size=-1>HOPITAUX, HOTELS-DIEU, ETC.</font></font></b></center> <font size=-1></font> <p><font size=-1><a href="#Note_12">(12)</a>Cicron parle en plusieurs endroits de la charit universelle, <i>charitas humani generis</i><a href="#Note_13">(13);</a> mais on ne voit point que la police et la bienfaisance des Romains aient tabli de ces maisons de charit o les pauvres et les malades fussent soulags aux dpens du public. Il y avait une maison pour les trangers au port dOstia, quon appelait <i>Xenodochium.</i> Saint Jrme rend aux Romains cette justice. Les hpitaux pour les pauvres semblent avoir t inconnus dans lancienne Rome. Elle avait un usage plus noble, celui de fournir des bls au peuple. Trois cent vingt-sept greniers immenses taient tablis  Rome. Avec cette libralit continuelle, on navait pas besoin dhpital, il ny avait point de ncessiteux.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>On ne pouvait fonder des maisons de charit pour les enfants trouvs; personne nexposait ses enfants; les matres prenaient soin de ceux de leurs esclaves. Ce ntait point une honte  une fille du peuple daccoucher. Les plus pauvres familles, nourries par la rpublique, et ensuite par les empereurs, voyaient la subsistance de leurs enfants assure.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Le mot de <i>maison de charit</i> suppose, chez nos nations modernes, une indigence que la forme de nos gouvernements na pu prvenir.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Le mot d<i>hpilal,</i> qui rappelle celui d<i>hospitalit, </i>fait souvenir dune vertu clbre chez les Grecs, qui nexiste plus; mais aussi il exprime une vertu bien suprieure. La diffrence est grande entre loger, nourrir, gurir tous les malheureux qui se prsentent, et recevoir chez vous deux ou trois voyageurs chez qui vous aviez aussi le droit dtre reu. Lhospitalit, aprs tout, ntait quun change. Les hpitaux sont des monuments de bienfaisance.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il est vrai que les Grecs connaissaient les hpitaux sous le nom de <i>Xenodokia </i>pour les trangers, <i>Nozocomeia</i> pour les malades, et de <i>Ptkia</i> pour les pauvres. On lit dans Diogne de Larce, concernant Bion, ce passage:  Il souffrit beaucoup par lindigence de ceux qui taient chargs du soin des malades. &nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Lhospitalit entre particuliers sappelait <i>Idioxenia,</i> et entre les trangers <i>Proxenia.</i> De l on appelait <i>Proxenos</i> celui qui recevait et entretenait chez lui les trangers au nom de toute la ville; mais cette institution parat avoir t fort rare.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il nest gure aujourdhui de ville en Europe sans hpitaux. Les Turcs en ont, et mme pour les btes, ce qui semble outrer la charit. Il vaudrait mieux oublier les btes et songer davantage aux hommes.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Cette prodigieuse multitude de maisons de charit prouve videmment une vrit  laquelle on ne fait pas assez dattention cest que lhomme nest pas si mchant quon le dit; et que malgr toutes ses fausses opinions, malgr les horreurs de la guerre, qui le changent en bte froce, on peut croire que cet animal est bon, et quil nest mchant que quand il est effarouch, ainsi que les autres animaux: le mal est quon lagace trop souvent.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Rome moderne a presque autant de maisons de charit que Rome antique avait darcs de triomphe et dautres monuments de conqute. La plus considrable de ces maisons est une banque qui prte sur gages  deux pour cent, et qui vend les effets si lemprunteur ne les retire pas dans le temps marqu. On appelle cette maison l<i>archiospedale,</i> larchihpital. Il est dit quil y a presque toujours deux mille malades, ce qui ferait la cinquantime partie des habitants de Rome pour cette seule maison, sans compter les enfants quon y lve, et les plerins quon y hberge. De quels calculs ne faut-il pas rabattre?&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Na-t-on pas imprim dans Rome que lhpital de la Trinit avait couch et nourri pendant trois jours quatre cent quarante mille cinq cents plerins, et vingt-cinq mille cinq cents plerines, au jubil de lan 1600? Misson lui-mme na-t-il pas dit que lhpital de lAnnonciade,  Naples, possde deux de nos millions de rente?&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Peut-tre enfin quune maison de charit, fonde pour recevoir des plerins qui sont dordinaire des vagabonds, est plutt un encouragement  la fainantise quun acte dhumanit. Mais ce qui est vritablement humain, cest quil y a dans Rome cinquante maisons de charit de toutes les espces. Ces maisons de charit, de bienfaisance, sont aussi utiles et aussi respectables que les richesses de quelques monastres et de quelques chapelles sont inutiles et ridicules.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il est beau de donner du pain, des vtements, des remdes, des secours en tout genre  ses frres; mais quel besoin un saint a-t-il dor et de diamants? quel bien revient-il aux hommes que Notre-Dame de Lorette ait un plus beau trsor que le sultan des Turcs? Lorette est une maison de vanit, et non de charit.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Londres, en comptant les coles de charit, a autant de maisons de bienfaisance que Rome.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Le plus beau monument de bienfaisance quon ait jamais lev est lhtel des Invalides, fond par Louis XIV.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>De tous les hpitaux, celui o lon reoit journellement le plus de pauvres malades est lHtel-Dieu de Paris. Il y en a eu souvent entre quatre  cinq mille  la fois. Dans ces cas, la multitude nuit  la charit mme. Cest en mme temps le rceptacle de toutes les horribles misres humaines, et le temple de la vraie vertu qui consiste  les secourir.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il faudrait avoir souvent dans lesprit le contraste dune fte de Versailles, dun opra de Paris, o tous les plaisirs et toutes les magnificences sont runis avec tant dart et dun htel-dieu, o toutes les douleurs, tous les dgots, et la mort, sont entasss avec tant dhorreur. Cest ainsi que sont composes les grandes villes.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Par une police admirable, les volupts mmes et le luxe servent la misre et la douleur. Les spectacles de Paris ont pay, anne commune, un tribut de plus de cent mille cus  lhpital.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Dans ces tablissements de charit, les inconvnients ont souvent surpass les avantages. Une preuve des abus attachs  ces maisons, cest que les malheureux quon y transporte craignent dy tre.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>LHtel-Dieu, par exemple, tait trs bien plac autrefois dans le milieu de la ville auprs de lvch. Il lest trs mal quand la ville est trop grande, quand quatre ou cinq malades sont entasss dans chaque lit, quand un malheureux donne le scorbut  son voisin dont il reoit la vrole, et quune atmosphre empeste rpand les maladies incurables et la mort, non seulement dans cet hospice destin pour rendre les hommes  la vie, mais dans une grande partie de la ville  la ronde.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Linutilit, le danger mme de la mdecine en ce cas, sont dmontrs. Sil est si difficile quun mdecin connaisse et gurisse une maladie dun citoyen bien soign dans sa maison, que sera-ce de cette multitude de maux compliqus, accumuls les uns sur les autres dans un lieu pestifr?&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>En tout genre souvent, plus le nombre est grand, plus mal on est.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>M. de Chamousset, lun des meilleurs citoyens et des plus attentifs au bien public, a calcul, par des relevs fidles, quil meurt un quart des malades  lHtel-Dieu, un huitime  lhpital de la Charit, un neuvime dans les hpitaux de Londres, un trentime dans ceux de Versailles.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Dans le grand et clbre hpital de Lyon, qui a t longtemps un des mieux administrs de lEurope, il ne mourait quun quinzime des malades, anne commune.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>On a propos souvent de partager lHtel-Dieu de Paris en plusieurs hospices mieux situs, plus ars, plus salutaires; largent a manqu pour cette entreprise.&nbsp;</font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <center><table> <tr> <td><font size=-1>Curt nescio quid semper abest rei.&nbsp;</font> <div align=right><font size=-1>(Hor., lib. iii, od. xxiv)</font></div> </td> </tr> </table></center> <font size=-1></font> <p><font size=-1>On en trouve toujours quand il sagit daller faire tuer des hommes sur la frontire: il ny en a plus quand il faut les sauver. Cependant lHtel-Dieu de Paris possde plus dun million de revenu, qui augmente chaque anne, et les Parisiens lont dot  lenvi.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>On ne peut sempcher de remarquer ici que Germain Brice, dans sa <i>Description de Paris, </i>en parlant de quelques legs faits par le premier prsident de Bellivre  la salle de lHtel-Dieu nomme <i>Saint-Charles,</i> dit  quil faut lire cette belle inscription grave en lettres dor dans une grande table de marbre, de la composition dOlivier Patru de lAcadmie franaise, un des plus beaux esprits de son temps, dont on a des plaidoyers fort estims:&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1> Qui que tu sois qui entres dans ce saint lieu, tu ny verras presque partout que des fruits de la charit du grand Pomponne. Les brocarts dor et dargent, et les beaux meubles qui paraient autrefois sa chambre, par une heureuse mtamorphose servent maintenant aux ncessits des malades. Cet homme divin qui fut lornement et les dlices de son sicle, dans le combat mme de la mort, a pens au soulagement des affligs. Le sang de Bellivre sest montr dans toutes les actions de sa vie. La gloire de ses ambassades nest que trop connue, etc. &nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Lutile Chamousset fit mieux que Germain Brice et Olivier Patru, lun des plus beaux esprits du temps; voici le plan dont il proposa de se charger  ses frais, avec une compagnie solvable.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Les administrateurs de lHtel-Dieu portaient en compte la valeur de cinquante livres pour chaque malade, ou mort, ou guri. M. de Chamousset et sa compagnie offraient de grer pour cinquante livres seulement par gurison. Les morts allaient par-dessus le march, et taient  sa charge.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>La proposition tait si belle quelle ne fut point accepte. On craignit quil ne pt la remplir. Tout abus quon veut rformer est le patrimoine de ceux qui ont plus de crdit que les rformateurs.&nbsp;</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Une chose non moins singulire est que lHtel-Dieu a seul le privilge de vendre la chair en carme  son profit, et il y perd. M. de Chamousset offrit de faire un march o lHtel-Dieu gagnerait: on le refusa, et on chassa le boucher quon souponna de lui avoir donn lavis<a href="#Note_14">(14).</a></font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <center><table> <tr> <td><font size=-1>Ainsi chez les humains, par un abus fatal,&nbsp;</font> <br><font size=-1>Le bien le plus parfait est la source du mal.&nbsp;</font> <div align=right><font size=-1>(<i>Henriade,</i> chant v, 43-44.)</font></div> </td> </tr> </table></center> <font size=-1></font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp;<font size=-1></font> <center> <p><b><font color="#FF0000"><font size=-1>Notes.</font></font></b></center> <font size=-1></font> <p><a NAME="Note_12"></a><font size=-1><font color="#0000FF">Note_12 </font><i>Questions sur lEncyclopdie,</i> troisime partie, 1770. (B.)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_13"></a><font size=-1><font color="#0000FF">Note_13 </font>Cicron na pas employ cette expression: il a dit <i>charitas liberorum</i> (<i>Brutus,</i> ep. 12), <i>charitas</i> <i>patri </i>(<i>Pro Sexto, </i>53), <i>charitaspatri</i> (<i>De Officiis,</i> i, 17). (B.)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_14"></a><font size=-1><font color="#0000FF">Note_14 </font>En 1775, sous ladministration du M. Turgot, ce privilge ridicule de lHtel-Dieu fut dtruit et remplac par un impt sur lentre de la viande. Le peuple de Paris tait rduit auparavant  navoir pendant tout le carme quune nourriture malsaine et trs chre. Cependant quelques hommes ont os regretter cet ancien usage, non quils le crussent utile, mais parce quil tait un monument du pouvoir que le clerg avait eu trop longtemps sur lordre public, et que sa destruction avanait la dcadence de ce pouvoir. En 1629, on tuait six boeufs  lHtel-Dieu pendant le carme, deux cents en 1665, cinq cents en 1708, quinze cents en 1750; on en consomme aujourdhui prs de neuf mille. (K.)</font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp;<font size=-1></font> <p><font size=-1>&nbsp;</font></td> </tr> </table></center>  <center><font size=-1>.</font></center>  <br><font size=-1></font>&nbsp; <p><br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> </body> </html> 
