<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 97"> <TITLE>Rose</TITLE> <META NAME="Template" CONTENT="C:\PROGRAM FILES\MICROSOFT OFFICE\OFFICE\html.dot"> </HEAD> <BODY LINK="#0000ff" VLINK="#800080" BGCOLOR="#ffffcc">  <P ALIGN="CENTER"><IMG SRC="DIXNEUF.gif" WIDTH=113 HEIGHT=128></P> <B><FONT SIZE=6><P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> <P ALIGN="CENTER">L'apport d'un logiciel &agrave; l'&eacute;tude d'un conte de Guy de Maupassant</P> </FONT><P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> </B><FONT SIZE=5><P ALIGN="CENTER">B. Haezewindt</P> <P ALIGN="CENTER">Centre for Modern Languages</P> <P ALIGN="CENTER">The Open University, Milton Keynes</P> </FONT><B><P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">L'informatique peut-elle apporter une contribution &agrave; l'analyse textuelle d'un conte ? Au premier abord, on pourrait le penser, car elle permet, gr&acirc;ce &agrave; certaines de ses applications, de saisir rapidement de vastes corpus. Nous avons donc mis une de ces nouvelles techniques &agrave; l'&eacute;preuve pour voir si l'&eacute;tude de la fr&eacute;quence des mots d'un conte pouvait apporter un compl&eacute;ment &agrave; une &eacute;tude litt&eacute;raire plus traditionnelle. Ce faisant, il est possible de montrer, d'une mani&egrave;re convaincante, comment un logiciel, dont la fonction principale et p&eacute;dagogique est la cr&eacute;ation d'exercices de pr&eacute;-lecture, apporte un &eacute;clairage capital sur le sens d'un conte, et sur la mani&egrave;re d'&eacute;crire de son auteur.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Dans la <I>Pr&eacute;face</I> de <I>Pierre et Jean</I> <A NAME="oneback"></A>[<A HREF="#one">1</A>], intitul&eacute;e <I>Le Roman,</I> Guy de Maupassant fait &eacute;tat de ses sept ann&eacute;es d'apprentissage et de l'influence de ses ma&icirc;tres, Louis Bouilhet et Gustave Flaubert, sur son style personnel. Il &eacute;crit entre autres :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Quelle que soit la chose qu'on veut dire, <U>il n'y a qu'un mot</U> pour l'exprimer, <U>qu'un verbe</U> pour l'animer et <U>qu'un adjectif</U> pour le qualifier. Il faut donc chercher, jusqu'&agrave; ce qu'on les ait d&eacute;couverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l'&agrave; peu pr&egrave;s, ne jamais avoir recours &agrave; des supercheries, m&ecirc;me heureuses, &agrave; des clowneries de langage pour &eacute;viter la difficult&eacute;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">(...) il faut discerner avec une extr&ecirc;me lucidit&eacute; toutes les modifications de <U>la valeur d'un mot suivant la place qu'il occupe</U>. (pp. XXXIII-XXXIV. C'est moi qui souligne.)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Et il cite les conseils de Flaubert :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Quand vous passez, me disait-il, devant un &eacute;picier assis sur sa porte, devant un concierge qui fume sa pipe, devant une station de fiacres, montrez-moi cet &eacute;picier et ce concierge, leur pose, toute leur apparence physique contenant aussi, indiqu&eacute;e par l'adresse de l'image, toute leur nature morale, de fa&ccedil;on &agrave; ce que je ne les confonde avec aucun autre &eacute;picier ou avec aucun autre concierge, et faites-moi voir, par un seul mot, en quoi un cheval de fiacre ne ressemble pas aux cinquante autres qui le suivent et le pr&eacute;c&egrave;dent. (p. XXXII)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Cette &eacute;tude va aussi nous montrer que Maupassant, de par son emploi parcimonieux de certains mots, par leur fr&eacute;quence d'apparition dans le conte Rose, va cr&eacute;er une isotopie qui appara&icirc;t d'une mani&egrave;re moins nette au cours d'une &eacute;tude narratologique plus traditionnelle.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Dans le r&eacute;cit ench&acirc;ss&eacute;, Fran&ccedil;ois <FONT FACE="Symbol">-</FONT> Rose <FONT FACE="Symbol">-</FONT> Lecapet arrive chez Margot, joue les domestiques et, d&eacute;masqu&eacute;(e), regagne son bagne. Ce seront les d&eacute;tails, sous forme de touches descriptives <A NAME="twoback"></A>[<A HREF="#two">2</A>] ou d'action que Roland Barthes d&eacute;finit comme catalyses <A NAME="threeback"></A>[<A HREF="#three">3</A>], qui constitueront le squelette logique du conte, plut&ocirc;t que l'encha&icirc;nement de ses p&eacute;rip&eacute;ties. Ces d&eacute;tails sont regroup&eacute;s autour de trois notions centrales au r&eacute;cit : la sexualit&eacute;, les rapports entre ma&icirc;tresse et serviteurs et, finalement, la notion de d&eacute;guisement. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les trois sections du texte, &agrave; savoir la f&ecirc;te &agrave; Nice, la promenade-confidence en landau et l'histoire de Rose, contiennent de nombreuses r&eacute;f&eacute;rences sensuelles et sexuelles que nous allons passer rapidement en revue.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Par exemple, dans la s&eacute;quence consacr&eacute;e &agrave; la f&ecirc;te des fleurs, on trouve que les deux femmes sont couvertes d'une peau d'ours qui <U>couvre</U> les genoux. L'amoncellement de fleurs d&eacute;corant leur voiture semble <U>&eacute;craser les deux corps d&eacute;licats</U>. De plus, le landau est compar&eacute; &agrave; un <U>lit &eacute;clatant et parfum&eacute;</U>, ne montrant de ses passag&egrave;res que <U>les &eacute;paules, les bras</U> et <U>un peu des corsages</U> dont l'un est bleu et l'autre lilas. Ces femmes sont pr&eacute;sent&eacute;es, exhib&eacute;es au public, comme une sorte de cadeau sexuel de valeur : Elles sont <U>seules</U> dans l'immense landau charg&eacute; de bouquets comme <U>une corbeille g&eacute;ante</U>.  (I, 1167. C'est moi qui souligne.)</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La bataille de fleurs ayant pris fin, les deux femmes quittent le boulevard de la Fonci&egrave;re et, le soleil couchant aidant, Margot se laisse aller &agrave; des confidences &agrave; son amie Simone. Ces &eacute;panchements ont pour sujet les amours ancillaires. A priori, n'importe quel homme semblerait bien faire l'affaire : On est toujours flatt&eacute;e de l'amour d'un homme, quel qu'il soit.  (I, 1169) Par contre, Simone, ne partage pas l'avis de son amie :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Nous sommes toutes ainsi, d'ailleurs quoi que tu en dises Simone.</P> <FONT FACE="Symbol"><P ALIGN="JUSTIFY">-</FONT> Mais non, ma ch&egrave;re. J'aime mieux n'&ecirc;tre pas aim&eacute;e du tout que de l'&ecirc;tre par n'importe qui. Crois-tu que cela me serait agr&eacute;able, par exemple, d'&ecirc;tre aim&eacute;e par... par... Elle cherchait par qui elle pourrait bien &ecirc;tre aim&eacute;e, parcourant de l'il le vaste paysage. Ses yeux, apr&egrave;s avoir fait le tour de l'horizon, tomb&egrave;rent sur les deux boutons de m&eacute;tal qui luisaient dans le dos du cocher, et elle reprit, en riant : par mon cocher. (I, 1169)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Margot embauche sa future employ&eacute;e sur un coup de t&ecirc;te, conditionn&eacute; par une certaine complicit&eacute; sexuelle qui se veut gauloise, et dont l'oppos&eacute; est incarn&eacute; par une Anglaise: </P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Le certificat attestait que la jeune fille &eacute;tait partie de son plein gr&eacute;, pour rentrer en France et qu'on n'avait eu &agrave; lui reprocher, pendant son long service, qu'un peu de coquetterie fran&ccedil;aise.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La tournure pudibonde de la phrase anglaise me fit m&ecirc;me un peu sourire et j'arr&ecirc;tai sur-le-champ cette femme de chambre.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Elle entra chez moi le jour m&ecirc;me; elle se nommait Rose. (I,1170)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">La description de la demandeuse d'emploi par Margot est plut&ocirc;t vague, justifiant ainsi la supercherie dont cette derni&egrave;re sera victime : Elle &eacute;tait <U>assez </U>grande, mince, <U>un peu</U> p&acirc;le, avec <U>l'air</U> tr&egrave;s timide. Elle avait de beaux yeux noirs, un teint charmant, elle me plut tout de suite (I, 1170. C'est moi qui souligne.) Et les sentiments de Margot vont m&ecirc;me &eacute;voluer en d&eacute;couvrant les nombreux talents de la nouvelle domestique :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Au bout d'un mois je l'adorais.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">C'&eacute;tait une trouvaille, une perle, un ph&eacute;nom&egrave;ne. Elle savait coiffer avec un go&ucirc;t infini; elle chiffonnait les dentelles d'un chapeau mieux que les meilleures modistes et elle savait m&ecirc;me faire les robes. J'&eacute;tais stup&eacute;faite de ses facult&eacute;s. Jamais je ne m'&eacute;tais trouv&eacute;e servie ainsi. Elle m'habillait rapidement avec une l&eacute;g&egrave;ret&eacute; de mains &eacute;tonnante. Jamais je ne sentais ses doigts sur ma peau, et rien ne m'est d&eacute;sagr&eacute;able comme le contact d'une main de bonne. Je pris bient&ocirc;t des habitudes de paresse excessives tant il m'&eacute;tait agr&eacute;able de me laisser v&ecirc;tir, des pieds &agrave; la t&ecirc;te, et de la chemise aux gants par cette grande fille timide, toujours un peu rougissante, et qui ne parlait jamais. Au sortir du bain, elle me frictionnait et me massait pendant que je sommeillais un peu sur mon divan ; je la consid&eacute;rais ma foi, en amie de condition inf&eacute;rieure, plut&ocirc;t qu'en simple domestique. (<I>Ibid.</I>)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Margot d&eacute;clare tout d'abord que la servante lui pla&icirc;t, puis elle l'adore et, finalement, elle la fait passer au rang sup&eacute;rieur des <I>amies</I> <I>de condition inf&eacute;rieure. </P> </I><P ALIGN="JUSTIFY">Lorsque l'on sait que Rose est un homme condamn&eacute; au bagne pour viol, on comprend mieux la raison d'&ecirc;tre de certaines touches descriptives de Maupassant d&eacute;crivant, par l'interm&eacute;diaire de Margot, les services que Rose lui rend. En effet, jamais je ne sentais ses doigts sur ma peau, cette grande fille timide, toujours un peu rougissante et qui ne parlait jamais peuvent se comprendre de deux mani&egrave;res diff&eacute;rentes selon que l'on voit Rose comme une servante timide ou un homme &agrave; la gorge s&egrave;che condamn&eacute; au supplice de Tantale. On comprend alors le comique de la situation de cet homme qui n'ose pas parler et trahir ainsi le timbre de sa voix et qui ose &agrave; peine toucher une ma&icirc;tresse <FONT FACE="Symbol">-</FONT> ma&icirc;tresse <I>de maison</I> <FONT FACE="Symbol">-</FONT> trouvant naturel de se faire habiller, d&eacute;shabiller et frictionner par lui. La rougeur de ses joues ne d&eacute;note pas la timidit&eacute; d'une jeune femme, mais serait plut&ocirc;t le signe visible de son d&eacute;sir... Ces indices et ces informants mettent en sc&egrave;ne une bourgeoise &eacute;gocentrique pour qui la fonction principale de domestiques, rempla&ccedil;ables et plus ou moins indescriptibles, est de la servir. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">La troisi&egrave;me notion qui permet au r&eacute;cit d'&ecirc;tre cr&eacute;dible est celle du d&eacute;guisement. L'on sait que Jean-Nicolas Lecapet, condamn&eacute; &agrave; mort en 1879 pour assassinat pr&eacute;c&eacute;d&eacute; de viol (I, 1172) se cache chez Margot, d&eacute;guis&eacute; en femme de chambre. La premi&egrave;re section du conte, consacr&eacute;e &agrave; une f&ecirc;te o&ugrave; certains participants portent le masque, conditionne le lecteur virtuel et lui fait accepter plus volontiers le d&eacute;guisement de Lecapet et l'ambigu&iuml;t&eacute; de l'identit&eacute; sexuelle de l'actant Rose. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&Agrave; prime abord, la narratrice et la narrataire sont peu visibles, cach&eacute;es par des fleurs ou une peau d'ours :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Les deux jeunes femmes ont l'air <U>ensevelies sous une couche de fleurs. </U>(...) Sur la peau d'ours qui couvre les genoux, un amoncellement de roses de mimosas de girofl&eacute;es de marguerite de tub&eacute;reuses et de fleurs d'oranger, nou&eacute;s avec des faveurs de soie, semble &eacute;craser les deux corps d&eacute;licats, <U>ne laissant sortir de ce lit &eacute;clatant et parfum&eacute; que les &eacute;paules les bras et un peu des corsages </U>dont l'un est bleu et l'autre lilas. (I,1167. C'est moi qui souligne.) </P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Tout semble dissimul&eacute; par des fleurs :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Le fouet du cocher porte <U>un fourreau d'an&eacute;mones</U>, les traits des chevaux sont <U>capitonn&eacute;s avec des ravenelles</U>, les rayons des roues sont <U>v&ecirc;tus de r&eacute;s&eacute;da</U> ; et, &agrave; la place des lanternes deux bouquets ronds &eacute;normes ont l'air des deux yeux &eacute;tranges de cette b&ecirc;te roulante et fleurie. Le landau parcourt au grand trot la route, la rue d'Antibes, pr&eacute;c&eacute;d&eacute;, suivi, accompagn&eacute; par une foule d'autres voitures enguirland&eacute;es <U>pleines de femmes disparues sous un flot de violettes</U>. Car c'est la f&ecirc;te des fleurs &agrave; Cannes. (<I>Ibid.</I> C'est moi qui souligne.)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Les personnes et les choses, d&eacute;cor&eacute;es de fleurs ne r&eacute;v&egrave;lent pas leur apparence de tous les jours. Il y a m&ecirc;me un participant qui, sous les traits d'un personnage historique, fait semblant de jeter des fleurs :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Un monsieur, qui ressemble aux portraits d'Henri IV, lance avec une ardeur joyeuse un &eacute;norme bouquet retenu par un &eacute;lastique. Sous la menace du choc, les femmes se cachent les yeux et les hommes baissent la t&ecirc;te, mais le projectile gracieux, rapide et docile, d&eacute;crit une courbe et revient &agrave; son ma&icirc;tre qui le jette aussit&ocirc;t vers une figure nouvelle. (<I>Ibid</I>.)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Le choix du Vert galant,<I> </I>permet de rapprocher deux isotopies du texte <A NAME="fourback"></A>[<A HREF="#four">4</A>] celle de la sexualit&eacute; et celle du d&eacute;guisement. Dans le texte narratif, le logiciel <I>Kit&eacute;crit</I><B> <A NAME="fiveback"></A></B>[<A HREF="#five">5</A>] nous donne la fr&eacute;quence des mots qui constituent une grille de lecture rendant possible la confusion entre l'&ecirc;tre et le para&icirc;tre, &agrave; savoir :</P> <P ALIGN="CENTER"><CENTER><TABLE BORDER CELLSPACING=2 CELLPADDING=7 WIDTH=252> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P><B>mots et expressions</B></TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <B><P>fr&eacute;quence</B></TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>(s)'apercevoir</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>avoir l'air</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>cach&eacute;</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>1</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>confondre</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>1</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>para&icirc;tre</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>pr&eacute;tendre</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>1</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>ressembler &agrave;</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>1</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>se montrer</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>1</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="63%" VALIGN="TOP"> <P>sembler</TD> <TD WIDTH="37%" VALIGN="TOP"> <P>2</TD> </TR> </TABLE> </CENTER></P>  <P ALIGN="JUSTIFY">L'application du logiciel nous permet de mettre &agrave; jour une nouvelle grille de lecture bas&eacute;e sur le s&egrave;me de l'anonymat, de la transparence sociale des employ&eacute;s, notion amorc&eacute;e au d&eacute;but du texte de mani&egrave;re oblique par le narrateur premier :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Une foule compacte, rang&eacute;e sur les trottoirs et maintenue par les gendarmes &agrave; cheval qui passent brutalement et repoussent les curieux &agrave; pied comme pour ne point permettre aux vilains de se m&ecirc;ler aux riches regarde, bruyante et tranquille. (I, 1167)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Le logiciel <I>Kit&eacute;crit</I><B> </B>comprend une douzaine d'activit&eacute;s sp&eacute;cifiques qui se divisent elles-m&ecirc;mes en un nombre divers de variantes. Parmi ces exercices, nous avons choisi l'activit&eacute; mettant en relief les mots remarquables, de mani&egrave;re &agrave; faire le d&eacute;compte des mots <A NAME="sixback"></A>[<A HREF="#six">6</A>] de plus de trois lettres, apparaissant au moins deux fois dans le conte de Maupassant. Nous abandonnerons donc, pour le moment, ce que notre &eacute;tude pr&eacute;liminaire nous a appris sur le sens du conte Rose et nous<I> </I>essaierons de cr&eacute;er de nouvelles hypoth&egrave;ses s&eacute;miologiques &agrave; partir des donn&eacute;es fournies par le logiciel.</P> <P ALIGN="CENTER"><CENTER><TABLE BORDER CELLSPACING=2 CELLPADDING=7 WIDTH=441> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><B>mots</B></TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <B><P ALIGN="JUSTIFY">Fr&eacute;quence</B></TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">de</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">103</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">un</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">53</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">je + j' + moi + me</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">38 + 10 + 9 + 13</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">elle</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">31</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">il + ils (se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; des hommes)</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">14 + 5</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">femme(s)</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">8 + 5</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">comme</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">11</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">on</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">11</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">homme(s)</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">6 + 4</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">tu + t'</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">9 + 3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">vous</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">9</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">ma + mon</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">7 + 6</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">yeux + il</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">7 + 3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">jeune</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">6</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">aim&eacute;e + aime + aiment</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">6 +1 +1</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">lui</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">6</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">commissaire</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">6</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">cocher</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">5</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">nous</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">5</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">fille</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">5</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">police</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">5</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">fleurs</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">4</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">bouquet</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">4</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">Margot</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">4</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">domestique</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">4</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">chambre</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">4</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">Rose</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">ch&egrave;re</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">valet</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">anglais</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">concierge</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">semble</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">b&ecirc;te</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">monsieur</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">3</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="70%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">Simone</TD> <TD WIDTH="30%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">2</TD> </TR> </TABLE> </CENTER></P>  <P ALIGN="JUSTIFY">Au cours de l'&eacute;tude de la fr&eacute;quence de tous les mots du texte, il nous faut faire un travail intuitif de tri, dans la mesure o&ugrave; tous les mots, quelles que soient leur nature et leur fonction, sont compt&eacute;s. Par exemple, le mot de appara&icirc;t 103 fois mais ne nous apprend rien sur l'<I>histoire</I> du conte Rose. Le logiciel nous apprend aussi, par exemple, que le vocable un <FONT FACE="Symbol">-</FONT> adjectifs ind&eacute;finis et adjectifs num&eacute;raux cardinaux confondus <FONT FACE="Symbol">-</FONT> appara&icirc;t 53 fois. Ces pr&eacute;cisions nous sont donn&eacute;es dans un corpus, d&eacute;fini par une autre activit&eacute; du logiciel intitul&eacute;e description, de cent soixante-huit phrases, de deux mille treize mots (y compris 755 mots diff&eacute;rents et 532 hapax).</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Il nous faut donc raffiner les renseignements donn&eacute;s par le logiciel pour les adapter &agrave; l'&eacute;tude du conte en faisant une s&eacute;lection intuitive des donn&eacute;es informatiques brutes. Par exemple, nous trouvons que la premi&egrave;re personne du singulier, exprim&eacute;e par je, j', me et moi est recens&eacute;e 70 fois, indiquant, a priori, que le conte Rose est le r&eacute;cit d'une histoire exprim&eacute;e par un ou plusieurs narrateurs homodi&eacute;g&eacute;tiques, selon la terminologie de G&eacute;rard Genette. &Agrave; ceci, on pourra ajouter sept ma et six mon. D'autre part, te et tu apparaissent 12 fois, indiquant par l&agrave; que le, ou les narrataires possibles, sont des familiers du <FONT FACE="Symbol">-</FONT> ou des <FONT FACE="Symbol">-</FONT> narrateurs. Parmi les vocables qui apparaissent fr&eacute;quemment, on notera trente et un elle <A NAME="sevenback"></A>[<A HREF="#seven">7</A>] et treize femme(s), ce qui, &eacute;tant donn&eacute; que le conte s'intitule Rose, laisserait &agrave; penser que le r&eacute;cit pourrait avoir pour finalit&eacute; la narration de l'histoire d'un personnage f&eacute;minin. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Sous des formes diff&eacute;rentes, on trouve aussi la pr&eacute;sence de huit vocables appartenant &agrave; la famille du verbe aimer. Toutefois, l'usage &eacute;quivoque du verbe aimer en fran&ccedil;ais ne nous permet pas de garantir qu'il s'agit ici d'une histoire d'amour. Finalement, parmi d'autres mots apparaissant relativement souvent on trouve : <BR> commissaire (six fois), police (cinq fois), cocher (5 fois) et fille (5 fois). &Agrave; ce stade, on pourrait m&ecirc;me &eacute;laborer une grille de lecture hypoth&eacute;tique mettant en sc&egrave;ne une prostitu&eacute;e <FONT FACE="Symbol">-</FONT> une <I>fille</I> <A NAME="eightback"></A>[<A HREF="#eight">8</A>] <FONT FACE="Symbol">-</FONT> et un cocher et quelque activit&eacute; criminelle exigeant une intervention possible de la police. Ce genre d'hypoth&egrave;se erron&eacute;e montre les dangers d'appliquer uniquement ce genre d'outil critique &agrave; un conte. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">On remarquera aussi que la haute fr&eacute;quence de certains mots n'apporte pas n&eacute;cessairement d'&eacute;l&eacute;ments pour la constitution d'une grille de lecture univoque. C'est le cas, par exemple de mots comme fleurs, bouquet, Margot, domestique et chambre employ&eacute;s quatre fois par Maupassant. Paradoxalement, le nom Rose n'appara&icirc;t que deux fois dans le r&eacute;cit alors qu'il constitue &agrave; lui seul le titre du conte.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Quelles conclusions provisoires pouvons-nous tirer des r&eacute;sultats pr&eacute;sent&eacute;s par le logiciel? S'agirait-il d'une histoire d'amour racont&eacute;e par un narrateur intra-homodi&eacute;g&eacute;tique? Dans ce cas, on pourrait penser que ce r&eacute;cit &agrave; la premi&egrave;re personne du singulier porte sur la personne aim&eacute;e. En effet, on recense la pr&eacute;sence 31 fois du pronom elle. Mais d'autre part il s'agit, comme semble l'indiquer le titre du conte <A NAME="nineback"></A>[<A HREF="#nine">9</A>], de l'histoire d'une femme appel&eacute;e Rose. Pourquoi, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; vu plus haut, les narrataires <FONT FACE="Symbol">-</FONT> le narrataire au premier degr&eacute; et Margot <FONT FACE="Symbol">-</FONT> nomment-ils si rarement un personnage principal potentiel, une h&eacute;ro&iuml;ne possible alors que dans Pierrot (I,570), la servante s'appelle Rose et que son nom appara&icirc;t 13 fois dans le conte?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le logiciel ne nous a pas r&eacute;v&eacute;l&eacute; l'intrigue du conte, puisque la grille de lecture qu'il nous impose, malgr&eacute; le titre du conte, reste tr&egrave;s probl&eacute;matique. Toutefois, une &eacute;tude de la fr&eacute;quence des mots du texte nous a livr&eacute; un certain nombre de personnages: Rose, un commissaire, un cocher, un/une domestique, une fille, Margot, un valet, un concierge et Simone. Les mots chambre (quatre fois) femme(s) (treize fois) et jeune (six fois) pourraient nous donner les combinaisons suivantes : jeune femme et femme de chambre, ajoutant ainsi une domestique de plus au personnel cit&eacute; dans le conte ou pr&eacute;cisant la fonction d'une domestique. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">L'analyse de la fr&eacute;quence des mots du conte par le logiciel nous donne une taxonomie de personnages divis&eacute;s en deux cat&eacute;gories, celle des gens anonymes d&eacute;finis par un nom de m&eacute;tier et celle des gens &agrave; patronyme. En effet, certains domestiques ont un nom <FONT FACE="Symbol">-</FONT> le concierge s'appelle Pierre Courtin et le cocher Fran&ccedil;ois Pingau <FONT FACE="Symbol">-</FONT> mais, en g&eacute;n&eacute;ral, les employ&eacute;s restent anonymes. L'emploi rare du nom de personne Rose, la profusion du pronom personnel elle et le fait que certains domestiques sont nomm&eacute;s par leur profession uniquement, alors que d'autres ont aussi un patronyme, met l'accent, a priori, sur le s&egrave;me d'identit&eacute;, s&egrave;me qui n'&eacute;tait pas tr&egrave;s apparent au cours de notre premi&egrave;re analyse textuelle. En effet, l'id&eacute;e de masque, de d&eacute;guisement ne renvoie pas n&eacute;cessairement &agrave; celle d'anonymat, ou plut&ocirc;t, il est possible de rester anonyme sans pour cela avoir &agrave; porter un masque ou un d&eacute;guisement.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Une &eacute;tude s&eacute;miotique du conte Rose, consacr&eacute;e aux doubles s&egrave;mes de l'anonymat <FONT FACE="Symbol">-</FONT> qui peut se doubler du concept du masque <FONT FACE="Symbol">-</FONT> et de la sensualit&eacute;, permet de mieux comprendre le conte et d'appr&eacute;cier le m&eacute;tier d'&eacute;crivain de Guy de Maupassant. En effet, nous avons d&eacute;fini Margot comme une bourgeoise s'entourant d'individus interchangeables exer&ccedil;ant des fonctions bien pr&eacute;cises &agrave; son service. De son c&ocirc;t&eacute;, l'analyse de la fr&eacute;quence des mots de Rose met l'accent sur l'absence plus ou moins syst&eacute;matique d'identit&eacute; des employ&eacute;s de maison.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Une lecture de Rose, m&ecirc;me tr&egrave;s superficielle, r&eacute;v&egrave;le un r&eacute;cit reposant sur la distinction qui existe entre l'<I>&ecirc;tre</I> et le <I>para&icirc;tre</I> et aussi sur l'action de <I>nommer </I>dont le Lexis donne la d&eacute;finition suivante :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <B><P ALIGN="JUSTIFY">nommer</B> v. tr. (lat. Nominare; 980).<B>1</B>. <I>Nommer quelqu'un, quelque chose</I>, les distinguer par un nom : <I>Ses parents l'ont nomm&eacute; Laurence</I> (syn. APPELER, PR&Eacute;NOMMER). <I>Nommer un nouveau produit. Un banquier nomm&eacute; Casimir Perier</I> (sy. D&Eacute;NOMMER).<FONT FACE="Symbol">-</FONT> <B>2</B>. <I>Nommer quelqu'un, quelque chose</I>, les qualifier d'un nom : <I>On l'a nomm&eacute; ''Le Sauveur de la patrie'. Il l'a nomm&eacute; son bienfaiteur et ami. <FONT FACE="Symbol">-</FONT> </I><B>3</B><I>. Nommer quelqu'un, quelque chose</I>, en indiquer (prononcer, &eacute;crire ) le nom : <I>Nommer ses complices</I> (sy : D&Eacute;NONCER). <I>Nommez-moi le nom de cette plante. Nommer tous les caract&egrave;res d'un produit </I>(sy. &Eacute;NUM&Eacute;RER). <I>Monsieur X..., pour ne pas le nommer</I> (sy. CITER, DIRE). </P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Nommer une personne ou une chose, c'est faire entrer cette personne ou cette chose dans le domaine du connu, de l'identifiable, m&ecirc;me si cette identit&eacute; est fausse. D'o&ugrave; l'importance narrative d'un passage que nous avons cit&eacute; plus haut :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Le certificat attestait que la jeune fille &eacute;tait partie de son plein gr&eacute;, pour rentrer en France et qu'on n'avait eu &agrave; lui reprocher, pendant son long service, qu'un peu de coquetterie fran&ccedil;aise.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La tournure pudibonde de la phrase anglaise me fit m&ecirc;me un peu sourire et j'arr&ecirc;tai sur-le-champ cette femme de chambre.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Elle entra chez moi le jour m&ecirc;me; <U>elle se nommait Rose</U>.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">(I, 1170. C'est moi qui souligne.)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">On remarquera en passant l'ambigu&iuml;t&eacute; de la proposition : elle se nommait Rose qui prendra un sens diff&eacute;rent au cours d'une seconde lecture. En effet, Lecapet s'est donn&eacute; le nom de Rose, <I>il s'est</I> <I>nomm&eacute;</I> Rose, pour entrer au service de Margot et pour &eacute;chapper ainsi &agrave; la police.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Dans le conte de Guy de Maupassant, le commissaire vient chez Margot pour enlever officiellement au for&ccedil;at son nom d'emprunt. Il le nomme formellement en lui rendant son vrai nom, sa v&eacute;ritable identit&eacute; et son genre. Dans le r&eacute;cit de la ma&icirc;tresse de maison, Rose reste anonyme et dissimul&eacute;(e) derri&egrave;re le pronom personnel elle parce que le narrateur premier sait qu'en r&eacute;alit&eacute; l'employ&eacute;(e) de chambre n'a pas l&eacute;galement et physiquement droit &agrave; son pseudonyme. Rose est un homme, un il. Comment la confusion peut-elle &ecirc;tre possible? Comment Margot peut-elle se m&eacute;prendre et ne pas reconna&icirc;tre un for&ccedil;at &eacute;vad&eacute; d&eacute;guis&eacute; en femme? On verra ici l'expression d'un comportement de classe. Pour Margot, Rose <FONT FACE="Symbol">-</FONT> quelles que soient ses qualit&eacute;s intrins&egrave;ques <FONT FACE="Symbol">-</FONT> fait partie de la masse plus ou moins anonyme des domestiques que l'on emploie pour des t&acirc;ches diverses et que l'on chasse lorsque leurs services ne sont plus requis :</P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Mme Margot sourit &agrave; peine et pronon&ccedil;a, &agrave; voix basse :</P> <FONT FACE="Symbol"><P ALIGN="JUSTIFY">-</FONT> Je t'assure que c'est tr&egrave;s amusant &ecirc;tre aim&eacute;e par un domestique. Cela m'est arriv&eacute; deux ou trois fois. Ils roulent des yeux si dr&ocirc;les que c'est &agrave; mourir de rire. Naturellement, on se montre d'autant plus s&eacute;v&egrave;re qu'ils sont plus amoureux, puis <U>on les met &agrave; la porte, un jour, sous le premier pr&eacute;texte venu,</U> parce qu'on deviendrait ridicule si quelqu'un s'en apercevait. (I, 1169. C'est moi qui souligne.)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Par suite, les domestiques acqui&egrave;rent une certaine transparence qui les rend invisibles en tant que personnes. La perception du manque d'importance des employ&eacute;s en tant qu'individus par leurs employeurs explique l'absence d'identit&eacute; conf&eacute;r&eacute;e par un nom ou un pr&eacute;nom &agrave; certains personnages ancillaires dans le r&eacute;cit de Margot. Simone agit de m&ecirc;me lorsqu'elle parle de son cocher anonyme : Crois-tu que cela me serait agr&eacute;able, par exemple, d'&ecirc;tre aim&eacute;e par... par... [...] par <U>mon cocher</U>. (I, 1169, C'est moi qui souligne.)</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Dans l'univers du conte Rose, on emploie des domestiques tr&egrave;s rempla&ccedil;ables: </P><DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Il y aura quatre ans &agrave; l'automne, je me trouvais sans femme de chambre. J'en avais essay&eacute;, l'une apr&egrave;s l'autre cinq ou six qui &eacute;taient ineptes et je d&eacute;sesp&eacute;rais presque d'en trouver une. (I, 1169-70)</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Toutefois, cette transparence des domestiques, ou plut&ocirc;t, l'anonymat qui s'attache &agrave; la fonction d'employ&eacute;, risque de nuire &agrave; l'histoire du conte Rose. En effet, le conte risque de devenir banal puisque le for&ccedil;at, d&eacute;guis&eacute; en cocher ou en jardinier, et prenant des pr&eacute;cautions pour ne pas se faire remarquer, pourrait vivre le reste de sa vie chez Margot, sans se faire d&eacute;masquer. Il faut donc que Maupassant ajoute des &eacute;l&eacute;ments qui rendent la situation de l'homme plus pr&eacute;caire et aussi plus cocasse. Pourquoi ne pas en faire une femme de chambre dont la fonction serait d'habiller, de d&eacute;shabiller et de donner des soins corporels &agrave; la dame? Qui plus est, pourquoi ne pas faire masser cette bourgeoise par un homme d&eacute;guis&eacute; en femme et recherch&eacute; pour viol? C'est ce que fait Guy de Maupassant dans Rose, o&ugrave; un homme en rupture de bagne joue les femmes de chambre au service d'une dame se disant friande d'amours ancillaires. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Il ne s'agit plus ici d'un conte, mais d'une gageure, d'un pari qui, &agrave; premi&egrave;re vue, semble impossible &agrave; gagner. Et pourtant, Maupassant nous fait avaler ce sc&eacute;nario que la logique la plus &eacute;l&eacute;mentaire devrait rendre inimaginable. Comment l'&eacute;crivain parvient-il &agrave; nous faire accroire cette histoire invraisemblable?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">C'est en nous penchant sur l'id&eacute;e du manque d'identit&eacute; des domestiques en g&eacute;n&eacute;ral que nous appr&eacute;cierons la mise en place du pi&egrave;ge narratif qui nous fera avaler la couleuvre de l'histoire de Fran&ccedil;ois-Rose Lecapet.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">L'emploi fr&eacute;quent du pronom elle et l'absence notoire de r&eacute;f&eacute;rence au nom de l'h&eacute;ro&iuml;ne dans le conte permettent &agrave; l'&eacute;crivain de nous tromper parce qu'ils entrent dans la logique du service domestique et des relations qui r&eacute;gissent les rapports entre employeurs et employ&eacute;s &agrave; l'&eacute;poque de Maupassant. En effet, cette &eacute;conomie de l'emploi du nom du personnage annonc&eacute; par le titre du conte permet au narrateur premier de ne pas avoir &agrave; s'en remettre &agrave; une pirouette de derni&egrave;re minute, pour nous faire croire une histoire invraisemblable. Effectivement, tout au long de son r&eacute;cit, il s'est efforc&eacute; de rendre la confusion possible entre Lecapet et Rose en faisant montrer, de tr&egrave;s loin, par une bourgeoise peu int&eacute;ress&eacute;e par la personnalit&eacute; propre de chacun de ses domestiques, ce personnage &agrave; la fois androgyne <A NAME="tenback"></A>[<A HREF="#ten">10</A>] et asexu&eacute;. Cette notion d'indiff&eacute;rence est soutenue tout au long du r&eacute;cit par la r&eacute;f&eacute;rence ou non au patronyme des domestiques. En &eacute;vitant scrupuleusement de nommer cette <I>femme</I> qui n'en est pas une, le narrateur premier, en toute bonne mauvaise foi de farceur, prend ses distances par rapport &agrave; l'histoire invraisemblable racont&eacute;e par Margot, narrataire au second degr&eacute;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Une analyse narratologique et s&eacute;miotique du r&eacute;cit nous a permis de mettre en &eacute;vidence plusieurs isotopies g&eacute;n&eacute;r&eacute;es par certains mots int&eacute;gr&eacute;s dans le contexte du r&eacute;cit, &agrave; savoir, la sensualit&eacute;, la sexualit&eacute; et le d&eacute;guisement. Toutefois, c'est l'&eacute;tude de la fr&eacute;quence des mots de Rose qui nous a mis sur la voie de l'id&eacute;e de transparence sociale des domestiques, en attirant notre attention sur la probl&eacute;matique de l'absence de r&eacute;f&eacute;rence &agrave; certains personnages de l'histoire. L'apport de la notion de l'anonymat n&eacute;cessaire de certains domestiques aux isotopies identifi&eacute;es par notre premi&egrave;re &eacute;tude permet de cr&eacute;er une grille compl&egrave;te et indispensable &agrave; la lecture d'une histoire improbable donnant naissance &agrave; un conte cr&eacute;dible. C'est la mise en relief de cette notion d'anonymat qui, &agrave; notre avis devait constituer le projet narratif essentiel de Guy de Maupassant. Il est &eacute;tonnant que cet aspect du m&eacute;tier de l'&eacute;crivain ait pu, dans ce cas pr&eacute;cis, &ecirc;tre mis en partie en &eacute;vidence par un logiciel impersonnel.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <B><FONT FACE="Arial" SIZE=4><P>Notes</P></B></FONT> <TABLE CELLSPACING=0 BORDER=0 CELLPADDING=7 WIDTH=568> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="one"></A>1</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">Guy de Maupassant, <I>Pierre et Jean </I>(Paris, Ollendorff : 1888). Pour tout autre r&eacute;f&eacute;rence aux textes de Maupassant, nous renvoyons &agrave; Guy de Maupassant, <I>Contes et nouvelles</I> (Paris, Gallimard: 1974 [tome I] et 1979 [tome II]). <A HREF="#oneback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="two"></A>2</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">Cf. B.P. Haezewindt, <I>Guy de Maupassant : de l'anecdote au conte litt&eacute;raire</I> (Amsterdam, Rodopi: 1993) pp.103-157. <A HREF="#twoback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="three"></A>3</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">Roland Barthes, Introduction &agrave; l'analyse structurale des r&eacute;cits (1966), in Barthes et. al., <I>Po&eacute;tique du r&eacute;cit</I> (Paris, Seuil: 1977), pp. 7-57. <A HREF="#threeback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="four"></A>4</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">cf. A.G.Greimas et J. Court&egrave;s, <I>S&eacute;miotique</I><B> (</B>Paris, Hachette: 1979). <A HREF="#fourback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="five"></A>5</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <I><P ALIGN="JUSTIFY">Kit&eacute;crit</I>, BELC, pfao. Voir aussi Jean-Louis Malandain c/o E.P.I. <A HREF="#fiveback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="six"></A>6</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">Le logiciel comprend par mot tout groupe autonome de lettres ainsi que certaines lettres isol&eacute;es provenant d'&eacute;lisions (t', d', m' etc.). <A HREF="#sixback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="seven"></A>7</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">On n'oubliera pas que ce pronom personnel sert aussi &agrave; remplacer des noms de choses ou d'animaux f&eacute;minins. <A HREF="#sevenback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="eight"></A>8</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">On se rappellera le conte de Maupassant, intitul&eacute; L'Odyss&eacute;e d'une fille, racontant la descente aux enfers d'une prostitu&eacute;e. <A HREF="#eightback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="nine"></A>9</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">G&eacute;rard Genette cite la d&eacute;finition du titre par L&eacute;o Hoek : Ensemble de signes linguistiques [...] qui peuvent figurer en t&ecirc;te d'un texte pour le d&eacute;signer, pour en indiquer le contenu global et pour all&eacute;cher le public vis&eacute; (<I>Seuils</I> [Paris, Seuils: 1987] p.73). <A HREF="#nineback">Retour</A>.</TD> </TR> <TR><TD WIDTH="15%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY"><A NAME="ten"></A>10</TD> <TD WIDTH="85%" VALIGN="TOP"> <P ALIGN="JUSTIFY">Voir, en passant, P. Borel, <I>Maupassant et l'Androgyne</I> (Paris, &Eacute;ditions du Livre Moderne: 1944). <A HREF="#tenback">Retour</A>. </TD> </TR> </TABLE>  <P ALIGN="RIGHT"><A HREF="mailto:bph4@tutor.open.ac.uk">&nbsp;B. Haezewindt</A><BR> Centre for Modern Languages<BR> The Open University, Milton Keynes</P> <P><HR></P> <P>&nbsp;Mise en ligne: 30/04/98<BR> <A HREF="http://www.liv.ac.uk/www/french/dix-neuf/dixneuf.html">Retour au site Dix-Neuf</A></P> <P>&nbsp;</P></BODY> </HTML> 
