<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.5 [en] (Win95; I) [Netscape]">    <title>Rose Blanche, par Gabrielle Tarlton [?]</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#FFFFFF" link="#0000EE" vlink="#AD2D2D" alink="#FF0000">  <center><a href="http://www.centenary.edu/departme/french/louisiane.html"><img SRC="louis-titre2.gif" BORDER=0 height=61 width=620></a></center>  <center><table WIDTH="85%" > <tr>       <td><div align="center">           <p><font size="5">&nbsp;</font></p>           <p><font size="5"> <strong>ROSE BLANCHE </strong></font> </p>         </div>         <p align="center"><font size="-1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Oh!            l&#8217;amour d&#8217;une m&egrave;re, amour que nul n&#8217;oublie!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Pain merveilleux qu&#8217;un Dieu            partage et multiplie!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Table toujours servie au paternel            foyer!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Chacun en a sa part et tous l&#8217;ont            tout entier!&#8221;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; -Victor            Hugo</font></p>         <p align="left"><font size="+1">Gabrielle Tarlton</font></p>         <p align="center">CHAPITRE I.</p>         <p> <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Continuez! s&#8217;&eacute;cria            l&#8217;invalide avec impatience. <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il &eacute;tait assis tout droit dans            son grand fauteuil. Ses longs cheveux blancs, partag&eacute;s sur le            sommet de la t&ecirc;te et retombant sur ses &eacute;paules, sa barbe            fra&icirc;chement faite, sa cravate formant un n&#339;ud gracieux autour            de son cou, sa redingote bross&eacute;e avec soin, la blancheur &eacute;blouissante            de son linge, tout, jusqu&#8217;aux mains fines et blanches qui s&#8217;appuyaient            &agrave; la pomme d&#8217;argent de sa canne, tout faisait voir les            soins minutieux don&#8217;t le vieillard &eacute;tait l&#8217;objet.            <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sur le plancher, &agrave; ses pieds,            se tenait une enfant d&#8217;une dizaine d&#8217;ann&eacute;es. De ses            deux bras, elle entourait ses genoux sur lesquels &eacute;tait appuy&eacute;            son menton. De temps &agrave; autre elle &eacute;levait vers le paralytique            un long regard rempli de tendresse et de d&eacute;vouement: ce regard            que le chien fid&egrave;le attache sur son ma&icirc;tre qu&#8217;il            adore.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A quelque pas du fauteuil, on pouvait            voir une jeune fille, &agrave; demi couch&eacute;e sur le sofa. La t&ecirc;te            appuy&eacute;e &agrave; sa main, elle &eacute;coutait avec attention,            tandis que, debout &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la chemin&eacute;e,            une autre jeune fille &eacute;coutait comme sa s&#339;ur, dans la m&ecirc;me            attitude pensive.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;Une troisi&egrave;me femme, assise            pr&egrave;s de la fen&ecirc;tre, attachait ses yeux pleines de larmes            sur une lettre qu&#8217;elle avait laiss&eacute;e tomber sur ses genoux.            Celle-ci n&#8217;avait pas la fra&icirc;cheur de la jeunesse: ses traits            p&acirc;les et fatigu&eacute;s portaient l&#8217;empreinte de la douleur            et de la maladie et, au milieu de ses cheveux, autrefois d&#8217;un            noir de jais, on pouvait voir briller les longs fils d&#8217;argent.            C&#8217;&eacute;tait une m&egrave;re: on le devinait &agrave; sa vive            &eacute;motion.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8212;Continuez! r&eacute;p&eacute;ta            le vieillard avec une impatience croissante et en frappant le plancher            de sa canne.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Madame Moreland releva la t&ecirc;te            et recommen&ccedil;a la lecture que, quelques moments auparavant, sa            vive &eacute;motion avait interrompue.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Ch&egrave;re vieille m&egrave;re.            Il y a deux ans, tu dois t&#8217;en souvenir, que j&#8217;abandonnai            le foyer paternel, jurant de n&#8217;y plus revenir jusqu&#8217;au moment            o&ugrave; j&#8217;aurais fait ma fortune; jusqu&#8217;&agrave; ce que            je pusse rapporter un tr&eacute;sor. Et pourtant, m&egrave;re ador&eacute;e,            je reviens! J&#8217;ai toujours &eacute;t&eacute; pour vous tous une            source de chagrins, je t&#8217;ai fait verser bien des larmes, ch&egrave;re            petite m&egrave;re! mais je reviens avec la ferme intention de te faire            oublier ma mauvais conduite d&#8217;autrefois. Tu verras comme je vais            t&#8217;aimer! comme je serai bon pour vous tous! Tu souviens-tu, maman,            lorsque, apr&egrave;s l&#8217;une de mes escapades, je te demandais            pardon et promettais de ne plus recommencer? tu jetais tes deux bras            autour de mon cou, et tu me disais de ta douce voix que j&#8217;aime            tant: ?Je te pardonne, mon enfant! Oh! m&egrave;re ch&eacute;rie! je            reviens vers toi et je demande pardon! me repousseras-tu?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;J&#8217;ai men&eacute; une terrible            vie pendant des deux ann&eacute;es qui viennent de s&#8217;&eacute;couler:            j&#8217;ai travaill&eacute; comme un n&egrave;gre, j&#8217;ai vu la            mort de pr&egrave;s, mais gr&acirc;ce au ciel et surtout &agrave; tes            pri&egrave;res, tout cela est termin&eacute;. J&#8217;ai aujourd&#8217;hui            une bonne place chez l&#8217;un des principaux banquiers de Dallas (Texas),            et il a &eacute;t&eacute; assez bon pour m&#8217;accorder un cong&eacute;            d&#8217;un mois. Ce n&#8217;est pas une fortune que j&#8217;apporte,            mais une jolie petite somme que je serai heureux de vous offrir. Quant            au tr&eacute;sor, je le poss&egrave;de: ce n&#8217;est pas de l&#8217;or,            mais bien mieux encore! As-tu devin&eacute;, maman? Oui, je reviens,            mais pas seul: j&#8217;am&egrave;ne avec moi mon tr&eacute;sor le plus            cher, le plus pr&eacute;cieux, ma Rose Blanche, ma petite femme.&#8221;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La m&egrave;re s&#8217;arr&ecirc;ta un            moment et son regard rempli d&#8217;anxi&eacute;t&eacute;, s&#8217;&eacute;leva            vers le paralytique. L&#8217;enfant assis sur le plancher, surprit de            ce regard, et le sien, comme celui de sa m&egrave;re, chercha &agrave;            lire sur la physionomie impassible du vieillard. Avec un soupir, la            m&egrave;re reprit sa lecture.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Maintenant, ma ch&eacute;rie,            je vais te raconter mon petit roman. Il y a &agrave; peine un mois que            j&#8217;ai rencontr&eacute; ma Rose Blanche. Elle &eacute;tait employ&eacute;e            dans une des &eacute;coles publiques de Dallas. Pauvre petit ange! On            l&#8217;aurait plut&ocirc;t prise pour une des &eacute;l&egrave;ves.            Elle est si petite! si fr&ecirc;le! si d&eacute;licate! Elle me parut            si fatigu&eacute;e que je me suis senti pris du d&eacute;sir de l&#8217;emporter            dans mes bras, loin du travail et du trouble. Et c&#8217;est ce que            je vais faire. Mes s&#339;urs, je le sais en raffoleront. Elle est            si douce, si aimante, si jolie surtout avec ses grands yeux bleus et            ses beaux cheveux blonds tout boucl&eacute;s qu&#8217;elle attache d&#8217;un            long ruban bleu, absolument comme une petite fille de dix ans. Ses yeux            me font penser aux violettes qui poussent dans notre jardin, au pied            des orangers. Se petite bouche si rose para&icirc;t s&eacute;rieuse            jusqu&#8217;au moment o&ugrave; elle s&#8217;entr&#8217;ouvre pour laisser            &eacute;chapper le doux rire d&#8217;un enfant; et alors paraissaient            sur ses joues p&acirc;les deux petites fossettes, si jolies, si gracieuses            qu&#8217;on se sent pris du d&eacute;sir de les couvrir de baisers.            Vous voyez bien tous que je ne pouvais pas m&#8217;emp&ecirc;cher de            l&#8217;aimer. Elle s&#8217;appelle Rose Blanche: ces deux noms la d&eacute;peignent            si bien! Elle ne voulait pas se marier sans votre consentement et j&#8217;ai            eu bien de la peine &agrave; la d&eacute;cider. Ch&egrave;re maman,            ma petite Rose paraissait si fatigu&eacute;e! Je ne pouvais la laisser            travailler davantage. Ensuite, je ne voulais pas perdre une minute de            mon cong&eacute;. Il me faudra voyager &agrave; petites journ&eacute;es,            ma femme est si d&eacute;licate! Il me semble qu&#8217;un souffle pourrait            l&#8217;abattre. Le m&eacute;decin que j&#8217;ai consult&eacute; me            recommande les plus grands soins: la poitrine de ma ch&egrave;re petite            femme est faible m&#8217;a-t-il dit; mais sous le beau ciel de la Louisiane,            sa sant&eacute; rena&icirc;tra, j&#8217;en suis s&ucirc;r, et de plus,            ch&egrave;re bonne m&egrave;re, je sais bien que tes soins ne lui manqueront            pas. Je lui ai tant parl&eacute; de vous tous qu&#8217;elle vous conna&icirc;t            et vous aime. Oh! comme Hilda va ch&eacute;rir sa nouvelle s&#339;urs            aux yeux bleus. M&egrave;re bien-aim&eacute;e, tu parleras &agrave;            mon p&egrave;re, n&#8217;est-ce pas? il a toujours &eacute;t&eacute;            bien dur, bien s&eacute;v&egrave;re pour moi et quelque chose me dit            que j&#8217;aurais de la peine &agrave; obtenir son pardon. Mais elle,            ma Rose Blanche, pourra-t-il s&#8217;emp&ecirc;cher de l&#8217;aimer?            Saura-t-il lui r&eacute;sister? Ah! esp&eacute;rons que pour elle, il            me pardonnera. Adieu vous tous que j&#8217;aime! Je serai avec vous            trois jours apr&egrave;s cette lettre. Il me faudra m&#8217;arr&ecirc;ter            &agrave; Cheneyville pour permettre &agrave; Rose de se reposer. Que            j&#8217;y trouve quelques lignes me disant que je suis attendu. &#8212;Ton            fils Willie, qui t&#8217;aime.&#8221;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le lecture &eacute;tait termin&eacute;e            et les yeux de trois femmes comme ceux de l&#8217;enfant s&#8217;attachaient            remplis d&#8217;anxi&eacute;t&eacute; sur le visage du vieillard. Un            profond silence r&eacute;gna pendant quelques instants dans la chambre            et fut bient&ocirc;t interrompu par un coup sec de la canne sur le plancher.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Quelle insolence! s&#8217;&eacute;cria            enfin l&#8217;invalide en r&eacute;v&eacute;lant son visage enflamm&eacute;            de col&egrave;re. Ecoutez-moi bien: je ne veux plus entendre mentionner            le nom de ce vagabond. Il parle de repentir et d&#8217;affection? Quelle            paroles vides de sens! Depuis le moment o&ugrave; cet enfant a essay&eacute;            ses premiers pas, il ne nous a caus&eacute; que des larmes et du chagrin;            il a &eacute;t&eacute; pour nous une source in&eacute;puisable de trouble            et, comme il le dit bien, vous, dans votre coupable faiblesse, avez            toujours &eacute;t&eacute; pr&ecirc;te &agrave; tout pardonner. Il y            a deux ans, sans aucune cause, il s&#8217;est sauv&eacute; et nous a            abandonn&eacute;s&#8230; Oui, abandonn&eacute;s! r&eacute;p&eacute;ta            le vieillard en frappant de nouveau le plancher de sa canne et en arr&ecirc;tant            d&#8217;un signe de la main les paroles pr&ecirc;tes &agrave; s&#8217;&eacute;chapper            des l&egrave;vres tremblantes de la m&egrave;re.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Et, continua-t-il, lorsqu&#8217;il            est parti, nous a-t-il seulement dit o&ugrave; il allait! nous-t-il            adress&eacute; un mot d&#8217;adieu? Suzanne, avez-vous oubli&eacute;            nos nuits sans sommeil, nos terribles anxi&eacute;t&eacute;s et toutes            les horreurs qu&#8217;enfantait notre imagination pendant la lettre            de votre fr&egrave;re? Il avait vu notre fils et nous pouvions &ecirc;tre            tranquilles&#8230;tranquilles! l&#8217;avons-nous &eacute;t&eacute;            une minute depuis le moment de son d&eacute;part? Deux ann&eacute;es            se sont &eacute;coul&eacute;es et pas un mot de lui n&#8217;est venu            calmer nos angoisses pendant un long laps de temps! Lui qui devrait            &ecirc;tre aujourd&#8217;hui le chef de sa famille a abandonn&eacute;            son poste sans vouloir comprendre que le soin de cette famille allait            retomber sur trois faibles femmes dont le travail devenait notre seule            ressource. Le chagrin et le travail vous ont vieillie avant l&#8217;&acirc;ge,            Suzanne, ont ruin&eacute; votre sant&eacute;&#8230;tandis que nos filles?ah!            mon c&#339;ur palpite d&#8217;indignation en y pensant!?au lieu de s&#8217;amuser,            d&#8217;&ecirc;tre heureuse comme le sont les autres jeunes jeunes [sic]            filles, sont oblig&eacute;es de consacrer leur jeunesse &agrave; une            existence de travail et de mis&egrave;re. Toutes, jusqu&#8217;&agrave;            Hilda ont leur part du lot que ce fils d&eacute;natur&eacute;, ce fr&egrave;re            indigne nous a fait. Et quant &agrave; moi!&#8230; <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Quant &agrave; moi, c&#8217;est            lui, ou plut&ocirc;t sa conduite qui m&#8217;a fait ce que je suis.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s&#8217;arr&ecirc;ta une seconde fois,            mais quelle &eacute;loquence dans ce silence du vieillard! cette noble            t&ecirc;te avec sa couronne de cheveux blanchis avant l&#8217;&acirc;ge!            la tristesse et la souffrance de ce visage qui avait d&ucirc; &ecirc;tre            si beau aux jours de la jeunesse, ces membres paralys&eacute;s, ah!            tout en lui parlait d&#8217;un pass&eacute; rempli d&#8217;horrible            d&eacute;sespoir, d&#8217;anxi&eacute;t&eacute;s et de souffrances support&eacute;es            avec la patience du chr&eacute;tien.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il reprit en se retournant vers sa femme:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Et apr&egrave;s tout ce qu&#8217;il            a fait, il vous &eacute;crit qu&#8217;il revient, et ceci comme la chose            la plus naturelle du monde, comme s&#8217;il nous avait quitt&eacute;s,            hier seulement. Et savez-vous pourquoi il revient? Ne vous abusez pas&#8230;            Ce n&#8217;est ni le repentir de ses fautes, ni sa tendresse pour vous            qui le ram&egrave;nent; c&#8217;est tout simplement parce qu&#8217;il            a besoin de nous, parce que l&#8217;air de la Louisiane est n&eacute;cessaire            &agrave; cette femme qu&#8217;il &eacute;pousera sans notre consentement.            Lui qui n&#8217;a jamais t&eacute;moign&eacute; la moindre affection            &agrave; sa m&egrave;re et &agrave; ses s&#339;urs, pr&eacute;tend avoir            le c&#339;ur rempli d&#8217;amour pour cette personne qu&#8217;il a            arrach&eacute;e au travail auquel sa cruelle indiff&eacute;rence a condamn&eacute;            sa m&egrave;re et ses s&#339;urs. Oh! je le r&eacute;p&egrave;te: honte            sur lui!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Emport&eacute; par la col&egrave;re,            le vieillard se leva &agrave; demi, &agrave; l&#8217;aide de sa canne;            mais, &eacute;puis&eacute; par cet effort et par l&#8217;excitation            qui s&#8217;&eacute;tait empar&eacute;e de lui, il se laissa retomber            dans son fauteuil en poussant un profond soupir. Une expression d&#8217;intense            tristesse rempla&ccedil;ait maintenant la rage qui tout &agrave; l&#8217;heure            remplissait ses regards; il les releva vers les trois femmes, les regardant            un moment de silence. <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Je suppose, dit-il, que vous l&#8217;attendez            avec impatience et que vous &ecirc;tes toutes pr&ecirc;tes &agrave;            vous jeter &agrave; son cou et &agrave; tout oublier. Sans le moindre            doute, vous &ecirc;tes dispos&eacute;es &agrave; accueillir sa femme            comme une fille, comme une s&#339;ur. Ai-je raison? r&eacute;pondez-moi.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les deux mains appuy&eacute;es &agrave;            sa canne, il promena son regard de l&#8217;une &agrave; l&#8217;autre,            attendant une r&eacute;ponse. Leur silence, leurs yeux baiss&eacute;s,            leur p&acirc;leur, tout en elles lui dit qu&#8217;il avait devin&eacute;            la v&eacute;rit&eacute;.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Emport&eacute;e par son &eacute;motion,            la m&egrave;re se leva et marcha vers lui, lui posant doucement une            main sur l&#8217;&eacute;paule.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;William, dit-elle avec une &eacute;l&eacute;gance            supr&ecirc;me dans ses yeux baign&eacute;s de larmes, supposons que            tout ce vous venez de dire soit vrai, cela l&#8217;emp&ecirc;che-t-il            d&#8217;&ecirc;tre notre enfant?&#8230; notre premier n&eacute;? C&#8217;est            Dieu qui nous l&#8217;a donn&eacute; et y a-t-il quelque chose au monde            qui puisse alt&eacute;rer nos relations et notre responsabilit&eacute;?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;En voil&agrave; assez! r&eacute;pondit            l&#8217;invalide en repoussant avec impatience la main appuy&eacute;e            &agrave; son &eacute;paule; tous vos grands sentiments m&#8217;ennuient            et me fatiguent.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La pauvre m&egrave;re poussa un soupir            et sortit en essuyant se larmes.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors, la jeune fille assise sur le sofa            se leva et s&#8217;avan&ccedil;a vers le fauteuil de l&#8217;invalide.            Son visage p&acirc;le trahissait les anxi&eacute;t&eacute;s de son c&#339;ur.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Mon p&egrave;re! dit-elle &agrave;            demi-voix en joignant les mains. Les regards du vieillard &eacute;taient            rest&eacute;s fix&eacute;s sur le foyer; aux sons de la voix de sa fille,            ils les releva vers elle.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Vous aussi! s&#8217;&eacute;cria-t-il            en fron&ccedil;ant ses sourcils; franchement, je vous croyais d&eacute;pourvue            de ces sentiments ridicules, Edith. Qu&#8217;avez-vous &agrave; me dire?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Rien, r&eacute;pondit Edith. Elle            comprenait qu&#8217;en cet instant toute pri&egrave;re devenait inutile,            et, comme l&#8217;avait fait sa m&egrave;re, elle quitta l&#8217;appartement.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La seconde s&#339;ur n&#8217;y demeura que            quelques instants apr&egrave;s elle. Sans dire une parole, elle arrangea            le feu, toucha, comme pour les mettre en ordre, aux ornements de la            chemin&eacute;e et jetant un regard autour d&#8217;elle, alla rejoindre            sa m&egrave;re et sa s&#339;ur. <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le vieillard demeura seul avec l&#8217;enfant.            Mais celle-ci avait &eacute;cout&eacute; en silence et qui avait suivi            de ses yeux secs ce qui venait de se passer, se leva subitement et s&#8217;&eacute;lan&ccedil;a            vers son p&egrave;re. Ses poings crisp&eacute;s, la rougeur de son visage,            tout faisait voir la col&egrave;re qui l&#8217;agitait.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! le m&eacute;chant papa! s&#8217;&eacute;cria-t-elle            en frappant du pied, le m&eacute;chant papa qui fait pleurer tout le            monde! Vous devriez avoir honte de vous-m&ecirc;me.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le vieillard haussa des &eacute;paules.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;En voil&agrave; assez! Hilda,            dit-il, je ne suis gu&egrave;re en humeur de jouer avec vous.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Ni moi non plus! r&eacute;pondit            l&#8217;enfant. J&#8217;aurais cru que vous auriez &eacute;t&eacute;            enchant&eacute; d&#8217;apprendre que Willie revenait et nous amenait            une petite s&#339;ur aux yeux bleus&#8230; et, au lieu de cela&#8230; ah!            vous &ecirc;tes un vieux vilain vous et je vous d&eacute;teste!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La col&egrave;re, ou plut&ocirc;t l&#8217;&eacute;motion            de notre petite Hilda arr&ecirc;ta ses paroles; elle &eacute;clata en            sanglots et, montrant le poing &agrave; son p&egrave;re, sortit comme            un ouragan en fermant la porte avec un bruit formidable.</p>         <p align="center">CHAPITRE II.</p>         &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rest&eacute; seul, le vieillard demeura          quelques instants immobile dans son fauteuil, les yeux fix&eacute;s sur          la flamme du foyer. Peu &agrave; peu l&#8217;expression de duret&eacute;          qui tout &agrave; l&#8217;heure remplissait son regard s&#8217;adoucit          et, relevant ce regard, il le promena lentement autour de lui; tout-&agrave;-coup,          il le laissa tomber sur la lettre que sa femme avait oubli&eacute;e et          qui reposait sur le plancher, &agrave; quelques pas seulement de l&#8217;endroit          o&ugrave; il &eacute;tait assis. En l&#8217;apercevant, l&#8217;invalide          tressaillit l&eacute;g&egrave;rement. Se soulevant &agrave; demi, il s&#8217;appuya          de la main gauche au bras de son fauteuil et, &agrave; l&#8217;aide de          sa canne, tira &agrave; lui la lettre de son fils. Il la regarde pendant          quelques instants en silence, la retournant entre ses main comme s&#8217;il          n&#8217;osait l&#8217;ouvrir. L&#8217;attendrissement le gagnait malgr&eacute;          lui. Enfin, d&eacute;ployant le papier, il le posa sur son genou, y passa          plusieurs fois la main et en commen&ccedil;a la lecture. Ce fut du regard          d&#8217;abord qu&#8217;il en parcourut les caract&egrave;res, mais bient&ocirc;t,          s&#8217;arr&ecirc;tant &agrave; une phrase ou &agrave; une autre, il les          lut &agrave; demi-voix: on devinait qu&#8217;il cherchait &agrave; vaincre          l&#8217;&eacute;motion qui le gagnait de plus en plus. Arriv&eacute; au          petit roman que Willie racontait &agrave; sa m&egrave;re, il ne put s&#8217;emp&ecirc;cher          de sourire.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Rose Blanche! dit-il doucement, c&#8217;est un joli nom&#8230; et elle            doit &ecirc;tre jolie et petite Rose Blanche avec ses yeux bleus et            ses gentilles fossettes&#8230; Mais qui donc ai-je connu avec de semblables            fossettes?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Et il porta la main &agrave; son front comme pour rappeler un souvenir            lointain.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Ah! oui, je me souviens, reprit-il; Suzanne&#8230; c&#8217;est elle            qui montrait deux jolies petites fossettes chaque fois qu&#8217;elle            riait&#8230; h&eacute;las! elle ne rit plus et les fossettes ont disparu...            Ma pauvre Suzanne!<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Il reprit la lettre qu&#8217;il avait oubli&eacute;e un moment, et,            cette fois, il lut avec amertume la phrase suivante:<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            &#8220;Mon p&egrave;re a toujours &eacute;t&eacute; bien dur et bien            s&eacute;v&egrave;re pour moi.&#8221;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Le vieillard r&eacute;p&eacute;ta ces mots plusieurs fois, et un profond            soupir s&#8217;&eacute;chappa de sa poitrine. Il replia la lettre lentement,            presque religieusement et la posa sur la table qui se trouvait &agrave;            c&ocirc;t&eacute; de lui. Son regard se porta une fois encore sur la            flamme du foyer, mais ce regard n&#8217;avait plus rien de la duret&eacute;            qui l&#8217;animait tout &agrave; l&#8217;heure et, si un observateur            se fut trouv&eacute; dans la chambre qu&#8217;il aurait pu voir briller            une larme dans les yeux que le paralytique tenait fix&eacute;s sur lui.            Tout-&agrave;-coup, il tressaillit; un souvenir du pass&eacute; venait            de porter un choc &eacute;lectrique &agrave; son c&#339;ur. Il se redressa            et regarda autour de lui; ses regards s&#8217;arr&ecirc;t&egrave;rent            sur un bureau plac&eacute; entre deux fen&ecirc;tres, de l&#8217;autre            c&ocirc;t&eacute; de l&#8217;appartement. C&#8217;&eacute;tait vers            ce bureau qu&#8217;il voulait aller&#8230;mais comment?&#8230;O&ugrave;            donc &eacute;tait Hilda, son soutien habituel? H&eacute;las! il l&#8217;avait            chass&eacute;e par son courroux&#8230; elle &eacute;tait partie en col&egrave;re            et Dieu seul sait quand elle reviendra&#8230;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Allons! se dit-il avec un soupir, il faut agir seul.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            S&#8217;appuyant d&#8217;une main &agrave; sa canne, de l&#8217;autre            aux meubles qui se trouvaient sur son passage, le pauvre paralytique            r&eacute;ussit &agrave; se tra&icirc;ner jusqu&#8217;au bureau. Arriv&eacute;            l&agrave;, il se laissa tomber, avec un soupir de soulagement, sur le            tabouret de cuir plac&eacute; devant le meuble.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Il demeura silencieux, immobile, pendant quelques instants: il fallait            se remettre de la fatigue qu&#8217;il venait d&#8217;&eacute;prouver.            Enfin, il tira une clef de sa poche, ouvrit le bureau et abattit la            planche qui formait la devanture du meuble. A l&#8217;aide d&#8217;une            seconde clef, il tira &agrave; lui le tiroir qui se trouvait &agrave;            sa droite et en retira plusieurs objets qu&#8217;il posa l&#8217;un            apr&egrave;s l&#8217;autre sur la planche du bureau: parmi ces objets            se trouvaient quelques bo&icirc;tes renfermant des daguerr&eacute;otypes;            c&#8217;&eacute;tait ce que cherchait le vieillard. Il prit une de ces            bo&icirc;tes et l&#8217;ouvrit: elle renfermait le portrait d&#8217;une            toute jeune femme tenant entre ses bras un enfant &acirc;g&eacute; de            quelques mois seulement. Si les ann&eacute;es avaient effac&eacute;            la beaut&eacute; de cette jeune m&egrave;re, elles l&#8217;avaient respect&eacute;e            sur la planche que l&#8217;invalide examinait avec un attendrissement            croissant. Il reconnaissait ces traits purs et charmants embellis encore            par l&#8217;expression de tendresse infinie qui remplissait ces yeux            attach&eacute;s sur la petite cr&eacute;ature press&eacute;e avec tant            d&#8217;amour sur le sein de sa m&egrave;re. Le vieillard &eacute;leva            ce portrait vers la lumi&egrave;re et ses regards fascin&eacute;s s&#8217;y            attach&egrave;rent longtemps.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! Suzanne! murmura-t-il en refermant la bo&icirc;te et en la remettant            dans le tiroir.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Il prit un second portrait: c&#8217;&eacute;tait celui d&#8217;un petit            gar&ccedil;on de six ans habill&eacute; de son premier pantalon. Ses            deux petites main s&#8217;enfon&ccedil;aient dans ses poches. Sur le            sommet de sa t&ecirc;te, une grosse boucle de cheveux bruns ajoutait            &agrave; la beaut&eacute; incomparable de l&#8217;enfant. Oh! que de            souvenirs ce portrait rappelait au p&egrave;re attendri! Comme il se            souvenait du moment o&ugrave; sa femme lui avait amen&eacute; leur fils            tout fier de sa premi&egrave;re paire de kindergartens! Et comme en            le voyant, il s&#8217;&eacute;tait &eacute;cri&eacute;:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Suzanne, il faut faire tirer son portrait, juste comme il est l&agrave;.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Lorsque le vieillard remit ce portrait dans le tiroir, ses mains tremblaient,            et de grosses larmes coulaient de ses yeux.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Cette fois, c&#8217;est une photographie qu&#8217;il examine: celle            d&#8217;un beau jeune homme de dix-huit ans, au regard franc et gai,            &agrave; la bouche rieuse, surmont&eacute;e de l&#8217;ombre d&#8217;une            moustache.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Willie! Willie!&#8230; mon fils! s&#8217;&eacute;cria le paralytique            paralytique suffoqu&eacute; par ses larmes et par sa violente &eacute;motion.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Le tiroir renfermait d&#8217;autres tr&eacute;sors: la main du p&egrave;re            les en retira l&#8217;un apr&egrave;s l&#8217;autre; une toupie, une            balle toute d&eacute;chir&eacute;e, un cahier de compositions, un essai            de m&eacute;canisme compos&eacute; d&#8217;un bouchon, d&#8217;&eacute;pingles            &agrave; cheveux et de quelques bobines vides, enfin un billet roul&eacute;            si petit que le dehors pouvait &agrave; peine en contenir l&#8217;adresse:            papa.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Monsieur Moreland prit ce billet et l&#8217;ouvrit si doucement qu&#8217;on            aurait pu croire ses doigts paralys&eacute;s comme le reste de son corps.            C&#8217;&eacute;tait tout simplement un morceau de papier d&eacute;chir&eacute;            dans un cahier d&#8217;&eacute;criture, bien sale, bien chiffonn&eacute;            et rempli de grossi&egrave;res fautes d&#8217;orthographe; tel qu&#8217;il            &eacute;tait, ce billet devait &ecirc;tre bien difficile &agrave; d&eacute;chiffrer,            car le p&egrave;re resta longtemps absorb&eacute; dans sa lecture et,            plus d&#8217;une fois, passa sa main sur ses yeux. Voici ce qu&#8217;il            contenait:<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            &#8220;Mon cher papa. Je v&eacute; vous z&eacute;crir pour vous pri&eacute;            de me pardonnez ma vil&egrave;ne conduite de se matin. Je suis bien            fach&eacute; d&#8217;avoire touchez &agrave; votre razoir et je vous            prom&eacute; de ne plus jamais zouvrir votre tiroir. Maman dut que vous            av&eacute; pensey qye j&#8217;&eacute;tait comptant d&#8217;avoir &eacute;t&eacute;            m&eacute;chant et que c&eacute; pour &ccedil;a que je n&#8217;ait pas            pleurez quant vous m&#8217;av&eacute; frappez avec votre canne. Mais            non, papa, ce n&#8217;&eacute;t&eacute; pas pour &ccedil;a&#8230; Seulement,            je ne voulait pas &ecirc;tre un lache et pleur&eacute; comme une fille            pour quelques coux de canne. Si vous aviez cass&eacute; votre baton            sur mon dos, je n&#8217;aurais pas pleuret. Mais vr&eacute;, papa, je            suis facher d&#8217;avoir &eacute;t&eacute; m&eacute;chant et je vous            prie de me pardonner.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            &#8220;Votre fils Willie qui vous aime bien.&#8221;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            Le billet tomba sur la planche du bureau; la t&ecirc;te blanche du vieillard            se cacha un moment entre ses mains et l&#8217;on aurait pu voir de grosses            larmes couler entre ses doigts et tomber sur ce petit papier sale et            d&eacute;chir&eacute;.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Battu! s&#8217;&eacute;cria-t-il enfin; battu &agrave; coups de canne!..            Lui, mon enfant! Oh! que Dieu me pardonne!<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;            En cet instant d&#8217;angoisse, chaque coup qu&#8217;il avait port&eacute;            &agrave; son fils lui revenait &agrave; la pens&eacute;e et lui remplissait            la c&#339;ur d&#8217;une cruelle agonie. Il revoyait devant lui ce petit            visage p&acirc;le et indomptable, ces yeux secs qui le regardaient avec            une expression de reproche qui, en ce moment, lui lac&eacute;rait le            c&#339;ur, comme, alors, il avait lac&eacute;r&eacute; le corps de son enfant.            Oh! terrible agonie du souvenir! le malheureux p&egrave;re se souvenait            et il pleurait comme il n&#8217;avait jamais pleur&eacute; auparavant.</p>         <p align="center">CHAPITRE III.</p>         <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Echec et mat!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et Hilda se leva en frappant ses mains            l&#8217;une contre l&#8217;autre et en attachant sur son p&egrave;re            un regard rempli de joie moqueuse.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le vieillard, pench&eacute; l&#8217;&eacute;chiquier,            l&#8217;index de la main droite &eacute;tendu, suivait avec attention            les divers points de la grande bataille qui venait d&#8217;avoir lieu,            et cela avec l&#8217;air d&#8217;un v&eacute;ritable g&eacute;n&eacute;ral            d&#8217;arm&eacute;e. Cette profonde attention excita l&#8217;indignation            de Mlle Hilda.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;A quoi sert ce que vous faites-l&agrave;?            s&#8217;&eacute;cria-t-elle en frappant du pied. Vous savez bien que            vous avez perdu la partie&#8230; mais vous n&#8217;en conviendrez jamais,            et c&#8217;est tous les jours la m&ecirc;me chose. Lorsque, il y a une            ann&eacute;e, vous avez regrett&eacute; de ne plus pouvoir aller faire            votre partie d&#8217;&eacute;chec, au caf&eacute;, je vous ai demand&eacute;            de m&#8217;enseigner le jeu&#8230; et, dites, est-ce ma faute, si aujourd&#8217;hui            l&#8217;&eacute;l&egrave;ve en sait plus que le ma&icirc;tre? d&#8217;ailleurs&#8230;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&#8217;enfant n&#8217;acheva pas sa            phrase: une voiture venait de s&#8217;arr&ecirc;ter devant la maison.            Oubliant son infirmit&eacute;, il paralytique fit un mouvement pour            se lever et, en retombant dans son fauteuil, renversa toutes les pi&egrave;ces            de l&#8217;&eacute;chiquier qui roul&egrave;rent de tous c&ocirc;t&eacute;s            sur le plancher.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Hilda! Hilda! s&#8217;&eacute;cria-t-il            d&#8217;une voix vibrante d&#8217;&eacute;motion, les voil&agrave;!            Cours &agrave; la fen&ecirc;tre et dis-moi&#8230;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#8217;ai oubli&eacute; de dire que            trois jours s&#8217;&eacute;taient &eacute;coul&eacute;s depuis le moment            o&ugrave; la lettre de Willie avait &eacute;t&eacute; re&ccedil;ue et            qu&#8217;aujourd&#8217;hui la famille attendait les chers voyageurs.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pench&eacute;e sur le fen&ecirc;tre,            le petite fille regardait de tous ses yeux. Elle ne resta l&agrave;            qu&#8217;une minute et revint bient&ocirc;t vers son p&egrave;re avec            une petite moue de d&eacute;sappointement.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce n&#8217;est que le marchand de lait,            dit-elle. Mais apr&egrave;s tout, papa, &agrave; quoi pensons-nous donc?            Les premiers chars ne seront ici qi&#8217;&agrave; midi et la d&eacute;p&ecirc;che            envoy&eacute;e par Willie annonce son arriv&eacute;e pour trois heures!            Recommen&ccedil;ons notre partie, voulez-vous papa?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Ce que tu dis est vrai, petite,            r&eacute;pondit le vieillard en remettant les pi&egrave;ces en place            &agrave; mesure que Hilda les ramassait. Mais qui sait si Willie ne            veut pas nous surprendre? Ils seront ici &agrave; midi&#8230; j&#8217;en            suis certain et mon impatience&#8230;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y avait une tradition dans la famille            qui assurait que seule, Hilda avait le droit de dire tout &agrave; son            p&egrave;re sans attirer son m&eacute;contentement, et la ch&egrave;re            enfant, par sa tendresse et son d&eacute;vouement pour le pauvre paralytique,            m&eacute;ritait bien cette preuve d&#8217;attachement.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Votre impatience! s&#8217;&eacute;cria-t-elle            en reprenant sa place vis-&agrave;-vis du vieillard, vraiment papa,            il faut avouer que vous-&ecirc;tre [sic] un homme bien singulier. Il            y a &agrave; peine trois jours que vous ne vouliez pas entendre parler            de Willie et de sa petite Rose Blanche, et vous voil&agrave; tout de            feu aujourd&#8217;hui&#8230; Vous croyez les entendre venir &agrave;            tout instant, et vous vous impatientez et renversez les &eacute;checs&#8230;            dites donc, papa, est-ce que vous ne seriez pas devenu un peu fou?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Je ne crois pas, r&eacute;pondit-il            en souriant. Mais commen&ccedil;ons.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au moment o&ugrave; il &eacute;levait            sa main, il s&#8217;arr&ecirc;ta tout-&agrave;-coup pour &eacute;couter            un bruit de pas qui, de temps &agrave; autre, se faisait entendre &agrave;            l&#8217;&eacute;tage sup&eacute;rieur.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Hilda, demanda-t-il, que se passe-t-il            donc en haut? Depuis quelques jours, j&#8217;entends un va et vient            qui excite ma curiosit&eacute;.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Comment, vous ne savez pas? s&#8217;&eacute;cria            l&#8217;enfant, alors je vais tout vous dire, cela vous amusera.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et, poussant doucement du c&ocirc;t&eacute;            la table de l&#8217;&eacute;chiquier, elle s&#8217;agenouilla sur le            tabouret qui soutenait les pieds du vieillard et, prenant ses mains            dans les siennes:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Voici ce que c&#8217;est, dit-elle:            maman et mes s&#339;urs arrangent la chambre des mari&eacute;s.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;En haut, dans les mansardes? s&#8217;&eacute;cria            le vieillard.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Mais oui; et c&#8217;est bien            certainement la plus jolie chambre de la maison, avec ses lucarnes qui            donnent sur la rue; et maman et Lucie ont tout nettoy&eacute; et elles            ont si bien frott&eacute; les meubles que, vrai, ils paraissent neufs.            Elles ont visit&eacute; toutes les chambres, except&eacute; la v&ocirc;tre,            bien entendu, et maman a pris son lit de plumes pour le porter en haut            et aussi sa jolie table &agrave; ouvrage. Edith a donn&eacute; la garniture            bleue de son lavabo, et maman a mis me petite chaise au coin du feu            &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la table &agrave; ouvrage, en disant que            la petite s&#339;ur aux yeux bleus ne devait pas &ecirc;tre plus grosse            que moi. Il n&#8217;y avait pas de rideaux aux fen&ecirc;tres; alors            Edith a pris cinq piastres qu&#8217;elle avait mises de c&ocirc;t&eacute;            pour s&#8217;acheter un chapeau neuf et elle a couru acheter de la mousseline            blanche, et elle et Lucile ont fait les rideaux qu&#8217;elles ont doubl&eacute;s            avec la robe de percaline bleue &agrave; pois blancs que Lucile n&#8217;avait            pas encore taill&eacute;e, et elles les ont relev&eacute;s avec des            n&#339;uds bleus. Il restait quelques yardes de mousseline avec laquelle            Edith a drap&eacute; la toilette, et comme je voulais donner quelque            chose aussi, j&#8217;ai &eacute;t&eacute; chercher mon joli ruban bleu            et me couronne de premi&egrave;re communion et Lucile a fait un beau            n&#339;ud qu&#8217;elle a plac&eacute; sur le haut du miroir, au            milieu des roses de la couronne. Et j&#8217;ai donn&eacute; aussi cette            paire de pots-&agrave;-fleurs qui me viennent de ma marraine; mes s&#339;urs            y ont mis des roses blanches et les ont plac&eacute;es de chaque c&ocirc;t&eacute;            de la chemin&eacute;e et maman a rempli deux soucoupes de cristal avec            de beaux bonbons roses et les a mises sur la toilettes. La petite s&#339;ur            aux yeux bleus doit aimer les bonbons, n&#8217;est-ce pas, papa?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Certainement, r&eacute;pondit            le vieillard que le babillage de l&#8217;enfant amusait.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Et, continua celle-ci, il y a            la pelotte, la jolie pelotte de satin bleu&#8230; Vous ai-je d&eacute;j&agrave;            parl&eacute;, papa? Non?&#8230; Eh bien! je me suis mise &agrave; la            recherche des &eacute;pingles et, avec celles que j&#8217;ai trouv&eacute;es,            un peu partout, j&#8217;ai form&eacute; deux lettres au beau milieu            de la pelotte: un R et un W. Vous comprenez, n&#8217;est-ce pas cher?            R pour Rose et W pour Willie.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Mais le tapis de cette chambre?&#8230;            il &eacute;tait bien d&eacute;chir&eacute;, autant que je m&#8217;en            souviens, remarqua le paralytique.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;C&#8217;est vrai, mais maman l&#8217;a            tout d&eacute;cousu et, avec les meilleurs morceaux qu&#8217;elle a            lav&eacute;s dans du th&eacute;, elle a fait une descente de lit et            a plac&eacute; le reste devant le foyer, devant la toilette, enfin un            peu partout. Et vous savez, ce vilain portrait de George Washington            qui &eacute;tait sur la chemin&eacute;e?.. Edith l&#8217;a enlev&eacute;            et a mis &agrave; sa place la jolie Madone que vous avez donn&eacute;e            &agrave; maman avant de vous marier. Edith dit que cette image de la            Vierge doit ressembler &agrave; notre Rose Blanche: elle a comme elle            a des yeux bleus qui font penser aux violettes du jardin et des cheveux            si blonds et si doux. Oh! papa! vrai, la chambre est jolie comme vous            n&#8217;avez pas d&#8217;id&eacute;e&#8230; Il y a des roses blanches            partout et tout y est bleu et blanc. Je suis s&ucirc;re que ce sont            les couleurs pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s de la ch&egrave;re petite            s&#339;ur; ne le croyez-vous pas? papa?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Mais, oui! r&eacute;pondit le            vieillard en souriant de l&#8217;enthousiasme de l&#8217;enfant. Tu            l&#8217;aimes donc bien, ajouta-t-il au bout d&#8217;un moment.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! de toute mon &acirc;me! r&eacute;pondit            Hilda avec feu; autant que j&#8217;aime Edith et Lucile. Et vous, papa,            l&#8217;aimez-vous?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&#8217;invalide h&eacute;sita un moment:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oui, je l&#8217;aime! r&eacute;pondit-il            avec une sorte de solennit&eacute; dans la voix, je l&#8217;aime, cette            ch&egrave;re petite Rose aux yeux bleus et aux gracieuses fossettes.            C&#8217;est une autre fille que le ciel nous envoie!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et, au bout d&#8217;un moment:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Hilda! s&#8217;&eacute;cria-t-il,            est-ce par hasard on aurait oubli&eacute; le feu?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;On n&#8217;a oubli&eacute;, papa,            et le feu encore moins. Comme si cette ch&egrave;re petite Rose Blanche,            si d&eacute;licate, pourrait se passer de feu? Il n&#8217;est pas allum&eacute;            par exemple, c&#8217;est trop t&ocirc;t. Mais il est convenu que d&egrave;s            qu&#8217;on apercevra la voiture, Lucile montera et avec une allumette,            mettra le feu au charbon. <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Hilda, appela le vieillard, viens            ici, mon enfant, regarde sur la chemin&eacute;e et donne-moi la petite            go&euml;lette que ton fr&egrave;re a faite lorsqu&#8217;il avait &agrave;            peine dix ans. Et voyant que la petite fille h&eacute;sitait: regarde,            dit-il, l&agrave;&#8230; tout &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la pendule.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hilda se leva sur la pointe des pieds            et remit &agrave; son p&egrave;re un b&acirc;timent, grand comme la            main et auquel rien ne manquait: cordages, m&acirc;ts, voiles, tout            y &eacute;tait; mais tant d&#8217;ann&eacute;es avaient pass&eacute;            sur ce joujou, tant de main l&#8217;avaient touch&eacute;, qu&#8217;il            paraissait aujourd&#8217;hui passablement d&eacute;mantibul&eacute;            et m&ecirc;me sale; mais, tel qu&#8217;il &eacute;tait, c&#8217;&eacute;tait            un tr&eacute;sor pour le pauvre vieux paralytique qui le gardait avec            soin comme l&#8217;oeuvre de g&eacute;nie de son fils.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Appelle ta m&egrave;re, continua-t-il            en s&#8217;adressant &agrave; sa petite fille.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Celle-ci, un peu &eacute;tonn&eacute;e,            ne fit cependant aucune observation et courut au pied de l&#8217;escalier            pour dire &agrave; sa m&egrave;re que son p&egrave;re d&eacute;sirait            la voir.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le moindre souhait du vieillard &eacute;tait            un ordre pour chaque membre de sa famille, on volait au-devant de ses            d&eacute;sirs, on y ob&eacute;issait, quels qu&#8217;ils pussent &ecirc;tre,            sans la plus l&eacute;g&egrave;re discussion. Madame Moreland ne se            fit pas attendre, elle s&#8217;avan&ccedil;a doucement vers le fauteuil            de son mari et, passant une main caressante dans ses cheveux:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Vous m&#8217;avez fait appeler,            cher? demanda-t-elle. Vous n&#8217;&ecirc;tes pas f&acirc;ch&eacute;            contre moi, n&#8217;est-ce pas? mais j&#8217;ai &eacute;t&eacute; forc&eacute;e            de vous n&eacute;gliger depuis quelques jours&#8230; il fallait arranger            le nid des nouveaux mari&eacute;s. Vous ne vous &ecirc;tes pas trop            ennuy&eacute;, n&#8217;est-ce pas? je suis s&ucirc;re qu&#8217;Hilda            a pris bien soin de vous.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oui, oui, r&eacute;pondit le vieillard,            Hilda est une bonne petite fille qui aime son vieux p&egrave;re&#8230;            mon Dieu! que ferais-je sans elle? Ce n&#8217;est pas pour me plaindre            que je vous ai appel&eacute;, Suzanne; vous avez bien fait en essayant            de recevoir nos enfants confortablement dans notre pauvre demeure. Voil&agrave;            ce que je veux de vous: cette petite go&euml;lette que Willie a fabriqu&eacute;e,            il y a quinze ans, il faut la mettre dans la chambre de sa femme. Je            suis s&ucirc;r qu&#8217;elle aimera &agrave; regarder cet ouvrage de            son mari. Ne le croyez-vous pas, ch&egrave;re?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Certainement, r&eacute;pondit            Madame Moreland en prenant le vieux joujou des mains de son mari et            en se penchant sur son front pour y d&eacute;poser un baiser.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Et surtout, Suzanne, reprit la            paralytique, mettez ce petit b&acirc;timent bien en vue, il faut que            l&#8216;enfant le voie en entrant dans sa chambre. Vous me comprenez,            n&#8217;est-ce pas?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Parfaitement, mon ami.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et, en entrant dans cette petite chambre            qu&#8217;elle et ses filles avaient arrang&eacute;e avec tant de soins,            o&ugrave; tout resplendissait de propret&eacute; et m&ecirc;me d&#8217;&eacute;l&eacute;gance,            madame Moreland, sans la moindre h&eacute;sitation, marcha droit &agrave;            la chemin&eacute;e et y pla&ccedil;a le vieux joujou, au pied de la            Madone, au milieu des jolies bagatelles dont elle avait orn&eacute;            cette chemin&eacute;e.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Je raconterai &agrave; Rose l&#8217;histoire            de cette go&euml;lette, dit-elle &agrave; ses filles, et nous lui dirons            en m&ecirc;me temps, pourquoi elle se trouve l&agrave;.</p>         <p align="center">CHAPITRE IV.</p>         <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh! comme les heures s&#8217;&eacute;coulaient            lentement pour ce p&egrave;re, cette m&egrave;re, ces s&#339;urs qui attendaient            avec tant d&#8217;impatience les chers voyageurs qui n&#8217;arrivaient            pas. Tout en pr&ecirc;tant l&#8217;oreille au babillage d&#8217;Hilda,            l&#8217;invalide &eacute;coutait avidement tous les bruits de la rue            et, &agrave; chaque heure que sonnait la pendule, il relevait la t&ecirc;te            esp&eacute;rant entendre une voiture s&#8217;arr&ecirc;ter devant sa            porte.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il avait &eacute;t&eacute; convenu qu&#8217;on            attendrait les voyageurs pour d&icirc;ner et l&agrave;, dans la salle            o&ugrave; se trouvait le vieillard, une table de sept couverts avait            &eacute;t&eacute; mise.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout &agrave; coup la pendule sonna trois            heures. Le paralytique, tout p&acirc;le, tout tremblant, se dressa &agrave;            demi dans son fauteuil, tandis que la petite fille s&#8217;&eacute;lan&ccedil;ait            vers la fen&ecirc;tre.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Calmez-vous, papa, dit-elle, je            vous avertirai d&egrave;s que je les apercevrai.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A la lucarne des mansardes, la m&egrave;re            et ses deux filles regardaient aussi avec une impatience comparable            seulement &agrave; celle du vieillard.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Ah! j&#8217;entends le sifflet            de la locomotive! s&#8217;&eacute;cria Hilda; voil&agrave; les chars!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et notre petite fille se mit &agrave;            danser dans la chambre.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! papa! s&#8217;&eacute;cria-t-elle,            est-ce bien possible? Ils seront ici dans quelques minutes! mon fr&egrave;re            que je n&#8217;ai pas vu depuis deux ans! et cette ch&egrave;re petite            Rose Blanche aux yeux bleus! Mon Dieu! que je suis heureuse!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! comme mon c&#339;ur bat! disait            madame Moreland en se penchant sur la lucarne.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hilda &eacute;tait retourn&eacute;e vers            la fen&ecirc;tre. Elle s&#8217;&eacute;cria tout &agrave; coup:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! j&#8217;aper&ccedil;ois quelque            chose de jaune entre les arbres. C&#8217;est l&#8217;omnibus qui am&egrave;ne            les voyageurs&#8230; Le voil&agrave; qui tourne le coin&#8230; l&#8217;entendez-vous            papa?&#8230; Mon Dieu! comme vous &ecirc;tes p&acirc;le!&#8230; une            minute encore et l&#8217;omnibus sera &agrave; notre porte&#8230; Le            voil&agrave;! le voil&agrave;! il va s&#8217;arr&ecirc;ter&#8230; Mais,            mon Dieu!&#8230; L&#8217;omnibus passe&#8230; il ne s&#8217;arr&ecirc;te            pas&#8230; il ne s&#8217;arr&ecirc;te pas&#8230; il est pass&eacute;!            Oh! Seigneur! Qu&#8217;est-ce que cela veut dire?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et l&#8217;enfant tout p&acirc;le de            d&eacute;sappointement s&#8217;avan&ccedil;ait les bras tendus vers            son p&egrave;re, lorsque Mme Moreland, suivie de ses filles, se pr&eacute;cipita            dans l&#8217;appartement!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! William! s&#8217;&eacute;cria-t-elle            toute tremblante, que peut-il leur &ecirc;tre arriv&eacute;?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Rien du tout, r&eacute;pondit            le vieillard qui essayait de cacher ses inqui&eacute;tudes sous un masque            d&#8217;insouciance. Un peu de fatigue peut-&ecirc;tre, mais il est            inutile de nous tourmenter. Ils viendront demain, vous verrez. Nous            aurons probablement une d&eacute;p&ecirc;che de Willie avant la fin            de la journ&eacute;e.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On d&icirc;na en silence. les yeux du            p&egrave;re et de la m&egrave;re ne quittaient point ces deux places            vides o&ugrave; ils avaient esp&eacute;r&eacute; voir s&#8217;asseoir            le fils prodigue et sa jolie petite femme. <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme l&#8217;avait pr&eacute;dit monsieur            Moreland, un t&eacute;l&eacute;gramme fut apport&eacute; &agrave; huit            heures du soir. Il &eacute;tait de Willie. Voici ce qu&#8217;il contenait:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Arr&ecirc;t&eacute;s &agrave;            Lafayette. Rose est malade. Aurez une lettre demain.&#8221;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh! quelle nuit d&#8217;anxi&eacute;t&eacute;s            pass&egrave;rent les parents qui, la veille, faisaient de si doux projets            de r&eacute;union. Personne, except&eacute; Hilda, ne dormit dans la            maison.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le lendemain, au moment o&ugrave; Edith            sortait pour aller donner ses le&ccedil;ons de musique, elle rencontra            le facteur au pied de l&#8217;escalier; il lui remit une lettre. La            jeune fille remonta en tout h&acirc;te, et voyant sa m&egrave;re, elle            la lui pr&eacute;senta. Madame Moreland l&#8217;ouvrit d&#8217;une main            tremblante et lut &agrave; haute voix:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Mes chers parents. A peine avions-nous            quitt&eacute; Cheneyville, que Rose fut prise de frissons et d&#8217;un            violent mal de t&ecirc;te. Elle tousse beaucoup. Il a fallu nous arr&ecirc;ter            &agrave; Lafayette. J&#8217;ai fait appeler un m&eacute;decin: Rose,            dit-il, a une forte fi&egrave;vre et est menac&eacute;e de pneumonie.            Maman, mes s&#339;urs, priez pour moi.&#8221;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! mon Dieu! s&#8217;&eacute;cria            la pauvre m&egrave;re; cette ch&egrave;re petite! si fr&ecirc;le, si            d&eacute;licate! malade dans un lit d&#8217;auberge!&#8230; loin de            sa m&egrave;re!&#8230; oh! c&#8217;est affreux!<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Suzanne, dit la paralytique, vous            oubliez qu&#8217;elle est la femme de votre fils et qu&#8217;il est            pr&egrave;s d&#8217;elle. Je suis convaincu qu&#8217;aucun soin ne lui            manquera. Il est inutile de s&#8217;alarmer d&#8217;avance. Esp&eacute;rons            pour le mieux. Dans quelques jours, bien certainement, nos enfants seront            avec nous.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Puissiez-vous dire vrai! s&#8217;&eacute;cria            madame Moreland en essuyant ses larmes.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s la r&eacute;ception de la            lettre de Willie, trois jours se pass&egrave;rent sans apporter aucune            nouvelle. Les parents comme leurs filles comprenaient que la jeune femme            devait &ecirc;tre bien malade et que son mari n&#8217;osait la quitter            pour &eacute;crire ou t&eacute;l&eacute;graphier &agrave; sa famille.            Edith, d&#8217;apr&egrave;s l&#8217;ordre de son p&egrave;re, envoya            un t&eacute;l&eacute;gramme &agrave; son fr&egrave;re.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Comment est Rose?&#8221; demandait            ce t&eacute;l&eacute;gramme. La r&eacute;ponse attendue avec tant d&#8217;anxi&eacute;t&eacute;s            ne contenait que ces trois mots: &#8220;Au plus mal.&#8221;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deux jours se pass&egrave;rent encore.            Oh! qui peut d&eacute;crire l&#8217;agonie et le d&eacute;sespoir de            ces cinq journ&eacute;es. Edith oubliait ses le&ccedil;ons de musique            et, p&acirc;le, d&eacute;sol&eacute;e, allait de l&#8217;un &agrave;            l&#8217;autre, cherchant quelques paroles de consolation pour adoucir            leurs inqui&eacute;tudes qu&#8217;elle ne partageait que trop, h&eacute;las!            La machine &agrave; coudre restait ferm&eacute;e et l&#8217;ouvrage            envoy&eacute; par une des grands magasins de la ville, s&#8217;entassaient            sur les chaises du salon. Enferm&eacute;es dans la chambre des mari&eacute;s,            Lucile et sa m&egrave;re passaient leur temps &agrave; pleurer et prier.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le salon d&#8217;en bas, le vieillard            et l&#8217;enfant restaient silencieux. Hilda, assise aux pieds de son            p&egrave;re, d&eacute;tournait la t&ecirc;te pour cacher les larmes            qu&#8217;elle essuyait furtivement, et par instant attachait sur le            cher paralytique ce long regard qu&#8217;il connaissait si bien et demandait            doucement:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Va-t-elle mourir, papa? <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! non! esp&eacute;rons pour            le mieux, r&eacute;pondait le vieillard en essayant de sourire. Mais            sa p&acirc;leur, le cercle bleu qui entourait ses yeux, d&eacute;mentaient            ce sourire et parlaient des nuits sans sommeil et des terribles anxi&eacute;t&eacute;s            qui, en ce moment m&ecirc;me, d&eacute;chiraient le c&#339;ur du pauvre            p&egrave;re.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne m&#8217;appesantirai pas davantage            sur ces cinq journ&eacute;es qui parurent cinq si&egrave;cles d&#8217;attente            et d&#8217;agonie &agrave; cette famille d&eacute;sol&eacute;e. Que            ceux qui ont souffert de cette m&ecirc;me douleur se souviennent, ils            comprendront.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enfin, le sixi&egrave;me jour une d&eacute;p&ecirc;che            arriva. Ce fut Hilda qui la re&ccedil;ut; elle la porta &agrave; son            p&egrave;re qui, aussit&ocirc;t, fit appeler sa femme et ses filles.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On e&ucirc;t dit que les doigts du vieillard            &eacute;taient paralys&eacute;s comme le reste de son corps, tant il            lui paraissait impossible d&#8217;ouvrir l&#8217;enveloppe dont le contenu            allait d&eacute;cider de leur sort; il y r&eacute;ussit cependant au            bout de quelques instants. Ce t&eacute;l&eacute;gramme ne venait point            de Willie, mais du m&eacute;decin qui avait soign&eacute; Rose. En voici            le contenu:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8220;Madame Moreland est morte ce matin            &agrave; trois heures. Votre fils sera avec vous d&egrave;s que tout            sera termin&eacute;.&#8221;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Oh! Willie! mon enfant! s&#8217;&eacute;cria            la pauvre m&egrave;re; et, sentant le besoin de cacher son d&eacute;sespoir,            elle sortit de l&#8217;appartement, suivie de ses deux filles.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entra&icirc;n&eacute;es toutes trois            par le m&ecirc;me sentiment, elles mont&egrave;rent &agrave; la chambre            qu&#8217;elles avaient pr&eacute;par&eacute;es avec tant de soins pour            la ch&egrave;re petite s&#339;ur aux yeux bleus qui, h&eacute;las! ne            devait jamais y entrer. Madame Moreland, la t&ecirc;te appuy&eacute;e            au pied du lit, soutenue par Edith agenouill&eacute;e &agrave; c&ocirc;t&eacute;            d&#8217;elle, exhalait son d&eacute;sespoir par un d&eacute;luge de            larmes m&ecirc;l&eacute; &agrave; cette agonie du c&#339;ur, connue            des m&egrave;res seulement. Assise &agrave; ses pieds, Lucile essayait            de la consoler mais ne pouvait que m&ecirc;ler ses sanglots aux siens.            Hilda, apr&egrave;s la lecture de la d&eacute;p&ecirc;che, &eacute;tait            rest&eacute;e debout au milieu de l&#8217;appartement, comme p&eacute;trifi&eacute;e            par son d&eacute;sespoir. Pauvre petite! c&#8217;&eacute;tait la premi&egrave;re            fois qu&#8217;elle se trouvait en pr&eacute;sence de la mort! Elle vit            sortir sa m&egrave;re et ses s&#339;urs; elle &eacute;couta leurs cris,            regarda leurs visages baign&eacute;s de larmes, sans bien pouvoir sa            rendre compte de ce qui &eacute;tait arriv&eacute;. Il lui semblait            &ecirc;tre la proie d&#8217;un horrible cauchemar. Elle aurait voulu            crier comme se s&#339;urs, mais ses cris s&#8217;arr&ecirc;taient dans            sa gorge. Tout &agrave; coup, ses regards tomb&egrave;rent sur son p&egrave;re            et elle lut tant de d&eacute;sespoir, tant de douleur contenue dans            les traits hagards et d&eacute;compos&eacute;s du vieillard, que, poussant            un faible cri, elle s&#8217;&eacute;lan&ccedil;a vers lui et lui jeta            ses deux bras autour du cou, appuyant sa t&ecirc;te sur sa poitrine            afin de mieux cacher ses larmes. Pauvre ch&egrave;re Hilda! elle cherchait            &agrave; para&icirc;tre brave et courageuse: elle &eacute;touffait ses            sanglots et refoulait ses pleurs dans son petit c&#339;ur si plein de            tendresse et de d&eacute;vouement pour ce pauvre vieux paralytique qui,            en cet instant, paraissait bris&eacute; par son d&eacute;sespoir.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au bout d&#8217;un moment, elle releva            la t&ecirc;te et le regarda avec quelque chose qui essayait de ressembler            &agrave; un sourire, mais accabl&eacute;e par cet effort, elle laissa            retomber son front sur la poitrine du vieillard.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Cher papa, dit-elle d&#8217;une            voix qui essayait d&#8217;&ecirc;tre ferme, je vous en prie, n&#8217;ayez            pas l&#8217;air aussi malheureux. Songez-y! nous ne connaissions pas            cette petite Rose Blanche aux yeux bleus, qui nous &eacute;tions seulement            dispos&eacute;s &agrave; aimer. Mais, apr&egrave;s tout, papa, nous            ne l&#8217;avons jamais vue et nous ne pouvons la regretter. Certainement,            nous sommes f&acirc;ch&eacute;s de la savoir morte, mais seulement par            rapport &agrave; Willie&#8230; Et Willie va venir&#8230; et nous serons            tous si heureux de le voir!&#8230; N&#8217;est-ce pas, papa?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelque chose qui ressemblait &agrave;            un l&eacute;ger &eacute;clat de rire s&#8217;&eacute;chappa des l&egrave;vres            de l&#8217;enfant, mais elle ne releva pas la t&ecirc;te. Elle resta            un moment silencieuse, attendant une r&eacute;ponse. Elle reprit bient&ocirc;t:<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8212;Il y a &agrave; peine une semaine            que nous &eacute;tions si heureux et si tranquilles! nous ne savions            m&ecirc;me pas qu&#8217;il y e&ucirc;t au monde une petite Rose Blanche&#8230;            et voil&agrave; que Willie nous &eacute;crit et nous parle d&#8217;elle&#8230;            eh hien [sic], papa, nous allons recommencer la vie d&#8217;autrefois            et nous oublierons tout ce qui a rapport &agrave; la petite s&#339;ur que            nous n&#8217;avons jamais connue, Edith ira donner ses le&ccedil;ons            de musique, maman et Lucile se remettront &agrave; la machine &agrave;            coudre, car enfin, il faut bien manger, m&ecirc;me quand on a du chagrin,            n&#8217;est-ce pas, papa?&#8230; et nous deux, nous redeviendrons les            bons amis que nous &eacute;tions: je lirai, je chanterai pour vous,            je ferai votre partie d&#8217;&eacute;checs et nous t&acirc;cherons            d&#8217;oublier pour toujours la petite s&#339;ur qui&#8230;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un sanglot lui coupa la parole; les forces            de la pauvre petite &eacute;taient &eacute;puis&eacute;es et elle ne            put achever la phrase commenc&eacute;e. Le vieillard, trop &eacute;mu            pour parler, pressa l&#8217;enfant plus &eacute;troitement sur sa poitrine            et, la t&ecirc;te appuy&eacute;e &agrave; la sienne ne put que m&ecirc;ler            ses larmes &agrave; celles de la petite d&eacute;sol&eacute;e. Pendant            quelques instants, on n&#8217;entendit dans la chambre que le bruit            des sanglots.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais pour qui donc cette douleur d&eacute;chirante?            Pour qui ces larmes? pour qui cette agonie du d&eacute;sespoir qui fait            trembler ces deux &ecirc;tres entrelac&eacute;s?&#8230; H&eacute;las!            pour une pauvre petite Rose Blanche, pour une ch&egrave;re petite s&#339;ur            aux yeux bleus, qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais vue, qu&#8217;ils ne            conna&icirc;tront jamais et que pourtant ils aimaient d&eacute;j&agrave;            de toutes les forces de leur &acirc;me. <br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </p>         <p>         <hr width="100%">          <center> <p><b><a href="http://www.centenary.edu/departme/french/louisiane.html" target="_top">Retour &agrave; la Biblioth&egrave;que Tintamarre</a></b></center> </td> </tr> </table></center>  </body> </html> 
