<html> <head><meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <title>Sylvie Gracia : L&#146;ongle rose</title> <base target="principal"> <meta name="Microsoft Border" content="none"> <link rel="stylesheet" href="../../style2.css" type="text/css"></head> <body class="times" stylesrc="../../medias/1modele1.htm" background="../../medias/images/fond.jpg" bgcolor="#FFFFFF" text="#000000" link="#000000" vlink="#808080" alink="#C0C0C0" leftmargin="0" topmargin="0" marginwidth="0" marginheight="0"> <p><map name="FPMap0"> <area href="#presse" shape="rect" coords="195, 39, 250, 52"> <area href="#texte" shape="rect" coords="141, 38, 188, 53"> <area href="../../presentation.htm" shape="rect" coords="483, 41, 536, 53"> <area href="javascript:history.back()" target="principal" shape="rect" coords="54, 35, 121, 53"> <area href="../auteurs/gracia.htm" shape="rect" coords="400, 36, 468, 57"> </map> <img rectangle="(483,41) (536,53) presentation.htm" src="../../medias/images/onglets/onglet_livretp.gif" border="0" usemap="#FPMap0" width="555" height="60"><a name="top">&nbsp;&nbsp;&nbsp;</a></p> <table border="0" width="100%"> <tr> <td width="61%" valign="bottom"> <h3 align="right">L&#146;Ongle rose</h3> <p align="right">Roman</p> <p align="right">112 pages<br> 11 &euro;</p> <p align="right">ISBN : 2-86432-354-0</td> <td width="39%" align="left" valign="bottom"> <p align="left">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<img border="0" src="../images/couv/ongle.gif" width="127" height="200"></td> </tr> </table> <table border="0" width="100%"> <tr> <td width="2%"></td> <td width="98%" colspan="2"></td> </tr> <tr> <td width="2%"></td> <td width="7%"></td> <td width="91%"> <h4><font face="Arial" color="#0000A0"><img src="../../medias/images/puce.gif" align="absmiddle" width="19" height="27"> R&eacute;sum&eacute;</font></h4> <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;De l&#146;amour fracass&eacute; il ne reste rien, que quelques traces furtives (&agrave; peine un ongle rose), un corps travers&eacute; de manque, et le d&eacute;sarroi sans fond que creuse l&#146;abandon.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#146;est ce moment que choisit le r&eacute;cit pour ouvrir son flux serr&eacute;, sa fureur contenue, ses cassures et ses reprises et, peut-&ecirc;tre, son refus rageur d&#146;abdiquer.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &Agrave; l&#146;&eacute;coute des pulsations infiniment bris&eacute;es et diffract&eacute;es de la ville peupl&eacute;e de visages et de destins trou&eacute;s de solitude, dans les n&eacute;ons de Pigalle, aupr&egrave;s des petites vieilles des Batignolles, des travelos des anciennes fortifications ou dans les bar-PMU des banlieues &eacute;migr&eacute;es, les coups que le dehors inflige &agrave; la conscience de la narratrice sont comme un &eacute;cho de ceux du dedans  le style glisse avec une parfaite pudeur et justesse de ton d&#146;un registre &agrave; un autre, du politique &agrave; l&#146;intime, tout naturellement.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  Parle-moi de l&#146;amour, s&#146;il te pla&icirc;t, parle-moi de l&#146;amour, c&#146;est tout ce que je te demande , lui dira l&#146;&eacute;crivain serbe cass&eacute; par la guerre. Et dans un dernier et tr&egrave;s beau retournement, le texte parvient &agrave; r&eacute;ajuster une fragile perspective. De celui qui raconte ou de celui qui &eacute;coute, lequel est le voleur de vie, lequel le voleur de mots ?</p> <font FACE="Futura BookOblique"> <p>&nbsp;</p> </font><h4><img src="../../medias/images/puce.gif" align="absmiddle" width="19" height="27"> <font face="Arial" color="#0000A0">Extrait du texte<a name="texte">&nbsp;&nbsp;&nbsp;</a></font></h4> <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ongle rose tomb&eacute; de mon gros orteil&nbsp;: lorsqu&#146;en me levant le matin, il m&#146;arrivait d&#146;avoir &agrave; chercher quelques minutes l&#146;&eacute;quilibre, m&#146;accrochant &agrave; la table de l&#146;ordinateur, pr&egrave;s du lit, pour que la ronde dans ma t&ecirc;te s&#146;apaise, que mes jambes retrouvent leur position droite, ferme, je caressais sa pellicule brillante qui ne conna&icirc;trait pas les craquelures d&eacute;sormais (la seule coquetterie de mes quarante ans&nbsp;: chaque samedi couvrir d&#146;un vernis mes ongles de pieds). Je me surpris un jour &agrave; lui dire des mots, &agrave; mon bel ongle silencieux, offert par un inconnu qui ne savait rien de ce qu&#146;il avait arrach&eacute; &agrave; mon corps et de ce qu&#146;il m&#146;avait montr&eacute; du sien, et je me fis peur. Ongle. T&eacute;ton fr&eacute;missant. J&#146;&eacute;tais beaucoup all&eacute;e au cin&eacute;ma, place de Clichy, durant cet hiver, &agrave; quelques blocs de mon petit appartement de derri&egrave;re la rue des Dames. L&agrave; seulement je trouvais en haut de l&#146;escalier monumental, dans la salle sombre, un bloc coh&eacute;rent, vies d&#146;hommes et de femmes auxquelles je pouvais croire, l&#146;illusion cin&eacute;matographique.</p> <p> <h4><font face="Arial" color="#0000A0"><img src="../../medias/images/puce.gif" align="absmiddle" width="19" height="27">  E<a name="presse"></a>xtraits de Presse</font></h4>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<i><a href="http://www.sitartmag.com/sylviegracia.htm">L&#146;amant de la narratrice...</a></i> &eacute;crit par Blandine Longre sur sitartmag.com (mars 2002)</p> <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<i>Le Monde des livres</i>, vendredi 29 mars 2002<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Ongles et brouillards</b><br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;par Jean-Luc Douin<br> <br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;[...] Son amant est parti, son amour s&#146;est fracass&eacute;.  Une femme &eacute;crit. Ne reste de son bonheur intime brutalement renvoy&eacute; au pass&eacute;  qu&#146;un f&eacute;tiche minuscule : l&#146;ongle couvert de vernis rose qui s&#146;est d&eacute;tach&eacute;  de son gros orteil, un matin, apr&egrave;s la rupture, sympt&ocirc;me de ce qui fut arrach&eacute;  &agrave; son corps, stigmate d&#146;une passion bris&eacute;e. Depuis <i>L&#146;&Eacute;t&eacute;  du chien</i> (1) et <i>Les Nuits d&#146;Hitachi</i> (2), on savait Sylvie Gracia capable de  sublimer le cri de d&eacute;sespoir d&#146;une femme ordinaire, la ronde des nuits opaques  sur les boulevards p&eacute;riph&eacute;riques de Paris-Ouest, la solitude du d&eacute;sir,  la douleur de l&#146;amour tranch&eacute; &agrave; vif, la crudit&eacute; des gestes rue Saint-Denis,  la fringale du sexe, le chien qui hurle dans l&#146;insomnie des nuits, les lettres mortes  d&#146;une m&egrave;re &agrave; l&#146;agonie.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sa prose rageuse, d&#146;une po&eacute;sie noire, implacable  &agrave; l&#146;&eacute;gard du temps perdu, &agrave; la fois pudique et crue, qui &eacute;vite  tous les pi&egrave;ges, les clich&eacute;s et les lamentations inh&eacute;rents aux confessions  des &ecirc;tres abandonn&eacute;s, vibre &agrave; nouveau dans <i>L&#146;Ongle rose</i>, roman  superbe sur le refus d&#146;oublier et d&#146;abdiquer. Et sur l&#146;enjeu litt&eacute;raire&nbsp;:  tout au long de cet hiver de ses &laquo;&nbsp;fureurs abstraites&nbsp;&raquo;, la narratrice  de Sylvie Gracia continuera &agrave; s&#146;asseoir devant son ordinateur, &agrave; l&#146;aff&ucirc;t  de mails d&#146;amis lointains, avide aussi de v&eacute;rifier qu&#146;un &eacute;crivain  n&#146;&eacute;crit pas pour voler la vie, mais pour en faire don, m&ecirc;me s&#146;il fait  la sentinelle dans l&#146;espoir d&#146;entrevoir &agrave; la fen&ecirc;tre les baisers d&#146;un  homme sur la chair d&#146;une femme au bras nu.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Flux de r&eacute;miniscences et d&#146;errances, patchwork d&#146;&eacute;chos  brouillant impressions et rencontres, cantate profane aux r&eacute;citatifs sensuels, <i>L&#146;Ongle  rose</i> &eacute;gr&egrave;ne les strophes lucides d&#146;une vie d&eacute;r&eacute;gl&eacute;e.  Condamn&eacute;e au souvenir et &agrave; l&#146;attente, vou&eacute;e &agrave; rater ses rendez-vous,  plong&eacute;e dans &laquo;&nbsp; la foule incontr&ocirc;lable des pi&eacute;tons sur les  trottoirs&nbsp;&raquo;, rabrou&eacute;e par l&#146;amie Fanny qui l&#146;a prise sous son  aile, cherchant d&#146;un visage &agrave; l&#146;autre, &laquo;&nbsp; comme un jeu &agrave;  cloche-pied, la case sur laquelle je pourrais trouver refuge&nbsp;&raquo;, la narratrice &agrave;  &laquo;&nbsp;l&#146;&acirc;me trou&eacute;e&nbsp;&raquo; se dissout dans les n&eacute;ons  de Pigalle, les bars PMU des banlieues &eacute;migr&eacute;es, les quais de la gare Saint-Lazare,  la vision du cercueil de la vieille voisine enterr&eacute;e sans famille &agrave; l&#146;&eacute;glise  des Batignolles. &laquo;&nbsp;Combien de fois, durant cet hiver-l&agrave;, il m&#146;arriva  de m&#146;installer &agrave; un arr&ecirc;t de bus, et de fermer les yeux pour me nourrir  de la pulsation de la ville.&nbsp;&raquo; Le ventre nou&eacute; de d&eacute;sir, elle guette  le relent brutal d&#146;une odeur de toilette, est assaillie par la &laquo;&nbsp;rem&eacute;moration  fulgurante de deux corps dans le noir de la jouissance, en boucle les images de la nuit ;  en boucle, sans fin&nbsp;&raquo;. Elle hante les cin&eacute;mas de la place Clichy, pleure  aux films am&eacute;ricains &laquo;&nbsp;d&#146;action parano&iuml;aque ou d&#146;amour&nbsp;&raquo;,  s&#146;installe &agrave; la brasserie Wepler pour &eacute;couter les conversations des clients.  C&#146;est l&agrave; qu&#146;elle rencontre un homme &laquo;&nbsp;aux doigts aplatis&nbsp;&raquo;,  &eacute;crivain serbe au corps mutil&eacute; par la guerre, qui la gu&eacute;rit de la disparition  de &laquo;&nbsp;l&#146;amant aim&eacute;&nbsp;&raquo; et lui r&eacute;apprend &agrave; faire  flamber ensemble les mots et les corps.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<font size="2">(1) Gallimard, &laquo;&nbsp;L&#146;Arpenteur&nbsp;&raquo;  1996</font><br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<font size="2">(2) Gallimard, &laquo;&nbsp;L&#146;Arpenteur&nbsp;&raquo;  1999</font></p> <p><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Magazine litt&eacute;raire</i>, avril 2002<br> <i><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</b></i><b>La bonne distance</b><br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;par Anne-Marie Koenig<br> <br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Claquements de talons, moteurs en pouss&eacute;es d&#146;adr&eacute;naline apr&egrave;s  le croisement, voix qui s&#146;entrechoquent, grincements de poussettes, landaus, caddies, le souffle bruyant de  la ville ruisselle par l&#146;entreb&acirc;illement de la fen&ecirc;tre et bute sur le ronron obstin&eacute; de  l&#146;ordinateur. Sylvie Gracia s&#146;&eacute;panouit au milieu du bruit. La ville affair&eacute;e &agrave; &ecirc;tre  elle-m&ecirc;me, n&#146;est-ce pas le monde autour, et la vie&nbsp;?<br> Levallois, c&#146;est juste sur le fil du m&eacute;tro parisien. En voiture aussi, une belle ligne droite, et l&#146;&eacute;motion  toujours devant la ville, la libert&eacute; grande ouverte. Paris, et surtout la place Clichy, o&ugrave; s&#146;imbriquent  des bribes de la vie citadine, bistrots, cin&eacute;mas, librairies, langues h&eacute;t&eacute;roclites, corps et  couleurs, rues commer&ccedil;antes et vendeurs &agrave; la sauvette. Sylvie Gracia avait une vingtaine d&#146;ann&eacute;es  quand elle arriva &agrave; Paris.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il fallait fuir le silence de la campagne, la mornitude &eacute;touffante des villes  de province, toutes ces saisons pass&eacute;es &laquo;&nbsp;&agrave; attendre la suivante, une perdition lente et  souterraine&nbsp;&raquo;. Elle est n&eacute;e dans un tout petit village de l&#146;Aveyron, en 1959, quatorze ans  apr&egrave;s la fin de la Seconde Guerre. Les grands-parents paternels avaient &eacute;chou&eacute; l&agrave;, avec  leur langue &eacute;trange et leur fils de dix ans, chass&eacute;s par la guerre d&#146;Espagne. Les guerres accompagnent  en sourdine l&#146;histoire des familles. Les langues, espagnol d&#146;un c&ocirc;t&eacute;, occitan de l&#146;autre,  fran&ccedil;ais au milieu, se juxtaposent comme les &eacute;clats d&#146;une grammaire perdue.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Puis ce fut Rodez, Montpellier et les &eacute;tudes de philosophie, avant le grand  virage&nbsp;: Paris et le journalisme. Sylvie Gracia voulait devenir grand reporter, respirer au c&#156;ur de l&#146;actualit&eacute;,  que jamais ne se taise le fracas des hommes, h&eacute;rissant d&#146;asp&eacute;rit&eacute;s un temps trop plat.  Dix ans dans la presse, &agrave; s&#146;&eacute;tioler sur de petits papiers d&#146;ombre sans int&eacute;r&ecirc;t.  Mais ce fut aussi la d&eacute;cennie des photographies. Paysages urbains morcel&eacute;s comme les tessons d&#146;une  ville, surpris en noir et blanc, d&eacute;velopp&eacute;s, tir&eacute;s au fond de l&#146;appartement, punais&eacute;s  aux murs, entass&eacute;s dans des cartons.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ne faut-il pas r&eacute;unir un &agrave; un tous les fragments d&#146;une chose pour  la voir enti&egrave;re? Dans <i>L&#146;Ongle rose</i>, son dernier livre, Sylvie Gracia s&#146;acharne &agrave;  recomposer l&#146;image de l&#146;amant parti. Il n&#146;a laiss&eacute;, en creux, que le manque, des &eacute;clats  de souvenirs, bribes de gestes, bribes de peau et un l&eacute;ger parfum errant encore entre les pages d&#146;un  livre. La m&eacute;moire ne garde des gens aim&eacute;s que les pi&egrave;ces &eacute;parpill&eacute;es d&#146;un  puzzle, m&ecirc;me les traits du visage ne s&#146;accordent plus. Les mots patiemment ajoutent et recollent. L&#146;&eacute;criture  de Sylvie Gracia, port&eacute;e vers des s&eacute;quences, des brisures, se trouve l&agrave; une ligne continue.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Des mots donc pour immobiliser le flux incessant du monde. L&#146;ordinateur, rarement  &eacute;teint, lance son courriel dans les deux sens et &agrave; tous les points de la plan&egrave;te. Journal tenu  par intermittences, po&egrave;mes parfois, ou livres travaill&eacute;s et repris jusqu&#146;&agrave; la forme parfaite,  ces mots-l&agrave; s&#146;ajoutent &agrave; ceux des autres, des journaux lus quotidiennement et des manuscrits  &agrave; lire qui s&#146;empilent dans leurs chemises, leurs enveloppes de papier kraft. Il y a quatre ou cinq ans,  Sylvie Gracia fonda aux &eacute;ditions du Rouergue la collection litt&eacute;rature qu&#146;elle continue &agrave;  diriger, lisant et accompagnant le travail des auteurs jusqu&#146;au bout. Arriv&eacute;e l&agrave; par une de ces  co&iuml;ncidences qu&#146;on appelle hasard et qui n&#146;en sont pas toujours, parce qu&#146;il faudrait se faire  plus attentifs &agrave; &laquo;&nbsp;tirer le fil des signes qui partout dans notre vie devraient nous alerter&nbsp;&raquo;,  Sylvie Gracia module au plus pr&egrave;s les lignes d&#146;une vie en triangle&nbsp;: &eacute;crire, travailler,  &eacute;lever ses deux filles, ne rien rel&acirc;cher.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cheveux courts, v&ecirc;tements confortables et petit foulard autour du cou, pas d&#146;inutile  coquetterie, c&#146;est d&eacute;j&agrave; bien assez compliqu&eacute;, quand on a &laquo;&nbsp;l&#146;&acirc;me  trou&eacute;e&nbsp;&raquo;, de rassembler des morceaux de soi pour simplement savoir o&ugrave; l&#146;on en est  de la vie. En qu&ecirc;te de r&eacute;alit&eacute;, Sylvie Gracia traque la sensation de pr&eacute;sence au monde  comme on court apr&egrave;s le bonheur. Avoir &agrave; chaque instant la conscience d&#146;&ecirc;tre vivante. Il  y eut la naissance des filles, les bains de foule dans la rue, les mots, l&#146;amour. Le d&eacute;sir projette  dans un exc&egrave;s de r&eacute;alit&eacute;, dans un pr&eacute;sent total. Il faudrait dire l&#146;amour et les  nuits d&#146;amour, la beaut&eacute; des corps, &laquo;&nbsp;la pleine solitude du d&eacute;sir et qu&#146;importe  celui qui le provoque&nbsp;&raquo;, aussi simplement qu&#146;on raconte un coucher de soleil.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais l&#146;amour &eacute;touffe, l&#146;amour se vit dans l&#146;absence, comme un  souvenir, &laquo;&nbsp;il faut s&#146;&eacute;loigner de l&#146;autre pour le voir&nbsp;&raquo;. Amoureuses, amicales  ou simplement professionnelles, les relations avec autrui sont question de distance, pas de danse entre la solitude  et la soci&eacute;t&eacute;. Trop pr&egrave;s, trop loin, il faut mettre des mots pour ajuster comme on r&egrave;gle  une paire de jumelles. Trois livres d&eacute;j&agrave;, o&ugrave; le lent travail de l&#146;&eacute;criture recible  au plus juste le temps et l&#146;espace des histoires. La distance tient lieu d&#146;armure, quand on vibre trop  en empathie avec les gens, qu&#146;on pleure d&#146;un rien, qu&#146;on rit d&#146;une broutille. Sylvie Gracia  essaye des carapaces d&#146;indiff&eacute;rence, sans curiosit&eacute; pour les petits destins personnels, les drames  insignifiants. Qu&#146;y a-t-il &agrave; dire d&#146;une vie&nbsp;?<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L&#146;accent du midi glisse ses callosit&eacute;s, ses rondeurs et ses d&eacute;nivel&eacute;s,  qui ancrent la voix dans un paysage ferme. La silhouette de Sylvie Gracia ressemble &agrave; son accent, avec ses  plages douces et ses angles abrupts, la vuln&eacute;rabilit&eacute; masqu&eacute;e derri&egrave;re l&#146;efficacit&eacute;.  Les mains dans les poches et la d&eacute;marche press&eacute;e. Tout faire, et tout faire vite, rire, manger, aimer,  travailler, regarder. Quand on marche avec la pens&eacute;e permanente de la mort, cela donne une intensit&eacute;  terrible &agrave; chaque seconde, &agrave; chaque geste, en m&ecirc;me temps qu&#146;un grand froid. &laquo;&nbsp;La  vie se rationne en journ&eacute;es et chaque nuit venue est un acompte.&nbsp;&raquo; Toujours au bord des choses,  Sylvie Gracia r&ecirc;ve de faire des films. La distance id&eacute;ale&nbsp;?</p> <p><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lib&eacute;ration</i>, vendredi 18 avril 2002<br> <b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Levallois-Clichy</b><br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;par Jean-Baptiste Harang<br> <br> <i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sylvie Gracia a &eacute;crit le temps qu&#146;un ongle repousse, un livre de consolation  du chagrin d&#146;un amant parti. De Levallois &agrave; la place Clichy, le d&eacute;cor en noir et blanc de sa  solitude.</i><br> <br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cet ongle rose n&#146;est pas celui de la chanson, ce petit bout du petit ongle rose  du petit doigt de sa petite main, non, il est gros ongle du gros orteil du pied menu d&#146;une grande fille, d&#146;une  femme, d&#146;une amante, ongle rose de vernis, tomb&eacute;, pos&eacute; l&agrave; sur la table &agrave; c&ocirc;t&eacute;  de l&#146;ordinateur qui &eacute;crit, pos&eacute; l&agrave; pour prendre date puisque l&#146;on sait que les ongles  repoussent comme s&#146;effacent les deuils. La petite fille comme la grande, le petit ongle comme celui de l&#146;orteil,  l&#146;ongle tomb&eacute;, ont en commun le lourd besoin d&#146;&ecirc;tre consol&eacute;s. On dit &laquo;&nbsp;l&#146;ongle  tomb&eacute;&nbsp;&raquo; comme Sylvie Gracia &eacute;crit &laquo;&nbsp;mon amant parti&nbsp;&raquo;, et puis plus  loin, plus tard, lorsque le livre de la consolation l&#146;aura assez consol&eacute;e, qu&#146;il aura rempli son  office, qu&#146;il pourra s&#146;arr&ecirc;ter de lui-m&ecirc;me comme une toupie qui se couche &agrave; la fin  de ses voltes, dans le m&ecirc;me souffle qu&#146;il avait commenc&eacute;, elle se surprendra &agrave; &eacute;crire  &laquo;&nbsp;mon amant aim&eacute;&nbsp;&raquo; et il sera temps de remettre du rose sur l&#146;ongle de ce gros  orteil tout neuf comme un amour nouveau.<br> <i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L&#146;Ongle rose</i> est un livre le temps qu&#146;un ongle repousse, un lent  compte &agrave; rebours irr&eacute;fragable, comme la valse de la toupie, comme la pi&egrave;ce qui roule entre  pile et face, entre vie et mort, il ne souffre pas les sautes de paragraphes, il tomberait. Non, il souffre. Il  souffre de tristesse, de m&eacute;lancolie, de chagrin et de deuil, il souffre les yeux ouverts, et le mauvais sang  qu&#146;il se fait laisse place peu &agrave; peu &agrave; un jus plus clairet, fragile, dont on craint qu&#146;il  ne suffise pas &agrave; relancer le c&#156;ur, et puis le livre se sauve, la pi&egrave;ce retombe c&ocirc;t&eacute;  vie, et le livre se referme sur ce qui ne nous regarde plus.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Comme ses deux premiers textes, <i>l&#146;Ongle rose</i> de Sylvie Gracia ne comporte  pas d&#146;indication de genre, ils ne se veulent ni romans ni r&eacute;cits, ce qui n&#146;autorise pas pour autant  le lecteur &agrave; chercher le d&eacute;part entre le v&eacute;cu de l&#146;auteur et son r&ecirc;ve, ils ne sont  qu&#146;&eacute;criture. <i>L&#146;&Eacute;t&eacute; du chien</i> (l&#146;Arpenteur, 1996) &eacute;tait construit  de 349 fragments, les d&eacute;bris qu&#146;une m&eacute;moire &agrave; fragmentation avait dispers&eacute;s lors  du retour d&#146;une jeune femme dans le giron d&#146;une ferme en Aveyron&nbsp;; <i>les Nuits d&#146;Hitachi</i>  (1&#146;Arpenteur, 1999) se divisaient en huit, avec des voix de femmes, diff&eacute;rentes et m&ecirc;l&eacute;es,  pour dire les nuits de solitude dans Levallois transi. Avec <i>l&#146;Ongle rose</i>, on a franchi le p&eacute;riph&eacute;rique,  nous sommes &agrave; Paris, place Clichy et alentour, et la voix est unique, c&#146;est elle qui tient le r&eacute;cit,  elle est tendue comme la bande magn&eacute;tique d&#146;un enregistreur r&eacute;tif, on sait qu&#146;elle peut  se briser, se nouer, que ce qu&#146;elle dit est trop lourd pour elle, et que si elle se brise, sept ans de silence.  Et pourtant, elle s&#146;applique &agrave; ne dire que des choses l&eacute;g&egrave;res, n&#146;y parvient pas souvent.  Elle dit comment l&#146;ongle est tomb&eacute;, comment elle a re&ccedil;u une chaise sur le pied, une bagarre dans  un caf&eacute;, une bagarre qui ne la concernait pas, et le t&eacute;ton d&#146;un des deux hommes aper&ccedil;u  dans l&#146;&eacute;chancrure de la chemise, cette ombre du d&eacute;sir. Elle dit les rendez-vous manqu&eacute;s  avec un homme laid, un autre r&eacute;ussi avec un homme meurtri. Elle recopie les phrases qu&#146;elle lit, la  premi&egrave;re de <i>Conversation en Sicile</i> d&#146;Elio Vittorini, &laquo;&nbsp;J&#146;&eacute;tais cet hiver-l&agrave;,  en proie &agrave; d&#146;abstraites fureurs&nbsp;&raquo;, les fait siennes puisque ces phrases lues parlent d&#146;elle.  De son amant parti. Celui qui a claqu&eacute; la porte en renversant les livres sur ces mots&nbsp;: &laquo;&nbsp;Voleuse  de vie&nbsp;&raquo;. Et puis la suite emprunt&eacute;e &agrave; Vittorini&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ce calme plat de la  non-esp&eacute;rance&nbsp;&raquo;. Fanny, l&#146;amie qui n&#146;aime pas les hommes mais &ecirc;tre aim&eacute;e  par eux. Fanny f&acirc;ch&eacute;e, Dieu sait pourquoi. Les maisons froides dont on sait que plus personne n&#146;y  mourra. La prof de philo, son &#156;il mort dans les camps. D&#146;autres maisons qu&#146;on d&eacute;truit au pr&eacute;texte  qu&#146;elles ne sont pas assez bien pour ceux qu&#146;on met dehors. Et la Brasserie Wepler trop bien pour elle  et bient&ocirc;t famili&egrave;re. Ahmed &agrave; son bar de l&#146;Univers et &laquo;&nbsp;la folle au frigo&nbsp;&raquo;.  Morte. Pas de famille &agrave; l&#146;enterrement&nbsp;: &laquo;&nbsp;Parmi les quatre porteurs qui remontaient  le cercueil dans l&#146;all&eacute;e, seuls hommes de l&#146;assistance avec le cur&eacute;, j&#146;avais reconnu  le boucher de la rue des Dames, son teint jaune de fumeur. En fin de journ&eacute;e, passant devant son magasin,  je l&#146;avais vu d&eacute;coupant une pi&egrave;ce de b&#156;uf rouge sombre, d&#146;un grand coup il avait tranch&eacute;  l&#146;os, comme s&#146;il n&#146;avait jamais quitt&eacute; son comptoir, comme si c&#146;&eacute;tait un autre,  trois heures plus t&ocirc;t qui portait sur son &eacute;paule le cadavre d&eacute;j&agrave; sec d&#146;une bonne  cliente&nbsp;&raquo;, page 50. Celle-l&agrave; ou une autre, toutes ces histoires dites pour faire diversion, &agrave;  la solitude, au chagrin, ces trains de Saint-Lazare en bouquet sous le pont de Rome, ces bus lanc&eacute;s vers  les butoirs des banlieues, rien ne distrait, mais le temps veille, la transfusion op&egrave;re, le corps vit, l&#146;ongle  pousse&nbsp;: &laquo;&nbsp;Mon c&#156;ur battait, mes poumons inspiraient et expiraient ( ... ), je d&eacute;f&eacute;quais,  mes r&egrave;gles venaient et repartaient, sans douleur. Il m&#146;arrivait aussi d&#146;avoir du d&eacute;sir selon  une r&eacute;gularit&eacute; temporelle &eacute;tonnante, crampe soudaine du ventre et fourmillements dans les seins  et je me soulageais rapidement, je n&#146;avais pas m&ecirc;me besoin d&#146;images, non, surtout pas celles de  mon amant aim&eacute;, mon fonctionnement sexuel se r&eacute;sumait &agrave; quelques gestes ma&icirc;tris&eacute;s&nbsp;&raquo;,  page 55. On parle d&#146;amour avec &laquo;&nbsp;un &eacute;crivain serbe&nbsp;&raquo;, qui n&#146;est pas nomm&eacute;,  qu&#146;on reconna&icirc;t pour l&#146;avoir lu, des cadavres entre les pages, pour l&#146;avoir vu, il dit&nbsp;:  &laquo;&nbsp;Ton corps sait ce que tu ne sais pas dire&nbsp;&raquo;. Un ongle pousse &agrave; vos pieds et l&#146;on  re&ccedil;oit un mail o&ugrave; surnage cette phrase qu&#146;aucun clic de souris ne sait effacer&nbsp;: &laquo;&nbsp;Fillette  aux doigts coup&eacute;s par les talibans parce qu&#146;elle portait du vernis&nbsp;&raquo;. Apr&egrave;s, la voix  s&#146;&eacute;teindra, pas bris&eacute;e, non, juste le moment venu de se taire, la toupie couch&eacute;e sur un  doux flanc, la pi&egrave;ce tomb&eacute;e du bon c&ocirc;t&eacute;, sous le souffle d&#146;un homme qui sait que  &laquo;&nbsp;dans l&#146;apr&egrave;s de l&#146;amour on est comme dans l&#146;apr&egrave;s de la guerre&nbsp;;  le silence est inou&iuml;&nbsp;&raquo;.</p> <p><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Midi Libre Dimanche</i>, 14 avril 2002<br> <b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les subtils jeux de miroir de la m&eacute;moire<i><br> </i></b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;par Jacky Vilac&egrave;que<br> <br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce ne sont pas des livres-mode, de ces livres qu&#146;on exp&eacute;die entre un clip  de campagne, un cin&eacute; et une portion de frites chez MacDo. Ce sont des livres que l&#146;on prend, que l&#146;on  renifle, que l&#146;on repose, que l&#146;on reprend quelques pages en amont. Parce que ce sont de vrais livres  en somme. De ceux qui tiennent &agrave; la vie &agrave; la fois par la trame des mots et par cette alchimie subtile  qui fait courir les &eacute;motions de la page au lecteur et du lecteur &agrave; la page. Trame des mots&nbsp;:  ce n&#146;est pas pour rien qu&#146;on emploie cette expression couturi&egrave;re&#133; On ne peut en effet trouver  plus juste pour &eacute;tiqueter le r&eacute;cit de Sylvia Gracia <i>L&#146;Ongle rose</i> tant ces 103 pages ne  peuvent h&eacute;berger une virgule, un point de suspension, un souffle de plus.<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;103 pages d&#146;un seul tenant sans un alin&eacute;a, sans  la respiration d&#146;un dialogue (elle qui dans ses deux pr&eacute;c&eacute;dents ouvrages  avait au contraire &eacute;chafaud&eacute; une construction toute de fragments). Et on a conscience  en &eacute;crivant cela qu&#146;on risque de rendre &agrave; ce livre le pire des services&nbsp;:  monologue &agrave; la Joyce pensera-t-on aussit&ocirc;t, exp&eacute;rience &agrave; la Nouveau  Roman. Int&eacute;ressante n&#146;en doutons pas. Et rasoir, Seigneur, rasoir plus encore&#133;<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Eh bien non. Que non. Archi-non. <i>L&#146;Ongle rose</i> est effectivement le monologue  d&#146;une femme qui a perdu un homme et en regarde d&#146;autres, qui &eacute;coute la pulsation de Paris et se  laisse aller &agrave; la tendresse pour les vieilles dames de la sup&eacute;rette et les paum&eacute;s du bistrot.  Mais ce r&eacute;cit si dense, ce hal&egrave;tement de mots vaut par cela&nbsp;: il touche le lecteur dans cette  zone myst&eacute;rieuse si rarement stimul&eacute;e o&ugrave; l&#146;intelligence et l&#146;&eacute;motion tiennent  conciliabule. Que Sylvie Gracia, Aveyronnaise de souche, Montpelli&eacute;raine de parcours, Parisienne de hasard  &#150; elle y travaille aux &Eacute;ditions du Rouergue &#150; confesse avoir mis un an et demi &agrave; la tricoter,  cette trame, cela finalement ne veut rien dire. Dix-huit mois pour deux heures de lecture et on ne sent rien de  ce maniaque travail d&#146;embo&icirc;tement des mots. On ne sent rien de la technique et on ressent tout de l&#146;&eacute;motion,  de la tendresse, de la douleur, de l&#146;amour et de l&#146;oubli qui traversent ces pages. Et pas que cela&nbsp;:  les &eacute;chos d&#146;une guerre aussi, celle de Bosnie, d&#146;une monstruosit&eacute;, celle de la Shoah, des  violences r&eacute;elles ou suppos&eacute;es, enfin, de ces no-man&#146;s lands de b&eacute;ton o&ugrave; la ville  devient zone.</p> <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Les &acirc;mes incarn&eacute;es</b><br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;par Dominique Aussenac<br> <br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<i>Sylvie Gracia poursuit &agrave; travers son troisi&egrave;me ouvrage une exploration  des corps, des vertiges, des b&eacute;ances. Une &eacute;criture incisive, d&eacute;rangeante et vraie.</i><br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Un ongle n&#146;est pas une chose anodine, innocente. Un ongle d&eacute;veloppe une  dimension fantomatique, surtout lorsqu&#146;il para&icirc;t mort, &agrave; peine racorni, d&eacute;tach&eacute;  du corps. En Afrique, certains affirment qu&#146;il faut cacher, d&eacute;truire ongles, cheveux, peaux mortes,  afin de ne pas &ecirc;tre d&eacute;poss&eacute;d&eacute; de soi-m&ecirc;me, marabout&eacute;. Dans le nouvel ouvrage  de Sylvie Gracia, l&#146;ongle est d&eacute;clencheur d&#146;&eacute;criture, fil rouge (rose vernis) incongru presque  magique. Un t&eacute;moin aux deux sens du terme, le t&eacute;moin d&#146;une action, ici, un coup d&#146;&eacute;clat,  une dispute d&#146;hommes, une bousculade et un t&eacute;ton entr&#146;aper&ccedil;u qui fascinera l&#146;h&eacute;ro&iuml;ne  tout un hiver. Un t&eacute;moin, le b&acirc;ton relais qui passerait de main en main et &eacute;voquerait pas tout  &agrave; fait la mort, pas tout &agrave; fait la vie, peut-&ecirc;tre l&#146;&acirc;me. L&#146;ongle, r&eacute;ceptacle  de l&#146;&acirc;me?<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le corps, l&#146;&acirc;me et la mort-rupture hantent les livres de Sylvie Gracia.  Des livres avec de vrais morceaux de vie, des angles tranchants, des fascinations-r&eacute;pulsions, des &eacute;mois,  de l&#146;ego fort. Dans son premier ouvrage <i>L&#146;&Eacute;t&eacute; du chien</i> (L&#146;Arpenteur, 1996),  l&#146;h&eacute;ro&iuml;ne quittait son foyer, le p&egrave;re de ses deux enfants pour revenir dans l&#146;Aveyron  vivre entre ses parents et travailler en sup&eacute;rette. Trois cent quarante neuf s&eacute;quences brutes s&#146;amoncelaient,  se recoupaient pour former une histoire irradi&eacute;e de solitude, d&#146;errance o&ugrave; l&#146;amour, voire  le non-amour donnait le change. <i>Les Nuits d&#146;Hitachi</i> (L&#146;Arpenteur, 1999), nuits de veille presque  de recueillement, baign&eacute;es par les n&eacute;ons publicitaires de la marque japonaise menaient non au satori,  mais &agrave; une intranquillit&eacute; sereine, urbaine. Huit textes y d&eacute;clinaient la vie (deux naissances,  sources de libert&eacute;), la mort (Jeanne qui danse un cancer endiabl&eacute;), le sexe comme exp&eacute;rience  limite. De ces deux ouvrages &eacute;clat&eacute;s &eacute;manaient une tension, une force extr&ecirc;me et d&eacute;rangeante.  Paradoxalement certaines situations-limites crues rev&ecirc;taient une pudeur particuli&egrave;re. Une forme narrative  plus ramass&eacute;e, plus romanc&eacute;e permettrait-elle de conserver autant de caract&egrave;re, de v&eacute;rit&eacute;,  de puissance&nbsp;? <i>L&#146;Ongle rose</i>, quasi-roman (103 pages), avec bien s&ucirc;r plus de gras, de liant  que les pr&eacute;c&eacute;dents, une voix r&eacute;currente invoquant l&#146;amant presque durassienne, des ruptures,  des syncopes, tient magnifiquement la route. L&#146;ongle bris&eacute; dira l&#146;amour enfui, les rencontres dans  des caf&eacute;s, des restos, des rues, des quartiers interlopes et surtout le d&eacute;sir, la fascination de l&#146;homme,  de son corps. Il y a dans cette qu&ecirc;te du corps en exil, de l&#146;&eacute;migr&eacute;, du d&eacute;sh&eacute;rit&eacute;,  du r&eacute;fugi&eacute; quelque chose de pasolinien. La R&eacute;demption par l&#146;humiliation et la violence&nbsp;?  Plut&ocirc;t l&#146;effacement de solitudes extr&ecirc;mes dans le corps &agrave; corps aveugle de l&#146;amour.  Il est un moment beau, fort, cr&eacute;pusculaire dans cet ouvrage&nbsp;: sur un toit, le monde en contrebas, l&#146;h&eacute;ro&iuml;ne  suit les contours d&#146;une cicatrice, marque d&#146;une torture inflig&eacute;e &agrave; un homme. &laquo;&nbsp;Combien  de fois ensuite il me sembla avoir pos&eacute; le doigt dessus ce soir-l&agrave; et lentement avoir remont&eacute;  le long, les yeux ferm&eacute;s avoir mesur&eacute; le bourgeonnement des tissus l&agrave; o&ugrave; la plaie s&#146;&eacute;tait  referm&eacute;e en enfouissant la douleur.&nbsp;&raquo;<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sylvie Gracia &eacute;crit au plus pr&egrave;s du trou noir, ce trou noir enfermant  tant de chairs, d&#146;absence, de douleurs et d&#146;&eacute;mois. Elle esquisse remarquablement des contours d&#146;&acirc;mes  nues, nimb&eacute;es de lumi&egrave;re artificielle.</p> <p>&nbsp;</p> </td> </tr> <tr> <td width="2%"></td> <td width="98%" colspan="2"> <p align="right"><a href="#top"><img src="../../medias/images/top.gif" border="0" align="middle" width="20" height="27"></a>&nbsp;&nbsp;</td> </tr> <tr> <td width="2%"></td> <td width="7%"></td> <td width="91%"></td> </tr> </table> </body> </html> 
