<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.7 [fr]C-NSCPCD  (Win98; U) [Netscape]">    <meta name="Template" content="C:\PROGRAM FILES\MICROSOFT OFFICE\OFFICE\html.dot">    <meta name="Author" content="rdb">    <title>Le cri du sang innocent. (1775)</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#3F8F67" link="#0000FF" vlink="#3333FF" alink="#FF0000" nosave> <font face="Times New Roman,Times"><a href="#Note_42"></a></font>&nbsp; <center><table BORDER=4 CELLPADDING=15 WIDTH="95%" BGCOLOR="#DEFEEC" > <tr> <td> <center><font face="Times New Roman,Times">&nbsp;&nbsp; <b><font size=-1>PRSENTATION DU CD DES OEUVRES COMPLTES DE VOLTAIRE</font></b></font> <br><font face="Times New Roman,Times"><font size=-1>| <a href="../modalites.htm">Commander le CD-Rom</a> |&nbsp;&nbsp; <a href="Catcd1b.htm">Table des&nbsp;<i> Oeuvres compltes</i></a>&nbsp; |&nbsp; <a href="../Voltind.htm">Retour Accueil</a> |</font></font> <br><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#FF0000"><font size=-1>MLANGES 1775</font></font></font></b></center> <font face="Times New Roman,Times">.&nbsp;</font> <center><table BORDER=5 CELLSPACING=4 CELLPADDING=10 BGCOLOR="#006600" > <tr> <td> <center><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#FFFF00"><font size=+2>LE CRI DU SANG INNOCENT.</font></font></font></b></center> </td> </tr> </table></center> <font face="Times New Roman,Times">.&nbsp;</font> <center><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#FF0000">(1775)</font></font></b></center>  <p><font face="Times New Roman,Times"><b><font color="#0000FF">Notice: </font></b>Cet crit, au nom de M. d'tallonde, avait pour objet sa rhabilitation, et la cassation de la procdure d'Abbeville. Cet officier, au service du roi de Prusse, avait obtenu un cong illimit pour venir solliciter le succs de son affaire. L'crit est dat de Neufchtel, ville appartenante au roi de Prusse, o M. d'tallonde tait suppos rsider; mais, dans le fait, il tait alors  Ferney, chez son patron, o il resta dix-huit mois. (K.)&nbsp;</font> <br><font face="Times New Roman,Times">- <i>Le Cri du sang innocent,</i> dat du 30 juin, et la Procdure d'Abbeville, qui le suit, parurent au commencement de juillet 1775; mais, six mois auparavant, Voltaire en avait envoy un projet  d'Argental. <i>Le Cri du sang innocent </i>est un supplment  la <i>Relation de la mort du chevalier de La Barre.</i> (Voyez <i>Mlanges,</i> anne 1766)&nbsp;</font> <center> <p><a NAME="AU ROI TRS-CHRTIEN"></a><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">AU ROI TRS-CHRTIEN</font></font></b> <p><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">EN SON CONSEIL.</font></font></b></center>  <dir> <dir><font face="Times New Roman,Times">Sire,</font></dir> </dir> <font face="Times New Roman,Times">L'auguste crmonie de votre sacre<a href="#Note_42">(42)</a> n'a rien ajout aux droits de Votre Majest; les serments qu'elle a faits d'tre bon et humain n'ont pu augmenter la magnanimit de votre coeur et votre amour de la justice. Mais c'est en ces solennits que les infortuns sont autoriss  se jeter  vos pieds: ils y courent en foule; c'est le temps de la clmence; elle est assise sur le trne  vos cts; elle vous prsente ceux que la perscution opprime. Je lui tends de loin les bras, du fond d'un pays tranger. Opprim depuis l'ge de quinze ans (et l'Europe sait avec quelle horreur), je suis sans avocat, sans appui, sans patron mais vous tes juste.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">N gentilhomme dans votre brave et fidle province de Picardie<a href="#Note_43">(43),</a> mon nom est d'tallonde de Morival. Plusieurs de mes parents sont morts au service de l'tat. J'ai un frre capitaine au rgiment de Champagne. Je me suis destin au service ds mon enfance.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">J'tais dans la Gueldre en 1765, o j'apprenais la langue allemande et un peu de mathmatique pratique, deux choses ncessaires  un officier, lorsque le bruit que j'tais impliqu dans un procs criminel au prsidial d'Abbeville parvint jusqu' moi.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On me manda des particularits si atroces et si inoues sur cette affaire,  laquelle je n'aurais jamais d m'attendre, que je conus, tout jeune que j'tais, le dessein de ne jamais rentrer dans une ville livre  des cabales et  des manoeuvres qui effarouchaient mon caractre. Je me sentais n avec assez de courage et de dsintressement pour porter les armes en quelque qualit que ce pt tre. Je savais dj trs bien l'allemand: frapp du mrite militaire des troupes prussiennes, et de la gloire tonnante du souverain qui les a formes, j'entrai cadet dans un de ses rgiments.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Ma franchise ne me permit pas de dissimuler que j'tais catholique, et que jamais je ne changerais de religion: cette dclaration ne me nuisit point, et je produis encore des attestations de mes commandants, qui attestent que j'ai toujours rempli les fonctions de catholique et les devoirs de soldat. Je trouvai chez les Prussiens des vainqueurs, et point d'intolrants.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Je crus inutile de faire connatre ma naissance et ma famille: je servis avec la rgularit la plus ponctuelle.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Le roi de Prusse, qui entre dans tous les dtails de ses rgiments, sut qu'il y avait un jeune Franais qui passait pour sage, qui ne connaissait les dbauches d'aucune espce, qui n'avait jamais t repris d'aucun de ses suprieurs, et dont l'unique occupation, aprs ses exercices, tait d'tudier l'art du gnie: il daigna me faire officier, sans mme s'informer qui j'tais; et enfin, ayant vu par hasard quelques-uns de mes plans de fortifications, de marches, de campements, et de batailles, il m'a honor du titre de son aide de camp et de son ingnieur. Je lui en dois une ternelle reconnaissance: mon devoir est de vivre et de mourir  son service. Votre Majest a trop de grandeur d'me pour ne pas approuver de tels sentiments.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Que votre justice et celle de votre conseil daignent maintenant jeter un coup d'oeil sur l'attentat contre les lois et sur la barbarie dont je porte ma plainte.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Madame l'abbesse de Villancourt, monastre d'Abbeville, fille respectable d'un garde des sceaux estim de toute la France presque autant que celui qui vous sert aujourd'hui si bien dans cette place<a href="#Note_44">(44),</a> avait pour implacable ennemi un conseiller au prsidial, nomm Duval de Saucourt. Cette inimiti publique, encore plus commune dans les petites villes que dans les grandes, n'tait que trop connue dans Abbeville. Madame l'abbesse avait t force de priver Saucourt, par avis de parents, de la curatelle d'une jeune personne assez riche, leve dans son couvent.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Saucourt venait encore de perdre deux procs contre des familles d'Abbeville. On savait qu'il avait jur de s'en venger.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On connat jusqu' quel excs affreux il a port cette vengeance. L'Europe entire en a eu horreur, et cette horreur augmente encore tous les jours, loin de s'affaiblir par le temps.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Il est public que Duval de Saucourt se conduisit prcisment dans Abbeville<a href="#Note_45">(45)</a> comme le capitoul David avait agi contre les innocents Calas dans Toulouse. Votre Majest a sans doute entendu parler de cet assassinat juridique des Calas<a href="#Note_46">(46),</a> que votre conseil a condamn avec tant de justice et de force, c'est contre une pareille barbarie que j'atteste votre quit.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">La gnreuse Mme Feydeau de Brou, abbesse de Villancourt, levait auprs d'elle un jeune homme, son cousin germain, petit-fils d'un lieutenant-gnral de vos armes, qui tait  peu prs de mon ge<a href="#Note_47">(47),</a> et qui tudiait comme moi la tactique. Ses talents taient infiniment suprieurs aux miens. J'ai encore de sa main des notes sur les campagnes du roi de Prusse et du marchal de Saxe, qui font voir qu'il aurait t digne de servir sous ces grands hommes.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">La conformit de nos tudes nous ayant lis ensemble, j'eus l'honneur d'tre invit  dner avec lui chez madame l'abbesse, dans l'extrieur du couvent, au mois de juin 1765. Nous y allions assez tard, et nous tions fort presss; il tombait une petite pluie; nous rencontrmes quelques enfants de notre connaissance; nous mmes nos chapeaux, et nous continumes notre route. Nous tions, je m'en souviens,  plus de cinquante pas d'une procession de capucins.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Saucourt, ayant su que nous ne nous tions point dtourns de notre chemin pour aller nous mettre  genoux devant cette procession, projeta d'abord d'en faire un procs au cousin germain de madame l'abbesse. C'tait seulement, disait-il, pour l'inquiter, et pour lui faire voir qu'il tait un homme  craindre.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Mais ayant su qu'un crucifix de bois, lev sur le pont neuf de la ville, avait t mutil depuis quelque temps, soit par vtust, soit par quelque charrette, il rsolut de nous en accuser, et de joindre ces deux griefs ensemble. Cette entreprise tait difficile.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Je n'ai sans doute rien exagr quand j'ai dit<a href="#Note_48">(48)</a> qu'il imita la conduite du capitoul David, car il crivit lettres sur lettres  l'vque d'Amiens; et ces lettres doivent se retrouver dans les papiers de ce prlat. Il dit qu'il y avait une conspiration contre la religion catholique romaine; que l'on donnait tous les jours des coups de bton aux crucifix; qu'on se munissait d'hosties consacres, qu'on les perait  coups de couteau, et que, selon le bruit public, elles avaient rpandu du sang.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On ne croira pas cet excs d'absurde calomnie; je ne la crois pas moi-mme: cependant je la lis dans les copies des pices qu'on m'a enfin remises entre les mains.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Sur cet expos, non moins extravagant qu'odieux, on obtint des monitoires, c'est--dire des ordres  toutes les servantes,  toute la populace, d'aller rvler aux juges tous les contes qu'elles auraient entendu faire, et de calomnier en justice, sous peine d'tre damnes.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On ignore dans Paris, comme je l'avais toujours ignor moi-mme, que Duval Saucourt, ayant intimid tout Abbeville, port l'alarme dans toutes les familles, ayant forc madame l'abbesse  quitter son abbaye pour aller solliciter  la cour, se trouvant libre pour faire le mal, et ne trouvant pas deux assesseurs pour faire le mal avec lui, osa associer au ministre de juge, qui? On ne le croira pas encore cela est aussi absurde que les hosties perces  coups de couteau, et versant du sang Qui, dis-je, fut le troisime juge avec Duval? Un marchand de vin, de boeufs et de cochons, un nomm Broutel, qui avait achet dans la juridiction un office de procureur, qui avait mme exerc trs rarement cette charge; oui, encore une fois, un marchand de cochons, charg alors de deux sentences des consuls d'Abbeville contre lui, et qui lui ordonnent de produire ses comptes. Dans ce temps-l mme il avait dj un procs  la cour des aides de Paris, procs qu'il perdit bientt aprs: l'arrt le dclara incapable de possder aucune charge municipale dans votre royaume.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Tels furent mes juges pendant que je servais un grand roi, et que je me disposais  servir Votre Majest. Saucourt et Broutel avaient dterr une sentence rendue, il y a cent trente annes, dans des temps de troubles en Picardie, sur quelques profanations fort diffrentes. Ils la copirent; ils condamnrent deux enfants. Je suis l'un des deux; l'autre est ce petit-fils d'un gnral de vos armes: c'est ce chevalier de La Barre dont je ne puis prononcer le nom qu'en rpandant des larmes; c'est ce jeune homme qui en a cot  toutes les mes sensibles, depuis le trne de Ptersbourg jusqu'au trne pontifical de Rome; c'est cet enfant plein de vertus et de talents au-dessus de son ge, qui mourut dans Abbeville, au milieu de cinq bourreaux, avec la mme rsignation et le mme courage modeste qu'taient morts le fils du grand de Thou, le Tite-Live de la France, le conseiller Dubourg, le marchal de Marillac, et tant d'autres.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Si Votre Majest fait la guerre, elle verra mille gentilshommes mourir  ses pieds: la gloire de leur mort pourra vous consoler de leur perte, vous, sire, et leur famille. Mais tre tran  un supplice affreux et infme, prir par l'ordre d'un Broutel! Quel tat! et qui peut s'en consoler!&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On demandera peut-tre comment la sentence d'Abbeville, qui tait nulle et de toute nullit, a pu cependant tre confirme par le parlement de Paris, a pu tre excute en partie. En voici la raison c'est que le parlement ne pouvait savoir quels taient ceux qui l'avaient prononce.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Des enfants plongs dans des cachots, et ne connaissant point ce Broutel, leur premier bourreau, ne pouvaient dire au parlement: Nous sommes condamns par un marchand de boeufs et de porcs charg de dcrets des consuls contre lui. Ils ne le savaient pas; Broutel s'tait dit avocat. Il avait pris en effet pour cinquante francs des lettres de gradu  Reims; il s'tait fait mettre  Paris sur le tableau des licencis s lois; ainsi il y avait un fantme de gradu pour condamner ces pauvres enfants, et ils n'avaient pas un seul avocat pour les dfendre. L'tat horrible o ils furent pendant toute la procdure avait tellement altr leurs organes qu'ils taient incapables de penser et de parler, et qu'ils ressemblaient parfaitement aux agneaux que Broutel vendit si souvent aux bouchers d'Abbeville.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Votre conseil, sire, peut remarquer qu'on permet en France  un banqueroutier frauduleux d'tre assist continuellement par un avocat, et qu'on ne le permit pas  des mineurs dans un procs o il s'agissait de leur vie.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Grce aux monitoires, reste odieux de l'ancienne procdure de l'Inquisition, Saucourt et Broutel avaient fait entendre cent vingt tmoins, la plupart gens de la lie du peuple; et de ces cent vingt tmoins, il n'y en avait pas trois d'oculaires. Cependant il fallut tout lire, tout rapporter cette norme compilation, qui contenait six mille pages, ne pouvait que fatiguer le parlement, occup alors des besoins de l'tat dans une crise assez grande. Les opinions se partagrent, et la confirmation de l'affreuse sentence ne passa enfin que de deux voix.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Je ne demande point si, au tribunal de l'humanit et de la raison, deux voix devraient suffire pour condamner des innocents au supplice que l'on inflige aux parricides. Pugatschef<a href="#Note_49">(49),</a> souill de mille assassinats barbares, et du crime le plus avr de lse-majest et de lse-socit au premier chef, n'a subi d'autre supplice que celui d'avoir la tte tranche.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">La sentence de Duval Saucourt et du marchand de boeufs portait qu'on nous couperait le poing, qu'on nous arracherait la langue, qu'on nous jetterait dans les flammes. Cette sentence fut confirme par la prpondrance de deux voix.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Le parlement a gmi que les anciennes lois le forcent  ne consulter que cette pluralit pour arracher la vie  un citoyen. Hlas! m'est-il permis d'observer que chez les Algonquins, les Hurons, les Chiacas, il faut que toutes les voix soient unanimes pour dpecer un prisonnier et pour le manger? Quand elles ne le sont pas, le captif est adopt dans une famille, et regard comme l'enfant de la maison.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Sire, mon application  mes devoirs ne m'a pas permis d'tre instruit plus tt des dtails de cette Saint-Barthlemy d'Abbeville. Je ne sais que d'aujourd'hui que l'on destinait trois autres enfants  cette boucherie. J'apprends que les parents de ces enfants, poursuivis comme moi par Duval Saucourt et Broutel, trouvrent huit avocats pour les dfendre, quoiqu'en matire criminelle les accuss n'aient jamais le secours d'un avocat quand on les interroge et quand on les confronte. Mais un avocat est en droit de parler pour eux sur tout ce qui ne concerne pas la procdure secrte. Et qu'il me soit permis, sire, de remarquer ici que chez les Romains, nos lgislateurs et nos matres, et chez les nations qui se piquent d'imiter les Romains, il n'y eut jamais de pices secrtes. Enfin, sire, sur la seule connaissance de ce qui tait public, ces huit avocats intrpides dclarrent, le 27 juin 1766&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">1 Que le juge Saucourt ne pouvait tre juge, puisqu'il tait partie (<i>pages</i> 15 <i>et</i> 16 <i>de la consultation</i>)&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">2 Que Broutel ne pouvait tre juge, puisqu'il avait agi en plusieurs affaires en qualit de procureur, et que son unique occupation tait alors de vendre des bestiaux (<i>page</i> 17);&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">3 Que cette manoeuvre de Saucourt et de Broutel tait une infraction punissable de la loi (<i>mmes pages</i>).&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Cette dcision de huit avocats clbres est signe:  Cellier, d'Outremont, Muyart de Vouglans, Gerbier, Timbergue, Benoist fils, Turpin, Linguet. &nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Il est vrai qu'elle vint trop tard. L'estimable chevalier de La Barre tait dj sacrifi. L'injustice et l'horreur de son supplice, jointes  la dcision de huit jurisconsultes, firent une telle impression sur tous les coeurs que les juges d'Abbeville n'osrent poursuivre cet abominable procs. Ils s'enfuirent  la campagne, de peur d'tre lapids par le peuple. Plus de procdures, plus d'interrogatoires et de confrontations. Tout fut absorb dans l'horreur qu'ils inspiraient  la nation, et qu'ils ressentaient en eux-mmes.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Je n'ai pu, sire, faire entendre autour de votre trne le cri du sang innocent. Souffrez que j'appelle aujourd'hui  mon secours le jugement de huit interprtes des lois qui demandent vengeance pour moi, comme pour les trois autres enfants qu'ils ont sauvs de la mort. La cause de ces enfants est la mienne. Je n'ai pas mme os m'adresser seul  Votre Majest, sans avoir consult le roi mon matre, sans avoir demand l'opinion de son chancelier et des chefs de la justice: ils ont confirm l'avis des huit jurisconsultes de votre parlement. On connat depuis longtemps l'avis du marquis de Beccaria, qui est  la tte des lois de l'empire. Il n'y a qu'une voix en Angleterre et dans le grand tribunal de la Russie sur cette affreuse et incroyable catastrophe. Rome ne pense pas autrement que Ptersbourg, Astracan et Casan. Je pourrais, sire, demander justice  Votre Majest au nom de l'Europe et de l'Asie. Votre conseil, qui a veng le sang des Calas, aurait pour moi la mme quit. Mais, tranger pendant dix annes, li  mes devoirs, loin de la France, ignorant la route qu'il faut tenir pour parvenir  une rvision de procs, je suis forc de me borner  reprsenter  Votre Majest l'excs de la cruaut commise dans un temps o cette cruaut ne pouvait parvenir  vos oreilles. Il me suffit que votre quit soit instruite<a href="#Note_50">(50).</a></font> <p><font face="Times New Roman,Times">Je me joins  tous vos sujets dans l'amour respectueux qu'ils ont pour votre personne, et dans les voeux unanimes pour votre prosprit, qui n'galera jamais vos vertus.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">A Neufchtel, ce 30 juin 1775<a href="#Note_51">(51).</a></font> <center> <p><a NAME="PRCIS"></a><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">PRCIS</font></font></b> <p><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">DE LA PROCDURE D'ABBEVILLE.</font></font></b> <p><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">DU 26 SEPTEMBRE 1765.</font></font></b></center>  <p><font face="Times New Roman,Times">Un prvt de salle, nomm tienne Natur, ami de Broutel, et buvant souvent avec lui, dit qu'il a entendu, dans la salle d'armes, le sieur d'tallonde avouer qu'il n'avait pas t son chapeau devant la procession des capucins, conjointement avec le chevalier de La Barre et le sieur Moinel&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Et le mme tienne Natur se ddit entirement  la confrontation avec les sieurs chevaliers de La Barre et Moinel, et dclare expressment que le sieur d'tallonde n'a jamais mis le pied dans la salle d'armes.&nbsp;</font> <center> <p><a NAME="DU 28 SEPTEMBRE 1765"></a><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">DU 28 SEPTEMBRE 1765</font></font></b></center>  <p><font face="Times New Roman,Times">Le sieur Aliamet dpose avoir oui dire qu'un nomm Bauvalet avait dit que le sieur d'tallonde avait dit qu'il avait trouv chez ce nomm Bauvalet un mdaillon de pltre fort mal fait, et qu'ayant propos de l'acheter de ce nomm Bauvalet, il avait dit que c'tait pour le briser,  parce qu'il ne valait pas le diable. &nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Il ne spcifie point ce que ce mdaillon reprsentait, et on ne voit pas ce qu'on peut infrer de cette dposition. On a prtendu que ce pltre reprsentait quelques figures de la Passion, fort mal faites.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Le mme jour, Antoine Watier, g de seize  dix-sept ans, dpose avoir entendu le sieur d'tallonde chanter une chanson dans laquelle il est question d'un saint qui avait eu autrefois une maladie vnrienne, et ajoute qu'il ne se souvient pas du nom de ce saint. Le sieur d'tallonde proteste qu'il ne connat ni ce saint ni Watier.&nbsp;</font> <center> <p><a NAME="DU 5 DCEMBRE 1765."></a><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">DU 5 DCEMBRE 1765.</font></font></b></center>  <p><font face="Times New Roman,Times">Marie-Antoinette Leleu<a href="#Note_52">(52),</a> femme d'un matre de jeu de billard, dpose que le sieur d'tallonde a chant une chanson dans laquelle Marie-Magdeleine <i>avait ses mal-semaines.</i></font> <p><font face="Times New Roman,Times">Il est bien indcent d'couter srieusement de telles sottises; et rien ne dmontre mieux l'acharnement grossier de Duval Saucourt et de Broutel. Si Magdeleine tait pcheresse, il est clair qu'elle tait sujette  des <i>mal-semaines,</i> autrement des menstrues, des ordinaires. Mais si quelque <i>loustig</i><a href="#Note_53">(53)</a> d'un rgiment, ou quelque goujat, a fait autrefois cette misrable chanson grivoise, si un enfant l'a chante, il ne parat pas que cet enfant mrite la mort la plus recherche et la plus cruelle, et prisse dans des supplices que les Busiris et les Nron n'osaient pas inventer.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Le mme jour, le sieur de Lavieuville dpose avoir ou dire au sieur de Saveuse qu'il a entendu dire au sieur Moinel que le sieur d'tallonde avait un jour escrim avec sa canne sur le pont neuf contre un crucifix de bois.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Je rponds<a href="#Note_54">(54)</a> que non seulement cela est trs faux, mais que cela est impossible. Je ne portais jamais de canne, mais une petite baguette fort lgre. Le crucifix qui tait alors sur le pont neuf tait lev, comme tout Abbeville le sait, sur un gros pidestal de huit pieds de haut, et par consquent il n'tait pas possible d'escrimer contre cette figure.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">J'ajoute qu'il et t  souhaiter que les choses saintes ne fussent jamais places que dans les lieux saints, et je crois indcent qu'un crucifix soit dans une rue, expos  tre bris par tous les accidents.&nbsp;</font> <center> <p><a NAME="DU 3 OCTOBRE 1765."></a><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">DU 3 OCTOBRE 1765.</font></font></b></center>  <p><font face="Times New Roman,Times">Le sieur Moinel, enfant de quatorze ou quinze ans, est retir de son cachot; et, interrog si le jour de la procession des capucins il n'tait pas avec les sieurs d'tallonde et de La Barre,  vingt-cinq pas seulement du saint-sacrement; s'ils n'ont pas affect, <i>par impit, </i>de ne point se dcouvrir dans le dessein <i>d'insulter  la Divinit,</i> et s'ils ne se sont pas vants de cette <i>action impie; </i>s'il n'a pas vu le sieur d'tallonde donner des coups au crucifix du pont neuf; si le jour de la foire de la Magdeleine le sieur d'tallonde ne lui avait pas dit qu'il avait gratign une jambe du crucifix du pont neuf a rpondu <i>non </i> toutes ces demandes.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On peut voir, par ce seul interrogatoire, avec quelle malignit Duval et Broutel voulaient faire tomber cet enfant dans le pige.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Pourquoi lui dire que la procession des capucins n'tait qu' vingt-cinq pas, tandis qu'elle tait  plus de cinquante? Je sais mieux mesurer les distances, dans ma profession d'ingnieur, que tous les praticiens et tous les capucins d'Abbeville.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Pourquoi supposer que ces enfants avaient pass vite, <i>par impit,</i> dans le temps qu'il faisait une petite pluie et qu'ils taient presss d'aller dner? Quelle impit est-ce donc de mettre son chapeau pendant la pluie?&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Et remarquez qu'aprs cet interrogatoire on le plongea dans un cachot plus noir et plus infect, afin de le forcer, par ces traitements odieux,  dposer tout ce qu'on voulait.&nbsp;</font> <center> <p><a NAME="DU 7 OCTOBRE 1765."></a><b><font face="Times New Roman,Times"><font color="#0000FF">DU 7 OCTOBRE 1765.</font></font></b></center>  <p><font face="Times New Roman,Times">On interroge de surcrot le sieur Moinel sur les mmes articles; et le sieur Moinel rpond que non seulement le chevalier de La Barre et le sieur d'tallonde n'ont point pass devant la procession, et ne se sont point couverts par impit; mais qu'il a pass plusieurs fois avec eux devant d'autres processions, et qu'ils se sont mis  genoux.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">A cette rponse si ingnue et si vraie, le troisime juge, nomm Villers, se rcrie:  Il ne faut pas tant tourmenter ces pauvres innocents. &nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Saucourt et Broutel, en fureur, menacrent cet enfant de le faire pendre s'il persistait  nier. Ils l'effrayrent; ils lui firent verser des larmes. Ils lui firent dire, dans ce second interrogatoire, une chose qui n'a pas la moindre vraisemblance: que d'tallonde avait dit qu'il n'y avait point de Dieu, et qu'il avait ajout un mot qu'on n'ose prononcer.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Il faut savoir que dans Abbeville il y avait alors un ouvrier nomm Bondieu, et que de l vient l'infme quivoque qu'on employa pour nous perdre.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Enfin ils lui firent articuler mme, dans l'excs de son garement, que d'tallonde connaissait un prtre qui fournirait des hosties consacres pour servir  des <i>oprations magiques,</i> ainsi que Duval et Broutel le donnaient  entendre.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Quelle extravagance! en mme temps quelle btise! Si dans ma premire jeunesse j'avais t assez abandonn pour ne pas croire en Dieu, comment aurais-je cru  des hosties consacres avec lesquelles on ferait des <i>oprations magiques?</i></font> <p><font face="Times New Roman,Times">D'o venait cette accusation ridicule d'<i>oprations magiques</i> avec des hosties? D'un bruit rpandu dans la populace, qu'on ne pouvait poursuivre avec tant de cruaut de jeunes fils de famille que pour un crime de magie. Et pourquoi de la magie plutt qu'un autre dlit? Parce qu'il y avait des monitoires qui ordonnaient  tout le monde de venir  rvlation; et que, selon les ides du peuple, ces monitoires n'taient ordinairement lancs que contre les hrtiques et les magiciens.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Les provinces de France sont-elles encore plonges dans leur ancienne barbarie? Sommes-nous revenus  ces temps d'opprobre o l'on accusait le prdicateur Urbain Grandier<a href="#Note_55">(55)</a> d'avoir ensorcel dix-sept religieuses de Loudun, o l'on forait le cur Gauffridi d'avouer qu'il avait souffl le diable dans le corps de Magdeleine La Palu, et o l'on a vu enfin le jsuite Girard prt d'tre condamn aux flammes pour avoir jet un sort sur la Cadire?&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Ce fut dans cet interrogatoire que cet enfant Moinel, intimid par les menaces du marchand de boeufs et du marchand de sang humain, leur demanda pardon de ne leur avoir pas dit tout ce qu'on lui ordonnait de dire. Il croyait avoir fait un pch mortel, et il fit  genoux une confession gnrale, comme s'il et t au sacrement de pnitence. Broutel et Duval rirent de sa simplicit, et en profitrent pour nous perdre.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Interrog encore s'il n'avait pas entendu de jeunes gens traiter Dieu de ... dans une conversation, et s'il n'avait pas lui-mme appel Dieu ..., il rpondit qu'il avait tenu ces propos avec d'tallonde.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Mais peut-on avoir tenu tels discours tte  tte? Et si on les a tenus, qui peut les dnoncer? On voit assez  quel point celui qui interrogeait tait barbare et grossier,  quel point l'enfant tait simple et innocent.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On lui demanda s'il n'avait pas chant des chansons horribles: ce sont les propres mots. L'enfant l'avoua. Mais qu'est-ce qu'une chanson ordurire sur les <i>mal-semaines</i> de la Magdeleine, faite par quelque goujat il y a plus de cent ans, et qu'on suppose chante en secret par deux jeunes gens aussi dpourvus alors de got et de connaissances que Broutel et Duval? Avaient-ils chant cette chanson dans la place publique? Avaient-ils scandalis la ville? Non: et la preuve que cette purilit tait ignore, c'est que Saucourt avait obtenu des monitoires pour faire rvler, contre les enfants de ses ennemis, tout ce qu'une populace grossire pouvait avoir entendu dire.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Pour moi, en mprisant de telles inepties, je jure que je ne me souviens pas d'un seul mot de cette chanson, et j'affirme qu'il faut tre le plus lche des hommes pour faire d'un couplet de corps de garde le sujet d'un procs criminel.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Enfin on m'a envoy plusieurs billets de la main de Moinel, crits de son cachot, avec la connivence du gelier, dans lesquels il est dit:  Mon trouble est trop grand; j'ai l'esprit hors de son assiette; je ne suis pas dans mon bon sens. &nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">J'ai entre les mains une autre lettre de lui, de cette anne, conue en ces termes:&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times"> Je voudrais, monsieur, avoir perdu entirement la mmoire de l'horrible aventure qui ensanglanta Abbeville il y a plusieurs annes, et qui rvolta toute l'Europe. Pour ce qui me regarde, la seule chose dont je puisse me souvenir, c'est que j'avais environ quinze ans, qu'on me mit aux fers, que le sieur Saucourt me fit les menaces les plus affreuses, que je fus hors de moi-mme, que je me jetai  genoux, et que je dis <i>oui</i> toutes les fois que ce Saucourt m'ordonna de dire <i>oui,</i> sans savoir un seul mot de ce qu'on me demandait. Ces horreurs m'ont mis dans un tat qui a altr ma sant pour le reste de ma vie.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Je suis donc en droit de rcuser de vains tmoignages qu'on lui arracha par tant de menaces et qu'il a dsavous, ainsi que je me crois en droit de faire dclarer nulle toute la procdure de mes trois juges, d'en prendre deux  partie, et de les regarder, non pas comme des juges, mais comme des assassins.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Ce n'est que d'aprs M. le marquis de Beccaria et d'aprs les jurisconsultes de l'Europe que je leur donne ce nom, qu'ils ont si bien mrit, et qui n'est pas trop fort pour leur inconcevable mchancet. On interrogea avec la mme atrocit le chevalier de La Barre, et, quoiqu'il ft trs au-dessus de son ge, on russit enfin  l'intimider.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Comme j'tais trs loin de la France, on persuada mme  ce jeune homme qu'il pouvait se sauver en me chargeant, et qu'il n'y avait nul mal  rejeter tout sur un ami qui ddaignait de se dfendre.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On renouvela avec lui l'impertinente histoire des hosties. On lui demanda si un prtre ne lui en avait pas envoy, et s'il n'tait pas quelquefois sorti du sang de quelques hosties consacres. Il rpondit avec un juste mpris; mais il ajouta qu'il y avait en effet un cur  Yvernot qui aurait pu,  ce qu'on disait, prter des hosties, mais que ce cur tait en prison. On ne poussa pas plus loin ces questions absurdes.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Je sens que la lecture d'un tel procs criminel dgote et rebute un homme sens: c'est avec une peine extrme que je poursuis ce dtail de la sottise humaine.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Interrog s'il n'a pas dit qu'il tait difficile <i>d'adorer un Dieu de pte,</i> a rpondu qu'il peut avoir tenu de tels discours, et que s'il les a tenus, c'est avec d'tallonde; que s'il a disput sur la religion, c'est avec d'tallonde.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Hlas! voil un trange aveu, une trange accusation.  Si j'ai agit des questions dlicates, c'est avec vous;  ce <i>si</i> prouve-t-il quelque chose? ce <i>si</i> est-il positif? est-ce l une preuve, barbares que vous tes? Je ne mets point de condition  mon assertion je dis, sans aucun<i>si,</i> que vous tes des tigres dont il faudrait purger la terre.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Et dans quel pays de l'Europe n'a-t-on pas disput publiquement et en particulier sur la religion? Dans quel pays ceux qui ont une autre religion que la romaine n'ont-ils pas dit et redit, imprim et prch ce que Duval et Broutel imputaient au chevalier de La Barre et  moi? Une conversation entre deux jeunes amis n'ayant eu aucun effet, aucune suite, n'ayant t coute de personne, ne pouvait devenir un corps de dlit. Il fallait que les interrogateurs eussent devin cet entretien. Ces paroles, en effet, sont souvent dans la bouche des protestants: il y en a quelques-uns tablis, avec privilge du roi, dans Abbeville et dans les villes voisines. Les assassins du chevalier de La Barre avaient donc devin au hasard ce discours si commun qu'ils nous attribuaient; et, par un hasard encore plus singulier, il se trouva peut-tre qu'ils devinaient juste, du moins en partie.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Nous avions pu quelquefois examiner la religion romaine, le chevalier de La Barre et moi, parce que nous tions ns l'un et l'autre avec un esprit avide d'instruction, parce que la religion exige absolument l'attention de tout honnte homme, parce qu'on est un sot indigne de vivre quand on passe tout son temps  l'opra-comique ou dans de vains plaisirs, sans jamais s'informer de ce qui a pu prcder et de ce qui peut suivre la minute o nous rampons sur la terre. Mais vouloir nous juger sur ce que nous avons dit, mon ami et moi, tte  tte, c'tait vouloir nous condamner sur nos penses, sur nos rves. C'est ce que les plus cruels tyrans n'ont jamais os faire.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">On sent toute l'irrgularit, pour ne pas dire l'abomination, de cette procdure aussi illgale qu'infme: car de quoi s'agissait-il dans ce procs, dont le fond tait si frivole et si ridicule? D'un crucifix de grand chemin qui avait une gratignure  la jambe. C'tait l d'abord le corps du dlit, auquel nous n'avions nulle part. Et on interroge les accuss sur des chansons de corps de garde, sur l'<i>Ode  Priape</i> du sieur Piron<a href="#Note_56">(56),</a> sur des hosties qui ont rpandu du sang, sur un entretien particulier dont on ne pouvait avoir aucune connaissance! Enfin, le dirai-je, on demanda au chevalier de La Barre et au sieur Moinel si je n'avais pas t  la garde-robe, pendant la nuit, dans le cimetire de sainte-Catherine, auprs d'un crucifix. Et c'tait pour avoir rvlation de ces belles choses qu'on avait jet des monitoires.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">Si le conseil de Sa Majest trs-chrtienne, auquel on aurait enfin recours, pouvait surmonter son mpris pour une telle procdure, et son horreur pour ceux qui l'ont faite; s'il contenait assez sa juste indignation pour jeter les yeux sur ce procs; si les exemples affreux des Calas et des Sirven dans le Languedoc, de Montbailli<a href="#Note_57">(57)</a>dans Saint-Omer, de Marin dans le duch de Bar, taient prsents  sa mmoire, ce serait de lui que j'attendrais justice. Je le supplierais de considrer qu'au temps mme du meurtre horrible du chevalier de La Barre, huit fameux avocats de Paris levrent leurs voix contre la sentence d'Abbeville, en faveur de trois enfants poursuivis comme moi, et menacs comme moi de la mort la plus cruelle.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">J'ai pris la libert de mettre cette dcision sous les yeux du roi: j'ose croire que, s'il a daign lire ma requte, il en a t touch. Sa bont, son suffrage, sont tout ce que j'ambitionne, et tout ce qui peut me consoler.&nbsp;</font> <p><font face="Times New Roman,Times">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D'tallonde de Morival.</font> <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <p><a NAME="Note_42"></a><b><font color="#0000FF">Note_42</font> </b>Louis XVI avait t sacr  Reims le 11 juin 1775.&nbsp; <p><a NAME="Note_43"></a><b><font color="#0000FF">Note_43</font> </b><i>Fidelissima Picardorum natio.</i> (<b><font color="#FF0000">Note de Voltaire.</font></b>)&nbsp; <p><a NAME="Note_44"></a><b><font color="#0000FF">Note_44</font> </b>Armand-Thomas Hue de Miromesnil.&nbsp; <p><a NAME="Note_45"></a><b><font color="#0000FF">Note_45</font> </b>Je dois remarquer ici (et cest un devoir indispensable) que dans laffreux procs suscit uniquement par Duval de Saucourt, M. Cassen, avocat au conseil de Sa Majest trs chrtienne, fut consult; il en crivit au marquis de Beccaria, le premier jurisconsulte de lempire. Jai vu sa lettre imprime. On sest tromp dans les noms: on a mis Belleval pour Duval. On sest tromp encore sur quelques circonstances indiffrentes au fond du procs. Il est ncessaire de relever cette erreur, et de rendre  M. de Belleval, lun des plus dignes magistrats dAbbeville, la justice que tout le pays lui rend. (<b><font color="#FF0000">Note de Voltaire.</font></b>)&nbsp; <p> Ce nest point par ngligence quau lieu de corriger les noms nous avons laiss cette note et la lettre telles quelles sont. M. de Voltaire a suivi des mmoires contradictoires entre eux, quoique envoys galement dAbbeville; mais ces incertitudes sur linstigateur secret de cet assassinat sont peu importantes; les vrais coupables sont les juges, et ils sont connus. Quant  linnocence des victimes quils ont immoles  une lche politique ou  la superstition, elle est prouve par laccusation mme: o les droits naturels des hommes nont point t viols, il ne peut y avoir de crimes. (K.)&nbsp; <p> Jai, daprs ldition originale, rtabli la dernire phrase de la note de Voltaire. Malgr cette note et malgr une autre <i>Rtractation, </i>il parat constant que Belleval est lauteur de laffreuse affaire dAbbeville (voyez tome XX, et, dans la <i>Correspondance, </i>la lettre  Florian, du 24 fvrier 1774). (B.)&nbsp; <p><a NAME="Note_46"></a><b><font color="#0000FF">Note_46</font> </b>Voyez tome XXXV.&nbsp; <p><a NAME="Note_47"></a><b><font color="#0000FF">Note_47</font> </b>Cest dtallonde qui parle.&nbsp; <p><a NAME="Note_48"></a><b><font color="#0000FF">Note_48</font> </b>Page prcdente.&nbsp; <p><a NAME="Note_49"></a><b><font color="#0000FF">Note_49</font> </b>Voyez dans la <i>Correspondance,</i> la lettre de Catherine, du 22 octobre - 2 novembre 1774.&nbsp; <p><a NAME="Note_50"></a><b><font color="#0000FF">Note_50</font> </b>On voit que dtallonde ne demande rien. (G. A.)&nbsp; <p><a NAME="Note_51"></a><b><font color="#0000FF">Note_51</font> </b>Dtallonde se trouvait  Ferney, mais comme il tait au service du roi de Prusse, il datait sa requte de Neufchtel, qui appartenait  ce prince. (G. A.)&nbsp; <p><a NAME="Note_52"></a><b><font color="#0000FF">Note_52</font> </b>Elle est appele Marie-Antoinette Lelong, femme Racine, pages 7 et 24 du <i>Recueil intressant laffaire du crucifix dAbbeville,</i> Londres (Abbeville), 1776, in-12. Lditeur de ce volume est Louis-Alexandre Devrit, n le 26 novembre 1743, mort le 31 mai 1818.&nbsp; <p><a NAME="Note_53"></a><b><font color="#0000FF">Note_53</font> </b>Mot allemand qui signifie <i>joyeux;</i> voyez tome XXIV.&nbsp; <p><a NAME="Note_54"></a><b><font color="#0000FF">Note_54</font> </b>Cest toujours dtallonde qui parle.&nbsp; <p><a NAME="Note_55"></a><b><font color="#0000FF">Note_55</font> </b>Voyez le paragraphe ix du <i>Prix de la justice et de lhumanit.</i> <p><a NAME="Note_56"></a><b><font color="#0000FF">Note_56</font> </b>Il est port dans le procs-verbal que ces enfants sont convaincus davoir rcit lode de Piron. Ils sont condamns au supplice des parricides; et Piron avait une pension de douze cents livres sur la cassette du roi. (<b><font color="#FF0000">Note de Voltaire.</font></b>)&nbsp; <p><a NAME="Note_57"></a><b><font color="#0000FF">Note_57</font> </b>Jai lu quil y a cinq ou six ans, des juges de province condamnrent le sieur Montbailli et son pouse  tre rous et brls. Linnocent Montbailli fut rou. Sa femme, tant grosse, fut rserve pour tre brle. Le conseil du roi empcha ce dernier crime.&nbsp; <p>Un juge, auprs de Bar, fit rouer un honnte cultivateur, nomm Martin, charg de sept enfants. Celui qui avait fait le crime lavoua huit jours aprs. (<b><font color="#FF0000">Note de Voltaire.</font></b>)&nbsp; <p> On a vu, dans la <i>Relation de la mort du chevalier de La Barre, </i>quune crmonie ridicule faite par lvque dAmiens avait contribu, par le trouble quelle jeta dans les esprits de la populace dAbbeville,  fournir aux ennemis du chevalier de La Barre des prtextes pour le perdre. Cet vque, affaibli par lge et par la dvotion, mais naturellement bon et humain, porta jusquau tombeau le remords de ce crime involontaire. Son successeur, qui est dune foi plus robuste, a eu la cruaut dinsulter  la mmoire de La Barre, dans un mandement quil a publi pour dfendre  ses diocsains de souscrire pour cette dition. Cette dfense de lire un livre, faite  des hommes par dautres hommes, est une insulte aux droits du genre humain. La tyrannie sest souille souvent dattentats plus violents, mais il nen est aucun daussi absurde, et peu qui entranent des suites si funestes. On ne connat ni le temps ni le pays o un homme eut, pour la premire fois, linsolence de sarroger un pareil pouvoir. On sait seulement que ce crime contre lhumanit est particulier aux prtres de quelques nations europanes. (K.)&nbsp; <p> Les deux vques dAmiens dont il est question dans la note des diteurs de Kehl sont La Motte (voyez tome XXV) et Machault.&nbsp; <p>Voltaire stait dj occup de laffaire de Montbailli (voyez tome XXVIII, et ci-dessus). Il avait parl plusieurs fois de Martin; voyez tome XVIII; XXVIII.&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <p>&nbsp;</td> </tr> </table></center>  <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <dir> <dir> <dir>&nbsp;</dir> </dir> </dir>  </body> </html> 
