<HTML><!-- #BeginTemplate "/templates/temple.dwt" --><!-- DW6 -->  <HEAD>  <!-- #BeginEditable "doctitle" -->  <TITLE>Que signifie faire appel &agrave; son esprit critique ?</TITLE>  <!-- #EndEditable -->  <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=">   <META NAME="Author" CONTENT="Clment">   <META NAME="Classification" CONTENT="Philosophie">   <META NAME="Description" CONTENT="Ne www.philosophons.com avant ! 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L&#8217; &laquo;    esprit critique &raquo; serait donc la tournure d&#8217;esprit propre &agrave;    celui qui, dans chacun des objets qu&#8217;il a la possibilit&eacute; d&#8217;observer,    cherche &agrave; discerner le bien du mal, le vrai du faux. La philosophie &eacute;tant    la recherche du vrai, il appara&icirc;t indispensable d&#8217;avoir connaissance    de la nature de l&#8217;esprit critique si l&#8217;on veut appr&eacute;hender    cette science. <br>   Comment fonctionne l&#8217;esprit critique ? A quoi s&#8217;oppose-t-il ? Quels    sont les difficult&eacute;s rencontr&eacute;es par celui qui y fait appel ?    L&#8217;esprit critique conna&icirc;t-il des limites, et, si oui, quelles sont-elles    ? L&#8217;esprit critique est-il la &laquo; voie royale &raquo; vers la connaissance    de la v&eacute;rit&eacute; ? </p> <p align="center">***</p> <p><br>   Exercer son esprit critique, c&#8217;est douter. Pour acc&eacute;der &agrave;    la connaissance pleine et enti&egrave;re de la valeur d&#8217;une chose, il    faut n&eacute;cessairement remettre en cause sa l&eacute;gitimit&eacute;, son    fondement. Celui qui ne doute pas de ce qu&#8217;il voit ou de ce qu&#8217;on    lui a dit n&#8217;atteindra jamais la v&eacute;rit&eacute; : il fera confiance    &agrave; l&#8217;opinion commune, souvent erron&eacute;e et toujours mall&eacute;able,    ou &agrave; ses sens, g&eacute;n&eacute;ralement trompeurs. Celui qui ne doute    pas croira que le Soleil tourne autour de la Terre, car c&#8217;est l&agrave;    le message que lui donnent ses sens, et il croira que la politique men&eacute;e    par tel homme d&#8217;&Eacute;tat est juste, s&#8217;il se l&#8217;entend r&eacute;p&eacute;ter    quotidiennement par les m&eacute;dias ou ses amis.<br>   Pour juger d&#8217;une chose, il faut donc douter. Le doute est la premi&egrave;re    &eacute;tape vers la sagesse universelle, il est la porte de la philosophie    en m&ecirc;me temps que la condition de sa naissance. Nous avons vu que, pour    douter, il &eacute;tait n&eacute;cessaire de mettre de c&ocirc;t&eacute; l&#8217;opinion    commune et le message de nos sens, c&#8217;est &agrave; dire le savoir (ou le    pr&eacute;tendu savoir) que nous donne l&#8217;exp&eacute;rience. L&#8217;Homme    doit donc atteindre la v&eacute;rit&eacute; en faisant appel, non &agrave; l&#8217;exp&eacute;rience,    mais &agrave; la raison. La raison est la pens&eacute;e organis&eacute;e ind&eacute;pendante,    &laquo; un discours que l&#8217;&acirc;me se tient tout au long &agrave; elle-m&ecirc;me    sur les objets qu&#8217;elle examine &raquo;, d&#8217;apr&egrave;s Platon. <br>   L&#8217;Homme doit s&#8217;interroger seul sur l&#8217;objet dont il cherche    &agrave; d&eacute;terminer la valeur. Il doit pour cela d&eacute;couvrir son    fondement, sa l&eacute;gitimit&eacute;. Voltaire, qui critiquait violemment    la monarchie de droit divin, savait parfaitement que le premier roi de France,    dont Louis XV &eacute;tait le descendant, n&#8217;avait pas &eacute;t&eacute;    d&eacute;sign&eacute; par Dieu ou par un proph&egrave;te, mais par une assembl&eacute;e    de seigneurs humains.<br>   L&#8217;Homme doit &eacute;galement d&eacute;couvrir ce que cet objet contient    de bien et de mal, ainsi que le bien et le mal qu&#8217;il est susceptible de    causer par la suite. Dans son roman de science-fiction <em>Les Thanatonautes</em>,    l&#8217;&eacute;crivain Bernard Werber met en sc&egrave;ne un personnage, Charles    Donahue, qui, apr&egrave;s sa mort, est jug&eacute; par un tribunal d&#8217;archanges.    Donahue a fond&eacute; une entreprise et fait construire une usine de bouteilles.    Certes, cette usine a cr&eacute;&eacute; des emplois, mais les conditions de    travail y &eacute;taient mauvaises, elle a pollu&eacute; toute la r&eacute;gion    et contribu&eacute; au r&eacute;chauffement climatique mondial. Par cet exemple,    on peut montrer qu&#8217; &laquo; en toute chose il faut consid&eacute;rer la    fin &raquo;, fin que la raison est souvent seule &agrave; pouvoir appr&eacute;hender.    Seule une personne faisant appel &agrave; sa raison est susceptible de juger    &agrave; la fois du bien-fond&eacute; d&#8217;une opinion, de sa valeur actuelle    et de son &laquo; bien-devenir &raquo;, de sa finalit&eacute;.<br>   L&#8217;Homme doit donc d&eacute;couvrir la valeur, le fondement et les origines    de chaque chose, ou se laisser tromper par les apparences et ne pas pouvoir    acc&eacute;der &agrave; la v&eacute;rit&eacute;. Cette m&eacute;thode est celle    de Platon qui pr&eacute;conise, pour aboutir &agrave; une connaissance parfaite    d&#8217;une chose, d&#8217;adopter la fa&ccedil;on qu&#8217;avait Hippocrate    d&#8217;&eacute;tudier la nature. Pour lui, le philosophe s&#8217;interrogeant    sur la nature d&#8217;une chose doit &laquo; se demander d&#8217;abord si la    chose qu&#8217;on veut conna&icirc;tre m&eacute;thodiquement (&#8230;) est simple    ou multiple ; puis, si elle est simple, examiner ses propri&eacute;t&eacute;s,    comment et sur quoi elle agit, comment et par quoi elle est affect&eacute;e    ; si, au contraire, elle comporte plusieurs esp&egrave;ces, les d&eacute;nombrer    et faire sur chacune le travail qu&#8217;on a fait sur la chose simple, voir    en quoi et comment elle agit, en quoi et par quoi elle est affect&eacute;e.    &raquo; Cette m&eacute;thode, utilis&eacute;e en math&eacute;matiques, est,    d&#8217;apr&egrave;s les platoniciens, la seule qui puisse mener l&#8217;Homme    vers la v&eacute;rit&eacute;. </p> <p> L&#8217;esprit critique tel que nous l&#8217;entendons s&#8217;oppose donc    &agrave; de nombreuses autres attitudes mentales vis-&agrave;-vis d&#8217;une    opinion, d&#8217;un objet. <br>   Il s&#8217;oppose tout d&#8217;abord &agrave; la croyance inconditionnelle en    une &laquo; fausse v&eacute;rit&eacute; &raquo; ou en une chose qui ne peut    &ecirc;tre prouv&eacute;e. Le croyant affirme quelque chose sans pouvoir en    donner de preuve ; l&#8217;Homme faisant appel &agrave; son esprit critique    ne souscrit &agrave; aucune affirmation sans en avoir au pr&eacute;alable examin&eacute;    la l&eacute;gitimit&eacute;. On peut difficilement imaginer deux attitudes plus    antagonistes.<br>   L&#8217;homme exer&ccedil;ant son esprit critique s&#8217;oppose &eacute;galement    aux empiristes, qui font de l&#8217;exp&eacute;rience sensible la source de    toute connaissance. Faire appel &agrave; son esprit critique implique avoir    une tournure d&#8217;esprit rationaliste, c&#8217;est &agrave; dire ne pas faire    syst&eacute;matiquement confiance au message sensible. Une personne pour qui    la v&eacute;rit&eacute; d&eacute;coulerait uniquement de la perception croirait,    &agrave; tort, que la Terre est plate et que le soleil tourne autour d&#8217;elle.    Ce n&#8217;est qu&#8217;en doutant de soi-m&ecirc;me qu&#8217;on peut remettre    en cause une telle cosmogonie, et ce n&#8217;est qu&#8217;en faisant appel &agrave;    la logique qu&#8217;on peut en prouver la fausset&eacute;. &Eacute;ratosth&egrave;ne    a prouv&eacute; par les math&eacute;matiques que la Terre &eacute;tait ronde    bien avant que Magellan n&#8217;accomplisse son tour du monde, et Galil&eacute;e    a d&eacute;montr&eacute; que notre plan&egrave;te tournait autour du soleil    avant que les premiers astronautes puissent l&#8217;attester. <br>   Faire appel &agrave; son esprit critique, on l&#8217;a vu, c&#8217;est savoir    &eacute;tudier &agrave; fond un probl&egrave;me (qui n&#8217;en est pas forc&eacute;ment    un pour autrui), en se posant toute une s&eacute;rie de questions sur chacun    de ses &eacute;l&eacute;ments constitutifs afin d&#8217;en d&eacute;terminer    la nature. Cette m&eacute;thode de travail, qui doit mener vers la v&eacute;rit&eacute;,    s&#8217;oppose &agrave; celle des sophistes, premiers tenants de la th&eacute;orie    selon laquelle &laquo; tout se vaut &raquo; et qui pensaient que toute v&eacute;rit&eacute;    &eacute;tait relative. Les sophistes enseignaient aux jeunes Ath&eacute;niens    fortun&eacute;s l&#8217;art oratoire, l&#8217;art de convaincre. Dans ses dialogues,    Platon les pr&eacute;sente comme des charlatans capables de soutenir, au moyen    d&#8217;arguments sp&eacute;cieux et d&eacute;magogues, n&#8217;importe quelle    th&egrave;se, m&ecirc;me si celle-ci ne correspond pas &agrave; l&#8217;id&eacute;al    de v&eacute;rit&eacute; vers lequel doivent tendre les philosophes. Le philosophe    faisant appel &agrave; son esprit critique, c&#8217;est &agrave; dire &agrave;    la raison, est donc oppos&eacute; au sophisme, et, d&#8217;une mani&egrave;re    g&eacute;n&eacute;rale, &agrave; toutes les doctrines enseignant le caract&egrave;re    relatif de la v&eacute;rit&eacute;.</p> <p align="left">Enfin, il ne faut pas comprendre esprit critique et esprit de    critique. L&#8217;esprit de critique, c&#8217;est l&#8217;attitude d&#8217;une    personne qui prend plaisir &agrave; mettre en difficult&eacute; ses adversaires    par la parole, sans veiller &agrave; la pertinence de ses propos. Les &laquo;    critiquailleurs &raquo; voient dans l&#8217;esprit critique une fin et non un    moyen. En effet, ils ne cherchent pas &agrave; atteindre la v&eacute;rit&eacute;,    mais d&eacute;sirent juste d&eacute;router leurs rivaux. Leur critique est strictement    destructive, alors que l&#8217;usage de l&#8217;esprit critique doit non seulement    aboutir &agrave; une meilleure connaissance des objets, mais aussi laisser percevoir    la possibilit&eacute; de les am&eacute;liorer. Faire appel &agrave; son esprit    critique ne doit pas &ecirc;tre une entreprise st&eacute;rile. <br> </p> <p align="center"> ***</p> <p> Mais avant d&#8217;aboutir &agrave; un r&eacute;sultat probant, nombreuses    sont les difficult&eacute;s qui se pr&eacute;sentent &agrave; la personne d&eacute;sirant    faire bon usage de son esprit critique. De plus, on aurait tort de voir dans    le rationalisme un moyen d&#8217;acc&eacute;der &agrave; la connaissance supr&ecirc;me,    &agrave; la connaissance de tout.<br>   L&#8217;esprit critique implique le doute. Peut-on douter de tout ? Pour les    rationalistes, il faut mettre de c&ocirc;t&eacute; l&#8217;exp&eacute;rience    des sens. Est-ce v&eacute;ritablement possible ? Pour les platoniciens, il faut    n&eacute;gliger l&#8217;opinion commune pour atteindre le vrai. Peut-on r&eacute;ellement    se d&eacute;faire de ses pr&eacute;jug&eacute;s ? <br>   Faire appel &agrave; son esprit critique, c&#8217;est utiliser sa raison. Or,    il est des domaines qui, &agrave; jamais, resteront inaccessibles &agrave; la    raison : ainsi du probl&egrave;me de l&#8217;existence de Dieu, par exemple.    L&#8217;esprit critique conna&icirc;t donc les m&ecirc;mes limites que la raison.    Si Pascal proposait une sorte de pari sur Dieu, c&#8217;est qu&#8217;il savait    qu&#8217;il ne pourrait jamais prouver son existence uniquement par la raison.<br>   Quoiqu&#8217;en disent les rationalistes, faire appel &agrave; son esprit critique    n&eacute;cessite une certaine exp&eacute;rience de la vie. Un Afghan ou un Iranien    ayant v&eacute;cu toute sa vie dans un m&ecirc;me pays et ne connaissant du    monde ext&eacute;rieur que ce que la propagande officielle veut bien lui en    dire, pourra difficilement mettre en doute le bien-fond&eacute; des lois de    son pays.<br>   De m&ecirc;me, il y a des cas o&ugrave; l&#8217;esprit critique ne peut pas    s&#8217;exercer sans une certaine &eacute;ducation. Un Afghan ne sachant pas    lire n&#8217;aura aucune raison de contester la parole des pr&ecirc;tres qui    d&eacute;tournent le message du Coran &agrave; des fins politiques.<br>   A la v&eacute;rit&eacute;, l&#8217;esprit critique n&#8217;est pas donn&eacute;    une fois pour toutes : ses champs d&#8217;exercice d&eacute;pendent du lieu    et de l&#8217;&eacute;poque o&ugrave; l&#8217;on se place. Avec le temps, certaines    suppositions se transforment en certitudes, elles-m&ecirc;mes destin&eacute;es    &agrave; &ecirc;tre nuanc&eacute;es dans le futur. Aujourd&#8217;hui, plus personne    ne met en doute la th&eacute;orie de la tectonique des plaques. La d&eacute;rive    des continents est un fait reconnu. Pourtant, l&#8217;auteur de cette th&eacute;orie,    Wegener, fut consid&eacute;r&eacute; comme un fou par ses contemporains, et    il est fort possible que le scientifique visionnaire qui mettra en doute, par    exemple, l&#8217;origine de la d&eacute;rive des plaques lithosph&eacute;riques,    subisse le m&ecirc;me sort de son vivant.<br>   Rappelons que les philosophes, les penseurs et les scientifiques faisant appel    &agrave; leur esprit critique restent des &ecirc;tres humains, et que, de ce    fait, ils sont comme tout un chacun sujets &agrave; l&#8217;erreur et victimes    de lacunes, de pr&eacute;jug&eacute;s. Aristote, g&eacute;ant de la philosophie,    &eacute;tait un affreux misogyne. Sigmund Freud, th&eacute;oricien de la psychologie,    pensait que &laquo; l&#8217;envie de r&eacute;ussir chez une femme est une n&eacute;vrose,    le r&eacute;sultat d&#8217;un complexe de castration dont elle ne gu&eacute;rira    que par une totale acceptation de son destin passif. &raquo; Alexandre Dumas,    fervent d&eacute;fenseur de l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage d&eacute;clarait    lui qu &raquo;&#8217;il fallait maintenir la femme en esclavage car elle est    un &ecirc;tre circonscrit, passif, instrumentaire &raquo;. Il est tr&egrave;s    difficile, m&ecirc;me pour les plus grands visionnaires, de se d&eacute;faire    des pr&eacute;jug&eacute;s du temps, et, par cela m&ecirc;me, d&#8217;utiliser    pleinement son esprit critique. <br>   L&#8217;exercice de l&#8217;esprit critique rencontre des obstacles, non seulement    &agrave; l&#8217;int&eacute;rieur de l&#8217;individu, mais aussi &agrave; l&#8217;ext&eacute;rieur.    Pression sociale, indiff&eacute;rence du public et force de l&#8217;habitude    peuvent &ecirc;tre aussi dangereux pour l&#8217;Homme exer&ccedil;ant son esprit    critique que les oublis et les erreurs auxquels il peut &ecirc;tre sujet. Galil&eacute;e    s&#8217;est vu forc&eacute; par le tribunal de l&#8217;Inquisition de renier    ses travaux prouvant que la Terre tournait autour du soleil, alors qu&#8217;il    savait pertinemment que sa th&eacute;orie &eacute;tait juste. Dans les &Eacute;tats    totalitaires, le gouvernement fait tout pour emp&ecirc;cher la naissance de    l&#8217;esprit critique : propagande intensive, embrigadement, censure des textes    compromettants, falsification de l&#8217;Histoire. Les opposants y sont traqu&eacute;s,    emprisonn&eacute;s et souvent &eacute;limin&eacute;s. Les moyens d&#8217;emp&ecirc;cher    la diffusion d&#8217;id&eacute;es nouvelles sont tr&egrave;s nombreux. Dans    son <em>Encyclop&eacute;die du savoir relatif et absolu</em>, Bernard Werber    montre qu&#8217;il peut &ecirc;tre aussi difficile de lancer un nouveau courant    de pens&eacute;e dans un &Eacute;tat lib&eacute;ral que dans une dictature :    l&#8217;impact d&#8217;un essai ou d&#8217;un roman v&eacute;hiculant des id&eacute;es    r&eacute;volutionnaires est inversement proportionnel au nombre d&#8217;essais    et de romans disponibles en librairie. Le livre risque en effet de passer inaper&ccedil;u,    croulant sous la masse des ouvrages m&eacute;diocres. <br> </p> <p align="center">***</p> <p><br>   On peut &eacute;galement se demander si la d&eacute;couverte de grandes v&eacute;rit&eacute;s    d&eacute;finitives est, non seulement possible, mais souhaitable. Le rationalisme    absolu est souvent critiqu&eacute; dans la mesure o&ugrave; il ne laisse aucune    place au r&ecirc;ve et &agrave; l&#8217;imagination, pourtant bien agr&eacute;ables.    Si l&#8217;on doit exercer son esprit critique sur chaque objet de la vie, on    risque fort de passer &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&#8217;elle comme ces photographes    acharn&eacute;s qui ne voient le monde qu&#8217;&agrave; travers leurs objectifs.    Si l&#8217;on analyse en permanence les donn&eacute;es de la conscience ne risque-t-on    pas d&#8217;&ocirc;ter tout le plaisir d&#8217;un film, d&#8217;une chanson    ?<br>   Pour Francis Bacon, raison et exp&eacute;rience devraient &ecirc;tre utilis&eacute;s    conjointement pour approfondir la connaissance que nous avons des objets. En    &eacute;crivant son <em>Novum Organum</em>, le philosophe anglais rompt avec    les deux courants auxquels, jusqu&#8217;&agrave; lui, appartenaient les philosophes    qui se sont int&eacute;ress&eacute;s &agrave; la science : l&#8217;empirisme    et le rationalisme. Bacon compare les &laquo; empiriques &raquo;, c&#8217;est    &agrave; dire ceux qui se soumettent &agrave; l&#8217;empirisme le plus strict,    qui amassent les donn&eacute;es, &agrave; &laquo; des fourmis, [qui] se contentent    d&#8217;amasser et de consommer ensuite les provisions &raquo;, et les &laquo;    dogmatiques &raquo;, c&#8217;est &agrave; dire les rationalistes purs, pour    qui la connaissance repose d&#8217;abord sur l&#8217;intellect, &agrave; des    &laquo; araign&eacute;es, [qui] tissent des toiles dont la mati&egrave;re est    extraite de leur propre substance. &raquo; Pour ce penseur, les philosophes    devraient plut&ocirc;t imiter &laquo; l&#8217;abeille [qui] tire la mati&egrave;re    premi&egrave;re des fleurs et des jardins ; puis, par un art qui lui est propre,    (&#8230;) la travaille et la dig&egrave;re. &raquo; Ainsi, la &laquo; plus grande    ressource et celle dont nous devons tout esp&eacute;rer, c&#8217;est l&#8217;&eacute;troite    alliance de ces deux facult&eacute;s : l&#8217;exp&eacute;rimentale et la rationnelle.    &raquo;</p> <p>Sans se transformer en abeille, en sachant que l&#8217;humanit&eacute; est    loin d&#8217;&ecirc;tre parfaite, un esprit critique trop exigeant risque de    vouloir rester &agrave; l&#8217;&eacute;cart de la vie de la cit&eacute;, dont    les manifestations, les coutumes, les lois ne trouvent pas gr&acirc;ce &agrave;    ses yeux. Ce serait une position intenable pour celui qui d&eacute;sire s&#8217;engager    dans son travail, la solidarit&eacute; associative ou la politique.<br>   Cependant, on n&#8217;imagine pas cette m&ecirc;me personne vouloir changer    le monde sans prise de position critique au d&eacute;part ! C&#8217;est l&agrave;    tout le paradoxe de l&#8217;esprit critique : il doit pouvoir concilier un certain    recul sur le monde et garder la facult&eacute; d&#8217;intervenir pour modifier    son milieu. Inversement, si une personne n&#8217;exerce jamais son esprit critique,    elle aura en quelque sorte une existence &laquo; en creux &raquo;, n&eacute;gative,    faite d&#8217;espoirs d&eacute;&ccedil;us et de pi&egrave;tres excuses. Zola    semble avoir r&eacute;ussi ce tour de force : apr&egrave;s avoir longuement    h&eacute;sit&eacute;, puis exerc&eacute; son esprit critique sur les documents    du proc&egrave;s Dreyfus, compar&eacute; les t&eacute;moignages, il s&#8217;est    engag&eacute; en sa faveur avec toute la force de son &eacute;loquence et de    son poids litt&eacute;raire. Il &eacute;tait alors bien conscient des difficult&eacute;s    de l&#8217;entreprise et des r&eacute;percussions sur sa vie et sa carri&egrave;re.    Plus pr&egrave;s de nous, le G&eacute;n&eacute;ral Degaulle, en critiquant presque    point par point l&#8217;appel du 17 juin du Mar&eacute;chal P&eacute;tain a    jet&eacute; les bases de la r&eacute;sistance aux nazis. Il aurait pu se contenter    comme la quasi totalit&eacute; des responsables de l&#8217;arm&eacute;e d&#8217;un    attentisme confortable : il a choisi l&#8217;exil parce qu&#8217;il croyait    en la pertinence de son raisonnement militaire et &eacute;conomique.</p> <p> Si nous exer&ccedil;ons notre esprit critique, avec tous les obstacles que    nous avons pr&eacute;c&eacute;demment soulign&eacute;s, nous ne pouvons pas    plus &eacute;chapper &agrave; notre libert&eacute; qu&#8217;aux cons&eacute;quences    de nos actes ou de notre indiff&eacute;rence. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une    attitude n&eacute;gative mais bien d&#8217;une aptitude, d&#8217;une volont&eacute;    de construire sur des bases plus saines. C&#8217;est une attitude certes personnelle    mais profond&eacute;ment li&eacute; aux valeurs de la d&eacute;mocratie : la    premi&egrave;re Constitution (3 septembre 1790) commence par une liste impressionnante    de n&eacute;gations avant de fonder un nouveau r&eacute;gime politique.<br>   L&#8217;esprit critique nous rend libres : il nous &laquo; condamne &agrave;    chaque instant &agrave; inventer l&#8217;homme &raquo;, tr&egrave;s belle formule    de Sartre dans L&#8217;existentialisme est un Humanisme.</p> <p></p> <p></p> <p align="right"><br>   <em>Note obtenue : 14/20 (meilleure de la classe) par <a href="mailto:Plplaon@aol.com?subject=disserte%20esprit%20critique%20www.philosophons.com">Jean    Saintot</a>. Pour toute critique (!) ou erreur, n'h&eacute;sitez pas &agrave;    lui &eacute;crire.</em></p> <div align="right">   <script language="JavaScript1.1"> <!-- hsh = new Date(); hsd = document; hsi = '<a href="http://www.xiti.com/xiti.asp?s=43683"' hsi += ' TARGET="_top"><img width="39" height="25" border=0 ' hsi += 'src="http://logv10.xiti.com/hit.xiti?s=43683' hsi += '&p=&hl=' + hsh.getHours() + 'x' + hsh.getMinutes() + 'x' + hsh.getSeconds(); if(parseFloat(navigator.appVersion)>=4) {Xiti_s=screen;hsi += '&r=' + Xiti_s.width + 'x' + Xiti_s.height + 'x' + Xiti_s.pixelDepth + 'x' + Xiti_s.colorDepth;} hsd.writeln(hsi + '&ref=' + hsd.referrer.replace('&', '$') + '" title="Mesurez votre audience"></a>'); //--> </script>   <noscript>   <a href="http://www.xiti.com/xiti.asp?s=43683" TARGET="_top"><img width="39" height="25" border=0 src="http://logv10.xiti.com/hit.xiti?s=43683&p=esprit-critique&" title="Mesurez votre audience"></a>    </noscript>   <br>   <br>   <br> </div> <p>&nbsp;</p> <!-- #EndEditable -->  </BODY>  <!-- #EndTemplate --></HTML>  
