<html>  	<head> 		<meta http-equiv="content-type" content="text/html;charset=iso-8859-1"> 		<meta name="generator" content="Adobe GoLive 4"> 		<title>Immerge ton &acirc;me dans l'Amour (2) de Fimo</title> 		<meta name="META-GENERATOR" content="WebMETAGenerator from pprem@pprem.net"> 		<meta name="ROBOTS" content="all,index,follow"> 		<meta name="LANGUAGE" content="FR"> 		<meta http-equiv="CONTENT-LANGUAGE" content="FR"> 		<meta name="COPYRIGHT" content="P&eacute;dro inc."> 		<meta name="AUTHOR" content="P&eacute;dro"> 		<meta name="DESCRIPTION" content="Publiez gratuitement vos textes gais et lesbiens."> 		<meta name="DC.DESCRIPTION" content="Publiez gratuitement vos textes gais et lesbiens."> 		<meta name="DC.TITLE" content="Textes gais et lesbiens"> 		<meta http-equiv="PICS-Label" content='(PICS-1.1 &quot;http://www.icra.org/ratingsv02.html&quot; l gen true for &quot;http://www.textesgais.com/&quot; r (cz 1 la 1 nb 1 nf 1 ng 1 oz 1 vz 1) &quot;http://www.rsac.org/ratingsv01.html&quot; l gen true for &quot;http://www.textesgais.com/&quot; r (n 3 s 4 v 0 l 4))'> 		<meta name="keywords" content="textes, gay, gais, lesbiens, &eacute;crire, &eacute;crits, homo, homosexuel, lesbienne, &eacute;criture, livre, litt&eacute;rature, bite, poil, cul, p&eacute;nis, penis, verge, trou, oignon, rondelle, couille, couilles, testicule, testicules, biroute, scrotum, anus, sexe, sex, gland, hampe, godemich&eacute;, gode, braquemart, cunilingus, pubien, anulingus, sodomie, sodome, gomorrhe, branler, branlette, masturbation, onanisme, masturber, sucer, l&eacute;cher, avaler, pr&eacute;servatif, petite, grosse, grosses, petites, mots, bouche, histoire, nu, &eacute;rotique, sperm, sperme, suce, slip"> 		<meta name="DC.SUBJECT" content="textes,gay,gais,lesbiens,&eacute;crire,&eacute;crits,homo,homosexuel,lesbienne,&eacute;criture,livre,litt&eacute;rature,bite,poil,cul,p&eacute;nis,penis,verge,trou,oignon,rondelle,couille,couilles,testicule,testicules,biroute,scrotum,anus,sexe,sex,gland,hampe,godemich&eacute;,gode,braquemart,cunilingus,pubien,anulingus,sodomie,sodome,gomorrhe,branler,branlette,masturbation,onanisme,masturber,sucer,l&eacute;cher,avaler,pr&eacute;servatif,petite,grosse,grosses,petites,mots,bouche,histoire,nu,&eacute;rotique,sperm,sperme,suce,slip"> 		<meta name="RATING" content="ADULT"> 	</head>  	<body bgcolor="#ffdbe1"> 		<div align="left"> 			<!-- DEBUT DU CODE COUNTUS --> 			<script language="JavaScript"><!-- today = new Date; sec = today.getTime(); document.write('<SCRIPT LANGUAGE="javascript" SRC="http://countus3.editeurjavascript.com/countus.php3?pseudo=pedritos&timer=') document.write(sec) document.write('&present=1&texte=homo%28s%29+sur+ce+site+%21%21&textcolor=crimson"><\/SCRIPT>') // --> 			</script> 			<!-- FIN DU CODE COUNTUS --> 			<font size="6"><b><br> 			</b></font></div> 		<center> 			<p><font size="6"><b>Immerge ton &acirc;me dans l'Amour</b></font><b> (1)<font size="6"><br> 			</font></b><b>de Fimo</b></p> 		</center> 		<div align="justify"> 			<p><br> 			<br> 			<br> 			<br> 			<font size="4"><b>Partie 2 : I am born again.</b></font><br> 			<br> 			<b>0.Preface</b><br> 			<br> 			<i>Nombreuses ont &eacute;t&eacute; les personnes qui m'ont envoy&eacute; des mails de f&eacute;licitation, je n'ai pu r&eacute;pondre &agrave; tout le monde car mon serveur e-mail a plant&eacute; (j'en ai d'ailleurs chang&eacute;) mais je voudrais dire un grand merci &agrave; toutes ces personnes car le fait de savoir que ma nouvelle plait me r&eacute;conforte et m'aide quelque peu &agrave; reprendre confiance en moi. J'ai d'ailleurs fait la connaissance de lecteurs, dont Vhere qui a corrig&eacute; ce texte et que je remercie profond&eacute;ment.<br> 			Cette deuxi&egrave;me, et peut-&ecirc;tre derni&egrave;re, partie est beaucoup moins noire que n'a pu &ecirc;tre la premi&egrave;re ; elle est aussi beaucoup plus autobiographique&#133; Les sentiments que j'y d&eacute;veloppe ont souvent &eacute;t&eacute; v&eacute;cus ou ressentis, mais pas forc&eacute;ment de la m&ecirc;me mani&egrave;re. Les choses sont comme elles sont et il serait tout &agrave; fait barbant de lire (et d'&eacute;crire) mon autobiographie, c'est pour cela que j'ai pris des &eacute;v&eacute;nements de ma vie en les amplifiant pour certains ou en les changeant de contexte pour d'autres.<br> 			J'esp&egrave;re ne pas avoir obstru&eacute; mon inspiration en essayant de toujours garder une part de r&eacute;el. C'est &agrave; vous d'en juger&#133; Bonne lecture.</i><br> 			<br> 			<b>1.Blanc</b><br> 			<br> 			Le blanc me fait mal aux yeux.<br> 			<br> 			<br> 			<b>2. Question</b><br> 			<br> 			Comment vivre apr&egrave;s &ccedil;a ?<br> 			Qu'est ce que l'amiti&eacute; ?<br> 			<br> 			<br> 			<b>3.H&ocirc;pital</b><br> 			<br> 			J'ai mal aux yeux et mes bras sont ankylos&eacute;s. Je tr&ocirc;ne sur le lit blanc, d'une chambre blanche, d'un h&ocirc;pital blanc : je suis dans un &laquo; great big white world &raquo; comme le dit si bien Marilyn Manson. Un homme dort dans le lit pr&egrave;s de moi, il est plus vieux que moi et sa face immobile ainsi que l'absence de plis sur ses draps le fait para&icirc;tre tel un cadavre, normal, me direz-vous, pour une chambre d'h&ocirc;pital.<br> 			<br> 			Je ne suis donc pas mort, quelqu'un a du me trouver, nu baignant dans la marre rouge de mon sang, le couteau &agrave; la main et les yeux dans le vide. Qui qu'elle soit, je hais cette personne. Ce que je voulais c'&eacute;tait mourir et je remarque que dans ce monde &laquo; civilis&eacute; &raquo; les gens ne sont m&ecirc;me pas capables de respecter les derniers v&#156;ux d'un mourrant.<br> 			<br> 			J'essaie de lever le bras pour toucher mon corps et v&eacute;rifier que je suis tout de m&ecirc;me bien vivant, et la douleur inf&acirc;me qui me parcourt alors le bras m'indique que je suis bel et bien sur terre et pas au nirvana, pour mon plus grand malheur.<br> 			<br> 			Marilyn Manson avait une chanson qui s'intitulait Suicide is painless. Personnellement, je pense aussi que le suicide est indolore, mais seulement qu'en t'en reviens pas.<br> 			<br> 			<br> 			<b>4. Anne</b><br> 			<br> 			L'infirmi&egrave;re entra dans la pi&egrave;ce, la jeune fille tel un ange blanc tomb&eacute; du ciel, s'approcha de moi et, tout en r&eacute;glant les quelques appareils qui m'entouraient, me dit :<br> 			<br> 			- Comment tu te sens ?<br> 			<br> 			- J'ai l'impression de flotter, c'est bizarre, j'ai du mal &agrave; me concentrer, &agrave; avoir les id&eacute;es claires.<br> 			<br> 			- C'est normal, ce sont les effets secondaires de la morphine. Mais &agrave; part &ccedil;a, enfin je veux dire, tes bras ?<br> 			<br> 			Je vis qu'elle avait un peu de mal &agrave; trouver ses mots, elle devait &ecirc;tre nouvelle.<br> 			<br> 			- C'est supportable tant que je ne bouge pas&#133;.Vous devez &ecirc;tre nouvelle dans le m&eacute;tier ?<br> 			<br> 			- &Ccedil;a se voit tant que &ccedil;a ?<br> 			<br> 			- Vous en faites pas. Je suis pas un habitu&eacute;, je remarquerai pas si vous faites quelque chose de travers.<br> 			<br> 			Elle rit et reprit :<br> 			<br> 			- &Ccedil;a fait pas deux jours que je travaille et tu dois &ecirc;tre le dixi&egrave;me ou quinzi&egrave;me homme &agrave; me draguer, il faut que tu t'attendes &agrave; pas mal de concurrence.<br> 			<br> 			Que dire apr&egrave;s &ccedil;a ? Les gens aujourd'hui croient tous que vous leur parlez seulement par int&eacute;r&ecirc;t ou dans le but de tirer un coup&#133; c'est d&eacute;cevant de voir qu'il n'est plus consid&eacute;r&eacute; comme normal de parler &agrave; quelqu'un dans le simple but de parler, sans arri&egrave;res pens&eacute;es.<br> 			<br> 			- On a du mal se comprendre, j'&eacute;tais pas du tout en train de vous draguer. C'est juste que &ccedil;a fait tr&egrave;s longtemps que j'ai pas parl&eacute; &agrave; quelqu'un. Vous sauriez pas, par hasard, qui est-ce qui m'a retrouv&eacute; au fond de la baignoire ?<br> 			<br> 			- &Ccedil;a te d&eacute;range si on se tutoie ?<br> 			<br> 			- Non, pas du tout.<br> 			<br> 			- Hier soir, un homme, s&ucirc;rement ton p&egrave;re est arriv&eacute; ici avec les pompiers qui t'on amen&eacute;. Il courrait dans tout les sens et demandait tout le temps ce que tu avais.<br> 			<br> 			- Il &eacute;tait imbib&eacute; ?<br> 			<br> 			- Il sentait tr&egrave;s fort l'alcool, en effet.<br> 			<br> 			- Donc c'&eacute;tait bien mon p&egrave;re&#133;<br> 			<br> 			- Je dois y aller, j'ai d'autres patients.<br> 			<br> 			- Merci beaucoup&#133; euh&#133; quel est ton nom ?<br> 			<br> 			- Anne<br> 			<br> 			- Merci Anne.<br> 			<br> 			C'&eacute;tait donc mon p&egrave;re qui m'avait trouv&eacute; dans la baignoire. Mon corps p&acirc;le flottant &agrave; la surface de l'eau macul&eacute;e de sang comme un sac plastique d&eacute;rivant sur l'eau calme d'une mer rougie par un couch&eacute; de soleil.<br> 			<br> 			Compl&egrave;tement saoul, entrant en trombe dans la salle de bain pour jeter sa t&ecirc;te au-dessus des wc, il avait d&ucirc;, en se relevant s'apercevoir que le rideau de douche &eacute;tait ferm&eacute;. Intrigu&eacute;, il avait d&ucirc; s'approcher pour se rendre compte qu'un jeune homme &eacute;tait inerte dans la baignoire, baignoire dont l'&eacute;mail avait pris une teinte ros&eacute;e. Enfin, r&eacute;alisant que ce jeune homme &eacute;tait son fils, il avait d&ucirc; cacher tous ses cadavres de bouteilles de whisky et appeler les pompiers&#133; Tableau path&eacute;tique d'un homme qui s'aper&ccedil;oit en une seconde qu'il est encore dans la r&eacute;alit&eacute; qu'il fuit depuis bien trop longtemps.<br> 			<br> 			Lorsqu'elle ferma la porte, mes yeux commenc&egrave;rent &agrave; me faire mal, je les fermai et m'endormis.<br> 			La morphine est tr&egrave;s efficace &agrave; forcer le sommeil&#133;<br> 			<br> 			<br> 			<b>5.Franck</b><br> 			<br> 			Lorsque je r&eacute;ouvris les yeux, l'homme qui dormait si paisiblement quand je m'&eacute;tais endormi, tentait d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment d'attraper le livre qu'il avait fait tomber par terre. Cette op&eacute;ration lui &eacute;tait difficile car il avait les jambes entrav&eacute;es par un pl&acirc;tre. En me levant je lui dit :<br> 			<br> 			- Vous voulez de l'aide ?<br> 			<br> 			Et sans attendre la r&eacute;ponse je ramassai le bouquin. Curieux de nature, je jetai un &#156;il au titre.<br> 			<br> 			- Les thanatonautes&#133;de Bernard Werber.<br> 			<br> 			- Tu connais ?<br> 			<br> 			- Pas du tout, je lis rarement.<br> 			<br> 			Je lui tends le livre, il le prend et me dit :<br> 			<br> 			-Je m'appelle Franck<br> 			<br> 			-Moi, c'est Lionel&#133;<br> 			<br> 			Alors qu'il me tendait le bras pour me serrer la main, je tendis le mien en retour, mais mes blessures me fendirent le bras en deux.<br> 			<br> 			- A&iuml;e !!<br> 			<br> 			- D&eacute;sol&eacute;, me dit-il.<br> 			<br> 			- Y'a vraiment pas de quoi, c'est pas votre faute.<br> 			<br> 			En me rasseyant je repris :<br> 			<br> 			- Qu'est ce qui vous est arriv&eacute; ?<br> 			<br> 			- Accident de voiture, un grand classique&#133; J'&eacute;tais fatigu&eacute; et j'ai percut&eacute; la barri&egrave;re de s&eacute;curit&eacute; &agrave; 90 km/h. Mes jambes sont rest&eacute;es coinc&eacute;es dans l'habitacle, il a fallu que les pompiers d&eacute;coupent ma voiture&#133; Heureusement il n'y avait personne avec moi.<br> 			<br> 			Il avait dit cette derni&egrave;re phrase en baissant les yeux vers ses draps, d'un coup il les remonta vers moi, me fixant de nouveau et me dit :<br> 			<br> 			- Et toi ?<br> 			<br> 			- Je me suis ouvert les veines avec un couteau.<br> 			<br> 			- A&iuml;e !<br> 			<br> 			- Oh. &Ccedil;a doit pas faire plus mal que de se casser les deux jambes&#133; dis-je d'un air blas&eacute;.<br> 			<br> 			- Non, je dis a&iuml;e parce qu'en g&eacute;n&eacute;ral quand on d&eacute;cide de se suicider c'est que quelque part il y a quelque chose qui va pas vraiment comme on le voudrait.<br> 			<br> 			- Rien n'est jamais all&eacute; comme je l'aurais voulu&#133;<br> 			<br> 			- Si je peux me permettre de te donner un petit conseil&#133;<br> 			<br> 			-&#133; Allez-y, mais seulement si vous pensez vraiment qu'il pourrait m'&ecirc;tre utile, le coupai-je.<br> 			<br> 			- Tu vois dans la vie, il y aura forc&eacute;ment des moments o&ugrave; tu te retrouveras dans des situations apparemment sans aucune solution (il s'interrompit un instant) Je ne sais pas ce qui a pu te pousser &agrave; faire &ccedil;a, mais la mort n'est en aucun cas une solution. Quand tout va mal, et que tu crois que tu ne pourras pas t'en sortir, la seule chose &agrave; faire c'est utiliser tous les moyens possibles pour t'en sortir, quelles qu'en soient les cons&eacute;quences. Dans la vie, quand la mort devient la seule solution, le seul moyen de t'en sortir c'est de montrer &agrave; tout le monde que tu es vivant et que t'as la ferme intention de te battre pour continuer &agrave; vivre.<br> 			<br> 			- Je vois ce que tu veux dire&#133;<br> 			<br> 			Il se mit &agrave; lire son livre et je mis en marche la t&eacute;l&eacute; pour regarder la multitude d'&eacute;missions abrutissantes que pouvaient passer les cha&icirc;nes hertziennes. J'eus droit aux clampins qui se prennent pour des stars de la chanson et qui sont pas capables de s'assumer en tant que membres d'un groupe &laquo; d'amis &raquo; ; j'eus droit aussi au bouffon qui fait gagner tout et n'importe quoi et qui se croit comique ; et enfin j'eus droit au &laquo; News des stars du showbiz &raquo; programme totalement inint&eacute;ressant qui raconte les anecdotes de la vie de personnes dont je n'avais absolument rien a faire.<br> 			<br> 			Une ou deux heures plus tard, Franck me dit :<br> 			<br> 			- Tu regardes quoi ?<br> 			<br> 			- La d&eacute;ch&eacute;ance de la soci&eacute;t&eacute; moderne : des gens qui parlent pour ne rien dire et des abrutis qui les &eacute;coutent.<br> 			<br> 			- Donc tu fais actuellement partie des abrutis ?<br> 			<br> 			- Effectivement, dis-je en &eacute;teignant la t&eacute;l&eacute;.<br> 			<br> 			- Tiens, me dit-il en me tendant son bouquin, &ccedil;a parle de la mort.<br> 			<br> 			- C'est pas forc&eacute;ment conseill&eacute; pour le suicidaires ce bouquin, non ?<br> 			<br> 			- Non, prends le. Tu vas voir tu vas aimer. La lecture de ce bouquin va te faire comprendre beaucoup de choses.<br> 			<br> 			- Waouh ! Il fait 500 pages !!!<br> 			<br> 			- Commence le, je te promets que tu pourras plus t'arr&ecirc;ter, et dans moins d'une semaine tu l'auras fini.<br> 			<br> 			- Une semaine ?<br> 			<br> 			- Ouaih.<br> 			<br> 			- Ben on va voir&#133;<br> 			<br> 			Je me mis confortablement au fond de mon lit et commen&ccedil;ai &agrave; lire. Il avait raison, je ne pouvais plus m'arr&ecirc;ter, c'&eacute;tait trop g&eacute;nial. Ce gars &eacute;crivait si bien, son histoire &eacute;tait si passionnante que je ne pus m'arr&ecirc;ter tant que mes yeux arrivaient encore &agrave; bouger.<br> 			<br> 			<br> 			<b>6. Mom, sweet mom&#133; ?</b><br> 			<br> 			J'&eacute;tais litt&eacute;ralement absorb&eacute; par le bouquin quand le couinement sourd d'une porte trop grande dans un chambranle trop petit m'en fit sortir. C'&eacute;tait ma m&egrave;re, la derni&egrave;re personne sur cette maudite plan&egrave;te que j'aurais voulu voir &agrave; ce moment-l&agrave;. Elle s'avan&ccedil;a vers moi, ses yeux commen&ccedil;aient d&eacute;j&agrave; &agrave; se remplir, &agrave; prendre ce regard lourd qui annonce de longues larmes. Elle se jeta sur moi et se mit &agrave; pleurer. Je restai impassible, je n'esquissai l'ombre, ni d'un mouvement ni d'une parole, pas m&ecirc;me une larme vint me brouiller la vue.<br> 			Tout en pleurant, ma m&egrave;re laissa &eacute;chapper de ses l&egrave;vres quelques bredouillements que je crus comprendre.<br> 			<br> 			- Lionel, on a eu si peur !!! Ton p&egrave;re&#133; quand il t'a trouv&eacute;&#133;Oh Lionel&#133;<br> 			<br> 			L'infirmi&egrave;re entra et demanda &agrave; ma m&egrave;re de signer quelques formulaires pour que je puisse sortir. Ensuite, ma m&egrave;re sortit de son sac quelques-unes de mes fringues et alla m'attendre dans le couloir le temps que je m'habille. Je sortis de mon lit et ne faisant pas attention &agrave; Frank qui lisait sur le lit d'&agrave; c&ocirc;t&eacute;, j'enlevai le pyjama ridicule que je portais depuis mon r&eacute;veil. J'enfilai mon boxer, puis mon jeans. Franck me dit alors :<br> 			<br> 			- Je veux pas me m&ecirc;ler de ce qui ne me regarde pas, mais tu as l'air tr&egrave;s distant avec ta m&egrave;re.<br> 			<br> 			- C'est elle qui a toujours &eacute;tait distante avec moi et aujourd'hui que je me suis tranch&eacute; les veines, elle s'aper&ccedil;oit qu'elle a un fils.<br> 			<br> 			- Tu es peut-&ecirc;tre un peu dur, non ? Tu sais c'est en pardonnant qu'on arrive &agrave; faire avancer une situation en cul de sac.<br> 			<br> 			- Mais tu es qui toi ? Lao Tse ? dis-je en m'&eacute;nervant.<br> 			<br> 			- Non, j'ai juste beaucoup lu et beaucoup &eacute;tudi&eacute; les hommes, r&eacute;pondit-il calmement.<br> 			<br> 			- Excuse-moi, c'est un vieux m&eacute;canisme de protection qui revient quand je lui ai rien demand&eacute;, dis-je en baissant la t&ecirc;te.<br> 			<br> 			- C'est rien, j'ai la mauvaise habitude de donner des le&ccedil;ons &agrave; tout va.<br> 			<br> 			Je pris le bouquin qui &eacute;tait sur ma commode et lui tendis.<br> 			<br> 			- Tiens. C'est vrai que &ccedil;a avait l'air sympa.<br> 			<br> 			- Garde le, il y a l'adresse de ma librairie dedans, n'h&eacute;site pas &agrave; passer, &ccedil;a m'a fait plaisir de faire ta connaissance.<br> 			<br> 			- Moi encore plus, &agrave; une prochaine fois alors, lui dis-je sans lui tendre la main.<br> 			<br> 			- &Agrave; une prochaine fois, me r&eacute;pondit-il en faisant un signe de la main.<br> 			<br> 			En fermant la porte, je fus content de ne pas &ecirc;tre &agrave; sa place : il allait s&ucirc;rement rester l&agrave; un moment, et si l'ennui m'avait envahi au bout de deux jours, qu'en serait-il pour lui ? Je me r&eacute;confortais en pensant que de toute fa&ccedil;on il avait ses bouquins et que quelqu'un viendrait bient&ocirc;t me remplacer sur le lit jouxtant le sien.<br> 			<br> 			<br> 			<b>7. Ouvre les yeux</b><br> 			<br> 			Dans la voiture, ma m&egrave;re ne put, ou ne sut, dire quoi que ce soit, cela ne me d&eacute;rangeait pas, bien au contraire : je n'avais pas envie de parler, vraiment pas du tout. Je n'avais pas envie non plus qu'elle me pose la question fatale : Pourquoi ?<br> 			<br> 			Je me contentais de regarder la route d&eacute;filer et les voiture nous doubler en faisant hurler leurs moteurs dans un meuglement assourdissant.<br> 			<br> 			Ma chambre n'avait pas chang&eacute;, normal puisque je n'en &eacute;tais pas parti longtemps, j'&eacute;tais parti loin, j'&eacute;tais all&eacute; jusqu'aux fronti&egrave;res de la mort et ce voyage m'avait paru tr&egrave;s long&#133;<br> 			J'y retrouvai ma collection de cd et le dvd de Dancer In The Dark que m'avait offert Brian. Je passai la main dessus et ne ressentis rien, comme si un grand trou s'&eacute;tait form&eacute; en moi, comme si j'&eacute;tais incapable de ressentir de la peine.<br> 			Ma m&egrave;re vint me dire que le d&icirc;ner &eacute;tait servi. Le repas se d&eacute;roula sans paroles jusqu'&agrave; ce que mon p&egrave;re entame le dialogue.<br> 			<br> 			- Tu nous a fait tr&egrave;s peur, tu sais.<br> 			<br> 			Tiens il parle maintenant ! D'habitude il est incapable de dire trois mots tellement il est saoul.<br> 			<br> 			- Tr&egrave;s tr&egrave;s peur, rajouta ma m&egrave;re.<br> 			<br> 			- Ah bon, vous avez eu peur d'avoir &agrave; vous expliquer avec les services sociaux ou c'&eacute;tait &agrave; cause du sang sur les rideaux de la douche.<br> 			<br> 			Mon p&egrave;re se leva d'un coup, je vis dans ses yeux que j'allais avoir droit &agrave; la traditionnelle racl&eacute;e du dimanche soir. Ma m&egrave;re l'attrapa par le bras et cria.<br> 			<br> 			- Non !!<br> 			<br> 			C'&eacute;tait historique, ma m&egrave;re venait de prendre ma d&eacute;fense contre mon p&egrave;re, chose quelle n'avait jamais fait auparavant. Il y avait vraiment quelque chose qui ne tournait pas rond dans cette baraque : mon p&egrave;re semblait avoir bu 2 ou 3 bouteilles de moins que d'habitude et ma m&egrave;re faisait attention &agrave; moi. Il se rassit et continua sur un ton moins plaisant, tout en bredouillant.<br> 			<br> 			- Nous pensons, ta m&egrave;re et moi, que nous t'avons d&eacute;laiss&eacute;&#133; oubli&eacute;. Nous savons tr&egrave;s bien que nous n'avons pas &eacute;t&eacute; parfaits&#133; mais nous t'assurons que nous allons changer tout cela et que rien ne sera plus comme avant.<br> 			<br> 			Je l'&eacute;coutais immobile en le regardant droit dans les yeux et attendit un peu, apr&egrave;s qu'il eut fini, pour lui r&eacute;pondre.<br> 			<br> 			- D&eacute;laiss&eacute;, oubli&eacute;. C'est assez minimaliste comme termes, moi j'aurais plut&ocirc;t dit : effac&eacute; ou rejet&eacute;. Et vous pensez que c'est parce que vous voulez que &ccedil;a aille mieux que &ccedil;a va forc&eacute;ment aller mieux ! &Agrave; part si toi, tu l&acirc;ches la bouteille et (en me tournant vers ma m&egrave;re) toi ton boulot, je vois vraiment pas comment vous pourriez arriver &agrave; aller mieux, vous. En ce qui me concerne je n'ai pas besoin de vous, &ccedil;a fait pas mal d'ann&eacute;es que je me d&eacute;merde sans vous, je vois pas comment &ccedil;a changerait.<br> 			<br> 			&Ccedil;a y est j'avais compris ce qu'avait voulut me dire Franck quand il me disait de me battre pour montrer aux autres que j'existe.<br> 			<br> 			J'allais me lever quand ma m&egrave;re reprit en levant un peu le ton, elle avait des larmes dans la voix.<br> 			<br> 			- Attends, on sait bien que c'est notre faute si tu as fait ce que tu as fait, et on s'en veut.<br> 			<br> 			- Si c'&eacute;tait &agrave; cause de vous que j'avais voulu me S U I C I D E R, cela ferait plusieurs ann&eacute;es que je me serais jet&eacute; d'un pont. Si je l'ai fait c'est parce que j'avais envie de mourir et non pas parce que j'avais envie de vous ouvrir les yeux.<br> 			<br> 			Je me levai brusquement et me dirigeai vers le couloir en leur tournant le dos quand ma m&egrave;re laissa &eacute;chapper un &laquo; Mais !!! &raquo;<br> 			<br> 			- Une derni&egrave;re chose &#133;avant que tu finisses de g&acirc;cher ce d&icirc;ner. Dans le mois qui vient&#133; nous allons partir loin d'ici&#133;&agrave; Nice. La-bas&#133;je suivrai un cure de d&eacute;sintoxication et toi&#133;tu pourras aller dans un lyc&eacute;e convenable, reprit mon p&egrave;re.<br> 			<br> 			- Maman va &ecirc;tre mut&eacute;e, c'est pour &ccedil;a qu'on part&#133; lan&ccedil;ai-je agressivement.<br> 			<br> 			- Non, ta m&egrave;re &agrave; gagn&eacute; assez au loto pour t'offrir un toit et une &eacute;ducation convenable en ville.<br> 			<br> 			Comment cela peut-il &ecirc;tre vrai ? Je suis s&ucirc;r qu'il me mentent&#133;on verra bien ce que me r&eacute;servera le futur.<br> 			<br> 			Sans me retourner, je lassai se faufiler un &laquo; Merci &raquo; chuchot&eacute; du bout (de mes) des l&egrave;vres.<br> 			<br> 			<br> 			<b>8.D&eacute;m&eacute;nagement</b><br> 			<br> 			Comme l'avait dit mon p&egrave;re, dans le mois qui suivit nous avions d&eacute;m&eacute;nag&eacute;. Il fallut que je range dans des cartons l'int&eacute;gralit&eacute; de mes affaires. Il m'arrivait souvent de tomber sur des affaires que j'avais oubli&eacute; de rendre &agrave; Brian, un cale&ccedil;on, un tee-shirt ou un DVD&#133; &Agrave; chaque fois, la m&ecirc;me sensation de glace dans ma poitrine se manifestait, comme si mes larmes s'&eacute;taient fondues en une boule de glace venue remplacer mon c&#156;ur.<br> 			<br> 			Le dernier camion parti, la route allait &ecirc;tre longue jusqu'&agrave; Nice, je ne savais pas ou j'allais atterrir, ni comment j'allais bien pouvoir me d&eacute;brouiller dans une si grande ville. Une chose &eacute;tait sure, j'allais commencer une nouvelle existence, avec un peu de chance il n'y aurait personne la-bas pour venir me reprocher ma fa&ccedil;on de m'habiller.<br> 			<br> 			L'appartement qu'avaient achet&eacute; mes parents &eacute;tait situ&eacute; dans un immeuble qui surplombait la colline de Pessicart dans le quartier nord. Ma chambre donnait sur le balcon d'o&ugrave; je pouvais voir mon futur p&eacute;nitencier quotidien: Le lyc&eacute;e du Parc Imp&eacute;rial.<br> 			<br> 			<br> 			<b>9. Nice</b><br> 			<br> 			Nous &eacute;tions au d&eacute;but du moi d'ao&ucirc;t et le soleil avait pris l'habitude d'&ecirc;tre l&agrave; tous les matins, voyant que le beau temps &eacute;tait toujours au rendez-vous, je d&eacute;cidai d'aller faire un tour en ville.<br> 			Je descendis &agrave; pieds l'avenue Mantega-Righi pour arriver sur l'avenue Joseph Garnier d'o&ugrave; je pris le Bus N&deg;5 pour rejoindre le centre-ville. Je descendis devant l'&eacute;glise Notre-Dame et rejoignis le centre commercial &laquo; Nice Etoile &raquo; au plein c&#156;ur du centre ville. Je d&eacute;couvris que les centres commerciaux &eacute;taient tous identiques : plein de magasins, des snacks, une FNAC et une radio insupportable qui provient des plafonds. Bien s&ucirc;r, j'allais oublier le plus insupportable: &laquo; les racailles &raquo;et les gros dealers.<br> 			<br> 			D&eacute;go&ucirc;t&eacute; par la multitude des gars qui s'approchaient de moi pour me dirent: &laquo; T 'aurais pas besoin d'un petit fix par hasard ? &raquo;, je sortis et me dirigeai vers la vieille ville appel&eacute;e &laquo; le vieux Nice &raquo;.<br> 			Ce quartier, bien que sa pauvret&eacute; soit &eacute;vidente, &eacute;tait vivant. Le nombre hallucinant de touristes qui d&eacute;ambulaient dans les rues &eacute;troites du Vieux Nice me sid&eacute;ra et les nombreux petits magasins qui jonchaient les rues de tous c&ocirc;t&eacute;s &eacute;taient tous plus int&eacute;ressants les uns que les autres.<br> 			<br> 			M&ecirc;me &agrave; l'ombre, la chaleur &eacute;tait accablante, je m'arr&ecirc;tai donc chez un glacier italien. Je commandai une glace &agrave; la vanille et au cassis. Je ne me rappelai pas avoir d&eacute;j&agrave; mang&eacute; une aussi bonne glace, les parfums &eacute;taient d&eacute;licieux et l'aspect cr&eacute;meux de la glace &eacute;tait irr&eacute;sistible.<br> 			<br> 			Malgr&eacute; cela, j'avais toujours chaud. Je me r&eacute;solus donc &agrave; aller piquer une t&ecirc;te dans la M&eacute;diterran&eacute;e. Ce jour-l&agrave;, elle &eacute;tait calme et plut&ocirc;t propre, sa fra&icirc;cheur me r&eacute;veilla quelque peu et quand je sortis, les galets me br&ucirc;l&egrave;rent les pieds. &Eacute;tendu sur ma serviette, je pris le temps de me reposer au soleil et du m&ecirc;me coup de renforcer mon bronzage naturellement pr&eacute;sent.<br> 			<br> 			Apr&egrave;s m'&ecirc;tre s&eacute;ch&eacute;, je sortis de mon sac un livre : &laquo; le vol des cigognes &raquo; de Jean-Christophe Grang&eacute;. J'avais depuis longtemps fini les thanatonautes de Bernard Weber et en avait lu la suite : L'empire des anges. Frank avait raison, lorsqu'on commence &agrave; lire, on ne peut pas s'arr&ecirc;ter, j'&eacute;tais devenu boulimique de litt&eacute;rature, il m'&eacute;tait devenu impensable de me coucher sans avoir lu, si ce n'&eacute;tait qu'une seule page d'un roman. La lecture des deux livre de Weber m'avait fait comprendre que je n'&eacute;tais pas venu sur terre seulement pour y subir les choses, que la vie n'est pas une fatalit&eacute;. J'avais r&eacute;ussi &agrave; me forger un semblant d'estime personnelle.<br> 			<br> 			<br> 			<b>10. Surprise</b><br> 			<br> 			Le lendemain, mon p&egrave;re voulut que je l'aide &agrave; r&eacute;parer la voiture. Il fallut donc que je le suive jusqu'au garage en tra&icirc;nant des pieds. La situation avec mes parents ne s'&eacute;tait pas vraiment arrang&eacute;e, mon p&egrave;re avait commenc&eacute; sa cure de d&eacute;sintoxication et &ccedil;a avait l'air de porter ses fruits, mais &ccedil;a ne nous aidait pas &agrave; entreprendre un dialogue.<br> 			<br> 			Arriv&eacute;s dans le garage, ma m&egrave;re nous attendait.<br> 			<br> 			- Qu'est-ce que c'est que ce d&eacute;lire ?<br> 			<br> 			Elle ouvrit la porte du garage et s'approcha de moi.<br> 			<br> 			- On a une surprise pour toi.<br> 			<br> 			Dans le garage &eacute;tait gar&eacute; un superbe scooter NRG noir. Mon p&egrave;re tendit son bras, il tenait au bout de ses doigts un jeu de cl&eacute;s.<br> 			<br> 			- On s'est dit que tu en aurais s&ucirc;rement besoin.<br> 			<br> 			-Merci beaucoup, c'est sur qu'il va servir, dis-je sans pouvoir quitter le scooter des yeux.<br> 			<br> 			Mais qu'est ce qu'il leur arrivait ? Cela faisait des ann&eacute;es que mon anniversaire &eacute;tait pass&eacute; &agrave; la trappe et l&agrave;, sans raison ils m'offraient un scooter. UN SCOOTER !!! Ce n'&eacute;tait pas un tee-shirt ou un cale&ccedil;on, c'&eacute;tait un scooter.<br> 			<br> 			Gr&acirc;ce &agrave; ce scooter je pus d&eacute;couvrir une bonne partie du centre-ville pendant les quelques semaines qui me s&eacute;paraient de la rentr&eacute;e.<br> 			<br> 			<br> 			<b>11. La rentr&eacute;e</b><br> 			<br> 			Dans l'exploration que j'avais faite de la ville de Nice, il ne m'&eacute;tait jamais venu &agrave; l'id&eacute;e de passer voir mon futur bahut. J'arrivai donc le jour de la rentr&eacute;e en scooter, ne sachant pas o&ugrave; je devais me garer, je suivis le reste des cyclos qui me conduisirent au parc &agrave; scooter.<br> 			<br> 			Ce matin l&agrave;, je m'&eacute;tais habill&eacute; un peu plus sobrement que l'an pass&eacute;, je n'avais pas envie de r&eacute;it&eacute;rer l'exp&eacute;rience douloureuse que fut ma pr&eacute;c&eacute;dente ann&eacute;e scolaire. J'avais donc omis de prendre ma longue veste noire et avais pr&eacute;f&eacute;r&eacute; un tee-shirt moulant blanc &agrave; manches longues pour cacher mes cicatrices ; je n'avais pas envie que tout le monde me demande les raisons de ma tentative de suicide. Au tee-shirt s'ajoutait un jeans sombre et ma vieille paire de caterpillar. Je descendis de mon scoot et l'attachai, puis je me dirigeai vers l'entr&eacute;e. Au-dessus de celle-ci, on pouvait lire en grosses lettres : Cit&eacute; Mixte Du Parc Imp&eacute;rial. J'avan&ccedil;ai et entrai dans ce qui allait devenir mon passe-temps pour les deux prochaines ann&eacute;es. Je ne connaissais personne et je ne savais pas comment cette premi&egrave;re journ&eacute;e allait se passer, l'angoisse commen&ccedil;a &agrave; se faire sentir quand je vis des groupes de jeunes se retrouver et rigoler ensemble.<br> 			<br> 			J'&eacute;crasai la Lucky Strike que je fumais avec anxi&eacute;t&eacute; depuis que j'&eacute;tais entr&eacute;, tout en regardant sur le tableau des inscriptions dans quelle classe je devais aller.<br> 			<br> 			B221. C'est parti, on va en B221. Mais comment je vais trouver la salle ? Je ne connais rien &agrave; ce bahut !<br> 			<br> 			Quelques secondes de panique. O&ugrave; pouvait bien se cacher cette maudite salle de cours. C'est le genre de moments o&ugrave; on se demande ce qu'on fout l&agrave; et, encore plus, par o&ugrave; s'enfuir. Heureusement j'entendis derri&egrave;re moi deux filles qui parlaient.<br> 			<br> 			- T'es o&ugrave; ?<br> 			<br> 			- En B114 et toi ?<br> 			<br> 			- En B220, mais je sais pas o&ugrave; c'est.<br> 			<br> 			- C'est au deuxi&egrave;me &eacute;tage, tout au fond du couloir.<br> 			<br> 			- Ok, mais de quel b&acirc;timent ?<br> 			<br> 			- Ben du b&acirc;timent B !<br> 			<br> 			- Oui, j'ai bien compris, mais c'est lequel ?<br> 			<br> 			Une des deux filles se tourna alors pour montrer le b&acirc;timent de 3 &eacute;tages tr&egrave;s allong&eacute; qui tr&ocirc;nait au fond de la cour.<br> 			<br> 			Je me dirigeai donc vers le b&acirc;timent en question en esp&eacute;rant que la salle B221 se trouvait &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la salle B220. Je montai les escaliers et arrivai au second &eacute;tage. Juste en face de moi, il y avait une porte au-dessus de laquelle je pouvais lire : B221.<br> 			<br> 			T'as vraiment trop de chance aujourd'hui Lionel&#133;Pourvu que &ccedil;a dure.<br> 			<br> 			J'entrai dans la salle, la prof &eacute;tait assise &agrave; son bureau qui &eacute;tait install&eacute; sur une petite estrade haute d'une vingtaine de centim&egrave;tres. Il y avait dans la salle quelques &eacute;l&egrave;ves d&eacute;j&agrave; assis qui attendaient en parlant, que le reste des &eacute;l&egrave;ves arrive. Comme &agrave; mon habitude, je pris la place du dernier rang &agrave; gauche, du c&ocirc;t&eacute; du mur.<br> 			<br> 			La salle se remplit. Lorsque la cloche sonna, il ne restait qu'une place de libre : celle qui &eacute;tait &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi. C'est alors que quelqu'un frappa &agrave; la porte, la prof ouvrit.<br> 			<br> 			- Excusez-moi, c'est bien la salle B221 ici ?<br> 			<br> 			- Oui, entrez.<br> 			<br> 			-Je suis d&eacute;sol&eacute;, je suis nouveau et j'ai pas r&eacute;ussi &agrave; trouver.<br> 			<br> 			- C'est pas grave, asseyez-vous.<br> 			<br> 			Il vint donc s'asseoir &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi.<br> 			J'avais d&eacute;j&agrave; v&eacute;cu ce sc&eacute;nario quelque part&#133;avec&#133;avec Brian. Malgr&eacute; le fait que mon c&#156;ur s'&eacute;tait refroidi, je sentis la glace qui le constituait se fissurer quelque peu. Il n'&eacute;tait pas question que &ccedil;a recommence, il n'est pas question que je retombe amoureux, c'est trop dur, &ccedil;a fait trop mal. Je n'&eacute;prouvais aucune attirance pour ce jeune homme, mais j'avais comme l'impression que tout allait recommencer et je n'en avais aucune envie.<br> 			<br> 			La prof nous expliqua pendant 2 heures le fonctionnement de l'&eacute;tablissement, j'appris que le lyc&eacute;e faisait en fait partie d'une cit&eacute; qui comprenait un coll&egrave;ge, un lyc&eacute;e, des classes de BTS et une &eacute;cole d'h&ocirc;tellerie . J'appris aussi que le b&acirc;timent D, que je pouvais voir par la fen&ecirc;tre de la salle, avait &eacute;t&eacute; la r&eacute;sidence des plus riches touristes russes qui venaient sur la c&ocirc;te, ce qui expliquait la pr&eacute;sence d'une &eacute;glise orthodoxe russe et des nombreux cours de tennis o&ugrave; certains de nos champions nationaux avaient fait leurs d&eacute;buts.<br> 			<br> 			La prof s'appelait Mme Fanso, elle &eacute;tait petite ce qui l'obligeait &agrave; rester sur l'estrade afin de pouvoir nous parler sans probl&egrave;me. Elle me parut vraiment tr&egrave;s barbante, elle n'arr&ecirc;tait pas de parler, moi je pr&eacute;f&eacute;rait les profs qui nous laissaient le temps de comprendre ce qu'ils disaient avant d'encha&icirc;ner sur une seconde phrase.<br> 			<br> 			<br> 			<b>12. Gabriel</b><br> 			<br> 			En sortant du cours celui qui &eacute;tait &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi durant tout le cours et qui n'avait jusque l&agrave; pas dit un mot, se tourna vers moi et engagea la discussion.<br> 			<br> 			- Tu es du coin ?<br> 			<br> 			- Pas du tout, dis-je froidement.<br> 			<br> 			- Non, parce qu'en fait y faut absolument que j'aille acheter des clopes et je sais pas o&ugrave; y'a un tabac.<br> 			<br> 			Tu vas tout de m&ecirc;me pas commencer &agrave; te renfermer sur toi m&ecirc;me ! Allez fais-t'en un bon pote, c'est pas tous les jours que t'en as eu l'occasion jusque l&agrave;.<br> 			<br> 			- Viens avec moi, il faut que j'y aille aussi.<br> 			<br> 			Il &eacute;tait un peu plus grand que moi, dans les 1 m 75, et arborait une chevelure blonde mi-longue. Sur le chemin qui nous menait au tabac, j'appris qu'il s'appelait Gabriel, qu'il venait du nord, de la r&eacute;gion parisienne et qu'il avait d&eacute;m&eacute;nag&eacute; &agrave; la suite de probl&egrave;mes qu'avait eu sa m&egrave;re avec certains employ&eacute;s de l'entreprise dans laquelle elle travaillait. Il me dit qu'il avait emm&eacute;nag&eacute; seul, la semaine pr&eacute;c&eacute;dente, dans un studio en plein centre ville. Voil&agrave; que le sc&eacute;nario continuait &agrave; se r&eacute;p&eacute;ter ! Qu'est-ce que je pouvais faire ? Partir en courant ? Non, ce n'&eacute;tait qu'une co&iuml;ncidence.<br> 			<br> 			- &Agrave; part &ccedil;a tu fais quoi dans la vie ? demandai-je.<br> 			<br> 			-Je regarde beaucoup de films, j'adore le cin&eacute;ma.<br> 			<br> 			Alors l&agrave;, c'&eacute;tait le coup fatal, il m'avait achev&eacute; d'une seule phrase.D'un coup, je me mis a &eacute;touffer. Je m'appuyai d'une main contre le grillage qui entourait le lyc&eacute;e et essayai de reprendre mon souffle.<br> 			<br> 			- &Ccedil;a va ? Qu'est ce qui t'arrive ?<br> 			<br> 			- Rien, c'est rien , j'ai aval&eacute; ma salive de travers.<br> 			<br> 			Quelques secondes plus tard, j'essuyais les larmes que la toux avait fait venir et nous repartions en direction du tabac.<br> 			<br> 			- Je parle beaucoup de moi, mais toi alors ? D'o&ugrave; tu viens ?<br> 			<br> 			- Je viens d'un trou paum&eacute; tr&egrave;s loin d'ici.<br> 			<br> 			- Et pourquoi tu es venu ici ?<br> 			<br> 			HUNN ! Mauvaise question, veuillez reformuler s'il vous plait.<br> 			<br> 			Qu'allais-je pouvoir faire ? Mentir ? Mentir &eacute;tait la seule solution&#133;<br> 			<br> 			- Je&#133;Ma m&egrave;re &agrave; &eacute;t&eacute; mut&eacute;e dans le coin.<br> 			<br> 			- Donc on est un peu l&agrave; pour la m&ecirc;me raison, en fait.<br> 			<br> 			- Si on veut&#133;<br> 			<br> 			<br> 			<b>13. En ville, tout va vite</b><br> 			<br> 			-&#133; Excuse-moi, t'aurais pas des feuilles par hasard ?<br> 			<br> 			La main sur mon &eacute;paule m'avait invit&eacute; &agrave; me retourner. Une jeune fille aussi grande que moi, aux yeux marron et aux cheveux aussi fonc&eacute;s que les miens se tenait devant moi. Elle portait un sac en bandouli&egrave;re bordeaux et un pantalon moulant noir qui s'alliait bien avec son d&eacute;collet&eacute; qui &eacute;tait&#133; noir.<br> 			Le soleil commen&ccedil;ait lentement &agrave; descendre derri&egrave;re la colline de la corniche Bellevue et je ne pus voir le visage de la jeune fille tellement le soleil m'&eacute;blouissait.<br> 			<br> 			Elle veut des feuilles&#133; C'est s&ucirc;rement pas de feuilles de papier qu'elle me parle.<br> 			<br> 			- Quoi ? dis-je calmement.<br> 			<br> 			- Des feuilles, tu sais, celles qui servent &agrave; rouler des cigarettes qui font rire.<br> 			<br> 			Elle avait dit cette phrase sur un ton sarcastique tr&egrave;s doux, pas du style qui vous met en boule, plut&ocirc;t dans le genre qui vous arrache un petit sourire.<br> 			<br> 			- Ok, je vois&#133; excuse-moi, je suis un peu &agrave; la masse aujourd'hui.<br> 			<br> 			Tout en disant &ccedil;a, j'avais sorti de mon portefeuille un paquet de OCB slim que je lui tendis. Elle le prit et nous regarda tous les deux.<br> 			<br> 			- On serait pas dans la m&ecirc;me classe par hasard ?<br> 			<br> 			- Je sais pas du tout, j'ai pas fait attention, dit Gabriel.<br> 			<br> 			- Si si, c'est toi qui est arriv&eacute; en retard tout &agrave; l'heure. Premi&egrave;re L4, c'est bien &ccedil;a ?<br> 			<br> 			- Ouaih, nous d&icirc;mes a l'unisson.<br> 			<br> 			- Moi c'est Alexandra, mais tout le monde m'appelle Alex. Le grand, l&agrave;-bas derri&egrave;re, c'est Eric. Si vous avez du temps &agrave; perdre, on va se poser dans un coin pour fumer un peu, on pourra faire connaissance.<br> 			<br> 			- &Ccedil;a roule pour moi, dis-je.<br> 			<br> 			- Moi aussi, reprit Gabriel<br> 			<br> 			Nous f&icirc;mes vite connaissance. Eric &eacute;tait un g&eacute;ant qui avoisinait les 1m85, il avait les cheveux bruns et courts .Il &eacute;tait plut&ocirc;t calme, mais &ccedil;a ne l'emp&ecirc;cha pas de nous faire beaucoup rire ce jour-l&agrave;. Alex, elle, tenait plus de l'excit&eacute;e chronique que de la larve. Elle et Eric se connaissaient de leur ann&eacute;e de seconde, ils formaient une sorte de paradoxe amical, elle incontr&ocirc;lable et lui toujours calme et serein.<br> 			<br> 			<br> 			<b>14. Amiti&eacute;</b><br> 			<br> 			En quelques semaines nous arriv&acirc;mes &agrave; assez bien nous conna&icirc;tre pour pouvoir dire que nous &eacute;tions les meilleurs amis du monde, nous &eacute;tions devenus le quatuor infernal. Nous nous voyions tous les jours au bahut et souvent le soir apr&egrave;s les cours, nous allions nous asseoir sur la plage et nous passions une ou deux heures, parfois m&ecirc;me trois, &agrave; parler de tout et de rien. Nous venions de lieux si diff&eacute;rents, nous avions eu des vies si singuli&egrave;res que nous avions toujours quelque chose &agrave; raconter, une blague, une anecdote, une exp&eacute;rience... Les conversations commen&ccedil;aient souvent en riant et finissaient parfois sur un ton plus grave, plus s&eacute;rieux. Nous n'&eacute;tions pas l&agrave; seulement pour d&eacute;lirer entre amis, nous &eacute;tions aussi l&agrave; pour se d&eacute;couvrir les uns les autres et c'est pour cela que l'on pouvait parler de choses plus s&eacute;rieuses que le dernier clip de Marilyn Manson. Ces &eacute;changes d'id&eacute;es &eacute;taient francs et sans arri&egrave;res-pens&eacute;es, il y avait entre nous comme une onde, un courant qui nous obligeait &agrave; &ecirc;tre transparents les uns envers les autres. Pourtant, je me suis toujours refus&eacute; &agrave; leur parler de mon homosexualit&eacute; et je n'avais jamais relev&eacute; les manches de mes tee-shirts pour &eacute;viter les questions auxquelles je ne voulais pas encore r&eacute;pondre. Je ne comptais pas leur cacher ces deux points toute ma vie mais je pensais qu'il serait plus s&ucirc;r d'attendre un peu avant de dire quoi que ce soit.<br> 			<br> 			<br> 			<b>15. Les cours&#133;</b><br> 			<br> 			M&ecirc;me si nous &eacute;tions tr&egrave;s soud&eacute;s, nous avions li&eacute; des amiti&eacute;s avec plusieurs des &eacute;l&egrave;ves de notre classe. Sindi, Christophe, Cyril, Max et bien d'autres &eacute;taient nos compagnons de bataille dans les dures luttes qui nous opposaient, tous les Mardis et Jeudis, pendant deux heures, &agrave; notre professeur de Math&eacute;matiques : Madame De Cart. Cette femme &eacute;tait toujours v&ecirc;tue de gris. Elle avait toujours les m&ecirc;mes robes grises, toujours les m&ecirc;mes d&eacute;bardeurs gris qui laissaient &agrave; notre vue les immondes touffes de poils gris qui tapissaient ses aisselles. Elle ne nous aimait pas et nous l'avait bien fait comprendre, nous n'&eacute;tions pas une classe de matheux et elle n'avait pas l'air d'aimer les t&ecirc;tes en l'air.<br> 			<br> 			Durant ses cours, notre occupation premi&egrave;re &eacute;tait souvent de dessiner sur les tables ou encore de marquer des petits mots dans les agendas de nos amis. Un jeudi que je m'ennuyais &agrave; mourir, Max qui &eacute;tait derri&egrave;re moi, me demanda de lui filer mon agenda pour qu'il y marque un mot. Je lui passai et alors qu'une dizaine des interminables minutes qui caract&eacute;risent un cours de Maths s'&eacute;taient &eacute;coul&eacute;es, il me le rendit. Je l'ouvris donc &agrave; la page qu'il m'avait indiqu&eacute;e et pus y lire :<br> 			<br> 			&laquo; Si comme moi tu te fais chier &agrave; mourir. Si comme moi tu aimerais te fendre la gueule un bon coup. Tourne la page et d&eacute;couvre pourquoi notre professeur de maths est toujours habill&eacute;e de gris. &raquo;<br> 			<br> 			Je tournai la page et d&eacute;couvris un dessin hilarant. Max avait dessin&eacute; un pigeon d&eacute;plum&eacute; en train de r&ocirc;tir sur un feu de camp. Ce qu'il y avait d'hilarant c'&eacute;tait que la t&ecirc;te de la prof avait remplac&eacute; celle du pigeon qui r&ocirc;tissait. Le clin d'&#156;il au plumage gris des pigeons et la majestueuse habilet&eacute; qu'avait Max pour dessiner me plia en deux. J'eus du mal &agrave; retenir mon fou rire, pourtant il le fallait, ou sinon j'allais me retrouver &agrave; la porte. Voyant que je me fendais bien la poire, Alex me prit le carnet des mains, le scruta et quelques secondes plus tard &eacute;clata de rire. Elle avait un rire plus que communicatif, ce qui fit que je n'eus que le temps de ranger le carnet dans mon sac avant de me mettre &agrave; rire b&ecirc;tement.<br> 			<br> 			- Bon, les deux au fond, l&agrave;-bas, dehors !<br> 			<br> 			Oups, on a fait une boulette&#133;<br> 			<br> 			- Y'a pas de probl&egrave;me m'dame, r&eacute;pondit Alex en essayant de r&eacute;primer son rire.<br> 			<br> 			Nous nous lev&acirc;mes et sort&icirc;mes de la salle. Lorsque nous f&ucirc;mes dans le couloir et que la porte fut ferm&eacute;e, nous &eacute;clat&acirc;mes tous deux d'un rire tonitruant qui parcourut le couloir de long en large. Les larmes du fou rire nous vinrent vite et il nous fallut marcher un petit moment dans la cour avant de faire passer les crampes qui &eacute;tiraient nos zygomatiques.<br> 			J'appris &agrave; la sortie que nous avions &eacute;t&eacute; si peu discrets que toute la salle nous avait entendus et que personne n'avait pu se retenir de pouffer &agrave; son tour, ce qui avait mis la prof dans un &eacute;tat de fureur encore in&eacute;gal&eacute;. Ce n'&eacute;tait pas le but recherch&eacute;, et j'&eacute;tais peu fier de mes actes, mais un fou rire comme celui-l&agrave;, &ccedil;a vaut tout l'or du monde.<br> 			<br> 			<br> 			<b>16. Pure night</b><br> 			<br> 			Vers la mi-octobre, le temps &eacute;tait encore cl&eacute;ment pour la saison et Gabriel nous avait invit&eacute;s, Eric, Alex et moi, chez son p&egrave;re pour y passer le week-end. Ses parents &eacute;taient divorc&eacute;s et son p&egrave;re habitait un appartement qui surplombait la vall&eacute;e du Var, fleuve qui s&eacute;parait Nice de Saint Laurent du Var. Cet appartement se situait d'ailleurs au sommet des collines de Saint Laurent.<br> 			<br> 			Le vendredi soir, apr&egrave;s avoir fait le plein de cigarettes et de cassettes vid&eacute;os, Gabriel monta sur le scooter d'Alex et Eric monta derri&egrave;re moi. Nous conduis&icirc;mes pendant vingt-cinq bonnes minutes avant d'atteindre les garages qui allaient accueillir nos scooters pendant deux jours. Nous mont&acirc;mes les escaliers et trouv&acirc;mes au premier &eacute;tage un sympathique appartement de c&eacute;libataire.<br> 			La soir&eacute;e commen&ccedil;a bien, apr&egrave;s avoir regard&eacute; &laquo; les rivi&egrave;res pourpres &raquo; de Mathieu Kasowitz et avoir longuement d&eacute;battu pour savoir si le livre de Jean-Christophe Grang&eacute; qui avait inspir&eacute; le film &eacute;tait meilleur ou non, nous nous dirige&acirc;mes vers la cuisine et entrepr&icirc;mes de faire &agrave; manger. La cuisine &eacute;tait ridiculement petite, ce qui nous emp&ecirc;cha d'&ecirc;tre r&eacute;ellement efficace. Nous avions pour objectif de faire des p&acirc;tes, les placards &eacute;tant vides et le frigo n'offrant que des surgel&eacute;s, nous nous f&eacute;licit&acirc;mes d'avoir pens&eacute; &agrave; emmener les p&acirc;tes et la sauce. Apr&egrave;s une petite demi-heure de bataille acharn&eacute;e avec les spatules et l'eau bouillante, nous p&ucirc;mes d&eacute;guster les spaghettis sauce gorgonzola les plus savoureux que nous ayons jamais mang&eacute;s.<br> 			<br> 			Ensuite, nous all&acirc;mes sur le balcon afin de fumer un cigarette qui fut aussi savoureuse que le repas que nous venions de d&eacute;guster. De son balcon on pouvait voir toute la vall&eacute;e du Var d'un simple mouvement de t&ecirc;te. Au fond, les montagnes du Mercantour et de l'Argentera, encore vierges de neige, nous regardaient du haut de leurs mill&eacute;naires et la mer compl&egrave;tement &agrave; l'oppos&eacute; refl&eacute;tait tous les malheurs que les hommes avaient pu lui faire subir par sa couleur brune et son aspect artificiel. Nous d&eacute;cid&acirc;mes de rester un moment pour parler un peu dans la p&eacute;nombre du balcon &eacute;troit qui n'&eacute;tait &eacute;clair&eacute; que par la lointaine lumi&egrave;re de la cuisine. Gabriel nous apporta des chaises, mit en marche la cha&icirc;ne hifi de la cuisine et sortit une baffle pour que l'on entende la musique sans pour autant g&eacute;ner les voisins. Nous commen&ccedil;&acirc;mes &agrave; parler de tout et de rien, comme d'habitude.<br> 			<br> 			- Je reviens dans une minute, j'ai une petite surprise, dit Eric en se levant.<br> 			<br> 			Cela faisait facilement une heure que nous parlions et Eric avait quelque peu &eacute;branl&eacute; l'atmosph&egrave;re particuli&egrave;re qui s'&eacute;tait instaur&eacute;e. La faible lumi&egrave;re et la chaude intimit&eacute; que nous offrait le balcon nous avait transform&eacute;s en une sorte de concile noctambule. Eric revint avec un sachet plein d'herbe et une bouteille de gin fizz.<br> 			<br> 			- Comment a-t-on pu oublier &ccedil;a ?!! s'exclama Alex tout en se jetant sur la bouteille de Gin Fizz.<br> 			<br> 			- Ah oui, alors l&agrave;, on est vraiment incorrigible&#133;dis-je en prenant la bouteille qu'Alex venait d'entamer.<br> 			<br> 			- Vous inqui&eacute;tez pas les jeunes, la soir&eacute;e ne fait que commencer.<br> 			<br> 			Eric n'avait pas encore fini sa phrase que d&eacute;j&agrave; il avait commenc&eacute; &agrave; rouler un joint. L'herbe qu'il nous avait apport&eacute;e ce soir l&agrave; avait une odeur tr&egrave;s forte, elle n'avait rien de comparable avec ce que j'avais pu fumer avant, c'&eacute;tait comme si toute la chaleur de l'&eacute;t&eacute; venait d'un coup me chatouiller les narines et me narguer de son odeur de sable et d'eau de mer. La boisson et le chichon ne nous avaient pas fait perdre la parole, bien au contraire. Nous continu&acirc;mes notre discussion dans cette atmosph&egrave;re de confessionnal, sombre et calme, presque religieuse. J'ignore encore pourquoi, mais malgr&eacute; l'alcool et le cannabis, la fatigue ne nous gagna pas, la pr&eacute;sence des autres suffisait &agrave; nous emp&ecirc;cher de sentir la lourdeur de nos paupi&egrave;res.<br> 			Alors que la bouteille de Gin fizz &eacute;tait &agrave; moiti&eacute; vide, Alex dit en regardant les milliers de lumi&egrave;res qui &eacute;clairaient la vall&eacute;e :<br> 			<br> 			- Vous vous imaginez comment &ccedil;a devait &ecirc;tre &agrave; l'&eacute;poque de la pr&eacute;histoire ? Vous vous imaginez comme &ccedil;a devait &ecirc;tre bien ?<br> 			<br> 			La question pourrait para&icirc;tre tout &agrave; fait futile et d&eacute;nu&eacute;e de sens, mais nous tourn&acirc;mes tous la t&ecirc;te vers la vall&eacute;e. Et il ne me fut pas difficile d'imaginer toute la vall&eacute;e et la colline d'en face sans lumi&egrave;res, juste avec quelques feux de camps &ccedil;a et l&agrave;, il ne me fut pas difficile d'oublier les bruits de la ville pour les remplacer par le chant des grillons, et il ne me fut pas plus difficile non plus, d'effacer les odeurs de pots d'&eacute;chappement et de les remplacer par celles des mimosas. Cette hallucination collective nous plongea dans un mutisme des plus profonds, &laquo; worry wort &raquo; qui marquait la fin du cd renfor&ccedil;a cette communion avec une nature absente et hallucinatoire. Ce morceau de Radiohead, malgr&eacute; sa composition presque enti&egrave;rement faite de sons de jeux vid&eacute;os, sonnait comme un v&eacute;ritable hymne &agrave; la nature, ses sons semblaient venir des cypr&egrave;s que le vent ber&ccedil;ait.<br> 			Gabriel se leva et alla &agrave; la cuisine. Il en revint avec quatre petits verres et une bouteille de vodka p&ecirc;che d&eacute;j&agrave; entam&eacute;e. Il servit quatre verres et dit :<br> 			<br> 			-Je voudrais qu'on trinque &agrave; nous, &agrave; notre amiti&eacute;, et surtout, &agrave; tous les bons moments, comme celui-ci, qui nous attendent.<br> 			<br> 			Nous pr&icirc;mes chacun un verre et le lev&acirc;mes au dessus de la table.<br> 			<br> 			- &Agrave; nous.<br> 			<br> 			- &Agrave; nous.<br> 			<br> 			- Pour longtemps.<br> 			<br> 			- Pour toujours.<br> 			<br> 			La vodka coula dans nos gorges et nous r&eacute;chauffa l'estomac.<br> 			<br> 			C'&eacute;tait beau, c'&eacute;tait grand. Ce fut l'un de ces moments o&ugrave; il n'y a plus rien &agrave; dire, juste des regards et des sentiments. Ce fut ce que j'appelle aujourd'hui des moments d'&eacute;ternit&eacute;. J'aurais voulu les prendre dans mes bras et leur dire &agrave; quel point je les aimais, mais mes bras me faisaient mal. C'&eacute;tait comme si le bonheur &agrave; l'&eacute;tat pur qu'ils m'offraient &agrave; ce moment avait r&eacute;ouvert les br&egrave;ches de mon c&#156;ur, comme ces d&eacute;sinfectants qui, pour mieux vous soigner, br&ucirc;lent violemment les plaies d'une douleur aigu&euml;.<br> 			<br> 			<br> 			<b>17. Pure morning</b><br> 			<br> 			Nous rest&acirc;mes sur le balcon toute la nuit. Nous savions que ce que nous vivions l&agrave; &eacute;tait unique et qu'en aucun cas il ne fallait &eacute;courter ses instants de bonheur.<br> 			Nous f&ucirc;mes surpris aux alentours de sept heures du matin par le soleil et ses rayons qui vinrent nous rappeler, comme aurait pu le faire une horloge et ses aiguilles, que le temps passe.<br> 			Voyant que personne ne voulait mettre un terme &agrave; notre concile qui n'avait plus rien de noctambule, je me levai et me rendis dans la cuisine. Je me dirigeai vers la cha&icirc;ne hi-fi et mis &laquo; Pure morning &raquo; de Placebo. Gabriel qui s'&eacute;tait aussi lev&eacute;, revint des chambres avec des couvertures. Nous nous install&acirc;mes par terre en nous blottissant dans les couvertures et nous fum&acirc;mes chacun notre cigarette en regardant le soleil se lever entre les barreaux de la rambarde du balcon. Il n'y avait pas besoin de paroles, pas besoin de regards, pas besoin de contact ; rien que l'air frais du matin sur notre visage et Brian Molko qui chantait &laquo; Pure morning &raquo; dans le haut parleur.<br> 			<br> 			- Vous savez ce que disait Brian Molko de ce morceau ? Il disait que ce morceau parlait de &laquo; ce moment de la journ&eacute;e o&ugrave; le soleil se l&egrave;ve et o&ugrave; toi tu te couches. O&ugrave; Tout le monde se pr&eacute;pare &agrave; aller travailler et o&ugrave; tu te sens d&eacute;phas&eacute; par rapport au reste du monde et tout ce que tu veux vraiment c'est qu'un ami soit l&agrave; pour t'entourer de ces bras et t'aider &agrave; t'endormir. &raquo;<br> 			<br> 			- C'est mot pour mot ce que je ressens, dit Eric.<br> 			<br> 			Au fond de la vall&eacute;e, quelques voitures roulaient tranquillement, quelques pi&eacute;tons marchaient doucement, ne parvenait &agrave; nos oreilles qu'un l&eacute;ger bourdonnement. La ville vivait un r&eacute;veil habituel, lent et contrast&eacute;.<br> 			<br> 			- Dans quelques jours, quelques mois ou quelques ann&eacute;es, commen&ccedil;a Alex, on r&eacute;&eacute;coutera ce morceau et on se rappellera de cette soir&eacute;e et de ce lever de soleil. On repensera &agrave; tout ce qu'on aura v&eacute;cu ensemble et on pleurera.<br> 			<br> 			- Pourquoi ? demanda Gabriel. Pourquoi veux-tu qu'on pleure ?<br> 			<br> 			- Parce qu'on se rappellera &agrave; quel point ces instants sont exceptionnels, &agrave; quel point on a pass&eacute; une soir&eacute;e excellente et on se rendra compte que plus jamais on ne r&eacute;ussira &agrave; faire mieux, r&eacute;pondis-je &agrave; la place d'Alex.<br> 			<br> 			- C'est exactement &ccedil;a, dit Alex.<br> 			<br> 			- Bande de pessimistes, dit Eric.<br> 			<br> 			- Non, r&eacute;alistes&#133;je r&eacute;pondis en c&#156;ur avec Alex.<br> 			<br> 			Je ne m'&eacute;tais jamais rendu compte &agrave; quel point Alex et moi arrivions &agrave; nous comprendre sans nous parler. Il m'arrivait souvent de savoir d'avance quelle serait la fin (d'une) de sa phrase ou encore quand elle m'interpellait, je savais souvent ce qu'elle allait me demander. Peut-&ecirc;tre &eacute;tait-ce simplement parce qu'elle &eacute;tait pr&eacute;visible et que moi j'&eacute;tais observateur&#133;Ou peut-&ecirc;tre est-ce &ccedil;a avoir une meilleure amie.<br> 			<br> 			Nous nous serr&acirc;mes les uns contre les autres dans nos couvertures et nous nous endorm&icirc;mes affal&eacute;s contre les volets de la salle &agrave; manger.<br> 			<br> 			<br> 			<b>18. Spleen et Id&eacute;al&#133;</b><br> 			<br> 			Les cours se suivirent et se ressembl&egrave;rent, rien dans ce d&eacute;but d'ann&eacute;e scolaire ne m'enthousiasma particuli&egrave;rement. Les cours de maths &eacute;taient toujours aussi inint&eacute;ressants, les cours de fran&ccedil;ais, par contre l'&eacute;taient beaucoup plus. Madame Fanso &eacute;tait une prof g&eacute;niale, elle aimait ce qu'elle faisait et &ccedil;a se voyait. Elle m'apprit &agrave; aimer la litt&eacute;rature, elle m'avait appris &agrave; comprendre comment les auteurs, &agrave; travers des effets de style, avaient r&eacute;ussi &agrave; amplifier le message qu'ils voulaient faire passer. Elle m'avait appris &agrave; lire entre les lignes. Gr&acirc;ce &agrave; ses cours, je lisais diff&eacute;remment, m&ecirc;me les livres qui paraissaient les plus anodins devenaient des mines d'or de sous-entendu et d'ironie. Je me pris &agrave; lire les fleurs du mal de Charles Baudelaire et la beaut&eacute; de ces textes, qui auraient pu para&icirc;tre fades, me sauta aux yeux.<br> 			Ces po&egrave;mes r&eacute;v&eacute;laient des choses en moi que je n'aurais pas pu comprendre seul. Pour Baudelaire, le beau ne pouvait aller sans le malheur, pour lui, la joie n'&eacute;tait qu'un artifice ; je compris pourquoi j'avais r&eacute;ussi depuis tout ce temps &agrave; m'accommoder de la perte de Brian et de ma nouvelle solitude, je compris que j'avais besoin de cette part de malheur dans ma vie, qu'elle &eacute;tait n&eacute;cessaire &agrave; mon bonheur futur. Ainsi je me confortai dans l'id&eacute;e que j'aimais &ecirc;tre seul et que je n'&eacute;tais peut &ecirc;tre pas fait pour &eacute;voluer en couple&#133;Peut-&ecirc;tre que si je dissimulais aussi bien mes cicatrices c'&eacute;tait par peur d'avoir a avouer que j'avais essay&eacute; et que j'avais &eacute;chou&eacute; plus que pour ne pas avoir &agrave; parler de mon homosexualit&eacute;. Aujourd'hui je sais que la vie est comme une piscine. Je sais que lorsque l'on commence &agrave; couler, le seul moyen de s'en sortir c'est de toucher le fond et de s'en servir pour se propulser hors de l'eau.<br> 			<br> 			<br> 			<b>19&#133;.pluie de mon &acirc;me</b><br> 			<br> 			L'eau tombait et venait par d'infinies gouttelettes compl&eacute;ter l'oc&eacute;an de chagrin qui noyait mon &acirc;me.<br> 			Assis devant ma fen&ecirc;tre, je regardais la pluie d'automne d&eacute;ferler sur la c&ocirc;te d'azur en &eacute;coutant des morceaux plus d&eacute;primants les uns que les autres, de Rabbit in your headlight de Unkle &agrave; Glory box de Potishead en passant par How to disappear de Radiohead. Ce dernier d'ailleurs me donnait &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir : son titre entier &eacute;tait How to disappear completly and never be found again, en fran&ccedil;ais cela voulait dire &laquo; Comment dispara&icirc;tre compl&egrave;tement et ne jamais &ecirc;tre retrouv&eacute; &raquo;. Je trouvais la question plus que troublante, comment pourrais-je dispara&icirc;tre est ne jamais &ecirc;tre retrouv&eacute; ? Le d&eacute;sert de gouttelettes qui me faisait face me donna la r&eacute;ponse : le seul moyen &eacute;tait de me cacher au fond de moi-m&ecirc;me. L&agrave;, il faudrait &ecirc;tre tr&egrave;s fort pour venir m'y trouver.<br> 			<br> 			<br> 			<b>20. &laquo; How to disappear completly and never be found again &raquo;</b><br> 			<br> 			In a little while<br> 			I'll be gone<br> 			The moment's already passed<br> 			Yeah it's gone<br> 			And I'm not here<br> 			This isn't happening<br> 			I'm not here<br> 			I'm not here<br> 			<br> 			Extrait de How to disappear completely de Radiohead &#132;2001 EMI RECORDS LIMITED<br> 			<br> 			<br> 			<b>21.Mauvais voyage</b><br> 			<br> 			Depuis que je les avais rencontr&eacute;s, j'avais d&eacute;couvert ce qu'&eacute;tait l'amiti&eacute; mais je n'avais pas oubli&eacute; ce qu'&eacute;tait l'amour. Chaque soir je pleurais dans mon lit et chaque matin je me levais fatigu&eacute;, et pourtant tous les matins en arrivant au lyc&eacute;e j'avais le sourire aux l&egrave;vres et rien dans mon comportement ne pouvait laisser imaginer la souffrance qu'&eacute;tait cette solitude. Peut-&ecirc;tre pour oublier ou tout simplement pour m'extraire de ma vie solitaire, je m'&eacute;tais mis &agrave; fumer de plus en plus de cannabis. C'&eacute;tait devenu mon paradis artificiel, c'&eacute;tait l'endroit o&ugrave; j'allais me r&eacute;fugier lorsque la douleur &eacute;tait insupportable, lorsque mes bras br&ucirc;laient et que mon c&#156;ur se serrait dans ma poitrine.<br> 			<br> 			Un soir de d&eacute;cembre, Alexandra nous avait invit&eacute;s pour une classique soir&eacute;e de d&eacute;bauche ou le but du jeux &eacute;tait de boire, de fumer et de rire. Nous avions fait mieux connaissance avec certains &eacute;l&egrave;ves de notre classe et Alex avait d&eacute;cid&eacute; de les inviter aussi. Sindi, Cyril et Elo&iuml;se nous rejoignirent donc pour go&ucirc;ter aux plaisirs de la stupidit&eacute; adolescente.<br> 			<br> 			Nous avions largement commenc&eacute; la soir&eacute;e et l'atmosph&egrave;re enfum&eacute;e du salon t&eacute;moignait de la consommation massive de cannabis qui avait eu lieu. Moi m&ecirc;me, je n'avais pas l&eacute;sin&eacute; et avait all&eacute;grement us&eacute; de la pipe &agrave; eau dont nous disposions. Nous &eacute;tions tous assis, Alex, Sindi et Cyril &eacute;taient sur le divan, Eric et moi sur le second divan alors que Elo&iuml;se et Gabriel &eacute;taient allong&eacute;s par terre. La discussion portait sur les tueurs en s&eacute;rie, pas &eacute;tonnant vu que nous avions &agrave; peine fini de visionner &laquo; Se7en &raquo;.<br> 			<br> 			- Je crois vraiment que le pire c'&eacute;tait Manson, dit Elo&iuml;se.<br> 			<br> 			- Non, Charles Manson n'&eacute;tait qu'un illumin&eacute;, bien sur il &eacute;tait dangereux mais il n'est connu que parce qu'il a tu&eacute; Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, alors qu'elle &eacute;tait enceinte. Les tueurs comme Jeffrey Dahmer, par exemple, sont vraiment int&eacute;ressants, contredit Eric.<br> 			<br> 			- Jeffrey qui ? s'exclama Sindi.<br> 			<br> 			- Jeffrey Dahmer, un homosexuel qui a tu&eacute; tout ses amants, et il en a eu !&#133; Il les tu&eacute; et les a mang&eacute;s, tout simplement.<br> 			<br> 			- Beurk !<br> 			<br> 			- Non, moi je crois que le pire c'est Bill Gates. Rien qu'avec Windows il a du pousser des millions de gens &agrave; se tirer une balle, alors t'imagine avec le pack Office et les jeux Microsoft ! dit Cyril.<br> 			<br> 			Eclats de rire lointains.<br> 			Cela faisait un moment que je n'&eacute;coutais plus la discussion, j'y assistais mais je ne l'entendais plus, j'&eacute;tais compl&egrave;tement en retrait, m&ecirc;me les images n'avaient plus aucun sens pour moi. C'est &agrave; se moment l&agrave; que je sentis les veines de mon coup gonfler, et une chaleur remonter sur mon visage, tout mon sang &eacute;tait en train de remonter &agrave; mon cerveau. C'&eacute;tait oppressant, ma t&ecirc;te &eacute;tait trop petite pour tout ce sang. J'eus l'impression que mes orbites oppressaient mes yeux, que mes oreilles gonflaient jusqu'&agrave; m'emp&ecirc;cher d'entendre des sons nets. Un bourdonnement intense vint remplacer les voix qui animaient la discussion.<br> 			Alex en face de moi prit une forme bizarre, elle d&eacute;bordait. Son pull rouge &eacute;tait venu se lier au noir du divan et sa peau avait recouvert ses yeux et sa bouche : je voyais compl&egrave;tement flou. Un sentiment de panique me prit lorsque qu'elle se d&eacute;doubla pour former deux Alex bien distinctes l'une de l'autre. Je croyais encore ma&icirc;triser la situation mais mon corps me rattrapa vite, la vision double d'Alex vint tr&egrave;s vite s'agr&eacute;menter de minuscules damiers noirs et blancs qui s'illuminaient bizarrement. J'hallucinais compl&egrave;tement, Alex &eacute;tait double et tout ce que je voyais &eacute;tait en train de devenir un immense damier dont les cases rapetissaient &agrave; mesure que le damier grandissait. J'avais la bouche p&acirc;teuse et mon esprit avan&ccedil;ait au ralenti, je &laquo; bloquais &raquo;. Je ne savais pas quoi faire, j'&eacute;tais perdu, la panique m'emp&ecirc;chait de dire quoi que se soit et mes muscles &eacute;taient t&eacute;tanis&eacute;s.<br> 			Alex qui avait du remarquer que je la fixais depuis un moment me regarda et me demanda :<br> 			<br> 			- &Ccedil;a va Lionel ?<br> 			<br> 			Je rassemblai mes forces et dans un &eacute;lan de volont&eacute; je lui r&eacute;pondis :<br> 			<br> 			- Je crois qui faut que je prenne l'air, j'ai tr&egrave;s chaud, bafouillais-je en bavant.<br> 			<br> 			Tout en pronon&ccedil;ant ces mots, je me levais&#133;<br> 			<br> 			<br> 			<b>22. A&iuml;e !</b><br> 			<br> 			&#133; J'ouvris les yeux alors que j'&eacute;tais allong&eacute; par terre. Sindi me tenait les jambes en l'air et Gabriel de me filait des claques. J'avais le visage mouill&eacute;, je ne savais pas ou j'&eacute;tais.<br> 			<br> 			- Lionel, tu m'entends, Lionel ! Sindi &eacute;tait litt&eacute;ralement en train de crier. Ca y est, il &agrave; ouvert les yeux. Tu pense que tu peux te lever ?<br> 			<br> 			Je me levai sans dire un mot, j'essayais de comprendre ce qui &eacute;tait en train de se passer et cela devait se lire sur mon visage.<br> 			<br> 			Qu'est ce qui se passe ? J'ai fait un r&ecirc;ve, il faut absolument que je leur raconte &ccedil;a.<br> 			<br> 			- Lionel, parle-moi. Parle-moi !<br> 			<br> 			Gabriel &eacute;tait en face de moi, voyant que je ne r&eacute;agissais pas, il s'&eacute;tait remis &agrave; me donner des claques. Je voulus lui demander si j'avais r&ecirc;v&eacute; mais alors que j'ouvris la bouche pour lui parler, une remont&eacute;e de gerbe vint m'obstruer la bouche et les narines. Le spectacle ne devait pas &ecirc;tre tr&egrave;s beau &agrave; voir, le premier mot qui me vint &agrave; l'esprit fut &laquo; pardon &raquo;, et c'est alors que je tentais de le dire qu'une seconde remont&eacute;e vint tapisser le carrelage.<br> 			<br> 			- Vite, il faut le monter &agrave; la salle de bain avant qu'il ne me retapisse toute la baraque.<br> 			<br> 			<br> 			<b>23. La salle de Bain</b><br> 			<br> 			Eric et Gabriel me prirent par les &eacute;paules et m'emmen&egrave;rent &agrave; la salle de bain qui &eacute;tait &agrave; l'&eacute;tage. En montant l'escalier, mes jambes se d&eacute;robaient sous mes pieds. J'&eacute;tais incapable de faire un pas et je commen&ccedil;ais &agrave; me rendre compte de l'&eacute;tat minable dans lequel j'&eacute;tais. Ils m'install&egrave;rent par terre contre le mur, en face de la cuvettes des toilettes. Ils &eacute;taient tous l&agrave; &agrave; me regarder, je me rendis alors compte de ce qui s'&eacute;tait pass&eacute; et je compris que tout &ccedil;a n'avait pas &eacute;t&eacute; un r&ecirc;ve mais plut&ocirc;t un cauchemar. Je pris alors ma t&ecirc;te entre mes mains.<br> 			<br> 			- &Ccedil;a va aller ?<br> 			<br> 			Je ne pus d&eacute;terminer d'o&ugrave; venait la question, mais je crois que c'est le fait que tout le monde me la r&eacute;p&egrave;te sans arr&ecirc;t qui amplifia mon &eacute;tat de d&eacute;sorientation total.<br> 			<br> 			- Je peux rester seul un moment ?<br> 			<br> 			- Sortez cinq minutes, je veux pas le laisser seul, dit Alex au groupe qui commen&ccedil;ait d&eacute;j&agrave; &agrave; se diriger vers la porte.<br> 			<br> 			Ils sortirent et Alex ferma la porte derri&egrave;re eux. Je me levai difficilement et ouvris le robinet d'eau chaude. Je me lavai la bouche et le nez qui puaient encore l'odeur inf&acirc;me de la gerbe et je me retournai vers Alex qui me tendait une serviettes.<br> 			<br> 			- Je suis vraiment d&eacute;sol&eacute;, j'sais vraiment pas quoi te dire.<br> 			<br> 			- Laisse tomber, c'est pas grave. Tu vas laver et tout sera fini, dit-elle avec un sourire complice.<br> 			<br> 			- Non, c'est grave. Un bad trip c'est un truc qui n'arrive ni tou les jours et ni &agrave; tout le monde, et forcement &ccedil;a tombe sur moi. Le pire c'est que j'&eacute;tais pr&eacute;venu.<br> 			<br> 			- Comment &ccedil;a t'&eacute;tait pr&eacute;venu ?<br> 			<br> 			- Rien laisse tomber.<br> 			<br> 			En disant cela, je m'approchai de levier et r&eacute;ouvris le robinet pour me rafra&icirc;chir la figure. Ce faisant, je remontai mes manches pour &eacute;viter de les mouiller.<br> 			<br> 			- C'est quoi &ccedil;a ? questionna Alex.<br> 			<br> 			J'avais encore la t&ecirc;te dans le lavabo et je r&eacute;pondis avec une voie mouill&eacute;e.<br> 			<br> 			- Quoi ?<br> 			<br> 			- Les marques sur tes bras.<br> 			<br> 			D'un coup, je me redressais et sans prendre le temps d'essuyer l'eau que j'avais sur les bras, je descendis mes manches. Elle les avait vues, elle avait vu mes cicatrices. Elle avait vu ce que je cachais depuis plusieurs mois sous des manches sans que personne ne s'en aper&ccedil;oive, une seconde d'inattention et mon secret allait voler en &eacute;clats. Que pouvais-je faire ? Mentir, comme d'habitude.<br> 			<br> 			- C'est rien.<br> 			<br> 			- Non, c'est pas rien (Et m'attrapant le bras elle continua) Mon cousin s'est tranch&eacute; les veines quand il &eacute;tait plus jeune et il a les m&ecirc;mes marques que toi.<br> 			<br> 			J'&eacute;tais d&eacute;masqu&eacute; et je n'avais pas envie de d&eacute;voiler mon secret, pas dans ses conditions.<br> 			<br> 			- C'est rien je te dis, dis-je en &eacute;levant la voix.<br> 			<br> 			- J'ai l'impression que tu me caches des choses Lionel, et &ccedil;a me plait pas vraiment, s'exclama-t-elle d'un ton ferme.<br> 			<br> 			- Tu te prends pour qui ? Pour ma m&egrave;re ?<br> 			<br> 			Je ne me contr&ocirc;lais plus, la col&egrave;re que la solitude avait fait na&icirc;tre en moi &eacute;tait en train de se d&eacute;cha&icirc;ner.<br> 			<br> 			- Non, je croyais juste &ecirc;tre ta meilleur amie, cria-t-elle en esquissant un pas vers la porte.<br> 			<br> 			- Tu veux savoir, ok, tu vas savoir ? Mais apr&egrave;s viens pas te plaindre.<br> 			<br> 			J'avais cri&eacute; plus fort qu'elle et cela la stoppa net. Elle me regarda dans le blanc des yeux et moi je continuai en criant.<br> 			<br> 			- Il y a pas plus tard qu'un an, je vivais une vie dont m&ecirc;me le dernier des chiens errants n'aurait pas voulu. J'&eacute;tais seul, terriblement seul. Je n'avais ni amis, ni famille ; pas m&ecirc;me un chat pour me r&eacute;conforter. Tout le monde me ha&iuml;ssait, mon p&egrave;re picolait et ma m&egrave;re n'&eacute;tait jamais l&agrave;. C'est alors qu'il est tomb&eacute; du ciel.<br> 			<br> 			- Qui ?<br> 			<br> 			- L'amour.<br> 			<br> 			Mes cris commenc&egrave;rent &agrave; se changer en g&eacute;missements puis en pleurs. De ma position initial, je m'&eacute;tais retrouv&eacute; assis par terre, la t&ecirc;te adoss&eacute;e au mur.<br> 			<br> 			- Il &eacute;tait beau, et grand, cet amour. Il m'a combl&eacute; pendant plusieurs mois, pendant tout ces mois plus on &eacute;tait ensemble plus on s'aimait. C'est ce que j'ai v&eacute;cu de plus fort dans toute ma vie. Un jour maudit, quelqu'un l&agrave; poignard&eacute; et il est mort apr&egrave;s trois jours de coma. Il &eacute;tait tout pour moi, TOUT, je me suis ouvert les veines &agrave; mon tour pour essayer d'oublier la souffrance d'avoir tout perdu : l'amour, l'amiti&eacute; et le r&eacute;confort.<br> 			<br> 			- Excuse-moi, je savais pas. Je veux juste que&#133;enfin&#133;tu as dit : Il.<br> 			<br> 			Alex me regardait dans les yeux et je vis au fond de ceux-ci cette &eacute;tincelle qui traduit une question oppressante et impudique.<br> 			<br> 			- Oui, il. Je pense que tu es la personne la mieux plac&eacute;e pour entendre &ccedil;a la premi&egrave;re. Personne sauf Brian et son assassin n'ont jamais su que j'&eacute;tais homo.<br> 			<br> 			- Je suis vraiment d&eacute;sol&eacute;e, dit-elle en s&eacute;chant mes larmes. Si j'avais su je t'aurais pas forc&eacute; &agrave; parler.<br> 			<br> 			- C'est pas grave, de toute fa&ccedil;on fallait que &ccedil;a sorte. Vaut mieux que se soit entre quatre yeux que devant tout le bahut.<br> 			<br> 			- Je comprends&#133;Tu sais, tu peux tout me dire, je suis l&agrave; pour &ccedil;a&#133;Je t'adore mon p'tit bout, j't'adore&#133;<br> 			<br> 			Elle me serra dans ses bras et nous rest&acirc;mes enlac&eacute;s jusqu'&agrave; ce que Cyril vienne prendre des nouvelles.<br> 			<br> 			- &Ccedil;a va l&agrave;-dedans ?<br> 			<br> 			- Ouaih, on arrive.<br> 			<br> 			Je ne sais pas si c'est la situation extr&ecirc;me o&ugrave; ma d&eacute;tresse morale qui avait fait remonter &agrave; la surface celui qui s'&eacute;tait cach&eacute; au fond de moi, mais il &eacute;tait bel et bien revenu. Il s'&eacute;tait cach&eacute; l&agrave; un soir o&ugrave; on regardait la pluie par la fen&ecirc;tre et il venait de sortir de sa cachette. Il &eacute;tait l&agrave;, tout pr&egrave;s, mais il savait lui aussi qu'il n'&eacute;tait pas encore temps qu'il reprenne totalement le dessus. Il avait voulu dispara&icirc;tre mais je l'avais retrouv&eacute;.<br> 			<br> 			<br> 			<b>24. Bilan</b><br> 			<br> 			Apr&egrave;s cette mauvaise exp&eacute;rience, je d&eacute;cidais de ne jamais retoucher au shit, m&ecirc;me si &#150;ou peut &ecirc;tre parce que &#150; Brian m'avait initi&eacute; &agrave; sa consommation. Je savais que j'avais transgress&eacute; une des r&egrave;gles fondamentales : ne jamais fumer quand on d&eacute;prime, et j'en avais pay&eacute; le prix.<br> 			J'avais compris, &agrave; travers le cannabis, ce qu'&eacute;tait la soumission &agrave; un paradis artificiel et je comprenais mieux maintenant comment mon p&egrave;re avait pu devenir alcoolique. Je me rendais d'autant plus compte de la souffrance qu'il avait pu endurer que j'avais moi aussi subit la longue et douloureuse redescente, qui ram&egrave;ne les accros &agrave; la dure r&eacute;alit&eacute;. J'avais aujourd'hui beaucoup plus conscience de l'effort ph&eacute;nom&eacute;nale qu'avait fait mon p&egrave;re pour l&acirc;cher la bouteille, et je l'aimais d'autant plus.<br> 			<br> 			Les jours pass&egrave;rent et se ressembl&egrave;rent, la vie fut alors pour moi un long fleuve tr&egrave;s chiant&#133; Pour No&euml;l, mes parents firent un d&icirc;ner. Chose &eacute;tonnante puisque cela faisait tr&egrave;s longtemps que j'avais oubli&eacute; ce que cela voulait dire. Chose encore plus &eacute;tonnante, mon p&egrave;re avait fini sa cure de d&eacute;sintoxication, enfin, pas vraiment&#133;Il ne touchait plus &agrave; l'alcool et continuait &agrave; prendre des m&eacute;dicaments mais il n'&eacute;tait pas oblig&eacute; de se faire contr&ocirc;ler tous les jours par des m&eacute;decins. Le d&icirc;ner se passa paisiblement, ma m&egrave;re ne parla que tr&egrave;s peu de son travail et voyant que je n'&eacute;tais pas d'une humeur tr&egrave;s festive, ils essay&egrave;rent de d&eacute;tendre l'atmosph&egrave;re en faisant quelques blagues. Mais rien n'y faisait, je ne pouvais enlever de mon esprit la soir&eacute;e du pr&eacute;c&eacute;dent No&euml;l. Cette soir&eacute;e o&ugrave; j'avais apr&egrave;s de nombreuses p&eacute;rip&eacute;ties r&eacute;ussi &agrave; avouer &agrave; Brian mon amour, cette soir&eacute;e ou pour la premi&egrave;re fois j'avais fait l'amour&#133;<br> 			<br> 			- Qu'est ce qu'il y a mon ch&eacute;ri, &ccedil;a n'a pas l'air d'aller ?<br> 			<br> 			- C'est rien, je suis pas tr&egrave;s en forme, r&eacute;pondis-je lascivement.<br> 			<br> 			Je n'aimais pas &ccedil;a, mais j'avais appris &agrave; mentir, c'est la th&eacute;orie de l'&eacute;volution : la n&eacute;cessit&eacute; cr&eacute;&eacute; l'organe, l'habitude cr&eacute;e le reflexe.<br> 			<br> 			<br> 			<b>25. Espoir</b><br> 			<br> 			Il faisait froid et la pluie nous avait tous compl&egrave;tement tremp&eacute;s, la C&ocirc;te d'Azur traversait un hiver pluvieux et j'en &eacute;tais la victime consentante<br> 			<br> 			A travers les vitres du cours de biologie, qui annon&ccedil;ait chaque semaines l'arriv&eacute;e du week-end, j'avais remarqu&eacute; que la pluie n'avait pas l'intention de s'arr&ecirc;ter pour l'instant.<br> 			<br> 			- Excuse moi, Lionel&#133;<br> 			<br> 			Une main sur mon &eacute;paule m'invita &agrave; me retourner. C'&eacute;tait Cyril.<br> 			<br> 			- Oui, qu'est ce qu'il y a ? r&eacute;pondis-je.<br> 			<br> 			- J'ai un petit probl&egrave;me&#133; Ce matin, j'avais pas pr&eacute;vu qu'il pleuvrait aussi fort et j'ai pas pris d'argent pour le bus. T'aurais pas 1 euro 30 &agrave; me pr&ecirc;ter, je te les rends demain.<br> 			<br> 			- Non, je crois pas avoir de tunes sur moi&#133;mais si tu veux, je te ram&egrave;ne en scoot. T'habites dans quel coin ?<br> 			<br> 			- C'est sympa, mais je veux vraiment pas te faire faire un d&eacute;tour pour rien.<br> 			<br> 			- Allez, fais pas le timide, viens.<br> 			<br> 			Nous nous dirige&acirc;mes tout deux vers le parc &agrave; scooters. Il m'indiqua o&ugrave; il habitait : avenue Borriglionne. C'est vrai que &ccedil;a me faisait faire un sacr&eacute; d&eacute;tour, mais maintenant que je lui avais propos&eacute;, je n'allais tout de m&ecirc;me pas me r&eacute;tracter.<br> 			<br> 			Nous nous retrouv&acirc;mes donc sur le dos de mon scooter tels deux cow-boys sur la m&ecirc;me monture, au milieu d'un d&eacute;sert de gouttelettes. La pluie avez mouill&eacute; les attaches &agrave; l'arri&egrave;re du scooter, Cyril avez donc pass&eacute; ses bras autour de ma taille et s'&eacute;tait rapproch&eacute; le plus possible de fa&ccedil;on &agrave; ne pas tomber, il &eacute;tait si pr&egrave;s de moi que je pouvais sentir les cl&eacute;s dans sa poche et plus m&ecirc;me dans son boxer, mais c'&eacute;tait s&ucirc;rement mon imagination et mon &eacute;tat de manque qui me jouaient des tours.<br> 			<br> 			Le lyc&eacute;e du Parc Imp&eacute;rial surplombait la ville et les routes qui en descendaient &eacute;taient des torrents, fruits du d&eacute;luge qui s'abattait sur nous. J'avais souvent connu de telles situations et je savais que nous ne pourrions arriver en bas de l'avenue sans essuyer quelques belles chutes, je d&eacute;cidai donc de nous monter chez moi dans le but d'attendre la fin de cette temp&ecirc;te. J'en informai Cyril, qui n'y vit aucun inconv&eacute;nient, et me dirigeai vers les collines.<br> 			<br> 			Mon appartement &eacute;tait vide et sombre, un mot pos&eacute; sur la table de la cuisine m'informait que mes parents &eacute;taient partis acheter de quoi remplir le frigos, &eacute;tant donn&eacute; qu'il pleuvait, et qu'ils &eacute;taient de vraies limaces, je pensais ne pas les revoir avant l'aube.<br> 			<br> 			Nous &eacute;tions tremp&eacute;s jusqu'aux os, l'eau d&eacute;goulinait de nos jeans qui s'&eacute;taient transform&eacute; en &eacute;ponges bleues. Apr&egrave;s avoir inond&eacute; l'entr&eacute;e de l'appartement, je proposai &agrave; Cyril de lui pr&ecirc;ter des fringues s&egrave;ches pour lui &eacute;viter de prendre froid. Il me r&eacute;pondit que vu l'&eacute;tat de nos v&ecirc;tements un petit changement ne serait pas du luxe.<br> 			<br> 			Dans ma chambre, j'avais allum&eacute; mes spots bleus qui dispensaient dans la pi&egrave;ce une impression de bien-&ecirc;tre envo&ucirc;tant, et apr&egrave;s lui avoir donn&eacute; des v&ecirc;tements secs m'&eacute;tais d&eacute;shabill&eacute;. Je n'avais jamais eu de probl&egrave;me de pudeur et n'avais m&ecirc;me pas fait attention &agrave; sa pr&eacute;sence, j'&eacute;tais en face de mon armoire, dos &agrave; Cyril qui &eacute;tait sur mon lit, et lorsque j'eus enlev&eacute; mon pantalon, je sentis deux bras s'enrouler autour de ma poitrine et le corps de Cyril venir se coller au miens. J'&eacute;tais alors v&ecirc;tu uniquement d'un boxer blanc qui ne cacha pas mon &eacute;motion. Cyril le remarqua s&ucirc;rement et vint poser sa main sur ce membre de mon anatomie qui ne cessait de gonfler, en m&ecirc;me temps, dans mon dos, je sentais son boxer noir qui commen&ccedil;ait &agrave; se tendre et les baisers qu'il d&eacute;posait au creux de mon cou recouvrirent mon corps d'&eacute;motion.<br> 			<br> 			Mais qu'est ce qui ce passe ?<br> 			<br> 			J'avais eu un moment d'absence et je venais de me rendre compte de ce qui &eacute;tait en train de se passer. Je repoussai Cyril est me retournai.<br> 			<br> 			- Excuse-moi Cyril, mais je peux pas&#133;je peux pas. Tu comprends&#133;<br> 			<br> 			- &#133; pourtant je croyais que&#133;<br> 			<br> 			Il avait une petite voix, celle d'un gamin qui vient de faire un b&ecirc;tise et qui se retient de pleurer devant sa m&egrave;re.<br> 			<br> 			- &#133; Tu croyais quoi ? dis-je d'un ton peu accueillant.<br> 			<br> 			- Je croyais que toi aussi tu pr&eacute;f&eacute;rais les mecs.<br> 			<br> 			- C'est Alex qui t'as dis &ccedil;a ? Hein, c'est elle qui t'a tout balanc&eacute; sans me demander mon avis ?<br> 			<br> 			J'&eacute;tais d&eacute;j&agrave; tr&egrave;s &eacute;nerv&eacute;.<br> 			<br> 			- Non, pas du tout. C'est pas &ccedil;a&#133;Je&#133;<br> 			<br> 			Il &eacute;tait alors au bord des larmes.<br> 			<br> 			- Tu quoi ? criai-je.<br> 			<br> 			- Le jour o&ugrave; tu es tomb&eacute; dans les pommes, j'ai entendu la fin de ta discussion avec Alex dans la salle de bain.(il pleurait pour de bon) Je voulais pas, je te jure, c'&eacute;tait un accident&#133;<br> 			<br> 			Il s'effondra sur le sol, les yeux baign&eacute;s de larmes. Remarquant qu'une fois de plus j'avais repouss&eacute; les avances d'un gar&ccedil;on qui me plaisait, je d&eacute;cidai de ne pas faire la m&ecirc;me erreur que j'avais faite avec Brian et je m'agenouillai pr&egrave;s de Cyril pour le r&eacute;conforter.<br> 			<br> 			- Je suis d&eacute;sol&eacute;, j'aurais pas du crier comme &ccedil;a, excuse moi&#133;<br> 			<br> 			Des sanglots le secouaient encore.<br> 			<br> 			- Cyril ? Chuchotai-je.<br> 			<br> 			- Quoi ? me r&eacute;pondit-il en relevant la t&ecirc;te et en essayant de s&eacute;cher ses larmes.<br> 			<br> 			C'est alors que je pris sa t&ecirc;te entre mes mains et que je me mis &agrave; l'embrasser. Ma langue se d&eacute;pla&ccedil;ait lentement entre ses l&egrave;vres et mes mains se d&eacute;pla&ccedil;aient lentement sur ces fesses muscl&eacute;es. Nos l&egrave;vres se s&eacute;par&egrave;rent et il m'enla&ccedil;a fortement dans ses bras. Dans sa poitrine, je pouvais sentir son c&#156;ur battre le rythme du titre Special K de Placebo. Je passai une main derri&egrave;re sa nuque et l'autre dans son dos et l'allongeai d&eacute;licatement sur le lit, comme on d&eacute;pose une robe fra&icirc;chement repass&eacute;e.<br> 			<br> 			Je l'entendis susurrer un &laquo;Tu sais, je n'ai jamais.. &raquo;, lorsque je le coupai en mettant mon doigts sur ma bouche et susurrai &laquo; je sais &raquo; d'une fa&ccedil;on tr&egrave;s persuasive.<br> 			<br> 			Alors, je lui enlevai son boxer et d&eacute;posai mes l&egrave;vres sur son membre en &eacute;rection. Je commen&ccedil;ai ce mouvement de va-et-vient infernal et d&eacute;licieux. Son plaisir fut tel que je n'eus pas le temps d'avoir mal &agrave; la m&acirc;choire que d&eacute;j&agrave; je sentis que l'orgasme montait en lui. Il n'eut pas le temps de me pr&eacute;venir que j'avalais d&eacute;j&agrave; sa semence bouillonnante de plaisir, je pris &eacute;norm&eacute;ment plaisir &agrave; l&eacute;cher la moindre goutte de sa jouissance et finis en l'embrassant tendrement.<br> 			Cyril se leva et alla chercher quelque chose dans son sac, j'eus alors l'occasion de constater qu'il &eacute;tait vraiment tr&egrave;s mignon, il avait les bras et les pectoraux l&eacute;g&egrave;rement muscl&eacute;s, ses abdominaux, ses jambes et ses fesses par contre &eacute;taient un po&egrave;me &agrave; eux seuls. Il revint quelques secondes plus tard avec dans la main un pr&eacute;servatif. Lorsque, devant le lyc&eacute;e, je lui avais dit de ne pas faire le timide, cela ne voulait pas dire &ecirc;tre super-entreprenant.<br> 			<br> 			Il se mit sur le dos et je lui murmurai &agrave; l'oreille &laquo; si je te fais mal tu me le dis et on arr&ecirc;te tout &raquo;, j'enfilai le pr&eacute;servatif et vint poser mon gland &agrave; la p&eacute;riph&eacute;rie de son antre, je for&ccedil;ai un peu et m'introduisis en lui tel un voleur dans un manoir, discr&egrave;tement et silencieusement. Le plaisir nous envahit, il comprit que j'h&eacute;sitais &agrave; aller plus loin de peur de lui faire mal, mais il me dit en expirant fortement &laquo; continue !&raquo;, je commen&ccedil;ai donc l'&eacute;ternel mouvement de va-et-vient. Nos deux respirations s'acc&eacute;l&eacute;r&egrave;rent jusqu'&agrave; se mettre &agrave; l'unisson et une quinzaine de minute plus tard nous rel&acirc;chions, en tandem, le fruit de notre jouissance.<br> 			<br> 			&Eacute;puis&eacute;s, nous nous endorm&icirc;mes c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te dans mon lit.<br> 			<br> 			<br> 			<b>26. &laquo; 36 Degrees &raquo;</b><br> 			<br> 			I've never been an extrovert, but i'm still breathing<br> 			[...]<br> 			I've always been an introvert Happily bleeding<br> 			<br> 			Extrait de 36 Degrees de Placebo. &#132;1996 ELEVATOR MUSIC LTD.<br> 			<br> 			<br> 			<b>27. Cyril</b><br> 			<br> 			Depuis mon arriv&eacute;e &agrave; Nice, j'avais beaucoup chang&eacute;. J'&eacute;tais beaucoup plus extraverti, beaucoup plus sur de moi, toujours moins moi, toujours plus distant avec l'amour. Cyril me rappelait celui que j'&eacute;tais avant de venir ici, timide et introverti.<br> 			Malgr&eacute; sa silhouette d'homme, il m'avait toujours paru comme &eacute;tant un grand timide, en fait il &eacute;tait un petit gar&ccedil;on qui attendait qu'on lui offre de l'amour. Le cancer avait emport&eacute; sa m&egrave;re quelques ann&eacute;es auparavant et son p&egrave;re &eacute;tait continuellement absent. Il vivait chez sa grand-m&egrave;re, mais elle &eacute;tait moralement morte en m&ecirc;me temps que sa fille. Il vivait avec un cadavre pas encore mort&#133;<br> 			Cyril &eacute;tait devenu mon gros nounours, un gar&ccedil;on comme les autres mais qui, &agrave; cause de ses carences affectives, demandait beaucoup plus d'amour que n'importe quel autre homme.<br> 			<br> 			<br> 			<b>28. Strange awakening.</b><br> 			<br> 			Ce matin l&agrave;, ses cheveux bruns couraient sur sa joue et ses yeux verts n'&eacute;taient pas encore ouverts lorsque j'eus le plaisir de me r&eacute;veiller &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s. Son corps nu &eacute;tait encore chaud et un indescriptible sourire illuminait son visage.<br> 			<br> 			Mes parents !!!!<br> 			<br> 			D'un coup, je r&eacute;alisais.<br> 			Nous nous &eacute;tions endormis la veille, apr&egrave;s avoir fait l'amour, et je ne m'&eacute;tais pas du tout souci&eacute; de ramener Cyril chez lui ou m&ecirc;me de le coucher dans un autre lit.Mesparents avaient s&ucirc;rement d&eacute;j&agrave;tout compris et j'allais avoir droit &agrave; toute les complication que cela entra&icirc;ne. La panique me prit : que devais-je faire ? Faire comme si de rien n'&eacute;tait ou m'afficher au bras de Cyril de fa&ccedil;on ostentatoire sans demander son avis &agrave; ma m&egrave;re.<br> 			<br> 			Cyril se r&eacute;veilla et voyant ma panique, il comprit.<br> 			<br> 			- Qu'est ce que tu veux qu'on fasse ?<br> 			<br> 			- Je sais pas, r&eacute;pondis-je. On va faire comme si rien ne s'&eacute;tait pass&eacute; et on va voir.<br> 			<br> 			- Comme tu veux. Il va falloir que je pense &agrave; y aller.<br> 			<br> 			- Reste pour le p'tit d&eacute;j, j't'en supplie. Je peux pas faire &ccedil;a tout seul.<br> 			<br> 			- Bien s&ucirc;r, y'a pas de probl&egrave;me.<br> 			<br> 			Nous nous lev&acirc;mes et nous habill&acirc;mes. Les fringues qui &eacute;taient mouill&eacute;es la veille &eacute;taient toujours l&agrave;, par terre et une dr&ocirc;le d'odeur de moisi les entourait. Je pris mon courage a deux mains et j'ouvris la porte de ma chambre. Nous nous dirige&acirc;mes vers les toilettes pour assouvir les besoins naturels qu'ont les hommes au r&eacute;veil puis nous nous rend&icirc;mes &agrave; la cuisine. L&agrave;, ma m&egrave;re &eacute;tait en train de pr&eacute;parer le petit d&eacute;jeuner, chose qui n'arrivait jamais. Elle nous regarda avec un petit sourire et nous dit :<br> 			<br> 			- Bonjour les gar&ccedil;ons, vous avez bien dormi ?<br> 			<br> 			Son ton joyeux et presque faux me fit tiquer, qu'essayait-elle de cacher, sa joie ou son d&eacute;go&ucirc;t.<br> 			<br> 			- Ouaih !! nous r&eacute;pond&icirc;mes &agrave; l'unisson.<br> 			<br> 			- J'ai achet&eacute; des croissants. Th&eacute; ou caf&eacute; ?<br> 			<br> 			- Laisse maman, on va se d&eacute;brouiller.<br> 			<br> 			- D'accord. Je vais au march&eacute;, ton p&egrave;re rentrera du boulot vers 13 heure. A plus tard.<br> 			<br> 			- OK !!!<br> 			<br> 			Ma m&egrave;re &eacute;tait bizarre, elle n'avait rien dit de particulier, pas de questions, pas de remarques, rien !!!<br> 			<br> 			Nous mange&acirc;mes notre petit d&eacute;jeuner dans la cuisine. La m&eacute;t&eacute;o plus qu'al&eacute;atoire de la c&ocirc;te d'azur fit que le ciel s'&eacute;tait d&eacute;gag&eacute; durant la nuit, laissant donc le soleil illuminer la cuisine et nous donner le sourire pour la journ&eacute;e. Plus que le sourire, le soleil nous donna aussi une furieuse envie de faire l'amour, et apr&egrave;s le petit d&eacute;jeuner nous profit&acirc;mes que la maison &eacute;tait d&eacute;serte pour donner cours &agrave; nos &eacute;bats dans tous les coins de celle-ci, cuisine, salle de bain, salon&#133;tout y passa. Et chaque fois, le bonheur &eacute;tait au rendez-vous.<br> 			<br> 			<br> 			<b>29. To come out</b><br> 			<br> 			Aux alentours de midi, nous nous s&eacute;par&acirc;mes en nous promettant de nous revoir le lendemain.<br> 			<br> 			Je n'eus le temps que de me doucher avant que ma m&egrave;re et mon p&egrave;re ne rentrent. Ma m&egrave;re dressa la table pendant que mon p&egrave;re faisait une bonne omelette aux pommes de terre et au curry. Nous commen&ccedil;&acirc;mes &agrave; manger dans un silence liturgique lorsque mon p&egrave;re trancha l'air en disant :<br> 			<br> 			- Tu sais, Lionel. Cela ne nous d&eacute;range pas du tout que tu sois&#133; enfin&#133;<br> 			<br> 			- Gay ? compl&eacute;tai-je<br> 			<br> 			-O ui, appelles &ccedil;a comme tu veux. Ce que je veux te dire c'est que nous t'aimons comme tu es, mais nous aurions voulu l'apprendre autrement qu'en te trouvant au lit avec un jeune homme.<br> 			<br> 			- Cyril, coupai-je.<br> 			<br> 			- Quoi ?<br> 			<br> 			- Il s'appelle Cyril.<br> 			<br> 			- Ce que veut dire ton p&egrave;re c'est que tu aurais pu nous en parler avant.<br> 			<br> 			- Vous pensez que c'est simple de dire : Voila je suis gay ! Et d'attendre une r&eacute;action, d'attendre de savoir si la personne en face sera capable d'encaisser la nouvelle sans avoir envie de vous planter un couteau dans le ventre. J'ai assez souffert de l'homophobie pour savoir tenir ma langue quand il le faut.<br> 			<br> 			- Comment-&ccedil;a ? interrogea ma m&egrave;re.<br> 			<br> 			Je me mis alors &agrave; leur raconter comment j'avais aim&eacute; Brian. Comment il &eacute;tait mort par la faute de gars qui ne pouvaient pas comprendre notre amour ou peut &ecirc;tre qui en &eacute;taient jaloux. Pourquoi je m'&eacute;tais ouvert les veines et la duret&eacute; de la solitude qui m'avait toujours accompagn&eacute;e.<br> 			Ma m&egrave;re fondit en larmes et il me prirent dans leurs bras tout les deux en me r&eacute;p&eacute;tant qu'ils &eacute;taient vraiment d&eacute;sol&eacute;s et qu'ils m'aimaient de tout leur c&#156;ur. Je ne pu retenir les flots de larmes qui assaillirent mes joues. Le choc &eacute;tait dur, trop d'amour est souvent plus difficile &agrave; g&eacute;rer que pas d'amour, et la journ&eacute;e avait &eacute;t&eacute; bien remplie de ce c&ocirc;t&eacute; l&agrave;.<br> 			<br> 			<br> 			<b>30.Les Parques.</b><br> 			<br> 			Le lendemain laissa place &agrave; une grande discussion. Cyril m'avoua qu'il m'avait toujours beaucoup appr&eacute;ci&eacute; et que le fait de me savoir gay l'avait d'abord beaucoup troubl&eacute; puis lui avait assez vite fait comprendre d'o&ugrave; venait cette attirance pour moi. Il ne s'&eacute;tait jamais pos&eacute; la question de savoir s'il &eacute;tait gay ou pas et il avait du s'avouer &agrave; lui m&ecirc;me que l'attirance que je produisais sur lui &eacute;tait en fait une attirance sexuelle et s'&eacute;tait transform&eacute;e en attirance amoureuse. Il m'avoua aussi que si cette occasion ne s'&eacute;tait jamais pr&eacute;sent&eacute;e, il serait s&ucirc;rement encore en train de fantasmer sur moi, seul dans sa chambre.<br> 			<br> 			Hors, nous &eacute;tions sur la jet&eacute;e du phare qui annonce le port de Nice. Malgr&eacute; la fra&icirc;cheur de l'air, le soleil fade et nos grosses vestes nous r&eacute;chauffaient beaucoup. Lorsque nous &eacute;tions dehors, j'&eacute;vitais d'avoir des contacts avec Cyril, contacts charnels qui auraient pu faire transpara&icirc;tre notre attachement. Cyril s'en &eacute;tait rendu compte.<br> 			<br> 			- Tu sais, Lionel, tu es la premi&egrave;re personne avec qui j'ai une relation si intense. Les filles avec qui je suis sorti en m'ont jamais vraiment int&eacute;ress&eacute;, mais elle &eacute;taient un peu plus expressives dans leurs gestes et leurs attitudes que tu ne l'es. Ne le prends pas mal, mais je voudrais juste savoir si y'a quelque chose en moi qui fait que&#133;<br> 			<br> 			- Cyril, le coupai-je. Ecoute, tu sais comment sont les gens. Beaucoup sont encore incapables d'accepter que deux hommes puissent s'aimer, surtout sur cette satan&eacute;e c&ocirc;te. Ici la moiti&eacute; de la population vote pour le front. Pas &eacute;tonnant que le maire soit d'extr&ecirc;me droite, bien qu'ils se dise UDF.<br> 			<br> 			- Je peux affronter les regards de travers, c'est pas un probl&egrave;me. Ce qui est important c'est qu'on s'aime, r&eacute;pondit-il enthousiaste.<br> 			<br> 			-Les regards ne sont pas un probl&egrave;me. Les gens peuvent avoir des r&eacute;actions bien plus violentes. En plus, il n'y a pas que les fachos qui te cassent les couilles, y'a aussi les racailles bien trop fi&egrave;res de leur virilit&eacute;. Ce que je veux te dire c'est que &ccedil;a n'arrive pas que dans les films. Aujourd'hui encore, on meurt d'&ecirc;tre homo.<br> 			<br> 			- Qu'est ce que tu veux dire ?<br> 			<br> 			Je lui expliquai le malheur qui m'avait touch&eacute; lorsque j'&eacute;tais avec Brian, du d&eacute;but &agrave; la fin sans omettre aucun d&eacute;tail. Je lui parlai de ma tentative de suicide et lui montrai mes bras. Comme mes parents, il ne put s'emp&ecirc;cher de pleurer et se jeta &agrave; mon cou en me disant lui aussi qu'il &eacute;tait d&eacute;sol&eacute;. D&eacute;cid&eacute;ment tout le monde &eacute;tait d&eacute;sol&eacute;, mais les seules qui devraient l'&ecirc;tre sont les Parques. Clothon devait tenir la quenouille de travers, Lach&eacute;sis d&eacute;vidait la bobine maladroitement et Atropos avait rat&eacute; le fil lorsqu'elle aurait d&ucirc; le couper.<br> 			Je lui expliquai comment je m'&eacute;tais renferm&eacute; et aussi pourquoi je n'aurais jamais pens&eacute; &agrave; faire trop attention &agrave; lui bien qu'il m'e&ucirc;t toujours beaucoup plu.<br> 			Il compri et me demanda comment on allait faire pour le dire aux autres.<br> 			<br> 			<br> 			<b>31. &laquo; Voil&agrave; je suis gay &raquo;</b><br> 			<br> 			Une semaine passa pendant laquelle Cyril et moi f&icirc;mes comme si de rien n'&eacute;tait. Nous n'avions pas chang&eacute; notre comportement et nos habitudes, mis &agrave; part le fait que chaque soir je ramenais Cyril chez lui quand c'&eacute;tait pas lui qui venait chez moi&#133;<br> 			<br> 			Le mardi de la semaine suivante, alors que nous mangions notre d&eacute;jeuner dans la cour du lyc&eacute;e, Alexandra vint me voir et me demanda si nous pouvions parler &laquo; en priv&eacute; &raquo;. Nous &eacute;cartant du reste du groupe qui comptait facilement 15 personnes, elle entama la discussion.<br> 			<br> 			- Bon, j'ai deux choses &agrave; te dire.<br> 			<br> 			- Ouaih&#133;vas-y.<br> 			<br> 			- On va commencer par le plus simple. Samedi apr&egrave;s-midi on va au cin&eacute;ma voir le dernier Lynch et apr&egrave;s on va chez Gabriel pour finir la soir&eacute;e. T'es tent&eacute; ? me demanda-t-elle.<br> 			<br> 			- Mais bien sur que je suis tent&eacute; ! Un bon lynch et une bonne petite soir&eacute;e, mais que demander de plus !! m'exclamai-je en for&ccedil;ant sur la caricature pour faire rire Alex.<br> 			<br> 			- Donc, passons &agrave; la suite, engagea-t-elle. Tu veux qu'on invite Cyril aussi ?<br> 			<br> 			- Quoi ?<br> 			<br> 			- Ben oui, Cyril. Tu sais Cyril, le gars qui est assis &agrave; la table avec tous les autres, l&agrave; bas&#133;<br> 			<br> 			Elle pointa du doigt Cyril qui jouait aux cartes avec Gabriel, Eric et &Eacute;lo&iuml;se.<br> 			<br> 			- Je sais qui est Cyril, dis-je d'un ton moqueur. Mais pourquoi tu me demandes si je veux qu'on l'invite.<br> 			<br> 			Je savais que je faisais celui qui ne savait pas devant quelqu'un qui avait tout compris et de surcro&icirc;t qui avait toutes les raisons d'&ecirc;tre au courant. Un sourire me fendit le visage.<br> 			<br> 			- Allez, fait pas l'innocent. Je sais tr&egrave;s bien ce qui se trame entre vous. Ces petits regards crois&eacute;s depuis une semaine et toi qui le ram&egrave;nes tous les soirs&#133;C'est gros comme un hippopotame au milieu d'un marais salant.<br> 			<br> 			Hippopotame ? Marais salant ? Mais qu'est-ce qu'elle chante ?<br> 			<br> 			- Ok, donc en fait on est grill&eacute;s ?<br> 			<br> 			- &Agrave; mes yeux, oui. Mais les autres on rien vu.<br> 			<br> 			- T'es sure ?<br> 			<br> 			- Oui, puis de toute fa&ccedil;on &ccedil;a craint pas beaucoup. J'ai t&acirc;t&eacute; le terrain avec Eric et Gabriel, et y devrait y avoir aucun probl&egrave;me.<br> 			<br> 			- Probl&egrave;me pour quoi ?<br> 			<br> 			- Ben, quand il va falloir leur dire pour vous deux. Samedi soir apr&egrave;s le cin&eacute; par exemple&#133;<br> 			<br> 			Elle avait dit &ccedil;a avec un air malicieux, je pouvais voir le fond de sa pens&eacute;e rien qu'en regardant au fond de ses yeux.<br> 			<br> 			- &Agrave; d'accord, donc t'as d&eacute;j&agrave; tout pr&eacute;vu&#133;<br> 			<br> 			- Non, c'est juste que tels que je vous connais vous seriez capables de ne rien dire &agrave; personne pendant des mois.<br> 			<br> 			En sortant du cin&eacute;ma, nous &eacute;tions encore tout excit&eacute;s en cherchant &agrave; comprendre ce que nous venions de voir. Mulholland Drive est un film qu'il faut voir au moins dix fois avant de commencer &agrave; comprendre si ce n'est qu'une infime parti de l'&eacute;tendue gigantesque de &laquo; l'univers Lynch&eacute;en &raquo;.<br> 			Il &eacute;tait presque 21 heures et nous nous rend&icirc;mes &agrave; pieds au studio de Gabriel qui n'&eacute;tait qu'&agrave; cinq minutes de marche. Arriv&eacute;s en haut, nous nous install&acirc;mes, Gabriel, Eric, Alex, Elo&iuml;se, Cyril et moi pour boire un verre. Eric et Elo&iuml;se sortaient ensemble depuis peu de temps, je ne l'avais appris que la veille mais de toute fa&ccedil;on j'avais l'habitude d'&ecirc;tre le dernier au courant. Gabriel servit une bi&egrave;re &agrave; tout le monde et mit les pizzas au four. Il revint s'asseoir et voyant que personne ne se bousculait pour prendre la parole, j'entamai la discussion comme &ccedil;a :<br> 			<br> 			- Qu'est-ce que vous avez pens&eacute; des deux lesbiennes dans le film ?<br> 			<br> 			- En un seul mot, je dirais &laquo; trop bonnes &raquo;, s'exclama Gabriel.<br> 			<br> 			- &Ccedil;a fait deux mots, reprit Eric qui se retenait de faire la m&ecirc;me r&eacute;flexion que Gabriel en pr&eacute;sence d'&Eacute;lo&iuml;se.<br> 			<br> 			- Et &ccedil;a vous choque pas de voir deux femmes qui font l'amour sur un &eacute;cran de cin&eacute;ma ? Enfin, je veux dire cette repr&eacute;sentation crue de l'homosexualit&eacute; ne vous g&ecirc;ne pas ?<br> 			<br> 			- Non, pourquoi &ccedil;a devrait ? dit alors &Eacute;lo&iuml;se.<br> 			<br> 			- C'est ce que j'&eacute;tais en train de me demander, reprirent Eric et Gabriel en ch&#156;ur.<br> 			<br> 			Je voyais Alex, qui avait depuis longtemps devin&eacute; o&ugrave; je voulais en venir, qui retenait un grand sourire. Je pouvais sentir le stress de Cyril, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi, qui atteignait son paroxysme. Soudain il prit ma main qui &eacute;tait en &eacute;vidence sur la table, les deux &eacute;taient toute tremblantes.<br> 			<br> 			- C'est juste que c'est une id&eacute;e &agrave; laquelle il va falloir que vous vous fassiez, dit-il avant d'avaler sa salive bruyamment.<br> 			<br> 			Un silence glacial s'imposa dans la pi&egrave;ce, Elo&iuml;se, Eric et Gabriel avaient tous trois les yeux riv&eacute;s sur nos mains enlac&eacute;es. Les secondes devinrent des minutes, les minutes des heures avant que Gabiel ne se tourne vers Eric et dise :<br> 			<br> 			- Ben voil&agrave;, je te disais bien qu'il y a avait un truc qui clochait, &ccedil;a fait au moins un semaine qu'ils ne ronchonnent plus &agrave; longueur de journ&eacute;e&#133;<br> 			<br> 			Nous &eacute;clat&acirc;mes tous de rire et je vis dans chacun des regards que la pi&egrave;ce contenait un amour fraternel inconditionnel.<br> 			<br> 			<br> 			<b>32. &laquo; Born Again &raquo;</b><br> 			I am born again<br> 			<br> 			I'm someone else<br> 			I'm someone new<br> 			I'm someone stupid just like you.<br> 			<br> 			Extrait de Born Again de Marilyn Manson &#132;2000 NOTHING &amp; INTERSCOPE RECORDS<br> 			<br> 			<br> 			<b>33. Lettre d'adieux</b><br> 			<br> 			Bonjour,<br> 			J'esp&egrave;re que vous vous portez bien. Je suis d&eacute;sol&eacute; de ne pas avoir &eacute;t&eacute; l&agrave; pour vous aider &agrave; faire votre deuil, j'avouerai facilement que votre pr&eacute;sence m'a profond&eacute;ment manqu&eacute;, surtout dans les moments les plus durs. Je suis d'autant plus d&eacute;sol&eacute; que je ne vous ai ni &eacute;crit ni appel&eacute; durant cette ann&eacute;e, les choses se passent si vite en ville que je n'ai pas pris le temps de vous &eacute;crire, de toute fa&ccedil;on cela aurait &eacute;t&eacute; trop dur pour moi.<br> 			<br> 			Aujourd'hui, cela fait un an exactement que Brian est mort, et j'arrive enfin &agrave; sortir la t&ecirc;te de l'eau. J'ai r&eacute;ussi &agrave; me refaire une vie, j'ai r&eacute;ussi &agrave; me trouver des amis sur qui je peux compter, j'ai r&eacute;ussi &agrave; retrouver mes parents, et j'ai r&eacute;ussi &agrave; retrouver l'amour. Brian sera toujours dans mon c&#156;ur mais je sais que je ne pourrai pas vivre &eacute;ternellement dans l'ombre de sa mort : cela m'a &eacute;t&eacute; trop dur durant cette ann&eacute;e.<br> 			<br> 			Une seule chose m'inqui&egrave;te, j'ai trouv&eacute; tout ce qui me manquait, les amis, la famille et l'amour. J'ai peur de ne jamais &ecirc;tre aussi heureux que je le suis en ce moment ? J'ai peur d'avoir rebondi trop fort au fond de la piscine et d'avoir atteint le plafond ; le probl&egrave;me est que je ne peux que retomber dans l'eau car il n'y &agrave; rien de plus haut que le plafond sauf le ciel&#133;<br> 			<br> 			J'esp&egrave;re que ces quelques bonnes nouvelles vous aideront &agrave; retrouver le sourire en ce jour funeste.<br> 			<br> 			Merci,<br> 			<br> 			Lionel.<br> 			<br> 			PS : Je ne vous oublierai jamais vous non plus.<br> 			<br> 			<br> 			<b>34. Note aux lecteurs</b><br> 			<br> 			<i>J'ai beaucoup chang&eacute; depuis que j'ai commenc&eacute; &agrave; &eacute;crire cette aventure, cela fait un peu moins d'un an, et c'est en partie gr&acirc;ce &agrave; vous et je vous en remercie grandement. Du haut de mes ridicules 17 ans, je crois pour la premi&egrave;re fois de ma vie ressentir de l'amour. C'est prenant, c'est plus fort encore que ce que j'avais pu le croire en l'&eacute;crivant. C'est beaucoup du &agrave; ceux qui on su m'&eacute;couter et me parler, je pense tout particuli&egrave;rement &agrave; Vhere et Brice (m&ecirc;me si le second ce doute peu de l'impact qu'il &agrave; eu sur moi), pour cela, je tiens &agrave; les remercier publiquement du font du c&#156;ur : MERCI.<br> 			</i><br> 			<br> 			</p> 		</div> 		<center> 			<p><a href="../index.html"><font size="4">Retour au sommaire de Textes Gais et Lesbiens</font></a><font size="4"><br> 			</font></p> 			<p><br> 			</p> 		</center> 		<p><!--DEBUT GOLD WEBORAMA--> 		<script language="javascript"><!-- WEBO_ZONE=4;  WEBO_PAGE=90;   webogold_ok=0; // --> 		</script> 		<script language="javascript" src="http://script.weborama.fr/gold.js"></script> 		<script><!-- if(webogold_ok==1){webogold_zpi(WEBO_ZONE,WEBO_PAGE,24617);} // --> 		</script> 		<!--FIN GOLD WEBORAMA--> 		</p> 		<center> 			<p>&Agrave; suivre&#133;<br> 		</center> 	</body>  </html> 
