<html dir=ltr lang=fr> <!------------------------------------------------   ____             _                       __  | __ )  __ _ _ __(_) __ _  _      _____  / /_  |  _ \ / _` | '__| |/ _` || | /| / / _ \/ __ \  | |_) | (_| | |  | | (_| || |/ |/ /  __/ /_/ /  |____/ \__,_|_| _| |\__,_||__/|__/\___/_.___/               |__/  RENE BARJAVEL       Copyright (c) 2000 G.M. Loup  Vie et oeuvre - loup@domaine.fr - Pary sur Arche   Tout droits reserves - (All right reserved)  `G.M. Loup' est le pseudonyme collectif de  Christian Quennehen,  Fabrice P. Laussy  Pierre Creveuil et Vronique Lamontagne  La copie de ce fichier est autorisee sur  n'importe quel support sous reserve qu'elle soit  integrale et preserve cette partie. Toute  modification est interdite.  (Verbatim copy and redistribution of this file is  permitted in any medium provided this notice is  preserved) -------------------------------------------------> <head> <title>Barjaweb--RENE BARJAVEL--La Faim du tigre</title> <script SRC="../../../boilerplate.js"></script> <script SRC="../../../library.js"></script> <script language="JavaScript"> if(navigator.appName.indexOf("Internet Explorer")!=-1)  {  document.write('<link rel="stylesheet" type="text/css" href="../../barjawebie.css">');  } else {  if (navigator.appVersion.indexOf("Win") > -1)  { document.write('<link rel=stylesheet type="text/css" href="../../barjawebnsw.css">') }  else { document.write('<link rel=stylesheet type="text/css" href="../../barjawebnsu.css">') }  } tig_str="TIG" arevotes=1 debug=0  function soumetvote(thevoteform,num) {  sujet="#La Faim du tigre" topic="*"+num  nbelem=thevoteform.elements.length-1 if (thevoteform.elements[0].type=="checkbox")  { 	valeur="!" 	subtopic="" 	for (i=0; i<nbelem; i++) 	{subtopic+="&"+thevoteform.elements[i].name+" = " + ((thevoteform.elements[i].checked)?"oui":"non")} } else { 	valeur="*" 	for (i=0; i<nbelem; i++) 	{	if (thevoteform.elements[i].checked) 		{ 			valeur=thevoteform.elements[i].value 		} 	} 	if (valeur=="*") 	{ 		alert("Vous n'avez rien coch !") 	} 	else 	{ 		subtopic="&"+thevoteform.elements[0].name+" = "+valeur 	} } if (valeur!="*") { 	parameter=sujet+topic+subtopic+"$TIG" 	window.open("../vote/vote.html"+parameter,"vote", "scrollbars=no,resizable=yes,status=no,width=400,height=260") } } </script> <meta name="author" content="G.M. Loup"> <meta name="description" content="@@@@@@@@@@@@@@@@"> <meta name="keywords" content="@@@@@@@@@@@@@@@@"> <meta name="date" content="Tue Jul 25 08:26:26 CEST 2000"> <meta name="update" content="@@@@@@@@@@@@@@@@"> <meta name="barjaweb index" content="@@@@@@@@@@@@@@@@"> </head> <body> <table width=100%><!--table pour flusher le tigre  droite--> <tr><td valign=top>  <h1>LA FAIM DU TIGRE</h1>  <h3>La Faim du tigre est comme la faim de l'agneau. C'est la faim  naturelle et implacable, mais douloureuse, de vivre. C'est cet  apptit insatiable de provoquer ou d'endurer l'atrocit au  quotidien, pour perdurer, toujours, ce sinistre thatre o  s'illustrent souffrances, crimes, terreur et esclavage, auxquels  seule la Mort peut mettre fin. La Faim du tigre, c'est enfin et  surtout la recherche rageuse de la raison pour laquelle, dans un  cynisme sordide, ce sont la grce, la beaut, l'innocence et  l'amour, qui ont t choisis pour rythmer cette tragdie. </h3></td> <td valign=top> <img src="../pics/tigre/tigre.gif" align=right> </td></tr></table><!--fin table pour flusher le tigre  droite--> <p class=barjavel>Je n'y parviendrai peut-tre jamais, mais jusqu' mon dernier souffle, je chercherai  comprendre. Comprendre o je suis et ce que je suis et ce que j'y fais, et  quoi a rime. Ce corps qui s'est construit sans moi, et qui vit sans mon intervention, cet esprit qu'il enferme dans un scaphandre qu'ont-ils  faire ensemble, vers quelle vase ou quel trsor s'enfoncent-ils dans l'ocan de la matire&nbsp;? Cette chair souffrante et jouissante qui me commande, et qui est faite de vide et qui saigne, qui a reu du fond des ges une vie qui la laissera tomber et pourrir, cet esprit qui aura  peine le temps de natre avant de s'vanouir, je veux comprendre, comprendre, comprendre. <p><table cellspacing=10 align=left><!--table onglets--> <tr><td valign=top><a name=sommaire> <img src="../pics/sommaire.gif"><br><!--s1KQcb onglet sommaire--> <table border=0 cellspacing=0 cellpadding=1 width=171 bgcolor=black> <tr><td width=100%> <table width=100% border=0 cellpadding=4 cellspacing=0> <tr><td background="../pics/fond.jpg" valign=top width=100%> <!--ICI COMMENCE LE CONTENU DE L'ONGLET--> <ol type=i> <li><a href="#presentation">Prsentation</a> <li><a href="#extrait">Extrait</a> <li><a href="#linguistique">tude linguistique</a> <li><a href="#thematique">Thmatique</a> <li><a href="#critiques">Critiques des visiteurs</a> <li><a href="#copyrights">Copyright</a> <!--ICI SE TERMINE LE CONTENU DE L'ONGLET--> </td></tr></table> </td></tr></table><!--fin onglet sommaire--> <br><img src="../pics/plus.gif"><br><!--7GjnQY9m onglet plus--> <table border=0 cellspacing=0 cellpadding=1 width=171 bgcolor=black> <tr><td width=100%> <table width=100% border=0 cellpadding=4 cellspacing=0> <tr><td background="../pics/fond.jpg" valign=top width=100%> <!--ICI COMMENCE LE CONTENU DE L'ONGLET--> . sur <a href="clphil.html">C.L. Philippe</a><br> . sur <a href="pldn.html">Lecomte du No&uuml;y</a><br> <!--ICI SE TERMINE LE CONTENU DE L'ONGLET--> </td></tr></table> </td></tr></table><!--fin onglet plus--> <br><img src="../pics/tigre/citation.gif" alt="Autographe de l'auteur: Je donnerais tous mes autres livres pour celui-ci, et signature"> <br><form method="GET" name="tig_vote2"> <img src="../pics/votez.gif"><br><!--9VuPgL onglet vote--> <table border=1 cellspacing=0 cellpadding=1 width=171 bgcolor=white> <tr><td width=100% background="../pics/fond.jpg"> <!--ICI COMMENCE LE CONTENU DE L'ONGLET--> <b>La Faim du tigre</b> est&nbsp;:<br> <input type=radio name=recommandation value=1> Le meilleur livre que j'ai jamais lu<br> <input type=radio name=recommandation value=2> Le meilleur livre de Barjavel<br> <input type=radio name=recommandation value=3> Un livre exceptionnel<br> <input type=radio name=recommandation value=4> Un grand livre<br> <input type=radio name=recommandation value=5> Un bon livre<br> <input type=radio name=recommandation value=6> Un livre passable<br> <input type=radio name=recommandation value=7> Un mauvais livre<br> <input type=radio name=recommandation value=8> Un livre excrable<br> <center><input type="button" value="Votez maintenant" onClick="soumetvote(this.form,1)"> <script language="JavaScript">affichvoir(tig_str,1)</script> <!--ICI SE TERMINE LE CONTENU DE L'ONGLET--> </td></tr></table><!--fin onglet vote--> </form><p></td></tr></table><!--table table onglets--> <!--ICI COMMENCE LA PAGE CENTRALE--> <a name=presentation><h1><hr>PRSENTATION</h1> <img src="../pics/tigre/faim1.jpg" heigth=81 width=130 border=1 align=right hspace=30 alt="Premire de couverture de l'dition originale"> <h2>Essai<br>par Ren Barjavel<br>Titre original&nbsp;:<br> &laquo;&nbsp;La Faim du tigre&nbsp;&raquo;</h2> <h3>&copy; d. Denol, 1966<br> Remani en 1971.</h3></font> <h3>Ddicace&nbsp;: <blockquote>  &nbsp;A mes petits-enfants<br>  &nbsp;et  leurs petits-enfants. </blockquote> Citation de Charles-Louis PHILIPPE&nbsp;: <blockquote>  &nbsp;La faim du tigre<br>&nbsp;est comme la faim de l'agneau. </blockquote> Prix Lecomte du Noy, 1973.</h3> <a name=extrait><h1><hr>EXTRAIT</h1> <ul style="text-align:center"> <li><a href="#sommaire">Revenir au sommaire</a> <li><a href="#linguistique">Voir la section suivante (tude linguistique)</a> <li><a href="#presentation">Voir la section prcdente (prsentation)</a> </ul><p>L'extrait suivant est tout  fait typique de l'oeuvre toute entire. Barjavel expose d'abord des faits connus et en principe irrfutables. Lorsqu'il s'agit de science, comme c'est le cas ici, il a pris lui mme connaissance des sujets qu'il voque dans des revues de vulgarisation. Il tisse alors autour de ce qu'il rapporte sa propre thmatique. Ici, en prsentant le fonctionnement  de l'oreille, il insiste sur la complexit et l'laboration des &nbsp;techniques&nbsp; mises  contribution pour constituer le miraculeux instrument. Les prodiges raliss par ces assemblages des plus astucieux, le gnie deploy pour les mettre au point, lui semblent constituer la preuve qu'une &nbsp;volont&nbsp; intelligente, qui en serait l'auteur, agit dans l'ombre. Conscient des thses volutionnistes dont certaines versions extrmes infirment ce point de vue, il aborde le sujet sur la fin de l'extrait et s'oppose au clbre argument du singe de Gamow, prsent dans son livre, One, two, three... infinity. <p class=barjavel> Voyons un peu par exemple, cette oreille si ordinaire. Nous avons tous appris  l'cole qu'elle est divise en trois parties, l'oreille externe, l'oreille moyenne et l'oreille interne. L'oreille externe commence par le pavillon, qui recueille les ondes sonores, et se termine par le tympan. Or il est commun qu'avec l'ge, le tympan et tout ce qui le suit deviennent moins sensibles.   <table width=282 align=left><tr><td><img src="../pics/tigre/externe.gif" alt="L'oreille externe"></td></tr><tr><td><font size=-1> L'oreille externe, un outil acoustique performant mais basique <ul> <li> 27 -- Pinna <li> 29 -- Canal auditif externe <li> 31 -- Tympan (l'oreille moyenne est de l'autre ct) </ul> <center>&copy; opticon, voir [<a href="http://www.prodition.fr">http://www.prodition.fr</a>]</center> </font></td></tr></table> <p class=barjavel>Toute la machinerie de l'oreille a donc besoin de recueillir des portions d'ondes plus importantes pour tre mise en action. C'est ce besoin qui fait  certains d'entre vous mettre la main en cornet autour du pavillon. Vous ne l'avez jamais fait&nbsp;? Hlas, hlas, a viendra... Or, un minent mdecin me disait dernirement qu'aprs de multiples observations il pouvait affirmer que chez les vieillards, <i>les oreilles grandissent</i>.<br> Depuis qu'il me l'a dit, j'ai regard les vieux. Regardez  votre tour, c'est vrai. C'est surtout visible chez les gens trs gs. Certains ont des pavillons considrables. De vraies feuilles de laitues. Passons du pavillon au tympan. Nous vivons dans un tel vacarme que nous ne pouvons plus jouir de sa sensibilit exquise. Il est sans arrt assailli par une macdoine de bruits permanents qui le maintiennent en vibration perptuelle. Et nos nerfs auditifs, pour nous dfendre, mettent une sourdine  la rception, un coup de gomme gnral. Mais au dpart, la sensibilit du tympan est telle (je cite ici textuellement P.&nbsp;Danysz dans <i>Science et Avenir</i> de juillet 1961) &nbsp;qu'il peut pour certaines frquences [...] ragir (selon le Dr Bekesy)  des vibrations dont l'amplitude est infrieure  un milliardime de millimtre, soit le dixime du diamtre d'un atome d'hydrogne. Ainsi, dans le silence absolu, <i>notre oreille pourrait entendre s'entrechoquer les molcules d'air</i> agites par le mouvement brownien&nbsp;!&nbsp;.<br> Pas mal... C'est encore mieux plus loin. Pntrons.<br> <table width=315 align=right> <tr><td> <a href="" onMouseOver="window.status='Cliquer pour voir le fonctionnement !' ;return true" onClick="window.open('oreille.htm','or','scrollbars=no,resizable=yes,status=no,width=310,height=225'); return false" onMouseOut="window.status='                                    ' ;return true"> <img src="../pics/tigre/moyenne.gif" alt="L'oreille moyenne - cliquer pour voir le fonctionnement !"></a></td></tr><tr><td><font size=-1> <center>L'oreille moyenne, de l'artisanat de gnie</center> <ul> <li> 17 -- Marteau <li> 19 -- Enclume <li> 21 -- Trompette d'Eustache <li> 23 -- Tendon du tympan <li> 25 -- trier <li> 31 -- Tympan (l'oreille externe est de l'autre ct) </ul> <center>&copy; opticon, voir [<a href="http://www.prodition.fr">http://www.prodition.fr</a>]</center> </font></td></tr></table><br> <p class=barjavel> L'onde qui fait vibrer le tympan lui a t transmise par le milieu dans lequel nous vivons : l'air. Mais le corps de l'homme, apparemment solide, est en ralit liquide. Un homme de 80 kilos contient environ 50 litres d'eau. La vibration, pour tre assimile par l'organisme humain, devra donc passer du milieu gazeux au milieu liquide. Ce faisant, elle risque de subir au passage un coup de frein. L'oreille moyenne va fournir la solution  ce problme.<br> L'oreille externe est en plein air. L'oreille interne est une bote close pleine d'eau. Place entre les deux, l'oreille moyenne va transmettre la vibration de l'une  l'autre par l'entremise de trois os minuscules, le marteau, l'enclume et l'trier.<br> Le marteau est solidaire du tympan et vibre avec lui.<br> Il communique ses mouvements  l'enclume, qui les passe  l'trier.<br> L'trier fait vibrer une membrane lastique sur laquelle il s'appuie, et qui ferme une fentre pratique dans la bote en os de l'oreille interne.<br> Les trois os intercalaires sont si miraculeusement astucieux dans leur forme, leur quilibre, leur architecture, leur agencement et les rapports de leurs dimensions, que l'onde transmise par eux du tympan  l'oreille interne se trouve en mme temps amplifie dans la proportion de 1  22... <p class=barjavel> Ajoutons que pour viter les surpressions et les dpressions dans cette oreille moyenne ferme par deux membranes vibrantes, un canal de drivation a t perc  travers chair et os : c'est la trompe d'Eustache, en relation avec l'atmosphre extrieure par la bouche. Ainsi la pression reste-t-elle toujours la mme  l'intrieur et  l'extrieur de l'oreille.<br> Pas mal...<br> C'est encore mieux plus loin. Enfonons-nous dans l'oreille interne. Jusqu'ici tout tait trs simple. Nous pouvions admirer le gnie artisanal qui avait confectionn chaque osselet selon une forme minutieusement parfaite et les avait assembls au moyen de muscles et ligaments minuscules dans un quilibre fonctionnel exact. Mais il nous tait facile de comprendre comment les trois os faisaient ce qu'ils avaient  faire. Dans l'oreille interne cria devient extrmement ardu. Nous passons de l'atelier d'horloger au laboratoire lectronique. Et c'est bien peu dire. Car toutes les sciences doivent tre sollicites pour clairer ce qui se passe ici.<br> Nous ne sommes pas assez savants, ni vous ni moi, pour tout analyser. D'ailleurs, les plus savants eux-mmes...<br> Nous allons jeter, dans cette trange caverne, un simple regard de profane. Un regard candide. Le regard de quelqu'un qui ne prtend pas savoir <i>pourquoi</i> quand on lui a expliqu <i>comment</i>.<br> Nous ngligerons les canaux semi-circulaires, qui sont situs dans l'oreille interne mais n'interviennent pas dans le fonctionnement de l'oue. Du moins  ce que nous savons. Il y a sans doute une raison profonde pour qu'ils se trouvent l et non ailleurs, mais nous ne la connaissons pas. Nous savons seulement qu'ils sont le sige, le centre de l'quilibre. Ils sont trois, assembls, chacun en forme de demi-cercle, chacun perpendiculaire aux deux autres, chacun plac dans une des trois dimensions.<br> Qu'ils viennent  tre lss, par blessure ou maladie, et l'homme vertical ne peut plus se tenir debout. Mme couch de tout son long, les yeux ferms, il ne se sent plus en quilibre. Il ne sait plus ce que sont la stabilit, la scurit, le repos. De tous cts le sollicitent des chutes abominables, et il ne peut se cramponner  rien car son univers bascule dans les trois dimensions.<br> Un homme peut devenir sourd, aveugle, muet, manchot, cul-de-jatte, cardiaque, tuberculeux, chtr et rester un homme. <table width=420 align=right><tr><td><img src="../pics/tigre/canaux.gif" hspace=6></td></tr><tr><td><font size=2> <center>Les trois canaux semi-circulaires ( gauche), chacun dans une direction de l'espace, et la cochle, en forme de colimaon ( droite)</center> </font></td></tr></table> <p class=barjavel> Il peut sombrer dans le coma et continuer  faire partie, passivement, de notre univers, comme un caillou. Mais priv de ses canaux semi-circulaires, il est rejet hors du monde, dont la loi premire, la condition de constitution, est l'quilibre. Il n'est plus qu'un fragment de conscience du chaos.<br> Si ces canaux se trouvent dans l'oreille interne, c'est peut-tre  cause de leur extrme importance. L'oreille interne est en effet l'emplacement le mieux protg du corps. C'est une petite bote solide dans la grande bote solide du crne. Le crne qui doit protger les oreilles et le cerveau est de forme  peu prs sphrique. <p class=barjavel>La sphre est la forme la plus apte  rejeter les coups vers la tangente et rsister aux chocs.<br> Abandonnons ces mystrieux canaux, ces trois gyroscopes immobiles qui sont en quelque sorte le noeud de communication entre l'quilibre universel et celui de l'individu, et reprenons la vibration o nous l'avons laisse : entrant par la fentre de l'oreille interne.  Derrire la membrane vibrante qui ferme cette fentre se trouve le labyrinthe o la vibration va poursuivre son chemin. Ce labyrinthe a la forme d'un coquillage enroul, une sorte de colimaon pointu, dont la base est tourne vers la fentre et la pointe enfonce vers l'intrieur de la tte. Mais les coquillages terrestres ou marins, tels que nous les connaissons, se composent d'une seule cavit s'enroulant sur elle-mme. Ici, il y en a trois, trois conduites s'enroulant ensemble de la base jusqu' la pointe o deux d'entre elles communiquent. La troisime, qu'on a baptise le limaon, est hermtiquement close : mais elle est spare de la deuxime, tout le long de ses spires, par une membrane vibrante - encore une&nbsp;! Dans le limaon, derrire la membrane vibrante enroule le long des spires, sont disposes environ vingt-cinq mle "&nbsp;cellules auditives&nbsp;". Chaque cellule est hrisse de cils vibratiles  une de ses extrmits. Son autre extrmit se prolonge par un filet nerveux. Ces filets nerveux runis en faisceaux formeront le nerf auditif charg de porter au cerveau le message de l'oreille.<br> Que se passe-t-il dans ce labyrinthe&nbsp;? En gros, quand la fentre se met  vibrer, le liquide qu'il contient transmet les vibrations aux cellules nerveuses, qui les transforment en influx nerveux et dirigent celui-ci vers le cerveau par le nerf auditif. Mais pourquoi cette forme colimaonnesque&nbsp;?<br> Imaginons que les cellules nerveuses soient dis, poses directement derrire la membrane plant de la fentre. Imaginons aussi que vous soyez en train de marcher dans la fort de Chambord par une nuit de printemps. Votre oreille reoit le chant d'amour du rossignol, le frisson du vent dans les feuilles nouvelles, le bruit de vos pas sur les brindilles, le bramement du cerf, les incongruits sonores du rcepteur TV dans la maison du garde, le choeur des grenouilles, un solo de Caravelle qui passe l-haut, un ruisseau qui mouille son lit, un sanglier effray qui troue un fourr, un vlomoteur  dix kilomtres...<br>  <!-- la je mettrais bien des liens audios auto-jouants... glou glou, vroum, peut peut peut, crac-cric... --> Votre oreille reoit tout cela <i>en mme temps</i>.<br> Si vos cellules auditives se trouvaient disposes toutes sur le mme plan derrire la membrane de la fentre, elles seraient toutes sollicites  la fois et votre caveau recevrait tous les sons mlangs, percevrait une bouillie de bruits impossibles  sparer les uns des autres et  identifier. Le monde sonore ne serait rien d'autre pour vous qu'un ronflement perptuel dont les seules modifications seraient les variations d'intensit.<br> Le labyrinthe de l'oreille interne se charge de transformer cette bouillie, ce magma de vibrations en un ensemble sonore o chaque son sera individualis. Au cerveau ensuite d'identifier et de choisir. <table align=left><tr><td><img src="../pics/tigre/interne.gif" alt="L'oreille interne"></td></tr><tr><td><font size=2> <center>L'oreille interne, le laboratoire d'lectronique</center> <ul> <li> 1 -- Canal semicirculaire <li> 2 -- Nerf facial <li> 5 -- Ganglion gniculaire <li> 7 -- Nerf facial <li> 7' -- Branche vestibulaire du nerf de la cochle <li> 9* -- Ganglion vestibulaire <li> 9' -- Nerf vestibulaire <li> 11 -- Marteau interne <li> 13* -- Cochle <li> 13' -- Organe de Corti <li> 15 -- Os temporel <li> 51 -- Fentre </ul><center>  &copy; opticon, voir [<a href="http://www.prodition.fr">http://www.prodition.fr</a>]</center> </font></td></tr></table> <p class=barjavel>Il y a autant de diffrence entre ce qui parvient  l'oreille interne par sa fentre lastique et ce qui en sort par son nerf auditif qu'entre un gchis de couleurs passes au mixer et un tableau compos avec les mmes couleurs.<br> Comment le labyrinthe procde-t-il  l'analyse de cette pure vibrante&nbsp;?<br> Il est difficile de le savoir, car pour <i>voir</i> ce qui se passe dans une oreille, il faut l'ouvrir et,  partir du moment o on l'ouvre, il est bien vident qu'il ne s'y passe plus rien. En tous les cas, plus rien de normal.<br> Les exprimentations boiteuses qu'on a pu faire ont donn quelques indications. A la logique de btir des hypothses...<br> La vibration totale s'engage dans une conduite dont le diamtre diminue constamment, selon une courbe logarithmique qui comblerait d'aise Salvador Dali. Chacune des vibrations partielles qui la composent traversera donc,  un certain passage de son trajet, une portion de labyrinthe d'un diamtre qui correspond  sa longueur d'onde particulire et qui lui permettra de faire entrer en rsonance,  ce diamtre, l seulement et par cette longueur d'onde seulement, le dispositif d'audition. A cet endroit-l seulement, les cils des cellules auditives se mettent  vibrer, pour ce son-l seulement. Il en est ainsi pour chacune des longueurs d'onde qui composent la vibration complexe entre par la fentre. Tout le long de l'enroulement hlicodal, chaque groupe de cellules va pcher la longueur d'onde qui le concerne. Quand il arrivera au bout du labyrinthe, le magma sonore aura t compltement analys. <p class=barjavel>C'est une hypothse. Les lois de la mcanique et de l'acoustique nous permettent de la trouver plausible. Les expriences faites dans des conditions non satisfaisantes semblent la confirmer - la membrane du limaon vibre en effet d'une faon slective - et l'infirmer : la membrane vibre dans les spires les plus troites pour les sons graves et dans les spires les plus larges pour les sons aigus. L'acoustique nous inclinerait  nous satisfaire du phnomne contraire. Nous pouvons seulement en conclure que nous ne comprenons pas ce qui se passe exactement, mais que ce qui se passe est effectivement fonction des longueurs d'onde d'une part et de l'enroulement hlicodal des trois conduites d'autre part. Mais la longueur d'onde ne suffit pas  dfinir un son. Au concert, ou devant votre lectrophone, votre oreille est parfaitement capable de discerner une mme note joue par le piano, le violon ou la flte. Ce sont pourtant les mmes cellules, de la mme portion hlicodale, qui vont tre mues par le mme do des trois instruments. Qui fait alors la diffrence&nbsp;?<br> Il est probable que ce sont les cils vibratiles. Ce qui se passe  leur niveau est un phnomne qu'on a pu constater mais non expliquer. Il en est ainsi chaque fois qu'on se trouve devant les manifestations de base de l'lectricit et de la vie : quand un cil se met  vibrer, un microcourant lectrique prend naissance dans sa substance, se propage dans la cellule auditive dont il est le prolongement et, de l, par le filet nerveux et le nerf auditif, gagne le cerveau.<br> Or, aucun de ces cils n'est absolument pareil  un autre dans son diamtre, sa longueur et la disposition de ses molcules. <table width=252 align=right><tr><td><img src="../pics/tigre/cellule01.jpg" hspace=4 border=2></td></tr><tr><td><font size=-1> <center>Les cils vibratoires</center><br> </font></td></tr></table> <p class=barjavel> Il est donc possible que chacun d'eux ou chaque molcule de chacun d'eux soit plus ou moins sensible  telles ou telles caractristiques de la vibration qui n'ont rien  voir avec la longueur d'onde, mais qui constituent le timbre du piano ou de la trompette.<br> Chaque molcule de chaque cil envoyant  la cellule un micro-microcourant diffremment modul, celle-ci en fait la synthse, en tire la rsultante, et l'expdie vers le cerveau, par son fil spcial. Les 25&nbsp;000 fils spciaux issus des 25&nbsp;000 cellules apportent en mme temps au cerveau chacun son microcourant qui diffre des 25&nbsp;000 autres par son microvoltage, sa micro-intensit, sa micro-nergie, sa micromodulation et sans doute par d'autres micro- particularits dont nous n'avons pas la moindre ide. <p class=barjavel> Le cerveau reoit les 25&nbsp;000 signaux lectriques et les transforme, par un processus qu'il ne semble pas que nous puissions jamais lucider, en sensation auditive. La bouillie vibratoire recueillie par le pavillon, reue par le tympan, amplifie par les osselets, analyse par le labyrinthe, code par le limaon, achemine par le cble auditif, traduite par le cortex cervical est devenue une mosaque sonore construite, claire, profonde et colore; le cerf et la grenouille, et le soupir du vent, sont entrs dans votre tte et vous les avez reconnus.<br> Voil ce qui se passe dans l'oreille. Du moins  peu prs. J'ai beaucoup simplifi ce que nous connaissons. Et nous ne connaissons pas tout.<br> Et ce que j'ai suppos est peut-tre inexact. Mais si nous connaissions tout, avec exactitude, nous au, rions sans doute encore plus de raisons de nous sentir treints par l'merveillement, et par l'angoisse de l'inconnu.<br> <i>Qui</i> a conu l'oreille&nbsp;?<br> Il faut tre singulirement facile  contenter pour accepter de voir dans la simplicit harmonieuse de son amnagement gnral, le raffinement de ses dtails, la diversit de son fonctionnement mcanique, acoustique, lectrique, chimique, sreux, sanguin, conjonctif, osseux, musculaire, nerveux, liquide, solide, gazeux, et nous en oublions, et nous en ignorons, et dans la coordination immdiate et parfaite de cette multiple subtilit, le rsultat chanceux de mutations hasardeuses.<br> Nous admettons volontiers le systme de la slection du mieux arm et du mieux adapt. L'anim qui avait une oreille a survcu  celui qui n'en avait pas. D'accord. Mais <i>qui</i> a donn son oreille  celui qui l'avait&nbsp;?<br> Ce n'est pas si simple, dit-on. Il y a eu d'abord une cellule qui tait vaguement sensible aux vibrations, puis...<br> D'accord.<br> Mais <i>comment</i> cette cellule vaguement sensible a-t-elle transform cette vibration en une sensation auditive&nbsp;? Comment s'est-elle adjoint d'autres cellules&nbsp;? Comment se sont-elles fait pousser des cils slectifs, se sont-elles enfermes dans le limaon, le limaon dans le labyrinthe &nbsp;? Comment se sont-elles fait prcder d'un systme amplificateur&nbsp;? Comment ont-elles fait merger et fleurir le pavillon&nbsp;? Comment&nbsp;? comment&nbsp;? comment&nbsp;? <i>Qui a voulu ces perfectionnements successifs &nbsp;?</i><br> Est-ce l'individu&nbsp;?<br> Si c'tait possible, tous les hommes se seraient depuis longtemps fait pousser des ailes et des yeux derrire la tte.<br> Est-ce l'espce&nbsp;?  La matire vivante elle-mme &nbsp;?<br> <i>Qui&nbsp;?</i><br> L'oreille ne s'est pas faite par l'invraisemblable hasard de millions de mutations favorables.<br> L'oreille est un ensemble conu, architectur, organis. Le hasard ne conoit pas, n'ajuste pas, n'organise pas. Le hasard ne fait que de la bouillie.<br> Mme si on tient compte du facteur temps, on ne peut pas accepter l'explication du hasard. Je connais l'argument du singe et de la machine  crire : si on place un singe devant une machine  crire et qu'il tape au hasard sur le clavier pendant l'ternit, comme il tapera une infinit de combinaisons de lettres, il finira par taper le texte de la Bible.<br> Je n'accepte pas cet argument. Il est faux. Il confond la quantit et la qualit. Le singe ne tapera pas la Bible, pas mme <i>La Cigale et la Fourmi</i>. Il tapera pendant l'ternit un cafouillis lettriste, jusqu' la fin des temps.<br> Vous pouvez lancer un d pendant l'ternit, vous n'obtiendrez jamais une srie de 1000 six. Or il faudrait une accumulation de mutations favorables autrement extraordinaire qu'une srie de 1000 six pour fabriquer une oreille, ou une marguerite ou un petit chat.<br> Mors d'o viennent l'oreille et la marguerite&nbsp;?<br> IL Y A QUELQU'UN&nbsp;!...<br> Il y a quelqu'un sous le lit, dans l'armoire&nbsp;! Il y a quelqu'un dans notre vie, dans notre chair. Quelqu'un qui nous a faits et qui fait de nous ce qu'il veut. <p> <a name=linguistique><h1><hr>TUDE LINGUISTIQUE</h1> <ul style="text-align:center">  <li><a href="#sommaire">Revenir au sommaire</a>  <li><a href="#thematique">Voir la section suivante (thmatique)</a>  <li><a href="#extrait">Voir la section prcdente (extrait)</a> </ul><p> Dans la Faim du tigre, ouvrage presque confessionnel, l'auteur ne cherche pas  sombrer dans l'exercice de style ou  atteindre les hauteurs philosophiques. Il veut convaincre. Le style est concis, clair, court et simple. Le livre s'organise en une multitude de petits paragraphes, qui laborent sur les prcdents  la faon d'un expos dductif construit, mais l'volution n'est pas pour autant trs ordonne. Plutt, l'auteur semble progresser au fil de ses penses, rapportant les points forts qu'il veut voquer aux moments qui lui semblent opportuns en sacrifiant  une prsentation plus classique et plus rigoureuse de l'essai, en parties et chapitres, numrots au besoin. Ici, c'est un flot ininterrompu et quelque peu mlang qui brasse les mmes questions et rponses. C'est que chaque question en appelle une autre, et que lorsqu'il y trouve un lment de rponse, l'auteur succombe sous le poids des questions connexes auxquelles elle manque  le satisfaire. En plusieurs endroits du livre, les mmes affirmations sont rptes, des sujets abandonns au dbut sont repris, d'autres interviennent constamment mais  chaque fois sur l'tendues de quelques lignes seulement. Jamais, nanmoins, l'auteur ne se contredit. Toutes ses hypothses, oses au point parfois de frler la fantaisie, donnent corps  un assemblage entirement cohrent et paussible, ce qui est l'atout premier de l'essai. Le deuxime est stylistique. Presque dans la prcipitation, sur un ton qui va de la confidence  la provocation, l'auteur accapare son auditoire, ne lui laisse pas le temps de s'ennuyer, ne se perds jamais dans des dtails, pare toujours au plus press, s'efforce d'tre  chaque page, droutant, fou, captivant. Il n'hsite pas  s'adresser en personne  son lecteur, et  le tutoyer.  <p class=barjavel> Dieu est entier dans chaque portion de sa cration. Il est entier dans chaque crature.<br> Attention&nbsp;! Il est dans toi, tout entier !<br> Il est dans moi&nbsp;!<br> Nous voil bien avancs...<br> Tu le sens, toi&nbsp;?<br> Zro...<br> <p> L'essai est srieux, c'est--dire que les thmes traits le sont. Mais la faon de les considrer conscent parfois  quelques traits d'humour. laborant une parabole sur Dieu et sa Cration:  <p class=barjavel> Qui a construit l'Usine&nbsp;?<br> Personne, videmment, puisqu'elle tait dj l lorsque nous sommes ns.<br> Vous l'avez vu, vous, le Constructeur&nbsp;?<br> Certains pourtant affirment : il fut un temps o  la place de l'usine il y avait seulement un terrain vague. Mais vint le Grand Contrematre. Il frappa dans ses mains, et l'usine fut. Et il dit aux ouvriers : " Au boulot&nbsp;! et que a saute&nbsp;! "<br> Et attention&nbsp;! Nous ne le voyons pas, mais il est toujours l, assis au sommet de la grande chemine. Il nous regarde  travers la verrire et il note tout&nbsp;! Si nous tranons, si nous sabotons le travail,  la sortie il nous raye des contrles et on est bon pour l'asile de nuit. Mais si on est gentil et appliqu, alors on a droit au camping sur la Cte du ciel d'Azur, en cong pay ternel... <p> Ces liberts de style, cette narration qui tourne presque au dialogue, quelques emprunts  l'argot, ne l'empchent pas d'exhiber ses talents littraires. Aucun passage ne sonne faux, aucun drapage, aucune faute de got. Parfois mme, il s'autorise quelques envoles stylistiques, entre fable et posie.  <p class=barjavel> L'homme ne craint plus, ni pour lui ni pour ses fils, le tigre ni le loup, la peste ni le croup. <p> Sur le point de vue du vocabulaire, un premier champ lexical se distingue nettement d'un point de vue quantitatif. Il est encore omniprsent dans tout l'ouvrage. Il s'agit sans surprise, puisque l'essai est justement une qute des rponses aux grandes questions mtaphysiques, de celui ayant trait  la connaissance, ou,  l'inverse,  l'inconnu. En rapport direct avec la connaissance, on relve les mots (avec leur drivs)&nbsp;: &nbsp;connaissance&nbsp;&nbsp;(105), &nbsp;savoir&nbsp;  &nbsp;(68, sans compter les drivs de &nbsp;savant&nbsp;&nbsp;(16)), &nbsp;comprendre&nbsp;&nbsp;(56), &nbsp;signification&nbsp;&nbsp;(34), &nbsp;raison&nbsp;&nbsp;(30), &nbsp;explication&nbsp;&nbsp;(24), &nbsp;hypothse&nbsp;  &nbsp;(6). Il faut y ajouter les symboles que constituent la &nbsp;cl&nbsp;&nbsp;(13), ou le &nbsp;Graal&nbsp;&nbsp;(10). Autour de cette aspiration  savoir se combattent la vrit et le mensonge. Ce dernier l'emporte, la vrit est corrompue&nbsp;! Cela se traduit par une prdominance tant en richesse qu'en utilisation&nbsp;: &nbsp;ignorance&nbsp;&nbsp;(35), &nbsp;doute&nbsp;&nbsp;(21), &nbsp;apparance&nbsp;&nbsp;(18), &nbsp;mensonge&nbsp;&nbsp;(10), &nbsp;illusion&nbsp;&nbsp;(8), &nbsp;invraisemblance&nbsp;  &nbsp;(4).  comparer avec &nbsp;vrit&nbsp;&nbsp;(39), &nbsp;vritable&nbsp;&nbsp;(11) et &nbsp;ralit&nbsp;&nbsp;(20). Pour rtablir la situation, des mots tels que &nbsp;retrouver&nbsp;&nbsp;(16), &nbsp;question&nbsp;&nbsp;(4), &nbsp;dduction&nbsp;&nbsp;(2), &nbsp;deviner&nbsp;  &nbsp;(4)... Trs usit, reflexe naturel, le mot &nbsp;pourquoi&nbsp; trente-trois apparitions. <p> Le champ lexical religieux qui vient en second est plus riche. La prdominance de la religion <!--sur les autres thmes -->trahit d'emble un dsquilibre thmatique pour un sujet qui est autant scientifique et philosophique que spirituel. Cela tient  plusieurs raisons. Barjavel est d'abord profondment rancunier envers un rle de la religion qu'il croit dpass, et qui est de toute faon puril et ridicule. C'est pour lui l'occasion d'insister fermement sur tout ce qui concerne la religion.  Par ailleurs, les Vrits sont d'ordre exclusivement religieux pour l'auteur, qui place ces valeurs spirituelles bien avant, par exemple, les connaissances scientifiques, qui ne sont pour lui que des dtails techniques. Seules comptent donc les questions mtaphysiques, qui, chez Barjavel, sont d'ordre spirituelle (il en existe d'autres, d'ordre scientifique. Voir par exemple &nbsp;A brief history of time&nbsp;, traduction &nbsp;Une brve histoire du temps&nbsp;, par Stephen Hawking. On y trouve par exemple des questions comme &nbsp;L'univers est-il ternel&nbsp;?&nbsp;, &nbsp;Pourquoi ne peut-on pas voir dans le futur&nbsp;, etc...). Dans ce champ lexical religieux, c'est le mot Dieu qui apparat le plus, avec quatre-vingt deux nominations sous cette forme (et une au pluriel), mais il faut encore compter les nombreux drivs&nbsp;: noms de Dieu dans d'autres langues ou d'autres cultures comme Yahv&nbsp;(14), Jhovah&nbsp;(3) ou Jsus  &nbsp;(18), mtaphores suggestives (parfois ironiques), comme Crateur  &nbsp;(15), tre suprme&nbsp;(1), Grand Architecte&nbsp;(1), Cause Universelle&nbsp;(1), Ordinateur&nbsp;(1), ou autres constructions trs Barjavelienne&nbsp;: Dieu-Papa&nbsp;(1), Ce-Que-Nous-Nommons-Dieu&nbsp;(1), ce-qui-cre&nbsp;(4), homme-dieu&nbsp;(1)...  Ce champ lexical est par ailleurs constitu des termes du folklore mystique bass sur la foi ou la croyance (comptant les mots drivs avec la racine)&nbsp;: existence&nbsp;(79), croyance  &nbsp;(38), miracles&nbsp;(10), cieux&nbsp;(9), spirituel&nbsp;(8), rvlation&nbsp;(6)&nbsp;; des pisodes et figures bibliques&nbsp;: Mose&nbsp;(36), Sina&nbsp;(13), Aaron&nbsp;(5), l'Ecclsiaste&nbsp;(3), Bouddha (une mention explicite mais trois allusions au bouddhisme), et les aptres Luc&nbsp;(1), Marc&nbsp;(1), Matthieu &nbsp;(1), ainsi que la Gense&nbsp;(3) et l'Exode&nbsp;(2). La Bible elle-mme tant mentionne  dix fois (avec drivs); ou enfin des termes dsignant les institutions religieuses&nbsp;: glise&nbsp;(11), temple&nbsp;(9), pre&nbsp;(16), prtre&nbsp;(20), fidle&nbsp;(13), crature&nbsp;(8), croix&nbsp;(8), Vatican&nbsp;(2), la religion apparaissant pour sa part vingt-cinq fois. Parmi ces religions, la plus voque est la religion Chrtienne&nbsp;(10), et dans celle-ci les protestants&nbsp;(10) sont plus mentionns que les catholiques&nbsp;(8). La religion Juive est aussi importante. Le terme &nbsp;Hbreu&nbsp; est employ cinq fois, le mot &nbsp;Juif&nbsp;, six fois. Isral est mentionn neuf fois. Dans ce champ lexical, intressons-nous plus qu' l'ordinaire au mot &nbsp;cration&nbsp;, particulirement chri par l'auteur. Il apparat sous diverses formes quatre-vingt-onze fois, dont l'emploi autour de la racine du mot se fait selon le tableau suivant&nbsp;: <p> <center> <table border=3 cellpadding=15 width=500> <th colspan=2> Variations autour de la &nbsp;Cration&nbsp;<br> <font size=-1> (Le chiffre correspond au nombre d'utilisations du mot dans le livre) </font> </th> <tr>  <td valign=top>  La racine du mot. Peu de drivs, mais l'emploi se fait d'abord sous cette forme&nbsp;:  <p>  <table width=100%>  <tr> <td><ul><li>cration</ul></td><td>37</td>  </tr><tr> <td><ul><li>crateur</ul></td><td>14</td>  </tr><tr> <td><ul><li>crateurs</ul></td><td>1</td>  </tr>  </table>  </td>  <td>  Le verbe ou le participe associ, sous diverses conjuguaisons&nbsp;:  <p>  <table width=100%>  <tr> <td><ul><li>crer</ul></td><td>3</td>  </tr><tr> <td><ul><li>crait</ul></td><td>1</td>  </tr><tr> <td><ul><li>crant</ul></td><td>1</td>  </tr><tr> <td><ul><li>cre</ul></td><td>4</td>  </tr><tr> <td><ul><li>cr</ul></td><td>8</td>  </tr><tr> <td><ul><li>cre</ul></td><td>1</td>  </tr><tr> <td><ul><li>crs</ul></td><td>4</td>  </tr>  </table>  </td> </tr> <tr>  <td>  Les antonymes&nbsp;:  <p>  <table width=100%>  <tr> <td><ul><li>incr</ul></td><td>2</td>  </tr><tr> <td><ul><li>incre&nbsp;:</ul></td><td>1</td>  </tr>  </table>  </td>  <td>   Le nom driv&nbsp;:  <p>  <table width=100%>  <tr> <td><ul><li>crature</ul></td><td>5</td>  </tr><tr> <td><ul><li>cratures</ul></td><td>3</td>  </tr>  </table>  </td> </tr> <tr>  <td colspan=2>  Quelques nologismes&nbsp;:   <p>  <table width=47%>  <tr> <td><ul><li>ce-qui-cre</ul></td><td>4</td>  </tr><tr> <td><ul><li>ce-qui-est-cr</ul></td><td>2</td>  </tr>  </table>   </td> </tr> </table> </center> <p> Pour retrouver les vrits perdues, la Science. Employs en masse, peu de mots de cette catgorie. On retrouve les invitables &nbsp;savants&nbsp;&nbsp;(14) et aussi &nbsp;bien-savants&nbsp;&nbsp;(2), construction invente par l'auteur par analogie avec &nbsp;bien-pensant&nbsp;&nbsp;(2), ou encore les drivs du mot &nbsp;science&nbsp; (c'est--dire &nbsp;science&nbsp; et &nbsp;scientifiques&nbsp; aux accords prs, pour un total de vingt apparitions). Les disciplines reprsentes sont, les mathmatiques&nbsp;(10), la physique  &nbsp;(2), et en particulier les astronomes et astronautes&nbsp;(3), les astrophysiciens&nbsp;(1), les atomistes&nbsp;(2), les chimistes  &nbsp;(2)... Einstein est mentionn par trois fois, Fred Hoyle (un cosmologiste, et aussi crivain de S.-F.) deux fois. Ceux-l doivent retrouver l'&nbsp;ordre&nbsp;&nbsp;(47), la &nbsp;loi&nbsp;&nbsp;(33), l'&nbsp;quilibre&nbsp;&nbsp;(31). On parle aussi beaucoup de &nbsp;logique&nbsp;&nbsp;(11). <p> Des autres thmes, La Vie et la Mort sont des plus importants. La &nbsp;vie&nbsp;&nbsp;(128) est dans ce champ le mot le plus employ (sous cette forme, et encore deux fois au pluriel, &nbsp;vies&nbsp;). Y ajouter les drivs, comme &nbsp;vivant&nbsp;&nbsp;(102 sous cette forme de participe, aux accords prs), &nbsp;vivre&nbsp;&nbsp;(21) ou &nbsp;survivre&nbsp;&nbsp;(17). Le champ lexical de la mort et de la souffrance est aussi consquent. La mort totalise avec ses drivs quatre-vingt-quatre apparitions (si l'on compte toutefois l'immortalit, 2, et les drivs de &nbsp;meurtre&nbsp;, 15). Et aussi, &nbsp;guerre&nbsp;&nbsp;(32), &nbsp;souffrance&nbsp;&nbsp;(27), les drivs de &nbsp;tuer&nbsp;&nbsp;(25), &nbsp;suicide&nbsp;&nbsp;(11), incidement plus nombreux qu'&nbsp;assassinat&nbsp;&nbsp;(10). <p> Autre thme, la sexualit et l'amour. Le &nbsp;sexe&nbsp; et drivs totalisent quinze nominations, avec mention explicite (et rare) du mot &nbsp;vulve&nbsp;&nbsp;(1), concernant la vache. La jouissance est voque par sept fois. La &nbsp;reproduction&nbsp; intervient  hauteur de quatre mots ddis. Quelques autres mots (uniques) comme &nbsp;rection&nbsp;&nbsp;(1), sadique  &nbsp;(1) ou masochiste&nbsp;(1). En nombre nettement plus important, mais d'impact moindre dans la thmatique, &nbsp;amour&nbsp;&nbsp;(36) et &nbsp;joie&nbsp;&nbsp;(22).  ne pas confondre avec le &nbsp;plaisir&nbsp;&nbsp;(5), qui lui appartient au domaine sexuel. <p> Enfin, bien qu'il ne constitue pas un thme  proprement parler, l'intert constant pour l'humanit et l'tre humain motive l'emploi d'un vocabulaire riche et abondant  son gard. On retrouve, en premier lieu et avec une nette avance, le mot &nbsp;homme&nbsp;&nbsp;(299), qui ne souffre que de rares drivs, et encore pratiquement tous propres  l'auteur&nbsp;: homme-dieu&nbsp;(1), homme-outil-machine&nbsp;(1), et aussi gentilshommes&nbsp;(1). Sans surprise, un emploi beaucoup plus modr pour la &nbsp;femme&nbsp;&nbsp;(27). Par contre, &nbsp;mle&nbsp;&nbsp;(15) et &nbsp;femelle&nbsp;&nbsp;(16) se partagent une rpartition beaucoup plus symtrique. C'est que, dans tout le rgne animal, c'est presque immanquablement toujours la femelle qui joue le rle dterminant pour son espce. L'&nbsp;humanit&nbsp; (et drivs) entre dans ce tableau  raison de soixante-dix-sept  &nbsp;(77) occurences. Les &nbsp;individus&nbsp;&nbsp;(53) sont, suivant le sens de l'essai, relgus  une seconde place.  N'oublions pas les &nbsp;enfants&nbsp;  &nbsp;(41, hors drivs), qui ne tient pas compte du nologisme droutant, mais construit  cet effet, &nbsp;enfant-poisson&nbsp;&nbsp;(1). Pour bien faire participer le lecteur et donner un sens immdiat  son texte, l'auteur n'conomise pas les pronoms. &nbsp;Il&nbsp; se compte six-cent-soixante-quinze&nbsp;(675) fois, &nbsp;ils&nbsp; cent-cinquante-et-une  &nbsp;(151). Bien-sr, le pendant fminin suit cette tendance  une chelle moindre&nbsp;: &nbsp;elle&nbsp; intervient cent-quarante-six&nbsp;(146) fois. &nbsp;Elles&nbsp;, quarante-six&nbsp;(46). Ceux-ci taient sans-surprise. Il s'avre nanmoins que tous les pronoms personnels sont reprsents. Dans l'ordre de ceux qu'il reste&nbsp;: &nbsp;je&nbsp; (l'auteur)&nbsp;(92), &nbsp;tu&nbsp;&nbsp;(39), &nbsp;nous&nbsp;&nbsp;(364), &nbsp;vous&nbsp;&nbsp;(104), &nbsp;on&nbsp;&nbsp;(146), et enfin &nbsp;moi&nbsp;  &nbsp;(18) et &nbsp;toi&nbsp;&nbsp;(18). Comme on le voit, l'auteur a plutt tendance  s'inclure plus que son lecteur, mais la participation de ce dernier reste exceptionnelle, pour un essai. <p> Survolons le vocabulaire des nombres. Tout est  profusion dans la nature. La &nbsp;centaine&nbsp;, ou le &nbsp;millier&nbsp; n'intervient que trs peu&nbsp;(3 fois) devant les &nbsp;millions&nbsp;&nbsp;(17) ou les &nbsp;milliards&nbsp;&nbsp;(51). <p> Et concluons avec deux nologismes amusants, avec lequel l'auteur dsigne des tres surnaturels, disposant de sens inconnus  l'homme. Sont mentionns &nbsp;un-deux-trois-quatre-cinq&nbsp; (l'homme, 4) et &nbsp;six-sept-huit-neuf-dix&nbsp;&nbsp;(3). <a name=thematique><h1><hr>THMATIQUE</h1>  <center>Dans la Thmatique de la Faim du tigre <ol>  <li><a href="#vie">La Vie</a>  <li><a href="#sexualite">La Sexualit</a>  <li><a href="#mort">La Mort</a>  <li><a href="#religion">La Religion</a>  <li><a href="#science">La Science</a> </ol><br> Ou plutt&nbsp;: <ul style="text-align:center">  <li><a href="#sommaire">Revenir  la prsentation</a>  <li><a href="#critiques">Voir la section suivante (critiques des visiteurs)</a>  <li><a href="#linguistique">Voir la section prcdente (tude linguistique)</a> </ul><p> La Faim du tigre est un rservoir d'ides, d'observations, d'inquitudes, de proccupations et d'intrrogations de l'auteur. On y retrouve  l'tat brut tous les thmes qui se dveloppent dans l'ensemble de son oeuvre. Il n'est pas une question d'importance aborde dans un roman ou un autre essai qui n'ait en cho un passage dans ce livre. C'est dire l'importance du prsent ouvrage dans l'oeuvre de l'crivain. C'est peut-tre, pour cette raison, son livre le plus intressant. Pour autant, il est loin d'tre complet. Et pourtant, Barjavel pensait probablement signer ici son dernier ouvrage, comme le laissent prsumer divers lments. D'abord, bien que trs pessimiste  tous gards et en particulier sur le devenir de l'humanit, le livre donne le change avec la ddicace, que l'auteur en personne qualifie d'optimiste. Base sur le mme modle que celle de Le Diable l'emporte, elle lui retourne la rplique en suggrant une issue positive  long terme, l o l'autre ddicace  <!-- ici mettre une FN qui affiche la ddicace de Le Diable l'emporte --> signifiait exactement le contraire. C'est que Barjavel, rsolument enclin  voir les choses du &nbsp;bon ct&nbsp; --en dpit de ce que l'on crot trop souvent-- et ne pouvant aller  l'encontre des observations et dductions qu'il fera tout au long du livre, ne pouvait, et ne voulait, en rester sur un constat sans appel et sans perspectives. De son aveu mme, il y dit ce qu'il avait alors  dire, et pensait ensuite passer  autre chose.  La Faim du tigre est ainsi d'une sincrit absolue. L'auteur ne cherche pas  sduire, mais  alarmer,  avertir,  montrer ce qui lui semble vident et que tout le monde ignore dans l'indiffrence ou sur la base d'automatismes sociaux ou religieux confortables. En 1966, il n'en est plus  vouloir se prparer une  carrire littraire,  laquelle il semble vouloir renoncer aprs une longue  priode passe  prolonger la popularit de Ravage, mais jamais couronne de nouveau grands succs depuis lors. Et sur la base de ce devoir moral ou de  sentiment d'adieu  la profession, l'auteur numre une liste impressionante de concepts nouveaux et droutants, parfois gnants jusqu' la limite du supportable. Il n'pargne personne. Ni les hommes, ni la science, ni la religion. Pas mme Dieu. Il s'appuie sur des ides simples et fortes, qu'il illustre souvent autour de fait scientifiques ou pisodes religieux. Il n'entend pas imposer une nouvelle philosophie ou avoir dcouvert quelque chose, malgr certaines affirmations pour le moins novatrices. Il prcise mme&nbsp;: <p class=barjavel> Je ne prtends rien du tout,  aucune page de ce livre. <p> Finalement, plus perturb encore que le lecteur, qui dans son admiration ou sa gne accepte ou refuse les positions que dveloppe l'crivain, il y a, rong par le doute et l'inconnu, l'auteur. Il aimerait mme tre le premier convaincu que toutes ses allgations sont infondes, fausses, indment pessimistes et douloureuses. Il se force lui mme d'adoucir ses propos, de proposer des portes de sortie, de croire en une solution. Il n'y parviendra pas encore. Il lui faudra pour cela encore un peu plus de vingt ans. Eusse t en dfinitive le dernier livre de l'crivain, c'eut-t suffisant pour lui assurer la prnit d'une carrire littraire peu commune et digne d'intert. Mais comme on le sait, l'auteur reviendra par le biais du cinma  la littrature, avec cette fois, le succs  la cl. La Nuit des temps et le Grand secret sont de par leur popularit les routes privilgies  l'auteur, sur le parcours duquel se trouve, imparablement, cet ouvrage. Celui-ci qui aurait donc pu en tre le point final n'en sera bien heureusement qu'une premire partie. Celle des questions. Rgnr par la science-fiction, genre qui se confirmera alors pour lui comme idal pour y instiller sa philosophie, Barjavel reprend la plume et crira sur la fin de sa vie ce qui   manquait  la Faim du tigre. Non les rponses, bien sr,  mais l'lment apaisant permettant de les chercher, de pulvriser la pierre d'achoppement qui semblait devoir barrer la route  jamais, cette confiance en l'homme, ce cri d'espoir, cette affirmation que le cycle peut tre rompu, et la porte ouverte. Ironiquement, mme cet ouvrage n'aura pu tre termin. Barjavel est mort avant de l'avoir achev. Le message, que l'on ne trouvera pas ici, en est son titre. Demain le Paradis.  <h2> <center> <a name=vie>~ <a href="#thematique">THMATIQUE</a> ~<br>La Vie </center></h2></font><p> La vie, c'est d'abord l'association du prodigieux et de l'incommensurable. Dans toutes ses variations, la vie dploie une ingniosit incroyable pour fabriquer  profusion,  base de poussire, d'eau et de lumire, les mcanismes les plus sophistiqus et les plus performants. Rien ne lui semble tre interdit ou impossible. Elle ne semble jamais devoir se fatiguer. Ce potentiel sans limite, cette capacit  s'implanter dans les milieux les plus hostiles, ce savoir-faire technique qui construit l'oreille et le cortex, qui jongle avec les millions et les milliards, dfie l'entendement et s'illustre pourtant partout. Car cela concerne tout le vivant, du simple vgtal qui se fabrique de terre et de soleil, au cerveau humain, qui n'y prte gure attention. Il convient donc d'abord de le remarquer, et de s'en tonner, sans se laisser prendre au pige de l'habitude. Pour l'occasion, Barjavel redfinit le sens du mot &nbsp;miracle&nbsp;. <p class=barjavel> Nous sommes entours de miracles auxquels nous sommes habitus. Nous vivons par miracles, tout le vivant est miraculeux dans ses moindres dtails. <p> La rptition ne doit pas prendre le pas sur l'attention. L'auteur insiste. <p class=barjavel> La naturel est miraculeux. <p> Ce dploiement massif de ressources gnialement orchestres appelle  une premire question. Qui est derrire cette marche cadence de l'inanim vers la vie, subtile, efficace, prodigieuse en ses moindres dtails&nbsp;? Ce n'est pas pour autant la proccupation premire de l'auteur, qui observe avant cela un vice de procdure dans le fonctionnement du vivant, une incompatibilit qu'il ne digre pas. <p class=barjavel> La vie telle que nous la vivons, telle que nous la connaissons, c'est d'abord la souffrance et le meurtre. <p> Est-ce un problme&nbsp;? Pour l'auteur, assurment. Il ne conoit pas que soit gnreusement concde d'une part tant d'ingniosit pour animer le vivant pour d'autre part s'vertuer  le faire souffrir dans une cruaut exterminatrice qui n'a d'gale que sa virtuosit cratrice. Ce qui fait la grce du vivant, qui fait natre en l'homme le sentiment d'amour ou de piti, ou en l'animal domestique l'amour de son matre et sa fidlit, ou en tout animal la beaut et l'innocence, ne peut pas, en mme temps, ou ne devrait pas, se commettre dans des crimes sanguinaires et atroces. Il y a un mlange de valeurs incompatibles, une incongrut absurde et ridicule. <p class=barjavel> Or l'intelligence ne peut pas tre absurde. L'intelligence ne peut pas tre cruelle. L'association cruaut-intelligence est une fiction de basse littrature.   <p> Pour bien se faire comprendre, Barjavel n'hsite pas  devenir plus direct, et  s'adresser directement au lecteur. <p class=barjavel> Vous avez mang  midi une merveilleuse ctelette, bien grille, qui avait le got de noisette. Vous n'avez pas pens, bien sr,  la brebis dans laquelle on l'a dcoupe, aprs lui avoir plant un couteau dans la gorge et lui avoir souffl au derrire pour lui dcoller la peau de la chair. Vous n'avez pas pens  l'agneau. On ne pense jamais  l'agneau qu'on mange. <p> Et cette constatation est d'autant plus grave et dsole qu'il ne s'agit pas l d'un simple accident de parcours, d'un dtail occasionel et regrettable mais sans relle porte. Au contraire, il s'agit d'une ncessit fondamentale qui est au coeur du mcanisme. <p class=barjavel> L'oue, l'odorat, la vue, les muscles, le cerveau, les millions d'inventions prodigieuses qui articulent le monde vivant semblent n'avoir t crs que pour maintenir les cratures dans le meurtre et dans l'horreur. <p> Alors peu  peu se profile  nouveau la question de savoir quelle est cette &nbsp;volont&nbsp; qui se cache derrire les scnes  la fois fantastiques et macabres d'un monde vivant merveilleux et opprim. Mais la recherche prend le ton d'une expdition punitive. L'interrogation est motive par dsir de savoir quelle justification ce cruel animateur du vivant pourrait bien avoir, et du ct des plaignants ce n'est pas l'homme seul que l'on retrouve, mais le vivant tout entier. Car chaque tre vivant est soumis  l'preuve de la faim et de la souffrance,  la ncessit de chasser ou de fuir. Le terme &nbsp;tre&nbsp; n'est mme pas assez gnral au sens Barjavlien, o il faut entendre par l, &nbsp;tout ce qui vit&nbsp;. L'auteur y inclut donc les mammifres tout comme les poissons, et aussi les crustacs, les mollusques, les insectes. Et mme les vgtaux. Barjavel prend la parole en leur nom&nbsp;: <p class=barjavel> Nous les vivants, nous les poissons avals, les livres saigns, les rameaux coups, les herbes tondues, nous la graine germante et le grain broy. <p> Et il ne fait pas de distinction de valeur. Chacun de ces vivants l souffre, chacun est jet en pature au cycle de la chasse et de la prdation. Certains ne tuent pas mais sont tus, comme l'herbe ou la salade. D'autres ne sont pas tus mais tuent, comme l'homme. Pour l'auteur, l'un n'est pas plus enviable que l'autre. L'un n'est pas plus pitoyable que l'autre. Barjavel n'hsite pas, mme,  parler de &nbsp;psychisme vgtal&nbsp;. Il est bien conscient du dsintert total de l'homme pour le sort du vivant dans sa totalit, mme s'il affecte d'tre troubl par les souffrances de formes de vies plus proche de lui. <p class=barjavel> La sensibilit fminine s'meut facilement  l'image de l'agneau gorg - ce qui n'empche pas d'ailleurs le gigot - mais la plus tendre ingnue restera indiffrente devant l'oeuf qu'on casse pour le jeter dans l'huile bouillante, ou le grain de bl que la meule broie. Ce sont des formes de vie trop infrieures pour qu'elle puisse s'mouvoir de leur destruction. <p> Cela est donc d  une supriorit trop grande de l'tre humain sur d'autres formes de vie infrieures comme le vgtal. Un sectarisme que l'auteur ne reprend pas  son compte. Et si cela devait sembler drisoire, Barjavel s'empresse de donner le ton suffisant  se dfaire du ridicule et se parer de la gravit de circonstance lorsque l'on ralise que le mot souffrance s'applique pleinement  ces vivants dont le sort nous est compltement indiffrent.  propos du poisson, dont la quantit dans les mers et les ocans rend plus dramatique encore les souffrances endures par son espce, Barjavel suggre <p class=barjavel> Faites un effort d'imagination. Essayer de sentir que vous tes  sa place... Vous voil coinc vivant dans une tripe froide d'o suintent des acides. Leur atroce brlure vous mord d'abord les muqueuses&nbsp;: les yeux, la bouche, l'anus, le sexe, le systme respiratoire. Non, vous ne mourrez pas si vite, ce serait trop doux, vous serez digr vivant par toute la surface de votre peau. Vous ne pouvez pas crier, vous tes muet, vous n'avez rien  dire... <p> Exercice plus difficile encore--mais si a n'tait qu'un exercice&nbsp;!--Barjavel propose ensuite au lecteur incrdule de faire l'effort de considrer le vivant en son entier et jusqu' la plus insignifiante de ses composantes, de ne rien mettre de ct. Il considre alors le vgtal, et nous parle ainsi du carr de salades du jardin&nbsp;: <p class=barjavel> coutez-les vivre. Retenez votre respiration. Les feuilles s'tirent, se dfroissent dans la fracheur qui s'accentue. Oui, vous les entendez vivre, vous sentez leur odeur vivante. Ce sont des tres vivants... Asseyez-vous au milieu d'elles,  mme la terre, qui sous vos paumes est curieusement tide alors que l'air qui coule du cerisier sur vos paules est de plus en plus frais. Ne bougez plus, respirez moins. Lentement, encore plus lentement. Paisible. Passif. Essayez de vous sentir salade... <p>  qui la souffrance n'est pas plus pargne... <p class=barjavel> Vous ne vous tes jamais demand ce que pouvait prouver la feuille de salade tranche  vif, arrose de sel et de vinaigre, broye par vos dents solides... <p> Les exemples ni l'imagination ne manquent  un auteur qui ne cherche pas  se prmunir de l'excs. Plus tard, sur des exemples plus palpables, c'est le livre qu'il voque, survivant constamment dans la peur, parcourant une vie dans la terreur et l'effroi, jusqu' l'issue fatale o le prdateur se montre le plus fort. Ailleurs, c'est l'homme, enfin, qu'il considre, ravag par la maladie, dvor par une invasion microbienne. Et toutes ces victimes--le lecteur choisira jusqu'o il accepte de le suivre--dans leur adversit et leur souffrance commune, lui inspirent l'existence d'une sombre ralit qui tirerait parti du vivant, sans gard pour lui.  Il n'oppose pas la proie  son prdateur, qui sont les acteurs bien misrables d'une mise en scne horrible. Il souponne alors un metteur en scne sadique. Des observations sur les gamtes reproductrices lui font penser  une Vie hors de la vie, ou une Vie dans la vie, une Vie unique et globale dont le support serait les petites vies individuelles et tortures dont elle se servirait. Il appuie son hypothse sur la division cellulaire  l'aube de la cration d'un individu&nbsp;: <p class=barjavel> Ds le dbut de cette division, la cellule met de ct une partie d'elle-mme. Le reste va former l'individu tout entier.  L'infime partie mise  part ds le dbut constituera les nouvelles cellules reproductrices qui,  travers ce nouvel individu, se projetteront en avant pour former de nouvelles cellules reproductrices  travers de nouveaux individus.<br>Si l'on dtruit cette infime parcelle ds qu'elle a t spare du reste de l'oeuf, celui-ci continue  se diviser et fabrique un individu normal, complet, possdant mme des glandes gnitales, mles ou femelles. Mais ces glandes ne fabriqueront ni ovule ni spermatozode&nbsp;: elles ne contiennent aucun germe reproducteur. L'individu fabriqu a reu l'hrdit de l'espce et celle de ses parents, il a reu sa portion de vie individuelle, mais il n'a pas reu la vie de l'espce et ne pourra pas la transmettre. Le courrier court, mais sa sacoche est vide...<br>Il semble donc qu'il y ait dans la cellule reproductrice une part qui ne se mlange pas  l'individu qu'elle fabrique.<br>Une cellule reproductrice fconde fabrique, d'une part, de nouvelles cellules reproductrices, d'autre part, l'individu charg de les porter et de les transmettre au suivant. Les cellules reproductrices semblent se transmettre, de gnration en gnration, une substance porteuse de vie absolument indpendante, ininterrompue  travers le temps et multiplie dans l'espace vivant. Pour assurer cette tche, elles parasitent et occupent en matres chacun des individus porteurs qu'elles ont fabriqu tout le long du temps. <p> Utilisant des expressions telles que &nbsp;indpendantes&nbsp; ou &nbsp;ininterrompue  travers le temps&nbsp;, il confre une identit et donne une existence  un concept qui par ailleurs apparat comme profiteur, qu'il n'hsite pas  qualifier de &nbsp;parasite&nbsp;. Pour autant, c'est cette Vie qui &nbsp;fabrique&nbsp; l'individu. Qu'est-ce donc qui est parasit&nbsp;? L'existence individuelle, qui en la personne de l'homme a une conscience meurtrie et angoisse, et qui, en l'animal, ne vit que pour souffrir. En ce qui concerne l'homme, le vol est manifeste. Il est plac dans &nbsp;son&nbsp; corps o il ne jouit que du contrle de sa conscience et de son intelligence. <p class=barjavel> L'homme est comme log en lui-mme  la faon d'un passager incomptent. Il ignore tout de la conduite d'un organisme qui ne dpend pas de lui, et qu'il est tout juste capable de dtraquer par son comportement. <p> Et l'individualit qu'<i>on</i> lui a concd est bafoue et dnie par ailleurs. Elle est inutile et inutilise en chacun de ses individus. La multitude dans l'espace et la finitude dans le temps sont le point fort pour qui exploite l'homme&nbsp;: <p class=barjavel> Aucun d'eux n'a le temps de comprendre ni la tentation de renoncer. Et mme si l'un d'eux comprend et renonce, ou renonce parce qu'il n'a pas compris, la multitude autour de lui, avant lui, et aprs lui, continue. <p> Pourquoi ainsi se jouer des individus&nbsp;? Barjavel esquisse une rponse, mais qui, au fond, est sans grande importance. <p class=barjavel>  Le but est si lointain, si improbable, que si la matire vivante ne  constituait qu'un seul tre dont la vie n'aurait pas de limite  temporelle, il est probable que cet tre parviendrait  la lassitude  et trouverait le moyen de renoncer  vivre, toute la Vie disparaissant  alors avec lui. <p> Ce qui l'obsde vritablement, c'est cette possibilit d'un esclavage en masse du vivant, par une ralit dans le secret des lois de l'univers, qui a un but, et qu'aucune basse oeuvre ne rebutera. <p class=barjavel> Ce vivant unique et multiple, rparti  travers tous les tres vivants, est-il le vritable possesseur de l'intelligence, de la connaissance et de la conscience&nbsp;?<br>Il est certain que&nbsp;:<br> c'est lui qui fabrique l'homme l'agneau et la laitue et pas nous;<br> c'est lui qui a construit et mis en place chaque organe de notre corps, et pas nous;<br> c'est lui qui fait battre notre coeur, et pas nous;<br> c'est lui qui continuera et c'est nous qui allons mourir. <p> La Vie. La vie magique et prodigieuse, la vie merveilleuse. Serait elle notre ennemi,  <i>nous</i>, le vivant&nbsp;? Il est certain qu'elle est sans gard avec cela qu'elle anime, et qu'une rponse adapte est lgitime. Il ne s'agit pas, pour autant, de renier ou combattre ce qui est au centre mme de toute existence. Mais il n'est pas plus question pour l'auteur d'accepter cette boucherie. Il faut en prendre conscience et ragir d'une faon adapte, sans fanatisme ou sursaut de folie. Avec intelligence. La Vie--qu'il appelle encore en qute d'une dnomination adapte, la loi, ou qu'il restreint parfois aux diffrentes espces--a en effet certainement le droit de disposer des individus qu'elle cre afin d'atteindre ces fins qu'elle recherche peut-tre. Elle peut, si les dinosaures ne lui semblent pas &nbsp;adapts&nbsp;, les faire tous prir, et les remplacer par le singe. Elle peut aussi, si l'homme n'est qu'une tape, passer  la suite. Mais l'homme peut tout aussi bien, lui, dcider qu'il voudrait tirer les bnfices de son introduction dans le grand plan gnral, et y demeurer. <p class=barjavel> Ni la loi ni l'espce ne se soucient des individus.<br> Mais ce sont les individus qui vont griller.<br> C'est donc aux individus  se dfendre contre l'espce et contre la loi. Il ne s'agit pas pour eux de se rvolter, ce qui serait une absurdit. On ne se rvolte pas contre des lois naturelles. On ne se rvolte pas, par exemple, contre la gravit.<br> <i>On la domine en lui obissant</i>.<br> Et cela permet  l'homme de se dresser, de se tenir en quilibre, de marcher, et de s'inventer des ailes.<br> <p> La vie, c'est enfin l'irrfutable.  La pense, l'honneur, la justice, l'humanit, la foi..., tout cela sont des notions bien abstraites. Cogito Ergo Sum, disait Descartes, qui prouva en mme temps que son existence celle de Dieu, et donc ne prouva rien du tout. La vie elle, n'a pas  tre montre ou dmontre. La vie est plus certaine que la conscience ou l'existence.  Elle est mme la seule chose dont on puisse tre absolument, rsolument convaincu. Mme la matire, nous apprend la science moderne, ne serait qu'illusion, probabilits, tourbillons d'ondes dans un marasme quantique. La vie est. Sans artifice. Sans illusion. Mais nous ne savons pas pourquoi, ni pour quoi, ou pour qui. Nous savons  peine comment, et difficilement quoi en faire. <p> De nombreuses analyses de l'oeuvre de l'auteur semblent s'obnubiler  sur cette observation que Barjavel plaait la vie comme bien plus certaine que d'autres notions par ailleurs propres  l'homme. C'est, je crois, une erreur. Non d'attribution, mais d'importance. C'est une vrit, mais qui est aussi un dtail. C'est une question plutt philosophique, qui explique aussi l'importance que lui portent les critiques. Barjavel s'opposant avec cette affirmation  des minents penseurs comme Sartre, c'est naturellement un point qu'il leur semble vital de relever. Mais pour Barjavel  qui la philosophie tait en soi sans grande importance, c'est l souligner un aspect bien drisoire de sa pense. D'ailleurs, c'est une affirmation qui ne soulve aucune question. Les grands thmes  caractre mtaphysique de Barjavel sont ceux qui n'ont pas de rponse. <h2><center> <a name=sexualite>~ <a href="#thematique">THMATIQUE</a> ~<br> La Sexualit</center></h2></font>  <img src="../pics/tigre/nu2.gif" align=left alt="Il suffit d'un sein qui pointe, d'un oeil au regard las, d'une jambe, d'une chevelure, d'une voix, et qu'il soit savant atomiste ou dbardeur, voil l'homme qui se prcipite"> <p> Il y a mille aspects qui trahissent ce joug du vivant sur les  individus, mille instincts, mille passions. L'un d'eux, le plus  agu dans son intensit, le plus froce dans son emprise sur les  tres, c'est leur sexualit.  <p>  Avec la sexualit, chez l'homme, il y a toujours la tentation de  prtexter l'amour, de clamer son libre-arbitre et d'assurer que tout  est voulu, contrl, compris et matris. Les sentiments en sont le  premier garant. La joie vritable et partage, les liens qui se  crent entre deux tres qui se surprennent  parler de toujours et de  jamais,  promettre, s'engager, s'enflammer,  prendre conscience de  leur existence et de leur rle sur terre, pour l'autre, pour elle,  pour lui, baigns de cet clat resplendissant, renaissant avec ce  jour nouveau qui illumine les cieux lorsque tout est noir et gris  pour les autres, cette grce divine, cette harmonie du monde, cette  symphonie des sens et des penses, qui font du silence une mlodie  d'or et de lumire, de la nuit un repre sacr et secret, du jour la  gloire et la vrit, tout cela n'a sans aucun doute aucun rapport  avec ce bas instinct animal de reproduction, qui pousse les chiens   se dvorer pour s'offrir les faveurs d'une femelle en chaleur. Il y a  l, dans tous ces trsors, dans toutes ces merveilles que rien sur  terre ne surpasse en intensit et en qualit, une spcificit propre   l'homme, une jouissance qui treint son intelligence autant que son  corps, quelque chose que seul l'tre  l'image de Dieu peut prouver.  Barjavel n'a pas d'images assez fortes pour clbrer cette joie de  l'amour.  <p class=barjavel>  Joie de se planter dans l'intime profondeur du tide tendre corps et  d'y remuer l'univers, joie de recevoir dans son doux ventre ouvert la  bielle d'huile et de bronze et de soie, joie de mourir ensemble dans  un fleuve d'or. Un couple accord,  ce moment est une goutte de  Dieu.  <p>  Mais s'il est bien difficile de l'admettre et de le reconnatre, il  ne fait aucun doute que ce sont bien l les illustrations  admirablement maquilles d'une contrainte, aussi merveilleuse, aussi  dlectable soit-elle. Elle inspire les hommes dans leur gnie ou leur  folie, elle est le coeur de la littrature et des arts, mais elle  est, avant tout, la survie de l'espce, la prparation du futur o  les pms d'aujourd'hui seront morts et oublis. Au sujet de ces  magnificences du sentiment amoureux, Barjavel avertit&nbsp;:  <p class=barjavel>  Ce sont les lments du pige, sa sduction, son leurre. S'il n'y  avait pas cette merveilleuse fivre des prliminaires, et cette joie  incomparable de l'accomplissement, quelle chance resterait-il pour  qu'un homme et une femme allassent  la rencontre l'un de l'autre   seule fin d'accomplir un acte qui, si l'on parvient, avec une trs  grande difficult,  le considrer objectivement, apparat, somme  toute, saugrenu&nbsp;?  <p>  <table align=right><tr><td><img src="../pics/tigre/tremois3.gif" hspace=6></td></tr><tr><td><center><font size=-1>Lithographie au trait de Pierre Yves TRMOIS  "Couple  l'ADN"</font></center></td></tr></table>  <p>  Mais Barjavel est un auteur qui sait jouer du romantisme de ses  romans, et qui veut croire en un Amour qui ne se rduit pas  un  ordre command qu'excutent des lgions de nafs reproducteurs  faisant de leurs bats le salut et l'honneur de l'identit humaine.  L'homme doit prendre conscience de son tat, et le dominer pour en  profiter, sans jamais s'essayer  le combattre dans une vaine lutte  sans signification ni aucune chance de succs. Sur ce point prcis,  et le seul de l'essai, sa thmatique est aboutie et n'voluera plus  dans les autres romans. Tout juste s'illustrera-t-elle avec une  clart accrue,  son apoge dans le Prince bless, ou avec plus de  subtilit, comme dans la Nuit des temps avec l'abngation de  Simon. C'est cette prcocit de la maturit de ce thme qui fait que  l'amour parcoure l'oeuvre de l'auteur, depuis l'amour salutaire de  Hono et Irne dans Le Diable l'emporte jusqu' celui de Judith et  Olof, ce couple qui se trouve  la fin du dernier roman de l'auteur,  la Tempte. Sur l'attitude  adopter face  l'adversit de  l'existence, il sera dans la premire partie de sa carrire beaucoup  plus indcis, proposant des solutions qui frlent parfois le  drapage. Ici, pour autant, l'auteur ne s'appesantit pas sur cette  seule boue qui fait surface dans un ocan de questions sans  rponse.  Il souligne, rapidement, que l'Amour est un acte dlibr  de l'intelligence, qu'il demande avant tout de la tolrance et  l'effort bien difficile de se dbarrasser de tout gosme. Il est  facile de faire la diffrence entre cet lan de l'me et du coeur,  qui n'a pour but que de satisfaire l'tre aim, des artifices dont  l'espce use pour parvenir  ses fins. Il suffit de laisser agir le  temps. Et de s'observer dans la jalousie, l'gosme, l'intolrance.  Car si ce que l'on croit de l'amour n'est qu'une contrainte imprime  par l'espce, elle a, lorsque le mcanisme s'enraye, ses aspects  sombres, ceux-l qui semblaient impossibles et trangers aux amoureux  dclars.  <p class=barjavel>  L'amour c'est l'oubli de soi.<br> Au contraire, ce qui pousse une  fille vers un garon, un garon vers une fille, c'est le besoin de  satisfaire le besoin le plus personnel. Lorsque cet apptit est  rciproque, il donne naissance, chez l'un et l'autre partenaire,  un  tat nerveux particulier qui leur fait prouver un intense bien-tre   se retrouver,  rester ensemble,  se parler,  se regarder,   penser l'un  l'autre, sans mme alla jusqu' l'accomplissement de  l'acte sexuel. Ou mme aprs. C'est ce que nous nommons le  bonheur. Mais que l'un des deux veuille rompre cette harmonie,  s'vader de cette intimit, l'autre alors, dfendant son propre  bonheur sans aucun souci de celui de son partenaire, devient  semblable au lion  qui on voudrait arracher sa part de gazelle. Sa  frocit peut alla jusqu'au meurtre. Le ressort d'un tel comportement  est un gosme sauvage. C'est le contraire mme de l'amour.<br>  L'amour  c'est l'oubli de soi.<p> <h2><center><a name=mort> ~ <a href="#thematique">THMATIQUE</a> ~<br><br> La Mort</center></h2></font><p> Avec ce thme de la mort et ses ramifications, Barjavel innove, et il entrane son lecteur dans des hypothses et des conclusions stupfiantes et terrifiantes. Tout le monde sait, ou l'apprend  ses dpends, que l'amour n'est indicible et somptueux que le temps ncessaire aux amants de s'accoupler. Aprs quoi, le temps suspendu reprend sa route, la routine s'installe, les promesses d'hier semblent bien abstraites, tout semble se passer ailleurs. L'amour, la vie, sont commands par l'espce, qui, d'une certaine faon, par l'instinct, le dsir, a le pouvoir d'influer sur les actes des individus. Barjavel affirme qu'il en est de mme pour la mort. L'espce a les moyens de provoquer la mort de ses entits vivantes si des raisons, d'efficience ou de dmographie, la rende ncessaire. Pour la majorit du monde vivant, la rgulation est assure par l'quilibre des espces et de leurs prdateurs. L'homme qui a trs vite appris  se dfendre des fauves sauvages de son environnement, jusqu' les liminer, a russi  force de recherche   se prmunir galement de ses prdateurs microscopiques&nbsp;: les microbes. Ainsi, plus aucune influence extrieure ne met sa vie en danger ni ne la rgule d'aucune faon. C'est donc ailleurs que se dveloppe alors le mal qui dispose de la vie de l'tre humain&nbsp;: en lui mme. <p class=barjavel> Boulevers par les vaccins, les srums, les piqres, les rayons, les pilules, les cachets, les sirops, les comprims, les gouttes, les excitants, les calmants, les fortifiants, les antitoxiques, les antibiotiques, les analgsiques, les hormones de jument, les extraits de verrat, son organisme nettoy, rcur, lav, expurg, dfendu malgr lui, abandonna la discipline qui le mobilisait contre les agresseurs et laissa l'anarchie s'installa parmi les cellules&nbsp;: le cancer surgit o fuyait le microbe. <p> Mais l'auteur ne s'arrte pas l, ses spculations sont aussi incroyables que plausibles. Si le cancer ne suffit pas--et peut-tre mme la mdecine le vaincra-t'elle un jour--une alternative plus efficace peut entraner la mort rapide et en grand nombre de vie humaines. La Guerre. La guerre est, pour l'auteur, un processus de rgulation intgr  l'espce humaine et qui remplace le vide que l'homme a fait autour de lui parmi ses ennemis extrieurs. <p class=barjavel> La guerre est un phnomne de compensation intgr au processus vital de l'espce humaine par une loi ou - c'est la mme chose - une volont d'quilibre, pour corriger l'inefficacit d'agression des autres espces. <p> Il nat en effet en temps de guerre un sentiment de destruction, un dsir de tuer, des pulsions de meurtres  l'image des inclinaisons sexuelles&nbsp;: incontrlables et inexpliques autrement. <p class=barjavel> Pour obliger les hommes  aller se faire tuer, l'espce a mis au point, sous des formes sociales, des moyens de contrainte auxquels il ne peut pas rsister. Propagande d'abord, qui lui fera remplacer la peur de sa propre mort par l'ardent dsir de provoquer celle de son semblable. Puis lorsque la ralit le frappe et efface la propagande, l'impossibilit de s'chapper du mcanisme  tuer et  mourir dont il est une pice  la fois active et passive. <p> Encore une fois, il s'agit d'un subterfuge, d'un abus de l'individu par des sentiments qui le dpassent et le contrlent, et en profitent. Seulement cette fois-ci, le concern n'en tire aucun bnfice. La supercherie en est d'autant plus insupportable. <p class=barjavel> L'homme croit mourir pour dfendre sa terre, sa femme, sa libert, ses ides, alors qu'il meurt simplement parce qu'il est de trop. <p> Pour supporter ses allgations, l'auteur numre des comparaisons difiantes avec le cas des lemmings et des bobacs, ces petits rongeurs d'Asie dont on a observ, en parallle de l'extinction de leur prdateurs naturels, un comportement pour le moins singulier. Les animaux traversent tout un continent, franchissent mme des fleuves  la nage, pour aller se noyer dans l'ocan. Ce comportement suicidaire et massif pour rguler leur dmographie inspire  l'auteur le sentiment qu'il en est de mme avec les guerres, qui, de tribu, de religion, de classes sociales, idologiques, conomiques ou territoriales n'ont que ceci de commun&nbsp;: elles sont meurtrires. Les raisons pour se battre importent peu. Seul le rsultat en est une constante rvlatrice. Et plus la population totale de la Terre est leve, plus les vritables guerres --pas les conflits o l'un des belligrants est nettement suprieur  l'autre-- sont meurtrires. L'auteur a vu franchir, avec inquitude, une tape dans le domaine militaire. Celui de l'arme totale. Cette arme capable de dtruire l'intgralit du vivant. L'arme atomique. Cette arme, ce concept de guerre totale, parcourt son oeuvre. Plus qu'une arme un peu plus puissante qu'une autre, il y voit en effet l'issue fatale et commande, la voie vers l'extinction du vivant tortur, au rgne duquel l'homme doit mettre un point final. <p class=barjavel> S'il n'y a pas d'autre explication, s'il n'y a pas de cl pour ouvrir ce cercle d'absurdits, s'il n'y a aucune raison  cette prodigieuse, inimaginable pyramide d'horreur au sommet de laquelle l'homme est empal, alors [...] l'avnement des armes totales est logique. Elles arrivent  la pointe de l'intelligence de l'homme qui est la pointe de la vie terrestre. Elles sont les fruits convenables de cet arbre miraculeux et absurde dont la sve est le sang rpandu. <p> L'aspiration  son utilisation semble aussi inluctable que l'entrain amoureux, qu'il soit accompagn d'une volont bien consentie ou combattue avec force et volont. L'arme atomique, elle, est de ces appels auxquels tout nous appelle  rsister, la conscience, l'intelligence, la raison, et malgr tout, vers laquelle on se voit irrmdiablement attir, comme aspir. <p class=barjavel> L'humanit tout entire en est terrifie. Ceux-l mmes qui l'ont conue et fabrique en ont horreur, comme une femme en train d'accoucher qui verrait surgir de son sexe la tte d'un rat. Ils n'en continuent pas moins, en la maudissant, de travailler  la rendre de plus en plus meurtrire. Pas un chef de nation ne dsire l'utiliser, et pourtant ceux qui en ont dj en fabriquent d'autres et les entassent en quantits superflues, et ceux qui n'en ont pas encore se htent de faire ce qu'il faut pour en avoir. <p> L'homme et son intelligence seraient donc prvus en amont de la cration telle que nous la connaissons. Ou bien celle-ci prendra une direction qui la librera du meurtre continu dont elle se nourrit, ou bien l'homme sera appel  y mettre fin dans une gerbe atomique.  Barjavel voque l'image d'une machine que les ingnieurs font tourner au maximum de ses possibilits. Si  plein rgime, dit-il, les rsultats ne sont pas concluants, la machine est abandonne et dtruite. Aucune alternative n'est satisfaisante cependant. Dans un cas, l'extermination de tout le vivant, dans l'autre, l'auteur imagine que l'homme seul survivra et que le reste du rgne vivant sera libr de ses souffrances par sa disparition&nbsp;! C'est un des points flagrants de l'essai o l'auteur s'arrte sur des considrations par trop abruptes, et qu'il lui faudra complter par la suite.  <h2><center> <a name=religion>~ <a href="#thematique">THMATIQUE</a> ~<br>La Religion </center></h2></font><p> Une des constantes de l'essai, et plus gnralement, l'une des prconisations phare de l'auteur, est la responsabilisation de l'tre humain. Celui-ci ne doit plus de faon goste chercher  satisfaire ses petits interts, mais prendre conscience de sa position dans l'univers, comprendre quel rle il doit y jouer, si rle il y a. Ce que l'on est, jusqu' preuve du contraire, en droit d'esprer. <p class=barjavel> Si vous ne sentez pas ce que je veux dire ce livre est inutile. Et vous aussi. Et moi de mme. Ce qui est peut-tre la vrit que nous cherchons. Mais nous avons bien le droit d'en esprer une autre. <p> Cette prise de conscience et cette connaissance sont vitales. D'abord pour savoir o nous en sommes, <p class=barjavel> Savoir si cette expansion de la vie telle que nous la vivons et voyons autour de nous sur ce grain de poussire, si cette invasion des plantes, qui va commencer demain, puis celle de l'Univers qui suivra peu aprs, si cette diffusion, cette propagation universelle d'un phnomne jusqu'alors peut-tre unique et localis, qui a pour effet de transformer la matire inerte en matire sensible, est de nature  nous emplir d'enthousiasme ou d'horreur. <p> Ensuite, pour ragir efficacement face  des forces encore inconnues et mystrieuses, qui font de chacun de nous ce que bon leur semble. Le bnficiaire de cette connaissance, ce doit tre l'homme, mais non l'homme archtype, l'homme-humanit, non l'espce, qui parcourt seule et selon toute vidence admirablement son propre chemin. Mais l'homme individu, celui qui a un prnom, des amis, un amour vridique ou confortable, des peurs et des questions, des affirmations et des croyances. En bref, une identit. C'est lui qu'il faut prmunir, aider, surveiller. Il est si fragile. Et cette connaissance, que les hommes d'une gnration doivent mettre au service des individus de chacune de leur socit et la transmettre  ceux des gnrations futures, cette connaissance est spirituelle. C'est la connaissance qui assure la connexion entre l'homme et l'univers qui l'entoure, qui lui explique pourquoi il est prsent l o il est et comment il doit d'y comporter. Cette connaissance spirituelle, c'est celle que doivent transmettre les religions. C'est ce qu'elles manquent  faire le plus misrablement. <p class=barjavel> Le rle de toute religion est de faire comprendre  l'homme ce qu'est la cration, quelle place il y occupe et quel rle il y joue. Et jamais, jamais, jamais, de lui dire&nbsp;: &nbsp;Ne cherchez pas  comprendre.&nbsp; <p> La connaissance est au coeur des requtes que Barjavel adresse aux religions. Il refuse la foi, il refuse les histoires, le folklore. Il veut <i>comprendre</i>. Savoir et comprendre. Avant tout, savoir qui est l'auteur, le crateur. Qui anime le vivant&nbsp;? Qui le faonne d'une telle main magistrale&nbsp;? Qui le condamne  une mort si atroce&nbsp;? Ce &nbsp;<i>Qui</i>&nbsp;, serait-ce Dieu&nbsp;? Dieu n'est qu'un mot, dont l'emploi exige d'abord de prendre position. Pour ou contre. <p class=barjavel> Comment puis-je me permettre d'crire ce nom, moi qui ne suis ni &nbsp;croyant&nbsp; ni &nbsp;anti&nbsp;&nbsp;? Seulement l'homme qui cherche  comprendre... <p> Le long apprentissage par nos civilisations des automatismes religieux rend prilleuse la qute de l'assoiff de vrit, qui risquera  tout moment de s'garer dans les clichs, les prjugs, les images toutes faites. Barjavel voudrait utiliser le mot Dieu pour dsigner ce crateur sublime et cruel. Mais ce mot parasite les notions pures qu'il essaye de dgager. <p class=barjavel> Chaque fois que nous le rencontrons, il provoque dans notre esprit un rflexe immdiat d'adoration ou de haine, d'humilit ou de ricanement, ou de pseudo-indiffrence qui est peut-tre l'attitude la plus ngative et la plus inhibitrice de toute libert de jugement. Ce rflexe, pour ou contre, bloque immdiatement tout le mouvement de la raison. <p> Tant pis pour les mots, Barjavel utilisera ce mot Dieu quand mme. Et pour en savoir plus  son sujet, s'adresse au prtre. Ce qu'il a  lui dire le rvolte. Son humour acerbe n'est pas de trop pour essayer de le consoler des images d'pinal avec lesquelles on voudrait le satisfaire. <p class=barjavel> Le pasteur, lui, propose  ses fidles un Dieu qui les dpasse  peine, avec lequel ils peuvent s'expliquer d'homme  homme, et qui comprend trs bien les bonnes raisons qu'ils ont de nuire vertueusement  leur prochain. Le Dieu des protestants, c'est le Fils plutt que le Pre, c'est Jsus l'Homme-Dieu, beaucoup plus homme que dieu, srieux, grave, comprhensif. Il a pour chacun la complaisance que chacun a pour soi-mme. Il n'est svre que pour le voisin.<br> Celui des catholiques, c'est le bon Dieu, le grand-pre un peu gteux qui distribue  ses petits-enfants des sucettes ou des rprimandes&nbsp;: &nbsp;Tu vas voir ce qui va t'arriver si tu n'es pas sage.&nbsp; Mais quand nous serons morts, il nous pardonnera toutes nos sottises et nous accueillera dans sa maison de campagne. <p> Mais l'indignation revient vite le submerger. <p class=barjavel> Voil, voil ce qu'offre aujourd'hui la religion chrtienne  ses fidles.  Voil la purile rponse propose  notre angoisse,  notre besoin de savoir. <p> Le rle de la religion est donc, non seulement d'administrer les rgles sociales qui cimentent une socit, mais aussi d'apporter  quiconque en exprime le souhait une connaissance plus appuye des vrits spirituelles, hlas dsormais perdues. Barjavel image ce rle que ne satisfait aucune religion avec les mathmatiques. Tout le monde, dit-il, utilise le calcul  hauteur de ses besoins journaliers plus ou moins demandant.  celui qui veut en savoir plus, il n'est fait aucun mystre des vrits mathmatiques les plus pointues et les plus avances. La connaissance spirituelle, philosophique, la connaissance du pourquoi devrait satisfaire aux mmes prrogatives. Les spcialistes en la matire devraient tenter d'apporter les rponses  celui qui leur adresse ces questions. <p class=barjavel> Le rle du prtre est de prendre le fidle par la main et de le conduire, par le chemin du rite, vers la vrit. <p>  Il constate avec amertume que cette connaissance est perdue, que ceux  qui se devraient de l'affter, la perptrer, l'enseigner, n'en savent  non seulement plus le moindre fragment, mais prodiguent en amer  remplacement des fables plus ou moins ridicules qui dcrdibilisent  les valeurs religieuses. Il est important de noter que Barjavel n'est  pas athiste, malgr sa condamnation ferme des religions et de leurs  pratiques. Il n'affirme pas que ses buts sont ineptes, mais  trahis. Il parle constamment de connaissance perdue. Il croit que  l'homme, un jour, tait dans la confession des desseins de  l'univers. Cel nous ramne  quelques intuitions qui font clat dans  d'autres romans, comme la Nuit des temps, o il n'a de cesse de  mettre en avant l'ide d'une socit  la fois beaucoup plus volue  et de beaucoup antrieure  la ntre. Un rapprochement intressant  est  faire avec Newton, le pre de la gravitation universelle, qui  tait lui aussi convaincu que la Bible avait t corrompue et que  parmi des vrits parses s'tait introduit le verbiage et les  distortions smantiques de l'glise.  Barjavel, un peu  la faon de  l'illustre savant, fait ainsi l'exgse de certains passages  bibliques, avec des observations particulirement frappantes. Il  passe au crible l'pisode de Babel, ou de l'ascension du Sina par  Mose, dans des passages qui sont les plus intressants du  livre. Ailleurs, il s'intresse encore  un dtail de la Gense, la  cte manquante de l'homme, que Dieu a prelev en son sein pour y  sculpter la femme. Sa lecture de la Bible vise  dgager un sens  nouveau, dgag du symbolisme seul qui le rendait accessible au plus  grand nombre, mais qui nous en soustrait le vritable sens  aujourd'hui. Il pense ainsi que, peut-tre, la cte est un symbole  dont la lecture scientifique est le chromosome. Suivons-le en un  court extrait dans sa lecture moderne de ce passage des plus rputs  de l'Ancien Testament&nbsp;: <p class=citation>  Gense, 2:21-22&nbsp;: &nbsp; Alors Yahv Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui  s'endormit. Il prit une de ses ctes et referma la chair  sa  place. Puis, de la cte qu'il avait tire de l'homme, Yahv Dieu  faonna une femme...&nbsp; <p class=barjavel> Ce qui est plus surprenant, c'est cet homme  qui il manque dsormais une cte. Comme il s'agit de la conformation de l'homme par excellence, de l'homme type, tous ses descendants mles devraient avoir une cte en moins. Nous savons qu'il n'en est rien.<br> Mais la science a dcouvert, il n'y a pas trs longtemps, que les hommes ont effectivement <i>quelque chose de moins que les femmes.</i> <table width=200 cellpadding="10" align=right> <tr><td> <img src="../pics/tigre/chrom-femme.jpg" border=1 hspace=4 alt="cariotype d'un individu de sexe fminin"></td></tr><tr><td><img src="../pics/tigre/chrom-homme.jpg" border=1 alt="cariotype d'un individu de sexe masculin"></td></tr> <tr><td><font size=2><center>Cariotype d'une femme (haut) et d'un homme (bas).</center> <p>En bas  droite du cariotype masculin, le chromosome XY comme mutil, telle la<i> cte</i> manquante de la Gense</font></td></tr></table>  <p class=barjavel> Quiconque a eu sous les yeux la microphotographie d'une cellule en train de se diviser a t frapp par l'alignement, dans le noyau, des chromosomes ddoubls. De chaque ct de la ligne de partage de la cellule, les chromosomes symtriques se font face, comme les ctes de part et d'autre de la colonne vertbrale. Comptons ces chromosomes. Chez la femme, il y en a 23 paires. Chez l'homme, combien&nbsp;? 22 paires compltes et une paire incomplte... On a d'abord cru que l'homme n'avait que 45 chromosomes.<br> En regardant mieux, avec des instruments plus puissants, on s'est aperu que le 46e ne manque pas tout  fait&nbsp;: il en reste un morceau, un moignon. Au chromosome complet, les biologistes ont donn le nom de X. Au fragment qui lui fait face le nom de Y. Dans sa double colonne de chromosomes, la femme a donc une paire X X, symtrique et complte, comme les autres paires. A la place de cette paire-l, l'homme n'a qu'une paire boiteuse X Y. <br>On sait que ce sont ces chromosomes qui sont les facteurs de l'hrdit. Ce sont eux qui portent les ordres de la vie, de l'espce, de la race, de la famille, de l'individu. Or, que se passe-t-il dans les glandes sexuelles de l'homme quand une cellule se divise pour donner naissance  deux spermatozodes&nbsp;? Les deux spermatozodes vont se partager toutes les paires de chromosomes, y compris la paire X&nbsp;Y. Un d'eux emportera le chromosome X et l'autre le chromosome Y. <p class=barjavel> Le spermatozode X avec tous ses chromosomes complets, s'il parvient  fconder un ovule, <i>donnera naissance  une fille</i>, dont toutes les cellules auront 23 paires de chromosomes compltes et symtriques.<br> Le spermatozode Y, qui emporte 22 chromosomes complets et un vingt-troisime qui n'est qu'un fragment, <i>engendrera un homme</i>, dont toutes les cellules auront une paire de chromosomes boiteuse et dissymtrique. On est tent d'crire&nbsp;: mutile...<br>[...]&nbsp;C'est le chromosome X, le chromosome complet, qui, <i>sorti de l'homme, donne naissance  la femme</i>. Et c'est ce chromosome X qui manque  l'homme. <p>   Barjavel qui voit dans cette &nbsp;lecture moderne&nbsp; du texte sacr l'indice que toute la Bible doit pouvoir se lire ainsi, restituant des rgles morales, relativement pargnes, des vrits scientifiques, comme ici, ou des vrits spirituelles, totalement perdues. Son imagination lui permet quelques autres parallles intressants avec ce qui est <i>connu</i>. Il voit encore, par exemple, dans le &nbsp;vanit des vanits&nbsp; de l'cclsiaste, autre livre de la Bible, la structure granulaire et en majeure partie vide de la matire, telle que nous l'a rvle la science moderne. Il s'appuie pour cela sur l'tymologie du mot &nbsp;vanit&nbsp;, qui signifie &nbsp;vide&nbsp;. &nbsp;Vide des vides. Tout est vide&nbsp;, aurait alors crit un homme il y a trois mille ans, dans un langage symbolique, mais rendant compte de l'organisation de la matire. Pour ces autres aspects qui ne sont pas connus, pour ces vrits perdues d'ordre spirituel, Barjavel ne peut avoir recours  son imagination. Cette recherche implique la participation de moyens supplmentaires.  <h2><center> <a name=science>~ <a href="#thematique">THMATIQUE</a> ~<br> La Science</center></h2></font><p> C'est  la science qu'choit le rle de retrouver les vrits perdues, d'expliquer pourquoi, pourquoi l'homme, pourquoi la vie, pourquoi le meurtre et l'assassinat. S'il a t trs dur avec la religion, Barjavel n'est pas complaisant non plus avec la science. Il s'indigne de son dsintrt absolu pour le &nbsp;pourquoi&nbsp;, et raille son autosatisfaction qui se glorifie des maigres exploits d'expliquer le &nbsp;comment&nbsp;. L'essentiel et le vritable enjeu est dfinitivement de connatre les raisons, non les moyens. Il caricature ainsi les scientifiques, qui n'ont d'yeux que pour le dtail&nbsp;: <p class=barjavel> Que devient la poigne de terre qui devient herbe, qui devient bifteck, qui devient homme, qui devient esprit&nbsp;?<br> Peu importe, si nous savons combien de feuilles porte la tige de la gramine, si nous connaissons le volume des quatre poches de l'estomac du ruminant si nous pouvons mesurer le temps que met l'influx nerveux pour aller du cerveau  la main de Pascal qui crit les Penses&nbsp;! <p> Il pingle encore les institutions qui se nourrissent des mystres et questions essentielles, pour devenir de lourds difices absurdes o les dtails les plus insignifiants sont passs au crible. Imagineant une reprsentation de l'univers par une usine o l'homme est enferm, il ironise&nbsp;: <p class=barjavel> Dans des coles svres, nous levons des spcialistes qui sont chargs de faire l'inventaire total de l'usine. Chacun dans son domaine, ils comptent les volants, les pistons, les pignons, les boulons, les presses, les tours, les axes, les cylindres, les soupapes, les turbines, mesurent le pas de vis de l'crou qui tient le manche de la balayette, pistent la cblerie, notent des relations constantes de cause  effet dont ils tirent les lois de fonctionnement de la machinerie. <p> Mais c'est que les recherches dans le domaine scientifique ne sont pas aises. Peut-tre la science ne peut-elle procder autrement. <p class=barjavel> Nous ne savons absolument rien de sa nature. Nous l'avons habille d'une carapace de lois et de contraintes, mais  l'intrieur de ce vtement de prisonnier il n'y a rien que nous puissions apprhender, ni avec nos sens ni avec notre esprit. Elle chappe totalement  l'entendement humain. Elle est hors limites. <p> Nanomins, les efforts  faire dans cette direction sont vitaux. Revenant sur le sujet de la guerre, Barjavel explique que l'homme ne pourra s'en prmunir puis s'en dfaire compltement avant d'avoir compris son origine et perc le secret de sa ncessit. Si la science faisait l'effort de s'interroger au sujet de questions plus fondamentales, elle aurait certainement les moyens et les pouvoirs ncessaires pour que la paix s'installe enfin solidement et durablement entre les hommes. <p class=barjavel> Tant qu'on a essay de combattre la peste avec des mots latins, elle a tranquillement dvor l'humanit. <br> Ds qu'on a connu et <i>admis</i> ses causes vritables, on a pu mettre au point des armes contre les microbes et dvelopper contre la maladie un combat efficace parce qu'appropri.<br> Tant qu'on continuera d'ignorer les causes vritables de la guerre, aucun trait, aucune alliance, aucune peur, ne pourront l'empcher d'clater et de brler le monde en totalit ou en partie.<br> <p> Voici donc l'homme, muni de sa science frileuse, plomb de ses croyances mystiques, plong au coeur d'un univers de miracles et d'atrocits, et qui, peut-tre, est appel  l'emplir ou au contraire  jouer le rle de fusible. L'auteur pense que s'il y a un rle   jouer, il s'agira de dlivrer le vivant de ses tourments dans lesquels  l'entranent la ncessit de tuer. Ainsi que le petit-chien domestique qui est combl de jouer avec une balle qu'on lui lance, l o l'instinct primitif de l'espce tait celui du chasseur sanguinaire, l'homme doit, peut-tre, radiquer la souffrance, l'auto-mutilation du vivant, le meurtre et l'assassinat, en lui substituant, partout o coule le sang, le produit de son intelligence. Il rpondrait alors au dsir de souscrire  son rle dans l'univers&nbsp;: celui d'un tre sensible que choquent les mariages sacrilges de l'harmonie et de l'horreur. <p class=barjavel> L'homme se trouve devant deux destins possibles&nbsp;: prir dans son berceau, de sa propre main, de son propre gnie, de sa propre stupidit, ou s'lancer, pour l'ternit du temps, vers l'infini de l'espace, et y rpandre la vie dlivre de la ncessit de l'assassinat.<br> Le choix est pour demain.<br> Il est peut-tre dj fait. <p>  <a name=crit_litt><h1><hr>CRITIQUES PUBLIES LORS DE LA PARUTION DU LIVRE</h1> <ul type="disc" style="text-align:center"> <li><a href="#sommaire">Revenir au sommaire</a> <li><a href="#critiques">Voir la section suivante (critiques de lecteurs)</a> <li><a href="#thematique">Voir la section prcdente (thmatique)</a> </ul> <a name="NL"> <hr width=25%> <p>&laquo;&nbsp;La Faim du tigre&nbsp;&raquo; parut en 1966, et obtint le Prix <i>Lecomte du Nou</i>, cr en mmoire du biologiste humaniste (1883-1947) {&nbsp;<a href="" onMouseOver="window.status='Voir' ;return true" onClick="window.open('pldn.htm','pldc','scrollbars=yes,resizable=yes,status=no,width=520,height=530'); return false" onMouseOut="window.status='' ;return true"> propos du Prix Lecomte du Noy</a>&nbsp;}.<br> Il fit l'objet d'une prsentation dans <i>Les Nouvelles Littraires</i> du 28 juillet 1966, constitu essentiellement d'une interview de l'auteur lui donnant l'occasion d'exprimer l'essentiel des ides principales de l'ouvrage.  {&nbsp;<a href="" onMouseOver="window.status='voir l\'article complet' ; return true" onMouseOut="window.status='' ; return true" onClick='fen1=window.open("nl_280766.html","fen","scrollbars=yes,resizable=yes,status=no,width=595,height=520") ;return false'>voir&nbsp;l'article</a>&nbsp;}. <p><a name=critiques><h1><hr>CRITIQUES DES VISITEURS</h1><ul style="text-align:center"> <li><a href="#sommaire">Revenir au sommaire</a> <li><a href="#copyrights">Voir la section suivante (copyrights)</a> <li><a href="#thematique">Voir la section prcdente (thmatique)</a> </ul> <hr width=25%><center> Faites vous aussi partager par l'intermdiaire du barja<i>web</i> votre opinion et vos analyses de la Faim du tigre. <form> <input type="button" value="Rdiger une critique" onClick='window.open("../critik.html#La Faim du tigre","critik","scrollbars=no,resizable=yes,status=no,width=420,height=420") ;return false'> <input type="hidden" value="La Faim du tigre" name="titre"> </form><center> <p><center><hr width=25%></center> <ul style="text-align:justify; margin-right:10%; margin-left:8%" type="circle"> <li>J'ai dcouvert la Faim du Tigre il y a environ 8 ans, tout  fait par hasard. <br>J'tais dans le mtro parisien, debout parmi la foule, et pour m'occuper j'essayais de lire quelques lignes du livre que lisait une jeune fille assise devant moi. Ces quelques lignes ont suffi pour me convaincre que je devais lire ce livre. Ds que j'ai pu, je me le suis procur, et j'avoue que je n'ai pas t du, bien au contraire. A chaque ligne je retrouvais ce que j'avais en moi depuis des annes, sans avoir su l'exprimer d'une faon aussi remarquable. Depuis je le recommande, et le relis rgulirement avec toujours autant d'enthousiasme. <p class=gml><i>Jean-Claude C., Feyzin (69), le 23 octobre 2002 </i> <!-- 213.44.103.158 -->  <br>&nbsp;<li>Je ne connaissais pas Barjavel il y a encore deux semaines. Un ami me dit alors que je devais absolument lire ce livre. Et il avait raison, c'est certainement le livre le plus intressant et enrichissant qu'il m'aie t donn de lire de toute ma vie. Et c'est galement la raison de ma visite sur votre site. <p class=gml><i>26 novembre 2001</i> </ul><p>&nbsp; <a name=copyrights><h1><hr>COPYRIGHTS</h1></center> <ul>  <li><a href="#sommaire">Revenir au sommaire</a>  <li><a href="#critiques">Voir la section prcdente (critiques des visiteurs)</a> </ul><hr width=40%> <ul  style="text-align:left" type="dot"> <li>Le texte la Faim du tigre est &copy; Denol, 1966. <li>La photo du tigre en tout dbut de page est extraite du livre Brigitte Bardot, Amie des  animaux, dont Barjavel crivit les commentaires (&nbsp;<a href="../../Biblio/bbar.html">voir</a>&nbsp;) <li>L'autographe &nbsp;Je donnerais tous mes autres livres pour celui-ci&nbsp; est &copy;  Denol, 1982. <li>Les schmas de l'oreille externe, moyenne et interne sont prlevs du site opticon, auquel je renvoie les lecteurs dsirant en savoir plus sur l'oreille. Voir [<a href="http://www.prodition.fr">http://www.prodition.fr</a>]. <li>Le nu est une pose du mannequin Flavia Vento. <li>La gravure "Le couple  l'ADN" est &copy; P.Y.Trmois (artiste d'inspiration Barjavlienne ?   qui sait&nbsp;? (ils avaient un ami commun, Louis Pauwels) [&nbsp;<a href="http://www.tremois.com">voir son site</a>&nbsp;]). <li>La photo des trois canaux semi-circulaires, des cils vibratoires et des deux cariotypes  sont d'auteurs inconnus (<a href="mailto:G.M. Loup <gm_loup@egroups.fr>&nbsp;?Subject="Authentification du dtenteur d'un copyright">Me contacter pour identifier le dtenteur d'un copyright</a>). <li>Tout ce qui n'est pas mentionn ci-avant est &copy; G.M. Loup. </ul> <!--ICI SE TERMINE LA PAGE CENTRALE--> <script language="JavaScript">boilerplate("2 novembre 2002","La Faim du tigre")</script> </body> </html> 
