<html>  <head> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <meta name="La Tribune" content="Quotidien National d'Information Algrie, Algeria"> <title>Divers</title> </head>  <body> <div align="left">  <table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="601" style="border-bottom: medium groove">   <tr>     <th width="237" valign="middle">HOMMAGE <br>     A KHEIREDDINE AMEYAR</th>     <th width="352" valign="middle"><img src="../0708/pub-trib1.gif" width="353" height="70"     alt="pub-trib1.gif (76446 octets)"></th>   </tr> </table> </div><div align="left">  <table border="0" cellpadding="0" width="79%" height="537">   <tr>     <td valign="top" width="37%" height="531" bgcolor="#FFFFFF"><br>     <img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am01.htm">Boomerang</a></font><p><img     src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am02.htm">Les charmes indiscrets de la     petite bourgeoisie</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am03.htm">Mphisto</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am04.htm">Accord national rpublicain</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am05.htm">Etat et socit, pour un     contrat</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am06.htm">Dmocratie ? Quelle     dmocratie ?</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am07.htm">Rgles du jeu et parler     vrai</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am08.htm">Bon voyage ! M. Derwall</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am09.htm">Chronique du jeudi</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am10.htm">Deux ou trois choses que je     sais de la politique</a></font></p>     <p><img src="puce.gif" width="8" height="8" alt="puce.gif (125 octets)"><font face="Arial"     size="1"> <a style="text-decoration: none" href="am11.htm">Le chat et le tigre</a></font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><a href="http://www.estat.com/getstats?serial=27707757528"><img     src="http://perso.estat.com/cgi-bin/perso/27707757528?page=divers" border="0"></a></td>     <td valign="top" width="4%" height="531"></td>     <td valign="top" width="65%" height="531"><p align="left"><font face="Arial"><br>     </font><font face="Times New Roman" size="6">Le chat et le tigre</font></p>     <p align="left"><strong><em>Le gnie et la modestie sont quelque part et  un certain     moment la mme chose&#133; </em></strong></p>     <p align="left"><font face="Arial" size="2" color="#800080"><strong>Par <a     style="text-decoration: underline; color: rgb(128,0,128)"     href="mailto:info@latribune-online.com">Khereddine Ameyar</a></strong></font></p>     <p align="left"><font face="Arial" size="2">En regardant, l&#146;autre jour, par hasard,     une mission de tl sur une chane trangre, je suis tomb en arrt devant une     phrase sans doute clbre, mais dont je ne connais pas l&#146;auteur. Prononce en     guise d&#146;pitaphe, elle s&#146;adressait  un cinaste clbre mais nanmoins     mconnu sous nos mridiens. Elle disait en substance ceci : La mort n&#146;a jamais     tu personne : Seul le hasard tue. En vertu de quelle mystrieuse alchimie certains     mots aligns dans un certain ordre finissent-ils par acqurir cette autonomie     conceptuelle si particulire&nbsp;? Quel est le secret qui fait s&#146;agglomrer les     mots pour,  la manire des pyramides gyptiennes, leur confrer un sens et une     cohsion qui tiennent debout dans la nuit des temps, par le seul miracle d&#146;un     chafaudage aussi savant qu&#146;impossible  dmonter ? Si l&#146;architecture     est&nbsp;l&#146;art de ce qui se compromet -qui est en compromis- avec les lois de la     Pesanteur, sans nul doute que le Verbe est la forme la plus aboutie de cette discipline     o 1a Science et l&#146;Art fusionnent pour ne laisser subsister que le Beau. La phrase     qui m&#146;a mis dans tous mes tats n&#146;est pas importante du seul point de vue de sa     signification, mais aussi de sa forme. C&#146;est la sobrit de cette forme qui pose     problme.Comment peut-on dire autant avec si peu ? Cette concision de la forme repose     sans doute sur une exigence de sobrit, laquelle, je suppose, renvoie  une morale de     la modestie. Le tout, concentr en si peu de volume mais qui irradie avec tant     d&#146;intensit, ce doit tre ce que&nbsp;l&#146;on appelle, faute de mieux, le gnie.     La conclusion est que le gnie et la modestie sont quelque part et  un certain moment     forcment la mme chose. On peut accessoirement en conclure aussi, en multipliant par     moins un, que la btise c&#146;est aussi partout et toujours de     l&#146;immodestie.L&#146;immodestie ? C&#146;est sans aucun doute possible la tare la     mieux partage, si j&#146;ose dire, aujourd&#146;hui dans nos contres. Elle est,     d&#146;une certaine manire, la face visible de l&#146;incomptente qui s&#146;tale     partout sous nos yeux, grossire et ostentatoire. Il est d&#146;autant plus facile, en     quelque sorte, de paratre immodeste que l&#146;on est incomptent. La brusque     dcouverte de ces tares rvoltantes n&#146;indique pas que celles-ci soient apparues     d&#146;un coup. Non, cette misre, nous avons mis longtemps  y accder et, elle-mme,     a mis beaucoup de temps avant de nous possder. C&#146;est un peu comme le cafard de     Kafka, la mtamorphose a clat brutalement mais elle n&#146;a t qu&#146;un moment     acclr d&#146;un lent processus, d&#146;une lente et inexorable drive. Cette     drive a abouti  un rsultat trop monstrueux pour que l&#146;on croie vraiment     qu&#146;elle a t un jour programme par quelque docteur Folamour local. Non. Mme     pas, la Rvolution culturelle qu&#146;on nous a destine n&#146;a t le fait que     de quelques nabots de service et c&#146;est paradoxalement l que le bt blesse. Notre     noyade collective dans les sables mouvants de la rgression culturelle est le fait de ces     derniers. Ils ont pu, en vertu des pouvoirs qu&#146;ils se sont confrs, dcider du     sort de tout un peuple, sans lui demander son avis. Ils n&#146;ont mme pas eu besoin     d&#146;un Staline de la culture pour nous appliquer la thrapie de l&#146;impossible :     dgager la quantit afin que cette dernire se transforme dialectiquement en     qualit. Rien moins que cela, l&#146;Algrie devait devenir une lite de masse, ou une     masse d&#146;lites, comme l&#146;on voudra ! une manire de jamahyria de la     connaissance. Pour mettre en pratique cette politique, ces analphabtes ont fait     exactement le contraire de ce qu&#146;il fallait faire pour aboutir, aprs une erreur,      une culture de l&#146;erreur. Ce volontarisme monstrueux, qui ne pouvait cacher les     archasmes et l&#146;inculture absolue de ses auteurs, a servi  rduire trs     fortement la porte des choix du 1er Novembre. Le nationalisme algrien qui a toujours     servi de moteur  notre peuple a t confisqu et en son nom a t accomplie une     &#156;uvre de rgression dont on mesure aujourd&#146;hui les consquences culturelles     mais aussi politiques. En invoquant l&#146;invasion culturelle et la ncessit de     lutter contre elle, on est tomb dans ce qu&#146;un homme politique appelle si justement     le syndrome de la Kahina. Cette grande nationaliste, rappelons-nous, avait tellement     horreur de l&#146;invasion arabe qu&#146;elle a estim que le meilleur moyen de     dgoter ces Arabes de notre pays c&#146;tait encore de le brler ! C&#146;est la     mme logique qui sous-tend le rgime irakien actuel. La lutte contre l&#146;invasion     culturelle s&#146;est traduite par les rsultats dramatiques que tout le monde     connat. Nous sommes sans doute le pays du monde qui, dans sa catgorie de     dveloppement, importe le moins de livres, de revues, de journaux par habitant. Cette vie     en autarcie, interrompue de temps  autre par des forces culturelles appeles     pompeusement foires du livre, nous a fatalement conduits  l&#146;tat dans lequel     nous sommes, condamns par une politique que l&#146;on peut taxer sans problme de     Polpotisme culturel  tre pour longtemps les exclus d&#146;une culture universelle     qui n&#146;a plus droit de cit. Nul n&#146;ignore pourtant qu&#146;il n&#146;y a pas     d&#146;exemple dans l&#146;Histoire -ou mme dans la Mythologie- d&#146;un dveloppement     de la pense humaine hors de la sphre de l&#146;Ecriture. Les plus grandes aventures     des Religions du livre, singulirement la dernire, l&#146;Islam, n&#146;existent que     par et dans ces livres. Seule l&#146;Ecriture permet la recherche et la dcouverte de     l&#146;abstraction, cette capacit dont seul l&#146;homme dispose de lire dans le rel,     de lire le rel pour le restituer ensuite sous forme d&#146;ides elles-mmes     codifies par un ensemble de signes ventuellement capables de reproduire ce rel. Cet     hallucinant aller-retour ne connat qu&#146;un mode de transport : la lecture. Si au     moins nos nabots, imbus d&#146;une supriorit culturelle qui n&#146;existait que dans     leurs pauvres petites ttes, avaient dvelopp une politique de traduction, le mal et     pu tre rduit  des proportions moins dramatiques. Alors que les Magyars traduisent     l&#146;ensemble de la littrature mondiale pour la satisfaction de 10 millions de     Hongrois  peine, notre pays ne sait pas comment accder  la moindre connaissance     autre que celle distille par la Bureaucratie culturelle de l&#146;Etat. Les Hongrois qui     parlent une langue qu&#146;eux seuls pratiquent ont transform cette faiblesse     positionnelle en force dcisionnelle : puisqu&#146;ils taient en quelque sorte     insulariss du fait de leur langue, ils allaient crer une flotte, la traduction,     pour conqurir le Monde de la lecture. Nous qui disposons d&#146;une langue parle par     plus de vingt pays sommes incapables de sombrer dans l&#146;ivresse de la culture de     l&#146;Ecrit. Depuis vingt ans, exit Ricardo, Smith, Kenes et Marx; exit Montesquieu et     Weber; exit Reich, Ferenczi et Freud, et Updike et Mailer, Grass, Nabokov et Atmatov et     Soljenitsyine, Mishima, Bukovski, Cendrars, Miller; and so and so one. Nous restent     quelques contemporains de la mme souche natale ou parentale, algriens ou arabes dont     une infime partie peut prtendre  l&#146;universalit, donc au modle. Encore !     Ceux-l sont l&#146;objet d&#146;insultes ou de menaces, d&#146;agression ou de mort.     Physiquement ou par autodaf. Jamais, rgression ne fut en ralit si prsente mais     si, souvent, elle a emprunt aux pratiques levantines les lgances de tortures     rcites en forme de courtoisie.Nos nabots, certes, furent capables de nous installer     une ligne Attila non pas pour lutter contre une invasion aussi absurde que mythique,     mais plutt pour conforter leur position, laquelle, pour durer, devait faire le vide     autour d&#146;elle. Mais que pouvaient-ils contre l&#146;invasion de la tl, cette     dernire plaie de l&#146;gypte ? Rien.Strictement rien. On peut interdire 4 Sellers     mais on ne peut rien devant Sabatier ou Poivre d&#146;Arvor, encore que ce dernier ne     ddaigne pas  tre considr plutt comme un crivain. Le paradoxe, le crime     paradoxal, est qu&#146;on n&#146;a pu interdire que ce qui pouvait aider notre jeunesse      se forger un jugement. La tlvision occidentale est  la fois et en mme temps le     produit de l&#146;extrme sophistication des connaissances humaines     d&#146;aujourd&#146;hui et l&#146;origine d&#146;une culture de l&#146;extrme     simplification. Sa nature de mdia de masses, par excellence, lui confre la redoutable     ambivalence de s&#146;adresser  tout le monde mais dans un message qui n&#146;a pas     d&#146;autre finalit que la satisfaction de besoins les plus immdiats. L&#146;acte de     voir la tl aujourd&#146;hui ressemble  une pratique culturelle normale comme le     hamburger qu&#146;elle vous montre ressemble  un plat cuisin. La musique y est aussi     digeste que les frites qu&#146;elle vente  longueur de journe et sa plus-value en     matire de jugement critique est  la mesure de la rapidit avec laquelle elle liquide     des sujets aussi srieux ou dramatiques. Le malheur est que mme ces dfauts que la     tl trangre nous prsente ne sont pas  notre porte. A-t-on ide de critiquer     la valeur gastronomique d&#146;un hamburger dans un pays o il n&#146;y a mme pas de     hamburger et o ce qui lui tient lieu chez nous ressemble  un Mac Donald comme Kaddour      Mohamed Ali ? Si la tlvision est l&#146;cran qui nous renvoie notre image, nous     ne devons plus nous tonner que l&#146;ENTV nous renvoie l&#146;image de notre misre,     laquelle misre se forge, si j&#146;ose dire, patiemment aprs 132 ans de dculturation     active de colonialisme et 30 de terrorisme d&#146;Etat du vide culturel. Notre tl nous     ressemble et, surtout, nous lui ressemblons beaucoup ou peu  la fois, c&#146;est selon.     Elle ressemble  nos devantures de magasins ternes comme un programme de parti unique,      nos ruelles qui se rappellent que, jadis, elles ont t des rues;  nos habits qui     n&#146;ont mme pas la classe triste de ceux des croque-morts. Elle ressemble  nos     enfants qui ne peuvent plus nous ressembler mais qui imitent leur instit qui vient; mal     ras et en sandales, faire la confusion entre la Terreur de Saint-Just et le terrorisme     que le HCE veut radiquer.Un proverbe chinois pour terminer : Dieu a cr le chat     pour lui rappeler qu&#146;un jour il a t tigre.&nbsp;&nbsp;&nbsp; </font></p>     <p align="left"><strong><font face="Arial" size="2">K. A.</font></strong></p>     <p align="left"><font face="Arial" size="2">In <em>La Nation,</em> 24 fvrier au 2 mars     1993</font></p>     <p align="center"><font color="#FF0000" size="1" face="Arial">Copyright  2000 Omnium     Maghrbin de Presse - La Tribune . All Rights Reserved.</font></td>   </tr> </table> </div> </body> </html> 
