<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0 Transitional//EN"> <!-- saved from url=(0050)http://members.aol.com/catallaxia1/clemenceau.html --> <HTML><HEAD> <TITLE>Catallaxia : Clemenceau, un tigre de papier</TITLE> <META content="text/html; charset=iso-8859-1" http-equiv=Content-Type> <META content="MSHTML 5.00.2314.1000" name=GENERATOR> </HEAD> <BODY text="#FFFFFF"  bgColor=#000000 link="#FF0033"> <P>&nbsp;</P> <P>&nbsp;</P> <P><font color="#FF0033" size="+4">Clemenceau, le "Tigre" de papier</font></P> <P><font size="4" color="#FF0033">par Antoine Cassan </font></P> <P align=justify>Longtemps Georges Clemenceau ne fut qu'un opposant  professionnel. Le genre a ses lettres de noblesse. Dans le cas du venden, il  relve surtout de la caractriologie. Au fil de ses biographies on note qu'il  "excrait" Ferry, "dtestait" Delcass, ne "pouvait pas supporter" Poincar,  "mprisait" Combes et ainsi de suite. Personne ne trouvait grce  ses yeux,  sauf lui. On dira que ce genre d'attitude est propre aux hommes d'Etat, d'hier  comme d'aujourd'hui. Dans le cas prcis, cette opposition  Ferry,  Delcass,   Combes,  Poincar (juge "bte"),  tout le monde, laisse un point  d'interrogation sur le "clemencisme".</P> <P align=justify>Que proposait Clemenceau  l'encontre de ceux qu'il combattait  ? Ferry, c'est l'cole publique et un empire colonial. Le seul rle de  Clemenceau fut de populariser le surnom de "Ferry-Tonkin", sur la foi d'un  pseudo-dsastre annonc par une fausse dpche. Combes, c'est la sparation de  l'Eglise et de l'Etat, une ide  laquelle Clemenceau tait trs attach.  Pourtant, son unique rle aura t d'organiser la chute du ministre Combes,  pour que la loi - o il n'avait pas jou "un rle essentile" (d'aprs  Jean-Baptiste Duroselle) - ft adopte par Briand, qu'il n'aimait d'ailleurs pas  davantage.<BR ALIGN="justify">Lorsque l'archiduc Franois-Ferdinand est  assassin  Sarajevo, la terrible mcanique guerrire des alliances, imagine  par Delcass, se met en place. Clemenceau, lui, crit : "<I>Dans le redoutable  champ de contestation toujours renaissantes, la personne de Franois-Joseph est  une garantie de paix</I>". "<I>En d'autres termes, </I>note Franoise Giroud,  <I>il n'a rien vu venir</I>". Dommage, parce que c'est, prcisment, s'il avait  "vu venir" qu'il aurait t grand, et, en tout cas, diffrent.</P> <P align=justify>Les biographes de Clemenceau, comme Jean-Baptiste Duroselle,  aussi bien que ceux qu'il inspire, comme Franoise Giroud, parsment leurs  livres de remarques dubitatives sur l'oeuvre politique du grand homme. Ils y  cherchent, en vain, le "grand dessein". Voici ce qu'en dit Duroselle : "<I>On  remarquera le peu d'intrt de Clemenceau pour les problmes conomiques et  financiers. Il critique la politique des emprunts russes, peroit les effets du  dpeuplement franais sur la richesse et la puissance de la nation, dnonce  quelques scandales et injustices, et finalement c'est tout.</I>" Et voici ce que  souligne Franoise Giroud, visiblement plus sduite par son temprament -  "<I>Toute ma vie, j'ai t amoureux</I>" - que par son action politique :  "<I>Quand on observe le bilan social de son gouvernement, on est frapp par sa  maigreur </I>(sic)<I>, tant il est vrai qu'il ne suffit pas d'tre au pouvoir  pour l'exercer</I>." En bref, Clemenceau n'avait aucune ide. Entre 1875 et  1914, la Rpublique a difi un ensemble juridique sur lequel nous vivons encore  : il ne doit rien au "Tigre". </P> <P align=center><IMG height=480  src="Catallaxia  Clemenceau, un tigre de papier_fichiers/clemenc1.jpeg"  width=369> <BR><I><FONT color=#006666 size=-1>A l'Assemble en 1918, il annonce  la signature de l'armistice de Rethondes</FONT></I></P> <P align=justify>Peut-tre que la clef de l'histoire se trouve dans sa fameuse  apostrophe - "<I>Je vote pour le plus bte</I>" - lance lors de l'lection de  Sadi Carnot  la prsidence de la Rpublique. Un mot qui lui reviendra en  boomerang lorsqu'il sera battu par Paul Deschanel, en 1920. </P> <P>&nbsp;</P> <P><I><FONT size=+2><B>Un ministre quelconque</B></FONT></I></P> <P>&nbsp;</P> <P align=justify>Commence tard (il avait dj 65 ans lorsqu'il fut ministre  pour la premire fois), la carrire ministrielle de Georges Clemenceau, jusqu'  la veille de la guerre, n'eut rien d'exceptionnel. Elle fut marque par des  rpressions svres  l'encontre des grvistes (Draveil, 1908), ce qui se  justifiait peut-tre sur le moment mais n'avait rien de glorieux pour un homme  qui avait commenc sa carrire politique sous l'tiquette de "blanquiste", et  qui s'tait battu jadis pour l'amnistie des communards.</P> <P align=justify>Il finassa lorsque les vignerons du Midi se rvoltrent.  Franoise Giroud cite comme un trait d'humanit le fait que Clemenceau ait pay  le billet du retour au malheureux Marcellin Albert, le meneur venu  Paris  plaider la cause de la viticulture ruine par le phylloxera. La vrit est tout  autre. Vieille ficelle, Clemenceau abusera de la navet du vigneron et fera  rpandre partout le bruit qu'il l'a achet, et pour pas cher. La calomnie fut  efficace. Justifie-t-elle une quelconque admiration ?</P> <P align=justify>A une beaucoup plus grande chelle, le procd sera repris  pendant la guerre contre Joseph Caillaux. On forgera de toute pice des  accusations pour le discrditer, au nom de la "raison d'Etat". "Pas vous, pas  a" aurait-on pu lancer  l'encontre de Clemenceau, qui avait si bien bataill  contre ladite "raison d'Etat" au moment de l'Affaire Dreyfus. En fait, comme la  plupart des matamores, Clemenceau cachait sous son ct fort en gueule une  absence absolue de vraie conviction. Pour se rattraper de n'tre, somme toute,  gure diffrent des opportunistes qu'il stagmatisait  longueur de journe, il  donnera des gages. <BR ALIGN="justify">Surtout dans un domaine qui ne "mangeait  pas de pain" : la politique religieuse. Un jour, il accusera Combes d'tre "mou"  (!) face au Vatican. Un autre jour, il refusera d'aller au <I>Te Deum</I> de la  victoire  Notre-Dame, alors que, pour ce jour-l au moins, la France entire  attendait un geste de rconciliation nationale. Poincar, qui le dtestait mais  qui faisait la part des choses, rsumera fort bien le problme : "<I>Clemenceau,  connaissant fort mal beaucoup de grandes questions, et pas du tout les dossiers,  se fait des opinions rapides et irrflchies, comme il lui est arriv toute sa  vie</I>". C'est une mthode de gouverner comme une autre. Elle est trop banale  pour mriter quelque gloire que ce soit.</P> <P>&nbsp;</P> <P><I><B><FONT size=+2>L o il a vraiment innov</FONT></B></I></P> <P>&nbsp;</P> <P align=justify>A cent ans de distance, on mesure mieux le seul domaine o  Georges Clemenceau fut un authentique innovateur. De Panama (1891-1893)  Urba,  pour chaque scandale politico-financier, les justifications sont demeures les  mmes. Ce sont celles qu'utilisa le pionnier Clemenceau. A l'poque, Bernard  Tapie s'appelait Cornlius Herz. Un chevalier d'industrie qui aimait faire  plaisir  ses amis en politique. Cornlius financera le journal de Clemenceau.  Ce qui donnera  ce dernier l'argument toujours en vigueur sous le nom de  "jurisprudence Emmanuelli" : "<I>Ce n'tait pas pour moi, mais pour financer mon  activit politique</I>". Tous les chquards de Panama auront la mme  justification. A peu prs tous retrouveront leur sige lors des lections de  1893, sauf Clemenceau. Peut-tre n'tait-il pas assez mouill. Il lui avait  manqu d'pouser, comme cela a failli se faire, la fille de Scheurer-Kestner,  qui lui prfra Charles Floquet, un parlementaire qui figure en tte des  bnficiaires de Cornlius Herz. Et dont le nom adorne une des rues les plus  lgantes de la capitale.</P> <P>&nbsp;</P> <P><B><I><FONT size=+2>Un franc salaud</FONT></I></B></P> <P>&nbsp;</P> <P align=justify>A dfaut d'pouser Hortense Scheurer-Kestner, Clemenceau se  replia sur une Amricaine, Mary Plummer. Lorsqu'elle le lassa, il monta de  toutes pices une affaire d'adultre, lui qui la trompait effrontment. Il joua  de toutes ses amitis politico-juridiques pour obtenir un divorce acclr et la  faire renvoyer aux Etats-Unis. On s'tonne que, rpute sensible  la cause des  femmes, Franoise Giroud n'ait pas prouv davantage de compassion pour cette  malheureuse Mary. "<I>Je reconnais que cet pisode n'est pas glorieux. Mais que  faire ? Il lui ressemble</I>", crit-elle. Voil une dfausse qui accable et  l'auteur et le personnage. Dcidment, l'amour rend aveugle. C'est d'ailleurs ce  qu'avait d se dire la pauvre Mary Plummer en son temps.</P> <P>&nbsp;</P> <P><FONT size=+2><B><I>Des "bons mots" qui laissent rveur</I></B></FONT></P> <P>&nbsp;</P> <P align=justify>Clemenceau passe pour fort spirituel. Qu'on en juge. A propos  de son secrtaire, Georges Mandel : "<I>Quand je pte, c'est lui qui pue</I>".  Rires. Un quatrain  Anna de Noailles : "<I>De bons oeufs  la coque / Voici  belle coquette / Etant un trs bon coq / Puis-je tre la moulinette ?"  </I>Triomphe de l'esprit gaulois, sans doute.<BR ALIGN="justify">Quand la  vulgarit pure et simple n'est pas au rendez-vous, c'est pire. Sur le vote des  femmes, ce progressiste a des remarques d'une rare vacuit : "<I>La force  dtermine l'action de ce monde. La femme n'est pas la force</I>". Sa formule la  plus fameuse, "<I>la Rvolution est un bloc</I>", n'est pas seulement une  sottise historique, c'est aussi un tmoignage accablant contre celui qui l'a  profre. D'abord parce que la phrase a t prononce  l'occasion d'un dbat  parlementaire qui n'honore gure la reprsentation nationale : celui o fut  vote l'interdiction pure et simple d'une pice de Sardou, coupable de dnoncer  la Terreur. De la censure pure et simple. Du politiquement correct d'Etat avant  l'heure. Ensuite parce que cette formule nous rappelle que, en bon venden  "bleu", Clemenceau aimait beaucoup Robespierre. Il y a des attachements plus  sympathiques.</P> <P>&nbsp;</P> <P><FONT size=+2><B><I>La victoire tait au rendez-vous</I></B></FONT></P> <P>&nbsp;</P> <P align=justify>1917 constitue le morceau de bravoure des clemencistes. Peu  importe ce qu'il fut auparavant : le grand homme est venu et il a vaincu. Une  arme enlise, un pays dmoralis, des hommes politiques dsabuss ? Un coup de  barre sous la poigne de Clemenceau, et a repart.<BR ALIGN="justify">En fait,  Clemenceau arrive trs tard au pouvoir, le 16 novembre 1917. Sa premire visite  sur le front date du 20 janvier 1918. Le premire victoire de la Marne, en 1914,  ne doit rien au prsident du Conseil de l'poque (Viviani), pourquoi diable la  seconde, en 1918, devrait-elle tout  Clemenceau ? En 1914, il y avait Joffre.  En 1918, Foch. Et beaucoup de malheureux prts  se faire tuer. C'est plus comme  symbole physique d'un pays increvable que comme organisateur de la victoire que  Clemenceau mrite de rester dans les mmoires. En cas de malheur, les Franais  aiment les vieux messieurs encore trs verts : Clemenceau, Ptain, de  Gaulle.</P> <P align=justify>Une bonne faon de relativiser le rle des grands hommes, en  mesurant leur vritable marge de manoeuvre. Ptain ou pas, il y aurait eu  l'armistice de 1940. De Gaulle ou pas, l'Algrie serait indpendante  aujourd'hui. Qui peut penser le contraire ? N'habillons pas Clemenceau d'un  costume trop ample. Il n'est pas plus responsable de la victoire militaire de  1918 que de la dfaite diplomatique de 1919.</P> <P align=justify>A t-il empch que la guerre ne s'arrte sur un compromis ? Le  dossier sur les possibilits d'une paix ngocie en 1917 est trs mince.  L'Allemagne n'tait d'aucune faon dcide  restituer l'Alsace-Lorraine, ce qui  tait un but de guerre intangible pour la France. L'un des deux camps devait  donc gagner ou perdre. En revanche, c'est beaucoup s'illusionner sur les  pouvoirs d'un seul homme que d'imaginer Clemenceau capable de s'opposer aux  conclusions des traits de paix. D'innombrables tmoignages montrent qu'il en  vit les faiblesses. Ce n'est dj pas si mal. Pouvait-il faire plus ? Il  souhaitait une incursion en Allemagne, mais il et fallu pour cela commencer par  dclarer la guerre  la Grande-Bretagne. Ce n'tait peut-tre pas  sa  porte.</P> <P>&nbsp;</P> <P><I><B><FONT size=+2>Finis Austriae</FONT></B></I></P> <P>&nbsp;</P> <P align=justify>De la mme faon, on lui reproche la destruction de  l'Autriche-Hongrie. L'historien Pierre Prard cite avec faveur Poincar :  "<I>L'intrt de la France est non seulement de maintenir l'Autriche, mais de  l'agrandir au dtriment de l'Allemagne</I>". Pour conclure : "<I>On sait que  Clemenceau en jugea autrement. La tradition idologique radicale  laquelle il  appartenait exigeait l'anantissement de l'Etat multinational et ultramontain  qu'tait la monarchie habsbourgeoise</I>". Clemenceau admettra ses propres  limites en faisant remarquer que,  partir du moment o tait reconnu le droit  des peuples  disposer d'eux-mmes, il y avait peu de chances pour que la  confdration danubienne puisse se maintenir. D'autant que,  bon droit, toute  la tradition politique franaise souhaitait une renaissance de la Pologne, donc  le dmantlement d'une partie importante de l'Autriche-Hongrie. Plus mesur,  Franois Fejt rappelle, dans <I>Requiem pour un empire dfunt, </I>que la  destruction de l'Autriche-Hongrie s'est dcide entre Petersbourg et Longres,  Paris ne faisant que suivre. Il rgnait alors en Europe, note Fejt, une  "<I>austrophobie gnrale</I>" que surent utiliser deux propagandistes de gnie,  Bns et Masarik. Rendons-leur ce qui leur est d.</P> <P>&nbsp;</P> <P><I><B><FONT size=+2>Ce qui reste</FONT></B></I></P> <P>&nbsp;</P> <P align=justify>De cette faon, ceux qui ont une vue superficielle de  Clemenceau, comme ceux qui ont consacr leur vie  l'tudier, se rejoignent dans  l'inanit des raisons qui les ont conduits  le choisir comme figure de proue.  "<I>Pourquoi Clemenceau ? Pour rien. Parce qu'il me plat</I>", dcide Franoise  Giroud. En quoi sommes-nous en prsence d'un "grand homme" ? s'interroge  Jean-Baptiste Duroselle. Qui rpond : "<I>Ceci tient en un mot : le  caractre.</I>" C'est dj pas mal, mais ce n'est pas tout  fait suffisant. Et  Duroselle d'en appeler alors aux pages qu'Henri Bergson a crites sur ce qu'il a  appel "l'appel du hros". Bergson ? Hol !</P> <P>&nbsp;</P> <P>Antoine Cassan</P> <P><!-- eStat -->    <script language="JavaScript"> <!-- var _UJS=0; //--> </script>   <script language="JavaScript" src="http://perso.estat.com/js/m.js"></script>   <script language="JavaScript"> <!-- if(_UJS) _estat('235035149444','Page_D_Accueil','Accueil'); //--> </script>   <!-- /eStat --></P> <P align=center><A href="http://members.aol.com/Nachfr/francelib0.html"><IMG  border=0 height=27  src="Catallaxia  Clemenceau, un tigre de papier_fichiers/retour2.gif"  width=107></A><BR><I><FONT color=#006868>Catallaxia 1999</FONT></I></P> <P> </P></BODY></HTML> 
