<html>  <head> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 4.0"> <meta name="ProgId" content="FrontPage.Editor.Document"> <title>Hector Placide Giat chasseur de tigre</title> <meta name="Microsoft Border" content="none"> </head>  <body bgcolor="#E6E4DF">  <font size="2"> <p></font><font size="3">Le rcit, qui date de 1894, a pour auteur Hector Placide Giat, mon arrire grand-pre maternel, n  Sourdun (Seine et Marne) le 23 septembre 1858. Sa famille tait d'origine modeste. Son pre, Laurent Dsir Giat, tait n  Sourdun le 10 aot 1818 et exerait le mtier de maon. Sa mre, Julie Grard, ne  Saint Brice (Seine et Marne), d'origine picarde, tait cuisinire. Mon arrire grand-pre Hector Placide Giat ft des tudes pour devenir instituteur. Il sortit avec un trs bon rang de l'cole d'Autun, ce qui lui permit de choisir son affectation. Il dcida de partir pour la Cochinchine, vers 1880.</p> <p>Mon arrire grand-pre s'est mari  Paris le 23 octobre 1883, au cours d'un cong, avec Rene Amlie Meslier. L'acte de mariage mentionne qu'il tait professeur au Lyce Chasseloup-Laubat  Saigon. Hector Placide Giat fut professeur  Baria, gros bourg du Sud-est de la Cochinchine. C'est dans les environs de cette localit que se sont droules ses deux chasses au tigre, la dernire lui ayant cot l'amputation de la jambe droite.</p> </font> <p><font size="3">Voici son rcit de cette deuxime chasse qui fut sa dernire chasse.</font></p> <p>Donc, depuis deux ans, je dirigeais l'cole d'arrondissement de Baria. Le 28 octobre 1893,  huit heures du matin, les notables de Long-hu'o'ng, affols, accourent  l'cole en criant: &quot;Monsieur! Monsieur! Au secours! Le tigre est dans nos maisons!&quot;. Je quitte aussitt ma classe, je saute sur mon fusil et je pars au galop.<br> C'tait vrai. Un tigre, au coeur mme du village, venait d'enlever un cochon. Il s'tait cach dans un petit champ de cannes  sucre, entre trois sentiers trs frquents,  quelques pas de la grand'route qui traverse Baria.<br> Je fais reculer les Annamites qui m'accompagnent et, seul, je fais le tour du champ.<br> Le tigre m'aperoit, quitte son abri et fond sur moi  dcouvert... Je pouvais me sauver encore. Mais les Annamites me regardaient, je fis face, et laissant l'animal venir  deux pas de moi, je lui tirai dans la tte un premier coup de feu qui le fit trbucher et lui creva un oeil. Un second coup de fusil, tir  bout portant, lui fracassa la mchoire. Couvert de sang, poussant des rugissements effroyables, le tigre ft un bond et enleva d'un coup de griffe le fusil que je lui prsentais. A ce moment je me retourne et, runissant toutes mes forces, je lance au tigre un vigoureux coup de pied. C'est ce qui me sauva. Le tigre en effet ne tue pas avec ses dents, qu'il a pourtant formidables: il donne la mort avec ses griffes. Quand il s'agit de proie humaine, il commence par ouvrir le ventre; plus rarement il dchire le cou. Le coup de pied que, dans un dernier effort j'avais lanc au tigre, l'atteignit au mufle. Avec la rapidit de l'clair, l'animal saisit mon pied dans ses griffes, et l'enfona dans sa gueule en broyant les os.<br> Alors je tombai sur le dos, mais sans pousser un cri, sans perdre connaissance. Le tigre s'accroupit et me dchira les chairs de la jambe, lentement, en rugissant et en attirant peu  peu sous lui la partie dj dvore. Un des os mtatarsiens fut retrouv entre le pron et le tibia!<br> Les Annamites, pouvants, s'taient pourtant peu  peu rapprochs  une vingtaine de pas. Ils poussaient des cris, frappaient des mains, mais n'avanaient pas.<br> Comme je parle trs couramment l'Annamite, je les exhortai au courage. Je leur rappelai que ma femme les avait souvent soigns et guris, je leur parlai de mes petits enfants, qui leur reprocheraient leur lchet, je leur promis une forte somme d'argent, puis je tirai de ma cartouchire deux cartouches que je lanai auprs d'eux en leur disant de ramasser mon fusil! Mais le tigre leur fit trop peur.<br> Ma jambe tait maintenant dvore jusqu'au genou. Dans sa gueule toute ensanglante, le tigre croquait ma rotule qu'il avait dbote; ses griffes labouraient dj la cuisse: la mort allait venir avec le coup de &quot;banderole&quot; en travers du ventre. Alors, me voyant abandonn, je voulus du moins mourir en combattant.<br> Dgageant brusquement ma jambe gauche intacte jusqu'alors, je frappai,  coups de pied dans les flancs,  coups de poing dans la tte, le tigre qui tait presque accroupi sur moi. C'est en me dfendant ainsi que je fus bless  la jambe gauche, mais je n'en continuai pas moins  frapper de toutes mes forces.<br> Soit pour cette cause, soit parce que l'animal souffrait trop des coups de feu qu'il avait reu il se redressa tout  coup, rugit une dernire fois en fixant sa victime, et retourna dans le champ de cannes  sucre. Il tait rest plus de dix minutes sur moi.<br> Il fut achev le soir. On retrouva dans sa tte les chevrotines que j'y avais loges, mais le crne tait intact.<br> Les Annamites me laissrent sur le dos, n'osant approcher. Cinq minutes aprs j'appelai l'un d'eux, je lui nouai mes bras autour du cou, et me fis transporter  l'cole. Les Europens taient accourus. On m'tendit sur un matelas et l'on me fit un pansement sommaire. Mon sang-froid ne m'avait pas abandonn. Je rdigeai moi-mme les dpches  envoyer  ma femme, qui tait alors au Cap Saint Jacques prs d'accoucher, et  mes chefs. Je donnai les ordres les plus minutieux pour la remise de mon service, je pris les quelques dispositions que la probabilit de ma mort commandait, et j'attendis patiemment, en causant et parfois mme en plaisantant, que la chaloupe demande  Saigon par l'Administrateur vienne me prendre; elle arriva vers minuit. On m'embarqua, et le lendemain vers dix heures du matin, j'arrivais  l'hpital militaire. Les plaies, horribles  voir, taient infectes par la gangrne et la bave du tigre; les artres sortaient, les os taient dnuds.<br> L'amputation fut faite, au tiers infrieur de la cuisse, par M.Hnaff, remplaant le mdecin chef absent. Cette amputation ne fut pas heureuse. De la chair mchure avait t laisse dans la cicatrice; le fmur avait t coup trop long, et une fissure du prioste s'allongeait, presque invisible, sur une longueur de plusieurs centimtres. Malgr cela, et contre les prvisions des mdecins, je ne mourus pas, mais j'endurai pendant 45 jours les plus pouvantables souffrances. Plus d'une fois j'appelai la mort  grands cris.<br> Le 45me jour le fmur dchira la cicatrice et fit brusquement saillie au dehors: nouvelle opration. On coupa cette fois 8 millimtres d'os, et on referma la plaie. Les points de suture chapprent, mais la gurison semblait encore possible. La douleur ayant cess, l'apptit revint. Le mdecin m'autorisa  manger &quot;tout ce que je voulais&quot;...Et alors, en avant les lgumes! La bonne tte de veau! L'exquise salade bien verte avec beaucoup de vinaigre! A ce rgime-l, naturellement, la dysenterie arriva, rduisant  rien le corps dlabr du malheureux qui jenait et souffrait depuis prs de deux mois. La potion brsilienne, administre deux fois, fit disparatre la dysenterie, mais laissa  la place la lente, la temble diarrhe de Cochinchine, qui ronge les tempraments les plus robustes, et qui a conduit au tombeau, lors de la conqute, cent fois plus de victimes que les balles...<br> Runissant tout ce qui me restait d'nergie, je parvins  me faire embarquer  bord du courrier du 14 janvier. Le 8 fvrier je dbarquais  Marseille, le 9 j'tais admis d'urgence au Val de Grce. L, il a t reconnu par les chirurgiens - et ceux-ci savent leur mtier - qu'une troisime opration est ncessaire: il reste  enlever encore 8  10 centimtres de fmur! Cette opration ne pourra tre tente que dans plusieurs mois, car mon tat de faiblesse extrme ne permet pas d'y songer pour le moment<br> De tous les coins de la Cochinchine o je suis trs connu, du Tonkin, de France, il m'est arriv de nombreux tmoignages de sympathie. Le Gouverneur lui-mme a tenu  venir lui-mme passer une heure auprs de mon lit d'hpital. Le commandant de la Marine, le colonel de la Calle, les chefs de service sont venus,  plusieurs reprises, me serrer la main.<br> J'ai bien souffert! Je reste mutil, priv du seul plaisir au monde que je m'accordais volontiers, la chasse. Mais je crois avoir fait mon Devoir!</p> <table border="0" width="58%" cellpadding="0" cellspacing="0" height="90">   <tr>     <td width="29%" height="90">       <p align="center"><a href="tigre.jpg" target="_blank"><img src="tigre_petit.jpg" alt="tigre.jpg (18459 octets)" width="100" height="74"></a></td>     <td width="71%" height="90">Actuellement, la tte de ce tigre est       conserve prcieusement par ma mre qui l'appelle &quot;mon       grand-pre&quot;. Mal naturalis, il perd ses poils et ses oreilles,       mais  107 ans, il a toutes ses dents (personne impressionable, ne pas       cliquer dessus).</td>   </tr> </table> <div align="left">   <table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="567" height="1">     <tr>       <td width="168" height="1" rowspan="2" align="left">         <p align="center"><a href="pousse.jpg" target="_blank"><img src="pousse_petit.jpg" alt="pousse.jpg (32192 octets)" width="100" height="474"></a></td>       <td width="399" height="1" align="left">Bien sur, un malheur n'arrivant         jamais seul et la providence voulant sans doute &quot;quilibrer&quot;         leur couple, mon arrire grand'mre fut victime  Sagon d'un         accident peu banal qui la laissa estropie, comme on disait          l'poque.         <p>Ne en 1865, elle avait connu son premier grand frisson de         l'aventure en 1871 quand&nbsp; le Moulin Saint Ren, la minoterie de         son pre situ entre Affreville et Miliana, avait t attaque par         une bande de pillards. Son pre tant  Alger en voyage d'affaire, sa         mre prit le fusil pour dfendre ses enfants et ses biens et blessa         srieusement un des agresseurs, ce qui mit fin au sige.</p>         <p>&nbsp;</td>     </tr>     <tr>       <td width="399" height="139" align="left">Le rcit de cette chasse a         aussi t racont, d'une autre manire, par Henri de La Chevrotire         pour un <a href="giat/rbGiat.htm">bulletin de l'amicale des anciens         d'Indochine.</a>         <p align="center"><a href="http://www.renaud.bouret.com/" target="_blank"><img src="Giat-Timbre.gif" width="185" height="252" alt="Aller sur le site du crateur du timbre"></a></p>         <p align="left">Ce timbre a t cr par un trs grand admirateur         d'Hector Placide Giat pour dcorer une lettre. Vous pourrez voir cette         lettre sur le site de&nbsp; <a href="http://www.renaud.bouret.com/" target="_blank">Renaud         Bouret</a> , un de ses arrires petits-fils qui par le plus grand des         hasards se trouve aussi tre mon frre, mais je ne veux pas chinoiser,         il le fait trs bien sur son site.</p>         <p align="left"><a href="../entre.htm"><img border="0" src="../images/laporte.jpg" alt="Par ici la sortie" width="65" height="100"></a></p>         <p align="center">&nbsp;</td>     </tr>   </table> </div> <p>&nbsp;</p> <p>&nbsp;</p> <p>&nbsp;</p> <p><br> </p> <p>&nbsp;</p>  </body>  </html> 
