<html> <head>   <title>Laetitia Bianchi sur remue.net</title> <link rel="stylesheet" href="../StyleCourant.css" type="text/css"> <!-- #BeginTemplate "/Templates/modeleRevue.dwt" --><!-- #BeginEditable "doctitle" --><!-- #EndEditable -->     <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">   <link href="Laetitia%20Bianchi%20sur%20remue_net_fichiers/StyleCourant.css" type="text/css" rel="stylesheet">     <meta content="Fran&Aacute;ois Bon, litt&Egrave;rature contemporaine, ateliers d&apos;&Egrave;criture" name="keywords">     <meta content="MSHTML 5.50.4134.100" name="GENERATOR"> </head>   <body text="#ffffff" vlink="#ffffff" alink="#ffffff" link="#ffffff" bgcolor="#232323"> <!-- #BeginEditable "contenu" -->  <table width="720" bgcolor="#3F3F3F" cellpadding="12" cellspacing="0" border="0" align="center">   <tbody>    <tr>      <td class="titre1" valign="Top" width="506">              <p>Laetitia Bianchi / Voyez-vous </p>                              <p class="comment"><i>Voyez-vous </i>de Laetitia Bianchi, para&icirc;t en        septembre aux &eacute;ditions Verticales - c'est une tentative risqu&eacute;e, mais        d'imm&eacute;diate force litt&eacute;raire<br> Laetitia Bianchi fait partie des        fondateurs et animateurs de <a href="http://www.rdereel.org/"> R de        R&eacute;el</a> , - mi chemin entre revue et exp&eacute;rience originale de litt&eacute;rature -        on peut lire sur le site de R de R&eacute;el quelques-uns de ses textes, dont une        <a href="http://rdereel.free.fr/volDQ1.html">histoire des        dictionnaires</a> :, un article sur <a href="http://rdereel.free.fr/volDZ2.html">le design</a> , une <a href="http://rdereel.free.fr/volGQ2.html">critique du droit de la        guerre</a>  et le plus r&eacute;cent : l'article <a href="http://rdereel.free.fr/volJQ1.html"> Jargon</a>  </p>       </td>      <td rowspan="2">              <div align="Right"><img height="246" src="../Images/bianchi.jpg" width="170">        </div>               </td>     </tr>    <tr>      <td class="comment" width="506">              <div align="Right">              <p align="Center">pour ceux qui souhaiteraient <a href="http://www.remue.net/cont/bianchi02photo.html"> une photographie de        Laetitia Bianchi</a>       <br> e-mail : aux bons soins de <a href="http://www.rdereel.org/">R de R&eacute;el</a>       </p>               <p><a href="http://www.remue.net/index.html">retour      remue.net</a>       </p>       </div>       </td>     </tr>   </tbody> </table>      <table cellpadding="90" width="720" align="Center" bgcolor="#F8F8F8"  cellspacing="0" border="0">   <tbody>    <tr>        <td class="texte1" bgcolor="#FBFBFB">          <div align="justify">[chapitre 2]<br>           <br>           <br>           <i>Je dis - la vieille fille que de longues ann&eacute;es de recherches            et d'observations sur le monde me permettent d'avancer les faits suivants,            qui peuvent dans l'&eacute;tat actuel des choses et de la connaissance            &ecirc;tre tenus pour vrais : on n'a pas trouv&eacute; de cygne qui            noircit alors tous les cygnes sont blancs, on n'a pas trouv&eacute;            de chat qui quadrichrome alors tous les chats sont gris, on n'a pas            trouv&eacute; de souris qui danse alors tous les chats sont l&agrave;,            on n'a pas trouv&eacute; de moulin qui acc&eacute;l&egrave;re alors            tous les meuniers dorment, on n'a pas trouv&eacute; d'archim&egrave;de            qui se lave alors tous les hommes se noient. Quant &agrave; l'existence            suppos&eacute;e des gorgones, elle est d&eacute;velopp&eacute;e dans            bien des livres qui content des sornettes. Les gorgones tant&ocirc;t            habitent des trous noirs, au fond des gorges des montagnes, tant&ocirc;t            sont pr&eacute;pos&eacute;es &agrave; la garde de portes secr&egrave;tes.            Mais en voil&agrave; assez, croyons-nous, sur le c&ocirc;t&eacute; l&eacute;gendaire            de la question ; il nous reste &agrave; l'envisager du point de vue            scientifique. A-t-il exist&eacute; de v&eacute;ritables gorgones ? Nous            remarquerons tout d'abord que, parmi les auteurs anciens, il n'en est            aucun qui pr&eacute;tende en avoir jamais vu.</i><br>           <br>           Je ne regarde pas o&ugrave; je mets les pieds, j'observe ses cheveux            roux et je tombe, le premier qui rigole je le d&eacute;visage. Je passe            quatre heures par jour devant la t&eacute;l&eacute;vision et vingt-quatre            heures par jour devant la vie.<br>           <br>           <i>La petite servante de Thrace &eacute;tait vraiment trop b&ecirc;te            de rire, chaque fois que Thal&egrave;s se cassait la gueule dans un            puits en observant les com&egrave;tes, me dit la vieille fille : puisque            les com&egrave;tes disent le futur, et forment le mot : puis, dans lequel            Thal&egrave;s se cassera la gueule. </i><br>           <br>           T&Eacute;L&Eacute;VISION. &Eacute;mission scientifique : les mineurs.            Les mineurs creusent dans les mines crayonneuses. Ils ont l'&acirc;ge            de voir les images ind&eacute;centes : puisque c'est justement cela            qu'ils cherchent, tout au fond de la terre. Ils creusent. De la terre,            meuble et noire et odorante, dans une galerie souterraine aux c&ocirc;t&eacute;s            des vers qui se meuvent, alexandrins et muets. Le mineur est pay&eacute;            lorsqu'appara&icirc;t quelque chose d'int&eacute;ressant. C'est l&agrave;            la condition : que quelque chose d'int&eacute;ressant apparaisse. Pas            juste de la terre : la terre, on conna&icirc;t d&eacute;j&agrave;. Pas            un tigre non plus, ni une fourmi ni un rouge-gorge. On conna&icirc;t            tout cela : quel int&eacute;r&ecirc;t ! quel int&eacute;r&ecirc;t &agrave;            ce qu'un rouge-gorge ou un tigre d&eacute;boulent du ventre de la terre            ? Aucun int&eacute;r&ecirc;t. Il faut quelque chose de bien plus beau.            Par exemple quelque chose de vert. Certes le vert existe d&eacute;j&agrave;            sur la terre ; oui mais : ce vert-l&agrave; est inint&eacute;ressant            au possible. Le feu devient vert et les hommes avancent. Le vert souterrain            lui, ce vert qui n'existe que dans le noir, fait reculer les hommes.            Reculer, en arri&egrave;re, vers ce qui a &eacute;t&eacute;. Choses            mortes qui se redressent, oiseaux qui remeurent dans leurs cendres.            Ce vert-l&agrave; n'a qu'un homonyme sur terre : ce sont ses yeux, or            va-t-on lui arracher les yeux pour les lui mettre dans les mains ? On            ne va pas. Alors il faut reculer, en ces contr&eacute;es passives et            nostalgiques o&ugrave; les femmes sont gentilles-jolies, reculer, enculer,            voil&agrave; pourquoi ce vert est int&eacute;ressant. On appelle &ccedil;a            une &eacute;meraude. Le vert n'existait pas auparavant sur la terre.            Il apparut ainsi. Les femmes orn&egrave;rent leurs deux yeux de ce vert,            marchant sur la terre, en se d&eacute;hanchant si possible, oublieuses            de ce qui rampe dans les galeries souterraines, creusant l'air de leurs            hanches, verticalement, creusant l'air de leurs reins alors l'air joliement-gentiment            se d&eacute;forme. Gemmes sur femmes, f sous g, courb&eacute; dans l'alphabet,            creusant et creusant le sens de la terre aveugle et noire et odorante.            <br>           <br>           Je lis un quotidien d'informations : les derni&egrave;res vingt-quatre            heures sont couch&eacute;es l&agrave;, avant qu'on ne les enterre. C'est            le week-end, fin du jour de la semaine de l'ann&eacute;e du monde :            apocalypses ! Le journal propose un suppl&eacute;ment end, suppl&eacute;ment            f&ecirc;tes, les derni&egrave;res vingt-quatre heures sur leur trente            et un. <i>&agrave; vendre.</i> Sac de dame : en peau d'animal, d'une            esp&egrave;ce r&eacute;put&eacute;e pour la beaut&eacute; des motifs            qui l'ornent, doublure int&eacute;rieure en cuir de vachette, boutons            en corne de vachette. Chocolats : rondeur exquise o&ugrave; la ganache            souple est parfum&eacute;e d'une infusion &agrave; la verte verveine.            Bague : or p&acirc;le serti d'une &eacute;meraude, quatorze cent grammes,            un peu plus les jours de f&ecirc;te. Le lendemain (il y a eu un lendemain            : l'apocalypse a clams&eacute; avant la fin du monde), un lecteur se            r&eacute;volte : <i>Je suis r&eacute;volt&eacute;. Je me faisais une            joie de feuilleter ce suppl&eacute;ment et d'y trouver quelques id&eacute;es            de cadeaux. Or il n'y a, au fil des pages, que des objets d'un luxe            inutile, et &agrave; des prix qui d&eacute;fient l'entendement. Un sac            de dame &agrave;... ! Une &eacute;meraude &agrave;... ! Quelle insulte            - la pauvret&eacute;, - la mis&egrave;re ! Heureux les 20% d'illettr&eacute;s            qui ne pourraient avoir ni jalousie ni envie, n'&eacute;tant pas lecteurs            de ce suppl&eacute;ment ! Les autres se sentent agress&eacute;s par            des &eacute;tiquettes &agrave; cinq ou &agrave; six chiffres. Car quel            int&eacute;r&ecirc;t peut-on trouver - &agrave; part une curiosit&eacute;            amus&eacute;e ou masochiste - &agrave; r&ecirc;ver devant ces objets            inutiles et ces textes grandiloquents truff&eacute;s d'anglicismes ?</i><br>           <br>           MANIFESTE. Heureux les 20% d'illettr&eacute;s, signataires ! Heureux            les 20% d'illettr&eacute;s qui ne savent pas lire : car ils n'ont que            leur chemise ! Heureux les pauvres, signataires : car ils n'ont que            leur esprit ! Petits revenus petits soucis ! Il faut cultiver son jardin            d'ouvrier ! Et ils cultivent leur lopin, et dans leur lopin il y a deux            lapins : aucun tigre aucun jaguar ! Et si elle est jaune leur chemise,            elle n'est pas rouge, signataires : le jaune n'est pas jaloux du rouge            ! Heureux les 20% d'illettr&eacute;s, qui le matin oubliaient d'aller            &agrave; l'&eacute;cole ! Heureux les 20% d'illettr&eacute;s, qui ne savent            pas &eacute;crire les &eacute;meraudes ! Car ils ne sont pas jaloux            des mots, signataires ! &Eacute;meraudes, les lettres e, m, e, r, a,            u, d, e, s, salissures noires qui dans cet ordre forment un cercle,            car e, a, u, r, m, d, s, &ccedil;a ne veut rien dire, voyons, mais eux            ne le savent pas, ces lettres sont pour eux des t&acirc;ches, qui caquettent            &eacute;trangement, et peut-&ecirc;tre en voyant l'&eacute;meraude,            peut-&ecirc;tre, b&ecirc;tes qu'ils sont, peut-&ecirc;tre imaginent-ils            la couleur jaune ! ou bien la rondeur de l'oeil sot du lapin, ou bien            encore le gravillon inutile ! Car ils ne font que voir, pas plus loin            que leur nez, signataires, leur nez fait le tour du lopin et s'avance,            excroissance, le long de la rue sale qui m&egrave;ne &agrave; l'usine ! et            sur leur nez parfois un furoncle, lorsqu'ils d&eacute;couvrent ci ou            &ccedil;a ! car ils d&eacute;couvrent tout de m&ecirc;me des choses,            signataires, mais jamais d'&eacute;meraudes, heureux qu'ils sont ! Ni            curieux ni masochistes ni anglicistes ! Et si la beaut&eacute; les aborde,            ils ferment les yeux devant ses yeux ! Heureux les 20% d'illettr&eacute;s,            signataires ! Petits r&ecirc;ves petites r&eacute;alit&eacute;s ! Mais            ? Mais ? Mais que voyons-nous l&agrave; ? Un illettr&eacute; qui feuillette            un journal en ne regardant que les images ! Vicieux, vicieux ! Masochiste            ! Petit angliciste ! Il ne sait pas lire, et il regarde (&agrave; son &acirc;ge            !) des images de femmes et d'&eacute;meraudes ! Crevez-lui les yeux,            signataires ! Mais crevez-lui donc les yeux ! Quel int&eacute;r&ecirc;t            peut-il trouver &agrave; r&ecirc;ver devant ces objets qui lui sont inutiles            et devant ces textes grandiloquents truff&eacute;s d'anglicismes ? Cochon            ! Cochon ! <br>           <br>           *<br>           [chapitre 4]<br>           <br>           <br>           MANIFESTE. Je suis ! Je suis ! Comment pouvez-vous dire de pareilles            b&ecirc;tises, signataires ? Je suis ! Attendez, signataires, attendez,            restez l&agrave;, qu'on rigole un peu. Vous disiez donc : je suis. Mais            que suivez-vous ? R&eacute;pondez : que suivez-vous donc ? Vous suivez            les femmes comme des chiens, qui pour deux caresses se rouleraient de            bonheur au pied du monde ? Vous suivez du regard leurs yeux, comme des            laisses o&ugrave; se pendre en bandant ? Que suivez-vous, signataires            ? Vous suivez les feuilletons &agrave; la t&eacute;l&eacute;, pour savoir            si c'est ce soir que Bob couchera avec Booz ? <i>- Bien s&ucirc;r que            c'est ce soir, tiens, il va pas rester l&agrave; toute sa vie &agrave;            croiser les bras, </i>disait hier un enfant tr&egrave;s au courant et            tr&egrave;s con. Ben non, signataires ! Ben non ! Bob ne couchera pas            avec Booz, ni Oedipe avec la voisine ! Et c'est bien &ccedil;a qui est            pratique, signataires, quand on rencontre Oedipe : on n'a pas peur qu'il            nous pique nos femmes, ah &ccedil;a non ! On sait qu'il est bien sage,            et bien ob&eacute;issant : alors on n'a pas peur ! On peut laisser nos            femmes se balader en petite culotte devant lui : rien &agrave; foutre,            il en a rien &agrave; foutre, ce fayot ! Il veut avoir tout juste !            Il ne s'arr&ecirc;te m&ecirc;me pas une seconde, signataires, m&ecirc;me            pas une petite seconde pendant laquelle il regarderait autour de lui,            voir si des fois il n'y aurait pas d'autres femmes plus int&eacute;ressantes,            alors son destin pourrait avoir peur, son destin pourrait se dire :            merde ! merde ! il va me planter l&agrave;, et partir avec la voisine.            Ben non, signataires, ben non ! Oedipe, il se la joue premier de la            classe, jusqu'au bout ! Je dois faire ci et &ccedil;a, je ferai ci et            &ccedil;a ! Il ne perd pas de temps avec des amourettes ! C'est avec            sa m&egrave;re qu'il a couch&eacute; dans le futur alors c'est avec            sa m&egrave;re qu'il couchera dans le pass&eacute;, et avec personne            d'autre ! <i>- Mais t'es compl&egrave;tement con &agrave; la fin de            me dire la fin de l'histoire, </i>disait hier encore un enfant tr&egrave;s            pass&eacute;iste et tr&egrave;s con. La fin de l'histoire ! Il ne veut            pas conna&icirc;tre la fin de l'histoire ! Il veut donc qu'on lui mente            ? Ok ! Ok, on va lui mentir, signataires ! Ok ! Bob couchera avec Booz            ! Ok, ok, Oedipe couchera avec la voisine, et les chevaux resteront            brouter l'herbe aux portes de Troie !<br>           <br>           Je suis de mon temps, mais je ne sais pas en quel verbe. Je ferme les            yeux : car c'est une surprise. Je ferme les yeux, l&agrave; : et entre            les lignes suivantes la surprise va appara&icirc;tre, rien que pour            vous et moi. Puisque les choses surgissent, au hasard. Quoi, quoi, c'est            quoi ce qui va appara&icirc;tre, rien que pour nous ? Tiens, c'est un            tigre. Pourquoi pas, un tigre ? Ou un enfant, qui ne vous reconna&icirc;t            pas. Il ne veut pas de vous. Il cherche ses parents, naturellement.            Mais qui sont-ils ? Voil&agrave; une &eacute;nigme difficile &agrave;            r&eacute;soudre. Il faudrait mener l'enqu&ecirc;te, le long de l'histoire            du monde. Fermez les yeux c'est une surprise ! Pour que les choses surgissent,            au hasard. Quoi, quoi, c'est quoi ce qui va appara&icirc;tre, rien que            pour moi ? Une femme au nez trop long, miracle, une femme au nez beaucoup            trop long ! Comment une chose pareille peut-elle appara&icirc;tre sur            la terre ? Si, si, si de quelques centim&egrave;tres, si de quelques            centim&egrave;tres seulement son nez avait &eacute;t&eacute; plus court,            si seulement. Si son nez avait &eacute;t&eacute; un peu plus court,            je ne la reconna&icirc;trais pas, je ne me dirais pas que c'est elle            : si seulement ! Ouvrez les yeux c'est une surprise. <br>           <br>           T&Eacute;L&Eacute;VISION. &Eacute;mission scientifique. Un tiers des            hommes ont la t&eacute;l&eacute;vision allum&eacute;e en permanence,            24 heures sur 24, qu'ils la regardent ou non. <i>Je la laisse allum&eacute;e            car cela me tient compagnie. Lorsque je rentre dans la pi&egrave;ce            o&ugrave; il y a la t&eacute;l&eacute;, c'est comme s'il y avait quelqu'un.            Je la laisse allum&eacute;e au cas o&ugrave; il y aurait quelque chose            qui m'int&eacute;resse. Lorsque je rentre dans la pi&egrave;ce o&ugrave;            il y a la t&eacute;l&eacute;, je jette un coup d'oeil pour voir s'il            y a quelque chose qui m'int&eacute;resse. Mais souvent c'est toujours            pareil. C'est que globalement il n'y a pas grand chose d'int&eacute;ressant.            </i>Mais tout de m&ecirc;me : au cas o&ugrave; il se passerait quelque            chose il faut qu'elle soit allum&eacute;e. Car si soudain il y avait,            soudain, soudain une grande nouvelle. Il ne faudrait pas manquer &ccedil;a.            <i>J'ai peur de rater quelque chose. </i><br>           <br>           MANIFESTE. Roulements de tambours, signataires ! Il va le faire ! Il            peut le faire ! Incroyable mais vrai ! Applaudissez, signataires : applaudissez            le pass&eacute; ! Devant vos yeux, signataires, devant vos yeux cette            chose incroyable ! Devant vos yeux, le pass&eacute; va sauter dans le            futur ! Devant vos yeux le pass&eacute; va mourir ! Applaudissez, signataires            ! Il a besoin que vous l'encouragiez ! Cela est difficile pour lui !            Applaudissez ! Ces choses-l&agrave; on ne les voit pas tous les jours            ! Ces choses-l&agrave; elles sont extraordinaires ! Vous en aurez pour            votre temps, signataires ! Applaudissez ! Le pass&eacute; ! Le pass&eacute;            prend place, il s'avance ! Il s'avance, au bord du pr&eacute;cipice            ! Il est, signataires ! Le pass&eacute; est au bord du pr&eacute;cipice            : c'est qu'il va sauter ! C'est qu'il va &ecirc;tre ! Devant vos yeux,            l'avant l'apr&egrave;s ! Devant vos yeux, signataires, le pass&eacute;            va ! Va &ecirc;tre ! Aura &eacute;t&eacute; ! &Eacute;t&eacute; ! Roulements            de tambours ! Roulements de tambours !<br>           <br>           *<br>           [chapitre 5]<br>           <br>           <br>           <i>La vieille fille dit que l'esp&egrave;ce sauvage la plus rapide est            le gu&eacute;pard (tr&egrave;s certainement, s&ucirc;rement, vraisemblablement,            probablement, peut-&ecirc;tre, pourquoi pas ?). Mammif&egrave;re carnivore            &agrave; robe tachet&eacute;e, corps haut sur pattes, t&ecirc;te petite,            ongles non r&eacute;tractiles. Sa rapidit&eacute; &agrave; la course,            dit la vieille fille, est grande : cent vingt kilom&egrave;tres-heure.            Je ne la crois pas. Car de mon temps ! De mon temps il y avait les gu&eacute;pards            &agrave; grandes oreilles. Ah si vous aviez connu ces gu&eacute;pards-l&agrave;,            je dis &agrave; la vieille fille. Oh ce n'&eacute;taient pas des petites            pointes &agrave; cent dix cent vingt kilom&egrave;tres-heure qu'ils            faisaient, oh non, pas de si petites pointes. De mon temps voyez-vous,            de mon temps il y avait les gu&eacute;pards &agrave; grandes oreilles,            et ils les repliaient leurs oreilles, tournoyantes comme des h&eacute;lices,            et ce n'est pas &agrave; une petite centaine, non ! c'&eacute;tait &agrave;            mille deux, oui, mille deux kilom&egrave;tres-heure qu'ils couraient            comme vous et moi on court, mille deux kilom&egrave;tres-heure sur leurs            quatre pattes ! Car ils avaient quatre pattes, et ils soufflaient tout            sur leur passage, le feu et les avions, et d&eacute;j&agrave; on se            retournait mais ils n'&eacute;taient plus l&agrave;. Les plus attentifs            faisaient un voeu, et il se r&eacute;alisait, miracle ! Car ils avaient            vu, vu les gu&eacute;pards aux grandes oreilles, vus de mon temps mais            d&eacute;j&agrave;, d&eacute;j&agrave; ils ont disparu, et ils courent            vers le pass&eacute;.</i><br>           <br>           &agrave; L'USAGE DES ENFANTS. Conjugaison. Oui, conjugaison encore,            oui je sais qu'on passe beaucoup de temps sur la conjugaison, mais vous            avez du retard. Je n'en avais jamais vu qui aient autant de retard que            vous sur ces choses-l&agrave;. Si vous croyez que &ccedil;a m'amuse            de faire de la conjugaison. Aujourd'hui, le futur ant&eacute;rieur.            Le futur ant&eacute;rieur parle au pass&eacute; du futur ou au futur            du pass&eacute;, c'est selon. Mais pr&egrave;s tout, ce n'est qu'un            temps comme un autre. Vous finirez par vous y faire. <br>           <br>           MANIFESTE. Bravo, signataires, bravo ! On ne voit plus le tigre ! Il            n'existe plus : d&eacute;barrass&eacute;s une fois pour toutes ! Oubliez            le tigre, oubliez, oublions ! N'en parlez plus jamais &agrave; vos enfants            ! Taisez-vous, signataires, taisez-vous, et le tigre se taira, et le            feu dans ses yeux ! Car c'est le tigre c'&eacute;tait lui oui c'&eacute;tait            lui qui avait vol&eacute; le feu ! D&eacute;barrass&eacute;s du feu,            enfin, feu le feu ! Oubliez, signataires, oubliez la m&eacute;moire            du tigre ! Le tigre est mort : meure le tigre et meurent ses feulements            ! Ni tigres ni gorgones, enfin ! <i> Mais o&ugrave; trouvera-t-on les            rayures ? O&ugrave; les trouvera-t-on les rayures du tigre disparu,            lorsque le tigre sera disparu et qu'on l'aura oubli&eacute; ?</i> demandait            hier encore un enfant tr&egrave;s interrogatif et tr&egrave;s con. Comment            s'appelait-il d&eacute;j&agrave;, ce gros animal &agrave; rayures ?            Comment il s'appellerait, maman, s'il existait encore ? Dis maman c'est            quoi les rayures ? C'&eacute;tait comme des traits noirs, vulgaires,            sur une couleur douce en feu. Mais plus personne ne porte de rayures            alors ? Oh si il y a bien le z&egrave;bre mais ce n'est pas pareil,            les rayures du tigre elles &eacute;taient sp&eacute;ciales, tr&egrave;s            sp&eacute;ciales. Mais le tigre &eacute;tait b&ecirc;te ; s'il a disparu            ce n'est pas pour rien : il a refus&eacute; d'&eacute;voluer avec son            temps. L'&eacute;volution : l'&eacute;volution n'a su que faire de ses            rayures. C'est qu'il &eacute;tait laid, le tigre, tr&egrave;s laid.            Sa patte de velours grattait, et ses crocs &eacute;taient tout jaunes,            pauvre tigre ! Aucun int&eacute;r&ecirc;t, le tigre. Si on devait se            souvenir de tout ! Voil&agrave; une bonne r&eacute;ponse, signataires            : si on devait se souvenir de tout ! Si on devait se souvenir de tout            ! Voil&agrave; qui est bien dit ! Si on devait, signataires, si on devait            ! Mais on ne doit pas ! Ouf, on ne doit pas ! Ouf ! Ouf car le mammouth            ! Ouf car ! Ouf car le mammouth, voyez-vous, avait sur chacune de ses            pattes un dessin g&eacute;om&eacute;trique tr&egrave;s particulier et            tr&egrave;s beau, et les hommes reproduisaient ce dessin, comme plus            tard les rayures du tigre sur les coussins et les chemises des femmes,            et ce dessin &eacute;tait assez simple, mais trop long &agrave; d&eacute;crire            ! Nous l'avons oubli&eacute;, est-ce g&ecirc;nant ? Que non ! Que non            ! Ouf car le mammouth ! Ouf car le ! Et le ! Et le ! Et puis aussi le            ! Et ! Et ! H&eacute; h&eacute; ! Mais o&ugrave; est donc ornicar ?            Il n'est pas l&agrave;, signataires, il n'est pas l&agrave;, plus l&agrave;            ! Disparus, signataires, disparus ornicar et le mammouth et ! Disparus            dans ce que nous ne voyons pas ! Bon d&eacute;barras ! S'il fallait            se souvenir de tout, signataires ! S'il fallait se souvenir de tout            ! Et les gorgones qui naissent en couinant sous nos stylos, sont-elles            plus malheureuses, lorsqu'on les efface ?<br>           <br>           T&Eacute;L&Eacute;VISION. &Eacute;mission animali&egrave;re. Les animaux            en voie de disparition (3). Une mar&eacute;e noire va tuer des esp&egrave;ces            animales uniques : lycaons &agrave; grandes oreilles et taupes bleues.            Chercherait-on partout sur la terre que l'on n'en trouverait pas de            semblables : ils habitaient l&agrave;, pr&eacute;cis&eacute;ment l&agrave;,            sur cette &eacute;troite langue de terre, or c'est cette langue qui            va &ecirc;tre aval&eacute;e par le noir. C'est cela qui est triste,            dit un scientifique : ils vont dispara&icirc;tre, et on n'en retrouvera            pas, ailleurs, de semblables. Si seulement la mar&eacute;e noire &eacute;chouait            sur les c&ocirc;tes o&ugrave; vivent les musaraignes et les lapins :            on en a des stocks de ces bestioles-l&agrave;, on peut bien se permettre            d'en perdre quelques unes. Mais les taupes bleues ! c'est vraiment trop            dommage. Il faut faire quelque chose pour les sauver.<br>           <br>           *<br>           [chapitre 9]<br>           <br>           <br>           Peut-&ecirc;tre, dit la vieille fille : &ecirc;tre peu, n'emp&ecirc;che            que.<br>           <br>           MANIFESTE. Peut-&ecirc;tre ! Peut-&ecirc;tre ! Peut-&ecirc;tre que rien            du tout ! Qui vous a racont&eacute; ces sornettes, signataires, qui            ? Qui &ccedil;a ? Quoi ? Ha ! Lui, il vous a dit &ccedil;a ? Vous voulez            nous faire croire que lui, il vous aurait dit &ccedil;a ? Lui, &agrave;            vous, il vous aurait dit &ccedil;a ? Comme si ! Comme si, signataires            ! Comme si les poissons racontaient aux oiseaux la douceur des &eacute;coutilles            ! Comme si ! Comme si on voyait de l'autre c&ocirc;t&eacute; de la surface            ! <i> Ah si seulement j'&eacute;tais assez grand pour voir, assez grand            pour voir de l'autre c&ocirc;t&eacute; du mur, </i>disait hier l'autre            jour un enfant tr&egrave;s nabot et tr&egrave;s con. Ne lui achetez            pas d'&eacute;chelle ! Ne le hissez pas sur vos &eacute;paules ! Ne            lui tendez pas d'escabeau ! Coupez-lui donc plut&ocirc;t les jambes,            signataires ! Savonnez donc plut&ocirc;t le mur, pour qu'il en tombe            ! Cassez-y donc plut&ocirc;t des miroirs, pour qu'il s'y coupe ! Et            puis tuez les animaux amphibies, signataires : car ils vivent en deux            mondes ! Que les poissons-chats arrachent leurs moustaches ! Que ces            sous-marins exhibitionnistes ne remontent pas &agrave; la surface :            ils ne m&eacute;ritent pas nos regards ! Miradors ! Miradors ! Qu'ils            ne mirent que les miradors !<br>           <br>           T&Eacute;L&Eacute;VISION. Jeu. Qui est qui ? (1) Le jeu du<i> qui est            qui </i>est simple : on prend six personnes, vraiment tr&egrave;s tr&egrave;s            tr&egrave;s diff&eacute;rentes. Par exemple un cuisinier, un clown,            un &eacute;lectricien, un marin-p&ecirc;cheur, un ouvrier du b&acirc;timent,            un &eacute;crivain. Dans les coulisses on leur arrache leur toque, leur            nez rouge, leur casquette, leur marini&egrave;re, leur marteau-piqueur,            leurs lunettes. On les maquille un petit peu, pour qu'ils aient tous            l'air aussi propres. Alors seulement ils peuvent entrer sur le plateau            de l'&eacute;mission. Le pr&eacute;sentateur, lui, on sait bien qui            c'est : c'est un pr&eacute;sentateur, il en a tout l'air. Il leur dit            bonjour et merci beaucoup vraiment de venir comme &ccedil;a de par tout            le pays, pour jouer avec nous au qui est qui. Il les aligne en rang            d'oignons. Il dit que &ccedil;a va &ecirc;tre le moment de deviner :            qui est qui ? Il fait amener des oeufs, de la farine, du beurre, du sucre.            Le pr&eacute;sentateur d&eacute;signe un des candidats, toi par exemple.            Vas-y, fais nous un gros g&acirc;teau. Le quidam empoigne la farine            d'une main leste. Il casse un oeuf. Saura-t-il s&eacute;parer le jaune            du blanc ? Il sait. Murmure dans le public. Il plonge un doigt dans            le saladier. Il le porte &agrave; sa bouche. Il prend des airs entendus.            Il ajoute une pinc&eacute;e de sel. Il dit que la p&acirc;te doit reposer            dix &agrave; onze minutes, imp&eacute;rativement. Oh l&agrave; l&agrave;            ! Et si c'&eacute;tait lui ?<br>           <br>           MANIFESTE. Lui ! Luit ! Le cam&eacute;l&eacute;on ne fait pas la couleur,            ni le ventriloque la langue, signataires ! Que les choses se manifestent,            manifestement ! Que l'habit soit, et que les moines fusent ! Marre des            d&eacute;guisements, signataires ! Que l'on &eacute;crive ce que sont            les gens, de mani&egrave;re succinte et raisonnable ! Allez &agrave;            l'essentiel, signataires. Il est gros : ce sera le cuisinier ! Il est            petit : ce sera napol&eacute;on ! Marre des clowns et des clones, signataires            ! Tuez les cam&eacute;l&eacute;ons, qui vous mentent sur leur couleur            ! Scotchez-les &agrave; une feuille verte, pour qu'ils restent bien            verts ! Scotchez-les &agrave; une feuille rouge, pour qu'ils aient toujours            honte ! Ils doivent choisir, signataires, ils doivent choisir : le vert            ou le rouge ! <i> Mais c'est pratique tout de m&ecirc;me, de pouvoir            changer de couleur, </i>disait hier encore un enfant tr&egrave;s daltonien            et tr&egrave;s con, &ccedil;a sert &agrave; se prot&eacute;ger des pr&eacute;dateurs.            Montrez-lui, signataires, montrez-lui ! Montrez-lui les cam&eacute;l&eacute;ons            des t&eacute;l&eacute;s noir et blanc ! Montrez-lui les cam&eacute;l&eacute;ons            des ann&eacute;es cinquante ! Forc&eacute;ment, c'&eacute;tait moins            pratique, forc&eacute;ment ! On les voyait comme tout le monde ! Ni            plus ni moins ! Ils &eacute;taient noir et blanc comme les autruches            et les chameaux, signataires ! Et quand le pr&eacute;dateur avait faim,            il avait faim ! Le pr&eacute;dateur avait faim d'une forme, signataires,            pas d'une couleur, d'une forme ! D'une forme de cam&eacute;l&eacute;on            : or le cam&eacute;l&eacute;on, con qu'il &eacute;tait, il ne savait            pas changer de forme ! &Ccedil;a pigmentait la situation ! Le cam&eacute;l&eacute;on            avait tr&egrave;s peur, il devenait tout rouge et il courait tr&egrave;s            vite, sur ses moignons de pattes ! On le reconnaissait entre mille,            ce crocodile au rabais ! Ce l&eacute;zard de pacotille ! Ce vaurien            ! Cet &eacute;l&eacute;phant rose ! Mais que voyons-nous l&agrave;,            signataires ? Que voyons-nous l&agrave; ? Au secours ! Au secours !            Une fausse blonde, signataires, une fausse blonde ! Une fausse blonde            ! Au secours !<br>           <br>           *<br>           [chapitre 10]<br>           <br>           <br>           <i>Certains peuples, me dit la vieille fille, certains peuples sont            bien sauvages. Peuples d'amn&eacute;siques, sourds comme des pots et            b&ecirc;tes comme des cochons. Plantes, plantigrades. Des peuples sans            &eacute;criture. Certes des pictogrammes : un petit dessin par ci, un            petit dessin par l&agrave;. Une trace, limit&eacute;e par l'envergure            des bras et du ventre. Les abeilles &eacute;crivent bien avec les odeurs,            quant au loup : le loup est un messager des dieux, lorsqu'il pisse au            coin du chemin pour d&eacute;limiter son territoire. C'est &eacute;crit,            or ce qui est &eacute;crit est &eacute;crit. Le loup num&eacute;ro deux,            l'imprudent qui ne savait pas lire, s'est fait &eacute;gorger comme            un mouton. Les oiseaux envoient des messages d'amour, plumes color&eacute;es            qui s'&eacute;bouriffent. Mais d&eacute;j&agrave; c'est le lendemain            et d&eacute;j&agrave; le lendemain n'est plus, et l'oiselle se dit :            mais qui suis-je que fais-je que puis-je esp&eacute;rer, avec ce gros            oiseau-l&agrave; ? Et elle ne peut relire ses lettres de jeunesse pour            se souvenir de leur amour pass&eacute;, objectivement, de l'objectivit&eacute;            d'une plume qui se dresse pour dire les choses primordiales, grav&eacute;es            en la pierre la plus dure. Certains peuples, me dit la vieille fille,            certains peuples sont bien sauvages. Ils gravent sur leur corps. Scarifications,            qu'ils disent. Comment oublier cela ? </i><br>           <br>           Si je voyais un miracle, je ne le filmerais pas. Je ne l'&eacute;crirais            qu'&agrave; moi-m&ecirc;me : et pour plus de s&ucirc;ret&eacute;, pour            &ocirc;ter le risque des yeux qui regardent, je ne l'&eacute;crirais            qu'en pens&eacute;es : et pour plus de s&ucirc;ret&eacute; encore, je            l'oublierais extr&ecirc;mement vite : pour &ocirc;ter le risque de la            parole qui est m&eacute;moire. Mon oubli irait se tapir dans un recoin            de moi-m&ecirc;me. Comme lorsque l'on prend un coup de vieux, j'aurais            pris un coup de miracle, et la preuve serait l&agrave;, que les autres ne verraient            pas : par exemple ce cheveu un peu plus noir, veillant bien &agrave; se cacher            parmi les autres. Ce que personne n'a vu n'existe que pour moi donc            n'existe pas : un jour f&eacute;ri&eacute; qui tombe le dimanche, une            ancienne montagne qu'ils appellent plaine, une petite tache rouge sur            une page noire qui est en fait une grande tache noire sur une page rouge,            ce qu'ils ne savent pas : puisqu'ils n'ont pas le droit de toucher,            pas le droit de sentir, pas le droit de gratter, pas le droit de caresser,            pas le droit de frotter, pour savoir ce qui peut bien &ecirc;tre en            dessous. Ils ne peuvent que voir : et voir ce n'est pas assez. <br>           <br>           T&Eacute;L&Eacute;VISION. Flash infos. &Ccedil;a se passe &agrave; une            heure d'avion de chez vous, dit le pr&eacute;sentateur. Et c'est horrible.            &agrave; une heure ! On ne peut pas laisser faire &ccedil;a. <br>           <br>           MANIFESTE. &agrave; une heure d'avion, signataires ! &agrave; une heure            ! Ce n'est vraiment pas tr&egrave;s loin, ah &ccedil;a, vraiment pas            ! Demandez-vous, signataires, et r&eacute;pondez franchement : dans            une heure o&ugrave; serez-vous ? O&ugrave; ? Pas bien loin, ah &ccedil;a            non ! Pas bien loin ! Le cul sur votre chaise, signataires ! Le cul            sur votre chaise vous serez ! Vous n'aurez pas boug&eacute; d'un pouce,            et une heure aura pass&eacute; ! C'est dire si ce n'est pas loin, une            heure, signataires, c'est dire ! <i> Mais s'il a un quart d'heure de            retard l'avion, &ccedil;a veut dire que c'est &agrave; une heure d'avion            et quart, et qu'alors on s'en fout ? </i>demandait hier encore un enfant            tr&egrave;s math&eacute;maticien et tr&egrave;s con. Une heure d'avion            et quart ! Une heure d'avion et quart ! Ce n'est ni &agrave; une heure            d'avion, signataires, ni &agrave; une heure d'avion et quart ! Refaites            le calcul, signataires, et cette fois n'oubliez pas d'aller chercher            vos bagages : trois deux un, top chrono ! Le temps passe, le temps passe            ! Quoi ? D&eacute;j&agrave; une heure et deux minutes ? Que c'est long            ! Oh, que c'est long ! Le tapis roulant roule, et vos bagages n'arrivent            toujours pas, et elles s'&eacute;loignent, les images ! Elles s'&eacute;loignent            ! Elles sont &agrave; une heure trentre-trois de votre vie, &agrave;            pr&eacute;sent ! Une heure trente-quatre ! Ah, enfin, vos bagages !            Continuez votre calcul, signataires, continuez ! Continuez ! Une heure            quarante-sept ! Oh l&agrave; l&agrave; ! C'est qu'il y a la queue, pour            les taxis ! Il y en a un paquet, de gens qui attendent un taxi ! On            se demande bien o&ugrave; ils vont, tous ceux-l&agrave;, hein ! On se            le demande, signataires ! Ils ne peuvent donc pas rester chez eux, tranquillement            ? Deux heures moins cinq, et elles continuent de s'&eacute;loigner,            les images ! Pas de chance qu'il y ait autant de monde qui attende un            taxi ! Publicit&eacute; mensong&egrave;re, signataires : une heure,            tu parles ! On nous les fait miroiter &agrave; une heure : deux heures            dix, oui ! Deux heures onze, &agrave; pr&eacute;sent ! Mais qu'est-ce            qu'il fout maintenant celui-l&agrave; ? Il croit qu'on a tout notre            temps, peut-&ecirc;tre ? Bon bon, enfin, on avance un peu, signataires,            enfin ! Deux heures et demi ! Et c'est que vous n''tes pas encore            rendus, hein, signataires ! Il faut marcher &agrave; pr&eacute;sent            ! Par l&agrave; ? Par l&agrave;, signataires, par l&agrave; ! Qu'est-ce            qu'elles sont mal indiqu&eacute;es, quand m&ecirc;me, ces images ! Ils            pourraient faire un effort ! C'est pas normal qu'on doive tourner trois            heures en rond avant de les trouver ! Trois heures, presque trois heures            qu'on tourne, &agrave; la recherche de ces images ! &Ccedil;a leur co&ucirc;terait            rien d'acheter un panneau avec une grande fl&egrave;che ! Ah, enfin            ! On dirait que c'est l&agrave; ! Esp&eacute;rons qu'on arrive &agrave;            temps, signataires, esp&eacute;rons ! On dirait que oui ! On dirait            bien que oui ! On entend encore des cris ! Oh l&agrave; l&agrave;, vite            ! Vite, vite ! Mais vite, on vous dit ! Oh, comme on a h&acirc;te de            voir ! Frappez &agrave; la porte, signataires ! Ah ! Ils nous ont entendu,            signataires, ils nous ont entendus ! Ils vont nous ouvrir ! &Ccedil;a            y est, &ccedil;a y est, ils ouvrent ! Ohhhh ! Ohhhhh ! Venez voir, signataires            ! Ohhhh ! </div></td>     </tr>   </tbody> </table>    <!-- #EndEditable --></body><!-- #EndTemplate -->  </html>  
