<HTML><HEAD><TITLE>Clabecq</TITLE></HEAD><BODY> <FONT FACE="Arial"> <TABLE><TR><TD BGCOLOR=black> <FONT FACE="Courier New" COLOR=white SIZE=4><B> Une interview de Silvio Marra</B></TR></TD></TABLE> <CENTER><FONT FACE="Impact" COLOR=red SIZE=6> Usinor, Duferco, Rgion wallonne, directions syndicales: <BR>un front commun pour liquider en douce la sidrurgie </FONT></CENTER> <P><B> Le Militant: Il y a quelques semaines, Usinor, Arbed et Aceralia  ont  annonc qu'elles fusionneraient pour former le premier groupe  sidrurgi-que mondial. Immdiatement Usinor a averti qu'il fallait  supprimer 10% de personnel  la Fafer, puis qu'on augmenterait le tonnage  de laminage d'acier inox  Cockerill Charleroi. Aujourd'hui Duferco  annonce la fermeture prochaine du haut fourneau et la mise en place d'une  synergie avec Charleroi. Comment analyses-tu la situation? </B><P>Silvio Marra: "Pour comprendre la situation actuelle, je remonterai   la  situation de 1995 lorsqu'il tait vident que les Forges de Clabecq allait  vers un dpt de bilan. Nous avons interpell le secrtariat national de  la Centrale des Mtallur-gistes FGTB (CMB) sur la situation de la  sidrurgie en gnral. Il y a eu une runion nationale regroupant les  dlgations syndicales de toute la sidrurgie wallonne (Lige, Charleroi,  Bol, Clabecq). Aprs un tour de table il tait vident qu'il n'y avait  pas  ce niveau-l une volont de soutenir les travailleurs des Forges de  Clabecq. Piron, secrtaire mtallo de Lige, nous a mme dit: "On est tous  sur le mme bateau. Ce bateau est en train de couler, mais vous tes   l'avant du bateau et nous sommes  l'arri-re. Nous ne sommes vraiment pas  presss de prendre votre place." Cette runion s'est termine sur le  constat que la CMB nationale ne pouvait rien faire pour les travail-leurs  de Clabecq. La plupart des prsents, sauf la dlgation des Forges,  caressaient l'ide de "si lui meurt, j'aurai une chance de survivre plus  longtemps". C'tait tout le contraire de ce qu'on peut imaginer en manire  de solidarit. A ce moment la dlgation des Forges a compris qu'elle ne pouvait compter  que sur elle-mme et sur les travailleurs des Forges. Pas sur la  solidarit des autres forces de la sidrur-gie. Nous n'avons donc plus  compt sur les structures syndica-les pour quoi que ce soit et nous avons  commenc  mobiliser trs largement: ou-vriers, employs et cadres des  Forges, habitants de la rgion de Tubize, sympathisants, voire mme  l'ensemble du monde travail en Belgique. Ds le dpart les rela-tions  entre les structures syndicales et la dlgation taient des relations de  non-solidarit. Le message des structures tait clair: "Dmerdez-vous!" <P>	"Dans ce contexte la dlgation a veill  ne pas tre le  dclencheur de l'arrt des Forges. Il ne fallait pas partir en grve trop  tt car si on devait dpendre des caisses de grve pour survivre on savait  trs bien qu'aprs une semaine ou deux de grve la direction de la CMB  aurait exerc un chantage et nous aurait coup les vivres. Nous avons donc  tout fait pour attendre le dpt de bilan et notre inscrip-tion au chmage  avant de passer  l'action."  <P><B> L.M.: Et aujourd'hui? </B><P> S.M. "Aujourd'hui on retrouve une situation identique: les  secrtai-res  de toutes les rgionales de la CMB et de la CSC dclarent tre solidai-res  mais ne sont absolument pas prts  la concrtiser. Les structures  syndicales de Lige esprent que Charleroi coule sans faire trop de bruit  afin de pas devoir s'engager dans une ventuelle lutte de solidarit.  Elles esprent que Charleroi acceptera de monter sur le bateau de Duferco,  bateau qui mne directement  l'abattoir. Si les sid-rurgistes de  Charleroi s'embarquent sur ce bateau, qu'ils ne viennent pas pleurer dans  quelques annes car ils auront t prvenus. Duferco n'est pas un  industriel mais un charognard: quel-qu'un qui puise les dernires  ressources d'une entreprise avant la fermeture dfinitive. <P>	"Non seulement il puise les ressources conomi-ques mais aussi  les  ressources sociales. L'opposition syndicale est dtruite dans ce passage  de l'industrie classique vers une activit de dmantlement. Donc c'est  vident que si Charleroi y passe, cela ne fait aucun doute que Lige y  passera par la suite et peut-tre mme Sidmar par la suite. Il y a une  complicit vidente entre les structures syndicales, la Rgion wallonne et  le monde patronal pour rayer de la carte la sidrurgie belge en la fermant  ou en la dplaant ailleurs."  <P><B>L.M.: Et la situation de Duferco Clabecq aujourd'hui? </B><P> S.M.: "N'oublions pas le combat extraordinaire men par les  travailleurs  des Forges avec pratiquement le soutien, en fvrier 1997, de toute la  partie de la population du pays sensible  la situation sociale. Aprs  cette mobilisation, nous avons con-traint la Rgion wallonne  trouver une  solution pour remettre l'usine en route. <P>"	L'usine a t  l'arrt en dcembre 1996 et a redmarr en fvrier  1998. En 1998 lors du redmarrage ils ont tout fait pour essayer de briser  le rapport de forces sociales. Quand ce rapport de forces ne nous a plus  t favorable, le monde patronal, le PS et les structures syndicales ont  mont un complot pour exclure toute l'avant-garde des Forges: 400  travailleurs qui taient les plus sensibles  la vie politique et sociale.  De plus de 500  600  tra-vail-leurs ont t prpensionns. Ces  prpensionns n'taient pas n'importe qui: c'taient des travailleurs qui  avaient une longue exprience de luttes sociales. C'tait parmi les  meilleurs des Forges. Il restait donc un millier d'ex-travail-leurs des  Forges qui ont eu la possibilit d'tre rembauchs: une partie a t  engage par Duferco, une autre par des entreprises de sous-traitance  travaillant pour Duferco, d'autres enfin ont refus de retravailler avec  35% de salaire en moins et dans des conditions o toutes les conventions  collectives avaient t balayes et o il n'existait plus de force  syndicale. Voil l'tat des lieux  la reprise en 1998. <P>"	La situation est alle en s'aggravant depuis lors car les  travailleurs n'ont pas eu la possibilit de mettre en place une vritable  dlgation syndicale et ils ont hrit d'une dlgation parachute par le  Parti socialiste. La dlgation actuelle n'a pas d'exprience et pas de  vision politique du monde. Elle n'a pas de liens avec les masses. Les  travailleurs ne lui font pas confiance et vice-versa. Ce sont des  militants qui se font manipuler par le PS et par le secrtaire Gilbert  Legasse qui lui-mme a complot pour exclure les vritables dlgus des  Forges de Clabecq du travail dans un premier temps, du syndicat par la  suite."  <P><B> L.M.: Que penses-tu de la manifestation des ouvriers sidrurgistes    Wpion le 15 mars? </B><P> S.M.: "Il y avait au maximum un millier de travailleurs  Wpion,  un coin  perdu  la campagne: 200 de chez Duferco, relativement dcourags. Ceux de  Charleroi ne l'taient pas moins. Une bousculade a eu lieu assez loin de  moi. On m'a dit que le ministre Kubla avait t couvert de crachats. Je ne  comprends pas pourquoi spcialement Kubla et pas, par exemple sur Gilbert  Legasse ou sur Van Cauwenberghe qui est partie civile dans le procs des  13 de Clabecq. <P>	"Nous tions une dizaines de camarades de l'ancienne dlgation  des  Forges, accompagns de quelques militants du MRS. Nous avons constat que  beaucoup de travailleurs continuaient  nous soutenir, Roberto D'Orazio en  particulier, et venaient nous serrer la main. C'est avec nous qu'il y a le  plus de discussions. Tous posaient des questions. Mais ce n'est pas facile  de trouver des rponses claires et nettes car la situation est trs  difficile et les adversaires sont trs bien organiss. En fait il y a un  front commun entre Usinor, Duferco, la Rgion wallonne et les directions  syndicales pour fermer en douceur en essayant d'viter un grand conflit  social comme celui des Forges de Clabecq. Tous ceux qui sont dans ce front  ont peur des travail-leurs en lutte. Ils aiment le travailleur qui pleure  mais redoutent la colre de celui qui n'est pas prt  se laisser faire." <P><B> L.M.: La presse parle d'une fermeture probable du haut fourneau de  Clabecq? </B><P> S.M.: "Mme la faon de prsenter les choses est un mensonge.  C'est une  volont vidente de banaliser les vnements. Il s'agit en fait d'arrter  toute la phase liquide et ses annexes: LES hauts fourneaux (il n'y en a  pas un seul, mais trois qui pourraient fonctionner), deux lignes  d'acirie, deux lignes de coule continue, la centrale lectrique et le  laboratoire qui travaille surtout pour ces lignes de production. En tout  il s'agit des 2/3 de l'entreprise en sachant que le tiers restant est dj  ferm  75% car le laminoir, qui serait maintenu, ne travaille plus qu' 5  postes par semaine alors qu'alors qu'avant il travaillait  20 postes par  semaine.<P> 	"Collignon avait promis que les Forges tourneraient jusque 2001 ou  2002 et que d'ici l il y aurait une reconversion. En fait de reconversion  ils ont construit une prison juste  ct de l'usine et je crois que c'est  la seule russite dont le PS peut se vanter. Quant aux autres emplois que  Duferco garantit, il doit s'agir d'quipes de dmontage de l'usine car il  y a des primes de la commission europenne pour assainir les sites  industriels  l'abandon. Pour effectuer ces dmontages, il faut toutefois  du personnel qualifi (lectriciens, mcaniciens, monteurs). Il n'est pas  question d'utiliser du personnel de production pour faire le dmontage  sans aller au-devant d'accidents graves. Dmonter une sidrurgie avec du  personnel non qualifi c'est un peu comme si on prenait les dix premires  personnes qui passent dans la rue pour en faire des parachutistes."  <P><B> L.M.: A ton avis, que proposer comme revendication pour essayer  d'unir  les travailleurs de la sidrurgie? Que penses-tu par exemple de l'ide de  renationalisation sans rachat de toute la sidrurgie par l'tat belge? </B><P>S.M.: "C'est un mot d'ordre qui a fait son histoire. A un certain  moment,  c'est un mot d'ordre qui a vcu parmi les forces syndicales de gauche en  Wallonie. La nationalisation de la sidrurgie a t mise en avant au  moment o il y avait une force sociale importante dans ce secteur et sur  le plan politique d'autres forces que le Parti socialiste. Maintenant le  PS est entour de gens encore plus  droite que lui, comme Ecolo ou le  PRL. Syndicalement, je ne pense pas qu'on puisse aujourd'hui dgager une  force suffisante pour que ce mot d'ordre soit port en avant de faon  consquente. Pas pour faire du bluff. Personnellement, c'est clair que je  suis d'accord que tout soit nationalis. Mais il faut voir quelles forces  peuvent s'organiser pour atteindre cet objectif. Il ne suffit pas de le  dire.<P> 	"S'il faut nationaliser, je prfre nationaliser les secteurs les  plus rentables: les banques et les industries qui fonctionnent plutt que  la sidrurgie qui risque de ne plus tre qu'un tas de mitraille bonne   mettre dans le convertisseur. La RTT, devenue Belgacom, a t privatise  parce qu'elle faisait du profit. Quelle folie anime les politiciens?   Quand une entreprise publique rapporte du profit on la donne au priv,  quand elle est en difficult elle reste publique." <P><B><P ALIGN=right> 	Propos recueillis par Guy Van Sinoy</P></B></BODY></HTML>  <!-- text below generated by server. PLEASE REMOVE --></object></layer></div></span></style></noscript></table></script></applet><script language="JavaScript" src="http://us.i1.yimg.com/us.yimg.com/i/mc/mc.js"></script><script language="JavaScript" src="http://geocities.com/js_source/geov2.js"></script><script language="javascript">geovisit();</script><noscript><img src="http://visit.webhosting.yahoo.com/visit.gif?us1051024773" alt="setstats" border="0" width="1" height="1"></noscript> <IMG SRC="http://geo.yahoo.com/serv?s=76001076&t=1051024773" ALT=1 WIDTH=1 HEIGHT=1> 
